IV
Nous attendons M. et Mme Adam Salomon; nous n'aurons pas les Dargaud avant octobre.
Nous voudrions vous attendre, y compris la diane chasseresse de madame Valette.
Nous serons à Paris le 12 novembre.
Adieu et attachement.
DCGCCXCIX A monsieur le rédacteur du Siècle
Saint-Point, 4 novembre 1852.
Monsieur le rédacteur, Vous citez, d'après Y Indépendance belge, mon nom parmi ceux des hommes politiques qui seraient appelés au sénat du nouveau gouvernement. Dans l'intérêt de la vérité qu'on doit conserver à chaque caractère, permettez-moi de démentir un bruit qui n'a et ne peut avoir aucun fondement.
A monsieur Eugène Pelletan
Monceau, 14 novembre 1852.
Mon cher ami, On voudrait sortir de son sépulcre pour lire et pour entendre cet admirable portrait de sa mémoire tracé par une main d'une telle amitié, et d'autant plus beau qu'il est plus partial. Jamais vous n'avez écrit rien de plus suave, de plus beau et de plus courageux. L'âme d'un pays qui conserve de telles voix n'est pas morte. Heureux ceux qui la comprennent en l'entendant !
ANNÉE 18o2. 35o
J'irai dans peu de jours vous voir et vous remercier à Paris. Mais en attendant sachez quelles pulsations fortes et douces jusqu'aux larmes vous avez données d'un trait de plume aux cœurs nombreux qui vous aiment à Monceau.
Adieu et plus qu'amitié! attachement posthume de ma mémoire à votre nom.
Tachez d'encourager à l'abonnement au Civilisateur, mon seul salut ici-bas, et voyez Havin pour mon histoire du Siècle des Mêdicis, qui me ressusciterait encore.
MI
A monsieur Boussin
A Cormatin.
Monceau, 15 novembre 1852.
Votre lettre, mon cher Boussin, est un cri de l'àme qui va au cœur. Elle est éloquente comme l'indignation. Il faut s'indigner quand on est jeune, il faut compatir quand on prend des années. Quand on se souvient de 1815 on comprend 1852. Gaulois toujours, jamais hommes.
N'en parlons plus, laissons faire au temps, ministre de la Providence. Il ramènera, je ne sais quand, de la dignité dans l'âme de ce peuple. Il faut le plaindre et le consoler même de ses faiblesses. Il en a eu pour la liberté à cause de son nom, et il se précipite dans le pouvoir absolu à cause de son nom aussi. Le monde roule, vous êtes jeune, vous verrez d'autres faces des choses : quant à moi, je ne verrai plus grand'chose ici-bas, mais j'en verrai, de plus haut, de plus belles. La philosophie plane sur tout cela, et Dieu sur la philosophie.
Venez donc philosopher à Monceau. On y est triste et
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malade. C'est l'heure des amis, comme vous deux, qui méprisent la fortune et qui vengent, par leur fidélité, ceux qu'elle abandonne.
Mil
A monsieur le marquis de la Grange
Monceau, 18 novembre 185? .
Merci des bons souvenirs et des bonnes nouvelles de mon histoire. J'ai bien besoin qu'elle ait de l'intérél pour engager les libraires, mes seuls fermiers, à conclure un nouveau bail avec moi pour ma belle histoire des Médicis, pain de mes années futures : c'est là que je veux écrire le vrai grand siècle moderne.
Je regrette aussi de ne pas vous serrer la main cordialement et souvent. Je ne vais pas à Paris par bienséance, il ne convient pas que la République assiste à ses propres funérailles; j'attends la fin des fêtes. Je pense (et ditesle-moi) que ce sera fini le vingt décembre.
Je passerai alors près de vous mes trois derniers mois de séjour à Paris, car mon hôtel me quitte avec ma fortune. Je tâche de vendre Monceau et de me replier à Milly, berceau très dégradé de mon enfance, mais je ne sais s'il ne faudra pas vendre même ce cher vestige de famille. Tâchez de populariser le Civilisateur, mon seul moyen de salut et de libération.
Ne croyez pas que j'aie imaginé la Res taiwat ion. Il n'y a rien d'écrit que sur pièces, mémoires, confidences ou souvenirs directs. Quant à madame du Cayia, j'en pense à peu près ce que vous en dites, mais on n'a que le droit de le faire penser sans le dire : il n'y a pas d'actes et de corps de délit contre elle.
Adieu. Ecrivez-moi sur le sens et les formes de la proclamation impériale pour que je règle mon départ.
Ma femme va bien mieux et me donne espoir. Parlez de nous à madame de la Grange pour qui nous sommes ce que nous fûmes, très tendres et bons amis.
Adieu encore.
MIII
A monsieur Valette Professeur de philosophie.
Saint-Point, 29 juin 1853.
Non, je ne trouve jamais assez longue une lettre pleine de tant de baute philosophie pratique et surtout de tant d'amitié. Ne vous lassez pas plus d'en écrire que je ne me lasserai d'en lire.
Je suis en effet fort malheureux depuis six ans, et je n'ai plus même ces consolations de la perspective, car la perspective se raccourcit à mesure qu'on avance dans la vie ; c'est l'inverse des autres voyages. Je suis très malade et très obéré. Ce qui m'entoure souffre et s'afflige ; et de cr que je tente pour relever la destinée peu de chose réussit. Je retarde seulement le coup fatal. J'ajourne par le travail, mais la vie n'est qu'un ajournement.
Quant aux consolations puisées dans l'ordre humain, elles n'agissent pas sur moi. Je n'ai jamais mis mon espérance, comme Strafford, dans les fils de l'homme, elle est plus haut. Cependant elle s'éclipse quelquefois. Dieu semble toujours se déclarer contre ceux qui veulent faire son œuvre. Il combat pour ses ennemis contre ses amis. On s'étonne peu du manichéisme quand on a vécu un certain bon nombre d'années et bien étudié l'histoire : la terre entière est bien un Calvaire ou une roche tarpéienne,
calvaire pour les philosophes, roche tarpéienne pour les patriotes. Posez-vous cette rude question, et résolvez-la autrement que Brutus.
Je m'y perds. Je mourrai du moins avec cette conscience de n'avoir pas dit un mot et pas fait un acte dans ma vie publique qui n'eût pour objet le service de la vérité divine à mes dépens. Fut-ce une folie de la croix? fut-ce une duperie de la bonne volonté? Le ciel seul me le dira, c'est son affaire.
En votre qualité de philosophe spiritualiste et religieux, vous le savez d'avance. Vous habitez les hauts lieux, comme vous dites, au moral ainsi qu'au physique. Quant à moi je suis dans la fournaise, et je n'y vois que du feu.
Parlez de moi à l'aimable et bonne madame Valette dont" le regard inspire la paix et l'affection.
Je suis toujours plus souffrant de l'estomac, et je ne puis être guéri par la médecine.
Mille amitiés.