‹ Correspondance; publiée sur les manuscrits originauxChapitre 17 sur 44 · CCXLVIII · texte numérisé non relu

CCXLVIII

[Fin janvier 1888] *.

Infâme éditeur à la rescousse,

Vous êtes un gredin de ne jamais venir. Je vous attends depuis des temps ! Pour vous punir, voici, « sous ce pli », la VRAIE DERNIÈRE pièce d'amour qui, j'espère, va, n'est-ce pas, enfin paraître. C'est le moment ou jamais, je pense. La pièce ci-jointe complète bien la série Lucien Létinois, c'est le desideratum dont nous avons quelquefois parlé. Elle humanise et explique (avec la pièce Puisque encore... qu'elle suit immédiatement) (1) cette série douloureuse et j'ose croire touchante, unique en tous cas dans notre littérature. Et mon pauvre gosse, au moins comprendra ! ! I

A propos, avez-vous entendu parler de « l'épouse Delporte » ?

J'ai aussi une pièce, ô forte celle-là, pour Parallè-

* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, encre noire, recto et verso. (1) Il s'agit ici du poème XVI {Œuvres Compi., II, p. 100), débutant par ce vers :

Cette adoption de toi pour mon enfant.

lement, mais j'hésite un peu. Besoin encore de la relire et do la relire avant de la risquer.

Et si voua n'«Ups pas un «''diteur a la mie de pain (style Broussais, Tenon, Cochin, Vinccnncs, « C'est des lieux comm' des aut's, on en prend l'hébétude »), vous allez reconnaître illico et récompenser mon activité, mon zèle, ma ponctualité, ma patience, et toutes mes vertus, en venant avec tous manuscrits ET PAPIERS TIMBRÉS, dès, si possiblc, ceci reçu, assez de bonne heure pour pouvoir un peu collationner Amour , arranger Parallèlement, et mettre de l'ordre dans les autres choses. N'oubliez pas

LES brouillons.

Et faites qu Amour paraisse bientôt, vrai !

Un nouveau journal illustré. Le Journal des Deux- Mondes publie un long article, où je suis apprécié assez drôlatiquement, en un style bizarre, et où ce pauvre Baju « écoppe », mais « écoppe » ! Si ne l'avez pas, vous le donnerai. J'en ai deux exemplaires.

Ci-joint, table nouvelle de la série Lucien Létinois (1). Mais rien ne peut être définitif avant d'avoir vérifié ensemble le manuscrit TOTAL.

Apportez lecture,si avez. Mon avis sur La Terre {2) ? Ecœurant et superbe, mais surtout lamentable. Quel triste usage de la précieuse liberté de tout dire ! Puis, même comme « paysanterie », que c'est peu observé, superficiel et très souvent ramassé parmi les plus fades lieux communs.

(1) Le texte de la table manque.

(2) Le célèbre roman de Zola venait alors de paraître en librairie.

Voyez-vous jour à des leçons, ou place pour moi ? J'écris des proses ?

On doit un de ces jours m'endormir et me briser la jambe. Là aussi, j'hésite. Si j'allais changer mon cheval borgne ? Ah que j'eusse quelque argent et je n'aurais pas ces craintes ! — Ayez-moi de l'argent, vous, dites ?

En attendant, venez voir le plus tôt possible

Votre,

N'est-ce pas, envoyez à Izambart ses manuscrits de Rimbaud ? Il me les réclame très sérieusement.

Rimbaud a dû paraître (1). Apportez-moi plusieurs exemplaires coloriés, S. V. P.

Et le Verlaine, de Morice !

Le 3 février 1888 *.

Mon cher Vanier,

Vu hier soir Darzens qui m'a dit n'avoir pas l'intention de publier une édition de Rimbaud, mais une simple étude dans La Jeune France. Quant aux vers qu'il a, il doit me les montrer au premier jour. Il est aussi « à la piste » d'une chose en prose qu'il

(1) Cf. Les Hommes d'aujourd'hui (n° 318) ; le fascicule venait d'être imprimé tout récemment. Le bon à tirer de l'éditeur porte la date du 17 janvier 1888.

* 2 ff. papier à lettre rose, encre noire, recto et verso des 2 ffi

LETTRRS A LÉON VANiRR 135

croit avoir été oiïertc à un éditeur (?) par Rimbaud lui-mômc, ce qui m'étonne fort. Enfin, çh s'élucidera.

