I.KTTnES AUX « CnfenRg AMIRR
On lit en travers de la lettre :
Tu serais bien gentille de reprendre mon pardessus chez le teinturier et de le « rarranj^er ».
Compliments à M™° Zélie.
Et au verso :
Je reçois h l'instant ta lettre, h laquelle je répondrai tout à l'heure, — et les cravates, dont je suis fier et dont je to remercie avec mille baisers.
Liège, le 4 mars 1893 *.
Chère amie,
J'envoie de Bruxelles, par l'intermédiaire de M. Carton, 300 francs à Vanier, à qui j'écris par ce courrier pour le prier de te donner là dessus ce que tu lui demanderas.
Extrêmement pressé. T'écrirai tout à l'heure, ou demain, plus au long. Succès nouveau à Bruxelles. Ecris-m'y, chez M. Carton de Wiart, 43, rue Bosquet, Bruxelles. J'y serai après^ demain, devant demain aller à Verviers.
Je t'embrasse de tout cœur, Ton vieux,
Paul Verlaine.
* 1 f. papier blanc, avec en tète : Hôtel du Chemin de Fer^ Liège, N. Wiser ; encre noire, recto. [A Eugénie Krantt[. Dans le bas de la lettre, on lit le libellé d'un reçu de cinquante francs, daté du 6 mars et portant la signature de la maîtresse du poète.
[Bruxelles], lundi, 6 [mars 1893] *.
Chère amie,
Voici les 100 francs demandés. Garde-les un peu et sois sûre d'un autre envoi et de mon retour, à une heure qui sera certaine vendredi (1), à la brune.
Mille béquots et à demain.
[P. Verlaine].
Le 13 juillet 1893 **.
Ecoute, Eugénie. Envoie moi, dès ceci reçu, l'article sur M. Picard (2) et la lettre du Figaro. Je l'enverrai, après en avoir pris copie, à M. Picard ; c'est bien le moins qu'il ait cet article. Ça le disposerait
• 1 fragment de papier déchiré, enlevant, en partie, la eigna. turc ; encre noire, recto, s. d. [A Eugénie Krantz].
(1) Le 9, sans doute, après avoir donné une dernière causerie à Gand.
** 1 f. de papier à lettre blanc vergé, plié en deux, encre noirci recto et verso du 1^'' f. Il existe, parmi les papiers du poète, appartenant au fonds Vanicr, le brouillon d'un billet sur le même sujet, destiné à Philomène Boudin. Le texte écrit au verso d'une lettre adressée, le 17 juin 1893, par le secrétaire du baron de Rothschild, en réponse à une demande de secours, est à peu près illisible, et ne semble pas avoir été écrit par Verlaine. Voyez les lettres à Vanier du 19 juin et du 1^' septembre
(2) Nous ignorons ce que devint cet article.
LETTRES AUX « CllènSS ÀMIB8 » 297
d'ailleurs bien en ma faveur, tandis que le contraire pourrait l'induire dans dos soupçons d/îshonorants pour moi. Je lui demanderai la permission do publier dans un journal propre.
Quant à Bibije no veux pour rien au monde qu'il se mêle en quoi que ce soit de mes alTaires.
J'ai reçu ta lettre de ce matin. Toujours la même chose ; d'ailleurs je souffre toujours, j'ai môme subi ce matin une opération (incision), qui m'a fort affaibli. (1) Défense de venir me voir.
Bon souvenir et bonne espérance.
P. Verlaine.
[Hôp. Broussais],
CCGCV
17 août 1893 *.
Ma chère Philomène,
Je serai sage comme une image. Pardon de mes énervements. Je ne volerai que pour toi.
P. Verlaine.
[Nancy], mardi 7 novembre 1893 **.
Chère amie, Reçu ton télégramme. J'attends ta lettre annon-
(1) Voyez l'ouvrage de Ph. Ziickcn : P. V., Lettres à propos de « Quinze jours en Hollande », Paris, 1922, p. 28.
