‹ Correspondance; publiée sur les manuscrits originauxChapitre 13 sur 44 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

Lundi, 11 novembre 1887 *.

Mon cher Vanier,

Hier un peu gêné pour parler librement. Voici comment je calcule :

(1) Robert Caze, romancier naturaliste et journaliste, tué en duel.

* 2 11. papier quadrillé blanc petit format, encre TÎolette, rocto et verso des 2 ff, EnveUppe timbrée.

40 francs qui me reviennent du notaire. 25 de La Reçue Indépendante, que j'espère avoir. 5 francs de La Vie populaire.

70 francs.

Nous sommes convenus (le sommes-nous bien ?) < de 125, pour Poèmes Saturniens. ]

70 et 125 font 195. Tellier, vu hier un instant, me { dit qu'avec 120 francs, je puis très largement avoir i chambre, pension et blanchissage. De 195 retranchez | 120, me resteraient 75 francs pour souliers, quelques j nippes, etc. J'oubliais les 3 fr. 60 du chapeau que j me devez. Nulles dépenses bêtes, parole d'honneur I j Donc, sans vous obérer trop, n'est-ce pas ? je pour- j rais passer déjà un bon mois, — plus le temps que 1 j'aurai passé chez Lepelletier, qui pourra plus que * problablement m' aider, soit pour copie à placer, soit pour, peut-être, ma créance de Juniville.

Ma copie consiste en assez de lignes pour représenter au moins 150 francs.

150 et 125 de La Bonne Chanson, font = 275 dont je déduis 120 du second mois=restent 155, ce qui nous donne un bon troisième mois ; 120, avec 35, pour faire le garçon.

Trois mois, à partir, je suppose, du 15 novembre,! nous amènent au 15 février. De février à avril, onj pourra avoir dans ces trois mois, travaillé, trouvé] emplois ou leçons (ou alors un Vincennes quelconque). En tout cas, sans aucune hypothèse dej copie placée (! I) nous avons au plus juste :

40 francs de Juniville, 250 francs de Saturniens]

LBTTRB8 A LÉON VANIER 113

et Bonne Chanson, payables en 2 ou 3, si on veut, à la grande rigueur, et 3 fr. 60 = 293 fr. 60.

Or, Dujardin est presque sûr, les 5 de La Vie populaire, sûrs, et les 100 de copie, une supposition plutôt en moins qu'en plus.

Voilà. J'attends votre réponse pour le mieux, le plus tôt possible. Je vais écrire à Lepelletier, mais c'est plutôt par excès de délicatesse, car je suis archiinvité par ce très intime (1).

Ecrivez donc et je sortirai s'il y a lieu. Mais je dois savoir si je puis compter sur vous, dans ces conditions, ou à peu près.

Soyez assez gentil pour m'écrire, ou venir le plus tôt possible.

Alors nous imprimons Amour.

Pensez à Morice qui a besoin 5 francs (sic) argent, pour se rendre à Paris, d'où il va envoyer articles au premier journal de Lyon, où il sera dès lors en pied. Il insiste beaucoup, beaucoup.

A vous de cœur (est-ce assez peloteur ?)

Si l'article de Lemaître paraît, envoyez ou apportez, s. V. p.

Entre temps, je pourrai m'amuser à vous faire les Theuriet, Lemoyne et aussi quelques jeunes. Et l'édition de Rimbaud ? Enfin, tâchez voir pour leçons ou petit emploi. Sans compter que je pourrai m'occuper de ma créance de 1.500 francs, plus les intérêts 5 0/0 de 4 ans.

(1) Voir au tome I^ la lettre du 28 novembre 1887.

GCXXXVIII

Paria, le 25 novembre 1887 *.

Mon cher Vanier,

Je compte toujours sur votre visite très prochaine, ou sur lettre, n'est-ce pas ?

Maintenant, où en sommes nous d'Amour ? Me semble que les épreuves sont lentes à venir. Pourtant, c'est une de nos grandes chances. A bientôt, si pourtant n'est-ce (encore) pas ?

