‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 25 sur 37 · JANVlEIt 17G · texte numérisé non relu

JANVlEIt 17G

sanU? (le iiolie iuijjiisle souvoraino, en sVxprimant (oiijmiisî avec (•l'aiiilc, iiilércH el aniilié; (iiic sur le troisième jioiiit (jui vous foncernc, iMonsei- <;iieur, le Roi avait or'doiiue' à sou niiuistro de s'occuper des moyens d'engager V. A. à ne pas abandonner le maniement des afi'aires; qu'en (•onse'(|uence, il était enjoint à iM. de Durlbrt, qui paitira cette semaine, de saisir toutes les occasions qui se pre'senteraicnt, à pouvoir exposer à V. A. les de'sirsdu Roi Tr. Chr. et le sentiment de son conseil.

P. S. Au moment du dépari de ce courrier, j'apprends par une lettre de Vienne datée du 3o décembre, que Madame la comtesse de Questenberg était infiniment mieux, presque même hors de danger. Je ne puis exprimer à V. A. la joie que me cause cette nouvelle, el j'ose La supplier de vouloir bien me la faire confirmer le plus tôt qu'il sera possible.

liennc, le 28 janvier JjGj- — Je vous remercie, mon cher Comte, de tout ce que vous avez bien voulu me marquer, de voire main, dans vos lettres confidentielles du 99 décembre el 12 janvier. Toutes vos réflexions sur les causes vraisemi)lables des propos, des démarches et des procédés depuis quelque temps de la cour où vous êtes, sont ti'ès jusles. Assez communément, en partant d'une supposition, les hommes en gi'néral l'ont ce qu'ils feraient s'ils partaient d'une vérité; combien cela ne doit-il pas arriver à des gens aussi soupçonneux el méfiants, cl aussi légers et prompts à se déterminer que le sont par tempérament ceux avec lesquels vous vivez, surtout sous le ministère d'une tète aussi bouillante ([ue l'est celle du duc de Choiseul. Heureusement il peut être arrêté et ramené, comme j'en ai l'expérience depuis dix ans, lorsque parde bonnes raisons, et avec de la douceur ou de la fermeté à propos, on parvient à lui ouvrir les yeux sur ses égarements. C'est ce qui m'a engagé à vous charger de tout ce que contient aujourd'hui ma lettre d'office et à lui écrire directement celle dont je vous envoie copie C.

'" Kaunilz à Choiseul , Vienne , le a 1 jan- dus avairnl répandus sur l'anTaire de San

fier /7C7. — • sM. te conile de Mercy Remo et qui leur ont été d'autant plus

aura l'iionneur de vous informer, Monsieur désagréaMes qu'il n'est rien que l'un et

le Duc, de la satisfaction avec laquelle l'aulre souliaile plus vivement que de con-

l'Empercur et l'Inipéralrice-Reine eut ap- Irilmer de leur côté à tout ce qui peut èlre

pris qu'il avait eu le lionlieur de dissiper propre à soutenir sans la moindre alléra-

iiilln les nuages qu'uue suite de mcscnten- lion et à augmenter, même s'il se peut.

KAUNITZ A MEHCY.

Je vous assure (jiril est Irès faux (]ii(' notre jeune l"ni[ierenr n'est pas altaclié à l'alliance; je réponds ([u'il Test, et par principe; mais niallieu-

leiii' amitié sincère |)uiir li' Uni cl leur allaclipnient à son alliance.

<tLe comte de Mercy doit vous eN|)Osi>r aussi les raisons qui ne perniellent pas à l'Empereur de faire à ce sujet ce que I\I. Bérengcr vient de nous léuioijjner que le lîoi désirerait encore. 11 doit y .njouler des éclaircissements (|ui pourront, j'espère, vous tranquilliser à cet égard, en un mol tout ce qui peut se dire encore dans ce moment-ci sur cette alTaire.

