VJ REFUTATION
)> dernière époque. Je n'ai que le temps de » vous écrire ces lignes; vous me saurez gré )> de n'en avoir point perdu pour vous mettre » en garde contre ces infamies.
» Charles Nodier. »
Je fus peu surpris de cette lettre. Depuis long-temps je connaissais les manœuvres des ennemis de Bernardin de Saint-Pierre pour obtenir un article de ce genre; je savais que toutes les calomnies répandues contre la mémoire de ce grand homme , sortaient des ateliers de quelques misérables aussi peu en état de concevoir son caractère que de comprendre ses écrits; mais je n'imaginais pas qu'il fût possible de trouver même au dernier rang des écrivains un homme prêt à servir de si tristes passions. Toutefois ne voulant pas négliger l'avis que je venais de recevoir , je me rendis chez M. Michaux, libraire, qu'il ne faut pas confondre avec M. Michaux de l'Académie française. Tout le monde sait que ce dernier
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est un homme plein de justice et de politesse. Je me rendis donc chez M. Michaux , libraire , mais vainement Ressayai de le convaincre qu'il était de son intérêt de ne pas publier des calomnies; vainement, pour éclairer sa conscience, je lui proposai démettre à sa disposition tous les papiers de Bernardin de Saint- Pierre; vainement enfin j'en appelai à son honneur en me bornant à demander la suppression des passages dont je pourrais prouver la fausseté les pièces à la main : il se refusa à toutes mes offres, ne voulut rien voir, rien entendre, et je me retirai bien convaincu que l'éditeur de la Biographie universelle ne faisait si peu de cas de la vérité, que parce qu'il pensait que c'est une mauvaise marchandise. Cependant une seconde lettre me fit croire un moment que cet homme s'était ravisé.
« Je suis enchanté, me disait-on, de l'heu- » reux tour qu'a pris votre affaire : voici un » fait qui confirmera sans doute le détracteur
Mlj REFUTATION.
)> de Bernardin de Saint-Pierre dans sa juste
)) résipiscence. Le marquis de Montciel à qui
» on avait écrit pour savoir s'il était vrai que
)> Bernardin de Saint-Pierre lui eût refusé un
)> asile au Jardin du Roi pendant les orages
» de la révolution ( assertion qui avait trouvé
» place dans la Biographie ) , a répondu que
n rien n'était plus faux ' , et que Fauteur de
m Paul et Virginie avait au contraire publié à
n cette époque une brochure royaliste qui lui
)> avait attiré la haine des jacobins '.Vous pou-
)> vez, mon cher ami, faire tel usage que bon
* Cette réponse est positive, et l'on pense peut-être que M. Miehaux s'est empressé de faire disparaître l'anecdote qu'elle dément. Non , il l'a laissé subsister dans les exemplaires envoyés en province , et ne l'a supprimée que dans quelques-uns des exemplaires distribués, à Paris. Ainsi , d'un côté il se donne l'air d'un homme impartial , et de l'autre il fait circuler la calomnie. J'en appelle aux souscripteurs des départemens, qu'ils ouvrent le 4oc volume de la Biographie , et qu'ils jugent M. Michaux !
2 C'était une invitation à la concorde. Elle fut affichée , et le peuple courut briser les vitres de l'imprimeur.