CCCLXXXVI
Paris, le 13 [juin 1889] *.
Monsieur Savine,
M. Gazais vous apporte aujourd'hui :
— Quatre petits chapitres de la série « Gosses »,
proposé à l'ccrivain le 31 mars 1890, assuraient à Savine, le droit exclusif de faire paraître, d'une part. Bonheur et Histoires comme ça, et, d'autre part, le texte renouvelé de Pédicaces. On sait ce qu'il en a4vint. Pien qu'ayant touché des avances §' élevant à la somme de quatre cent cinquante francs, Verlaine ne tarda pas à être reconquis par Vanier et ce dernier n'eut point de peine à démontrer à son confrère ébahi, par des pièces authentiques et des reçus, que le poète avait singulièrement oublié d'anciennes promesses. Avec le temps, les choses s'arrangèrent au gré de chacun. Savine et, après lui, son successeur, M. L. Grasilier, furent remboursés de la totalité des avances consenties par Vanier, lequel, non seulement publia, en 1891, Bonheur, puis, en 1894, Dédicaces, mais acquit, en outre, le droit de faire paraître les récits conaposant : Histoires comme ça. C'est grâce à cette cession, observait justement M. A. Lods, dans V Intermédiaire des Chercheurs (10 juin 1922) que le dernier éditeur du poète a pu donner, en 1903, dans le tome premier des Œuvres posthumes, la primeur 4e sept nouvelles, pour la plupart ignorées du public. Il serait intéressant, ajoutait-il, de savoir ai la publication en a été faite conformément aux manuscrits ayan^ appartenu à Savine et que ce dernier conserva longtemps, î^fin de se dédommager peut-être des sommes remises au plus fugitif 4e ses auteurs.
* 1 {., papier 4'hppital, encre HPir** repto, et ver9q,date incomplète.
LETTRES A ALUEI\T S4VINB 271
que vous n'avez sans doute pas (1). Quatre ou trois autres vont paraître dani Art et Critique et
seront joints aussitôt, par envoi ou commission.
— Une nouvelle : La main du Major Miiller, et cinq gros articles : Vieille ville (2).
Le n^dela Revue Indépendante do décembre 1888, en contient une autre intitulée :C/iar/e5 Ilusson, que vous aurez demain, ou après, corrigée et augmentée, sous le titre de Rampo ! (3)
M. Gazais vous apporte aussi six poèmes nouveaux de Bonheur, en tout 384 vers. D'autres sont en train et vous les aurez au (ur et à mesure. Le volume qui est complet sera donc encore augmenté selon votre désir.
Pourriez-vous me faire une petite avance ? M. Gazais vous fera un reçu. A l'hôpital, on a souvent besoin de sous, pour menues dépenses. Cela m'obligerait fort.
Pour le volume de prose, je crois qu'il serait urgent de commencer l'impression des nouvelles dans cet ordre :
Deux mots d'une Fille.
Rampo I
Extrêmes Onctions.
Uabbé Anne.
(1) Trois de ces chapitres ont paru dans Art et Critique, le 15 juin 1889 ; cinq autres figurent à la date du 8 novembre suivant, dans la même publication. Ces fantaisies ont été recueillies dans les Œuvres Posthumes, I, p. 262.
(2) Cf. : Œ. P., I, 345, et 214.
(3) Cf. Œ. P., I, 392.
La main du Major Millier.
Histoire d'un regard.
Conte de fées.
Pour les Aventures d*un homme simple, l'ordre y sera mis la semaine prochaine, au plus tard.
Pouvez-vous me donner un état de mes comptes ?
Pourrez-vous aussi remettre à M. Gazais une vingtaine de biographies des Hommes du jour, destinées à un volume: Quelques-uns {i), que je vous ai remis dans le temps et dont nous parlerons plus tard ?
Voilà bien des choses, mais du moins, cette fois ci, nous semblons d'accord et je ferai de mon côté tout le possible pour que cette position réciproque continue.
A très bientôt donc, le complément des deux volumes. Quant à des difficultés étrangères, n'ayez crainte. Paul Verlaine.
Hôpital Broussais, 31 Salle Lasôgue, 96, rue Diderot.
CCCLXXXVII
19 juillet [18189 *.
