‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 1 sur 37 · JOSEPH II ET LE PRINCE DE KÂUNIÏZ · texte numérisé non relu

JOSEPH II ET LE PRINCE DE KÂUNIÏZ

Vienne, ce là janvier ijSG. — Mon cher comte de Mercy, c'est pour rester au courant des envois mensuels qu'on vous expédie ce courrier, n'ayant d'ailleurs rien à vous mander de nouveau.

Je vous joins ici une lettre pour la Reine et copie de celle qu'elle m'a écrite et dans la(|uelle elle ne touclie que superficiellement les désagn'-ments ([u'elle a. Je suis parfaitement de votre avis qu'il serait à désirer qu'un changement de ministère se fît à l'avantage du crédit de la Reine, car on n'a été que trop convaincu que dans les occasions majeures on ne peut faire compte sur M. de Vergennes, dont la mauvaise volonté, entremêlée de faussetés et de faihlesses, a été assez découverte , et je suis persuadé qu'il influe également beaucoup dans les affaires de la Ligue germanique.

Ma sœur Marie et le prince Albert ''\ son époux, sont arrivés ici, heureusement; la Reine me dit un mot du désir qu'elle a de les voir un jour à Compiègne, ce ([ui est parfaitement conséquent à ce que je lui ai toujours entendu dire à leur sujet. Mais comment s'arrangera la visite que mon frère Ferdinand se propose de lui faire ce printemps avec l'archiduchesse '-', son épouse, en partant de Nice, où il se trouve actuellement, pour se rendre par Paris à Spa? La proche parenté dont l'archiduchesse est liée avec la princesse de Conti, et toutes les autres

O L'ai-cliirlucliesseMarie-Clirisline,jji)U- lolire 1771 à l'architliu- Fertliiiand, |jou-

vornante (;éni'iule des Pays-Bas, niarico an vorneiii' général de la Lomljaidie, élait fille

prince AUiert de Saxe, duc de Tesclien. du duc Hercule III de Modène, dont la sii'ur

(^; Marie-Béatrixd'EsIe, mariée le i5oc- avait, en 1750, épou'^é le prince de Conti.

diflicultés relativement aux princes du sang qui ont eu lieu lors du voyage de mon frère iMaxiniilien'" pourront, je crains, donner quelques embarras et désagréments à la Reine. Mon frère Ferdinand m'a écrit qu'elle le pressait beaucoup dans ses lettres de venir la voir. Comme elle ne m'en a jamais rien marqué, j'ai fort prié mon frère qu'à l'égard de ce voyage il se remette en tout, pour le temps et la manière de l'exécuter, à ce que la Pteine lui mandera, et vous voudrez bien, mon cher Comte, s'il vous en écrit, l'engager à s'y conformer.

Je vous suis fort obligé de toutes les peines que vous vous êtes données pour procurer de bonnes connaissances à l'accoucheur Boër. Je vous prie de lui continuer vos soins et de lui fournir tout ce dont il aura besoin.

Adieu, mon cher Comte; portez-vous bien et soyez persuadé de la parfaite estime et amitié avec lesquelles je serai toujours

là janvier ij86. — Ma lettre familière au prince de Reuss'-' a été le seul moyen que j'ai su imaginer pour faire connaître avec dignité, sans nous exjjoser à une réplique, les raisons qui nous ont engagés à ne plus vouloir guerroyer par écrit. J'ai voulu faire comprendre que cela deviendrait indécent et pourrait devcMiir fâcheux par la suite; que, si la cour de Berlin avait eu le bon esprit de savoir se contenter d'avoir rempli son objet, en faisant manquer le projet de l'échange par ses insinuations au duc des Deux-Ponts, dès ce moment-là il n'en aurait plus été question, ainsi que notoirement il n'en a plus été fait mention de notre part ni à Munich, ni à Deux-Ponts depuis ce momentlà, et que par là elle aurait pu s'épargner toute sa clabauderie et toute son association, (jui est au fond exactement le pendant de don

''' Voir sur cette afifaire survenue en nielé du jujjement qui? par la modératiiui

février 1775 le tome II de la publication de la l'orme, pour lui expliquer les motifs

de MM. d'Arnelh el Gell'roy, p. 807 et qui engagaient la cour de Vienne à ne pas

suiv. répliquer au mémoire, publié à Berlin, en

'"' Le 11 janvier J786, le prince de réponse à l'écrit justificatif de la conduite

Kaunitz écrivit au prince de Reuss une de l'Empereur dans l'affaire du projet

longue lettre, aussi remarquable par la fer- d'échange de la Bavière.

Quichotte combattant contre le moulin à vent. Et enfin, comme sa dernière réponse réellement ne répond à rien, relativement au vrai et seul étal de la question, il ne vaut pas la peine de répondre à tout le reste, (jui est parfaitement étranger aux seules choses que nous avons prétendu prouver dans notre examen et qui restent aussi vraies ([ue si on n'y avait jamais répondu, attendu que ce sont des vérités ou de fait, ou de droit incontestables.

Je souhaite que vous puissiez trouver dans cette lettre ce que j'ai voulu y dire, car votre approbation m'intéresse toujours.

Vous pouvez la communiquer confidemment à M. le comte de Vergennes, si vous le jugez à propos, ainsi que ce post-scriptum.

Pai-is, 3i janvier iy86. — Les très gracieux ordres de V. M., datés du là de ce mois, m'ont été remis le a 3 par le garde-noble qui en était porteur, et le lendemain je me suis rendu à Versailles pour présenter la lettre adressée à la Reine. Par un défaut de précision dans l'énoncé, V. M. n'a pu interpréter ce que Lui mandait son auguste sœur en parlant des tracasseries et des malaises qu'Elle éprouve. Gela n'a de rapport qu'à son état physique, et, (pioique le fond de sa sant('ï soit très bon, les règles mensuelles n'ont point paru depuis (jualre mois et demi. Après ([uelques semaines, on a présumé une grossesse; mais des incommodités qui n'en sont pas les indices ont suspendu l'opinion des médecins sans leur causer la moindre inquiétude, puisque dans son sommeil, dans son appétit et dans son pouls, la Reine n'a pas la plus légère menace de maladie. Son plus grand mal consiste dans l'impatience que Lui cause une situation douteuse qu'Elle voudrait voir éclaircie. Le premier médecin et l'accoucheur assurent qu'ils ne peuvent rien articuler de certain; cependant j'observe que, depuis quelques jours, ils penchent à supposer une grossesse de beaucoup moins avancée que ne semblerait l'indiquer le temps de l'absence des règles.

Quant à la position morale, la Reine n'aurait à désirer qu'un peu moins d'avidité parmi les alentours, lesquels abusent du nom et des

bontés de leur protectrice, au point que souvent l'opinion publique en est choquée. Pour procurer au duc de Polifjnac une place de cinquante mille livres d'appointements, on vient de détruire les anciens établissements des Postes et Messageries, d'occasionner un surcroît de dépenses annuelles de six cent mille livres, le tout pour un arrangement ((ui ne pourra subsister, tant il est mal combine et vicieux"*. Il y aurait ncunbre d'exemples pareils à citer, mais les détails en seraient trop pénibles.

Le grand inconvénient de ce prestige est qu'il influe dans les objets majeurs et les plus importants au service do la Reine. Le projet de se faire justice du comte de Vergennes n'est suspendu que parce (jue ce dernier a su captiver la société favorite et s'en former un rempart. La Reine s'en aperçoit; EUe daigne m'en parler avec dépit; je Lui ai démontré qu'il est grand temps d'y mettre ordre. J'espère que l'imj)rudence des alentours comblera la mesure et efl'ecluera ce que jusqu'à présent mes représentations n'ont pu opérer. Ce sera une époque bien précieuse pour la Reine, et à plusieurs égards l'auguste service de V. M. y gagnera d'autant plus que le crédit de la Reine subsiste dans son entier et ipie, dès lors qu'Elle se décidera à en faire un usage convenable, les cboses prendront ici la forme qu'Elle voudra leur donner.

Le voyage en France de Madame l'arcliiducbesse Marie et de Monseigneur le duc Albert ne donnera lieu à aucune dilliculté dès lors que LL. AA. RR. prendront à cet effet le moment où la cour se trouvera à Compiègne. Il n'en sera pas tout à fait de même par rapport à Monseigneur l'arcbiduc Ferdinand et son auguste épouse. La Reine prévoit que leur présence à Versailles pourra donner lieu à quelque embarras; mais comme il n'en existe aucun dans ce genre qui puisse tirer à grande consécjuence et qui ne s'aplanira de manière ou d'autre, il y aura moyen d'y pourvoir, et je serai attentif de mon côté à tâcher que dans celte entrevue tout se passe conformément aux hautes intentions que V. M. daigne me faire connaître.

Le chirurgien accoucheur Roèr s'occupe ici avec assiduité. Ses pro-

0) Le comte de Mercy veut parler de i'cdil de celles des Postes aux lettres et création

dedéc. i785,conririnant un arrêt du Conseil d'une cliargc de directeur général des l'ostes

donné àFonlainobleau le Jio octobre précé- aux chevaux, Relais et Mefsageries,(pii se-

dcntclportantséparalionde l'adininislratioii rail réunie à la direction générale des Haras

des l'osles aux chevaux, Relais el -Messageries dont le duc de Polignac était déjà titulaire.

i'esseurs en paraissent très contents, et j'ai pris soin de lui fournir tout ce qui est nécessaire à la suite de ses études.

Ma dépêche d'office contenant le peu que j'ai à exposer en matière d'affaires, il ne me reste pour le moment aucune remarque essentielle à y ajouter, et je me bornerai aujourd'hui à mettre aux pieds de V. M. la profonde soumission avec laquelle je suis de V. M

P. S. Mon très humble rapport était écrit lorsque ce matin'", jour de cour ordinaire, m'étant rendu à Versailles, j'y trouvai la Reine fort préoccupée des embarras que pourrait causer ici la présence de Madame l'archiduchesse Béatrice. La Reine daigna me dire qu'Elle en écrivait àV. M., sans toutefois Lui témoigner son désir, pour qu'on puisse trouver quelque expédient au moyen duquel Monseigneur l'Archiduc vînt seul, quand même le plaisir de Le revoir dût en être différé. J'observai à la Reine qu'un pareil expédient ne serait pas bien facile à imaginer, et qu'après tout, s'il survenait quelques légers embarras, il y aurait sans doute moyen de les aplanir entre temps. J'ai cru de mon devoir de rendre très humblement compte à V. M. de cette perplexité que j'ai observée dans l'esprit de la Reine.

