‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 19 sur 37 · II · texte numérisé non relu

II

L'étal des choses dans la capitale devient de plus en plus menaçant. Paris voudra donner la loi, même aux Etats généraux; ceux-ci semblent déjà le prévoir et le craindre; il serait possible qu'ils demandassent leur translation. L'ouvrage de la nouvelle constitution est fort avancé et doit paraître sous peu de jours; il est infaillible que ce sera le tombeau de l'autorité royale.

Des allées et venues continuelles et le désir de faire partir promplement ce courrier ne me permettant pas de le charger de dépèches plus détaillées et en meilleur ordre, je suppléerai dans des moments plus calmes.

La Reine est toujours fort inquiète de la santé de V. M. , et je le suis pareillement de ne pas recevoir des nouvelles de sa convalescence plus prompte et plus parfaite.

Chennevières , près Poris, le ù 3 juillet ij8g. — J'avais annoncé une calastro[)he , mais ne la prévoyais alors ni aussi prochaine ni aussi violente que l'est celle qui vient d'éclater. Ma dépèche d'office en expose à V. A. les principaux détails, il m'est impossible de les déduire tous dans un moment où, pressé de dépêcher ce courrier, je passe les journées en allées et venues et une partie des nuits à écrire.

On ne peut assigner les causes de la frénésie qui dans cette occasion s'est emparée des esprits contre la Reine; les absurdités qu'on Lui impute, et auxquelles le bon sens répugne, ne peuvent en être les seuls motifs; il faut que quelque cabale secrète y ait donné lieu; la rage a été portée au degré d'horreur de mettre publiquement au Palais- Royal la tête de la Reine à prix ainsi que celle de M. le comte d'Artois ; il est certain que ce dernier est coupable de grandes imprudences. Je ne fais aucune mention à S. M. l'Empereur de l'altenlat ahoun'nable commis contre son auguste s(eur. Elle a fail à l'opinion publi(]ue le sacrifice de ses alentours favoris, en cela Elle n'a rien perdu, et plut à à Dieu qu'Elle s'y fût décidée longtemps auparavant.

Les aspects sous lesquels se présente maintenant la monarchie française donnent lieu à bien des réflexions politiques; il s'agit de voir

comment la nouvelle constitution sera organisée, jusqu'où elle influera sur le poids, la force et la consistance de cette puissance, enfin ce qu'elle laissera à l'autorité royale, dont elle pourrait devenir le tombeau.

Je viens de faire une course à Versailles, je n'y ai encore aperçu que de la confusion, nulles mesures, nul parti arrêté; les ministres rappelés semblent consternés de l'incertitude du retour de M. Necker; ils sentent d'ailleurs que leur rétablissement forcé et dénué de confiance de la part de Roi et de la Reine ne les met pas en liberté d'agir avec quelque assurance. Dans un long entretien avec la Reine, où j'ai de nouveau combattu les cruels préjugés que la cabale Lui a inspirés, j'ai fait sentir à cette princesse la nécessité absolue d'encourager les deux ministres; Elle a daigné me le promettre; MM. de Montmorin et de Saint-Priest s'en rapportent à mes soins pour alléger leur position.

L'état des choses dans la capitale devient de plus en plus menaçant, malgré l'espèce de calme qui s'y rétablit. Paris est en force et en volonté de donner la loi, même aux Etats généraux; ceux-ci semblent déjà le prévoir et le craindre; il serait possible qu'ils demandassent leur translation, à laquelle Paris ne manquerait de s'opposer à main armée ; il n'y a ni argent ni subsistances pour tenir des troupes royales en campagne; la disette des blés et farines est au point que mardi a i on craignait de manquer de pain à Versailles; les campagnes sont affamées et dans une rumeur qui ne laisse de sûreté dans aucun lieu ni sur aucune route, et tout le monde est fort embarrassé à prendre des précautions sudisantes à de pareilles conjonctures.

Lnxenhourg, re 3 ooùt lySg. — Mon cher comte Mercy, à la fin j'ai reçu une de vos lettres que, dans la crise qui agite actuellement la France, je désirais avec tant d'empressement, et cela surtout parce que l'état de la Reine et sa santé me donnaient dos inquiétudes des plus justes et des plus vives.

Les événements qui sont arrivés, la façon qu'ils ont été amenés, et toute la conduite qu'on a tenue do la part du gouvernement, jointe

à la frénésie du peuple et de loule la nation, la défection du militaire, les moyens humiliants qu'avec recherche on a pris pour déshonorer à la face de tout l'univers le chef et le représentant de la Nation, savoir le Roi, ne peuvent être conçus et ne seront pas crus d'ici en un siècle quand on en lira l'histoire. Les troubles dans les provinces, et les excès et malheurs qui s'ensuivent sont bien effrayants et un exemple des plus pernicieux pour les voisins, surtout pour les Pays-Bas, dont les habitants font depuis des années le métier d'être les singes des Français.

Je suis bien curieux de voir comment celte constitution s'établira; ils sont déjà bien loin et au delà de la constitution anglaise, et les Etats généraux, en connivant ou peut-être même en excitant cette émeute populaire à Paris, n'ont pas réfléchi que ces mêmes portefaix, décrotteurs, garçons de boutique, etc., qui ont oblif[é le Roi par leur révolte à céder de son autorité, pourront d'autant plus facilement, et le voudront pour sûr, donner la loi aux Etats généraux et à toute la France. Un !\I. Bailly ou un M. de Lafayette, s'ils savent, comme je n'en doute point, s'ancrer dans l'esprit du public parisien, deviendront les arbitres absolus du Roi et du Royaume, étant en mesure de faire tremblL-r, (|uand bon leur semblera, le Roi et ses ministres à Versailles.

