‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 35 sur 119 · CX APOLOGIE · texte numérisé non relu

CX APOLOGIE

ces circonstances , et combien je serais heureux, si les lignes que je viens de tracer pouvaient réveiller ses souvenirs et rengager à peindre cette époque de sa vie quelle a si modestement oubliée dans ses Mémoires.

Telle fut, dans les premiers temps de la révolution, la conduite de Bernardin de Saint- Pierre : plus tard, obligé de réclamer, pour vivre, le prix de ses anciens services, il vit successivement venir à lui tous les chefs sanglans de la république. Il repoussa Brissot et recula d'épouvante devant Robespierre qui lui fît dire, qu'il n'y avait pas de fortune où il ne pût prétendre s'il voulait représenter sa conduite comme le résultat d'une mesure philosophique. Mon refus d'écrire en sa faveur, disait M. de Saint-Pierre , pouvait être suivi de ma mort, mais j'étais résolu de mourir plutôt que de manquer à ma conscience et à l'humanité '.

4 Vovez les Mémoires sur la Vie de Bernardin de Saint-Pierre

APOLOGIE. CXJ

Voilà les faits. Les contemporains sont là , et j'invoque leur témoignage ; qu'ils disent si , au milieu de notre révolution , ils ont vu un dévouement plus sublime à la cause de Dieu et de Thumanité ! qu'ils disent si le sage a manqué de force contre les séductions de la fortune, et s'il a été faible contre les menaces des bourreaux ! Ainsi la France , comme autrefois la Grèce , vit un homme , ferme sous le bouclier de sa conscience, servir sa famille en lui sacrifiant son repos, servir sa patrie en rendant hommage à la vérité , servir le genre humain en se montrant prêt à mourir pour elle!

Je n'ai donc point à lejustifier, si les mêmes hommes qui étaient venus lui demander sa plume pour M. Necker , pour le duc d'Orléans , pour la Convention , pour Robespierre, s'empressèrent ensuite de répandre sur lui le venin de la calomnie. Ils lui auraient bien pardonné sa vertu; ils ne pouvaient lui pardonner leur bassesse.

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