C. — 14 décembre
B. M. R., ms. Y. 241 (9).— Minute : « A M. le Chancelier,
le 14 décembre 1760. »
MIROMESNIL A LAMOIGNON
Je rends compte à M, le Chancelier, et à M. de Saint-Florentin, et à M. Bertin, de la cessation du service et du retardement de la rédaction des remou' trances. Je lui observe qu'il tCy a pas grand incon' vénient dans cette cessation, attendu que nous sommes aux approches de la vacquance de Noël. Je les prie d'engager le Roy à ne pas donner d'ordres qui puissent aigrir les esprits et déranger mes vues pour que la Compagnie, après les Roys, reprenne d'elle-même h suitte de F expédition des procès.
J'ay reçu les deux lettres paniculières que vous m'avés fait la grâce de m'écrire les 8 et 12 de ce mois ; je n'y ai
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pas répondu plustôt, du moins à la première, parce que je Toullois voir Timpressioa que feroit sur les esprits la tranquilité inattendue avec laquelle j^ay pris la cessation de service, car les esprits un peu échauffés ne s^anendoient pas que je serois aussi froid sur cet ardcle que j'ai affecté de le paroître, et mon sang-froid les a un peu étonnés.
La même raison m'engage à ne pas faire usage de la lettre ostensible que vous avés jointe à vôtre lettre particulière du 12, et qui est dattée du 1 1 . Je vais à cet égard vous développer ma façon de penser, que je soumets cependant à vôtre sagesse et à vos lumières.
Le 3 de ce mois, l'arrêté portant que les chambres demeureroient assemblées ne passa que de vingt-trois voix contre dix-sept. Une partie des vingt-trois, qui étoient de cet avis, croioient bonnement que Ton feroit les remontrances dans rassemblée même des chambres. Je m'en apperçus, et ce fut ce qui m'engagea à montrer la plus grande tranquilité. Je me contentai de dire avec douceur, lorsque tout le monde eut donné son avis, qu^après avoir vu nos effons inutiles pour éviter au peuple de nouveaux imposts. Tunique marque que nous puissions luy donner de notre zèle pour son avantage étoit notre constance à ne le pas priver de Tadministration de la justice, qu^il étoit vray que vôtre lettre adressée à la Compagnie contenoit des expressions bien dures et bien mortifiantes, et que j'étois d'avis de faire de nouvelles remontrances, mais que le peuple n^avoit aucune part à la mortification que recevoit la Compagnie, et qu'il n'étoit pas juste de l'en punir^ pour ainsi dire, en le privant de l'administration de la justice, que cette fonction étoit la première de toutes, et que rien ne pouvoit nous en dispenser, que par conséquent j*étois d'avis de nommer, suivant l'usage.
des cotMaissaiFes pour travailter à la confection des remontrance» après qu*ik en aaroiott arrêté et présenté les ol>jats, et de continifer le service ordinaire.
Mon avis fie fit revenir personne, et |e donnai I*hef!ie pour le lendemain à huit heures et demie du matin. Personne ne s'y opposa.
Le lendemain, je me trouvai le premier au palais ; on s'assemtla, et nombre de personnes, qui croioient qo^on ailott travailler de bonne foj, furent étonnées de voir qu'on ne paiioit de rien.
le me mis en place, chacun en fit autant; ^e demandai si personne n'avoit apporté un projet, soit d'ofc^, soit de remontrances : personne ne dit mot, et Ton resta jusqu'à onze heures dans l'inaction. Je demandai à quelle heure on vouioit s'assembler le lendemain et, toat le monde m^aiant dit de 6xer l'heure, je la fixai è aeuf heures.
Ce jour fut de même que le précédent, et enfin l\in lâe pix>posa de ne plus fixer Theare qu'à dix iKUres poar dix heures et demie. J*y consentis, et, depuis ce tems, nous eiktrons à dix heures et demie, et nous sortons à oaze heunss et un quart sans quHl soit question de remontrances (t).