Je ne man((ue jias de suivre votre conseil et de recommander à la Reine de donner sa confiance aux ministres rappelés. Je croirai M. Necker bien habile, si, en diminuant les faveurs de la Cour et l'autorité absolue des ministres, il trouve moyen de faire plus payer, contenter à la longue le grand nombre et de se soutenir ainsi que faire obéir des têtes aussi exallées que le sont actuellement tous les Français, et dans l'insubordination qui a gagné toutes les classes des habitants.

Adieu, mon cher Comte, je vous joins ici une lettre pour la Reine, à qui je me suis empressé d'écrire dès que j'eus reçu la sienne'". J'ai retenu le courrier, déjà depuis longtemps prêt à partir, parce que je ne recevais point de vos nouvelles et que je ne savais point comment vous le faire parvenir avec sûreté dans cet état de troubles.

Ma santé est beaucoup meilleure, et voici déjà dix-huit jours que je n'ai plus eu de ressentiment de fièvre ou de douleurs aux reins; je regagne en force, mais la toux et la maigreur subsistent encore.

C Ces lolti'os nianqiiont.

J'attends avec empressement vos ultérieures nouvelles sur tous les événements intéressants qui se passsent chez vous. Je suis avec les mêmes sentiments d'estime et d'amitié que vous me connaissez

Cliennevières , près Paris, le i 7 aoàl ijSg. — Le |;arde-noble porteur des très gracieux ordres de V. M. datés du 3 de ce mois me les a remis le 1 0 au soir. Il s'est rentlu directement à ma campagne et a iWilé par là les dangers de l'entrée de Paris, où la municipalité, qui gouverne souverainement cette capitale, ne paraît [)as encore disposée à observer les lois établies par le droit des gens envers les puissances étrangères et leurs ministres. Les lettres décachetées dans ma maison, les armes qui y ont été enlevées et qu'on refuse jusqu'à présent de restituer, sont deux faits qui me donnent une appréhension fondée que l'on pourrait également se permettre de saisir des courriers, de s'emparer de leurs dépêches, et je dois me régler d'après la possibilité de pareils accidents.

Je me suis rendu le 1 1 à Versailles pour y présenter à la Reine la lettre qui Lui était adressée. J'ai été témoin de la vive satisfaction que Lui ont causée les bonnes nouvelles de la santé de V. M.; Kilo m'a parue pénétrée de lout ce que contenait cette lettre, dont Elle a voulu que je lisse lecture. La Reine supporte ses peines avec le plus grand courage; il faut en avoir infiniment pour ne pas être accablé ou révolté des injustices et des horreurs auxquelles celte auguste [)rincesse se trouve en butte. Son affection constante pour la nation, le bien qu'Elle a toujours cherché à lui faire, sont cruellement méconnus; c'est un moment d'erreur fomenté par quelques intrigues obscures, dont les auteurs se cachent, mais le temps et la vérité les démasqueront; alors celte nation, juste et sensible par caractère, sera eiïrayée des illusions absurdes par lesquelles on l'a égarée, et il n'est pas douteux qu'elle en réparera les funestes ed'ets. Dans cette attente, la Reine forme des vœux pour le bien, mais Elle abandonne aux ministres du Pioi le soin de l'opérer et d'en choisir les ino\ens. Elle ne veut v intervenir directement que dans les objets qui tiennent à son service

personnel, et la Reine vient à cet (5gard de provoquer de son propre niouvoment les réformes économiques les plus étendues dans sa maison. Ce sacrifice volontaire sera d'un grand exemple et éclairera le public sur ses opinions.

Au milieu des troubles qui agitent la France, et qui absorbent tous les soins du ministère, il ne peut donner qu'une attention médiocre aux objets politiques du dehors. J'expose dans ma dépêche d'office ce qui a trait à celte matière, et l'article en chiffre contient tout ce que je crois pouvoir annoncer de plus précis sur l'étal actuel de la guerre avec la Porte Ottomane.

Relativement à ce qui concerne l'intérieur de ce pays-ci, le rapport le plus minutieusement détaillé ne pourrait en donner une connaissance plus exacte que l'est celle dont les journaux de l'Assemblée nationale présentent le tableau fidèle. Le discours du Garde des sceaux, celui du Ministre des finances, prononcés le 7 de ce mois aux Etats généraux, en forment les principales nuances. Les arrêtés du bureau de la Ville de Paris, l'étendue, la sévérité des mesures qu'il prend, et auxquelles il n'admet ni contradiction ni retard, forment un chapitre delà scène qui a de quoi étonner toute l'Europe. 11 serait également présomptueux et prématuré de se permettre d'en calculer dès à présent le dénouement; je dois me borner à en observer soigneusement la marche, et la mettre successivement sous les yeux de V. M. avec un soin égal à l'intérêt qu'EHe prend au sort de cette monarchie, dont Elle est le principal et le |»lus fidèle allié. Me trouvant, grâce au ciel, délivré de toute inquiétude sur l'état de sa précieuse santé, je vais me livrer en paix et sans distraction à ce qui concerne le bien de son auguste service.