Cher Monsieur Savine,
Vous avez dû recevoir ma lettre d'il y a une quinzaine de jours, par laquelle je vous signalais l'en-
(1) Histoires comme ça (Cf. Œ. P., l, pp. 319 et ss.) * 1 f . papier d'hôpital, encre noire, texte recto et verso. L'original de cette lettre ne paraît pas de la main de Verlaine. Cer-
LETTRES A ALBERT BAVINB 273
cartago par Vanier d'une pièce de Bonheur dans Parallèlement et vous faisais part de ma protestation auprès de cet éditeur (par lettre recommandée) contre ces agissements (1).
Je vous serais obligé de bien vouloir me donner un mot par lequel je pourrais enfin retirer de chez vous, contre reçu, les manuscrits de Histoires comme ça et de Bonheur ^ pour classer définitivement les diiïérentes parties du premier et prendre copie des deux, aux fins de publication dans des revues et journaux, avec la mention : « Extrait de... : à paraître prochainement chez Albert Savine », etc., bien entendu.
Comme j'ai l'intention de rester en traitement un assez long temps, je compte avoir, d'ici à deux mois, fini Bonheur, que je veux dans les proportions de Sagesse et d'Amour, pour la symétrie et selon mon plan bien arrêté. Je tiens dans les 300 vers nouveaux à votre disposition et vous les aurez quand vous voudrez.
J'espère en une prompte réponse et suis, cher Monsieur,
Votre tout dévoué,
P. Verlaine.
tains détails du texte nous permettent de supposer qu'elle fut dictée par le poète à l'un de ses amis, sans doute F. A. Gazais, hospitalisé en même temps que lui à Broussais. Si nous en croyons la suite de la correspondance avec Savine (voyez la lettre du 22 nov. suivant), il est très possible que le post-scriptxuu y ait été ajouté sans le consentement de l'auteur. (1) Cf. Lettre à Vanier du 22 juin 1889.
P. S. — M. Gazais, qui est également malade ici» serait heureux d'avoir, contre reçu> son portrait de moi qui doit paraître en tête de Bonheur, pour le faire photographier et vous le rendre après. Il voudrait traiter avec vous pour la vente, ou le prêt de cé dessin, que j'ai moi-même le plus vif désir de voir en tête de Bonheur.
J'ai l'intention de signer Histoires comme ça avec M. Gazais, qui y a collaboré pour une bonne part. Gela doit-il faire l'objet d'une addition au traité ?
Agréez, cher Monsieur Savine, nos meilleures salutations.
Hôpital Broussais, Salle Lascguc, 31, 9G, rue Didot (Paris-Plaisance).
CCCLXXXVIII
[Septembre 1889 ?] *.
Monsieur Savine,
Etant en train de mettre de l'ordre dans mes affaires, je veux absolument connaître ma situation vis-à-vis de vous. Voilà, d'ailleurs, déjà plusieurs fois que je vous écris à ce sujet, non sans étonnement de ne pas recevoir de réponse. J'espère que cette fois uti mot de vous me satisfera. En tous cas, veuillez remettre à M. Gazais, contre reçu, le manuscrit d'Histoires comme çà, pour un classement définitif.
* 1 f . papier d'hôpital, fencre noire, recto, s. d.
LfeTTrtRS A AtBRht SÀVlNE 275
Quant à Bonheur, j'y travaille cxclusivemeht à riicure qu'il est et tiens à votre disposition 300 vers nouveaux environ.
Avez-vous retrouvé mon portrait par M. Gazais ? Vous savez que celui-ci désirerait l'avoir pour le faire photographier avant l'impression du livre et, si i>ous ne lui achetez pas, \o vendre, car on lui en fait drs olTrcs (1).
Comptant sur une réponse immédiate, je vous prie d'agréer mes civilités.
P. Verlaine.
Jeudi soir.
Hôpital Broussai», salle Lasègue, 31, 96, rue Didot. E. V.
CCCLXXXIX
Vendredi, 11 novembre 1889 *.
Mon cher Monsieur Savine,
Je vous enverrai, demain, pour être insérées à la Rei>ue Indépendante, deux pièces de vers destinées à Bonheur {2), recueil auquel je mets la dernière main (et dont je vous reparlerai sous peu). Ces pièces, à
(1) Sans doute s'agit-il d'un dessin qui, dans la suite, fut gravé sur bois par Maurice Baud et reproduit dans l'édition de Dédicaces publiée par La Plume en juin 1890.
* 1 f. papier d'hôpital, encre noire, recto.