* Chiiïon de papier, plié en deux, déchiré au bas, encre noire, recto. Au commencement de la lettre, quelques mots barrés.
** 2 fî. papier blanc, quadrillé, encre noire, recto 1«' £. [Lettre à Eugénie Krantz ?]
cée. Le Figaro annonce aujourd'hui qu'on m'a vu hier au « Rouge» de la rue de Tournon, dans l'aprèsmidi, en train d'écouter leâ Tsiganes. Or, à cette heure-là je t'écrivais de la rue Victor Poirel. N'importe, çà fait de la réclame. Et le permis de circulation ? Envoie-le moi, si tu ne l'as fait déjà, à moins qu'il ne puisse être changé pour un permis pour mon voyage en Angleterre. En tout cas, il faut que l'un de nous deux l'ait et le garde précieusement. Je vais écrire à Zilcken encore, pour Blok.
Il fait beau ici. J'ai vu la ville qui est très jolie, mais je sors peu et je travaille à la conférence qui aura lieu demain mercredi, à 8 h. 1 /2. Après-demain, je serai à Lunéville et probablement repartirai de Nancy le jour d'après, 10, pour arriver à Paris vers midi. Je t'écrirai l'heure juste et espère t' arriver avec une bonne petite somme. vToi, ècris-moi toujours rue Victor Poirel. — Je pense que ta santé est bonne. Tout ira bien. Que nous serons heureux si nous le voulons bien !
Enfin, à bientôt, je t'embrasse comme je t'aime, de tout mon cœur.
Ton vieux, Paul Verlaine.
[Nancy], le mercredi 8 novembre [1893]*. Chère amie.
Reçu ta bonne lettre ce matin, vers 8 h. 1/2, avec
* 1 f. papier blanc, quadrillé, plié en deux, encre noire, recto du f ' f., sans indication de lieu et sans date.
LETTRES AUX « CnènES AMIES » 290
lo pprinis qui ino servira ù rovonir ù Paris. Mon retour uuru lieu après-demain, vendredi 10, ù 5 h. ^tb du soir, partant de Nunuy ù midi. J'ai dû renoncer à l'autre train do G heures du matin, parce que çà dérangerait trop. Ce soir oonférence ici. Il est 7 h., c'est à 8 h. 1 /2. Très pressé. Excuse mu brièveté. Demain, t'écrirai, soit d'ici, soit de Lunévillc, d'où je rentrerai le soir ici.
Et je t'embrasse, bonne chérie, do tout mon cœur qui s'ennuie d'être loin de toi.
A demain une lettre et à toi vendredi 10, à 5 h. 45, gare de l'Est, où tu no manqueras pas de venir me prendre, n'est-ce pas ?
Ton,
P. Verlaine.
M. Nathan t'envoie son meilleur souvenir.
CCCCVIII
Lunéville, le 9 novembre 1893, 2 h. 1/2 *.
Chère amie,
J'arrive à l'instant ici, d'où je repartirai ce soir, pour partir demain, de Nancy, à midi une minute, par le rapide qui arrive à Paris à 5 heures 45, en gare de l'Est.
* 2 ff. papier à lettre blanc, quadrillé, enore noirCi recto et verso du 1" f. L'enveloppe sur papier bulle, porte : Madame Verlaine, 5, rue Broca, Paris. 11 faut lire : Eugénie Kraniz.
Viens sans faute m'attendre à la gare de l'Est, à 5 heures 45.
Ma conférence d'hier soir a complètement réussi. La salle était pleine de beau monde et les journaux m*ont été très favorables (1). J'espère qu'il en sera de même ici. Quant à de l'argent, j'en rapporterai, je pense, quelque chose comme cent francs et plus. J'ai écrit à Zilcken et fait écrire à Blok, par Nathan, qui est avocat en Cour d'appel. Et puis, il y a encore le Figaro. Et mon voyage de demain, grâce au permis, me coûtera un franc pour le wagon à corridor.