Cliennevières , près Paris, le 17 aoi\t lySg. — Le garde-noble qui est arrivé ici le 10 au soir, est venu directement à ma campagne, et a évité par là les dangers de l'entrée de Paris. Parmi les dépêches qu'il m'a remises, je n'y ai trouvé aucun ordre particulier de V. A. Les embarras du moment s'étendent jusqu'aux correspondances qui se font par la voie des courriers; le bureau permanent de Paris donne des

passeports, mais on ne peut s'assurer qu'ils soient respectifs par les autres villes du royaume, qui prétendent jouir dans leurs districts d'une autorité aussi indépendante que celle qu'exerce la capitale. Cet inconvénient ne donne ni confiance ni sûreté, et il faut nécessairement se régler sur la possibilité des accidents dont chaque jour produit de nouveaux exemples.

Le ministère de Versailles, uniquement occupé des ti'oubles qui agitent la France, ne peut donner qu'une attention bien médiocre aux objets politiques du dehors. V. A. en jugera par la stérilité de ma dépêche d'office d'aujourd'hui; je crois y avoir exposé en chiffre tout ce que l'on croit apercevoir ici de plus précis sur l'état actuel de la guerre avec la Porte Ottomane.

Quant à la situation des choses dans l'intérieur, les journaux de l'Assemblée nationale en donnent une connaissance si exacte, qu'il serait superflu de chercher à y rien ajouter, et je me borne à indiquer simplement celles des pièces qui à cet égard méritent le plus d'attention.

Depuis quelque temps la terreur s'est emparée des esprits; elle est occasionnée par les violences que se permet le peuple dans les villes, même dans les campagnes; le moindre soupçon, le moindre mécontentement décide de la vie d'un homme; les nobles surtout sont les plus exposés, elles municipalités ne sont point encore en force à pouvoir mettre un frein à ce désordre; la noblesse des villes se retire dans ses terres; ceux qui ne sont pas en étal de s'y tenir armés, se réfugient dans les pays étrangers; on espère que, quand la milice nationale aura pris plus de consistance, elle pourvoira à la sûreté publique; mais rien n'annonce encore l'époque où on sera à même d'en jouir; il est peu d'exemples d'une révolution aussi extraordinaire dans ses effets et aussi dangereuse dans ses suites possibles; il s'est passé un siècle à en préparer les causes, et, sans les déduire, je suis bien assuré qu'elles ne sauraient échapper à la pénétration de V. A.

264 JOSEPH II À MEHCV.

Het:cn(hrJ^^\ ce a8 septembre ijSq. — Mon cher comte de Mercy, il y a un peu longtemps que j'ai reçu votre lettre par le dernier courrier; car on a lardé i vous en envoyer un autre dans la su[)position où l'on était qu'il y aurait matière à vous donner des nouvelles intéressantes, soit de (]onstantinople ou de Saint-Pétersbourg. jMais comme il n'en est point arrivé, j'ai décidé d'expédier ce garde pour vous mettre au l'ait des réflexions importantes que les circonstances actuelles fournissent.

Les nouvelles et les détails que vous m'avez envovés de tout ce qui s'est passé en France, joint à ce que nous en disent les gazettes et journaux, sont vraiment incroyables. L'état fâcheux dans lequel la Reine s'est trouvée et se trouve encore me l'ail la plus grande peine et m'inquièle beaucoup pour sa santé.

Elle ne peut certainement prendre un meilleur parti que vous lui avez conseillé de ])araître nulle et même de se faire oublier, tant que cet acharnement durera, qui à la fin devra pourtant faire place à la vérité et à la raison.

Mais l'objet de la plus grande altenlion et de la dernière ini])orlance pour moi, c'est que voyant le pouvoir que s'arrogent les Etals généraux, l'incroyable complaisance du Roi, qui avec les plus belles paroles se laisse enchaîner et jiriver de toute autorité, enfin, voyant le Ministère intnnidé et peut-être même d'accord, je suis convaincu que dans aucun objet, même politi(]ue, il ne sera plus question'de la volonté du Roi et de ses ministres, mais que les Etats généraux et quelques boutefeux qui donnent la loi, seront désormais ceux qui décideront de toutes les démarches de la France et ])ar conséquent de mon premier allié.

Vous connaissez les préjugés et vous en avez, je crois, même ressenti les effets, ainsi que de la mauvaise volonté que la Nation a toujours témoignée à mon égard. On peut donc, outre l'embarras et linsulFisance du moment, qui rend cet allié nui pour le présent, aussi

''' Helzendorl' est un petil cliàleau impérial non loin fin parc de Schœnbrunn el à 5 kilomèlre-s sud de Vienne.

coinplcr que tant ([uc le pouvoir restera entre les mains de ces mêmes démocrates, que non seulement la Maison d'Autriche n'a plus d'allié disposé d'en remplir les devoirs, mais que très sûrement elle a dans cette nation un ennemi non encore déclaré, mais prêt à prouver ses mauvaises intentions à la première occasion. Le mal très réel et le danger qui naissent de cette situation, vous les a[)précierez certainement, mon cher (îonite; d'abord, la perte de tous les avantages et de la sûreté pour mes provinces éloignées que cette alliance me donnait et que pendant tant d'années nous avons prêchée à l'évidence et dont la France seule a ressenti jusqu'à présent les bons effets. Et puis il est très probable que les intrigues de la Prusse, si elle n'obtient pas en France son but de contracter des liaisons, au moins en sera d'autant plus insolente dans ses prétentions vis-à-vis de moi, assurée de la nullité de la France et même de sa mauvaise volonté à mon égard. L'enthousiasme qu'elle a su inspirer au ministère anglais, la Hollande et la Pologne dont elle dispose, et les princes d'empire qu'elle a ligués et dont elle se moque, lui donnent toutes les facilités.