(2) Nous ne trouvons aucune insertion de poèmes de Verlaine après cette date, dans la Revue Indépendante. On sait que cinq pièces de Bonheur avaient paru dans cette revue, de jxiillet 1888 à février 1889. {Ci. Œ. C, I. III. IV, VI et XXXII).
la place d'une autre déjà en la possession de la Revue^ mais qui a paru autre part, à mon insu. Celles-ci sont entièrement inédites.
Je vous serais infiniment obligé de bien vouloir au premier jour me confier contre reçu le manuscrit d'Histoires comme f à, pour prendre copie de quelques fragments que je voudrais faire paraître dans des journaux, avant la publication en volume, où un ami autorisé par moi voudrait bien se charger de ce soin, par exemple M. Remacle qui veut bien se mettre à sa disposition.
Pourriez-vous m'envoyez, sans inconvénient, un Brelan d'Excommuniés, de Léon Bloy (1), que je ne vois plus depuis un temps infini et à qui je vous prie de serrer la main de ma part, quand vous le verrez.
Je vous serre la main très cordialement,
Paul Verlaine.
Hôpital Broussais, salle Lasègue, 31. 9G, rue Didot. Paris.
Paris, le 22 novembre 1889 *.
Monsieur,
On me rapporte de cous des propos que je me permets de traiter de fantastiques. Quoiqu'ils me concernent
(1) Paris, Savine, 1889, in-18. On sait que ce livre contient une partie consacrée à Verlaine.
* 1 f. papier d'hôpital, encre noire, recto et verso. Nous possédons, indépendaram ent de l'original, un brouillon autographe non signé, ni daté de cette lettre. Ecrit au recto et verso
LETTRES A ALBERT lAVINB 277
et qu*ils fussent de nature à fort me déplaire^ s'ils avaient le moindre fondement de vraisemblance, je n'en retiens qu'un, m'attribuant la paternité d'une lettre à cous adressée, du temps de votre séjour à Sainte- Pélagie,\GtiTei( oùje vous disais» n'ôtre que pour très peu l'auteur d' « Histoires comme ça ». J'oppose à cette assertion le plus formel démenti. Ou votre mémoire vous trompe, ou vous ôtes la dupe d'une malpropre mystification. Je serais môme heureux, et j'ai le droit en quelque sorte d'exiger, du moment que vous parlez ainsi de moi, que vous me montriez ce faux, s'il existe (1). Mon honneur littéraire, auquel je tiens autant qu'à mon honneur d'homme, me fait une loi de réprimer, de faire punir, s'il est possible, de telles infamies, et j'estime que vous devriez m'y aider.
d'un bulletin de souscription du « Petit Théâtre », il contient quelques phrases raturées, des mots biffés, enfin des variantes qui semblent donner plus de poids à la protestation de Verlaine. On y relève des phrases comme celle-ci, biffée et écartée de la rédaction définitive : « Il n'y a pas une nouvelle ou un chapitre [du livre] que je n'ai écrits, ni dictés... »
(1) Voyez la lettre, ou plutôt le post-scriptum du 19 juillet. Faisant droit à la demande de son correspondant, Savine répondait le 15 janvier 1890, en citant le passage incriminé par celui-ci : « J'ai l'intention de signer Histoires comme ça avec M. Cazals qui y a collaboré, etc. » Nous ne savons comment se termina l'incident, mais il est hors de doute que Verlaiue écrivit les nouvelles et récits désignés plus haut, sans le secours d'aucun collaborateur. M. Cazals fut simplement mêlé aux négociations de l'auteur ; nous en trouvons la preuve dans des billets adressés antérieurement à Savine, dont l'un, daté du 21 août 1888, figure sous le n° 87.485, aux Catalogues d'autographes de M. N. Charavay.
278 CORïtEStONDÀNCË t)E PÀÙL VERLAINE
Mais, aux affaires proprement dites ! Je réponds à vos objections spéciales.
Je vous ai, en effet, écrit souvent, \ons demandant des comptes que vous ne m'avez jamais rendus et que je réclame encore aujourd'hui, très instamment. Comptes d'argent et de manuscrits. C'est la dernière fois que je vous écris à ce sujet, comptant que vous tne donnerez enfin la satisfaction à laquelle j'ai droit. Y comptant absolument.
Vous avez mon manuscrit complet de prose. J'en suis sûr et certain. S'il vous manque quelque chose, c'est vous, ou quelqu'uh chez vous, qui l'aurez égaré dans l'un de vos déplacements; mais, je puis malheureusement vous affirmer que vous ne m'avez jamais confié qu'une nouvelle qui vous a été rendue il y a déjà bien longtemps. Cherchez bien et vous trouverez.
