CXXIV. — II mars
B. M. R., ms. Y. 241 (12). — Autographe,
LAMOIGNON A MIROMESNIL
Suitte de mon volage pour justifier le Parlement,
A Versailles, le 11 mars 1761.
J'ay lu. Monsieur, la lettre que vous m'avés écritte le 8 de ce moys, dans laquelle vous m^expliqués les intentions de vostre Compagnie sur la réponse que le Roy vous a faitte. Vous connoissés la manière de penser du Conseil du Roy, et vous en avés esté témoin dans le voyage que vous avés fait icy. Je ne puis vous rien dire sinon que j^attends la délibération qui aura esté prise aujourd'huy.
Qoo^ç:
et que je la porteray à ce mesme Conseil, et je vous feray sçavoir ce qu'on y pensera. En attendant, il faut se disposer aux Testes prochaines Vous connoissés. Monsieur, mes
sentiments.
De Lamoignon.
CXXV, — 12 mars 1761.
B.- M. R.y ma. Y. 241 (la). — Minute : « Copie de la lettre de
M. de Miromesnil à M. le Chancelier, du la mars 1761. »
Suit te de mon voïage pour justifier les principes et la conduitte du Parlement,
B. de M. Lormier. — Autographe.
MIROMESNIL A LAMOIGNON
Monseigneur,
Dans rassemblée des chambres d'hyer, il y a eti neuf voix pour donner la démission des charges et deux pour faire d'itératives remontrances, touttes les autres se sont réunies à faire Tarresté dont je vous ai envoie copie. ( i ).
Cet arresté ressemble assés à celuy du Parlement de Paris du 9 janvier ; il est long, inintelligible, et rempli de grands mots qui ne signifient rien (2). Les insinua-
(i) Avec une lettre d*envoi, ostensible, datée aussi du 12. Le jour même de la séance, le 1 1, une première lettre, ostensible et officielle, en annonçait le résultat. (Bibl, de M. Lormier,)
(a) Le fugement est assez juste. L'arrêt tient bien deux pages serrées au Registre secret ; c'est, avec une protestation contre l'inutilité de ses efforts et de ses démarches, une déclaration, un peu emphatique des opinions du Parlement, de ses vues, de son zèle pour le bien public comme pour le service du roi, de son espoir enfin
tions que j'ai eu soin de faire ont calmé les esprits des gens raisonnables, que la réponse du Roy avait mortifiés, et ont sans doute arrêté les esprits échauffés qui ont appréhendé de ne pas avoir pour eux le plus grand nombre.
Mon dessein étoit de faire mes efforts pour que Ton arrestât de nouvelles remontrances, et pour qu'elles fussent assés respectueuses et assés bien composées pour engager le Roy à nous faire une réponse plus favorable. Je m'en étois d^autant plus flatté que j^avoîs remarqué que tout le monde avoit été content de mon discours au Roy et que j'espérois me rendre maître de la rédaction des remontrances.
Les esprits échauffés se sont doutté que cMtoit mon projet, et, dans la crainte quMl ne réussit, ils ont préféré de ne rien faire du tout. Les neuf qui ont proposé la démission des charges sont presque tous des jeunes gens, et leur avis n^a fait aucune sensation.
Les gens sensés, ennuyés depuis longtemps des troubles et des manœuvres des esprits échauffés, ont saisi Tavis de se contenter d'un simple arresté en forme de protestation et d'apologie, dans l'espérance que tout en resteroit là. Et je vois que quand à présent ^intention de tout le monde est de ne plus songer à reprendre la suitte des arrests et arrestés concernant les intendants et les hôtels de ville.
Quand au Parlement de .Besançon, il y a encore quelques personnes qui voudroient que Ton fit de nouvelles instances, mais leur voix n'est pas à beaucoup près
que le roi, mieux inspiré, se laissera éclairer par ses remontrances. Ce n*e8t d'ailleurs qu'un simple arrêté, une simple affirmation, un peu dépourvue de sanction, qui ne s'adresse plus au roi avec la forme énergique de la remontrance. Le Parlement sent la nécessité de désarmer. (Floquet, VI, SiS-j,)
la plus forte. Ainsi voila tout assoupi pour le moment. Je rends grâce à Dieu de m'avoir fait celle d^en venir à ce point.
Mais je crains fort le moment oti le Roy aura besoin de nouvelles impositions, ou de prolonger celles qui sont desjà établies.
Une chose encor me fait peine, c^est que je remarque dans tout le monde un découragement et un dégoût pour le palais qui nuira beaucoup au service et à rexpédition des affaires* Il seroit bien à souhaitter que Ton pût contenir les magistrats, mais il faudrait aussi les anim^ par des marques de considération capables de leur faire trouver quelque avantage à bien remplir leurs devoirs.
Je suis, avec respect
MlROMENIL.
Ce 12 mars 1761.