J'écris par ce courrier à Londres et à Oxford, demandant cent francs d'avance, au cas où Blok et le Figaro ne donneraient rien.
Enfin, tout va bien. Donc, demain vendredi 10, viens à la gare de l'Est, où j'arriverai à 5 h. 45.
Je t'embrasse de tout mon cœur, comme je t'aime, chère femme adorée. Paul Verlaine.
Londres, le mardi 21 novembre 1893 *.
Chère amie,
Enfin me voilà ici aujourd'hui. Mon adresse est à
(1) Nous l'avons vu dans la correspondance avec Léon Vanier, Verlaine sollicité par ses amis lorrains s'était rendu avec empressement à leur appel. Il donna deux causeries, entremêlées de citations de ses poèmes, l'une le 8 novembre, dans les salons du Grand Hôtel à Nancy, et l'autre, le 9, dans le petit salon des Halles, à Lunéville. Le succès en fut très vif.
* Carte postale anglaise, encre noire. Adresse : Madame Verlaine^ 5, rue Broca, Paris, France. (Lisez : Eugénie Krantz^ etc.).
LETTRES AUX « CHftRES AMIES » 301
Londres, chez M. Symons, Fountain Court. The Temple, Londres (Angleterre) (1).
Et à Oxford, chez M. Rothenstein, 19, Merton Street, Angleterre.
A demain, lettre en détails.
Je t'embrasse de tout mon cœur.
Fountain Coiirt.The Temple, Londrei, mercredi, 22 noY. [1893 *1.
Chère femme,
Hier soir a eu lieu ma conférence (2). Succès, et, j'ai tout lieu de le croire, argent. Mais, comme il y
(1) Dans un article qu'il écrivit par la suite, sous ce titre : My visit to London, nov. 1893 et qui, traduit par Arthur Symons, ne parut que posthumément {The Savoye, avril 1896), Verlaine nous a laissé, outre le souvenir de ses conférences, des notes très attachantes sur son dernier séjour en Angleterre. On y voit un tableau séduisant de certains quartiers de Londres et, en particulier, de « Fountain Court », lieu charmant, à l'en croire, et dont le souvenir Itd inspira ce frtds poème de Dédicaces (III, 151) :
La cour de la Fontaine est dans le Temple Si exquis, etc...
* 2 £f. papier à lettre gris, chiné, encre noire, recto et verso du 1" f., recto du 2* f, [A Eugénie Krantz], Les mots : Fountain Court, The Temple, etc, sont gravés et tirés à l'encre bleue
(2) On l'a dit, les eSorts combinés de deux amis du poète, l'un, le critique Arthur Symons et l'autre, Williani Rothenstein, peintre de talent, avaient permis de faire revenir Verlaine
avait trois personnes pour la perception des billets à domicile, je ne puis encore dire combien, ni, hélas ! encore toucher. Demain, conférence à Oxford. De là je t'écrirai et, je pense, point à vide, comme aujourd'hui. Quant à mon retour, je ne puis encore rien fixer. D'ailleurs, avec ce chemin, on n'est sûr de rien. C'est ainsi que j'ai dû passer deux nuits au buffet de Dieppe, sur une banquette. Les hôtels étaient bondés. La même chose peut m' arriver à Newhaven, en revenant. Je tâcherai toutefois de m'arranger de façon à ce que tu puisses me prendre à la gare, à une heure pas gênante pour toi. Je m*ennuie bien de ne pas avoir de tes nouvelles. Ecris moi, tout de suite^ à Oxford {Angleterre), aux bons soins de M.Rothenstein, 19, Merton Street.