Bonheur a 900 vers, dont vous tenez plus des 3/4, J'y travaillerai jusqu'à la fin de l'année et nous pourrons le publier dès janvier.
Mais rien ne vous empêche de commencer la publication du volume de prose, après classement définitif. Tous ces retards sont à mon détriment et je ne puis concevoir pourquoi ils existent, après vos promesses devant témoins.
Je désirerais seulement communication d'une ou deux nouvelles et poèmes en prose pour publier dans les journaux. Contre reçu et pour un ou deux jours. J'y tiens.
J'attends votre réponse, très prochaine et très nette, principalement sur ces deux points.
tÈlTHES A ALBRht SAVlNtî 2^9
— Comptes d'argent et de motiuftcrits.
— Date approximative do la publication d'//istoites comme ça.
Autrement, quoi faire que de passer outre à des engagements si peu tenus de votre part ? Agréez mes civilités,
P. Veklaine.
Hôpital Broussais, salle Lasèguc, 31, 9G, rue Didot, Paris- Plaisance.
(Jeudis et dimanches de 1 ù 3).
Paris, IIôp. Broussais, 3, salle Lasègue, 96, rue Didot, le 13 janv. 1890 *.
Monsieur Savine,
Monsieur Gazais ira chez vous, je veux dire à votre librairie, un des jours de cette semaine, porteur de plusieurs nouvelles et chapitres de prose qui, je {)ense, compléteront le manuscrit de : Histoires comme çà.de façon à pouvoir commencer l'impression de ce livre si en retard, pour, vraiment, des raisons indépendantes de ma volonté. Mettons que de votre côté il y a eu des empêchements et n'en parlons plus que pour nous entendre sur la plus prompte possible apparition d'un livre auquel j'ai mis tout le soin et toute la conscience possibles.
* 2 iï. papier à lettre blanc, quadrillé, encre noire, recto et verso du l^r f, et recto du second.
D'après mon calcul, il contiendra : 7 nouvelles : l*' Deux mots d'une Fille, inédit. -|- 2^ Charles Husson, paru dans la Revue Indépendante, -j-
Z^ Conte de fée, id. ■^
4'' La Main du Major Millier, paru au Figaro.
5° Uahhé Anne^ inédit, f
6® Histoire d'un regard, inédit, f
7® Extrêmes Onctions, inédit. -|-
(Vous devez avoir celles qui sont marquées d'une croix. Au cas contraire, il me sera facile de vous les procurer très prochainement).
Il contiendra aussi un certain nombre de morceaux de prose, dont quelques-uns considérables (de 30 à 40 pages). Cette série sera intitulée : Aventures d'un homme simple.
Je vous serai obligé de laisser M. Gazais prendre les titres des nouvelles et articles divers, qui sont chez vous, — • et, pour en prendre des doubles en vue de publication es journaux et vous les restituer, aussitôt copie eue, emporter les nouvelles : L'abbé Anne] Deux mots d'une Fille, et quelques morceaux de prose dans Aventures d'un homme simple (1).
(1) La correspondance de M, Albert Savine nous a conservé cette liste promise dans une lettre déjà citée, à la date du 13 juin 1889 (pp. 270-271.) On y relève les titres suivants : Traduit de Byron ; Le bon Larron ; Deux mois d'une Fille ; Conte de Fées ; Extrêmes Onctions ; La Goutte ; jEgri Somnia ; Enfance Chrétienne ; Projets ; Mes Hospices ; Gosses (I, II, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X) ; Histoire d'un Regard ; L'Abbé Anne ;
LETTRES A ALBERT tAVINB 281
No pourriez-vous, dès le volume bien reformé, c'est-à-dire dans moins de 15 jours, si vous voulez, commencer à tirer, en caractères point trop serrés, ni trop fins, tels par exemple ceux du livre de M. Luguet qui m'est, à moi qui n'ai pas encore trop mauvaise vue, illisible ? Do la sorte, dès la première feuille, il sera facile de juger si le livre fera bonne ligure (comme c'est ma conviction), à 3 fr. 50.
M. Gazais vous parlera aussi du portrait qu'il voudrait faire photographier et vous remettre aussitôt.
Le tout, manuscrits et portraits contre reçu, bien entendu, et à titre de prêts très courts.
