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Correspondance politique et administrative

Depuis mon retour à Nevers, et malgré mes occupations multipliées, j'ai plusieurs fois es^ sayé de remplir la promesse que j'ai faite de continuer une correspondance à laquelle il mQ semble qu'on ne peut plus attacher aucun intérêt.

En effet, personne n'est plus étranger que

moi aux intrigues même les plus louables ; j'ai été quelquefois homme de parti , mais toujours hautement. Convaincu que les nations sont plus fortes par leurs doctrines que par leurs armées , toutes mes études ont été dirigées vers l'établissement des doctrines, et toutes mes réflexions ont eu pour objet de prévoir les conséquences inévitables de tel ou tel principe adopté , parce qu'il est impossible que tel principe admis n'entraîne pas avec lui toutes les conséquences qu'il renferme. Cet enchaînement , en général peu aperçu parles hommes occupés d intérêts personnels, est nommé Providence par les gens religieux, et hasard par les fatalistes. J'ai le malheur de ne pas croire à l'influence du hasard sur le sort des nations , et de n'admettre l'intervention de la Providence que dans un système rigoureux , conforme à toutes les lois de la Providence.

Quand l'établissement et le maintien des doctrines dépendent du pouvoir souverain et des puissances religieuses , une correspondance spécialement dirigée sur cet objet pourroit avoir de l'intérêt et de l'influence ; mais quand il est hautement convenu que les doctrines s'établissent par les pouvoirs populaires , >j

(S) quand on soumet tout à Voplnion publique , puissance nouvelle dans les moiiarrhies ^ et essentiellement démocratique en France depuis la révolution , il n^y a plus rien à écrire pour ceux qui aiment trop la vérité et leur pays pour flatter Topinîon dominante.

Voulant peindre la mollesse morale et la force matérielle de ce siècle , M. de Bonald disoit que le plus petit souverain entreprendroit de faire remonter le cours d\me rivière, et que le plus grand n'oseroit tenter de réformer les mœurs d'un village : cela est piquant et vrai; vrai aujourd'hui plus que jamais, en considérant ce qui se passe dans ce congrès où sont réunies toutes les puissances de TEurope.

L'Europe a été bouleversée par la révolution française , dont la puissance militaire de Buonaparte n'a été qu'un accident nécessaire. Pour empêcher de pareils excès, on ne cherche pas si la mollesse , l'ignorance et le peu de bonne foi des cabinets de l'Europe n'ont pas servi aux progrès de notre révolution; si des mœurs semblables n'appellent pas les grandes dominations , et ne rendent pas les conquêtes faciles ; si les peuples qui perdent leur caractère national, leurs préjugés nationaux, ne deviennent pas indifférens au gouvernement

(4) qui peut leur advenir; ce seroitde trop graves questions pour Tesprit de ce siècle. 11 est bien plus commode de mesurer la terre , et d'en faire des parts à peu près du même poids, sans tenir compte des dispositions des habitans, de leurs préjugés , de rattachement qu'ils ont à d'anciens souvenirs; au contraire, on leur donnera, autant que possible, à peu près les mêmes lois, la même manière d'être, afin qu'à la prochaine occasion ils spient plus faciles à conquérir et plus disposés à se soumettre aux vainqueurs. En un mot, on défait des naticms pour refaire des royaumes , sans se douter de ce qu'il y a de désastreux dans cette étrange opération.

De même nous avons été détachés de notre ancien gouvernement , et nous sommes tombés dans toutes les misères humaines par des idées libérales, des fureurs de constitution, un amour de nouveautés qui tenoit du délire , et par Tafibiblissement de nos anciennes doctrines. Pour nous corriger et nous sauver dans l'avenir , on nous donnera des idées libérales , des constitutions , un mélange incompatible d'institutions opposées , d'opinions contradictoires. Après nous avoir donné tout ce que nous voulions , on sera étonné de ce que nous nous

(5) plaignions encore. Alors on fera paroître des ouvrages où tous les principes seront confondus, pour nous prouver que nous avons tort de crier, puisqu'on fait la part de chacun selori ses désirs. On croira avoir répondu à tout le monde ; on se reposera sur le succès , san^ même se douter qu'on a pris la curiosité et la vogue pour un assentiment, et sans comprendre que les livres ne changent pas plus le cours des événemens politiques , toujours décidés par des antécédens , que les systèmes de nos savans ne changent le cours des astres , dont l'antécédent est la volonté éternelle de Dieu.