Je ne reviendrai sans doute à Londres que pour repartir, à moins de nouvelles conférences.
en Angleterre et de le mettfe en contact avec quel(|Ue8-un3 de ges admirateurs. On lui offrait de renouveler devant Uh public d'élite les causeries qii'il avait données avec succèë en Hollande et en Belgique. Le 19 novembre, Verlaine se mettait en route, mais Une fofte tempête sévissant sur la Martche, le contraignait à passer la nuit et la journée du lendemain au buffet de Dieppe, dans l'attente d'un départ du batbau qui fait le service entre ce port et celui de Newhaven. Il arriva à Londres dans la nuit du 20, gardant de cette traversée un souvenir assez vif pour lui inspirer un curieux poème qu'il publia un an aprèSj dans Pall Mail Magazine (Cf. Aubry : P. V. et l'Anglelerre), et dont on trouve une version remaniée dans ses Œuvres Posthumes (I, p. 33). Le 21, on l'a vu dans les lettres à Vanier, Verlaine inaugurait la série de ses conférences dans la salle de Barnard's Inn, traitant de la î*oésie française contemporaine et entremêlant sa causerie de poèmes extraits de ses principaux recueils.
blTTBBl AUX R CBiRBI AMIBI » 308
Donc éoris'tnoi, non ici, mai» à Oxford et, chérie, À bientôt.
Ton vieux qui t'aime et t'enilirass(! de tout cœur.
P. Verlaine.
Oxford, jeudi [23 nov,], aprêa midi [1893] *. Chérie,
J'arrive à l'instant chez M. Rothenstein, le jeune peintre de Droussais. J'ai reçu ta bonne lettre ce matin, à Londres. Ma conférence là-bas a produit plus de 800 francs, et celle d'ici en produira environ 200, — tous frais payés (1). Maintenant, on m'offre 250 francs à Manchester, pour vendredi de la semaine prochaine, en ajoutant, « mais nous espérons beaucoup plus ». Dès que je serai de retour à Londres, là, je puis ne pas dépenser beaucoup, ce qui me permettrait d'attendre, si, encore, on ne consent pas là-bas à avancer ce jour sur ma demande.
Ton avis, veux-tu me le donner ?
Moi, je m'ennuie atrocement de ne pas te voir, et tu t'en doutes bien. Mais 3 ou 400 francs de plus ne nous seraient pas inutiles, et je ferai ce que tu voudras, comme c'est mon grand plaisir et mon seul devoir, toujours.
* 2 £f . papier à lettre crème, petit format, encre noire, recto et verso du f® f., recto du 2®, s. d.
(1) Cette conférence eut lieu le soir même, dans le magasin do M. Blackwall. Voyez, au ch. x, des Confessions {Œ. C, V, pp. 65-69), la pièce consacrée à Oxford.
Télégraphie, si tu peux, d'un seul mot, oui ou non\ Et je t'embrasse de tout mon cœur comme je t'aime. Ton
Paul Verlaine.
Voici 50 francs. Ménage-les, n'est-ce pas ? Et si tu me télégraphies, fais-le après avoir reçu un télégramme de moi, car je serai à Londres, demain, à 2 heures : Verlaine, chez M. Heineman, 3, Cork Street, Londres. Oui ou non.
Et écris m'y ensuite, mais, dis-moi, si tu veux que j'aille à Manchester. Au cas contraire, je serai vite à Paris et te préviendrai à temps, pour que tu me cherches à la gare (1).
Londres [M. 63, York Terrace, Régents Park, N. W.].
Samedi [25 novembre 1893] *.
Chère femme,
Encore une fois changement d'adresse. D'abord, causons finances.-
(1) Les sentiments exprimés dans cette épître nous permettent de croire qu'elle eut pour destinataire Philomène Boudin. Voyez la note 1 de la p. 310.
* 2 ff. papier à lettre, hollande blanc, encre noire, recto et verso des 2 fl. L'adresse est gravée en haut du 1^' f., en caractères violets, ainsi que les initiales : M. E. B. Cette lettre, on le verra par le texte, est adressée à Philomène Boudin. Elle figure à l'état de fragments incorrectement reproduits et mal datés, dans Verlaine intime (p. 234). Nous y relevons, néanmoins,
LETTRES AUX (( CSilIBt AMIBf » 305
1° As-tu retrouvé les argents de Hollande ? n'estce pas ? Ménage cet argent, je t'en prie.