Je fais appel à votre bonne volonté, pour hâter l'apparition de ce volume sur lequel je compte. Bien composé, je pense qu'il aura quelque succès.
Bonheur est fini, à mon sens (1200 vers). Mais, si vous voulez que çà marche bien, pour le livre en prose, nous en reparlerons après, en termes, j'espère, cordiaux.
P. Verlaine.
Dimanche soir [1890] *.
M. Savine, votre réponse n'en est pas une (1).
Miaou ; Rampo [Charles Husson] ; Gosses (IV, V, VI, VII et un autre sur Rachilde non numéroté) ; Vieille Ville.
* Fragment de papier d'hôpitai, encre noire, recto, s. d.
(1) Cette réponse n'a pas été retrouvée. La rupture entre l'éditeur et le poète se fit vraisemblablement dans le courant de
Je vpus demandais des comptes et vous ne m'en ave? pas envoyé.
Quant à la dernière ligne de votre lettre, vous \ auriez dû, vous, M. Savine, vous dispenser de me la destiner, pour parler net.
Je vous salue.
P, Verlaine.
P.-S. — J'ai traité pour un volume de vers, et non pour une quantité de vers, imposée par tout autre goût que le mien. Quant aux trois cents pages exigibles, je n'en trouve pas trace dlfins les traités, pas plus pour la prose que pour les vers.
D'autre part, et pour répondre à l'une de vos observations verbales, et pour préciser, vous aviez pris connaissance de jnes traités avec un autre éditeur, avant de contracter avec moi. Vous en souvient-il ?
Je considère donc mon volume de prose comme terminé et je rue réserve de terminer Bonheur, selon mon plan d'artiste. A quand les épreuves (Tffistoires comme f4 ?
Veuillez me renvoyer les biographies que je vous avais confiées en vue d'un volume illustré , Quelques- UnSy ainsi que les manuscrits de vers récemment envoyés à vous, de ma part, pour la Revue Indépendante.
l'année 1891, après la publication, chez Léon Yanier, de Bonheur. Voyez dang Le Centre Artistique et Littéraire (janvier 1921) les deux curieuses lettres de Verlaine déjà citées plus haut, et qui furent adressées le 8 et le 18 nov. 1891 à un avocat de ses amis. Oii trouvera à l'appendice un fragment de l'une d'elles.
LETTRES A ÀLDERT SAVINB 283
CCCXCIII
[23 janvier 1891] •.
[Monsieur Savine],
...Quant à Bonlieur, purluns peu et parlons bien — et surtout franc.
Voilà longtemps que complet, oc livre aussi volumineux que Sagesse. Maintenant, Vanicr m'en olTrc 500 francs tel qu'il est et vous voudriez le voir grossir, grossir sans cesse, oubliant que la quantité n'a jamais rien prouvé, surtout dans un volume de vers sérieux, des vers avec quoi on peut se permettre, aussi bien, parlant généralement, des artifices typographiques, etc. Et d'ailleurs, je le répète, Sagesse qui compte comme livre important dans mes œuvres ne contient pas plus de « matières )) que Bonheur, tel que vous l'avez, 1400 et des.
Veuillez, je vous en supplie, m'écrire à propos de ce Bonheur là. Que je sache sur quel pied véritablement danser
[Hôpital Saint-Antoine].
* Ce texte fragmentaire se trouve inséré déjà, au cours d'une lettre à Vanier, du 23 janvier 1891 (p. 168 du présent volume). Nous croyons devoir le reproduire encore ici, bien que nous n'ayons pu retrouver l'original auquel Verlaine fait allusion. Il est singulier de constater le rôle double tenu par l'écrivain, en face de ses éditeurs. Rappelons que c'est au début de l'année 1888 que Verlaine adressa à Vanier les premiers poèmes de Bonheur.