Paris, le 3i janricr ij8G. — Monseigneur, en communiquant à M. de Vergennes les ordres donnés en dernier lieu à M. le piince de Reuss , je lui ai lu confidentiellement la lettre que V. A. m'a fait l'honneur de m'écrire à ce sujet, et le ministre m'a tenu sur la matière le langage raisonnable qu'expose ma dépêche d'office d'aujourd'hui. Cependant cela ne diminue en rien la certitude que M. de Vergennes s'est permis à cette occasion des manœuvres louches et odieuses; l'échange de la Bavière était pour lui un é'pouvantail dont il voit avec plaisir éloigner l'aspect; mais la crainte que l'on y revienne un jour pourrait l'induire à des précautions ou à des erreurs politiques à l'égard desquelles il ne saurait être surveillé de trop près. Je tâche d'y porter toute l'attention de la Reine; Elle a sujet pour Elle-même autant que par rapport au ser-

'" Mardi 3i janvier.

6 JOSEPH II l MERGY.

vice de son auguste frère d'être très mécontente de M. de Vergennes. Il a su caj)tiver les alentours favoris et s'en former un rempart derrière lequel il se croit en sûreté. Le peu de suite que la Reine met aux objets qui L'affectent le plus ne permet guère de calculer longtemps d'avance les événements de ce pays-ci, mais il reste constant que la Reine est en mesure de pouvoir les diriger presque à volonté. Je Lui vois des moments d'humeur contre les ministres actuels, contre leur administration, qui, ajuste titre, donne lieu aux plaintes et aux critiques les plus amères du public, qui s'accoutume à une licence très fâcheuse pour le règne présent, où on n'aperçoit qu'une anarchie sans accord parmi les chefs des départements et sans aucun point de réunion.

Il me tarde d'apprendre que les arbres étrangers adressés à V. A. lui sont parvenus en bon état. Si l'hiver n'a pas été plus rude en Allemagno que dans ce pays-ci, la saison aura été merveilleusement favorable pour ce genre de transport.

La réponse de V. A. à M. le marquis de Noailles lui a été remise sur-le-champ. Cet ambassadeur annonce le projet de conserver son poste le plus longtemps qu'il le pourra, mais s'il devait survenir à cet égard quelque changement, il parait que le comte de Saint-Priest serait le sujet qui conviendrait le mieux à notre cour, particulièrement dans tout ce qui a trait à la Russie et à la Porte Ottomane.

Vienne, ce iSfcrricr iy86. — Mon cher comte de Mercy, j'ai reçu par le dernier courrier vos deux lettres du 3 1 janvier. Je suis charmé de m'être trompé dans la combinaison que j'avais faite du mot de tracasseries contenu dans la lettre de la Reine, et que j'avais pris |)our une signification morale, tandis que cela regardait son physique. Quoique je croie ce dernier facile à guérir, ses incommodités ne me plaisent pourtant pas, de pareils dérangements ne devant point exister à son âge; je me llatte cependant qu'une grossesse se déclarera dans j)eu.

On ne saurait plus douter de la mauvaise volonté de M. de Ver-

gennes. Si la Reine avait toujours suivi à temps vos avis, elle se serait préparé d'avance les moyens de ne se laisser manquer impunément et on aurait eu grand soin d'éviter tout ce qui aurait pu lui déplaire; mais on lui a fait émousser son crédit dans les petites occasions et sa considération a souvent été commise par l'avidité de ses alentours, en même temps qu'on a trouvé moyen de l'éloigner des grands objets. Le maudit besoin de s'amuser et de tuer le temps, quand on ne trouve pas en soi-même des ressources à s'occuper, rend la Reine esclave de sa favorite et de sa soi-disant société , car, pour peu qu'elle se refuse à leurs désirs, ils savent bien s'en venger par l'ennui, l'uniformité et la tristesse qu'ils lui font éprouver, et par ce moyen, ils l'engagent à plusieurs démarches qu'elle-même trouve déraisonnables et outrées.

Dans ce moment la politique n'offre rien à commettre à vos soins, sinon que les Hollandais paraissent vouloir traîner avec l'accomplissement des différents objets réglés par le dernier traité de paix. II est généralement à craindre que, si la France ne leur parle un peu vertement, nous aurons mille chicanes à essuyer de leur part.

Quant à la Ligue germanique, on n'avait jamais lieu de s'attendre à un bon procédé de la part de la France. Il paraît qu'elle a pris pour système de contrecarrer l'Empereur et la maison d'Autriche en tout ce qui regarde l'Empire, et elle nous y a fait éprouver des contradictions même dans le temps où les liaisons entre les deux cours paraissaient être les plus étroites. A quoi il faut ajouter que les missions dans les petites cours d'Allemagne servant de coups d'essai auxjeunes gens qui se vouent à la carrière politique, l'envie de se rendre importants et d'avoir l'air de négocier influe beaucoup dans la mauvaise grâce qu'ils y mettent. Pour moi, je suis bien décidé à envisager ce mal très patiemment, étant persuadé que moins on agira de ma part en Empire et que moins on s'efforcera à dessiller les yeux à ces petits princes, plus on effectuera à mon avantage. Car enfin le délire occasionné par le mensonge et la déraison ne peut subsister qu'un certain temps.

J'ai d'abord regardé le voyage de mon frère à Paris, surtout accompagné de son épouse, comme sujet à des inconvénients; mais il m'est impossible, quelque envie que j'en aie, d'arranger les choses de façon que mon frère y aille seul. Je connais tro|) l'envie de l'archiduchesse de faire briller son esprit et son bon ton à Paris, jointe à l'influence pré-

pondérante de ses volontés sur les actions de mon frère, pour croire qu'elle trouverait jamais bon qu'il y allât seul; par conséquent, il n'osera le faire.

Je lui écrirai cependant derechef et lui recommanderai principalement de se régler en tout et pour tout d'après les désirs de la Reine.

Adieu, mon cher Comte, je vous renouvelle toujours avec plaisir les assurances de l'estime et de l'amitié avec lesquelles je suis

Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe à la Reine '".

Paris, le i o mars ij86. — Les très gracieux ordres de V. M. I., datés du 18 de février, m'ont été remis le 1" de ce mois par le garde-noble qui en était chargé, et la lettre adressée à la Reine Lui a été présentée le lendemain. La grossesse de cette illustre princesse est maintenant hors de doute, mais il en existe encore sur le temps de ses couches. Le calcul le plus probable les assigne pour la fin de juillet; en attendant, les petites incommodités de la Reine ont disparu et Elle jouit de la meilleure santé possible.

Monseigneur l'archiduc Ferdinand, en daignant me mander son projet de voyage en France dans le courant du mois de mai, m'a ordonné de lui exposer à ce sujet mes faibles idées, que je Lui ai soumises après les -avoir combinées avec les convenances de la Reine et de l'état oii Elle se trouve. Conséquemment, j'ai observé à S. A. R. que son auguste sœur, prévoyant d'accoucher au mois de juillet, s'était dès à présent décidée à aller s'établir le 1 0 de juin à Trianon pour y rester jusqu'au moment de ses couches dans une sorte de retraite; que, d'après ce plan, il semblerait que l'époque la mieux choisie pour l'arrivée de Monseigneur rArchiduc et de Madame l'Archiduchesse serait la moitié du mois de mai, pourvu toutefois que LL. AA. RR. trouvassent suffisant l'espace entre cette date et le 10 de juin pour le séjour qu'Elles se proposent de faire ici. Il est vrai que trois semaines ou un mois sont un terme un peu court; la Reine voudrail bien le

''' Celte ieltip manque.

prolonger par rapport à Monseigneur l'Archiduc, mais je ne Lui vois pas le même désir à l'égard de Madame l'Archiduchesse.

La stérilité des nouvelles et de toute circonstance intéressante dans ce pays-ci me cause le regret de devoir renvoyer le présent gardenoble avec des dépêches si stériles, qu'elles ne méritent pas d'être mises sous les veux de V. M. Les détails de l'intérieur ne me fournissent pas même de ressources, parce qu'il n'y a rien d'assez stable dans l'administration actuelle pour que l'on puisse porter un jugement certain sur ces opérations, non plus que sur les suites qui en résulteront dans l'avenir. Lorsque le gaspillage et la profusion absorbent le trésor royal, il s'élève un cri de misère et de terreur; alors le ministre de la finance emploie des moyens meurtriers, comme en dernier lieu celui de la refonte des monnaies d'or sous des proportions vicieuses, ou quelques créations de charges. Ces ressources momentanées suspendent les embarras et on passe avec une li'gèreté inconcevable de la détresse à la plus grande sécurité. Mais ce qui paraît de la dernière évidence, c'est que le gouvernement présent surpasse en désordre et en rapines celui du règne passé et qu'il est moralement impossible que cet état de choses subsiste longtemps sans qu'il s'ensuive quelque catastrophe, que le maintien de la paix ou quehjuc changement favorable de régime peuvent seuls prévenir. Quant à ce dernier moyen, rien n'annonce que l'on se dispose à en user et par une suite des remarques très fâcheuses, mais bien réelles dont V. M. daigne me faire mention, la Reine perd les avantages les plus essentiels de sa position, dont Elle ne tire qu'un médiocre parti. Il n'est point de jour oîi sa soi-disant société ne commette de nouvelles fautes. Il n'en échappe aucune à mes représentations; la Reine les écoute avec bonté, quelquefois même Elle y applaudit de manière à me faire espérer que le prestige ne tardera pas à s'évanouir. Je m'occupe particulièrement à démontrer qu'en marquant au comte de Vergennes une malveillance décidée, de laquelle il ne résulte aucun effet, la Reine compromet son crédit, inspire au ministre plus de sécurité et rend plus difficiles les moyens de lui en imposer; qu'enfln il est de la dernière prudence de prendre à son égard ou le parti de le déplacer ou celui de le contenir.