Et quelque biographie : Heredia, France ; sur cette gamme-là, correcte, distinguée, quoi, car concurremment avec Parallèlement et tout ce que vous voudrez de latéral, do simultané, de contemporain, d'immédiatement, intérieur, succédané, riverain, proche, etc., k — ou avec — • ou de Amour {sic), nous faut être distingué comme tout, c'est évident. L'Académie et la Croix sont au bout... (1) Apportez-

* Verlaine intime, p. 149 (reproduction, d'après une photographie, de l'autographe original). Le texte de cette lettre dont nous ne reproduisons ici qu'un fragment, le reste ayant échappé à nos recherches, figure également en fac-similé, dans les Œuvres Posthumes (II, 120). Il est illustré d'un dessin de l'auteur représentant ce dernier, de profil, vêtu en académicien, décoré et tenant de la main droite des jetons de présence. On lit, en manière de légende, d'une part, ces mots : « 1.200 fr. par an ! » et de l'autre, cette allusion à un scandale du temps, touchant le trafic des décorations : « Et rien de M^^ Limouzin, Mossieu ! »

(1) Le texte du fac-similé est presque illisible.

LITTaSS À LiON VANIRn 115

moi donc un bouquin de lecture I Je m'ennuie en dehors du travail, beau • coup, boco, baca 1... (1)

[P. V.] [Hôpital DrouBiait].

Jeudi loir [fin novembre 1887] *.

Mon cher Vanier,

Avez-vous fait fructifier ma dernière si sérieuse lettre ? En ce cas, faites-le moi savoir au plus tôt, car je m'ennuie mortellement, vrai I Je vois, grâce à cette réclusioT* qui n'en finit pas, mes espérances s'en aller. Tant, évidemment que je serai ici, dans cette prison et dans ce sépulcre, je ne pourrai rien faire de bon en matière de débrouillage de ma foutue situation. Avec l'avance dont je vous parlais, je puis du moins essayer de me remuer, de me montrer, de voir les gens et prouver que je ne suis ni mort, ni mourant, ni renonçant à rien de la vie, de mes droits d'homme et de littérateur. Mes calculs établissent jusqu'à l'évidence que je puis lutter deux bons mois au moins, au moins avec les 250, plus 35, que j'ai, sans compter sur les 25 de Dujardin et mes chances de placer de la copie.

Et si, comme j'en doute très peu, je réussis, dès tout de suite, à placer de la copie et à trouver de

(1) La fin manque.

* Fragment papier quadrillé blanc, encre carminée, recto e* verso, s. d. Cette lettre, ainsi que la suivante, paraît avoir été écrite au logis de la cour Saint-François, rue Moreau, entre deux séjours à l'hôpital Broussais.

l'argent sur mon excellente créance de Juniville, eh bien me voilà relancé dans une vie normale, et si j'échoue, il sera toujours temps de rapphquer es TA. P. (1) jusqu'à ce mois d'avril. Mais, je n'échouerai pas. Et si vous avez encore votre méfiance de ma conduite raisonnable future, proposez-moi quelque chose fi'immediaf, basé sur ces deux volumes à vous céder.

Rationnez-moi, pensionnez-moi, jusqu'à concurrence des 250 francs en question, mais sortez-moi de ce cachot où je me meurs d'énervement — ou envoyez-moi faire foutre, mais le plus tôt, dans les deux cas, sera le mieux.

J'attends donc réponse circonstanciée, le plus poste pour poste possible, ou votre visite sérieuse extrêmement prochaine.

A vous cordialement,

P. Verlaine.

Et reportez-vous aux termes et aux calculs de ma dernière lettre. Elle est très sérieusement faite.

[Fin novembre 1887] *.

Mon cher Vanier,

J'ai, vous le comprendrez, de petites dettes dans mon quartier : blanchissage, raccommodage et tein-

(1) L'Assistance publique.

* Carte postale blanche et mauve, encre noire. Texte au verso et au recto, autour de l'adresse : M.Léon Vanier Editeur- Lihraire^ etc., La date que nous fournissons est incertaine.

turcrie, sans compter In nourriture depuis quelques jours, tous infinies détails, mais qui représentent environ 25 francs. Faute d'avoir pu payer ces sommes dérisoires, et n'étant pas un homme h pouf, même provisoire, ni à plongeon, je n'ai pu entrer à l'hospice.

