‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 87 sur 119 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

autant qu'il était en lui ; qu'il espérait que le mois de février ne se passerait pas sans de bonnes nouvelles à ce sujet.

Plus sensible à l'honnêteté de cette lettre qu'aux espérances qu'elle me donnait, j'ai fait une réponse convenable, et je l'ai portée moi-même le lendemain mardi après midi , dans l'intention de saluer M. Dufresne qui n'était pas chez lui.

Je présume que la circonstance qui a retardé l'effet des bons offices de M. Dufresne est la banqueroute de M. de Saint-James. Quoi qu'il en soit , je n'entends plus parler de rien. Je vous prie de ne pas perdre cette affaire de vue , puisque c'est vous qui l'avez acheminée au point où elle est. Renvoyezmoi aussi les vers que M. Thérèze a faits sur mon ouvrage, car je n'en ai point de copie , et je les trouve fort bien faits , quoique je ne mérite pas les éloges qui m'y sont donnés; mais je leur trouve le mérite rare de renfermer un aperçu de tout mon ouvrage.

Vous laissez donc passer le printemps sans m'envoyer des fleurs ? Quand vous ne mettriez dans une lettre qu'un peu de graines

de pied-d'alouette que je n'ai pas , le beau bleu de cette fleur me rappellerait celui des yeux de madame Hennin,

Je sais que vous avez beaucoup d'occupations , tant par la mort de M. le comte de Vergennes que par la charge importante que vous remplissez dans rassemblée des notables ; mais aussi vous devez avoir beaucoup de personnes dont vous faites mouvoir les plumes.

J'ai regretté M. le comte de Vergennes qui aurait pu , ce me semble , faire les choses un peu mieux à mon égard ; mais je n'ai considéré à sa mort que le ministre sage et laborieux ; j'ai été étonné du grand nombre d'ennemis de sa mémoire qui se sont alors déclarés.

Vous remplissez , à mon gré , une fonction qui ne doit vous faire que des amis. Dieu bénisse le prince qui s'occupe de son peuple 7 et tous ceux qu'il a appelés à cette bonne œuvre :

Salus populi suprema lex csto .

Agréez les témoignages de l'ancienne amitié

et de la respectueuse considération, avec lesquels je suis pour la vie ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

Paris, ce l\ mars 1787.

M. Robe me mande que Y Académie des Sciences a chargé un de ses membres de répondre à mes Études de la Nature. Si elle a gardé , dit-il , le silence jusqu'ici , c'est qu'elle n'a rien à répondre à Terreur de ses astronomes que j'ai mise au plus grand jour. M. Robe à ce sujet se livre à sa gaieté naturelle et se propose de lever un drapeau pour ma défense. Ainsi voilà des partisans prêts à se déclarer. Il est bien certain que mon ouvrage s'en fait un grand nombre en Angleterre, à ce qu'assure un médecin anglais appelé M. Lée.

Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de votre santé. La mienne est passable, à un rhumatisme près sur le bras gauche, mais je trouve que le mal extérieur n^st rien auprès du mal intérieur. Je n'ai plus tant de sensibilité dans les nerfs depuis que le mal se porte au dehors.

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami,

Je reçois une lettre de M. Dufresne qui m'annonce que le ministre de la marine a refusé absolument de m 'accorder la grâce qu'il sollicitait. J'ai remercié M. Dufresne des marques particulières d'intérêt dont il adoucissait la dureté de ce refus non motivé, et de m'avoir délivré d'une fausse espérance. Vous savez avec quelle répugnance je m'y étais prêté , et que ce n'était que par condescendance pour vous > bien persuadé que ma conduite,

mes services et mes études étaient bien plus propres à me faire des ennemis parmi les membres de ce corps despotique , qu'à m'obtenir des récompenses.

Je n'ai point fait de démarches auprès du nouveau ministre des affaires étrangères , et j'ignore si ma petite gratification de 5oo livres subsiste toujours. Si on me Pote je suis résigné à la perte ainsi qu'aux autres bienfaits du Roi qui n'ont point la sanction d'un brevet. J'en jouis conditionnellement, bien résolu désormais à ne pas perdre le peu de santé qui me reste , à courir après des illusions dont la poursuite vaine et inquiète a été la première origine de mes maux de nerfs.