Mes moyens personnels ne peuvent atteindre qu'à ce dernier but, et sans me promettre du comte de Vergennes mieux pour l'avenir que

je n'en ai eu pour le passé, j'use envers lui de ménagements ou de fermeté selon les occurrences. Je ne parle plus des Hollandais et j'ai lieu de croire qu'il a renoncé à ses offices indiscrets en leur faveur; je réclamerai au contraire son intervention pour qu'il ne soit apporté ni retard, ni difficultés de la part de la République dans l'accomplissement des stipulations du traité, dont cette cour-ci a été médiatrice et garante. Les Etats généraux se sont mis en règle pour l'évacuation des forts sur l'Escaut; il s'agira bientôt du premier payement sur la somme convenue. Cet article ne pourra donner lieu à aucune chicane; peutêtre y en aura-t-ii sur la démarcation des limites, mais j'espère éviter que l'on se mêle ici de pareils détails.

Relativement à la Ligue germanique, le comte de Vergennes me tient toujours le même langage, tandis qu'il fait sans doute tenir à ses émissaires en Allemagne la même conduite louche qu'ils y ont toujours tenue. Je ne cesse de porter l'attention de la Reine sur cette manœuvre messéante; Elle en parle de temps en temps au Roi qui, par ses réponses, ne paraît pas avoir part à la mauvaise foi de son ministre et qui vraisemblablement en ignore même une partie des nuances.

Le procès du cardinal de Roban excite de grandes intrigues qui ont pour but de le sauver. Le comte de Vergennes et le garde des sceaux sont suspectés de le favoriser; mais le premier président'" du Parlement ne se prête pas à leurs vues. Une ancienne liaison avec ce magistrat m'a mis à même de le tenir dans la bonne voie et comme il importe au service de la Reine qu'il ne reste rien de louche clans la décision de cette étrange affaire, j'ai démontré au premier président que l'on cherchait à embrouiller la question par des incidents, en s'écartant toujours du point essentiel. A sa prière, j'ai rédigé mes idées en les concentrant dans quelques observations fort simples et les lui ai remises après en avoir rendu compte à la Reine pour que l'objet soit envisagé et suivi sous ce point de vue. Je crois devoir mettre aux pieds de V. M. ce petit écrit'-', parce qu'il déduit un fait qui a trait à son auguste sœur.

"' Le premier président du ParlemenI dant rintcrriiption causée par l'établis-

était alors le marquis Etienne -François sèment du Parlement Alanpoou de 1771

d'Alijjre, qui fut à la léte de la compa- à 177'!.

gnie pendant vingt ans, de la rentrée de <^' Cet écrit ne se trouve pas .nux ar-

l'année 17G8 à celle de 1788, sauf pen- cliives de Vienne.

Paris, le lo mars ijSG. — Monseigneur, la stérilité des nouvelles et de toutes circonstances intéressantes relativement ta ce pays-ci nie cause aujourd'hui le regret de devoir renvoyer le présent courrier avec des dépèches qui ne méritent certainement pas d'être mises sous les yeux de V. A. Je n'ai pas même la ressource des détails de l'intérieur, parce qu'au train de l'administration actuelle, l'instahilité de ses opérations ne permet pas que l'on puisse porter un jugement certain sur les effets qui peuvent en résulter pour l'avenir; dans les moments où le gaspillage et une profusion inouïe absorbent le trésor royal, il s'élève un cri de misère et de terreur; alors le contrôleur général a recours à des moyens meurtriers, comme en dernier lieu celui de la refonte des monnaies d'or sous des proportions vicieuses. Ces ressources momentanées suspendent les embarras et avec une inconcevable légèreté on passe de la plainte aux applaudissements, de la di'-tresse à la plus grande sécurité. Ce (pie l'on doit en conclure évidemment, c'est que le gouvernement présent surpasse en faiblesse, en désordre et en rapines celui du règne passé et qu'il est moralement impossible que cette anarchie subsiste longtemps, sans donner lieu à quelque catastrophe, que l'état de paLx et quelque changement favorable de régime peuvent seuls prévenir.

J'ai tâché de faire comprendre à la Reine la |)rofonde sagesse de ce que V. A. me fait l'honneur de me mander au sujet de M. de Vergennes'^' et de la conduite la plus raisonnable à tenir à son égard. La Reine, en montrant à ce ministre une malveillance décidée, l'accoutume presque à n'en pas craindre les suites. Je me suis toujours récrié contre cette méthode qui porte atteinte à la dignité d'une grande princesse, dont l'aniniadversion ne doit jamais se manifester sans qu'il en résulte des effets. Le crédit de la Reine s'étendrait peut-être jusqu'à o])érer

C Dans sa dépêche d'olTico, en langue allemande, du 19 février 1786, le prince do Kaunilz écrivait au comte de Mercy : Le jugement que porte V. Exe. sur la façon do penser et d'agir du comte de Vergennes dans l'affaire de la ligue prussienne n'est,

liélas! que trop bien fondé. Ses déclaralions prouvent plus que suffisamment que toutes nos objections ont été absolument sans effet ; il ne nous reste plus qu'à observer avec la plus soupçonneuse attention les démarches ultérieures de ce ministre,

le renvoi de M. de Vergennes, si Elle ('tait capable de suite et d'énergie dans ses projets, mais le défaut total de ces deux conditions rend son influence douteuse dans tous les objets qui exigent des mesures et du temps. Cette considération jointe à celle du peu qu'il y aurait à gagner au renvoi du ministre par les raisons que V. A. observe, rendent sans doute préférable le parti des ménagements, et sans Rendre de M. de Vergennes mieux pour l'avenir que je n'en ai éprou\i^)ar le passé, je me tiens vis-à-vis de lui dans une mesure qui le porte à me marquer des égards personnels, dont j'ai lieu d'être aussi content que je le suis peu de ses procédés en affaires.

Je suis charmé d'a[)prendre que V. A. a reçu en bon état les arbres et arbustes que j'ai eu l'honneur de lui envoyer. Si dans le courant do cette année je parviens à me procurer quelques plantes nouvelles, je m'empresserai de lui en faire hommage. Quant aux ouvrages littéraires, il en paraît bien rarement ici qui soient de nature à mériter attention, mais tout ce que je pourrai découvrir d'intéressant, j'aurai grand soin de l'adresser à V. A.

Vienne, ce i" avril 1^86. — Mon cher comte de Mercy, j'ai reçu par le dernier courrier votre lettre du lo mars. Ce que vous me dites au sujet de la Reine est parfaitement conforme au ])oint de vue sous lequel j'ai toujours envisagé sa position. Je crains bien qu'elle se repente un jour d'avoir connu trop tard les avantages qui lui auront échappé des mains. Elle m'a écrit par celte même occasion , et en me donnant part de sa grossesse, elle me témoigna d'en être fâchée, croyant d'avoir assez d'enfants, ce qui m'engage à me r('crier beaucoup sur ce propos dans la lettre ci-jointe que vous aurez soin de lui remettre'". Je lui fais entrevoir les conséquences fâcheuses d'une pareille conduite, si elle voulait jamais, soit par commodité ou par ménagement se séparer du Roi, pour n'avoir plus d'enfants. Les suites influeraient trop sur le bonheur de la Reine pour être regardées avec indif-

f Cette lettre manque.

fércnce, ce dont le règne de Louis XV a fourni assez d'exemples. Celle idée me fait naître d'autant plus d'inqui(''fude, que c'est actuellement la mode parmi les jeunes femmes qui croient être du bon ton de se séparer de leurs époux et d'avoir satisfait à leurs devoirs en devenant mères d'un ou de deux enfants.

Mon frère F^dinand m'a écrit qu'il comptait passer la semaine sainte à StrasliPrrg et se rendre de là chez l'Electeur '" à Bonn où il attendra la commodité de la Reine poui- aller à Paris. 11 m'a été ijnpossible de répondre au désir de la Reine en trouvant un moyen pour y faire aller mon frère sans être accompagné de Madame l'Archiduchesse. C'est elle qui est l'auteur de ce voyage qui flatte trop son amour-propre en lui fournissant l'occasion de briller à Paris. Mais je ne doute pas qu'aidés de vos bons conseils ils ne se conforment en tout à ce que la Reine désirera, en observant un exact incognito, au moyen duquel ils ne seront point dans le cas de la compromettre pour des objets d'étiquette.

Quant aux affaires politiques, il y a chez moi la même stérilité que vous me témoignez exister chez vous. Tout se réduit aux soins du roi de Prusse à répandre sans cesse des contes dont les petites cours d'Allemagne, surtout celle de Dresde, et le roi de Sardaigne deviennent les échos. La mauvaise volonté et la fausseté du comte de Vergennes me sont suflisanmient connues à cet égard.

Je suis continuellement sollicité de la part de la Russie et de l'Angleterre, qui cherchent à me détourner de mon alliance avec la France. Il n'y a sortes d'insinuations et de mensonges, tant par rapport au roi de Suède qu'à l'égard du roi de Prusse et de la Porte, qu'on ne mette en jeu pour faire réussir leurs desseins. Je vois bien qu'il existe toujours en Russie un grand penchant pour des liaisons avec l'Angleterre et que la France ] est en très mauvaise odeur. Mais je ne me laisse point induire en erreur et je resterai, autant qu'il sera humainement possible, constamment attaché à mes liens avec la France, étant très convaincu de leurs avantages.

Je vous joins ici, mon cher Comte, une petite caisse à l'adresse de

"' Il s'ajjil ici (le rélecleiir de Cologne rarclievpque-électeur de Coloijne et évêque

rarcjiiduc iMaximilien-Fiançois, le dernier de Munster, auquel il avait succédé sur ces

des nombreux entaiils de Marie-Thérèse, il deux sièges le i5 avril 178^1. avait été élu, en août 1780, coadjuteur de

la Reine, qui contient des partitions de musique qu'elle m'a demandées et que je vous prie de lui remettre.

Le sieur Linguet'^' a été quelque temps ici et je vous avoue que,

f) Ce célèbre avocat et pamphlétaire, après un séjour à la Bastille de 1780 à 1783, avait quitté la France, et lors des débats soulevés parla question de l'Escaut, il avait pris vivement parti pour Joseph 11, qui l'appela à Vienne.

Le h février 1786 le prince de Kaunitz écrivait à l'Empereur :

«J'ai vu M. Linguet parce qu'ila demandé à me voif et parce qu'il m'a paru possible qu'il me dirait peut-être quelque chose qui pourrait mériter d'être rapporté à V. M., mais en même temps dans l'ignorance de ce qu'il pouvait avoir eu llionneur de lui dire et de ce qu'elle pouvait avoir trouvé bon de lui répondre, j'ai jugé convenable de ne pas lui fournir par mes propos l'accasion de me parler, ni de ses vues, ni des intentions quelconques et c'est aussi ce qui est arrivé. J'ai cru devoir en informer V. Jl. parce que rien est souvent beaucoup et au demeurant cet homme m'a paru un de ces gens de lettres qu'à bon compte il vaut mieux avoir pour amis que pour ennemis, quant à présent ainsi que vis-à-vis de la postérité. 51

Bientôt Linguet sut se concilier la faveur de l'Empereur et du Chancelier, comme l'indiquent ces deux lettres du prince de Kaunitz au comte de Belgiojoso.