LETTRES AUX " CHÈRES AMIES
Sauf un billet portant la date du 29 février 1893 (n° CCCXCIX) et publié par le Figaro, les XLIV lettres du fonds Vanier qu'on lira ci-après, appartiennent à M. Albert Messein. A l'origine, elles devaient former des séries différentes, Verlaine les ayant écrites à deux femmes qu'il connut simultanément et sur lesquelles les récents biographes ne nous ont fourni que des renseignements incertains. L'une se nommait Eugénie Krantz, ou bien encore Eugénie • Mouton », d'un surnom qu'elle devait, croyons-nous, à ses cheveux frisés ; l'autre, Philomène Boudin, ou plus familièrement : Esther. De même classe sociale, de même âge, sans doute, mais déjà sur le retour, elles se disputaient âprement les faveurs du poète dans les dernières années de sa vie. La première, on le sait, lui ferma les yeux. Bien que célébrées dans des vers qui servirent à former ces recueils : {Chansons pour Elle, Elégies, Odes en son Honneur, Dans les Limbes, Chair, etc...). elles disparurent sans éclat, peu après la mort de Verlaine, et rien dans la correspondance de leur illustre amant ne permet, le plus souvent de les distinguer l'une de l'autre. C'est en vain qu'on s'emploierait à reconstituer leur existence. Pressées, sans doute, de tirer parti de leurs papiers, intimes, elles ignorèrent que ce précieux dépôt prendrait un jour valeur de document biographique. L'éditeur Vanier, et ses successeurs, en les acquérant, nésligèrent, à leur tour, de les grouper selon leur provenance. Ces lettres nous parvinrent dans un assez mauvais état. Au demeurant, ce sont d'assez pauvres choses, et sans doute n'eussions-nous point été tenté de les faire connaître — pas plus q'ie nous ne chercherons à rappeler les visages de rii)audes qu'elles évoquent — si notre t4che ne nous contraignait à ne rien ignorer de la vie de l'écrivain. Un grand nombre de ces documents ne portaient pas de date : nous les avons classés, en interprétant leur texte, indiquant, toutes les fois qu'il nous a paru possible, la destinataire de chacune de ces épîtres. Dans le doute, nous faisons appel à la perspicacité du lecteur. Ceux qui nous ont précédé n'avaient point tant de scrupule, et Verlaine, luimême, en adressant ses missives amoureuses, à celles q"'|I dénommait uniformément « Madame Verlaine », paraissait assei^ peu sûr du choix à faire entre l'une ou l'autre de ses « chères amies ».
Ad. B.
LETTRES AUX « CHÈRES AMIES
[Mai 1892], (date do U pottc) *.
Chère Amie,
Il m'a été absolument impossible d'aller rue Pascal, tellement fatigué que j'étais. Je suis désolé,vrai !
Et comme j'espère toucher quelques sous (car je n'ai pas pu aller chez ce Vanier, — ô moi, pauvre «'grand homme»!) — demain je te donne un rendezvous chez Chapelier, en face 1' « Académie », rue Saint-Jacques, 157, vers onze heures du matin, — ou écris à
Ton vieux c... P. V.
Dimanche... 15 [1892 ?] **.
Ma chère petite, je t'attendrai — ou plutôt j'irai, si je puis, car je marche si mal, vers midi.
Si je ne puis pas à cette heure-là chez toi, viens
w> * Carte lettre, encre noire. La fin du texte, en travers da la marge de gauche. Adresse : M"« Eugénie Krantz, 2, rue Pascal E.V.
** 1 î. papier quadrillé, encre noirâtre, recto, déchirures, s. d.
— appelle-moi, 3, rue Soufflot. J'essaierai d'avoir un [jour] (1) pour toi.
Ton bien, bien reconnaissant et affectueux.
P. Verlaine.
Tâchons de nous remettre ensemble.
Je n'ai pu te voir aujourd'hui. Si occupé !
J'aurai d'ailleurs soin de dire, 15, rue Descartes, de te laisser monter : Chambre 9, vers 11 heures. J'aurai passe quai Saint-Michel.
Charleroi» Samedi 25 fév. 1893 *.
Ma chère Amie,
J'arrive à l'instant. J'apprends que Vanier a reçu un mandat de M^ Destrée, plus une communication nouvelle de M. Maus, disant d'avancer des fonds (2). J'écris immédiatement à Vanier de garder cet argent, pour mon retour, étant silr de recevoir immédiatement de l'argent.
(1) Mot presque illisible. On peut lire également : un sou.
* Carte postale belge, encre noire. Adresse : M^^^ Eugénie Krantz. 9, rue des Fossés Saint-Jacques.
(2) Cf. : Lettre à Vanier du 25 février 1893. Verlaine, nous l'avons vu, donnait en Belgique une tournée de conférences. Le succès en fut très vif, le poète ayant eu l'heureuse idée d'interpréter, au cours de ses causeries sur la poésie contemporaine, quelques-uns de ses plus émouvants poèmes. (Voyez la Revue Blanche, du 1" juin 1895).
LETTRES AUX « CnfenER AMIES » 289
Ecris-moi à Bruxelles, où je serai après demain, Bureau ccntrnl, poste restante.