La Providence me dédommage d'un autre côté. Le succès de mon ouvrage redouble , et je suis au moment , soit dit entre nous , d'en commencer une troisième édition. Je compte y ajouter des supplémens , quoique je n'en aie pas les fonds. Ma maison et son ameublement m'ont épuisé. De plus ma dépense annuelle avec celle de ma domestique est au moins triplée. Je ne m'inquiète plus de l'avenir, quoique je n'aie de revenu assuré que 4o livres de rentes produites par une action de j ,000 liv.

placée sur l'emprunt de 3o millions de la Ville. N'entends-je pas bien les affaires?

Quoique vous soyez dans le tourbillon des affaires générales , vous me devez au moins des nouvelles de votre santé et de celle de madame Hennin , qui m'avait promis des fleurs. Vous devez aussi me renvoyer les vers que M. Thérèze a faits sur mes Études. Je ne vous les redemande pas par vanité , mais afin de conserver ce témoignage gratuit d'amitié de la part d'un inconnu qui fait trèsbien les vers.

En voici un autre qui vient d'être publié en prose de la part d'une dame qui m'a obligé essentiellement et sans me connaître. C'est madame la marquise de Sillery , qui vient de lever un étendard contre les philosophes , et qui m'a donné une compagnie dans son régiment , je veux dire qui a fait un chapitre exprès pour parler de mon ouvrage dans celui qu'elle vient de publier, intitulé : La Religion, base du bonheur. Vous pouvez bien croire que j'ai été fort surpris des éloges qu'elle m'y donne , auxquels je ne m'attendais pas plus qu'à la pension de 800 livres qu'elle a engagé M. le duc d'Orléans à me donner. Cependant

je n'ai à ce sujet qu'une simple lettre de son chancelier, sans brevet. Songez que vous me devez de vos nouvelles , et quoique placé sur le haut d'une montagne entourée d'orages., ne dédaignez pas de jeter de temps en temps les yeux dans la vallée où vous avez toujours un ancien ami.

Je suis avec une respectueuse considération,

Paris, ce a5 mars 1787.

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A MONSIEUR HENNIN

Paris , ce 9 juin 1787.

Monsieur et ancien ami,

Je pense que je recevrai de vos nouvelles maintenant que vous êtes débarrassé de votre Assemblée des notables. J'ai aussi divers emplois qui m'ont empêché , sinon de vous écrire, au moins de vous aller voir comme c'était mon intention. Je suis jardinier et éditeur d'une troisième édition , soit dit entre nous, pour ne pas empêcher la deuxième de s'écou-

lO CORRESPONDANCE

1er. Ces occupations, jointes à celles de mon secrétaire , d'auteur, de commissionnaire , de décorateur de ma maison , ne me laissent pas un moment à disposer de moi. Joignez-y une santé toujours incertaine, mais qui cependant se raffermit , et pour dire la vérité un grand penchant pour la philosophie de Fénélon, le quiétisme, vous aurez une idée des liens et des poids qui me retiennent où je suis.

Il y aurait bien un moyen de satisfaire le désir que j'ai de vous voir : ce serait de vous attirer chez moi , vous qui êtes transporté où vous voulez avec les jambes d'autrui; ce serait de vous engager , lorsque vous viendrez voir le superbe Jardin du Roi, à accepter un mauvais dîner chez moi ; mais pour le présent je puis vous protester que je ne puis me donner cette satisfaction, vu l'état de ma cuisine et l'incapacité de ma cuisinière dans un quartier perdu. D'ailleurs, tant que je ne vivrai que de morceaux de pain bénit , je ne peux songer à fonder ma table. Je viens de recevoir une gratification de la marine de 4oo livres à titre de secours , et j'en ai remercié par écrit M. Dufresne, car j'ai tenté inutilement deux fois de le voir à Paris. Je nie doutais bien que

c'était une suite de ses sollicitations , au sujet d'une pension. Il m'a répondu fort obligeamment qu'il ne tiendrait pas à lui que le ministre ne m'accordât cette même gratification Tannée prochaine. Je vous en remercie comme étant le premier mobile de ce bon mouvement. Mais considérez que tous les bienfais du Roi dont je jouis sont de cette nature, et qu'il n'en est aucun sur lequel je puisse compter pour Tannée prochaine ; j'en excepte cependant les 5oo livres que vous m'avez fait avoir sur les affaires étrangères , qui ont un peu plus de solidité, à ce que j'espère. En attendant on a quadruplé ma capitation , parce que je me suis avisé de faire blanchir mon ermitage et de mettre aux fenêtres quelques jalousies. J'en ai écrit à M. le prévôt des marchands qui m'a répondu obligeamment , mais sans rien décider. Si vous le connaissez, je vous prie de lui en dire deux mots. J'ai aussi écrit à M. le contrôleur-général , qui m'a fait la réponse la plus honnête , suivant son caractère particulier.