Vienne, i5 mars 17S6. — tfS. M. pour donner à M. Linguet une marque de sa royale satisfaction de l'attachement et du zèle qu'il a montrés encore pour ses intérêts pendant les dernières querelles que nous avons eues avec la République de Hollande, vient de lui accorder gratuitement des lettres de naturalité et de noblesse pour les Pays-Bas, au moyen de quoi il y aura un domicile avoué, ainsi qu'il a désiré depuis longtemps, et pour le mettre à l'abri des tracasseries de la magistratme en France, qui l'empêcheraient pour le moins d'y aller pour arranger ses affaires. Voire E.\cellence

voudra bien se concerter avec M. le comte de llercy sur les démarches à faire à ce sujet vis-à-vis de Al. Je comte de Vergennes.

tr Après que du su de ce ministre Linguet a défendu avec autant de force que de chaleur notre cause vis-à-vis de la Hollande , on ne saurait raisonnablement trouver mauvais en France qu'on lui ait accordé chez nous nu domicile avoué et honorable et d'ailleurs, ainsi que V. Exe. l'a également observé dans une de ses letties, le ministère de Versailles doit être bien aise que Linguet se fixe plutôt à Bruxelles qu'à Londres, où il ne peut être surveillé en aucune manière.

«Mais, comme à présent nous devenons en quelque façon responsables de sa conduite, il faut sans doute prendie des mesures pour qu'il ne retombe plus dans ses anciens écarts et je m'en rapporte là-dessus à ce que V. Exe. jugera le plus convenable, n

Vienne , ai) mars i ■jS 6. — k Étant à présent sur son départ, Al. de Linguet m'a prié de faire passer à M. l'ambassadeur [comte de Mercy] la lettre ci-joinle, par laquelle il lui remet une rci[uête à présenter au Roi, si M. le comte de Mercy le juge à propos. Il y demande également que les tribunaux reçoivent l'ordre de lui rendre justice et pour l'infornialion particulière de M. l'Ambassadeur il lui communique la requête au Roi imprimée que V. Exe. lui a conseillé de supprimer et dont en effet il ne doit pas être question de faire quelque usage. Je prie V. Exe. de vouloir bien envoyer par le premier courrier mensuel on par quelque auti'e occasion la lettre de Linguet à M. le comte de Mercy et de lui faire part des obseivations dont vous pourriez la trouver susceptible. Du reste M. de Linguet avait demandé un privilège pour pouvoir seul réimprimer et distribuer toutes les feuilles ou ouvrages périodiques étrangers, mais comme pour soutenir un pareil privilège, il

in-

(|uoiqa'il m'ait fort sollicité, je n'ai pu me résoudre à le prendre i médiatemenf à mon service, et cela en considération pour la cour de France ou pour mieux dire par ménagement pour M. de Vergennes. Mais je ne serais pas moins charmé si vous pouviez lui faire rendre justice vis-à-vis de ses créanciers.

Adieu, mon cher Comte; c'est toujours avec plaisir que je vous assure de l'estime et de l'amitié avec lesquelles je suis . . .

Le i" ami ij86. — Linguet a imploré la protection de l'Empereur en faveur de ses affaires personnelles en France et connue je suis parvenu à l'engager de se borner à ne demander au Roi que ce que vous verrez dans le placel qu'il a l'honneur de vous adresser par une lettre que Belgiojoso vous fera parvenir vraisemblablement par ce courrier'", l'Empereur m'a permis de vous autoriser, mon cher Comte, à en appuyer le contenu de vos bons offices de sa part, ce que Linguet demande lui paraissant être de nature à ne pouvoir se refuser à personne et par consé([uent de la catégorie de ces choses que l'on peut appuyer de -ses bons offices sans difficulté. Moyennant cela, non seulement je vous y autorise au nom de l'Empereur, mais je vous prie même en mon nom parliculier de faire en sorte, s'il est possible, que ce pauvre homme tire au moins pied ou aile de foutes ses prétentions, chose qui ne sera pas dillicde. ce me semble, si M. le comte de Vergennes voulait bien s'euiploN er à engager les différents débiteurs de Linguet à s'accommoder avec lui. pour éviter des procès odieux et que je voudrais bien qu'ils n'eussent pas lieu, parce que je crains des vivacités et des imprudences de la part de Linguet, loin de moi, au lieu qu'avec la confiance qu'il a prise en moi, j'ose presque répondre qu'il n'en ferait plus aucune, SI j'étais toujours à côté de lui: |)arce que je l'ai trouvé au fond un

aurail fallu faire des indagations odieuses poiii- s'assLij-er que des parliculiei-s ne fasseul venirdirocteinent ces feuilles sousleurs adresses, celte demande lui a été refusée; mais s'il proposait quelque autre établisse-

ment, sans privilège et d'espèce à ne pouvoir nous atlirer de l'euibarrus, je suis persuadé qu'alors V. Exe. voudra bien le protéger dans ses vues à cet égard.»

(0 Voir la note précédente.

bon homme et capable d'entendre raison; mais en même temps un homme qui a beaucoup d'esprit, logé dans une mauvaise tète, et qui aurait continuellement besoin des conseils d'un homme comme moi. En un mot, je vous avoue que par tout ce qui lui est arrivé de fâcheux depuis nombre d'années, il m'a fait pitié; que je voudrais fort pouvoir lui être utile et que par conséquent je vous serai bien obligé de ce que vous pourrez faire pour lui. Vous trouverez sans doute, comme moi, sa diatribe imprimée au Roi, qu'il m'a promis de devoir être éternellement supprimée, le comble de la folie d'une tête échaulTée. Il voulait même dans cette occasion l'envoyer directement à M. de Vergennes accompagnée d'une lettre pas moins extravagante et pas moins impertinente que le mémoire imprimé même. Mais je suis parvenu à lui faire abandonner toutes ces fobes et de le réduire à la simplicité du placet qu'il vous adresse pour le Roi et que j'ai bien voulu prendre la peine de lui faire moi-même, pour cpi'il fût tel qu'il devait être. Je suppose qu'il en a copié fidèlement la minute, mais pour en être bien certain, je vous prie de m'en envoyer une copie, afin que je voie si l'original y est parfaitement conforme. S'il convient ou s'il ne convient point d'engager la Reine à s'intéresser en sa faveur, je l'abandonne purement et simplement à votre sagesse.

Paris, le 18 avril i'^ 86. — Le garde-noble mensuel m'ayant remis le 1 3 de ce mois les très gracieux ordres de V. M. datés du i'\ je n'ai pas tardé à aller présenter à la Reine la lettre et la caisse qui Lui étaient adressées. Par zèle pour cette auguste princesse je suis très aise qu'EUe ait mis V. M. dans le cas de Lui faire des remarques sérieuses sur les petits dégoûts d'une grossesse et sur le danger de se conduire d'après des idées semblables. Dans le fond ce ne sont de la part de la Reine que des mouvements d'impatience momentanés, auxquels Elle est fort éloignée de se livrer de suite; Elle a daigné s'en expli(|uer souvent vis-à-vis de moi d'une manière à ne laisser aucun doute, qu'Elle sait apprécier les avantages d'une union intime avec le Roi et les conséquences funestes d'un système contraire. Je voudrais

(lue la Reine fût également persuadée sur un point non moins important, qui est celui de l'usage raisonnable et utile à faire de son crédit. Quoiqu'il y ait beaucou[) à désirer sur ce chapitre, il est cependant, certain que jusqu'à j)résent la Reine a constamment plus gagné que perdu du côté des moyens de faire valoir son iniluence quand Elle voudra la mettre en action.

Tout est arrangé relativement au voyage de Monseigneur l'Archiduc Ferdinand, qui se propose d'être ici le i i de mai et d'y rester jusqu'au 10 de juin. La Reine se rendra à Paris le jour où LL. AA. RR. y arriveront; Elle les verra au château des Tuileries et concertera avec Elles ce qui conviendra pour leur déjnit à Versailles et pour le courant de leur séjour, soit à Versailles, soit dans la capitale. Il n'y aura d'ailleurs aucun embarras d'étiquelte à prévoir, parce que Madame l'Archiduchesse étant proche parente de Madame la princesse de Conti, et déjà en connaissance avec Madame la duchesse d'Orléans '", ces deux princesses se sont décidées à aller voir Madame l'Archiduchesse à l'instant où Elle arrivera.

Relativement aux objets politiques, je n'ai dans ce présent et très humble rapport rien à ajouter au |)eu de remarques que présente ma dépêche d'olfice. l\ n'y a aucun doute que sous des apparences de tranquillité le comte de Vergennes ne couve de l'impiiétude sur les événements qu'il supposera pouvoir naître de la fin du roi de Prusse, que l'on regarde ici comme fort prochaine. Ce sera un moment où la conduite tortueuse du ministère de Versailles méritera d'être surveillée de près et j'y porterai l'attention la plus suivie. J'ai supplié la Reine de vouloir bien avoir les yeux ouverts sur ce qu'une conjoncture semblable [)ourra [)roduire, afin que défausses combinaisons n'induisent pas ici à de plus fausses démarches et telles enfin ([u'elles pourraient nécessiter V. M. à prendre un parti tout différent de celui que par modération et par pcncliaiil pour son allié Elle a adopté jusqu'à présent. Connue rien n'affecte davantage la Reine, que l'idée d'un chan-

''* Dans un voyage en UrUo, la duchesse (l'Orléans, alors nommée duchesse de Charircs, avail fail une courte visite au duc François III de Modène; c'est là ([u'cjle avait connu l'archiduchesse Alarie- ISéalrice (|iri avait fait sur elle une exccllfiile impression. M"" do Genlis, qui acconipa-

[;nait la duchesse dans ce voyage, dont elle nous a laissé une curieuse relation dans ses Mémoires, dit que l'archiduchi'sse était une «princesse distinguée par sou caractère et sou éducation n. Méiiuiires (k M"" (le (!eiilis,viUlion de i8^.j, I. 111, p. 37.

