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Mais revenons un moment sur nos pas, et voyons quelle était la fortune de cet homme qui savait souffrir Finjustice, et qui ne craignait pas la puissance. En 1792, il possédait trois mille francs de rente , terme de son ambition. Alors il se crut riche, et se proposa de tracer le plan des Harmonies , et surtout de terminer FArcadie dont il avait publié le premier livre. A ses projets de travail, se joignirent bientôt des projets de bonheur personnel. Après tant de maux, le sentiment lui en était doux comme celui d'une convalescence. Il entrevoyait dans le lointain une retraite champêtre, une jeune épouse, une heureuse famille. Comme il n'était plus jeune, il attendit, pour ainsi dire, le cœur qui devait s'offrir au sien. Depuis long-temps mademoiselle Didot s'était fait une douce habitude de le voir : elle admirait son génie, elle aimait sa vertu, elle ne craignit pas de lui en faire Faveu, et lorsqu'il fut intendant du Jardin du Roi, les parens de cette jeune personne le
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pressèrent d'accepter sa main qu'elle lui avait offerte. C'est ainsi qu'il trouva , dans la fille de son imprimeur , une femme qui joignait à un bon cœur, une figure aimable, des habitudes vertueuses et de l'esprit naturel.
Toutes les choses de ce monde ont leurs déceptions. Le plus heureux mariage a les siennes. Les grossesses, les langueurs, la perte des enfans , les désespoirs qui suivent ces pertes , et tant de maux qu'aucune sagesse humaine ne saurait prévenir, allaient éprouver la constance deM. de Saint-Pierre, et troubler un bonheur dont il s'était fait de si douces images. La place d'intendant du Jardin du Roi ayant été supprimée , il se trouva sans revenu , et la révolution qui lui avait tout enlevé , ne lui laissait pas même la ressource de vendre ses ouvrages. Bientôt la mort de son beau-père vint accroître sa détresse. Le plus riche héritage se trouva disputé à la fois par des cohéritiers avides et par des nuées de créanciers. M. de Saint-Pierre, qui n'avait pas une