D'ailleurs, mon principal protecteurM.le D"" J. (1) est malade et ne peut s'occuper de çà autrement que par écrit, ce qui est long. Donc, chambre à payer, ci : 30 francs, 30 et 25 = 55. Resteraient à mon « actif > 25 francs, je crois. 30 + 25 + 25 = 80. C'est 80 fr., échus du 1*^^ mars qui me sont nécessaires, les derniers 25 surtout, pour vivoter jusqu'à rentrée dans hospice, si rentrée possible. Quant à Amour (question à part des 80 francs ci-dessus), je n'ai pas le manuscrit de l'épilogue. Du moins, il n'était pas dans le paquet apporté par votre commis. Dès que j'aurai recouvré ce commencement, je finirai et vous donnerai. Soyez donc assez bon pour m'envoyer ces 80 francs tout de suite. Même adresse.

A vous cordialement,

Envoyez par mandat. Il y a peut-être une erreur de 5 francs dans ce compte. Enfin, au plus vite, n'est-ce pas ?

Quant à la casquette de loutre (c'est donc Thomas qui vous l'a rendue ?) elle appartient au malade n° 4

(1) Lieez : le D' Louis JuUien, ami du poète. Verlaine lui dédia plusieurs poèmes (CE. C, II et III). Voyez, p. 243.

de la salle Follin. Je serais aise qu'elle lui fût remise. Mais ces manuscrits ?

D'ailleurs, je vais tâcher de faire de l'argent plus tard. Quant à Amour, c'est fait, sauf l'épilogue, Parallèlement aussi.

Je réfléchis qu'une carte postale est susceptible d'être lue par le facteur, ou un commis, et je mets cette carte sous enveloppe. Encore deux sous dépensés pour Guillaume P^ !

Broussais, 2 décembre au soir, 1887*.

Mon cher Vanier,

Vu hier Morice, accompagné de Baud, le graveur, et de Remacle, qui m'a remis les épreuves des Afawdits, auxquelles je vais me mettre. Il y aurait quelque peu à ajouter, peut être, au Villiers. Je ne sais quelles œuvres ont été rééditées de lui, outre Axel, que je n'ai pas lu en entier, UEvejuture et U Amour suprême. Tribulat Bonhomet (ou Claire Lerhoir), est-il réimprimé ? Petites questions que je vous prie de résoudre, pour le bien informé de mon étude.

Morice m'a aussi remis, en outre du petit bouquin à l'auteur duquel je répondrai quelque jour, la lettre dans laquelle je vous écris. J'ai répondu à ce mon-

* Ecrit au verso d'une lettre adressée à P. Verlaine, par M. Albert de Nocée, avocat belge, chargé par ses confrères de préparer une anthologie des écrivains contemporains français et belges. — 2 f. papier quadrillé, encre violette.

LBTTRBf A LÉON VANIBU 119

sieur on reutifiant les renseignements oi'dessus (j*ai opté en 72, non on 73) et en disant que je vous priais par le inûnio courrier de lui envoyer de» choses qu9 je vous désignerai. Or jo vous charge, si vous voulex bien, de faire ce choix qui ue doit pas faire double emploi avec V Anthologie de Lemerre. Ci-joint la couverture de cette publication, que j'ai d'ailleurs reçue pour tout potage, incluse dans la lettre. Je vous la donne pour que vous puissiez juger. — Envoyez donc, le plus tôt possible vers et prose — puisque Mallarmé et Vignier — des amis à vous ! — • en sont d'avis et ne me faites pas manquer de parole à ce brave belge.

Quand vous viendrez — quand ? avec des papiers timbrés, hein ? — je vous remettrai un mot pour envoyer à ces Parnassiens (de Bruxelles en Brabant), pourtant, enfin.

Avez-vous vu Dujardin ? J'attends toujours ses 25 francs.

Et nos biographies ? Et ces vers de Theuriet ? de Lemoyne ?

Avez-vous vu Régamey ? N'oubliez pas de lui parler de mon portrait qui est rue Nicolet, 14 s s'adresser à M. Mauté, de MA part, ou non.