IHI-IllUEME ITdtlOKALE.

gcimiit iMissibIr (hins le système présent, je tâche d'exciter .-^n survrillance en faisant usnjjc de ce que V. M. daijjne me mari|aer sur les .movi'us (lue Lui fourniraient la Unssii; et l'Angleterre de se passer de la France et de la mettre dans tous les embarras ([u'elle pourrait fort bien s'attirer.

J'ai fait valoir avec succès la haute protection que V. M. daigne accorder au célèbre Lingnel. Le comte de Vergennes. (|ui lui en vent depuis longtemps, n'a ci'pendant pas résisté aux demandes que j'avais ordre de faire et, si Lingnct ) met de la sagesse, il pourra terminer avantageusement ses afTaires dans ce pays-ci.

La santé de Monsieur h' Daiqjliin a donné et donne encore de lem[)s en temps quelque incpilétude : ce jeune prince a des accès de lièvre qui reviennent souvent. Cela est attribué au tenris de la croissance et les médecins assurent qu'il n'existe pas le moindre danger. Je suis avec la [)!us profonde soumission. . .

MEIiCY V kALMTZ.

Pini.s, le iS tirril ij86. — Monseigneur, j'ai n'm|)li avec ([uelque hésitation les ordres dont V. A. m'a honoré par sa lellrr du i" de ce mois au sujet de .M. Lingnet. Il ne fallait pas moins tpie tout le poids de voire protection, Monseigneur, pour ramener M. de Vergennes sur le compte de l'écrivain en question, auijuel il en veut depuis longienq)S, et qui par ses difi'érentes productions l'a souvent contrarié d'une manière à n'être pas facilement oubliée. Si M. Lingin-l y met de la sagesse, je crois cpi'il tirera (piebpie parti de ses prétejitions dans ce pays-ci et, (piand il aura les sûretés nécessaires pour y venir, je tâcherai de lui l'ire utile en raison des bonh's dont V. A. daigne l'honorer.

\'A\ matières politi(pirs je n'ai rien à ajouter au ctmlenu de ma dépèche d'oflice d'aujourd'hui. Il est hors de doute que, sous l'apparence t\f la lraiiqiiillit(', M. de Vergennes n'est pas sans itKpiic-tude sur les l'Vc'ncmenls (pTil supposera pouvon' naître de la mort du roi de Prusse (pie l'on envisage ici comme très prochaine; ce sera un moment où la conduite suspecte du ministère de Versailles méritera d'être surveillée (le pii's et i \ poilejMi laltenlion la plus scrupuleuse. J'ai suppli('' la

18 AVUII. 178G. 19

Ri'liio d'avoir les yeux ouverts sur ce qu'une conjoncture semblable pourra produire, afin (|ue de fausses combinaisous n'induisent point ici à des démarches d'une nature à aggraver les torts cjuc l'on s'est donnés en tant d'occasions vis-à-vis de notre cour. Rien n'affecte plus la Reine que l'idée d'un changement possible dans le système présent, et Elle nie donne par là un moyen d'exciter sa surveillance.

Je dois me borner aujourd'hui à cette seule remarque et j'ai l'honneur d'être, etc.

P. S. Je joins ici la copie que V. A. m'a demandée du mémoire de M. Linguet au Roi.

J'ai dans les Pays-Bas des |)arents d'une origine illustre, mais qui se trouvent dans un état fort [)auvre. La maison d'Arschot est dans ce cas-là et je n'ai pu me refuser à la demande qu'elle m'a faite de réclamer les bontés et la protection de V. A. en faveur d'une jeune comtesse d'Arschot, dont je joins ici le baplislaire et qui désirerait obtenir une prébende de chanoinesse à Anderuy ; si ma [)arent(' éprouve cette grâce, ce sera un bienfait de plus que V. A. aura daigné ajouter à tous ceux dont Elle n'a cessé de me combler.

Vienne, le 6 mai ij86. — Mon cher comte de Mercy, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite par le dernier courrier mensuel. Je sens parfaitement vos raisons et combien il serait à désirer que ma sœur voulût emploNcr avec suite les moyens de son crédit, mais le malheureux tourbillon de plaisirs ou pour mieux dire d'ennuis qu'elle craint d'éprouver de ses alentours, fait qu'elle préfère d'user son influence dans dos petites grâces particulières, au lieu do s'en servir dans des occasions majeures et importantes qui exigeraient plus d'attention. Je ne lui en parle point dans ma lettre ci-jointe que vous voudrez lui remettre'", car malgré son amitié et la justice qu'elle rend à mes conseils, je vois par ses réponses que de pareilles semonces ne lui sont pas agréables. Je m'en abstiens d'autant plus que par cette raison elles cessent de lui être utiles.

>'' Celte lettre manque.

Je ne [)révois pas quo la nioit du roi de Prusse puisse opérer en France un clianfjenient avantageux à notre égard. Le prince héréditaire '" suivra proI)abli'n)ent les traces de son oncle et sera conseillé ])ar M. de Ilerlzbcrg '-' en qui il a toute confiance, de même qu'il sera dirigé par le prince Henri'''', le duc de Brunswick'*' et le général MoellendorfT'^' dans la partie militaire. En mettant moins de mensonges, moins de noirceurs dans ses insinuations et démarches, joint à l'avantage d'être un débutant auquel on trouve toujours du merveilleux, il ne sera pas un ennemi moins dangereux.

Vous aurez actuellement mon frère et ma belle-so'ur à Paris. Je désire bien que tout s'arrange à la satisfaction comnmne et en vous joignant ici une lettre pour lui, je vous prie d'être persuadé des sentiments d'estime et d'amitié avec lesquels je suis. . .

''' Frétléric-Guillaunifi ôlait lo fils aîné du prince Angusle-Giiillniime, fièie de Krédéic II. Hélait né à Berlin, le «5 seplonibre l'/liti el il succéda à sou oncle le I 7 août 1786.

'^) Le comte Ewald-Frédéric de Hcrlzbcrg, né le 3 septembre lyaS et entré au service prussien en 17 '17. avec le titre de conseiller de lé;;ation, ét;iit arrivé en peu de leni|)S à une situation iniportanle; il avait été nommé minisire d'Etat le g avii! 17()3 et dès lors, en qualité d'adjoint au comte de Finkenstein, il avait été l'un des jirincipaux agents employés par Frédéric le Grand dans la direclinn des alîaires extérii'urvsdela Prusse. Depuispliisieuis années déjà lIorIzLerg s'était attaché an prince liiTéditaife, auquel il adressait souvent dos liitli'es et des notes iniporlantes jinur ie mettre au courant des alîaires etcelte liaison bien connue désignait llertzberg comme le ministre dirigeant du futur roi.

W Voir la note 1 de la page a 86 de notre premier volume.

'*) Cbarles-Guillaume-Ferdinaml duc de lirunswick-Lunebourg, né à Wollenliuttol le t) octobre 173Ô, s'était fort disliiigué dans la guerre de Sept ans, .sous les ordres de son oncle le duc Ferdinand de BrunsHiik.

En 1780 il avait succédé à son ]ière dans le gouvernement du ducbé. Neveu de Frédéric II, il avait toute la conGance de son oncle et il était aussi très lié avec son cousin le prince héréditaire de Prusse. Ce fut lui qui dirigr>a l'armée d'invasion en France dans la campagne de 17(|î!.

'*' Le général Richard de MoellendorlV, né le 7 janvier 1 7-1 A , était alors gouverneur de Berlin et l'un des familiers du prince béréditiiii-e. iVommé feld-marécbal en 179.3, il mourut en 1816. La Fayette, qui l'amiée précédente avait fait en Allemagne un long voyage, en envoya le 8 février 1786 au général Washington une relation, qui esta comparer avec cette lettre de l'Enqjereur. 11 Y ditait notamment: rrJ'ai fait à Brunswick connaissance avec le duc, autrefois io fameux prince héréditaire, qui passe pour réunir au plus haut degré la science militaire et la confiance de l'armée prussienne dans laquelle, quoique prince souverain, il sert comme général. Aucun officier à Berlin ne m'a paru aussi digne d'attention que le général MoellendorlT, dont sûrement le nom vous est connu. -1 Mniwires , currcspantUmce cl viannscrils du griiéral La F(ii/f(/c, publiés par sa famille, l'aris, 18^7, in-8 , t. II, p. i3i.

Vienne, h 5 mai iy86. — Je vous suis bien redevable, mon bon ami, des bontés qu'à ma considération vous vous proposez d'avoir pour Linguel. Je lui ai bien recommandé d'être sage et s'il ne l'est pas, ce sera tant pis pour lui. Il n'est pas étonnant, au reste, ([ue M. de Vergennes ait une dent contre lui, car réellement il lui a dit et lui a fait des impertinences atroces; mais j'espère que cela n'arrivera plus, et comme cela sera d'autant moins à appréhender, lorsqu'il n'aura plus rien à réclamer et à demander en France, je souhaite qu'il puisse tirer pied ou aile des gens de ce pays-là, sur lesquels il croit avoir des prétentions fondées et selon lui-même incontestables.

Quant à monsieur Frédéric, ce qu'il y a de certain, c'est que personne ne sait au vrai son état, pas même à Berlin; et je vous avoue que, quant à moi, comme l'on sait toujours bien mieux ce que l'on a que ce que l'on aura, je lui souhaite certainement bien plus longue vie, que ne lui en souhaite son successeur, qui semble ne pas pouvoir attendre le moment de s'en voir débarrassé. S'il vient à manquer, à des coquetteries je m'y attends, mais je pense qu'il n'y aura que cela, parce qu'il est impossible qu'il y ait plus que cela, à moins que la tête ne tourne à tous les gens du pays où vous êtes, en commençant par le maître; et il est par cette raison d'autant plus maladroit à mon avis de se conduire de façon à se faire soupçonner de ce qu'il est impossible que l'on [)uisse sérieusement avoir intention de faire. Quant à la saloperie du cardinal, quoi qu'il en arrive, pour tout à fait nette, je vous avoue que je ne saurais me |)ersuader qu'elle le soit. Heureusement peu importe et moyennant cela on peut attendre tranquillement le dénouement.

Vous ne doutez pas sans doute que je ne m'em[)loie en faveur de M''" d'Arschot avec toute la chaleur de mon amitié pour vous, et j'ai tout lieu de croire que les sentiments dont vous honore l'Empereur ne me feront pas rencontrer de diHicnl[(''s. Il est essentiel, comme vous le savez, que M"° d'Arschot présente une requête à l'Empereur par le canal du Gouvernement '".

