‹ Correspondance, précédée d'un supplément aux mémoires de sa vie par L. Aimé-MartinChapitre 88 sur 119 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami,

Je viens de récrire à M. le comte de la Luzerne pour savoir où. je dois toucher l'argent des cent volumes de mes Etudes qu'il m'a mandé de faire remettre chez M. le marquis de Chabert , lequel est absent. J'ai profité de cette occasion pour remercier le ministre de sa lettre pleine de bienveillance , et pour lui toucher quelque chose des espérances de pension qu'on m'a long-temps données dans son département : je crois qu'un mot de votre part ferait le meilleur effet dans cette circonstance, ainsi que j'en ai fait Té-

preuve dans plusieurs affaires , encore qu'elles ne fussent pas de votre département. Dans la confiance que j'ai dans votre crédit, et surtout dans notre ancienne et bonne amitié , je requiers vos bons offices , par le conseil même de M. Mesnard, au sujet d'une lettre qui m'a été écrite par le Père Lanier, supérieur des cordeliers de file-Bouchard en Touraine. Voici de quoi il s'agit :

J'ai engagé M. Mesnard , dans son dernier voyage de Touraine, à faire parvenir au Père Lanier un exemplaire de ma troisième édition des Etudes de la Nature pour le remercier des soins qu'il prend de mon frère. J'ai prié en même temps M. Mesnard de recommander, à cette occasion, mon frère aux bons offices de ce religieux. Celui-ci , dans sa réponse à M. Mesnard , ainsi que dans la mienne, désire d'abord que nous nous concertions pour faire parvenir, à mon frère des chemises de toile fine garnies de belle mousseline, qu'ensuite M. Mesnard lui écrive comme de la part du baron de Breteuil, qu'il n'entend pas qu'il passe l'enceinte de la maison pour aller se promener , qu'il aille prendre les bains de rivière, de peur qu'il ne s'évade; qu'il a donné

les ordres les plus précis pour le faire arrêter et le punir si cela arrivait une seconde fois, et qu'il ne veut point changer son lieu d'exil. Au reste, vous jugerez des demandes de ce religieux par sa lettre même ci-jointe.

M. Mesnard m'a dit que dans celle quril en a reçue, il lui parle d'envoyer à mon frère des chemises de toile de Hollande , ce qu'il juge avec raison fort peu convenable à l'état de sa fortune et fort inutile à ses besoins. Il a 23o livres pour son entretien dans un pays où tout est à moitié meilleur marché qu'ici. Si mon frère avait besoin de chemises simples et garnies à l'ordinaire, je l'en aiderais de bon cœur, mais je ne veux contribuer en rien à nourrir cet esprit de vanité qui le promène d'illusions en illusions. Je désirerais donc que M. le baron de Breteuil eût la charité de se prêter aux moyens propres à contenir l'esprit de cet infortuné dans les bornes que prescrit son gardien ; et que de plus , il enjoignit à celui-ci, en particulier, de lui mander s'il aperçoit que l'esprit de mon frère rentre dans son assiette et n'en sorte plus , afin , s'il est possible , de le faire rentrer dans la société pour laquelle ce religieux prétend qu'il est un

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homme accompli; bien entendu cependant que mon frère se trouverait disposé à se livrer à quelque occupation utile et non à vivre, sans rien faire, aux dépens de ma famille, ou de qui il appartiendrait , comme il a fait par le passé, ne voulant absolument rien faire s'il n'avait quelque état de 20 à 3o,ooo livres de rente. Vous jugez où une pareille disposition d'esprit peut mener un homme qui n'a pas un sou de revenu , aucun talent , et dont la famille , comme vous le savez , ne subsiste en bonne partie que par les secours du Roi que la Providence m'a ménagés annuellement par le crédit de mes amis, et particulièrement par le vôtre.

Donnez-moi encore, à cette occasion, des marques de votre amitié accoutumée, et recevez les assurances de celle avec laquelle je suis pour la vie,

Monsieur et ami,

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

Paris, ce 3 juillet 1 788.

L'Année littéraire a rendu compte de mon quatrième volume.

a monsieur hennin.

Monsieur et ancien ami,

J'ai attendu le moment où mon édition in-i 8 avec figures de Paul et Virginie serait prête, pour vous en envoyer un exemplaire et vous renouveler tous les vœux de notre ancienne amitié. J'y ai joint un semblable exemplaire pour M. de Laroche , premier commis des finances, qui m'a rendu service, et je vous prie de le lui faire parvenir le plutôt possible. Je vous prie d'excuser la brièveté de la présente par le nombre considérable de billets el

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de lettres d'envoi que je suis obligé de faire à l'occasion de mes présens. Agréez donc mes vœux pour votre prospérité et celle de tout ce qui vous appartient. Je suis avec un sincère attachement et une respectueuse considération ,

Monsieur et ancien ami, Votre, etc.

De Saint-Pierre.

Paris , ce ao janvier 1789.

Je vous prie de m'accuser réception de mes exemplaires.

