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nomie le frappa. Il croyait se rappeler ses traits, mais (Tune manière confuse. Le jeune homme se hâta de lui dire qu'à peine adolescent, il avait osé lui écrire à l'occasion de Paul et Virginie; puis il ajouta : Je viens reclamer aujourd'hui l'amitié que vous me promîtes alors dans une réponse que je conserve précieusement. M. de Saint-Pierre le pria de s'asseoir, et lui demanda son nom. Je m'appelle Louis, reprit l'officier; je suis le frère et l'aide-de-camp du général Buonaparte \ Nous arrivons d'Italie, et je viens remercier l'auteur des Etudes des heureux momens que je dois à la lecture de son livre : nous le lisions souvent ; il reposait sous le chevet du général en chef comme Homère sous celui d'Alexandre ! Cette comparaison flatteuse fît sourire M. de Saint-Pierre; mais comme si elle n'eût réveillé que son admira-
1 Voyez , à la suite des Mémoires sur la \ ie et les ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre, la lettre singulière de Louis Buonaparle.
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tion pour Homère, il répondit : Homère est, à mon gré, le plus grand peintre de l'homme et de la nature. — Oui, et je n'ai point oublié le passage des Etudes où vous faites son cloge; ear vous aussi, vous êtes un grand peintre de la nature ! — J'ai tracé, reprit dou- (vment Bernardin de Saint-Pierre, quelques faibles aperçus de ses plans sur la terre; mais parlons de voscampagnes d'Italie. — La guerre esi un sujet bien triste pour un ami des hommes , dit le jeune officier. — J'y prends part comme Français, reprit M. de Saint-Pierre; (Tailleurs, j'ai habité les camps et vu la morl de près sur les champs de bataille. Il est vrai que depuis ce temps, j'ai beaucoup philosophé ; mais, comme dit Montaigne, philosopher, c'est encore apprendre à mourir. A la suite de ces préliminaires , la conversation s'engagea (Tune manière plus vive; après quoi Louis Buonaparte, avec une brusque effusion dr | ■ii'iir, demanda à M. de Saint-Pierre la permission de le revoir; permission dont il pro-
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fita dès le lendemain. Dès-lors ses visites se succédèrent sans interruption. Souvent ils allaient ensemble aux Tuileries. Là , dans une allée solitaire , ils aimaient à s'entretenir de leurs peines. M. de Saint-Pierre , au déclin de la vie , voyait mourir sa jeune femme , et gémissait sur lui-même et sur ses enfans. Louis Buonaparte , à la fleur de Page 3 mais sombre , mécontent, malade, fatigué de la guerre, dégoûté du monde, se plaignait avec amertume des exigences de son frère, de la rudesse du service et de Paridité des mathématiques. M. de Saint-Pierre écoutait doucement ses plaintes, et lui conseillait de mêler à de si pénibles travaux Pétude de la philosophie. Cest la vraie science de Phomme, lui disait-il; elle le rend propre à toutes choses : par elle, Épictète était heureux dans les fers , et Marc- Àurèle sur le trône. Que vous soyez appelé à prendre part aux affaires publiques, elle vous fera goûter le plus grand des biens, celui d'être utile aux autres, en vous sacrifiant