ffll serait superflu, par conséquent, de vous donner l'ennui d'en lire la rapétilion dans cette lettre. Mais je croirais manquer en mémo temps à rallachement inviolalde (|ue j'ai voué à l'alliance et à mon amilié pour vous, si, dans cette occurrence, dont les suites possibles méritent à mon avis d'autant pins d'attention que, par la petitesse du motif, elles peuvent paraître en mériter peu , je ne vous ouvrais mon cœur avec cette confiance qui se trouve établie eniro nous depuis longtemps et avec laquelle, comme vous savez, nous nous sommes promis de nous écrite directement, dans des circonslances essentielles.

ir Je ne puis donc pas vo^s cacher, Monsieur le Duc, que je suis peiné et même alarmé de voir tout ce à quoi vous a enj;aj;c depuis (pielque temps la plus petite lies afiaires possil\los à mon avis, uniquement parce qu'on s'e.st laissé aller à lui at- Iribuer une valeur qu'elle n'avait pas, avec des vues et des suites qu'on ne devait pa'^ lui supposer.

irJo vois à mon grand regret qu'on pari eufore d'anciens ])réjugés dans la façon d'envisager tout ce qui a rapport à l'Empereur et à l'Empire. Bien des gi'ns ne voient pas ou ne veulent pas voir (pi'entre l'Allemagne, compasée aujourd'hui de tant de piruces et d'Etats très puissanis et celle des siècles |)assés, il n'y a nulle comparaison, non plus qu'entre l'autorité des emlicreiirs d'à présent cl celle de ceux des temps passés. On nç voit, on ne veut pas

\oir (|uc rEru|)erenr d'une des maisons d<! •'.Allemagne, ])uis.santes par elles-mêmes, a a.ssurément moins rl'intérét que personne au maintien du système du corps germanique et que, si ce n'était pour satisfaire aux devoirs de la place que les électeurs, princes el Etats dr l'Empire lui ont confiée, tout ce qui pourrait arriver de l'inaction des tribunaux de justice .suprême de l'Empire, de rinexécutioii des lois et constitutions, de la confusion générale qui en résulterait, et de la dissolution de tout ie système du gouvernement germanique qui s'ensuivrait enfin nécessairement, pourrait lui être assurément plus indiffèrent qu'à tous ceux de ses coélals de l'Empire, qui ne sont pas autant que lui dans le cas de n'avoir rien à appréhender de personne el d'être sur de jouoT un grand rôle sur le théâtre politique de l'Europe, quoi qu'il pût arriver à l'égard de l'Allemagne en particidier.

ffDans tout ce que jieut faire l'iiérilier présouqilif de la .Maison d'Autriche en sa qualité d'Empereur, quelle vue peut-il avoir? Quel autre motif |ieut-on raisonnablement lui snppo.ser que celui de voidoir satisfaire à ses devoirs? Tout ce qu'il pourra faire à cet égard n'ajoutera assurément rien à sa grandeur et ne lui fera nul profit. On ne peut plus rien en appréhender pour les princes pnis.sants de l'Allemagne el les faibles ne peuvent cpi'y gagner. En un mol, je ne conçois pas comment il peut .se fiire qu'an lieu de voir de sang-froid que (les soins de l'Empereur il ne peut au monde, avec beaucoup de peines et de désagréments, lui en revenir que la seule .satisfaction de faire son devoir et de ne jtas laisser dégrader s,! place ])endanl son administration, on pinsse se laisser aller à lui su|ipciser des vues (|ui scraieni iuuliles et ([u'il n'a pas be.soiu d'a\oir, s'etïaroucher sur' des fantômes, ellets d'anciens pri"jiigés et parlii' de là dans tout ce ipie l'on fuit. Encore une fois je ne le conçois p(i3 et je suis moyennant cela aussi éloimé qu'affligé

iî8 JANVIER 17f)7.

reuscment il n'est pas coiiuet du loiU. Il oublie souvcnl ((u'iivuc Madame la France, sou alliée, il laudrait l'être, parce qu'elle est française, et c'est

ilo fiuil co que je viens tle voir arriver à roccasioii (le celle riiiséralile olVaire do San

nciiio.

