‹ Correspondance politique et administrative de Miromesnil; premier pr��sident du Parlement de NormandieChapitre 80 sur 99 · CXXII. — 9 mars · texte numérisé non relu

CXXII. — 9 mars

B. M. K., ms. Y. 241 (12). —Autographe.

MIROMESNIL A BERTIN

Suitte de mon voïage pour justifier les principes et la conduitte du Parlement. Affaires des Parlements.

Je suis infiniment sensible aux hontes que vous m^avés marquées pendant mon dernier voiage de Versailles; je puis vous assurer que je les mérite par ma reconnoissance et par la sincérité de mon attachement.

Je voudrois bien avoir de bonnes nouvelles à vous donner sur la disposition où j^ai trouvé les esprits, mais malheureusement elle n*est rien moins que favorable. La réponse du Roy a produit Teffet que j'en avois appréhendé : comme elle n^est ny assés décisive ny assés onctueuse, les esprits échauffés sont plus animés que jamais, et les gens raisonnables sont absolument découragés.

L*on a remis à mercredy matin pour délibérer sur la réponse du Roy. J'ai beaucoup d'inquiétude pour cette assemblée : premièrement, j'appréhende qu'elle ne soit pas nombreuse et, dans ce cas, je n*auroi que les esprits échauffés. Je fais ce que je peux pour rallier les gens raisonnables, qui m'ont si bien aidé lorsque l'on a pris le party de me charger d'aller à Versailles; mais je vois qu'ils ont de la peine à se déterminer : ils me répondent que mon voiage n'a servi à rien, et ils me paroissent absolument découragés. J'en connois beaucoup qui sont presque résolus de ne se plus trouver aux assemblées des chambres et qui ne désireroient rien davantage que de trouver à vendre leurs charges. Je commence à prévoir

avec douleur que mes soins pour relever le Parlement et pour servir utilement le Roy deviendront inutiles, parce que le gouvernement ne m'aide point assés.

Il est certain que, si Ton avoit voulu m entendre davantage pendans mon séjour à Versailles, le Roy aurait pu répondre à mon discours d'une manière capable de relever le courage des gens raisonnables, dlntimider les esprits échauffés, et de rétablir tout dans les bornes que son intention est et doit être de ne pas souffrir que Ton franchisse jamais. Mais Ton s'est appliqué à répondre aux remontrances et non à mon discours ; Ton n'a point fait assés d'attention au compte que j'ai rendu de la disposition des esprits et des avantages que l'on pourrait m'aider à en tirer; vous-même, permettés-moi de vous le dire, vous m'avés plus tost regardé comme l'orateur du Parlement que comme ce que je voulais être, c'est-à-dire comme un homme qui se proposoit de tout concilier.

Quelques soins, quelques peines que je me donne^ je ne pourrai jamais rien faire de bien, si je ne suis pas aidé; et j'avoue que je suis désespéré de l'être si peu. Je neveux cependant pas mé livrer au dégoût dont je conviens que je ressens un peu les atteintes, et je ferai mes efforts pour éviter, autant quil dépendra de moi, tout ce qui sera préjudiciable au bien général. Mais je n'ose plus me flatter d'aucune réussite.

Quoi qu'il arrive, conservés moi votre amitié et vos bontés, et soies assuré que je serai toutte ma vie, avec autant d'attachement que de respect

MiROMBNIL.

Ce 9 mars 1 76 1 .

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