Dites moi donc si vous retarderez encore longtemps Amour (Morice m'a dit que vous redoutiez... la guerre ! ! !) J'ai presque envie d'y intercaler encore une ou deux centaines de vers; car le volume est un peu mince. Mais rien ne vaudrait mieux à mon sens que d'imprimer bien vite. Que nous fait la guerre ! I

On travaille à Bonheur, à Parallèlement (bien que fini) à ces Mémoires et à deux nouvelles, dont l'une peut s'annoncer comme titre principal d'un volume: Charles Husson (1), enfin on est gentil.

Et ce courage à la poche ?

Enfin à bientôt, — à dimanche ?

Et à vous ex imo corde.

P. Verlaine.

] Commencement de décembre 1887] *.

[Mon cher Vanier],

Après Parallèlement et les monacos !! [mes] biographies moins collets montés ? Mais, ô Vanier, un peu de courage à la poche, que diable, puisque, sérieusement parlant, nous sommes sûrs de gagner de l'argent !

A ce propos, vu Morice, hier jeudi. Il voudrait bien que le portrait fut gravé. Paraît que la dépense ne serait pas énorme. Fendez-vous donc un peu, puisque vous pouvez compter sur [moi ?], nom d'une papinette ! Son travail est fort beau et ne pourra manquer de se vendre abondamment. Son

(1) Ce récit qu'on retrouve sous ce titre : Rampo^ dans les Histoires comme ça [Œuvres posth., I, 392), a paru dans la Rei>ue Indépendante du 26 déc, 1888.

* Verlaine intime, p. 181, et Œuvres posthumes^ II, 423 (fragment reproduit très médiocrement en fac-similé). Le texte est illustré au début de deux petits croquis de Verlaine.

LBTTBBI ▲ lAON VANIB» 121

idùo <Jc conférence aussi est excellente. Battons le fer, battons la caisse, puisqu'il le faut. Je dis : ])uisqu'il le faut, car vous connaissez mon insou- (;iuncc habituelle. Mais il serait trop hôte à moi, dans ma double situation d'homme dont le nom monte autant que ses finances ont baissé (mes finances !) de ne pas tendre ses voiles au vent qui souffle.

Et la Revue Bleue ? Sitôt l'article paru, n'oubliez pas d'envoyer.

11 y a à Montmartre un très joli portrait de moi, I)ar Hégamey, qui appartient à mon fils. Si on pouvait, par Régamey même, l'avoir pour les Poètes Maudits, c'est, certes, le meilleur portrait de moi qui soit.

Thomas vous a-t-il [procuré... mes papiers] ? (1)

Surtout déchirez ceci, qu'il ne reste rien de ces bons hommes peu dignes de la gravité séante à des grands hommes.

CGXLIII

Jeudi 6 décembre [1887 ?] *.

Mon cher Vanier,

Je n'y comprends rien. Darzens jeudi dernier,

(1) Mots illisibles. La fin manque, ainsi que la signature. La

phrase qui suit a été écrite en marge et dans le sens verticaL

* 2 petits fl. papier à lettre, vergé blanc ; en tête, au recto

Baju dimanche, m'ont dit que vous aviez l'intention immédiate de m'envoyer soit mandat (préférable), soit tabac et savates. Et rien de rien ! J'use mes souliers. Quand je sortirai, j'aurai des talons éculés et des trous. Comment pourrai-je faire alors ? C'est désolant. Je vous en prie, faites diligence pour m'en* voyer çà le plus tôt possible. Je n'ai plus un sou. Je suis obligé d'emprunter pour affranchir ceci ! I

Je vous en prie encore une fois, tenez moi au plus tôt au courant de nos rapports financiers. Si uous ne pouvez rien pour moi, au moins que je puisse voir ailleurs. Je n'aurais jamais pu penser qu'avec tant d'espoir de succès, je dusse aujourd'hui redouter la mort de faim, car c'est çà littéralement, alors ! (1) Réponse vite.

A vous,

Je travaille pourtant toujours, mais vrai, je suis découragé, hanté d'idées rouges ; pas de nouvelles de Dujardin qui m'avait pourtant promis par écrit, 25 francs.