ttCcliii des Iribiinaux suprêmes de l'Empire que l'on appelle le Conseil in)périal Aullque, en vcrlu de nos lois et conslilulions est chargé de défendre les droits de l'Empire et d'administrer la justice à tous ceux (pii, pour se la faire rendre, s'adressent à lui. Il peut et doit s'ac(|uitter de ces deux devoirs d'olVice; il n'a même pas besoin pour cela de la permission de l'Empereur et ce prince est beaucoup moins encore en droit de l'cmpèclier de faire son emploi. Les San Rémasques, depuis plusieurs années, crient à l'injustice; le Collège clectoi'al même presse l'Empereur par une lettre collégiale de la leur faire administrer. L'Empereur se voit dans le cas de ne pas pouvoir se refuser à tant d'instances. Le Conseil Aulique prononce, comme il croit devoir le faire, et l'Empereur, en conséquence de la marche légale des choses, confirme la sentence ; mais il fait cependant en même temps tout ce ([ui peut dépendre de lui en assurant le roi [de France] et le roi d'Espagne que, par égard pour eux, il ne s'ensuivra rien qui puisse Irunbler la Iranquillilé de l'Italie. Il no nianque en lien à ce (pi'il a déclaré et promis, en un mot en faisant ce qu'il n'a pu se permettre de ne point faire, il use néanmoins de tous les ménagemenis possibles,

(tVoilà le fait dans l'exacte vérité et c'est cependant dans cet état de choses que, lorsqu'il croyait devoir le moins s'y attendre, il arrive que la France lui fait une espèce de déclaration de guerre, en lui annonçant qu'elle avait offert des Iroupes à la lîépuhlique de Gènes pour la mettre en état de s'opposer plus eilicacement h l'exécution de la sentence du Conseil impérial Aulique et que, de plus, nous apprenons peu après que les ministres du Roi à la ilièle de l'Empire et dans plusieurs cours d'Allemagne sollicitent, de leur propre

mouvement et sans on avoir éli' reipiis le moins du monde, ceux des Etals rassemblés à Ratisbonne, ceux de Ravière à Munich et autres dans PEinpire, de leur fournir l'occasion de se mêler de l'affaire purement domestique do la Visitation de la Chambre, de celle des monnaies, du cérémonial des ministres de l'Empereur aux cours d'Allemagne, etc., et encouragent en un mot tout le monde à s'ameuter contre l'Empereur.

tfje vous avoue. Monsieur le Duc, que je suis vivement peiné de tout cela ; je sais bien que je peux et dois me rassurei' sur la connaissance que j'ai des intentions de nos maîtres et des vôtres, mais en même temps que je me crois en droit d'être fort tranquille sur la façon de penser des grands princes et de leurs niinislrcs comme tels, je n'oublie pas qu'ils sont hommes, sensibles par conséquent, et ainsi que capables d'amilié, susceptibles de toutes les impressions auxquelles est sujet le cœur humain. Je respecte beaucoup et connais tout le piix delà raison d'Etat, mais je suis bien éloigné malgré cela de regarder comme indilTércnts dans les liaisons des grands princes les senlinieiils qui les lient personnellemenl. Je ne voudrais pas que ceux de l'Empeicur et de l'bnpératrice pour le Roi, auxquels je vous gnrantis qn'il n'y a rien au monde à désirer, ainsi que ceux du Roi, dont égidement je prends toujours la liberté de me rendre garant, dussent éprouver jamais la moindre altération. Ils ont le bonheur de vivre les uns et les antres, à mou avis, dans le systùme politique qui convient le plus à leurs intérêts, et ils sont faits par leurs vertus et la conformité de lenr façon de penser pour être aussi liés par le senliment que par la raison.

trMetlez donc en œuvre. Monsieur, je vous en conjure de votre côté, ainsi que je vous promets do le faire du mien, tous les moyens que vous croirez les plus propres à rétablir pronqUement la ronliance et l'ami-

KAUNITZ A MEHGY.

de ces petites néjjlijfu'uces de sa part, et de \a valeur intrinsè(|ia' que leur attribue la. vivacité française, que vient tout le mal. Car au fond, je vous répète qu'il n'y a rien désirer sur ses sentiments, et moyennant cela, comme raison veut que l'on aime ses amis avec leurs défauts, et qu'ainsi qu'il faut bien que nous pardonnions souvent à Messieurs les Français des élourderies et des incartades, ils pardonnassent aussi à l'Empereur de n'èlre pas toujours l'ami le plus tendre de ce monde, parce qu'il n'en est pas moins pour cela un ami vrai et solide, et que, tout compta, c'est là l'essentiel, Sapienti pauca. Je ne suis point inquiet parce que vous êtes ià-bas, et que nos affaires par conséquent sont en bonnes mains, et je me flatte, cela étant ainsi, que par vos soins et les miens, la lumière reprendra enfin le dessus sur les nuages. Mais en voilà bien assez quant aux afl'aircs dont je ne comptais pas même vous parler dans cette lettre amicale, lorsque j'ai commencé à la dicter.