Voyez-vous Kahn ? Il a toujours ù moi mes livres reliéB, le manuscrit des Illuminations (qu'on se serait partagé, m'a dit Darzens I I !), la plaquette avec dédicace de la Saison en Enfer, et qui me doit, sauf 40 francs payés, le prix de ma copie à La Vogue et la partie de l'argent fait avec le vente des Illuminations {i). Je tiens sérieusement à ces objets, surtout, jeTavoue, au dernier. Que Kabn donc pense un peu à moi et soit enfin raisonnable.

Je vous attends toujours avec deux ou trois Rimbaud coloriés, des épreuves d'Amour, des timbres et ce papier timbré là. Bientôt n'est-ce pas ?

Reçu nouvelles de la personne qui me doit 1500 francs (2). C'est encore très vague, mais enfin ce sont des nouvelles.

Rien d'autre pour le moment. Santé de même. Aurai biographies Lemoyne et Theuriet à vous remettre ; çà nous met au courant.

A vous cordialement. Excusez, pressé. Vous écris dans un hourvari : lavage de salle, encombrements, etc.

P. Verlaine.

Ah I reçu lettre de Régamey, très aimable. Me promet visite avec le Rimbaud, de lui, et même de

(1) Le volume avait paru dans les éditions de La Vogue, en 1886. Verlaine avait donné, la même année, dans cette publication, des fragments d'Amour^ des Mémoires d'un Veuf et de Parallèlement.

(2) Voir tome I, p. 213, note 1.

moi. Va s'occuper de mon portrait de moi, par lui, qui est chez 1' « apouse » Delporte. — • Rien reçu encore de Forain. Bien ennuyeux. Baud voudrait bien mes livres. Il a été très gentil avec moi, en juillet dernier. Vous recommande son désir.

6 février 1888 *.

Mon cher Vanier,

...La main sur la conscience, je répète que je ne vois rien de pleutre, ni d'autre que de très simple dans la circulaire en question. Si elle peut me procurer ce à quoi elle tend (??), voilà de la braise que j'accepterai sans scrupule aucun (1).

Du reste, vous la lirez ; et elle vous laissera complètement de mon avis. Du reste encore, rien n'y est engagé. Pas une signature donnée ; vos intérêts

• Verlaine intime, p. 171, fragment de lettre, dont l'original n'a point été retrouvé.

(1) Il s'agissait, selon Donos, de la constitution d'une sorte de syndicat destiné à procurer des ressources au poète besogneux, en échange de la publication de ses œuvres nouvelles dans divers périodiques : « Je ne crois pas que ma dignité soit en rien atteinte par ce charitable projet, disait alors Verlaine. La circulaire s'est répandue sans que je la connaisse ; je n'y trouve rien d'humiliant pour moi. Je suis plus que pauvre, je suis misérable ; mais je ne prétends recevoir d'argent que contre du travail. » Comme tous les projets de ce genre, celui-ci ne se réalisa pas. Péçu, sans doute, le poète tint par la suite un autre langage. Voyez la lettre à Vanier du 23 sept. 1892.

LBTTRB8 À lAoN VANIBR 137

absolument dégagés, puisqu'il ne s'agirait quo de copie courante ès-journals.

Donc rien de grave ; tout va bien ; sauf hélas I la bourse. Tachez, Vanier, de la guérir, hein ? Puisque nous avons les atouts en mains et le vent dans nos voiles, fuites un ])eu ma fortune... ou au moins que je puisse vivre, nom d'une pi])e !

Pourrcz-vous, ceci très sérieux, me procurer un pantalon d'été, gris, comme celui que m'achetâtes pour 3 francs, l'été dernier ? Tout de suite, ij you please. Ça presse, car mon mien montre le jour de toutes parts. Triste aspect — et c'est la morale de cette histoire... ».

Paris, le 20 février 1888 *.

Mon cher Vanier,

Ci-joint la pièce pour remplacer : Ecrit en 1888. La joindre aux épreuves que je vous envoie par le même courrier.

D'Orfer m'écrit pour que je vous demande pour lui Jadis et Naguère, afin qu'il y copie Les C/ns et les Autres, qnû veut faire représenter dans une Société littéraire, à la suite d'une conférence sur moi. Je vous prie de lui donner ou prêter un exemplaire, n'y voyant pas d'inconvénient, puisqu'il y aura bénéfice en ma faveur. Je lui écris par le même courrier.

* 1 i'. papier vergé blanc, encre noire, recto et verso.

Nulle cachotterie entre nous, n'est-ce pas ? Si vous voyez un inconvénient, écrivez tout de suite à Votre tout dévoué,

Quoi de nos artistes ? Quand viendrez, n'oubliez pas papier timbré.