De croire d'avoir un allié et de n'en avoir point au fond et dans l'occasion est, vous le sentirez vous-même, une situation plus dangereuse que celle d'être assuré de ne plus en avoir, au moins peut-on alors prendre son parti et tacher de contracter d'autres liaisons qui seraient peut-être plus faciles à former qu'on ne se l'imagine.

Voilà le point essentiel que je vous prie, mon cher Comte, de bien éclaircir avec votre perspicacité ordinaire et le zèle que vous avez toujours eu j)our le bien de l'Etat; car il faut que je voie clair à ce sujet; le moment est pressant, puisqu'il n'y a plus de doute ijue le roi de Prusse ne soit très décidé de profiter des heureuses circonstances dans lesquelles il se trouve, pour obtenir deux avantages, l'un de se procurer un agrandissement en Pologne et l'autre d'adaiblir par une perte réelle la Maison d'Autriche. J'ai là-dessus les notions les plus sûres, et, si cela n'éclate pas encore cet automne, ce sera sûrement le printenqjs prochain que ces complots iniques paraîtront.

La Russie est en mauvais état et lasse de celte guerre; elle voit bien qu'il n'y a rien à faire avec la France, et probablement, pour se tirer d'embarras, s'arrangera -l-cUe avec l'Angleterre, quitte à me mettre dans le cas de prendre mon parti comme je pourrai. Et tout cela arrivera, si je ne [larviens à faire la pai\ encore cet hiver au plus tard

avec la Porte, malgré le roi de Prusse qui, par les inlluences qu'il s'est ménagées, l'empêchera tant qu'il pourra.

Je sens fort bien que, si la France, après cette secousse, profite du moment de l'enthousiasme de la nation, elle peut se relever, et surtout son crédit de façon à devenir plus puissante et à gagner davantage en moyens d'agir que ci-devant; mais, vu les arrangements actuels des Etats généraux, cette époque paraît encore bien éloignée. Tout dépendra d'ailleurs de la manière "dont ils envisageront la convenance politique de la France, et je crois ne pouvoir guère me flatter, quelque déraisonnable que serait la résolution du contraire, de les trouver bien disposés à former des engagements sincères et eflicaces avec la Maison d'Autriche.

Je vous en ai assez dit, mon cher (lomte, pour réveiller votre attention et votre zèle, et pour vous convaincre en même temps combien il m'importe d'être au plus tôt informé des vraies circonstances.

Les opérations du siège de Belgrade ont commencé et il faudra en attendre l'issue. Si nous sommes heureux, il faudrait croire que ce serait un moyen d'acheminer la paix, puisque je ne balancerais pas pour cet effet de rendre même cette place.

Ma santé est meilleure, mais pas encore aussi raffermie que je le désirerais. Je tousse toujours et expectore, ce qui affaiblit beaucoup les poumons. Je n'ai pas eu lieu d'être content des petits essais que j'ai fait d'aller à cheval, et la preuve la plus sûre que je ne suis pas encore tout à fait au point oîije devrais être, est certainement la nécessité de me trouver ici dans un moment aussi important et non au siège de Belgrade.

Adieu, mon cher Comte, je vous joins ici une lettre pour la Reine'^', et je vous prie d'être bien persuadé de toute l'étendue des sentiments avec lesquels je suis

Vienne, le -jy septembre tySg. — Avant cpic lotil ne soit rentré d'un(! manière ou d'autre, là di^i vous êtes, dans un élal (pii |inissc

'' Celte lellro inaïKMiP.

permettre de penser tout baut avec vous sur les affaires générales, ainsi que sur les circonstances particulières de la France, vous sentez bien, mon cher Comte, que ce genre de correspondance familière et conlidenlielle entre nous ne pourra point avoir lieu. Ne soyez donc pas étonné si je me borne à ce que je puis vous mander sans risque ministériellement. A la veille de grands événements mUitaires, j'espère que j'aurai bientôt des nouvelles agréables à vous donner et je le souhaite bien vivement, parce que ce n'est que des succès décisifs qui puissent ramener la paix à laquelle nous sommes assez raisonnables pour être disposés à donner les mains, quels qu'ils puissent être, et malgré les perspectives que pareils événements pourraient nous promettre, la campagne prochaine. Mais comme pour faire la pai\ , il faut être à deux, comme on dit, il faudra voir si le Polledre, souverain Sélim, sera assez raisonnable pour proposer ou au moins accepter une paix conforme aux circonstances présentes et vraisemblables dans l'avenir.

Si dans le nombre de brochures et de pamphlets qui ont paru jusqu'ici ou qui pourront paraître par la suite il y en a qui vous paraissent pouvoir m'arauser ou m'intéresser, je vous prie de me les envoyer et en attendant d'être persuadé que je suis invariablement

Chennei^ières , le la octobre ij8q. — Le garde-noble porteur des très gracieux ordres de V. M. en date du 28 septembre est arrivé directement à Paris le 6 de ce mois, et s'y est trouvé enfermé pendant deux jours, de manière que je n'ai pu recevoir que le 8 les dépêches dont il était chargé, et des difiicullés insurmontables ont retardé jusqu'au 1 1 la remise de la lettre adressée à la Reine.