Je crains d'abuser de vos occupations; donnez-moi seulement des nouvelles de votre santé

et de madame , et agréez les assurances détachement et de la considération respectueuse avec lesquelles je suis ,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. l3

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami ,

Je ne crois pas que F Assemblée des notables vous ait donné plus d^ccupation que les feuilles de ma troisième édition, à moi. Enfin je commence à respirer et je désirerais prendre un jour qui vous soit commode pour vous aller voir à Versailles. Faites-moi donc Tamitié de mVn indiquer un ou plusieurs , afin que je puisse choisir aussi.

Je désirerais , s ''il était possible , que ce fût un jour où je pusse voir et remercier les per-

sonnes qui m'ont rendu quelques services , tels que M. Dufresne.

Je compte être libre vers la fin de la semaine , non pas que mon édition soit finie , il s'en faut beaucoup ; mais mon premier volume étant achevé, et le second au moment de l'être, j'ai chaque jour la moitié moms d'épreuves à corriger.

Ma santé va mieux , mais ma fortune empire. J'ai bien prévu que les bienfaits du Roi n'auraient pas de solidité. Je perds cette année 2,600 livres, c'est-à-dire à peu près ce que j'avais de meilleur : 1 ,000 livres sur les grâces accordées aux gens de lettres , qui devaient cette année m'être données en pension; 1,000 1. dont je jouissais depuis quatorze ans comme secours ; 400 livres que j'avais fait obtenir à ma sœur , et 200 livres qui m'ont été retranchées de la gratification sur le Mercure ' .

N'ai-je donc pas bien mérité de ma patrie, et n'est-il pas temps que j'aie part aux grâces du prince d'une manière solide et honorable? Les contrefaçons m'ont enlevé la meilleure

1 Bernardin de Saint-Pierre avait joui à peu près un an de la plupart de ces gratifications.

partie du bénéfice de mon livre , sans que j'aie pu en avoir justice que bien faiblement. On a saisi à Nancy quelques exemplaires de ces contrefaçons , et M. de Lamoignon en a ordonné la confiscation à mon profit , mais précédemment on en avait saisi une balle entière à Marseille , et elle y a été vendue au profit de la chambre syndicale de cette ville , c'est-à-dire au profit des contrefacteurs , injustice qui n'a peut-être pas d'exemple.

Tout doit-il être parmi nous le prix de l'intrigue ? J'ai dirigé mes veilles , mes voyages, mes services au bien de ma patrie, et parvenu à un âge où j'ai besoin de repos , je n'ai rien d'assuré pour vivre. Le peu que j'ai est incertain et exposé à la mauvaise volonté de ceux dont j'ai attaqué les systèmes, et qui assiègent toutes les avenues qui mènent à la fortune.

Je viens de recevoir une lettre d'un nouveau supérieur de l'Ile -Bouchard, qui me mande que la tête de mon malheureux frère est plus exaltée que jamais , et qu'il est prêt à se décharger de sa garde , si je ne lui obtiens pas un ordre du ministre pour le resserrer plus étroitement. Je viens de faire

l6 CORRESPONDANCE

passer cette lettre à M. le baron de Breteuil , en le priant de concilier à cet égard la justice et Thumanité.

Je le prie aussi de mettre plus de stabilité dans le sort de mon frère , qui semble être aujourd'hui à la discrétion d'un gardien qui ne demande qu'à s'en décharger. Ce religieux me demande de plus que je le fasse payer de la pension de mon frère sur le trésor royal. Tout cela est bien incertain , comme vous le voyez. Si vous avez occasion d'en parler à M. le baron de Breteuil ou à M. Robinet, je vous prie de m'appuyer de votre amitié , car vous pouvez juger quel serait le sort de cet infortuné capable des entreprises les plus téméraires, soit publiques, soit privées, si on lui rendait la liberté , ou s'il venait à me perdre , ou que M. le baron de Breteuil quittât cette partie de son département. D'un autre côté, on ne peut sévir envers un malheureux qui n'a pas l'usage de sa raison. Je mande à M. le baron de Breteuil que sans doute il saura bien contenir une tête exaltée dans un couvent de province , lui qui a maintenu Tordre dans une ville émue par les intérêts les plus vifs au milieu des ar-

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE. ij

(leurs de la saison la plus propre à faire fermenter les esprits.