Je sais (ju'en général , à Paris et à Londres , on blâme le système adopté par le roi d'Espagne , comme contraire à l'esprit du siècle ; mais je le crois très-conforme à l'esprit de tous les siècles. S'il est vrai , comme j'en avois laconviction avant l'événement, que l'Espagne a dû son salut plus à ses doctrines qu'à ses armées , et aux secours reçus de F étranger ; s'il est vrai que l'incompatibilité entre les vaincus et les vainqueurs finisse toujours par être la cause réelle du salut des plus foibles , le roi d'Espîigne a raison de rappeler ses peuples à leurs anciennes doctrines , à leurs anciennes

(6) institutions , et de repousser une corruption qu'ils ne se sont pas donnée, mais qu'ils ont reçue. Nous ne savons plus ce que c'est que des doctrines , parce que nous voulons les analyser et les soumettre au raisonnement , quoiqu*il soit incontestable que des doctrines nationales ne sont pas bonnes philosophiquement, mais qu'elles sont bonnes en cela qu'elles sont nationales , qu'elles réunissent toutes les pensées en une pensée , tous les sentimens en un sentiment, et qu'elles sont, par conséquent , l'âme de ces grands corps qu'on appelle des peuples. Les Gaulois chrétiens ont soumis à leur doctrine les Francs qui n'en avoienl pas ; les Chinois ont fait de même à l'égard des Tar tares : ces grandes monarchies asiatiques , qui ont précédé nos temps modernes, étoicnt immuables par la force seule de leurs doctrines. Que ces doctrines fussent ou non philosophiquement raisonnables , c'est une question fort oiseuse ; ce qu il s'agit de savoir, c'est si elles éloient la croyance, la force , l'âme des nations qui les professoient. J'aimerois mreux avoir à conduire un peuple qui croiroit que tout homme qui ne porte pas une épingle sur la manche gauche , est réprouvé de Dieu , qu'un peuple assez savant

(7) pour rire de cette superstition. J'aurois du moins la certitude que mon peuple ne selaisseroit jamais conquérir par une armée dont les soldats auroient une épingle sur la manche droite ; au lieu qu'il n'y a d'action possible que par la force sur le peuple assez avancé , ou assez avili , pour n'avoir la conviction de rien. Fasse le ciel que les Français n'éprouvent pas un jour combien le dévergondage des opinions , dévergondage inévitable partout où il n'y a pas de doctrines publiques , leur ôtera des moyens de résistance !

En faiwsant des concessions continuelles à l'opinion publique , dans un pays où il ne peut y avoir d'opinion publique, où il n'y a que des opinions de coteries ou de factions , on décourage les âmes fortes. Le monde périssoit de mollesse , quand la morale sévère du christianisme est venue le sauver ; et c'est positivement parce qu'elle étoit sévère, que les esprits vigoureux s'y sont rattachés. Une chose vraie et triste à dire , c'est qu'il est devenu comme impossible en France d'avoir de la probité ; je ne parle pas de cette probité qui veut qu'on ne fasse point de bassesses dans les actions ordinaires de la vie, mais de cette probité qui élève Tâme au niveau de tous le$

(8) devoirs, et qui fait qu'on tient d'autant pluf^ à les remplir, que l'accomplissement est plus périlleux («). Comment saurions-nous estimer ! nous ne savons plus mépriser; et nous trouvons toujours des excuses à tout dans les circonstances. La morale n'est plus un fait inatériel prouvé par la punition des coupables ; la politique n'est plus le résultat de la connoissance du cœur humain et de l'expérience des siècles; t^ut ce qui étoit positif autrefois est devenu une espèce d'idéologie ; et les choses s'arrangent si bien , que les lois sont réduites à ne plus reconnoître comme crimes que les crimes qui ne sont pas encore accomplis ; quand ils le seront , probablement ils cesseront à leur tour d'être des crimes. Où nous conduira cette récusation des règles fondnm^^nlales de la société , si ce n'est à enhardir ceux qui veulent la renverser de nouveau (i)? S'il est vrai que nous devons céder aux circonstan<^es , que toute nah*e force consiste à se laisser entraîner par elles , il n'est pas besoin

(i) Il y a peuf-i^tre plus âe gens qui regrettent (te ne pas avoir eu leur part dos pr<fits de la révolution , que de gens qiri regrettent d'v avoir pris pari; cotte disposition n*esl ni morale, «f rassurante: niais, '"e le répote, la morale est un fuit matcnc\ que Tes lois seules peuvent rendre incontestable.