La circonstance présente, aussi extraordinaire que critique, me gêne infiniment sur le très humble rapport que j'ai aujourd'hui à mettre sous les yeux de V. M. La méfiance générale n'épargne pas même les courriers des ministres; ceux des comtes de Montmorin, de La Luzerne et de La Tour du Pin ont été arrêtés ces jours-ci et leurs dépêches ouvertes. Les préventions vraiment pitoyables où sont

les esprits par rapport au système de l'alliance, peuvent faire attribuer le sens le plus faux aux expressions qui en seraient le moins susceptibles, et je crois devoir ménager ce malheureux prestige dans la manière d'exposer mes remarques; d'ailleurs ma dépêche d'ofiice répond à celles que V. M. a daigné me faire sur les objets politiques les plus essentiels de la guerre présente avec la Porte.

Je n'ai plus le moindre doute que les erreurs populaires de ce paysci sur le système qui unit les deux cours, n'aient leurs sources dans des mannnivres étrangères et cachées, par lesquelles on a indignement trompé la Nation sur la nature et la convenance réciproque de l'alliance; les mensonges grossiers répandus à cet effet en sont une j)reuve. Je dois rendre au ministère de Versailles la justice qu'il est aussi affecté de celte fatale illusion que très décidé à la dissiper, et il n'y a que les troubles actuels qui aient suspendu les mesures ([u'il se propose de prendre pour y parvenir. Je prévois même que le moment n'en est pas éloigné.

Depuis l'événement du 6, la Reine se trouvant en position d'être mieux connue du public, celui-ci ouvre les yeux et aperçoit avec étonnement dans chaque propos, dans chaque démarche de cette princesse, la preuve évidente de toutes les faussetés par lesquelles on a cherché à La faire méconnaître. Les gens sensés sont indijjnés des horribles moyens employés à cet effet. Ce changement dans l'opinion publique, son retour à la vérité deviennent fra[qjanls, et il est moralement certain qu'il en résultera tout le bien ([ue l'on doit en attendre. Pour en accélérer le moment, il suffît que la Reine soit isolée de tous les alentours, qu'il soit évident qu'Elle n'agit que d'après ses sentiments propres, et comme Elle n'en a aucun qui ne doive Lui attirer toute l'aflection de la Nation, il est indubitable que cette dernière reconnaîtra et réparera les erreurs passées. La conviction de cette vérité règle ma conduite j)réscnte; quoiqu'elle ait été dans une mesure qui aurait dû me garantir de tous soupçons , je n'ai pu y échapper entièrement, mais j'ai des preuves que l'on revient journellement sur mou compte d'une manière à me rendre entière justice, et je suis bien sur de la mériter et de l'obtenir.

Une longue suite d'abus énormes et invcUérés devait assez nalurellement prodiiirt! la grande secousse (pré[)rouve cette monarchie. V. M. daigmcrase riqjpeler que depuis deux ans je l'avais prédite comme

iirocliainc; cependant, elle n'aurait pas été si violente clans ses résultats, si la famine ne s'était jointe à la peur d'une banqueroute. L'aspect de ces deux fléaux, dont l'un existe et l'autre était prévu, ont inspiré une terreur qui approchait du désespoir. Alors les esprits se sont portés à des moyens extrêmes qui écartaient toutes mesures réflécliies et propres à remédier au mal. On a confondu la licence avec une liberté raisonnable, et toute confiance étant perdue dans le Gouvernement, il s'est trouvé sans moyens et sans énergie. Il faut nécessairement encore quelques semaines avant de discerner clairement où aboutira cette grande crise. Il est possible, même probable, qu'elle fera naître un nouvel ordre des choses, modifié de manière à ce que cette monarchie reprenne tout son essor, et dans cette hypothèse vraisemblable il serait impossible à la France de ne pas suivre, relativement à ses vrais intérêts au dehors, les errements politiques dont elle a si réellement éprouvé les avantages depuis l'établissement de son système avec l'auguste Maison d'Autriche.

Je viens d'apprendre par le comte de Montmorin les avantages considérables que les armes de V. M. ont obtenus '"; ils semblent assurer le succès de cette campagne et l'acheminement à une bonne paix, mais l'élat de la précieuse santé de V. M. reste toujours l'objet le plus im[)ortant de tous. La Providence exaucera nos vœux à cet égard; elle mettra un terme aux inquiétudes, à tous les maux de cette année orageuse, et en accordera le dédommagement. Je sens tout ce que les circonstances présentes exigent d'attention et de zèle à tâcher de remplir mes devoirs; il n'y aura à cet égard rien d'omis; V. M. en recevra les preuves à mesure qu'il sera possible de les mettre à ses pieds.

Cliemievièrcs , le i ù oclohrc ijSg. — Le garde-noble arrivé le 6 à Paris m'a apporté les ordres de Votre Altesse datés du 27 septembre.