''' Le gouvernement général des l'ays-Bas, dont le siège était à Bruxelles.

MKRCY À JOSEPH II.

Mettez-moi (|uelc|ucfois aux pieds de ht Reine et aimez toujours un peu , etc . . .

l'i. — MERCY A JOSEPH II.

Paris, 28 mai i-jSd. — A la réception des très gracieux ordres de V. iM. I. datés du (J de re mois, je n'ai pas tardé à aller présenter les lettres adressées à la Reine ainsi qu'à Monseigneur rareliidiir Ferdinand. S. A. R. était arrivée le 1 1 ; l'entrevue avec la Reine aux Tuileries, la première connaissance faite le lendemain à Versailles avec le Roi et la famille royale, avaient eu lieu de la manière convenue et réciproquement très satisfaisante. Leurs Altesses Royales se montrent en tout point d'une façon propre à s'attirer les suflVages et les hommages; Elles n'ouhlient rien de ce qui peut faire de l'effet sur une nalion (|ue V. M. connaît si bien, particulièrement Madame l'Archiduchesse \ a|)porle une attention et des movens qui ne peuvent manquer de réussir. LL. AA. RR. voient tous les objets intéressants. Elles vont chez les particuliers, n'acceptent nulle part ni repas ni fêtes; il n'y en aura pas même à Versailles; mais pour ne pas empiéter sur des détails plus précis et directs que V. M. recevra soit par la Reine, soit par son auguste frère, je me bornerai à annoncer d'avance avec certitutle (pie le séjour de LL. AA. RR., fixé jusqu'au 10 ou i5 de juin, n'aura rien ([ue de parfaitement agréable pour Elles, |)our la Reine, pour la cour et pour le publie.

IjCs objets politi(pies continui'nl à être fort stériles. J'ai dans ce moment à surveiller cpielques inliij;anls dont les principaux sont le baron de Ilofenfels'". ministre du duc des Deux-Ponts, et le rhingrave, émissaire hollandais '-'. J(> présume que leurs missions pourront donner

■ ') (;liristi<in-Simon, bâton lic lldloiirpls, né le a.') diToinhre i 7?i'i , l'Iait fils criin pasleur il'iiii villiijje (In iIucIk' ili>s Dunx-I'onls. Il avait olilcnn île bonne lienre toute la confiance (le son souverain, (|ni lui avait confi(? la dirertiondes alTaircs extérieures du duché et il devait son litre de baron de llofeufels à l'emporenr Joseph II, qui le lui avait donné on avril 1776 sans doule poui' le rendre lavorahle aux projets de la maison d'Autiiche sur la Bavière. Ilorenlels n'en

avail pas moins, en 1 77S, emplosé toute son iniluence pour le décider à s'opposer à la convenlion conclue entre le nouvel électeur de Iiavi(''ie et la cour de Vienne. 11 avait suivi la miînie ligne de conduite en 178'! -1785 lors des négociations pour rechange de la Bavière contre les l'ap-Bas. C'est ce (pii l'xpliijue la façon dont parle de lui le comte de Merry.

(-' Le liliinjjrave Krédéric de Salm-Kirburg était entré depuis peu au service des

23 MAI 178(i.

matière au comte de Vergennes à exercer ses petites manœuvres accoutumées. Celles qui auront pour but la cour des Deux-Ponts, méritent de préférence d'être observées. On se persuade que le roi de Prusse est très mal; quoique son ministre Golfz affirme le contraire, le comte de Vergennes sait à quoi s'en tenir; il a été inquiet des vues de V. M. dans le cas d'un événement qu'on ne doute pas devoir être très prochain. 11 me semble maintenant que l'on devient un peu plus tranquille; je sais d'ailleurs que le comte de Vergennes croit le prince Henri tellement brouillé avec le ministre Hertzberg, qu'il suppose leur accord impossible sous un nouveau règne. On prétend savoir aussi que le prince royal de Prusse se livre aux idées les plus absurdes de l'alchimie et du système de l'influence des puissances surnaturelles quand on possède l'art de les mettre en action. Ces notions, vraies ou fausses, trouvent croyance ici et pourraient peut-être un jour servir à quelques combinaisons utiles au service de V. M.

Relativement à la Reine je n'ai ri(>n à ajouter au contenu de mon précédent et très humble rapport. La santé de S. M. est bonne; celle de Monsieur le Dauphin est encore chancelante, mais pas de manière h causer des alarmes.

Par l'effet d'une confiance assez extraordinaire, je me suis procuré les pièces très humblement ci-jointes'", qui me paraissent mériter d'être

Provincns-Unies des l'ays-Bas après avoir eu à Paris dos avenluri'S sciiiidalenses, entre autres un duel célèl)re, qui avait donné matière à l'accuser de déloyauté et de lâcheté. ''' M. de Mercy no dit pas qui lui a fourni copie des pièces, si curieuses, qui suivent; mais il parait très probable qu'il les tenait du premier président, avec lequel il était eu relations pour cette affaire comme on l'a vu plus haut (p. lo). Ce projet d'arrêt ne difTèro que Tort peu dos conclusions données par le procureur générai et publiées par M. Campai'don (Manc-Aiiloiiiette ('( le procps du collier, Paris, Pion, t8fi3, in-S", p. 167-1 4g). 0" Y ''^marque surtout l'omission du premier parajjrapiie du cinquième article relatif au cardinal de Rolian. Dans ce paragi-apbe, lo procureur général disait que ttLouis-liené-Édouard do Robun serait tenu de déclarer en la cour et en la

présence du procureur général, la Grand- Cliandjre asseudjlée, que c'est témérairement qu'il s'est permis de croire à un rendez-vous nocturne, faux et supposé, sur la terrasse de Versailles^. Celte suppression avait sans doute été faite pour se confoi-uier au désir exprimé par la Reine dans nu billet à M. de Mercy, en date du i() mai 178(1 : rfJe ne vous dis rien sur la grande affaire [du collierj, le baron [de Breteuil] vous parlera de mes idées, surtout pour ne point parler de rendez-vous et de terrasse et il vous expliquera mes raisons. b (A. d'Arneth, Marie-Antoinette , Joseph II mid Le'opold II, p. lo'i).

jMalgré cette ressemblance nous iin- ])rinioiis ci-dessous le texte du projet coninuniiipié à iM. de Jlercy, parce qu'il nous parait nécessaire à l'inlelligence des observations qui le suivent.

mises sous les yeux de V. M. ; mais je dois observer que celui qui me ies a remises pourrai! être aisément deviné et se trouverait griève-

1° PROJET D'Annêi.

Condaiiiiie \\\\i'llo uiix galères à perpétuil'', préalablement i'oiiotté el mai-qné;

La ilaiiie de ia Alolhe à être enfermée à perpéliiilé à l'Hôpital, préalalilemonl fouellée el marquée;

Le sieur de ia Motlie conlumax, idem que Villetle;

Ordonne que dans quinzaine, à compter du joiu' de la signification du présent arrêt audit de Bolian, ledit de Rolian sora Icnu de déclarer en la cour, la (Irande Clianiliie assemblée, en prcsenio du procureur général du Roi :

Que témérairement, à l'insu et sans s'être assure par lui-même des intentions du Roi et de la Reine, il a entamé et suivi une négociation et consommé avec Boelinier et Rassenge le niarclié pour le collier ilo diamants (pii lui a été livré sur la loi de la vérité desdits approuvé et signature;

Que depuis que le collier lui a été livré, il a par des asseï tiens fausses et conlrouvées, continué à entretenir losdits Roehmer et Bassenge dans la confiance de ia vérité du marché et que même après, de son propre aveu, avoir constaté par des pièces do comparaison que les ajiprimvé el la .signature étaient faux, il a, par une suile de l'abus du nom de la Reine, fait à Roelimer el à Bassenge, un payement de 3o,ooo livres dont il s'est fait donner quittance au nom de la Reine;

Qu'il s'en repent et ([u'il demande pardon au Roi et à la Reine d'avoir eu la téniérilci de manquer au respect dû à leurs personnes sacrées ;

Fait défense audit de Ruban d'approcbor de tous les lieux où il y a maison royale el de tous autres dans lesquels le Roi et la Reine pourraient faire leur résidence;

Ordonne que dans ledit délai de quinzaine ledit de Rolian sera tenu de se demeure de l'élat et dignité de grand anniiV nier de Fi'ance dont il a |ilii au Roi de l'bonorer;

Condamne ledit de Rohan en

d'aumône applicable

Ordonne (pie ledit de Rohan gardera prison jusqu'à ce qu'il ail obéi el satisfait au présent arrêl ;

Jfet la fille Oliva hors de caLise;

Renvoie Caglioslro de l'accusation.

a OBSERTAIIOJiS.

commencement de

instrnca eu d'accusés (|ue le

Dans le lion et tant qu'il n'y cardinal de Rohan et la dame de la Mulhe, son mari, contumace, la demoiselle Oliva et le sieur Caglioslro, on a pu el on a dû croire que M. le cardinal serait condamné à une peine afflictive ou infamante. L'aulcur du faux était incertain; le marché, revêtu d'approuvés et de signatures faux, est écrit de la main du cardinal; il l'avait exhibé aux joaillie:s et sur la foi que le marché était revêlu d'approuvés et signatures vrais, le collier lui avait été livré; enfin le cardinal se Irouvait saisi du corps du délit. La déposition de Bossange établissait que le cardinal avait toujours parlé et agi comme ayant une mission directe de la Reine, qu'il avait n)''me,pour inspirer confiance aux joailliers, lu une lettre prétendue écrite par la Reine. On avait an procès un billet dicté par le cajdinal, duquel il résulte (|u'au moment où il n'a pu se dissimuler la fausseté des approuvés et de la signature cl que les payements ne s'effectuaient pas, il avait conçu le projet de substituer le sieur de Saint- James aux joailliers el de le déterminer à se chargci' du payement du ccdiier en le flallaiit d'obtenir la protection de la Reine. Cet écrit et les conséquences qui en résultent s'accordent paifaitement avec la déposition du sieur de Saint-James.