Suite de mes recommandations à Thomas.

Quand vous viendrez, ou à ma prochaine, vous eiiverrai la pièce : Ecrit en 1888, pour joindre à Bonheur ; (1) alors ne pas oublier au faux-titre du livre Amour : à mon fils Georges Verlaine. Communiquez à Morice mon changement de la pièce : Ecrite en 1888, pour la présente, S. V. P. !

J'ai reçu, corrigé et renvoyé des épreuves de ma nouvelle : Conte de fées, pour la Revue Indépendante,

Paris, le 22 fév. 1888 *.

Mon cher Vanier,

Recevrez les épreuves corrigées que vous envoie par ce courrier.

Changé quatre strophes (politiques inutiles), d'une pièce de la série : L. Létinois.

Gardé les deux sonnets politiques (inoiïensifs).

(1) Œuvres compL, II, p. 231 : Le sort fantasque... * 1 f. papier à lettre, vergé blanc, plié en deux, encre noire, recto et verso des 2 fî.

LETTRES A LÉON VANiRn 139

J'ai changé à la table et dans le volume le titre de l'un : Ecrit en 1881, nu lieu de Statue pour Tombeau (1), Peut être faudruit-il aussi changer Drapeau Blanc^ en Drapeau i>rai (Changez donc çà vous, à la table et au livre (2). Moi, faudrait défaire le paquet).

Un faux titre, n'est-ce pas ? A mon fils Georges Verlaine.

Peut-être que la strophe à* Adieu, {Et j'ai peur aussi....) nous attirerait du désagrément à cause du mot adultère, susceptible d'être poursuivi comme calomnieux et illégal, quoique si juste, er. l'espèce, d'ailleurs. J'ai pensé à la remplacer par ceci :

Et j'ai peur aussi, nous en terre, de croire Que le pauvre enfant, votre fils et le mien, Ne vénérera pas trop votre mémoire, 0 vous sans égard pour le mien et le tien. (3)

Voyez, consultez, aux ouvrages annoncés dans Vintérieur, en tête, si nous ne mettions que :

Du même auteur : Sagesse, 1881.

Sous presse : Parallèlement.

En préparation : Bonheur.

(1) La pièce parut sous ce titre : Sonnet héroïque, dans l'édition d'Amour, de 1888, Nous la retrouvons sous sa dénomination primitive (5/aiue pour Tomfcecu), — quiestcelle de sa première publication dans Lutèce (3 janvier 1886), — au tome III des Œuvres complètes, p. 362, où elle figure arbitrairement parmi les pièces à.' Invectives.

(2) Le changement de titre a été, en effet, adopté. Voyez les Œuvres eompl., IIj, p. 68.

(3) Cf. Œ. C, II, p. 38, 2e strophe.

Vous avez bien intercalé Paysages (1), en place de : Ecrit en 1888 (2) ?

Quêque vous n'en disez ? Ça serait plus grave, plus dans la note, à annoncer tout le tas derrière la couverture : même çà accentuerait mieux, comme çà.

Je compte sur les épreuves totales qui seront revues et corrigées en une séance. Comment vous les renvoyer ?

Voire commis m'a dit que vous viendriez un de ces jours; apportez de la lecture, des timbres et ces papiers timbrés.

Préparez les listes du service de presse. Faudra-t-il que je sorte un jour pour écrire les dédicaces ? Je pourrai sortir vers 9 heures du matin. Voyez.

Nos artistes ?

Thomas et ce blanchissage ? S'il ne fait pas la commission, on pourrait la faire de chez vous, peutêtre. (Mais je suis dans les Ardennes, pour toute la rue Moreau).

A bientôt, Votre P. V.

Luudi gras [février 1888] \ Mon cher Vanier, J'ai oublié de vous rappeler qu'en faux-titre

(1) Amour (Cf. : Œ. €., II, p. 70).

(2) On trouvera, dans Bonheur, d'autres pièces destinées tout d'abord (ainsi que le poème : Ecrit en 1888) à figurer dans Amour.

• 2 f., papier à lettre, vergé blanc, encre noire, recto et verso.

LETTRES À LéON VANIBR 141

d'Amour, nous avons la dédicace : A mon fila, Georges Verlaine.

Oublié aussi de vous prier de nouveau de m'apporter une photographie des Ecrits pour l'Art.

Quant au pantalon (et au couteau, dont merci d'avance) j'esi)ère que vous allez, le plus tôt possible, me procurer cet indis])ensable, tant besoin! tant besoin !