''' 11 s'agil sans doute de la piise des don. Lo siège de Belgrade, commencé le

faubourgs de Belgrade, qui furent enlevés 18 septembre, se termina le 9 octobre par

le 3o septembre par les troupes impériales la prise de celle ville, placées sous les ordres du maréchal Lou-

H est impossible clans les circonstances présentes de s'expliquer dans une lettre particulière; les esprits sont si eft'arouchés, si remplis de préventions les plus invraisemblables, que l'énoncé le |)lus simple pourrait être mal interprété, conséquemment je me borne à exposer en chiffre, dans ma dépêche d'office, des remarques étrangères à ce pays-ci , et qui déduisent ce que j'ai à observer sur la politique du dehors. Les soupirons ont été portés au point que l'on a arrêté les courriers des ministres et que leurs dépêches ont été ouvertes à l'assemblée des districts de Paris ; cependant la présence du Roi et de la Reine semble ramener le calme; le peuple donne à Leurs Majestés beaucoup de témoignages d'amour et d'attachement. Etant vues et jugées de plus près, Elles ne peuvent qu'y gagner infiniment. Quand la vérité percera, les troubles cesseront; car il n'y a plus matière à controverse ; le Roi se porte de son propre mouvement à tout ce que peut désirer la Nation; les calomnies élevées contre la Reine par des machinations infernales se dévoilent; le public paraît étonné de la manière dont il a été si indignement trompé ; il ne s'agit plus que de procurer l'abondance du pain, alors j'espère d'être à même de mander à Votre Altesse un nouvel ordre des choses satisfaisant.

M. le comte de Montmorin vient de m'apprendre la victoire remportée par M. le prince de Cobourg sur l'armée du Grand Vizir, et celle qu'a obtenue M. le prince de Repnin sur le corps commandé par Hassan Pacha; ce double événement ne peut manquer de faciliter une paix raisonnable; dans le courant de cette semaine je me rendrai à Paris pour y conférer avec le ministre, sur ce qu'il se proposera sans doute de mander à M. le comte de Choiseul-Goullier, relativement à la conduite que cet ambassadeur aura à tenir à Constanlinople d'après les directions de V. A.

P. S. Les préjugés du public de Paris sur l'alliance, quelque absurdes (ju'ils soient et de (|uelques sources qu'ils proviennent, pourraient ce|)endant produite de grands scandales j)oiitiques, eu égard à ma position ici et aux différents incidents auxquels elle pourrait donner lieu. Celte réllexioii me porte à soumettre à V. A. s'il ne conviendrait pas, par précaution, que je fusse dûment autorisé à prendre suivant les circonstances, sur cette même position personnelle, tel parti (]ue je croirais convenable à éviter les inconvé/iients; bien

entendu dans tous les cas je ne me déterminerais à rien qui no fût concerté de bon accord avec le ministère du Roi, lequel, par son vrai attachement à l'union des deux cours, et par sa conviction de l'utilité réciproque dont elle est, gémit d'un délire populaire qu'il ne peut dissiper que lentement, et dont il ne peut même régler les mouvements. Une lettre ostensible de V. A. sur cette matière, si elle était ouverte avant de me parvenir, ne pourrait sans doute qu'éclairer les esprits.

Chennevières , le i3 octobre tySg. — Au moment du départ du garde-noble, la Reine me fait parvenir un billet que je n'hésite pas à présenter à V. M. en original'", attendu que si mes dépêches étaient

W Nous croyons qu'on nous saura gré de réimprimer ici les lettres échangées entre ia Reine et le comte de Mercy après les journées d'octobre , bien qu'elles aient déjà été publiées par M. Feuillet de Couches, t. I, p. 303 et suivantes de son recueil :

Le comte de Mercy à la Reine, Chennevières, ce mardi 6 octnbre f/Sg. — it Madame, sur un bruit confus, qui s'était répandu hier au soir, de quelque tumulte à Versailles, je m'y suis rendu, ce matin, à huit heures, avec le projet de voir d'abord M. de Saint-Pricst. Il me fut dit qu'il ne pouvait pas me recevoir et qu'il me conseillait de repartir sur-le-champ. Je fus trouver M. de Montmorin; j'appris de lui, mais vaguement, ce qui se passait. 11 m'exhorta à repartir tout de suite, en m'observanl que je ne parviendrais certainement pas à remonter au château; que si on s'apercevait même que j'en eusse le projet, cela pourrait inlluer en mal sur la circonstance du moment, à laquelle ma présence, ne pouvant être d'aucune utilité, deviendrait au contraire très nuisible.

Quoique je n'eusse d'autre parti à prendre que celui de céder à l'avis qui m'était donné, je conclus cependant à faire une tentative pour arriver aux antichambres de

V. M. ; mais j'en trouvai les avenues impénétrables. Il fallut donc partir sous la seule assertion du ministre que tout paraissait se calmer; que M. de la Fayette espérait de faire retirer sous peu d'heures la milice et la populace parisienne et qu'il m'enverrait ce soir un exprès pour m'appiendre l'issue de ce mouvement. Cette promesse ne peut calmer mes inquiétudes inexorables et je supplie V. M. de me faire dire si ma présence ou mes soins peuvent être de la moindre utilité à son service. Rien certainement ne m'arrêtera quand la Reine aura daigné m'apprendre ses intentions, n

La Reine au comte de Mercij, 7 octobre 17S9. — trJe me porte Lien, soyez tranquille. En oubliant où nous sommes et comment nous y sommes arrivés, nous devons être contents du mouvement du peuple, surtout ce matin. J'espère, si le pain ne manque pas, que beaucoup de choses se remettront. Je parle au peuple; milices, poissardes, tous me tendent In main; je la leur donne. Dans l'intérieur de l'hôtel de ville, j'ai été personnellement très bien reçue. Le peuple, ce matin, nous demandait de rester. Je leur ai dit de la part du Roi, qui était à côté de moi, qu'il dépendait d'eux que nous restions; que nous ne demandions pas mieux; que toute

eiiievéfs et ouvertes, ou y verrait des marques bien claires fies vrais sentiments de ia Reine, et on rougirait de tant dabouiinables calom-

