‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 46 sur 119 · APOLOGIE. CXXXV · texte numérisé non relu

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qu'il serait appelé au Sénat. La bienveillance publique le désignait, et son nom se trouvait sur toutes les listes des notables. Le premier consul Pen effaça; il fit plus : piqué sans doute de ne pas le voir dans la foule de ses courtisans, il lui suscita des persécutions à l'Institut. Puis dans le seul dessein de l'amener à lui, il fit courir le bruit que toutes les gratifications des gens de lettres allaient être supprimées. Poussé dans ses derniers retranchemens , M. de Saint-Pierre n'amena pas son pavillon, mais il entra en pourparler. Il adressa à M. Arnault (qui vivait alors dans la familiarité de Buonaparte) une lettre évidemment écrite pour le premier consul. Cette lettre est un modèle de naïveté, de finesse et de force. Bernardin de Saint-Pierre y fait d'abord Tapologie de Ducis qui venait de refuser la place de sénateur. Il s'excuse lui-même avec délicatesse, de n'avoir rien sollicité, et pour toute grâce il demande qu'on lui laisse sa gratification : c'est ce qu'il appelle la portion de moine

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a laquelle on le réduit, et dont il se contente. Très-bien , mon ami , disait gaiement Ducis à cette occasion : vous traitezBuonaparte comme Diogène traitait Alexandre! vous ne lui demandez rien^mais vous lui dites : Retire toi de mon soleil. Cependant Buonaparte, instruit de cette démarche indirecte, crut devoir saisir l'occasion déjouer une place de sénateur contre la plume de Bernardin de Saint-Pierre. Ce notait pas trop risquer sans doute : aussi ce dernier trouva-t-il bon de refuser la partie. «Tai déjà publié cette anecdote, et cependant j'en redirai les détails : il est des choses qui ne sont point encore assez dites, quand on ne les a dites que deux fois.

Peu de temps après la lettre à M; Arnault ,

M. de Saint-Pierre reçut la visite d'un jeune publiciste qui lui proposa, de la part de Buonaparte, décrire les campagnes d'Italie. Tous les papiers sont à votre disposition, lui dit-il, et ce travail vous ouvre les portes du Sénat. Buonaparle vous aime , mais il ne peut rien , si

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vous ne lui rendez un hommage public, car il doit beaucoup a vos ennemis \ M. de Saint- Pierre rejeta ces offres , et les persécutions sourdes recommencèrent \ Son refus se fit sans ostentation, sans éclat, sans bruit. Il sacrifiait sa fortune pour remplir un devoir et non pour s'attirer des applaudissemens ; mais comme ses ressources diminuaient chaque jour, il résolut, dans l'intérêt de ses enfans, de tenter une entreprise qui ne coûtât rien à sa conscience. C'est alors qu'il imagina de publier une magnifique édition de Paul et Virginie, et d'échapper aux contrefacteurs parle luxe de l'impression et des gravures. L'idée était heureuse , mais il fallait de l'argent.

1 Ces ennemis c'étaient les savans qui avaient porté Buonaparte au pouvoir, et qui professaient un grand mépris pour les lettres et pour la religion. Buonaparte les écoutait, mais il ne les croyait pas.

2 On le renvoya du Louvre avec une indemnité de 600 francs , tandis que celle de tous ses confrères fut de 1200 francs. On réduisit ensuite sa gratification , qui était de 0,000 francs, à 2,4oo lianes. Enfin on le menaça de la suppression entière de cette gratification.

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M. de Saint-Pierre crut résoudre le problème , en offrant son ouvrage par souscription. Dans sa candeur naïve, il se dit : Adressons-nous au public : pour le servir j'ai négligé ma fortune ; c'est de lui que je dois recevoir ma récompense. Tu croyais, ame généreuse , éveiller la justice de tes contemporains! tu en appelais à cette bienveillance nationale qui est le plus doux prix de la vertu, et le traité que tu proposais à tes lecteurs était comme un lien sacré qui devait les unir à toi. Mais cette pensée ne fut pas même comprise , et cinquante-cinq souscripteurs seulement répondirent à ce noble appel *. Je le dis en rougissant, j'ai entendu ses prétendus amis, calomnier sa vie pour ne pas souscrire à son livre ;

* On voit avec plaisir, sur cette courte liste , les noms de quelques anciens amis de l'auteur. Gauthey, Lamendé , Roland, ses vieux camarades aux pouls et chaussées; et vous aussi pauvre Ducis, Dinge , Toscan, Arnault, Laya, Patris de Breuil, vous lui rendîtes cet hommage ! Une grande reine désirail souscrire ; son ambassadeur, le marquis de L....,crut devoir refuser l'a-

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