Ci-joint lettre pour M. Bonnamour ; n'oubliez pas non plus ma photo.

Et à très bientôt, n'est-ce pas,

P. Pantalon, à 3 francs, ou moins.

Merci à Huysmans de son gracieux envoi ; je lui écrirai un de ces jours.

Dire à la Petite Rei^ue, quand elle s'occupera de mes proses, de mettre mon nom sur la couverture. Décidément, s'entendre avec Régamey et demander à Forain ma photo de Rimbaud, et la mienne, puisqu'il ne veut rien faire.

Quoi de Rops ? Je lui ai écrit, vous savez, en remerciement (i).

On lit en haut du premier feuillet, à gauche, de la main de Verlaine : a Pantalon, 4 fr, 50 ; couteau, [0,]25.» Les six paragraphes de la page suivante depuis ces mots : « Dire à la Petite Revue... » ont été reproduits en fac-similé dans Verlaine intime, p. 154, et dans les Œuvres posthumes, II, p. 420 (CoUect. J. Canqueteau).

(1) Lettre du 11 février 1888 (Cf. Correspondance Verlaine- Rops, à propos de « Parallèlement » (Paris, Ecole Estienne, 1918, in-18).

II lU

142 CORRESt»ONDANCE DE PAUL VKRLAlNÊ

Ce PANTALON ! à trois francs, ou moins, d'été, gris, pressé I

Et les papiers timbrés.

Et le couteau d'4 sous (1).

Si nous faisions paraître le Baju ? puis le Ghil ? le France, après ? (2)

Paris, le 5 mars 1888 *.

Mon cher Vanier,

Procédons par ordre :

i^ Ci-joint la pièce. Ecrit en 1888, à ranger dans le manuscrit Bonheur. Dès sorti, porterai de l'ordre au sein dudit manuscrit et des manuscrits en prose.

2^^ Conte de fées, paru dans la Revue Indépendante (3), ce mois-ci : rien reçu encore, en fait d'argent. Quand verrez l'un de ces deux messieurs, rappelez-lui que je ne suis pas riche et qu'ils me doivent, si je ne me trompe, 50 francs, du fait de ce Conte de fées là. Ceci Capital.

(1) Dans l'original, au bas de la deuxième page^ ces lignes sont suivies d'un dessin de Verlaine, représentant ce dernier couché dans un lit, le chef couvert d'un bonnet de nuit, évoquant en rêve le pantalon réclamé par son texte, un couteau, des traités et sa propre photographie. Ledit croquis est accompagné de ces mots : « Mémoires d'un Veuf (2« série). Quelques autres de mes rêves (fragment) ».

(2) Cette phrase est écrite en travers et dans la marge.

* Fragment de papier à lettre,, vergé blanc, encre noire, rçcto et verso.

(3) Le 17 mars 1888. Cf, Histoires comme ça [Œ. P., I, 359).

3^ Le vers est corrigé n'est-ce pas ?

d'ici,

L'estacade très loin ; haute, la tour, et liche... (1)

et je vous attends d'un moment à l'autre, avec «des livres. Je vous envoie liste d'amis. Pour la presse, faut faire liste commune.

4° Quant aux volumes sur papier de Hollande, m'est avis, jusqu'à nouvel ordre, d'en donner très peu : un pour Georges Verlaine et un pour Théodore de Banville...

5° Quand vous verrez Thomas, à qui vais en outre écrire, qu'il aille chez la mère Delaplace et lui dise de repasser le linge, puis qu'on vous l'envoie, qu'il écrive, s'il n'a pas le temps, — et réclame les sous qui resteraient.

Veuillez vous enquérir un peu d'un garni convenable, dans les 35 francs, et d'une table d'hôte dan3 les 75, si possible la dernière. On pourrait, à la rigueur, mettre un peu plus à cette dernière. Pensez que nous avons : 250, de Vanier ; 150, de l'arriéré du compte Salard ; 50, delà Revue Indépendante = 450 fr. 450 francs pour aller jusqu'à mi-mai, c'est beau. Mais faut compter une centaine de francs d'habits et quelques menus plaisirs,avec peut-être la nécessité

(1) Amour (Cf. Œ. C. II, p. 16, vers 10 et 11). La version primitive^ si nous en croyons un autographe original, conservé avec les papiers de Léon Valade à la Bibliothèque municipale de Bordeaux (Ma. 1650, fol. 138) portait ceci ]

Le bout de l'estacade haute, la tour, et sècheM*

d'un voyage dans les Ardennes, pour le touchage de 920 francs du notaire.