Iiaine devait cesser; que le moindre sang répandu nous ferait fuir avec honeur. Les plus près m'ont juré que tout était fini. J"ai dit aux poissardes d'aller répéter tout ce que nous venions de nous dire, .le suis désolée que nous soyons séparés; mais il vaut l)ien niieu\ que vous restiez où vous êtes pendant quelque temps. Vous aurez de mes nouvelles le plus souvent que je pourrai. Adieu; comptez à jamais sur tous mes sentiments pour vous. 71

Le comte de Mercy à la Reine, Clieiin?viires, le lo octobre tjSg. — «Madame, le billot de V. !\f. me tranquillise. Je vois par les premières démonstrations du puMic qu'il est disposé à revenir des préjujjés absurdes qu'on lui avait inspirés et que la vérité, soutenue par la présence de la Reine, ne peut manquer d'eCTacer proniplement. J'allais me rendre vendredi à Paris; mais je resterai encore quelques jours ici. J'espère que, la semaine procliaine, il n'y aura plus d'obstacles à mon retour en ville, ne fùl-ce que pour y passer une journée. H serait essentiel que j'eusse les moyens de rendre compte à V. M. de plusieurs détails aussi intéressants pour la France que pour le bien général. Si dans quelque moment d'une soirée où les démarches sont moins remarquées , la Reine jufjeait pouvoir m'accorder un instant d'audience, je me rendrai aux ordres qu'F.lle daignerait me faire donner.

trJ'onvoie à M. de Montmorin la lettre de ri'jnpereur. Si V. M. y fait réponse, le ministre me l'enverra et je ia ferai partir lundi par le courrier mensuel.

ffCe que mon zèle me fait envisager de plus important dans la conjoncture présente, c'est que la milice, son chef et le jieuple aient lieu de s'all'cctionner à la Reine. Quelques actes de bienfaisance que l'on verra émaner directement de V. M.

produiront un effet qui peut encore remédier à tout.

fl/Empereur mande sans dout:" à V. M.

les nouvelles satislaisanlc^ sur le rétablissement de sa santé. Le siège de Relgrade est formé. Les lettres des différents corps d'armée annoncent que la campagne finira beur'usenient. Le calme se maintient dans les Pays-Bas par les bonnes mesures que l'on y prend pour contenir les séditieux. n

La Reine iiu comte de Mercy, Paris, le 10 octobre 17S3. — «Je n'ai reçu qu'aujourd'bui. Monsieur, votre lettre du mardi G. Je conçois toutes vos inquiétudes, ne doutant pas de votre parfait attachement. J'espère que vous avez reçu ma lettre de mercredi, (|ui vous aura un peu I assuré. Je me porte bien et, malgré toutes les méchancetés qu'on ne cesse de me faire, j'espère pourtant ramener la partie saine et honnête de la bourgeoisie et du peuple. Malbeureusemont, quoiqu'on assez grand nombre, ils ne sont pas les plus forts; mais avec de la douceiu" et une patience à toute épreuve, il faut espérer qu'au moins nous parviendions à détruire fborrible méfiance qui existait dans toutes les tètes et qui a toujours entraîné dans les abîmes où nous sommes. Vous écrirez à l'Empereur pour moi; je crois qu'il est plus prudent que je ne lui écrive pas dans ce moment, même pour lui mander seulement que je me porte bien. L'Assemblée va venir ici; mais ou dit qu'il y aura à peine 600 députés. Pourvu que ceux qui sont paitis calment les provinces, au lieu de les animer sur cet événement-ci; car tout est préférable aux horreurs d'une guerre civile!

«J'ai été bien aise que vous ayez pu vous sauver de Versailles. Jamais on ne pourra croire ce qui s'y est passé dans les dernières vingt-quatre heures. Ou aura beau dire, rien ne sera exagéré et, au contraire, tout sera au-dessous de ce que nous avons vu et éprouvé.

itVous ferez bien de ne pas venir de

nies et de tant de soupçons absurdes que l'on s'est permis. Quoique je

ne fasse rien qui ne tourne au plus grand éloge de la Reine je dois

cependant soumettre à V. M. s'il ne vaudrait pas mieux qu'Elle ignorât

que j'ai envoyé son billet, attendu qu'Elle ne paraît pas avoir prévu

que je pourrais prendre ce parti, dont je ne Lui rendrai pas compte

V. M. daignera observer par les dates que Paris est resté fermé

jusqu aujourd'hui. Tout y est maintenant assez tranquille; lorsque les

ridicules cesseront, les esprits se calmeront et il y a apparence qu'à

tous égards les choses rentreront dans un bon ordre. Je me hâte de

taire partir le garde-noble et suis

Vienne, le 3 novembre 178c).— Mon cher comte Mercy, j'ai reçu par le courrier votre lettre; il ne lui est arrivé aucun accident en che- "im. Quoique j aurais bien désiré d'avoir dans ces moments cruels et aiireux des nouvelles directes de ma sœur, néanmoins j'ai très bien apprécie ses raisons, et dans la lettre ci-jointe que je lui écris, je no dis pas un mot du billet original que vous m'en avez envoyé et que je vous rejoins ici, en vous assurant qu'il m'a fait beaucoup de plaisir et que dans ces moments oh je suis si cruellement inquiet pour son sort, ,1 ma été vraiment consolant de voir de son écriture, et les sentiments de courage et de patience qu'elle y déploie, de même que a justesse avec laquelle elle envisage les seuls moyens à contenir 1 elfervescence du moment. Que puis-je vous dire d^ cet événement'^ Tous les détails en sont horribles; les dangers que la Reine a courus et quelle court encm-e me font frémir; et comment tout ce chaos se debroudlera-l-il.^ Cest ce qu'il n'est pas facile de prévoir. L'acharne-