Je suis en attendant de vos nouvelles, avec une respectueuse considération ,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

A Paris, ce ier octobre 1787.

Rue de la Reine-Blanche, près la barrière du Jardin du Roi.

TOMF. in

l8 CORRESPONDANCE

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A MONSIEUR HENNIN

Paris, ce 2 janvier 17Î

Je vous crois fâché contre moi. Il y a deux mois je vous écrivis pour prendre votre jour pour vous aller voir, et vous ne m'avez pas répondu. Je n^rai point à Versailles au commencement de Tannée, où il nV a peut-être personne qui pense à moi, mais j'irai , s'il plaît à Dieu, quand mon quatrième volume sera imprimé, vous en porter un pour me rappeler

DK BERIVAKDIN DE SAINT-P1EK RE. I ()

à votre souvenir. Je suis surchargé d'écritures ; j1écris à M. Lambert et à deux personnes de ses bureaux pour réclamer ma portion des grâces du Roi , qui n'est plus maintenant à la disposition de M. Mesnard. J'écris aussi à M. Dufresne qui m'a rendu service Tannée passée à votre sollicitation. Je lui dois au moins une marqua d'attention.

La fin de ma deuxième édition ne se vend plus , il en reste plus de 60 exemplaires ; le bruit de ma troisième édition s'est répandu de tous côtés. Il est cependant bien certain qu'elle ne contient exactement que la précédente, n'ayant mis d'addition que dans mon quatrième volume. C'est là que vous verrez de nouvelles preuves de l'allongement des pôles et un ensemble avec ma Théorie des marées qui vous frappera ; le reste est moral. Je ne vous en dirai pas davantage, car la même faiblesse de vue qui vous empêche de répondre à mes lettres, ne vous permet peut-être pas de les lire. Pour moi, mon ame est en peine quand quelqu'un m'a écrit et que je ne lui ai pas répondu.

Malgré votre silence , je ne vous en suis pas moins attaché. Agréez donc les vœux que je

fais pour votre contentement et pour la prospérité de votre aimable famille.

Je suis avec un sincère attachement et une respectueuse considération,

Monsieur et ancien ami ,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

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A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami ,

Quoique vous ne répondiez plus à nies lettres, je ne peux croire que vous m'ayez oublié. Pour moi, si je ne vais pas à Versailles, c'est par des raisons de santé . et parce que j'ai attendu l'impression démon quatrième volume rétardée encore pour quelques semaines. J'attends, une réponse d'Angleterre a l'occasion d'unebouteille où était renfermée une lettre ; laquelle bouteille a été jetée à la mer, dans la baie de Biscaye , repêchée sur les côtes de Norman-

l'A CORIŒSPO?.DAI\CE

die et rendue à son adresse en Angleterre; je veux dire la lettre. Or , ce moyen de communication nautique a été indiqué, si vous vous le rappelez, à la fin du troisième volume des Etudes de la Nature.

Pendant que la nature me fournit de nouvelles preuves sur ma théorie, la fortune vient troubler mon repos. Mon malheureux frère s'est évadé le 23 du mois dernier. On ne sait quel chemin il a pris. Jugez de mon inquiétude sur le sort d'un infortuné dont l'esprit est en désordre et qui est sans argent. J'ai envoyé la lettre du supérieur des cordeliers de l'Ile-Bouchart, qui m'a annoncé cette nouvelle dimanche dernier, à M. le baron de Breteuil, en le priant de donner des ordres pour la recherche de ce pauvre malheureux. C'est la deuxième fois qu'il s'échappe, et il y a quelques années qu'il s'évada de la maison de Saint- Venant où il avait été renfermé. J'ai prévu qu'il en serait de même cette fois , en ce que le supérieur m'écrivit , il y a quelques mois , qu'il ne répondait plus de son prisonnier, si les quartiers de sa pension n'étaient assignés enTouraine, et si on ne lui donnait toute autorité sur lui. Sur mes représentations, M. le