Agréez, mon cber Comte, mes remerciements sincères pour la part que vous avez bien voulu prendre à mes inquiétudes pour la santé de ma sœur; vous m'avez soulagé en les partageant, et ma sœur et moi, nous avons été bien sensibles tous deux à ce nouveau témoignage de votre amitié que vous savez nous être bien chère. Ma sœur est, grâce à Dieu, parfaitement rétablie; mais ce qui doit vous étonner, c'est (pi'elle est absolument déterminée à se retirer dans un couvent, et je ne dois pas me ilatier que quelque chose puisse la dc'lourner de l'exc'culion de son pi-ojet, puis(]ue son amitié pour moi n'a su le faire; vous comprenez combien cela doit me chagriner.

Quant à vous, je vois d'ici que vous devez être on ne peut pas plus agréablement dans le pays oii voys êtes, parce qu'on y sent communément le prix de la vertu, du mérite et des agréments. Je n'en suis donc point étonné, mais je m'en réjouis sincèrement avec vous. Témoignez, je vous prie, à Mesdames Biondel et Dupin, (jue j'ai été extrêmement sensible à l'honneur de leur souvenir, et assurez-les que je leur suis toujours

lié personnelles. Conibnllez, ilélruisez, romriic il vous sera aisé de le faire, les fanlômes et loule méfiance et pour cel elTet ne lardez pas surtout, je vous prie, à révoquer bien pi-omplenient les ordres qui peuvent avoir été donnés aux ministres du lîoi eu Allcinajjne, dont uns ennemis se njouissent et làclieronl de se (irévaloir et donl il ne [leut nous revenir (pie du mal lie part et d'a{ilre. V.n un mol, failes, je vous |)iie,romuic nous avons si liien lait depuis dix ans, el pourvu (pie vous vouliez

Lien ne jamais nous demander ce (]uc nous lie pourrons pas laire, soyez assuré que nous ne vous laisserons jamais à rien désirer. Prenez en bonne pari tout ce que je viens (le vous dire, uniquement, je vous assu,re, pour ie bien des clioscs et par confiance pour vous. Comptez que nous pensons par système et par amitié comme le tioi peul le souliallcr et failcs-inoi la (;ràce d'elle persuadé ipTen mon nom paiiiculicr je vous suis bien sinci'renieixl al^'iclié cl pour la vie ... •)

bien sincèrement allailié. Ténioijfnc/, aussi à M. ie duc de Clioiseul, si jamais il se pii'seninit l'occasion de pouvoir le faire sans alTectalion, que le Uoi peut en loule siîcurile continuer à in accorder sa confiance dont je sens tout le prix, et cjue vous pouvez l'assurer que je mériterai toujours, parce qu'assurément je ne le tromperai pas et je ne l'en ferai jamais repentir. Mais faites eu sorte aussi, si vous pouvez, que l'on chemine droit avec moi, car je n'entends pas raillerie sur ce chapitre, comme je lai prouve' dans l'occasion.