quelque temps ici, cela inquiéterait en- moi et an moin, no

core. Au reste, je ne peux voir personne 71 n \ """'"'"' "i" «""pçonnera-

nant, j'ai„e n.ieux qu'ils soient aup.és'de «noX.f ' " '"'" '"'"'''' ''

ment (|ue la Nation manifeste contre l'alliance et ma personne est d'autant plus injuste et inconcevable, que l'alliance leur a rendu les plus grands services, et que dans ce moment encore elle lui donne seule quelque considération, en la conservant malgré son injustice, sa mauvaise volonté et même son impuissance. Je ne trouverais au reste que de la facilité et directement et surtout par la Russie, en me procurant même des avantages, si je voulais me lier avec l'Angleterre pendant que dans la situation actuelle de la France le roi de Prusse même n'en voudrait pas pour alliée.

Pour votre information et, si vous en avez l'occasion, pour celle de la Reine je vous joins ici la copie d'une leltre bien singulière que le comte d'Artois m'a écrite et que le baron d'Escars, qui se trouve actuellement ici, m'a remise de sa part "'. Je ne lui ai pas gazé dans ma réponse ma façon d'envisager les choses, et si même ma lettre venait à être connue, je crois qu'elle ne pourrait que prouver ;\ toute la nation française le bien que je lui veux.

Je ne vous parlerai point politique, puisque je crois qu'on en est actuellement fort peu occupé en France, néanmoins vous verrez par les dépêches du prince de Kaunitz de quoi il s'agit. Malgré tous nos succès et ceux (|ui probablement s'ensuivraient dans une troisième campagne, je suis porté de préférence pour la paix. Je ne désire point des grandes acquisitions, pourvu que la paix me donne sûreté sur mes frontières par les places. Le vertige est en vérité trop fort qui a gagné presque toutes les nations, et l'exemple de tout ce qu'on a osé en

(') La loltre du conilo d'Ai-tois et ia réponse de l'Empereur se trouvent plus loin, sous les numéros i34' et l34^ p. 276 et s.

Comme, à notre connaissance, elles n'ont pas encore été imprimées, du moins en entier et en français, nous avons pensé devoir les publier ici. Le comte de Vaudreuil écrivait le 21 novembre 1789 au comte d'Artois à propos de cette réponse le passage suivant : cJe reviens à présent à la leltre que vous avez reçue , et dont je voudrais bien avoir la copie, ainsi que de la vôtre, car il m'est impossible de bien jujjcr sans cela. J e ne suis pas du tout surpris de la réponse; mais je suis très étonné que vous l'ayez eue |)ar écrit. Quant aux [irincipcs qu'elle

renferme, ils ne m'étonnent pas. Ce sont ceux que cette cour a adoptés pour ellemême et elle finira par en être aussi la victime. La destruction du clergé et l'abaissement de la noblesse sont depuis longtemps son système comme en France; et je suis bien convaincu que cette erreur, la plus grande que puisse adopter une monarchie, nous a été soulUée, communiquée par cette cour et que l'afTaiblissemcnt de la monarchie française a toujours été son système suivi. n Correspondance intime du comte de Vaudreuil et du comte d'Artois pendant l'émigiuilion {iy8g-i8i5), publiée par M. L. Pingaud, Paris, Pion, 1889, in-8", I. 1, p. 3:i.

France iinpunt^nient et ce qui arrivera peut-être encore, est en v.^rilé trop tentant pour la plus basse classe du peuple, pour que chacun n'ait point a dësirer dans ces circonstances la paix.

Mes provinces belgiques ne sont malheureusement que trop infectées de ce poison et je ne sais encore ce qui en arrivera, puisque l'on iait journellement des nouvelles découvertes de complots les plus odieux. Je vous prie, mon cher Comte, de contribuer de votre côté à laire avoir au gouvernement tous les renseignements possibles On a été même encore à croire que le duc d'Orléans y était pour quelque

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Adieu, mon cher Comte, je me mets bien à votre place et je sens ave^c peine tout ce que vous devez souffrir, attaché comme vous l'éfes h la Ke.ne et a un pays que vous regardiez comme une seconde patrie et qui eliectivement avait tant d'avantages et d'agréments.

Ma santé est toujours de même, je ne me crois plus malade, mais aussi par conséquent plus dans le cas d'être guéri d'un mal habituel au poumon, ce qui me fait beaucoup tousser et expectorer et qui difficulté tout exercice, puisque en montant quelques escaliers et en marchant un peu plus vite seulement, je suis tout de suite hors d'haleine et ai des battements de cœur.

Croyez-moi bien sincèrement avec toute l'estime et amitié

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