DE RERNÀRDIN DE SAIINT-PfERRE. 23

baron de Breteuil acquiesça aux demandes du religieux, en lui recommandant de concilier les devoirs de charité et d'humanité avec les précautions nécessaires pour qu'il pût répondre de la liberté de son prisonnier. Mais je prévis, dès ce moment , qu'il s'en débarrasserait d'une manière ou d'autre. Je vous prie instamment de recommander le sort de mon frère à M. le baron de Breteuil et à M. Robinet. Vous trouverez souvent l'occasion de les voir et de leur parler; d'ailleurs votre amitié pour moi est une puissante recommandation. Je vous prie de recevoir les assurances de la mienne, que votre silence même ne peut refroidir, ainsi que de la respectueuse considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être ,

Monsieur et ancien ami,

Paris, ce 6 février 1788.

A MONSIEUR HENNIN

Paris, ce 29 mars 17SH

Monsieur et ancien ami ,

Je vous envoie le quatrième volume des Etudes de la Nature, que je n'ai pu faire relier non plus qu'aucun de tous ceux que j'ai donnés : i°pour ne pas attendre des semaines entières après le relieur pour publier mon édition ; 2° parce que le relieur macule toujours le> feuilles nouvellement tirées ; 3° parce qu'il n'aurait pu faire raccorder les dessins de la reliun

DF BKRNAKD1N DF. 8AINT-PIRRRE. 2f>

de ce quatrième volume avec ceux des trois précédera dont il ne se souvient plus.

Je vous prie de faire parvenir à leur adresse les exemplaires du même paquet dont j'ai affranchi le port. Savais bien envie de les distribuer moi-même, mais le rôle que joue un auteur dans ces sortes de présentation est trop contraire a mon humeur. Je fuis les cérémonies, je n'ai pas renoncé pour cela au voyage de Versailles, et j'espère bien aller voir les personnes qui me conservent de la bienveillance , entre autres M. Dufresne auquel j'envoie un exemplaire de ma troisième édition qui est exactement la même que la précédente. Ce sera, s'il plaît à Dieu, sous quinze jours ou trois semaines. En attendant, j'écris à tous mes bienveillans soit à Paris , soit en province, ce qui à vue de pays est une affaire de plus de 4o lettres et de plus de 60 exemplaires tant complets qu'incomplets, c'est-à-dire d'un volume ou de quatre pour ceux à qui je n'en ai pas donné précédemment.

Vous jugez, donc bien que quelque plaisir que j'aie à m'entretenir avec vous, je suis obligé de faire la présente courte, les simples

enveloppes de mes 4o lettres étant déjà pour moi un grande occupation.

Je suis avec une amitié constante , Monsieur et ancien ami, Votre, etc.

De Saint-Pierre.

Ne me répondez point que vous n^ayez, lu ou fait lire le quatrième volume, afin que je sache ce qu\m en pense dans votre pays.

Je crois être entré dans vos vues en envoyant un de ces exemplaires à monseigneur Tarchevêque de Sens , et un autre à M. le contrôleur-général.

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N°iro.

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ami ,

Je reçois unelettredeM.deLaroche, premier commis des finances, quiréclamefort obligeamment 100 exemplaires de mon quatrième volume pour la souscription du Roi. Vous devez vous rappeler qu'àl'époque de mapremièreédi- \ ion , plusieurs ministres souscrivirent : si le vôtre ainsi que celui de la marine sont dans la disposition d'avoir le quatrième volume, je vous prie de me le faire savoir incessamment, car il y a déjà de ce quatrième volume que je n'ai tiré qu'à deux mille, plus de la moitié de vendu.

Je vous prie donc d'en parler à M. Dufresne pour les cent exemplaires de la marine, à votre ministre pour ses vingt, et même à M. le baron de Breteuil pour ses six, qui par parenthèse ne m'a pas répondu, ainsi que vous. Dans le cas où les ministres réclameraient la suite de mes Etudes , comme je n'ai point reçu d'avance pour la souscription du quatrième volume, je ne le livrerais qu'au prix courant, ainsi que j'aurais dû faire d'ailleurs pour ma première édition, puisque les remises ne se font qu'aux libraires et non au Roi qui , en souscrivant, voulait me donner des marques de faveur et d'aide.