(9) de le dire et de Timprimer : où cette force aveugle et impérieuse existe , elle suffit sans le secours d'aucune parole ; mais s'en servir pour consacrer de fausses doctrines , c'est désespérer les vrais Français , sans ramener au respect de Tautorité ceux qui ne le sont plus.

Parmi les royalistes, il y a , comme dans tous les partis , bien des gens qui n'ont pas d'esprit , qui manquent d'instruction , et qui , sans pouvoir réfuter des ouvrages qui les choquent , ne veulent pas cependant être réduits au silence : que disent-ils ? Que le Roi croit devoir céder d'abord aux préjugés d'un peuple formé par la révolution ; qu'il faut flatter les idées dominantes pour arrivera reprendre plus sûrement du pouvoir. Ils réveillent ainsi des soupçons qu'on veut assoupir, et nuisent eux-mêmes à la confiance que doit inspirer un Roi qu'ils aiment , et pour lequel ils donneroient leur vie. De cette manière , on est parvenu à rendre les royalistes fort embarlassans , même pour les préfets royalistes : les purs se divisent en plus purs ; ceux-ci se divisent encore ; et je suis convaincu qu'à force de s'épurer, on finira par rendre la voie ti^sfacile aux impurs.

Pour looi ,. il me seroit impossible de croire

C lo)

et de laisser dire devant moi que le Roi n^est pas sinrère : iJ promet plus selon son cœur que selon la politique; mais il ne faut pas qu'on fonde en doctrine son indulgence paternelle : autrement, on affoibliroit Tautorité royale. Ce (ju'il y a d'incontestable à mon égard , c'est (fue les principes qu'on prône sont opposés à ceux que je professe sur le pouvoir nécessaire à la Frcjnce , les institutions nécessaires à la France , les doctrines nécessaires à la France ; et que par conséquent je n'ai plus un seul mot à dire sur ces matières , puisque j'ai la certitude que je ne pourrois écrire sans risquer de blesser les idées qu'on croit utiles de répandre , ou sans mentira ma conscience : ce qu'à Dieu ne plaise !

Je n'ignore pas qu'on doit faire la part des circonstances , et qu'il y a des temps malheureux où il faut marcher au jour le jour, parce que chaque jour amène assez d'embarras pressans pour ôterla faculté de s'occuper du lendemain. Ainsi , lorsque les serviteurs du Roi se sont divisés , et qu'un des partis couvrant les blessures de son amour-propre , de la neces'^ité de créer un pouvoir en France , a cherché à créer ce pouvoir par les chambres , au lieu àe le donner au Roi ; lorsque ce

parti a flatte les pre'tenlions des pouvoirs populaires , et prolongé par adresse une session qui ne pouvoit être trop courte ; lorsqu il a fait suspecter les intentions du Roi , de sa famille et de ses vrais serviteurs , sur la marche que vouloit suivre un gouvernement qui n'auroit pas cessé d'être paternel, même en choquant les maximes révolutionnaires (i), je conçois que le Roi a dû adopter plus fortement que jamais la constitution, afin d'arracher cette arme à ceux qui vouloient s'en servir pour le réduire à la plus profonde nullité. Je conçois encore que la Cour a pu être embarrassée de la pétulance de certains royalistes qui , accoutumés à tout prétendre par la force , et ne craignant pas la guerre civile, positivement parce qu'ils l'ont déjà faite , auroient volontiers tout poussé à l'extrême , et

(i) Je prie qu'on n'oublie pas que ce n'est point aux révolutionnaires que j'attribue tous ces calculs dont les suites ont été si terribles , mais à l'ambition de prétendus serviteurs du Roi qui , ainsi que je l'ai marqué dans la première partie de cet ouvrage, s'amusoient à jouer à la constitution, sans s'apercevoir et sans vouloir qu'on leur fit apercevoir que les révolutionnaires, qui étaient derrière eux, jouoient à la constitution contre eux. Aujourd'hui on joue à la majorité ministérielle, sans rien voir non plus au-delà. La sottise en France n'a pas besoin dMmaginalîon pour être inépuisable j une seule combinaison lui suffit. inuîiy^ia^-PM^ ■ '^