La morale de tout ça, c'est d'apporter les papiers timbrés, de s'informer de table d'hôte et garni, de tenir prêts les 250 fraucs de Vanier et de parler à Kahn, ou Dujardin, des 50 francs dûs. Je ne leur ai pas, d'ailleurs, encore écrit.

Donc, à très bientôt, n'est-ce pas? Apportez Anthologie, si y songez, et un livre (Barbey preferred). A vous,

[Hôp. Broussais]

Samedi, 10 mars [1888] *.

Mon cher Vanier,

M. Vally, que je vous ai déjà recommandé et que je vous recommande encore pour des écritures, si possible (1), vous portera ceci qui est à l'elTet :

1^ De vous envoyer la lettre ci-jointe. Vous y puiserez tels renseignements et enseignements que de droit. Morale : un peu plus de publicité, scrongnieugnieu ! Motus quant à ce qui concerne La Reçue Indépendante (qui aurait pu tout au moins renvoyer ce monsieur à vous). Elle prouve aussi,

* 1 demi f. papier à lettre blanc, vergé, encre noire recto et verso.

(1) Employé à l'Economat do l'Hôpital Broussais. Voyez tome I, pp. 222-223.

cette lettre, que j'ai des amateurs en « Argérie ». J'y réponds en mCmo temps (ou presque, n'exagérons rien !) que ceci, adressant à vous cette fois ce brave colon, et l'engageant à vous envoyer liste de libraires de là-bas, susceptibles de débiter du Verlaine.

2° De vous mettre « sous ce pli » une pièce pour Bonheur : classez ! J'en ai donné une copie pour La Jeune Belgique qui m'a demandé des vers, par l'intermédiaire de Giraud. ^^^'^^-rs'^'

3° De vous demander quand Amour paraîtra. Je ne pense pas que les événements soient de nature à retarder la mise en vente, hein ?

4*^ Enfin de vous dire que je compte sortir du 15 au 20. Apportez papiers timbrés, préparez sommes, soignez vente et publicité.

J'attends votre très prochaine visite.

Nos imagiers ? Thomas et ce linge repassé ?

Souvenir cordial au duelliste Moréas (je vous sais brouillé avec Vignier, sans quoi je vous eusse aussi chargé de souvenir pour lui qui a toujours été aimable avec moi). Le livre de Morice ? Papiers timbrés et galette en réserve pour votre,

Si vous voyez quelqu'un de la Revue Indépendante, ne parlez pas de la lettre ci-jointe, mais parlez-leur de l'argent de ma nouvelle. Je ne leur en ai pas encore écrit, mais je pense qu'il est bon de leur rafraîchir, vous la mémoire, comme si ça venait de vous.

Paris, le [vendredi] 16 mars lS88 *.

Mort chef Vartier,

C'est sous réserve d'événements que je ne prévois pas, — décidément mardi 20 courant, « anniversaire » de mon entrée ici (20 septembre 87 ! !) et veille de l'entrée de l'année dans le Printemps, que je quitte Broussais, à 9, 9 h. 1 /2 du matin, et que je serai chez Vanier dans les 11 heures environ, 11 h. 1 /2 au plus tard. (J'ai un rendez-vous à midi, avec Tellier, dans ce café de V Avenir, où il y a des garçons si corrects, porteurs de si belles missives). Donc à mardi, vers 11 heures, chez (^ou«. Mais je vous serais obligé, si vous ne venez dimanche [chose dont je vous aurais toute gratitude), de m' envoyer avant mardi votre commis, avec, si paru. Amour (1), sous la forme d'un exemplaire ,pour qu'il puisse (votre commis), emporter en un petit paquet les quelques livres et papiers qui m'embarrasseraient mardi. Ci-joint un sonnet pour Parallèlement et un mot que vous voudrez bien mettre sous enveloppe et envoyer à Edmond Thomas, maître répétiteur à Sainte-Barbe, rue Cujas.

Nous ferons, dès mercredi, le service de la presse et celui des amis.

* 1 f . papier à lettre vergé blanc, encre iioire, recto et verso. (1) Le volunae ne fut annoncé au Journal de la Librairie que dans le courant d'avril.

LETTRES A LÉON VANIKR 147

Je ne vois rien de plus à vous dire. Je pense que les papiers timbrés et le reste seront tout prfits. Je Bors avec l'IO francs. Si vous venez dimanche, apportez une trentaine do sous pour moi donner pourboires au « personnel ».