Mille amitiés,
P. Verlaine.
CCCXCVII Bruxelles, lundi 27 février 1893 *.
Chère Amie,
Je reçois ta lettre à l'instant. Succès à Charleroi où parlé au théâtre, devant 1500 personnes, au bas mot.
J'ai touché une avance de 50 francs. T'en envoie 20, en attendant mieux. Tu n'auras qu'à passer chez un changeur, ce billet ne perdra que quelques sous.
Ne dis donc pas à Chollin (i) que M. de Rothschild m'a envoyé ceci ou cela.
* Papier blanc quadrillé, déchiré, encre noire, recto. [A Eugénie Krantz].
(1) Henry Chollin, ami, ou plus exactement l'un des compagnons d'infortune du poète. Voyez les quelques lignes qui lui sont consacrées dans les Œuvres Posthumes (I, Mômes-Monocles^ p. 203). Ce personnage fut le héros d'une mésaventure dont la presse entretint ses lecteurs vers le 20 septembre 1891. Verlaine habitait alors rue Descartes, n° 15, Or, un jour que le logeur du poète émettait la prétention d'être payé par ce dernier, le sieur Chollin, présent à l'entretien, s'interposa vivement, trouvant indigne qu'on osât réclamer de l'argent à un écrivain ne vivant que pour l'amour de l'art. L'hôtelier l'entendit fort mal ; il y eut des mots vifs et des violences d'échangées, tant et si bien que la police survenant, appréhenda l'ami de Verlaine
A demain, lettre. Je suis pour trois jours à Bruxelles. Ecris toujours, poste restante, bureau central, Bruxelles.
Je t'embrasse de tout mon cœur, ton
P. Verlaine.
CCCXCVIII
[Bruxelles], mardi 28 fév. [1893] *.
Chère Amie,
Hier a eu lieu ma première conférence à Bruxelles. Succès. Eté à la poste-restante, aujourd'hui mardi. Rien trouvé qu'une carte postale de Vanier.
Demain mercredi, je vais à Anvers, où conférence le soir. Je couche là et reviens à Bruxelles exprès demain jeudi, pour une conférence, à 2 heures. Je reste vendredi à Bruxelles pour une conférence le soir, et samedi, je vais à Gand!! • — en attendant d'autres pérégrinations.
Je ne t'écrirai donc probablement pas avant après
et, après l'avoir malmené, le conduisit au poste, comme perturbateur. C'est, d'ailleurs — si l'on en croit Charles Donos [ouiT. cité, p. 196) ■ — à la suite de cette intervention maladroite, que l'auteur de Sagesse, soudain privé de son logement, se résolut à demander l'hospitalité d'Eugénie Krantz, laquelle demeurait alors rue Pascal.
* Carte postale belge, encre noire. Adresse : M"« Eugénie Krantz, 9, rue des Fossés Saint-Jacques. La date de l'année est fournie par le timbre de la poste.
LBTTRBS AUX « CBiSlS AMIES » 291
demain. Toi, écris toujours Bruxelles, bureau central, poste restante.
As-tu reçu mu lettre recommandée d'hier ?
Je t'embrasso do tout mon cœur.
Paul Verlaine.
Bruxellei, mercredi, 8 h. matin [29 février] 1893 *. Bon chéri,
Je t'écris ceci en hâte, au moment de monter en wagon pour Anvers, d'où, comme te le marque ma carte postale d'hier soir, je serai de retour demain dans la matinée. Anvers n'est qu'à trois quarts d'heure d'ici.
Ma seconde conférence à Bruxelles a été très, très bien. J'y avais un public d'élite, jusqu'à M. Nothomb, ministre d'État, avec qui je me suis longtemps entretenu du pays de mon père, dont il est.
* Supplément littéraire du FigarOy 9 avril 1922 (collection de M. François Moiitel). Une autre version fragmentaire de cette lettre, insérée déjà dans Verlaine intime (p. 222), nous permet de supposer que le poète adressa la même épitre, mais en la modifîant dans la seconde version, à ses deux maîtresses : Eugénie Krantz et Philomène Boudin. L'original de celle qu'a fait paraître Ch. Donos, n'a pas été retrouvé : on la lira, toutefois, à l'appendice du présent ouvrage. Il est regrettable que noua ne puissions discerner la destinataire de chacune de ses lettres. Voyez sur ce curieux problème bio-bibliographique l'intéressant article de M. Maïu-ice Monda : A propos d'une lettre de Verlaine (Suppl. litt. du Figaro^ 10 déc. 1922).
