LE COMTE DARTOIS À JOSEPH
ter clans l'anaicbie la plus complète. On emploie tous les moyens pour avilir le cliel" de la Maison de France; on le dépouille de toute son autorité légitime; on le force de signer ce (jui peut exister de plus contraire à ses devoirs et à ses principes et on finit par le traîner en caplivilé au milieu de sa capitale. On menace la Reine; on pousse la barbarie jusqu'à l'insulte; et enfin on La réduit à devoir craindre à tous les instants pour sa vie, si le courage surnaturel qu'Elle a puisé, dans le sang dont Elle est issue, La rendait susceptible du moindre senliment de terreur.
V. AL est monarque; Elle sait apprécier les justes droits attachés à ce titre; V. M. connaît tous les devoirs d'un allié fidèle; enfin V. M. est frère et ce sentiment gravé dans son cœur s'y confond avec celui de l'honneur.
Après un récit d'autant plus cruel , qu'il est éloigné do la moindre exagération, je pourrais garder le silence, et le caractère connu de V. i\L me serait garant de sa réponse; mais je La supplie de me permettre une seule réflexion : c'est que la cause du roi de France est non seulement celle de tous les souverains, et qu'ils doivent tous redouter un pareil sort, s'ils ne délivrent pas celui auquel on ne peut reprocher qu'un excès de bonté et de douceur.
Depuis le moment où le devoir, Tbonnenr, le patriotisme même m'ont contraint à éviter le fer des bourreaux en méloignant de ma patrie, j'ai vécu dans le silence et la retraite. J'espérais sans cesse que mes aveugles concitoyens, connaissant enfin leur erreur, viendraient aux pieds de leur Roi Le su])plier d'oublier leurs crimes et de reprendre une autorité aussi nécessaire que légitime. Je voyais encore mon malheureux frère jouissant d'une liberté apparente, et tant que cet état eût duré, je me serais cru coupable d'invoquer les secours, même de nos plus proches alliés. Mais depuis l'affreuse journée du 6 octobre, depuis l'instant où les rebelles ont mis le dernier comble à leur atrocité, mon silence deviendrait un crime et ma sagesse une lâcheté.
C'est donc au nom du sentiment le plus tendre, au nom de l'honneur même, enfin, j'ose le dire, au nom du plus fort intérêt de V. M. que je Lui demande avec confiance non seulement ses conseils, mais les secours les plus actifs et les plus puissants. Je connais la position de V. M.; je sais qu'Elle est au moment de terminer la guerre la plus
brillante, mais la plus dispendieuse; je sais que le venin qui nous infecte commence à se répandre dans les Etats de V. M. , mais je ne connais rien de plus grand, rien de plus noble, rien enfin de plus utile à V. M. que de secourir son beau-frère, de délivrer sa sœur, et de rendre au plus fidèle allié de V. M. l'élat et la puissance nécessaires à la tranquillité de toute l'Europe.
Je dois ajouter à V. M. que les princes du sang de France, qui ont partagé mon sort, partagent tous mes sentiments, et que nous verserons avec transport la dernière goutte de notre sang pour bien servir notre Roi et notre patrie. Le baron d'Escars, qui se trouve en ce moment l\ la cour de Y. M., est celui que je charge de Lui remettre cette lettre; je connais depuis longtemps les sentimenis du baron d'Escars, et j'ose assurer V. M. qu'Elle peut lui témoigner bonté et confiance. Il entrera dans plus de détails avec V. M., et c'est par lui que je La supplie de me faire passer sa réponse.
Je l'allends avec autant de confiance que d'impatience, mais je supplie V. M. d'être sûre que rien dans la terre ne pourra altérer les sentiments aussi tendres que respectueux que je Lui ai voués pour la vie.
Je suis. Monsieur mon frère, de V. M. le très affectueux frère et serviteur.
CHAULES PHILIPPE.