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tune ? La misère le fortifie , les persécutions Pélèvent ; il leur oppose l'éclat du génie et la puissance d'un noble caractère ! Couvert de ces armes divines , seul contre tous , ô mon maître ! tu échappas miraculeusement à la protection des philosophes , à la hache des bonnets rouges et aux chaînes dorées de Buonaparte!
Avec quelle joie je trace ces lignes pour la génération présente , pour cette génération qu'on veut nourrir de haine et qui bientôt Posera plus croire à la vertu ! Puisse-t-elle en me lisant, je ne dis pas adopter mon témoignage, mais le soumettre au plus sévère examen! Louis Buonaparte est plein de vie, et sans doute les imputations de M. de Las-Case> ne lui sont pas restées inconnues : j'en appelle à la rougeur qui a dû couvrir son front, s'il a lu ces lignes infâmes dont j'ai publiquement dénoncé l'imposture ! Il n'aura point oublié, que lorsqu'entrainé par un noble instinct, il recherchait l'amitié de Bernardin de Saint-
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Pierre, l'officier n'avait rien à donner et pouvait beaucoup recevoir, je ne parle pas d'argent, tous deux alors en étaient également dépourvus ; qu'il dise enfin si jamais l'auteur de Paul et Virginie, inspiré par une ambition tardive, est allé rappeler au roi de Hollande Fa initié que lui avait promise Faide-de-camp du général Buonaparte !
Un matin Louis entra dans le cabinet de M. de Saint - Pierre , sa physionomie était soucieuse : Je ne voulais pas vous importuner, lui dit-il, mais ils Font exigé; et prenant ses mains de Fair le plus caressant : Voici un ouvrage dont Fauteur est de mes amis , dites-moi franchement si vous le trouvez, digne de Fimpression. En parlant ainsi, il posa sur la table un rouleau de papier. M. de Saint- Pierre eût bien voulu se dispenser d'un pareil examen , mais les instances de Louis furent si pressantes, qu'il fallut se rendre; il promit même quelques notes, et dès le lendemain il se mit à Fnuvragc. La crainle d'avoir à juger
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un livre de politique s^évanouit à Touverture du manuscrit : c'était un petit roman pastoral, dans lequel, à sa grande surprise, il remarqua un tableau des malheurs de la guerre suivi d^une énergique apostrophe contre les ambitieux et les conquérans.
Cette lecture achevée , il attendit plusieurs jours Louis Buonaparte qui ne revint plus.
Trois mois s'étaient écoulés depuis sa dernière visite, lorsqu'un autre officier se présenta chez M. de Saint-Pierre ; celui-ci ressemblait à la fois à Louis et à Napoléon. Comme eux il portait un modeste uniforme ; il avait leur parler bref, leurs manières simples et brusques; même air, même taille, même son de voix, seulement quelque chose de plus gracieux , de plus ouvert adoucissait sa physionomie : cet ait Joseph, Faîne des Buonaparte. Vous voyez le frère d^un de vos plus zélés admirateurs, dit-il a M. de Saint-Pierre, et je viens vous remercier des soins que vous avez bien voulu donner a un ouvrage dont je suis
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l'auteur. — Vous parlez sans doute du roman de Moina, reprit M. de Saint-Pierre : l'agréable ouvrage ! et combien j#1en aime les généreux sentimens ! — Oui , dit Joseph , des sentimens inspirés par la lecture de Paul et Virginie, mais il mancrue à tout cela le talent
de l'écrivain : aussi le général a-t-il voulu que je vous visse, car il craint de passer à vos yeux pour l'auteur d'une aussi faible production. Après quelques complimens de part et d'autre, M. de Saint-Pierre rendit le manuscrit et Joseph se retira.
Napoléon vint à son tour : ce n'était pas la première avance que le guerrier faisait au philosophe. Dans le cours des campagnes d'Italie, ce héros, dont la gloire était alors toute nationale, lui avait écrit une lettre charmante. « Votre plume est un pinceau , lui n disait -il, tout ce que vous peignez on le » voit ; vos ouvrages nous charment et nous » consolent; vous serez à Paris un des hommes h que je verrai le plus souvent et avec le plus
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» de plaisir. » Cette prévenance (l\m illustre guerrier, l'éclat de ses victoires, l'amitié de Louis, la visite de Joseph, tout avait favori blement disposé M. de Saint-Pierre, et cependant Buonaparte fut frappé de sa tristesse et peut-être de la froideur de son accueil ; c'est qu'à cette époque les malheurs du père de famille étaient à leur comble : toutes ses ressources , comme nous Pavons déjà dit , se trouvaient épuisées, les huissiers assiégeaient sa porte , il voyait sa femme mourante , et depuis dix -huit mois, il notait paye ni de sa gratification d'homme de lettres ni de son traitement de l'Institut. Buonaparte venait d'être élu par la classe des sciences : il parla beaucoup de ses projets de travail et de retraite ; il dit qu'il voulait acheter une petit e maison de campagne aux environs de Paris , et qu'il ne viendrait à la ville que pour assiste] aux séances de l'Institut. M. de Saint-Pierre applaudit naïvement à ce projet qui lui semble tout naturel; l'idée lui vient menu de pro
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poser sa petite maison d'Essonne au vainqueur de l'Italie qui sourit d'un air un peu embarrassé, et murmure tout bas quelques mots de train, d'équipage et de repos de ebasse. M. de Saint -Pierre comprit aussitôt que ce jeune homme aux cheveux plats, au teint jaune , au maintien sévère, était toute autre chose qu'un Cincinnalus ; dès-lors, il fut en méfiance, car il se dit : Cet homme est un ambitieux , il ne me flatte que pour s'emparer de ma volonté ; et cette réflexion le refroidit encore. Cependant Buonaparte prolongea sa visite, et finit par engager M. de Saint-Pierre à dîner, mais comme celui-ci s'excusait sur la santé de sa femme : C'est un diner d'amis , reprit Buonaparte, nous aurons Ducis, Collin d'Harleville, Lemercier, Arnault, etc. M. de Saint-Pierre persista dans son refus, et le général donnant un autre tour à la conversation , parla du désordre des finances , du retard des paiemens, lui demanda assez brusquement si ces retards le gênaient, après quoi il se leva et sortit.