Demain, j'aurai le ministre des Beaux-arts. Hier, j'ai été dans un très beau concert, où des musiciens français, entre autres le compositeur Vincent d'Indy, assistaient.
Hier soir, grand dîner chez M. Edmond Picard, homme charmant et hôte somptueux.
Je te joins trois pièces de vers que tu pourras porter, contre finances, à Deschamps, à qui je vais écrire peut-être. Tu lui diras, en tout cas, que jusqu'ici j'ai du succès, beaucoup.
La récolte d'argent est un peu lente, mais ça vaut peut-être mieux... mes poches sont si percées I Et, comme on dit, aux derniers les bons. Je compte sur au moins mille francs.
Si je ne dois pas aller en Hollande, où j'ai écrit, je serai de retour vers le milieu de la semaine prochaine ; tu seras prévenue à temps.
Je loge ici, chez un charmant garçon, M. Henry Carton de Wiart, avocat à la Cour d'appel, rue Bosquet, 43, Bruxelles, Belgique — mais écris toujours poste restante, bureau central.
Dernières nouvelles : Samedi, je vais à Liège ; dimanche à Verviers ; lundi, de retour à Bruxelles, je fais une conférence complémentaire (Mes prisons) ; mardi je vais à Gand, dont je reviendrai sans doute jeudi... pour Paris, moi aussi, tiens ! C'est rigolo, n'est-ce pas ?
En tout cas, tu seras prévenue et, en attendant, recevras encore moult épîtres de ton
P, Verlaine.
LETTRES Ai-v « CHÈRES AMIES » 293
Tu ns bi«'ii reçu li s \in^l frnncs. T'enverrai demnin encore un jxni et ainsi de suite jusqu'à ce que je t'apporte fidèlement, bon chéri, la grosse somme... avec mille baisers.
Vendredi midi 15 [février 1893] *.
Ma chère amie,
Vanicr m'a fait part de ton désir d'avoir de mes nouvelles ; je ne vais i)as bien et je suis sans le sou... provisoirement. Je n'ose aller chez toi, crainte de la concierge. Je t'envoie Gazais qui voudra bien t'assurer de toute ma vraie sympathie et me rendre aussi de tes, j'espère, meilleures nouvelles.
Je suis sans linge et comme tu en as, je crois, à moi, sois assez gentille pour en remettre à Cazals, un peu, surtout des chaussettes, un mouchoir au moins, et une ou deux chemises si possible. N'as-tu pas aussi des souliers à moi ?
Je pars en Belgique dans huit jours. Tu auras de mes lettres.
Je te serre bien la main.
Paul Verlaine.
4, rue de Vaugirard,
* 1 f. papier blanc, quadrillé, encre noire, recto. [Lettre à Eugénie Krantz]. On lit, dans le bas du feuillet, la note suivante, écrite d'une autre main : « Oct. 94. » Cette date est certainement erronée, car le voyage en Belgique, dont il est parlé au cours de la présente lettre, se fit dans les derniers jours de février 1893.
Bruxelles, le 3 mars 1893 *.
Chère Amie,
Oui, je suis très bien, admirablement reçu ici. Je suis sage ! ! Tu recevras un paquet de journaux pleins de moi, éloges et éreintements. J'ai, jusqu'à présent, réalisé 525 francs, nets, dont il faut défalquer mes dépenses de voyage, les petits achats, voitures, les 20 francs que j'ai eu tant de plaisir à t'envoyer, et les 20 autres ci-joints.
J'ai encore cinq conférences, c'est-à-dire encore plus que le chiffre plus haut. Je calcule qu'environ un millier de francs seront dans mon escarcelle, et à vos pieds. Madame, jeudi ou vendredi prochain.
Vas chez Vanier ; tu lui demanderas une affiche dont je lui envoie deux. Çà fera bien dans notre chambre déjà si rouge.
Je t'embrasse de coeur, — • demain, départ pour Liège et Verviers, retour lundi ici, mardi, départ pour Bruges et Gand — ■ jeudi ou vendredi, rentrée à Parigre.
Je t'embrasse bien fort.
Ton
P. Verlaine.
Jusqu'à lundi, écris toujours ; poste restante, bureau central, Bruxelles.
* Papier blano quadrillé, déchiré, encre noire. [A Eugénie Krantn].