Répondez-moi, je vous prie, le plutôt possible. Je conçois que vous avez une multitude d'affaires sur les bras , mais je vous réponds que les lettres et les visites que m'attirent mes Etudes, m'ôtent le temps d'étudier et surtout celui de vous aller voir. Cependant je compte y aller incessamment , et ce serait une circonstance favorable pour présenter au ministre de la marine un exemplaire de mes Etudes, et même au vôtre , que de leur rappeler la sous eriplion de leurs prédécesseurs et le quatrième volume qui en esl la suite. M. Dufresne, à cette

DE BERNAI5DIN DE SAiNT-PÏERRE. 29

occasion, pourrait faire valoir au ministre de la marine mes anciens services pour m'en obtenir une pension.

Je laisse la chose entièrement aux soins de Notre bonne amitié, et croyez que j'ai assez d'expérience de votre caractère pour le croire inaltérable. Votre silence peut quelquefois me faire de la peine, mais il ne m'inquiète pas. agréez les assurances de mon sincère attachement et de la respectueuse considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,

Monsieur,

Votre, etc.

Dk Saiînt-Pierrf.

Paris , ce 16 mai 1788.

Parmi les personnes que mon ouvrage m'attire, il m'est venu des hommes très-recoinmandables, entre autres M. le comte dePylon, célèbre par ses malheurs, un Anglais de beaucoup de mérite, appelé M. Pigot, qui veut former en Amérique une école de pythagoriciens, etc.

J'ai fait une espèce de vœu de n'aller à Versailles que pour remercier et non pour demander.

A MONSIEUR HENNIN

Paris, ce 5 juin 1788.

Monsieur et ancien ami,

Voici la réponse de M. Gandolfe. La souscription du Roi, comme vous voyez, n'a pas tourné tout-à-fait à mon profit ; la même chose m1 arriva la première fois , mais de mon agrément, ayant eu la simplicité de faire une remise au Roi pareille à celle qu'on fait aux libraires, ce qui est contre tout usage. Cette fois, cela m'a fait sur 70 livres une diminution

de 11 livres. Je serais fâebé qu'il en fût de même de la souscription de la marine, et que les bureaux se fussent adressés à quelque libraire pour lui procurer un bénéfice à mes dépens. J'ai écrit , suivant votre conseil , à M. le comte de la Luzerne et j'attends sa réponse. Au reste , je ne vous parle de ces bagatelles que par amour de la justice et de l'ordre, car mon intérêt , au bout du compte , y est peu lésé; le bénéfice total ne va pas à 200 francs , sur quoi la remise à mes libraires , pour la vente au public , est d'environ 20 écus, et pour que ces paiemens aient lieu , il faut autant d'écritures dans les bureaux que pour une somme considérable.

Ne perdez pas cependant de vue la souscription delà marine, d'autant que c'est une occasion de rappeler mes services au ministre de la marine , et de m'en obtenir une pension.

Je suis arrivé lundi dernier sur les sept beures et demie à Ruel, étant parti de Versailles à cinq beures du matin. J'ai fait le voyage le plus agréable du monde par des solitudes enchantées, entre autres par les bois de la Selle où il y a des peupliers qui vont aux

nues, et de vieux châtaigniers sur des coteaux du temps du déluge. Tous les oiseaux des environs s'y étaient donné rendez- vous , et j'ai cru de bonne foi distinguer au milieu de leurs concerts la voix de mon serin qui s'est échappé de sa cage il y a huit jours.

Votre itinéraire m'a parfaitement bien guidé; on m'a comblé d'amitiés à la Malmaison où j'ai trouvé une personne de votre connaissance à Genève, M. de Mondion, à peine guéri de l'opération de la cataracte. Le parc est plein de beautés naturelles dont il est redevable en partie à un petit ruisseau d'eau courante. Mais je crois que vous connaissiez cet agréable lieu avant moi. Je suis revenu le soir même coucher à Paris où madame de Verclive m'a ramené. Ainsi ces deux jours m'ont procuré une vacance pleine d'agrémens , parmi lesquels je dois compter particulièrement ceux de votre société et de vos aimables amis. Je vous prie de me rappeler à leur souvenir, et avant tout, à celui de madame votre épouse, en lui rappelant qu'elle m'a promis de venir voir mon ermitage.

Agréez les assurances de ma sincère amitié

et de la parfaite considération avec laquelle je suis pour la vie,

Monsieur et ancien ami, Votre, etc.

De Saint-Pierre.

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