Tant que le procès est resté dans cet étal , la défense de M. le cardinal ne pouvait l'excuser. InutilemenI alléguait-il l'erreur cl la séduction; on lui répondait: l'erreur est invraisemblable, d'ailleurs elle n'est pas prouvée; la dame de la Molhe vous dément ;

ment compromis, si tôt ou tard on le dikoiivrait coiipabli:" (riino pareille coiiliilence. Ce n'est d'ailleurs encore qu'un projet rjui pourrait subir différentes variations.

la scène de la terrasse est fabuleuse; vous l'avez conl'ronléc, elleesl attesléepar la demoiselle Oliva, mais son lémoignage est aussi suspect que le votre. Mais depuis que le sieur de Villelle a été arrêté, il est constant: 1° qu'il est l'auteur du faux; 3" que la scène de la demoiselle Oliva est vraie; 3" que pour séduire le cardinal il a écrit sons la dictée de la dame de la Mothe dilTérentes lettres qu'elle a envoyées au cardinal comme écrites par la Reine.

Dès ce mouient la séduction, alléguée par le cardinal, peut paraître établie; s'il a été séduit, son délit n'est plus un faux, c'est une offense, un mancpie de respect aux personnes sacrées dn Roi et de la Reine, un abus monstrueux du nom de la Reine et d'une signature fausse de la Reine, qu'il a attestée véritable.

Ces considérations font penser qu'il est impossible d'aller jusqu'au blàmo et encore moins au baïuiisscmeut à perpéluilc, qui emporte mort civile et entraînerait la vacance des bénéfices consistoriaiix auxquels il a plu au Roi le nommer.

On a p.-^nsé que dans une allaire toute nouvelle, dont il n'y a point et dont il n'y aura jamais d'exemple, il fallait rendre un arrêt dont on ne trouve point d'exemple dans les registres et prononcer une peine appropriée au délit.

Il ne faut pas se dissimuler que l'arrêt, dont on propose le projet, est une amende bonoi-ablc, mitigée à la vérité, mais qui cependant contient une réparation de l'offense et du manque de respect à la majesté royale et qui d'ailleurs jette à toujours sur la personne du cardinal une note ineffaçable et le rend incapable de tous états, offices et dignités. Son évècbé cl les abbayes ne sont pas déclarés vacants; mais on ne peut croire que te cliapiiro de Strasbourg puisse tolérer à sa tète un évèque condamné par arrêt à une peine aussi grave. Ou ne se

borne point à ordonner la déclaration; on fait défense an cardinal d'approcher des maisons royales; c'est un bannissement limité; on lui ordonne de se démettre de l'office de grand auninnier; la peine la plus grave que l'on puisse iulligcr à un sujet est de lui interdire la vuedii Roi eld'approcher des lieux qu'il habite. Cette peine est encore plus grave quand elle est prononcée contre un sujet de la nais-iance du cardinal de Rohan et comblé des dignités dont il a plu an Roi de l'honorer.

On est instruit que l'avis du plus amplement informé pendant six mois avec liberté sera proposé. Il .serait dangereux que cet avis put passer. Onpeutle soutenir eu disant que la preuve contre l'accusé n'est pas complète, mais il ne sera jamais proposé dans la vue d'acquérir le complément de la preuve. H sera au contraire proposé dans la vue de faire prononcer en définitif la décharge de l'accusé. Et en effel, à l'expiration du plus amplement informé, si, comme il y a lieu de croire, il n'était survenu aucune preuve, on ne mampierait pas de dire: il n'est point survenu de preuves; on ne peut se flatter d'en acquérir, il n'est pas juste que l'accusé reste toujours dans les liens d'une procédure criminelle; il faut le décharger de l'accusation. Peutêtre même indiquerait-on dans le cours de six mois des témoins qui parleraient à la décharge de l'accusé et ce serait nue raison déplus pour le renvoyer de'l'accusalion.

Ceux qui proposeront le plus amiilement informé de six mois, n'auront évidemment d'autre but que de sauver l'accusé et ne pourront se llatler d'y parvenir dans l'état actuel et dans la crainte de révolter par une opini{in aussi irrégulière, ils prououceroiit une prononcialion qui en dr'finitif remplira leur objet et opérera six mois plus tard, mais d'une manière bien sûre, la ilécharge de l'accusé.

-20 MERGV A KAUNITZ.

Paris, le a3 mai ij86. — J'ai reçu |iar la poste ordinaire la lettre (ineV. A. m'a fait l'honneur de in'écrire le lo avril '", pour nie charger (le lui procurer une notice tli^taillée sur les différentes traductions des auteurs grecs et latins. Je m'occupe à rassembler des matériaux sur cet ()i)jet, dont l'étendue me laisse dans le doute si je parviendrai à me procurer des notions bien complètes. Elles exigent quel([ue temps, et deviendront un recueil volumineux; je vais y employer tous les soins et toute la célérité possibles.

Le courrier mensuel m'a ap[)orté la lettre dont V. A. m'honore du 5 de ce mois: je viens d'ohlenir tout ce que M. Linguet désirait pour 1(! moment, c'est-à-dire entière sûreté pour son retour à Paris, liberté de suivre ses affaires dans les tribunaux, et promesse de ne mettre nul obstacle à ce qu'il trouve des défenseurs pour les différents procès, le tout sous la condition unique que ledit Linguet s'abstiendra de toute attaque qui porlei'ait le caractère de personnalité et causerait par là des éclats scandaleux. Si cet écrivain célèbre veut et peut se modérer et agir prudemment, il tirera sans doute bon parti des circonstances, et il le devra entièrement à la protection de V. A. '^'.

1^L l'arcbiduc Ferdinand et M'' l'Archiduchesse sont ici depuis le ) i; ils ont lieu d'être contents de l'acrueil qu'ils \ éprouvent, et on l'est généralement de leur affabdit(' et de la manière avantageuse dont ils se moulienl. L'occupation de suivre LL. AA. RR. 'et de préparer tous les arrangements qui les concernent, me laisserait encore assez de loisir, s'il ne m'était pas enlevé par les formes fatigantes de ce pays-ci, qui m'attirent de toutes parts et chaque jour une nuée de lettres et de billets à la plupart desquels je ne pourrais me dispenser de l'épondre, sans choquer des personnages considérables. Cette distraction imj)ortune pourrait avoir influé sur la confection de mes dépêches d'aujourd'hui, mais j'espère n'v avoir rien omis d'essentiel.

'■' Celte lettre niiinqiie. — !-' Suivenlitinx ])aiaf;iii|ilies supprimés parro (|irils rcpèlenl ce qui se trouve dans la lettre de M. de Morcy à l'Empereur.

Laxmhourg, ce. lo juin iy86. — Mon cher comte Mercy, je vous suis très obligé de la lettre que vous venez de m'ëcrire par le courrier, et des détails que vous m'avez envoyés à cette occasion au sujet du cardinal de Rohan. Je ne les ai communiqués à personne |)our ne point compromettre le canal où vous les avez puisés. Mais il est singulier que dix ou douze jours avant le jugement l'on soit déjà convenu de la sentence à porter, delà fait voir que ia justice même se traite politiquement en France.

Si vous vous plaignez de la stérilité des nouvelles, nous sommes dans le même cas ici; je ne saurais rien du tout vous mander. L'activité de votre zèle vous fait sans cela observer de près toutes les rêveries et mensonges que M. Hofenfels et ces autres intrigants peuvent faire naître en France.

Je suis charmé que mon frère Ferdinand et son épouse aient réussi à Paris et à la cour. Je leur ai beaucoup recommandé de suivre vos conseils; Us s'en louent aussi infiniment dans leurs lettres, et de cette façon cela ne pouvait manquer, car vous savez bien, mon cher (lomle, que je m'en suis plusieurs fois déjà si bien trouvé.

La Reine me mande qu'elle invitera ma sœur Marie '" de la venir voir à Versailles à la fin de ses couches. J'en suis charmé, parce qu'eiïeclivement il paraissait un peu extraordinaire que ces deux sœurs si près l'une de l'autre ne se fussent point encore vues.

Le courrier porteur de celle-ci a un compagnon qui s'appelle Lutzenberger, qui est employé ici à Vienne au Punzirungsaml^'-^; il fait ce voyage à ses frais, di'sirant de pouvoir voir à Paris les diiïérentcs méthodes qu'on y observe pour le timbre qu'on imprime sur tous les ouvrages en or et en argent et qui constate de leur titre intrinsèque; je vous prie donc de tâcher à lui procurer la permission et les moyens de pouvoir prendre les notions nécessaires à ce sujet.

Adieu mon cher Comte, voici une lettre pour la Reine'-". Je vais

''' L'arcliidiichosse Marie - Clirisline, le conirôlp, oujonrcrinii le service de In

femme du prince Albert de Saxe-Tesclien garantie des matières d'or et d'argent, et gouvernante générale des Pays-Bas. '■'' Cette lettre manque.

'■-' L'odice du poinçonnement, autrefois

[)ar(ir sous peu do jours pour ma grande tournée des camps <" et je vous en communique ici la liste, en vous priant de me croire bien sincèrement et avec estime et vraie amitié . . .

Versailles, le i a juillet iy86. — Le garde-noble mensuel m'a remis le 2 1 de juin les très gracieux ordres de V. M. I. datés du lo, et m'élant rendu le lendemain à Versailles pour [)résenter la lettre adressée à la Reine, je La trouvai si décidée à vouloir que le courrier ne fût renvoyé qu'à l'époque des couches de S. M., que malgré ([uelques objections de ma part il n'y eut pas moyen de Lui faire changer sa résolution, qu'EUe fondait sur quel(|ues raisonnements, dont j'ai rendu compte dans ma dépêche d'ollice du 27 ji""» laquelle sans doute aura été mise sous les yeux de V. M.

Lorsque par mon dernier et très humble rapport j'annonçai le jugement dont le cardinal de Rohan était menacé, j'observai que ce n'était encore qu'un projet, mais je ne me serais jamais douté qu'il [)ût y être apporté des chnngements aussi notables que l'ont été ceux du prononcé définitif'-' dans cette vilaine intrigue, qui a causé beaucoup de peine à la Reine, même plus que l'objet semblait i-aisonnablement le comporter. V. M. a été surprise de la manière dont la justice se négocie en France; Elle ne le sera pas moins si Elle daigne jeter un coup d'oeil sur les deux notes'-" que je ne joins ici que pour

''' Joseph II quitta Vienne ie 16 juin pour celte grande tournée, dans laquelle il parcourut la Styrie, la Croatie, les confins militaires, la Tiansylvanio, I.i Biikowine, la Galicie et la Honjjrie; il ne rentra à Laxenhonrg que le 20 août.