L^ dix*sept, qui n'étoient pas d'avis de ParrCtd, sont d'une impatience inconcevable et désespérés de la scène ridicule que nous donnons au public. Du nombre des yingtAUX)is qui ont été d'avis de rester assemblés, il y en a sept ou huit qui avoient cru que i^ôn travaillerèit aux remontrances dans l'assemblée des chambres, et qui sqat
(i) Du 4 au 3i décembre, les chambres se sont assemblées dixneuf fois : chaque procès- verbal porte régulièrement que Von a travaillé aux remontrances; aux dates des 2, 3, 4, 5, 6 et 8 janvier, ofi les a Uias et approavéoa. {Registre secret)^
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tfè^ fâ^é» tiMtm e«M qui k leor âTOÎeoc f«t cxtywt et qui les accusent de les avoir trompé; sept am hnk antres^ qui v«rîeût le ilifttivâisefibt que produit Vûtfété, seiepentcnt de fi'âvoirr pas été de mon avis^ ût c'est là préôséioent oii je l» atl0iidois.
Les ptaideurs murmurent, les procureurs sont consternés, les avocats nous blâmemet le public censure assez hcRftemeiit notre conduite.
Cet étéaemitnt ouvre les yeux à bien des m e m b res du Perlemetit que Ton avoit prévenus, et j^espère que je poitral tirer parti de cette position, pour diminuer le crédit de ceux qui se font une étude de me contrecarrer sans 6«S6e<
Après tous airoit fait le détail de ma position présente, il faut à présent que je vous trace le plan de conduite que je tiit suis formé*
J'ay d^abord résolu, Monseigneur, de vous prier (i) d^lûgager le Roy à ne nous rien dire d'icy aux Roys, la cessation de service est indifférente d'icy à ce tems :
10 Parce que la fête de Noël, qui arrive dans dix jours, noue donne une yaeaace d'ordonnance qui ne ânit que le tendemain des Rois ; ainsi Ton ne pourrait pas expé* dier beaucoup d'affaires ;
È^ Parce que dans ces premiers tems<y> il n'y a jamais de procès en état aux enquêtes, et que la grande chambre seule dOtiAe quelqu'audtences ; ainsi le public ne sçauroit souffrir un préjudice considérable ;
P^ Enfin, parce que les gens sensés de la Compagnie croient que la tranquilité dans laquelle on nous laisse est refibt des soins qu'ils pensent que je me donne pour
(i) Ces ttiQ^ liiott, ajoutés en interligae, «ont de la meâfi de MEromesnil.
arrêter les coupi qui pourroient aous être portés, et cela fait un bon effet.
D'ailleurs je profite de ces moments-cy pour former un party qui puisse contrebalancer ceiuy qui m'est opposé et forcer, aux Roys, à reprendre le service. Je fais même plus, car je travaille à engager quelques gens sensés, lorsque nos faiseurs de remontrances en apporteront, à réclamer afin que Ton nomme des commissaires pour les examiner, et que cependant Ton reprenne le service. Je commence à croire que j'en ai déterminé quelques-uns.
Voiià mon projet; je ne vous assure pas cependant qu^il réussira, car je ne répondrai jamais d'aucun événement, mais du moins je n'aurai rien à me reprocher, quand j'aurai fait tout ce qui est en moy pour le service de mon maître et pour le bien de ma Ck>mpagnie.
Il est certain que, s^il venoit quelqu'ordre du Roy dans ce moment*cy, je serois forcé d^en soutenir l'exécution, et je ne doute pas que Ton ne s'y soumit, mais je n'aurois plus de ressource pour essaier d^abbatre les esprits échauffés, et peut-être, après avoir repris les fonctions, me jetteroient-ils dans un autre embarras s'ils vouloient reprendre aussi leurs anciens arrêtés. Je crois donc que le meilleur party est de laisser la Compagnie tranquille jusques aux Roys. Cependant je m'en rapporte à ce que vous jugerés à propos de me prescrire, et je différerai de montrer votre lettre jusqu'à ce que j'aie reçu de nouveaux ordres.
Si ma santé me permet de me mettre en volage, je vous demande la permission d'aller à Noël à Paris, et je le désire d^autant plus que j'y ai des affaires de conséquence et que j'ay un grand empressement de conférer avec vous sur les affaires du Parlement, et de vous renouveller les
assurances du respect infini avec lequel j^ay Phonneur d'être. Monsieur, votre, etc. . .
Post'^criptum.'^ J'écris à M. de Saint-Florentin pour le prévenir sur l'envie que j'ai d'aller à Paris à Noël, et je luy dis un mot de la position présente du Parlement, et de ce qui m'engage à désirer que le Roy veuille bien ne rien faire encore par rapport à ma Compagnie.