Je vous en supplie, réponse immédiate.

du 2« f. : LE DÉCADENT, Directeur : Anatoie Baju, 5 bis, rue Lamartine, Paris. La lettre et le post-scriptum occupent le recto et le verso du 1^' f. ; les notes, le recto et le verso du 2® £. Encre carminée.

(1) Voyez, au tome I, p. 218, la lettre non datée, à Lepelletier, écrite à la même époque. Verlaine logeait alors, vraisemblablement, rue de la Harpe, n° 6, à l'hôtel du même nom.

tBTTRBfl ▲ LÉON VANIBR 123

Vous a-t-on remis vers pour Amour et la Biographie Baju ?

Et voyez toujours pour le Secrétaire. A quand Amour ?

Rien de Morice ?

Notes

Dans la biographie de Baju, au paragraphe « mais il convient d'ajouter, etc. » au lieu de « mdépendamment de » mettre : « abstraction faite de ». (1)

Quant à l'énumération des poètes, modifier ainsi :

« Homère, Sophocle, Lucrèce, Ovide, Thôroulde, Dante, Villon, Ronsard, Shakespeare, Calderon, Racine, Gœthe, Byron, Lamartine, Poë. » (2)

Nous réimprimerons sans doute bientôt Les Poèmes Saturniens. Il n'y a qu'un changement à faire. Le dernier vers de César Borgia doit être modifié comme ceci :

Emise hors du nœud de rubis qui s'allume (3), l'autre vers :

Elancée hors, etc., avait treize pieds. C'est même Anatole France qui me l'a fait remarquer, il y a quelque vingt ans.

Corrigez çà sur l'exemplaire à sacrifier pour la réimpression, de peur qu'on ne l'oublie plus tard. Il y a aussi, je me rappelle, dans Nuit du Walpurgis

!1) Cf. Les Hommes d'aujourd'hui (Œ. C, V, p. 372). La correction n'a pas été faite par l'éditeur.

(2) Ibid.f p. 377. Le texte publié contient le nom de Musset.

(3) On lit dang le texte des Œuires Complètes, I, p. 66 : S'élançant hors d'un nœud de rubis qui s'allume.

classique, je crois : cadense, au lieu de cadence (1). Corriger également.

Paris, 3 janv. 1888 *.

Mon cher Vanier,

Bon jour et bon an.

Ci-joint, une dernière pièce pour joindre à la série Lucien Létinois, dans Amour et une carte pour Mérat, à propos de sa décoration. J'ignore son adresse. (Est-il toujours employé au Sénat ?) Vous le saurez plus vite — sans comparaison — qu'un pauvre reclus de mon espèce, et voudrez bien envoyer la carte, sous enveloppe cachetée le plus tôt possible.

C'est je pense, le moment, ou jamais, de publier la biographie dudit Légionnaire que vous avez depuis longtemps en vos cartons (sans préjudice de celles de Baju et de Rimbaud). J'attends ces épreuves et votre visite quelqu'un de ces jours. Venez plutôt en semaine de bonne heure, tâchez d'obtenir par Triollet et l'Econome de rester une couple d'heures au moins. Nous mettrons l'ordre définitif dans Amour. Amenez le plus de manuscrits possible. Nous profiterons de l'occasion pour bien ranger le tout. Parallèlement et ce qu'il y a de Bon-

(1) Œuvres ComplèteSt I, p. 31, vers 19, cadencée, et non ponit cadence.

** 2 £f. papier à lettre, vergé, deuil, encre violette, recto et verso des 2 ff.

LETTRES A LÉON VANIEH 125

heur. Apporto/. les brouillons aussi. Enfin, un ou deux bouquins, pour moi lire, et des journaux, vieux ou non.

Ayez l'adresse de Forain à qui j'écrirai. Avez-vous tûté Régamey ? Quid du boucfuin de Morice et du portrait par Baud ?

Dujardin m'a enfin envoyé les 25 balles.

Envoyez, ou apportez la brochure de Griffia,(l) dont on m'a parlé comme d'une chose assez terne du reste.