Et à très bientôt.

Je compte presque sur vous dimanche et sur votre commis avant mardi, pour sûr alors.

Votre, P. V.

[Hôp. Broussais].

Jeudi, 7 avrU 1888 *.

Moîi cher Vanier,

Les bons comptes font les bons amis. Or j'ai, vrai, besoin des 25 francs qui me restent dûs par vous.

De plus, je veux tenter un grand coup et avec mes choses en prose tâcher de réaliser de quoi attendre le bon plaisir de M® Carrette, notaire.

Prière instante donc de ïn*envoyer, ou de m*apporter (plutôt), le plus vite possible ces 25 balles et toute la prose de moi que vous avez chez vous, surtout la nouvelle intitulée :Z)eua; mots d'une fille et les poèmes en prose, ou si vous préférez Mémoires dun

* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, plié en deux, encre noire, recto et verso. Un fragment de la dernière partie de cette lettre a été publié, mais fort inexactement, dans Verlaine infime ^ p. 17 V

Veuf^ intitulés : ^Egri Somnia, La Goutte, (1) et d'autres, dont le nom m'échappe. Le préférable, c'est de tout envoyer en fait de prose.

C'est vrai que ma blanchisseuse est folle au moins pour un temps (alcoolisme je crois au fond) et je ne puis avoir mon linge encore I

C'est en allant le rechercher que le jour du vendredi saint, au matin, mon pied a tourné et ma jambe gauche m'a envoyé sur le pavé, à deux mètres, à demi mort. J'ai dû et je dois encore me soigner — je mange ici, ce qui me revient fort cher, — mais je dois garder la chambre.

Vous voyez donc toute la nécessité qu'il y a pour moi à avoir quelques sous (25 francs) et mes manuscrits ensuite, ceux en prose naturellement, tous, pour en faire des choux et des raves et les vendre, à droite et à gauche comme un marchand des quatre saisons. Huysmans veut bien se charger de m'aider dans ce commerce des rues. Il y a plus, un milliard de fois plus de confraternité à attendre d'un de ses pairs que du meilleur des journalos !

(1) Œuvres posth., I, Souvenirs et Histoires comme ça. Si l'on en croit Verlaine, le manuscrit de ces pièces en prose, suivant la fortune et les pérégrinations de leur auteur, dut s'égarer. Voici le texte d'une note écrite au crayon, non signée, ni datée, relative à ces pages et à d'autres. « Verlaine voudrait savoir si ou a retrouvé ses manuscrits laissés à Broussais, parmi lesquels setrouveraient une nouvelle : Deux mots d'une fille, dont Vanier a le brouillon, l'épilogue commencé d'Amour et la copie au net de la nouvelle série des Mémoires d'un Veuf, dont Vanier doit avoir le brouillon. Verlaine a des livres et son portrait par Val^idon, à vendre. Si Vanier se chargeait de cette vente ?.,. »

Donc jo VOUS attends, ou votre commis aujourd'hui, (hélas) toute In journée, car je ne puis sortir, le pavé do la rue Morcau (1) m'ayant mis autour des yeux un masque alTrcux d'Arlequin que je ne puis exposer à l'air, sous peine d'érysipèle.

N'est-ce pas ?

Comment va la gloire la vente, veux-je dire ?

Et la presse ?

Le 2 [août 1888J *.

Mon cher Vanicr,

Quand ces Maudits ?

La photo de Rimbaud ?

Cazals voudrait avoir le cliché du portrait de moi.

Réponse vite, if you please ?

Yours,

(1) On voit que Verlaine logeait encore Cour Saint-François. Il n'y demeura que fort peu de temps, car, le 20 avril, noua apprenons qu'il s'était fixé au 14 de la rue Royer-Collard. Le 21 novembre suivant, il habitait l'hôtel des Nations, 216, rue Saint- Jacques.

* 1 f. papier à lettre blanc, encre noire, écriture négligée, recto.

Le 13 août 1888 *.

Mon cher Vanier,

J'insiste sur mon désir de savoir gi vous êtes disposé à rendre à Gazais le cliché du portrait de moi que vous lui avez emprunté en vue d'orner les Romances sans paroles, de votre serviteur.

Je désirerais aussi que vous me rendissiez compte de l'époque de la publication des Maudits.

Enfin, quand paraîtra donc ce Verlaine là, par ce Morice-là ?