peut-être compromis Tautori té royale, si elle ne s'étoit comme retranchée derrière la constitution ; aussi suis-je loin de blâmer d^une manière absolue les concessions faites , et même celles qu'on aura encore à faire. Je ne me fais pas juge de la politique du moment que je ne puis connoître dans l'éloignement et Tisolement où je vis , car j'en savois assez en quittant Paris , pour n'être plus curieux de détails , et rompre toute correspondance dans celte ville (b) ; j'ignore ce que j'aurois été réduit à conseiller moi-même , si j'avois été ])résent et consulté : je n'ai voulu ici qu'expliquer l'extrême difficulté que je trouve à écrire, ne pouvant le faire qu'en opposition à toutes les doctrines reçues aujourd'hui comme dominantes.

Il n'en est pas de l'administration comme de la politique ; en administration tout est plus positif, plus indépendant des circonstances, et un préfet, capable de quelques réflexions , est placé au point le plus convenable pour juger à cet égard.

Je puis dire avec vérité qu'il n'y a point de ministère de l'intérieur : lout languit dans cette partie totalement abandonnée aux commis , parce que le ministre , depuis sa no-

( i3) mination jusqu'à ce jour, occupé de ce qui concerne les chambres , n'a pu saisir Teusemble de son ministère ; et peut-être aussi parce que le ministère de Tintérieur, dans la partie administrative , ne pourroit être bien conduit que par un homme qui auroit été préfet , bon préfet , et n'auroit pas cessé de l'être , du moins depuis long-temps ; comme autrefois on n'appeloit guère aux divers ministères qui avoient des provinces dans leurs attributions, que des hommes qui s'étoient distingués comme intendans. Il y a à cela un motif si facile à saisir, qu'il est tout-à-fait inutile de le développer. La marche des bureaux de Paris a souvent besoin d'être redressée , et ne peut jamais Fêtre avec connoissance de cause , que par un magistrat qui l'a jugée en administrant une province. Qu'on ne croie pas que je me désigne ; si j'avois ce dessein , il m'en coûteroit moins de l'avouer que de le laisser soupçonner.

Ici je rappellerai une idée juste de Buonaparte , idée qui avortoit toujours , parce qu'il n'avoit rien de fixe dans l'esprit , et qu'il finissoit toujours par faire tourner toutes les connoissances positives qu'il acquéroit au profit de son goût pour les conquêtes et pour la fiscalité.

Lorsqu'il voiiloit connoître à fond une des branches de l'administration, il s'informoit d s préf ts qui avoi^nt la réputation d'administrer par eux memrs ; il en réunissoit un c rtain nombr.^ à Paris, tn formoit une commission dont il tiroit toujours d s ronseignemcns exacts, sauf à lui à en abuser ensuite par Temploi qu'il ( n faisoit.

L'impossibilité d'administrer en France, impossibilité qui a fait do malheureux progrès drpuis 1j r* tour du Roi , ne fût-ce que parce que tout a été abandonné aux commis , tient surtout à ce que les ministères vcul nt régler jusqu'aux plus petits détails , même c. ux qu'autre fois on abandonnoit au moindre subdéiégué. Tout ministre de l'intérieur qui n'aura pas été préfet, qui consultera s s commis (qu'il faut bien qu'ail consulte) , les trouv(ra toujours disposes à lui persuader qu'il doit tout faire par lui-même ; ce qui le m ttra entièrement dans 1 ur dépt ndance. Mais s'il réunissoit près de lui qu Iques préfets trop instruits pour n'être considérés que comme d s exécut urs d'ordres tout faits pour toutes 1 s circonstances et toutvs bs localités; qu'il l.ur d mandât franch ment qu 11 s étoi nt Lurs attributions au moment où ils furent créés ,

quelles elles sont aujourd'hui ; ce que pouvoient les intcndans, ce qup peuvent 1 s préfets ; ce qui. doit être décidé avec avantage sur les lieux, ce qui n^ doit l'être util ment qu'à Paris , et que ces obj ts fussent traités cordialement, la raison f roit bi nlôt la part de chacun : Fadministration prendroit une marche rapide ; et l^ ministre de Fintérieur , débarrassé du fatras dont Taccabhnt les commis, pourroit saisir F ensemble de son ministère. Plus un empire s'étend , plus ordinairement on donne de latitude à Faction de ceux qui vont administrer au loin; par un^i bizarrerie, qui n'est pas la moindre du gouvernement de Buonaparte , mais qui tient à Fesprit de la révolution , on appliquoit à l'administration du plus grand empire qu'on ait eu la prét(ntion de créer, des formes qui convenoi nt au plus à la république de Genève ; et c;3 qu'il y a de r< marquable, c'est que Buonaparte n'a connu l'état dans F quel il avoit mis la France qu'au moment où son pouvoir a cessé. En voulant tout faire de Paris , il est donc vrai qu'on n'en sait pas davantage pour cela.