2*' Ma conférence, à Londres, a produit environ 850 francs, celle d'Oxford, 150 francs, et non 125, comme le portait par erreur le mot (écrit en hâte d'Oxford), total : 1000. A propos, tu as reçu les 50 francs ?
3** Je demande pour celle à Manchester: 15 livres, un peu plus de 455 francs, et on me fait espérer qu'il y aura davantaf^e. Çà fait donc, en tout, quant aux conférences, 1455 francs. Il faut en décompter le voyage à Oxford, et j'ai bien envie de sacrifier mon retour par Dieppe et prendre par Calais, en 2® classe. Çà fait bien, en tout, une centaine de francs à défalquer, en comprenant les pourboires aux domestiques. En revanche, on m'offre ici d'écrire des vers pour des journaux et, peut-être, pourrais-je toucher de la « galette » d'une revue pour conférences. Comme ici tout va par cent francs, çà rapporterait peut-être encore un joli petit boni.
Quant au bracelet, etc., si c'est possible, je ferai ta chère volonté. Quant au mariage, si tu parles sérieusement, tu m'auras fait le plus grand plaisir de ma fie, et nous irons chez M. le Maire quand tu
deux phrases, que ne renferme pas l'original, mais qui parais- ■ent avoir été empruntées à une autre lettre restée inédite. Avant la phrase : En revanche on m'offre ici d'écrire des vers... ; on lit ce qui suit ! « Et, tu sais, ma chérie, un député qui pérorerait au Palais-Bourbon pendant six heures, ne toucherait pas plus de vingt-cinq francs. C'est vrai qu'on lui en donne autant tous les jours, même quand il ne dit rien. Ici, il faut que j' use ma salive. *
voudras. C'est d'ailleurs le plus sûr moyen de t*assurer quelque chose de fixe après ma mort. 0 chérie, oui, va, ce sont toujours là mes idées. Je n'aime que toi et combien !
Ici je mène une vie de pacha, pour rien, à l'œil. Dîners terribles, théâtres, cafés-concerts. Mais, cela ne m'amuse guère et j'aimerais mieux infiniment, encore passablement mieux être près de ma Philomène, même quand elle est méchante, comme çà lui arrive.... quelquefois !
Et je ne bois pas, et je ne boirai plus, si ma chérie me le défend... gentiment.
Quoi de neuf à Paris ?
J'ai reçu ta lettre chez M'^ Symons. Celui-ci étant en voyage, je loge chez un de ses amis. Mais tu n'as, quand tu m'écriras, qu'à le faire à l'adresse imprimée en tête de cette lettre, à mon nom seul, sans rien oublier. Ainsi :
M"^ Paul Verlaine, « M », 63, York Terrace, Regent's Park, N. W. Londres. Angleterre.
« M >) veut dire l'étage. N. W. veut dire Nord-Ouest.
Ecris-moi bien vite. Je m'ennuie tant après toi, tu t'en doutes. Je ne sais encore quand je pourrai revenir. J'espère que ce sera avant dimanche, quelque chose comme vendredi, à moins que tu ne veuilles autrement. Tes volontés sont les miennes. Je sais trop ce qu'il m'en coûte de ne pas t'obéir et tu as toujours raison.
A bientôt, chérie, je t'embrasse et t'aime de tout mon cœur.
P. Verlaine.
LBTTRBB AUX ■ CSitM AMtBI » 307
J'écris par ce courrier à Yanier, pour les livres dont je le prie d'avoir soin. Dès mon arrivée, je lei vendrai un à un, un l)on prix, (^à pourra monter iiuut, en les vendunt mui-mùme, avec dédicaces écrites devant les ociicteurs. Bref, tout va bien, mênu) mun pied que j'ai déjà fait panser deux fois par un docteur et par une sœur d'hôpital.
Tu recevras bientôt un Rros journal, The Pall Mail Gazette, avec le portrait de moi, fait à l'hôpital, par Rothenstein (l).