J'aurai, je croîs, une dernière, dernière, dernière, pièce à vous donner pour Amour. C'est sur l'hôpital (2). Ça va avoir une cinquantaine de vers. Ainsi le volume pourra compter 1500 « and look serious ».

Quid de l'Anthologie Lemerre ?

Envoyâtes vous à celle Belge ?

Et les Mémoires à mon artilleur de Nancy ?

La Revue de Paris a-t-elle inséré mes vers ? Ça paie, paraît-il.

Tout à vous et à très bientôt avec manuscrits, j'espère.

P. Verlaine.

Je vais savoir dans quelques jours, si je reste ou non (3). J'ai écrit à ce sujet au D^ Jullien, pour re-

(1) Ancaeus, poème dramatique. Paris, Vanier, 1888, in-18.

(2) Sans doute la pièce insérée, par la suite, dans Bonheur, sous ce titre : Ecrit en 1888. Voyez la lettre CCLI.

(3) Verlaine venait de rentrer à l'Hôpital Tîroussais.

II d

commandatîon possible au nouveau Chef de service, vous en tout cas, tenez sommes prêtes et papiers timbrés, je vous en prie très sérieusement.

8 janvier [1888] *.

Mon cher Vanier,

Ci-joint deux pièces pour Amour, à joindre dans l'ordre de la table DÉFINITIVE ci-contre. Je calcule que le volume aura un peu plus, ou très peu moins de 1500 vers(l). Vous avez dû recevoir différentes pièces de différentes mains, dernièrement, entre autres un Sonnet à Morice (2). En tous cas, j'ai ici, bien recopiées, ces choses.

Arrivez un jour de semaine, excepté jeudi, de bonne heure, avec le manuscrit d^Amour et tous manuscrits, JE VOUS EN SUPPLIE,— brouillons et tout. Aussi ce que vous avez de Rimbaud. (Nulle nouvelle, depuis, de M. Izambard, moi).

* 1 f. papier vergé deuil, encre carminée, texte recto et Verso ; la table occupe le verso.

(1) Il existe dans les papiers du fonds Vanier une note autographe, au crayon, qui porte ce chiffre à 1822. Le même document nous fournit un état du nombre de vers publiés par Verlaine. Le total pour Jadis et Naguère, Poèmes Saturniens, Fêtes Galantes, Bonne Chanson, Romances sans paroles, Sagesse, Parallèlement^ Amour et Bonheur^ s'élève approximativement, selon ce compte, à 6.100 vers.

(2) Œuvres Compl.^ II, p. 59.

LETTRF.S A LÉON VANIER 127

Pour Amour, \g classement sera facile et définitif. S'agira principalement des pièces de la série Lucien Létinois. Nous arrangerons aussi Parallèlement (plus de 1000 [vers] déjà) et mettrons de Tordre dans les proses.

Le Parti National^ daté samedi 7 jans>ier^ cite fragment de ma lettre au Décadent (1). Le sonnet attribué à Rimbaud n'est pas de lui, bien entendu, ni de moi non plus, grands dieux (2) I D'ailleurs, je n'ai pas encore reçu ce deuxiôme numéro et je n'en parle que d'après les extraits qu'en donne Le Parti National..

Apportez LECTURE, papiers timbrés et tous manuscrits.

A très bientôt donc.

Votre P. V.

P. -S. — On s'attend de jour en jour au départ du chef de service et à son remplacement. J'ignore donc si mon séjour doit ou non se prolonger encore longtemps. Réservez sommes, s. v. p.

(1) Elle parut sous la date du 1«»-15 janvier 1888. On en trouvera le texte dans la suite.

(2) 11 est, sans nul doute, de Laurent Tailhade. Voyez l'analyse d'une curieuse lettre de ce dernier à P. Verlaine, dans un des catalogues d'autographes de Charavay (14 mai 1922) : « J'ai eu le tort, écrivait le 14 mars 1889, l'auteur de Vitraux^ de signer autrefois du nom d'Arthur Rimbaud de mauvais pastiches de sa manière, embellis de gloses en style décadent, mais je me suis abstenu avec scrupule de cette irrévérence depuis que vous avez bien voulu me faire connaître le déplaisir que vous en ressentez. »

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