Yoici aujourd'hui l'état dis choses.

Si un commis du ministère nous écrit pour savoir combien notre département produit ^

( i6 ) d'œufs, combien il y a de sourds et d'aveuglées i si deux sourds qui se marient produisent des enfans sourds , et autres niaiseri s de ce genre (car je ne suppose pas les x mples, je les cite), la correspondance réciproque p nt durer longtemps. Mais si nous écrivons les premiers sur un objet important , on ne nous répond pas , quoiqu'il nous soit défendu < t impossible de prendre une résolution de nous-mêmes. Tous les établissemens périront entre nos mains , et sans qu'il y ait d ; notre faute.

Autant en est dans les autres m'nistèr s, en ce qui est abandonné aux commis ; et ce qu'on leur abandonne surtout , c'est Tadministration locale des provinces. J'ai dis percepteurs nommés par moi, provisoirement ^ depuis six mois , et qui attendent du ministre des finances une nomination définitive , qui autrefois arrivoit régulièrement en dix jours. Ce proàsoi" rement a un inconvénient grave : c'est qu'un percepteur ne doit son cautionnement que quand il est nommé par le ministre , et que s'il faisoit provisoirement banqueroute , on ne sauroit à qui s'en prendre ; car les lois n'ont pas prévu cette incroyable négligence. Mais on fait mieux encore maintenant au ministère des finances, on y saute par-dessus les préfets, on correspond

J^otir tout directement avec les agens du trésor ; on destitue et on nomme à des places qui sont sous notre surveillance , sans même nous consulter ; et , comme il n'y a pas de journal dans mon département, il est probable que, si cela dure, je ne saurai plus ce qui s'y passera. Mais cela ne durera pas. Sous Buonaparte , la violence du gouvernement cachoit les sottises de Tadministration ; en Angleterre*, la force administrative déguise TaObiblissement de la royauté ; en France , aujourd'hui , l'àdminis^ Uration ne soutiendra et ne déguisera rien : elle perdra tout.

Ces détails paroîtront peut-être mesquins ; mais quand ils se répètent continuellement et pour tout , ils désespèrent les administrés et découragent les administrateurs. Heureux alors ceux qui ne mettent aucune importance à remplir leurs devoirs ! Il est vrai que leur bonheur tranquille est positivement ce qui

jg|.. amène la ruine des Etats.

^^ J'ai voulu éviter les exemples graves , et qui auroient exigé de longues explications. Un fait y suppléera. Il n'y a pas six jours que le conseil municipal , le maire et l'adjoint de la ville de Nevers vouloient donner leur démission , dan» le chagrin qu'ils éprouvent de Tétat financier

(i8) de la commune , et de Timpossibilitë où on les à mis d'y remédier. J'ai eu do la peine à leur rendre un peu de courage. On ne dira pas que ceux-ci sont opposés au Roi.

Sans entrer dans des détails sur les causes trop réelles de leur découragement, je dirai que si un ministre dos finances doit tirer à l'argent, un ministre de l'intérieur doit défendre les intérêts des communes ; il en est le tuteur, et par conséquent le protecteur obligé (i). M. de Mo ntalivet savoit cela , et les plaignoit du moins quand il étoit forcé de les écraser. Drpuis que les commis font le ministère de rintérieiir, les communes ne sont plus défendues, protégées par personne ; et Tannée !i8i5 ne se passera pas que le Roi n'entende leurs doléances , et n'apprenne avec quel art on sait éluder les intentions prononcées et bienveillantes des Rois , quand ceux qui sont spécialement chargés d'en assurer Texécution n'ont pas le temps de s'en occuper et d'ac-. quérir les connoissances nécessaires pour le faife avec succès.

(i) Cela est yT^^ daas une monarchie absolue; dans une monarchie où les trois pouvoirs sont en exercice, le pouvoir démocratique est le tuteur, le protecteur, le défenseur des communes.

. DEVELOPPEMENS

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