[J'ai envoyé une note sur mes conférences, au Figaro. Regarde, veux-tu (2) et achète ?]
CCCCXIII
Londrei, lundi [27 novembre 1893], 11 heures 1/2 *.
Chère femme.
Je reçois ta lettre à l'instant. Tu t'es trompée pour la dépêche et la lettre chez Rothenstein. Tu les as adressées; Merton street, 19, London, au lieu d'Oxford. Qu'est-ce cjue tu me disais dans la dépêche ?
(1) On doit à ce dernier quelques excellents portraits de Verlaine ; l'un d'eux se trouve reproduit, croyons-nous, dans Pall Mail Budget^ du 28 nov. 1893. Peut-être est-ce de celui-là qu'il est question ici ?
(2) Les deux derniers paragraphes sont écrits l'un en tête et l'autre en marge.
* 2 fT. papier à lettre vergé blanc, encre noire, recto et \erso du 1*' f. et recto du 2® f., s. d. La dernière phrase du postscriptum est écrite dans la marge.
(car ce serait trop long d'aller au bureau de poste» je suis si occupé !)
As dû recevoir deux lettres de moi, d'avant hier et d'hier. Il est 11 h. 1/2, je suis attendu, loin d'ici, à déjeuner chez un monsieur, à 1 heure. Je vais changer une livre (25 francs), et le monsieur se chargera d'envoyer la lettre (pas celle-ci) cette après-midi même. Je ne puis t'en envoyer pl«s aujourd'hui, l'argent étant déposé par prudence. De même, quand je rentrerai, il me sera envoyé, dès le lendemain, et je n'aurai sur moi qu'une petite somme, 2 ou 300.
J'attends le télé de Manchester et le résultat des démarches, pour la conférence nouvelle ici.
A demain une lettre.
Je t'embrasse sur tes yeux adorés et sur la bouche, comme à Broussais.
Ton vieux qui t'aime plus que soi-même.
P. Verlaine.
Angleterre. M. York Street, 63, Regent's Park N. W. Londres.
Angleterre. M. York Street, 63, Regent's park N. W. Londres.
Ne crains pas les femmes. D'ailleurs, Londres m'a porté malheur, il y a vingt ans, sous ce rapport. Et puis, je t'aime trop.
Et toi, sois sage, et pas d'anarchie dans notre petit ménage qui irait si bien autrement, toi si heureuse, reine et moi te gagnant de l'argent, à toi, non à d'autres, par exemple.
LETTRES AUX « CHERES AMIBI » 309
Economise, cur nous ne sommes pas encore bien riches. Et Manchester n'est pos bien sûr, ni la conférence ici non plus.
Un peu de repos, dès moi rentre, puis la Suisse. Et la Belgique, avec toi, par exemple. Comme c'est donc dur d'être sans toi, jaloux comme je le suis I
Recevras demain, ou en même temps que ceci, le portrait.
Londres, le [mardi] 28 [novembre 1893] *.
Chère femme, voici. Je pars vendredi pour Manchester, reviens samedi à Londres, y donne une seconde conférence et probablement m'embarque pour Paris où j'arriverai, gare du Nord, soit à 5, soit à 7, selon que je partirai par Calais, ou par Boulogne. J'espère, — avec des articles et des vers publiés ici, où tout se paie bien mieux qu'à Paris, rapporter assez d'argent pour pouvoir louer, pour dans la quinzaine, quelque chose en notre nom, où l'on pourra enfin utiliser ces meubles-feuillantines.
Du reste, seras prévenue à temps. En attendant, je t'envoie ci-joint ce que je t'écrivais dernièrement sans oser te l'envoyer. Mais je n'y tiens plus ; je répète, si c'est vrai, dis-le franchement. Ce serait affreux, mais franc et honnête. Si ce n'est pas vrai, prouve-le. C'est-à-dire, dis-le fortement. Alors
* 1 f . papier à lettre vergé blanc, encre noire, écrite en travers, au recto, date incomplète. Les deux dernières phrases sont écrites dans les mau:a;es.
pardon, et que ce mot mariage devienne une réalité. Tu vois, je ne ruse pas, moi. Et tu sais assez combien je t'aime pour ne pas douter combien tu seras heureuse avec ton vieux.