Vous voudrez bien remettre à M. Ladislas Lœvy la photographie de Rimbaud, si l'avez ; plus tous les autographes m'appartenant et le manuscrit de Voyage en France, ainsi que les quelques livres dédiés ou autres, que vous avez encore à moi chez vous. Je vous serre les mains,

P. Verlaine.

[Fin novembre 1888, 21 6^ rue Saint- Jacques.] **

Mon cher Vanier, Dès le livre de Morice paru, envoyez m'eh, je vous

* 2 fî. papier à lettre quadrillé, encre noire, recto et verso dû !«' f., recto du 2^.

** Ecrit au verso blanc d'une couverture imprimée, encre poire^ 8. d.

LBTTRR8 A LÂON VANIRR 151

prie, un ou quelques — selon vos conventions avec lui — ■ exemplaires.

Et nllons-y de Parallèlement, moins les pièces « purement » cordiales qu'il fut convenu que nous supprimerions : en vue d'un petitbouquin rien qu'amical et gentil, intitulé, Les Amis. Allons-y, dis-je, de Parallèlement, le plus tôt possible — pas ?

A vous.

Votre qui marche peu depuis quelque temps.

D'ailleurs, je reste chez moi le mercredi soir,

Paris, 26 di-cemfcre 1088 *.

Un jeune homme a dû vous prévenir de ma part de mon entrée aux chroniques (Broussais, Salle Parrot, lit i, rue Didot, 96) (1). Je n'ai littéralement pas pu faire la commission moi-même, ne pouvant déjà presque plus marcher, surtout seul, depuis près d'un mois. Je vais un peu mieux et espère ne plus faire un aussi long stage que précédemment.

Pourrez-vous me faire recopier les pièces que nous avons retirées de Parallèlement et me les apporter, ou faire apporter, ou envoyer le plus tôt possible. C'est

* Fragment de papier à lettre blanc, quadrillé, encre noire recto et verso.

(1) On l'y trouve installé vers le 20 décembre. Voyez la Cot" respondailce avec A. Savii|«i.

en vue du volume : Les Amis, que nous publierons le plus tôt possible.

Un renseignement qu'on me demande et qui peut très bien se terminer en bonne affaire pour nous. Combien tous mes livres, proses et vers, reliés, avec des initiales dans le genre de ceux que vous me donnâtes jadis, coûteraient-ils ? réponse prompte, S. V. P.

Mme Triollet,qui est très bonne pour moi (elle est la surveillante de ma salle), me demande Amour. Pourriez-vous vous fendre d'un exemplaire ? Avezvous mis de côté un portrait du Verlaine de Morice(l), pour le coller ensuite sur l'exemplaire que vous me donnâtes à l'origine. (Moi, donné celui qu'on vous demande, de ma part, à une dame — naturellement).

Réponse, Envoi, Visite, je compte sur vous pour très bientôt.

A vous, P. V.

Hôpital Broussais, salle Parrot, lit 1, r. Didot, 96.

Hi Broussais, lit 1, salle Parrot, 96, r. Didot, 1^' janvier 1889 *.

Bonjour et bon an ! Pensez-vous aux Amis ? Je vous serai obligé de m'envoyer les pièces dont il

(1) Gravure sur bois de Maurice Baud, d'après David Estoppey.

* Carte postale mauve et blanche, encre noire ; au recto :

LETTRES A LÉON VANICn 153

était question dans ma dernière lettre. Le plus tôt possible. J'active le petit volume qui sera prôt à la fin du mois, au plus tard et pour sûr. Jo compte sur envoi ou sur visite très prochainement.

Pensez-vous aussi à Vaffaire dont je vous parlais aussi dans ladite dernière lettre mienne ? et à l'exemplaire d'Amour ?

A vous, P. V.

Mercredi. 3 avril 1889 *.

Mon cher Vanier,

Je continue Les Amis (1). Traitons, voulez- vous ? TOUT DE SUITE, à propos dc ce petit livre aux trois quarts entre vos mains.

A cet effet, venez, — que nous nous chambrions un instant — prendre un rhum à l'eau chaude, — me voir et m'entendre, et nous entendre, ce soir, dès 8 heures, 4, rue de Vaugirard (2).

Apportez le double du traité de Parallèlement.

Si vous ne pouviez venir, dites-le moi par un

M.Léon Vanier Libraire Editeur, 19, Quai Sainl-M ichel. E. V. * 2 f. papier quadrillé blanc, encre noire, recto du 1" f. (Enveloppe portant le timbre dc la poste).

(1) Il s'agit de l'ouvrage qui, par la suite, prit le titre de Dédicaces, et parut en 1889.