'■-' L'arri't du 3i mai 178(Î déchargeail lo rarilinal de liohau dos plainte et accusalion portées contre lui ol condamnait seulement la dame de la Motlie et ses autres complices à des peines plus ou moins sévères. Voir cet arrot dans Campardon :

Marie- Antoinelte el le prvcès du cuiller, p. i5o et suiv.

(') Voir à la suite do cette lettre ces deux pièces, qui, trop longues pour être niisL'S au bas de la page, ont dû étro imprimées dans le loxie sous le n° 17 6m.

Le comte de Mercy ne ilit pas de qui il lient cette note; olle émane sans doute du picnjier présidout , qui, on le sail, recueillit lui-même les voix dans cette alT.iire. Toutefois M"" Campan, dont les mémoires sont si suspects, prétend que nM. Pierre de Laurencel, substitut du procureur général, lit parvenir à la Reine une liste des noms des membres de la Grand'(!^liambre avec les moyens dont s'étaient seivis les amis du

donner une preuve sinfjulière de Findisrrélion avec laquelle on traite dans cette monarchie les affaires les plus sérieuses, les plus sacrées, et des manœuvres inicpies qui très souvent en décident le sort. Celte triste vérité n'échappe pas aux remarques du public; il s'en explique par des traits de gaieté. J'ai cru que V. M. pourrait s'amuser un instant de (|uelques saillies de ce genre, que je mets à ses pieds, et au.vquellcs les conjonctures présentes ont donné lieu'".

Mon attention à observer les démarches du baron de Hofenfels n'a abouti jusqu'à présent qu'à m'assurer qu'il traite réellement de quelques objets de limite entre les Etats de son maître et la France. Il négocie en même temps des levées d'argent dont ce duc des Deux- Ponls a toujours le plus pressant besoin. Le comte do Vergennes promet des facilités; mais elles ne sont pas aussi complètes que le désirerait le baron de Hofenfels; il voudrait tout uniment que le Roi répondît de l'emprunt, lequel doit s'élever à six millions de livres. Le

cardinal pour gagner louis voix pendant la dnréi^ du procès. J'ai eu celle liste à garder parmi les papiers que la Reine avait déposés chez M. Campan, mon beau-père, et qu'à sa mori elle m'ordonna de garder. J'ai brûlé cel étal et je nie rappelle que les femmes y jouaient un rôle alUigcanl pour leurs mœurs; c'était par elles et à raison des sommes considérables qu'elles avaient reçues, que les plus vieilles et les plus respecialiles létes avaient été séduites. Je ne vis pas nu seul nom du I*arlenietil directement gagné." Mémoires de M"" Caiiipnn, édition de l'aris, iSa!) , in-8", t. ll,p. ag^i. On voit combien les alTirniations de M"" (lainpan sont dilTérenles dos informations recueillies sur le moment par le comte de Mercy que ses relations avec le premier président d'Aligre mettaient en situation d'élre exaclenient renseigné. 11 n'est guère vraisemblable que M. de Lanrencel, ([cii était substltul du procureur général depuis 17'if) et (pii n'avait en celte qualité qu'une position secondaire dans le Parlement, se lï'it basaidé à faire parvenir à la Reine un état semblable à celui dont parle M"'" Campan. 11 est plus que probable que celte bonne dame avail entendu parler v.nguc-

ment, dans les cabinets de la Reine, du tableau, qui certainement fut à ce moment communiqué à Marie -Anloinelte par le comte de ^lercy. Tienle ans plus lard, lorsqu'elle écrivit ses Mémoires, M"" Campan, n'ayant jamais su exactement comment les clioses sél aient passées, aura voulu, suivant son babitude bien connue, donner plus d'autorilé à ses racontars on imaginant la fable de l'étal dresse par M. de Lanrencel, confié à son beau-pore el brûlé par elle, on ne sait pourquoi.

'■' Parmi ces pièces, dont quebpies-unes sont insigniliaules, on remanpic cette cbanson sur l'air : Où allez-vous. Monsieur l'abbé?

Si cel arrél du cai-diiial Vous paraissait trop illéfjal, Sachez que la nuance.

K 11 biim I Dirige lout en France, Vo'iM lïi'enlendi-'/ Ipini.

Si CCS Messieurs du PiirlrmcuL Oui déboursé liraucoup d'iiigetiL Pour aclidcr leurs charges ,

Eh hieu!

Il leviuiil pour décharge.

Vous mVutcndez bien.

lilc. , etc.

MEUGY À JOSEPH II.

(lontrôleur général s'o[)|)osa à cette complaisance, parce que, occupé lui-iiièrae à épuiser jus(pi 'aux plus petites sources du crédit, il ne lui en reste pas assez pour suffire à tous les besoins de la profusion et du gaspillage ipii portent sur son département.

11 semble que l'état de dépérissement où se trouve le roi de Prusse a considérablement ralenti les manœuvres qu'il a toujours clierché à fomenter ici avec tant d'activité. Il sera intéressant de voir le système (pie sou successeur pourra se former à cet égard. La Reine est disposée à y faire la plus sérieuse attention; je Lui ai démontré que ce sera une conjoncture qui Lui fournira peut-être le moyen de donner à V. M. des marfjues utiles de son attachement. Le comte de Vergennes. après avoir montré de l'inquiétude sur les suites possibles d'un événement tpi'il croit très procliain, est maintenant d'une tranquillité, qui semblerait annoncer quelques mesures prises de sa part vis-à-vis du prince de Prusse. Mais en supposant ce manège de fausseté, il est probable que les résultats n'en seront pas d'une conséquence bien grave.

Le séjour en France de Monseigneur l'archiduc Ferdinand et de Madame l'Archiduchesse son épouse a été terminé d'une manière aussi agréable et convenable que l'avait annoncé le succès de leur début'"; soit à la cour, soit à la ville, Leurs Altesses Hoyales ont obtenu un suffrage universel; la Reine a été parfaitement satisfaite, et je ne doute pas qu'il n'en soit de même à l'égard de la visite ([u'Elle attend

<■' L'ar-clilduc ["'erdinand et s;i Ipiiimo Miirie-Béati'ice d'Eslo, qui voyage;iient mcugnito sons ie nom de comte et de comtesse de NellenboiHjj, avaient quitté le 17 juin Versailles, où ils étaient arrivés ie 11 mai. La fin de leur séjour avait été attristée par rinipression lâcheuse que causa l'arrêt icndu par le Parlement en faveur du cardinal de lloliaii, dans raflai re du collier. Cependant cela n'empèdia pas la Heine de s'occuper activement de distraire son frère, comme le prouve ce billetautograplie encore inédit; il est sans date, mais il est évidemment postérieur de très peu à cet arrêt , dont il est question à la fin. — Marie-Antoinette à Mercy, s. I. 11. d. «Je sais, M. le comte, que mon lière doit venir demain

malin voir plusieuis choses ici et nommément le grand Tiianon. S'ils pouvaient finir par là, je leur donnerais tout de suite à dîner au mien; je me charge d'y faire donner à diner aux valets de chambre et femmes de chambre, pour qu'ils puissent faire leur toilette après diner pendant que je ferai la mienne, .l'ai demandé pour tout leur monde les mêmes places qu'au dernier speclacle. 11 faut prévenir M"" de Cusani que je ne lui donnerai pas à diner, mais qu'elle aura une loge comme la dernière fois, ainsi que M. Scolti. Voyez, je vous prie, si cet ar.angement leur convient et mandez-le-moi ce soir. Adieu, Monsieur, vous l'oiinaisscz mes sentiments pour vous. Commeul lrouve.i-vous le jugeu]ent?>i

de Madame l'archiduchesse Marie. Le iiionient en est fixé au douzième ou quinzième jour des couches de la Reine; Elle présume que son auguste sœur restera ici trois semaines; après son départ la Reine ira s'établir à Trianon pour y rester jusqu'aux a|)proches du voyage de Fontainebleau.

J'ai procuré au nommé Lutzenberger les facilités qu'il a désirées pour voir ici tous les objels relatifs à son art; il s'en est occupé avec beaucoup de soin et de zèle; s'il n'a rien recuedli de nouveau, d aura au moins relire quelque avantage de la comparaison des méthodes dans ce genre de travail.

La stérilité du moment en toute matièi'e politique ne me laisse rien à ajouter au peu de remarques que contient ma dépêche d'olTice d'aujourd'hui; je tiens ce présent et très humble ra[)port prêt à être expédié au second ou troisième jour des couches de la Reine. Je n'aurai à y joindre que ce qui regardera l'état de santé où S. M. se trouvera à cette époque '".

La précipitation avec laquelle le* courrier français a été expédié pour Vienne, m'a fait man([uer cette occasion d'adresser un très humble rapport à V. M. La Reine m'a fait venir auprès d'EUe quelques lieures après l'accouchement, pour me dire que, ne pouvant écrire Elle même, Elle voulait que je rendisse compte comme témoin oculaire du très bon état oii Elle se trouve; depuis ce moment la Reine n'a pas éprouvé la moindre incommodité, pas même la fièvre de lait. La princesse nouveau-née' est d'une grosseur et d'une force extraordinaires'-'. Monsieur le Dauphin et Monsieur le duc de Normandie sont dans un état parfait de santé. V. M. a tout sujet d'être entièrement tranquille sur l'état de son auguste sœur et sur celui de la jeune famille royale. La Reine veut ou voulait écrire et Elle invitera Madame l'archiduchesse Marie pour le a g de ce mois.

'■' Tous les rapports du comte de Mercy cette copie; comme l'indique l'ambassadeur,

à l'empereur Joseph II, et celui-ci comme il avait préparé son rapport do façon

les autres, ne nous ont été conservés que à ne plus avoir à y joindre que le posl-

par des copies prises avec une presse à scriptum.

ciijiiei- sur les originaux écrits de la main ''' Cette princesse, nonmiée Sopliie-

de l'amlinssadeur. Mais le dernier para- Hél('>no Béatrix, naquit à Versailles le

graphe de ce rapport à été ajouté de (j juillet 178G, et mourut de convulsions

sa main par M. de Mercy kii-même sur le 1 g juin de l'année suivante.

32 NOTES SL'li L'ARRÊT DU PARLEMENT DE PARIS.

DU 31 MAI 1786, DÉCHARGEANT D'ACCUSATION LE CARDINAL DE ROUAN, IMPLIQUE DANS L'AFFAIRE DU COLLIER.

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