P. Verlaine.
[^Angleterre. M. York Terrace, 63, Regent'B Park, Londres.
Réponds tout de suite. Je t'embrasse en pleurant. J'écris à la propriétaire, retenant la chambre pour 15 jours.
Regent's Park, mardi 28 novembre 1893*,
Londres, Angleterre. M. York Terrace. Régentas Park
Chère Femme,
J*ai passé une bien triste journée et une encore bien plus triste nuit, après mon cruel, mais nécessaire envoi d'hier. Il fallait que je me débarrasse d'un tel poids. Çà m'étoufîait, vrai ! Ce chagrin est si gros que je me sens devenir fou et que pour un peu je me détruirais ! (1)
* 2 ff. papier à lettre blanc, vergé, encre noire, recto et verso du !•' f. Le p08t-«criptum en travers, à gauche et au verso. Sur l'enveloppe, datée par la poste le 27 novembre, on lit : Madame Verlaine, 5, rue Broca^ Paris.
(1) Le ton de cette lettre et des suivantes (29 novembre, 2 et 4 décembre), sans rappeler celles qui précèdent, pp. 303-309, permet de supposer qu'elles furent toutes destinées à une seule et même femme. Faut-il croire que celle-ci était Philomène
LErrnas aux • csAsM amibs » 311
Ta lettre, reçue oe matin, m*a fuit du bien, mail que va ôtro ta réponse ù lu mienne d'hier ? Quoique ayant bien fait, selon moi, d'avoir le courage de t'écrire çù, je tremble de rester dans Tindéciiion et, à vrai dire, je ne sais plus «jue faire. Je ne puis me passer de toi et je ne t'ai presque jamais !
Je t'en prie,ras8ure-moi. Je te dis que je devien-
Boudin, dite Esthcr ? Nous l'admettrions volontiers, si, en l'absence de toutes précisions, nous n'avions pris le parti de ne point chercher à résoudre cette énigme. A en croire certains documents qu'il serait malséant de produire ici, il apparaît que Verlaine, en quittant Paris avait à demi rompu toute relation avec Eugénie Krantz. Suivant un jeu qu'il se plaisait à entretenir, afin de provoquer la jalousie de ses maîtresses, il se prit à renouer avec cette dernière, dès son arrivée à Londres, continuant à écrire, par ailleurs, à la « douce Philomène ». On sait comment se terminèrent toutes ces aventures amoureuses. Tour à tour repris et quitté, poursuivi, trompé, dupe, enfin, de celles qu'il recherchait et do soi-même, Verlaine, après maintes querelles et menaces, délaissant Philomène, devait achever sa lamentable existence en compagnie do l'inqualifiable Eugénie. Il y gagna, toutefois, d'éviter le séjour de taudis équivoques et de pouvoir mourir décemment chez lui, « dans ses meubles », échappant de la sorte à la promiscuité d'un lit d'hôpital. Une curieuse épitre adressée à Gazais, le 5 décembre 1893, et insérée par celui-ci dans Les Derniers jours de Paul Verlaine (p. 95), nous renseigne sur la psychologie du poète pendant son passage sur la terre anglaise. « ...La {ihe) question, écrit-il, est l'éternelle Esther, la Badname {sic). I préfet Philomène. Je suis jaloux dans ce pays d'Othello. Jaloux à en mourir, si je m'étais {sie) avisé do rompre avec cette trop aimée, bizarre et savoureuse middle aged v^'oman ! Est-ce vrai qu'elle me trompe et m'exploite dans les grands prix ? Tu peux le savoir et me le dire. Ou est-ce que je me cocufie et me vole moi-même ? Question ? Mais tâche à savoir si c'est vrai qu'Esther [est] en ses
meubles avec l'homme nu-tête (doublement)... »
drais fou, si çà continuait. Que n'es-tu près de moi !