4o CORRESPONDANCE

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami,

Jetais si pressé la dernière fois que je ne pus que vous mander deux mots en vous envoyant deux exemplaires papier vélin avec figures de mon édition in-18 de Paul et Virginie, dont un pour M. de Laroche, premier commis des finances. Je n'ai point reçu de réponse à l'occasion de ces deux exemplaires que j'ai envoyés par la messagerie de Versailles à votre adresse, il y a déjà plus de huit jours. Donnez-m'en , je vous prie, des nouvelles ainsi que de celles de votre santés

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La mienne n'est pas des meilleures ; j'ai eu une fluxion sur les dents qui m'a obligé de garder la chambre cinq jours; ensuite un gros rhume sur la poitrine qui me fatigue beaucoup.

J'ai écrit et j'ai fait une visite à M. Dufresne pour lui recommander la gratification annuelle que j'ai dans le département des finances , ainsi que celle de ma sœur ; il m'a répondu que je (levais m'adresser directement à M. Necker, et qu'il était persuadé que ma demande ne souffrirait pas de difficulté. J'ai donc écrit à M. Necker une lettre polie , respectueuse, mais sans bassesse et sans flatterie. Je n'en ai point reçu de réponse. Ce silence ne m'inquiète que pour ma sœur. Pour moi, il me suffit d'avoir agi dans les circonstances les plus essentielles de ma vie, honnêtement, simplement et sans intrigue; ma conscience me dédommagera toujours de la fortune. Je joins encore à ce sentiment celui de l'estime de mes amis à la tète desquels je vous mets, parce que vous en êtes le plus ancien , et celui qui m'avez obligé sans aucun intérêt de parti ni de renommée.

Donnez-moi donc de vos nouvelles et des

assurances que le témoignage de mon souvenir que je vous ai donné par Penvoi de Paul et Virginie avec ses jolies gravures, vous a été agréable.

Je suis avec un attachement constant et une respectueuse considération , Monsieur et ancien ami , Votre, etc.

De Saiint-Pierre.

Paris, ce i8 janvier 1789.

Mes respects à madame Hennin. Je suis accablé d'écritures. Je compte aller vous voir aux premiers jours du printemps, qui sera, je crois, précoce cette année.

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami,

Les gratifications annuelles dont je jouissais, ainsi que ma sœur, viennent d'être changées en pensions de 4o° livres et de 1,200 livres, sans retenue, sur le trésor royal. Elles sont motivées sur mes anciens services d'ingénieur de la marine. M. Dufresne , votre ami, vient de m'en expédier les brevets avec tout le zèle et la bonne grâce avec lesquels il a cherché, conjointement avec vous, à m'obteuir ces bienfaits de la marine même. A cette

occasion , il me parla de vous il y a deux mois comme un homme qui vous est sincèrement attaché; cependant il ne voulut jamais convenir que dans cette circonstance il m'eût servi en rien , mais me protesta que M. Necker avait agi de son propre mouvement. JPirai voir M. Dufresne ces jours-ci pour le remercier au moins de la manière honnête dont il m'a expédié les brevets de mes pensions, en y joignant un bon de 1,600 livres sur le trésor royal pour Tannée écoulée, la pension de ma sœur et la mienne commençant au 1er mars de cette année, et tout cela sans aucune démarche ni sollicitation de ma part.

Je compte vous aller voir au commencement de mai, pour jouir du renouvellement de Tannée , de notre ancienne amitié et de la constitution de la France qu'on attend des états-généraux. Après ces magnifiques et touchans spectacles, je m'en retournerai à pied par les bois solitaires de la Selle : c'est un paysage digne du Poussin. La Providence m'a ménagé partout des amis, de manière que je pourrais aller jusqu'à Londres sans rire obligé de m'arrèter dans une auberge.

En attendant que je puisse \ou> embrasser,

donnez-moi quelques nouvelles de votre santé. Je ne doute pas que vous ne soyez surchargé d^critures , mais je vous prie de croire que j^n suis pareillement accablé et que je n^i pas d^ides.

Agréez les assurances du sincère attachement avec lequel je suis pour la vie, Monsieur et ancien ami , Votre, etc.

De Saint-Pierre.

Paris , ce 17 avril 1789.

A MONSIEUR HENNIN

Monsieur et ancien ami,

Je n'ai que le temps de me rappeler à votre souvenir, au milieu des nombreux envois que je suis obligé de faire des Vœux d'un Solitaire. Vous me ferez le plaisir de me mander l'effet qu'ils auront produit sur vous et sur les membres de l'assemblée qui auront le loisir de s'en occuper. Vous me donnerez en même temps des nouvelles de votre santé. J'aurais été en chercher moi-même , si la mienne qui n'est pas trop bonne, et mes écritures en tout

genre ne m'en eussent empêché. Au milieu des calamités publiques , j'en ai éprouvé de particulières. Mon frère infortuné, dans un accès de démence , la nuit du 23 août, s'est coupé la main avec un rasoir; on Fa trouvé le matin baigné dans son sang et sa main gauche était sur la table. Il s'était déterminé à cette affreuse mutilation , pour laisser à madame la princesse d'Orléans dont il est épris , un témoignage de son amour, et il était résolu d'ailleurs de ne pas survivre à la prise de la Bastille.

Son gardien m'a mandé qu'il était hors de danger. Je lui ai envoyé quelques secours pour subvenir aux fantaisies innocentes de son pensionnaire que je recommande à la pitié du ciel et des hommes.

Recevez les témoignages de notre ancienne amitié et les assurances de la parfaite considération avec laquelle je suis constamment.

Votre, etc.

De Saint-Pierre.

Paris, ce 20 septembre 1789.

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