(2) A l'Hôtel de Lisbonne, où l'écrivain fit plusieurs séjours. \'oyez : P. Verlaine... par un Témoin impartial (Paris, 1897, pp. 66-67).

mot de vous, tout de suite, ou par télégramme. Et surtout ne vous méfiez DONC pas de

Votre

P. Verlaine.

17 avril 1889 *.

Mon cher Vanier,

Si pouvez venir me voir ce soir, traiterions SEULS pour Sagesse (1) et pour Amis ensuite. Et combien je serais comblé si, dès demain, pouviez m'apporter 100 balles (blanchissage, habits, etc. (2) ou m'envoyer (ou mot) ; épreuves Parallèlement marchent.

Je travaille avec acharnement.

Si possible, prêtez-moi, pour un ou deux jours, Sagesse et une Bonne Chanson.

* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, oblong, avec en tète de la librairie Léon Vanier ; encre noire, recto.

(1) Il s'agit ici de conventions relatives à des réimpressions de Sagesse. Verlaine venait de recevoir, depuis le 26 février, plusieurs avances, à valoir sur la somme de 250 francs prévue, à titre de droits d'auteur, pour une nouvelle publication de ce livre.

(2) Nous trouvons, à la date du 18 avril, un reçu de cinquante francs, portant la signature de l'écrivain.

tftTTRBt À LÉON VÀMIBS 166

[21 mai 1880] *.

Mon cher Vanier,

J'ai absolument besoin de quelque argent.

Je vous propose ceci : sur les exemplaires des deux livres qui vont paraître, réservez m'en deux de chaque et donnez-moi les autres en argent.

Je suis horriblement pressé. Faites vite, aujouT' d'hui môme, par commis ou, mais c'est long I par mandat — ou en venant vous-même, 4, rue de Vaugirard. Moi, je puis à peine marcher. Enfin, faites vite. Serai chez moi dans tout l'après-midi. A vous,

Et, sinon tout, du moins avance d'une quinzaine de francs, n'est-ce pas ?

Le 21 mai 1889 ? **.

Mon cher Vanier, Langlois(l) vous demandera de ma part Sagesse

* 1 f. papier à lettre, vergé blanc, encre noire^ écriture en long^ recto. Le post-scriptuni est écrit au crayon.

** 1 grand feuillet, papier deuil (lettre de faire part), recto blanc, plié en deux, intérieurement. Texte du côté droit du verso — à gauche : M. Léon Vanier.

(1) Fernand Langlois, ou L'Anglois, ami du poète. Verlaine

et Parallèlement, à titre de service de presse — pour sa publication : La Poésie Contemporaine, à paraître incessamment.

Simple note pour le service de presse (1):

MM. Echaupre. La Tradition.

Revue Générale, (article paru).

Bouchor, 254, boulevard Saint- Germain.

Ponchon, hôtel du Périgord, place de la Sorbonne.

Anatole France, 5, rue Chalgrin, Paris-Passy.

Jean Richepin, rue Galvani, 7.

Jules Lemaître, rue de Rome, 62.

Charles Vesseron, Petit Ardennais, Charleville (il a toujours parlé de moi, et les Ardennes me sont un terrain propice).

En dépit de la bordure de deuil de ce bout de papier, croyez que je n'ai jamais eu Vintention de vous tuer^ bien que vous en voulant, au fond.

Quand m'enverrez-vous mon double du traité pour Parallèlement ? (2)

Je ne puis vous aller voir pour le moment, très souffrant de ma patte.

Tibi, P. V.

lui adressa plusieurs de ses productions. Voyez : Amour et Dédicaces, puis Soui>enirs (Œuires CompL, II, 44,111, 106, et Œuvres posth., I, 287). L'ouvrage projeté ici, et qui devait constituer une sorte d'anthologie de « la Poésie française actuelle » ne parut point. Fernand Langlois est l'auteur de curieux portraits de Verlaine, dont l'un en lithographie.

(1) Pour l'édition originale d'Amour, qui venait de paraître,

(2) Voyez la lettre CCLXX.

LETTRES K LftON VANIBR 157

Le 11 juin 1889 *.

Prière à M. Vanier de bien vouloir confîer à M. de Nicdcrhauscrn (1) mes Œuvres complètes, pour un objet qu'il vous dira.

Mes livres paraissent-ils enfin et pouvez-vous enfin aussi m'envoyer quelque argent dont j'ai le plus pressant besoin ?

P. Verlaine.

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