Je ne suis pas bien portant et il me faut bien de l'énergie pour affronter ce voyage aller et retour de Manchester, puis cette conférence encore à Londres et ce travail aussi de rédaction !
Je t'en prie, aime-moi, prouve-le moi bien. Je t'embrasse de tout cœur.
Ton pauvre,
P. Verlaine.
Çà serait pour lundi, au plus tôt, que je reviendrais par la gare du Nord.
Londres, le mardi 28 [novembre 1893] *.
Ma chère amie, l'autre jour je suis descendu, après la scène de rigueur, et je ne t'ai plus trouvée. Force me fut de remonter, rC ayant pas un sou.Kt je suis, parti pour ici, dont j'espère revenir avec pas mal d'argent.
Esther n'a pas retrouvé Vargent, quel malheur !
Aussi, la consolant, je lui dis toutes sortes de choses, mais plus j'y pense, moins j'aime les trahisons et je ferai tout pour châtier celle-ci, péniblement, car je l'aime trop.
Ecris- moi immédiatement, surtout ne dis rien à personne, çà gâterait tout.
* 2 fl, papier à lettre, vergé blanc, encre noirâtre, recto et vergo du 1«' f., recto du 2» f., s. d. [A Eugénie Krantx],
LBTTIIBS AUX « CBÉlIBf AMIM » 313
A cette adresse dont il ne faut rien oublier. M. Vorlnino, M. York Street, 63. Rcgent's park. Londres. Angleterre.
AfTranchisscmcnt de 25 centimes.
Réponds poste pour poste.
Ton ami,
Rien à personne. Pas d'amour-propre inopportun. Seras prévenue à temps de mon arrivée, si tu réponds.
En tous cas, silence. Çà casserait tout de bavarder :
CCCCXVII
Mercredi 29 novembre 1893.* Chérie,
Voici les 25 francs annoncés. Demain, je t'écrirai encore. Ce sera probablement décisif, je saurai si je vais à Manchester, ou non. Si je n'y vais point, c'est possible que je revienne cette semaine, mercredi ou jeudi, mais il serait meilleur, peut-être, de remettre encore, quelle que soit mon impatience d'enfin te revoir et de te presser dans mes bras, trésor 1
Aime moi, c'est tout ce que je te demande et je ferai tout pour toi, comme précédemment.
* 2 fî. papier à lettre blanc, encre noire, recto des 2 £f. Le 1*' feuillet porte en haut, à gauche, gravé en noir: 144, Cromwell Road. S. W. Cette adresse est barrée. On lit sur l'enveloppe : Madame Verlaine, 5, rue Broca.
314 CORRESPONDANCE DE tAÛL VÈRLAtNE
Je t'embrasse de toutes façons et je t'aime mieux que ma vie.
Ton P. Verlaine.
Angleterre, M. York Terrace, 63, Regent'a Park, Londres.
CCCCXVIIl
Londres, 30 [novembre 1893] *.
Ma chère amie,
Merci de la lettre reçue ce matin. Je vais demain en voyage ; (1) serai de retour après demain et t'écrirai dès lors plus en détails et d'une façon mleudS.
Surtout silence, je t'en pi^ie. Tout ira bien, à cette condition seule. Mais silence, et mieux vaut même déchirer mes lettres.
A bientôt. P. V.
Ecrire à Londx'es, mêttife adresse.
Vendredi matin, 1«* décembre 1893 **.
Chérie,
Merci de ta letti'e. Pardon deux fois. Très pfesâé. T'écrirai longuement demain.
* 1 f. papier à lettre vergé blanc, encre noire, recto, s. d.
(1) A Manchester ; voyex les lettres suivantes.
** 1 f. papier de cahict- scolaire, réglé. Ecrit en travers, à l'encre noire, au rectd seulement. L'adresse, dans l'autre sens, du côté gauche.