J'attends avec la plus grande impatience les modèles de ressort et d'une voilure de nouvelle consiruction, que vous me promettez de m'envoyer, à ce que m'a assuré notre grand Baillif dont vous trouverez une lettre ci-jointe. Je vous sais bien bon gré d'avoir pensé à me donner ce petit amusement, et je vous serai extrêmement obligé si vous voulez bien m'envoyer de temps à autre ce qui pourra paraître d'intéressant en ce genre et m'averlir aussi de ce qui pourra paraiire digne d'attention dans d'autres parties des mécaniques, des manufactures et des arts. Envoyezmoi aufsi, je vous prie, par le premier courrier autrichien, français ou espagnol, qui de Paris viendra à Vienne, l'aunage nécessaire pour un habit complet, c'esl-à-dire habit, veste et culotle d'un velours ouvragé de la couleur de l'érhanfillon ci-joint et point plus clair, surtout le meilleur en qualité et le plus joli en dessin possible, et adressez le paquet à notre chevalier .Montecuccoli, pour m'épargner les embarras de noire douane. Conservez-moi votre amitié et souvenez-vous toujours que vous n'avez pas un meilleur ami (]ue moi, et que je suis aussi tendrement que sincèrement pour la vie, mon cher Comte, votre tendre ami qui vous airne bien.

Viviinc, le Q mars ijGj. — Je vous prie, mon cher Comte, de témoigner à M. le duc de Choiseul combien j'ai été peiné de son indisposition et combien sincèrement je lui souhailc longue vie, parfaite santé et plein contentement. Tel que je le connais et que je connais le pays où vous êtes, tout ce que vous me dites sur son compte ''' est très bien vu de voli'e part, et les armes que vous vous proposez d'employer pour conibaltre ses défauts sont si bien choisies, à mon avis, «jue je ne puis que vous encourager à vous en servir dans les occasions.

"' Utile Ivlli'f niaiiqui'.

330 KAUNITZ A MEHGY.

A l'iii-^lar (li; ce (jtic j'ui dil en di'iiiii'r lieu à l\l. de DiirCorl, ;ui lusoin mais 11011 aiilrenu'ut, il raiidrn dire Irî's naliiivlloinciil à M. le duc de tJlioiseul, s'il s'avisait de vouloir se plaindre encore de la ])ublicntion faite à Camporreddo O, que ce serait se moquer des gens dans une allaire de droits prétendus et contestés entre deux parties, d'exiger que l'un des deux, par un silence et inaction totale, donnai jiour ainsi dire gain de cause à l'autre, pendant que celui-ci, 1res insolemment, ferait comme font les Génois, tout ce qu'il jugerait à propos de faire pour soutenir ses prétendus droits d'indépendance. L'Kmpereur, uniciuemeut par égard pour la France, a bien voulu se borner à ne faire de son côté (|ue ce qu'il faut indispensablement pour mettre les droits de l'Empire à couvert, et il serait absurde, par conséquent, de vouloir (jue pas même cela il ne dût le faire. En tous cas, comme il est certain (pie l'on ne nous fera jamais lien faire de déraisonnable, je souhaite fort qu'on ne nous demande, non plus jamais rien de tel. En échange, nous ne nous refuserons jamais à tout ce qui se pourra et je désirerais fort, moyennant cela, que Ion put partir de là toujours lors(jue l'on a quel(|ue chose à nous proposer.

Je vous suis bien sensiblement oblig.', mon cher Comte, de m';ivoir envoyé le joli petit modèle dont vous avez chargé le courrier de la Montagne, ainsi que le velours. La commission a été très bien faite et le petit modèle est charmant; fai(es-moi envoyer le mémoire de ce (]ue tout cela coule afin que je puisse en ordonner incessaineut le remboursement. Mandez-moi un peu si la construction de ces nouveaux ressorts a acquis (pielqiie vojfue dans le public et quelle est, à leur égard, ro|iiiiion des jfcns intelligents. Il me semble (juil s'ag'it di; savoir s'ils font bcaucouji plus d'ell'et que ne ferait tout uniment l'élasticité d'une bonne soupenti;. Si cela est, et (|ue d'ailleurs c(!lte construction ne soit pas aussi sujette à se casser (pi'elle me paraît l'être dans plusieurs de ses parties, cela peut être bon; sinon, cela ne vaut rien. J'attendrai donc ce que vous pourrez me marquer à cet égard et, en conséquence, je vous prierai de me faire faire les quatre grands ressorts nécessaires pour deux soupentes propres à porter une berline, pour n'avoir pas femijarras de les faire faire ici, ou je n'en ferai rien.

Je suis bien sensible aussi, mon cher Comte, aux compliments que vous me faites sur le rétablissement de ma sreur cl, comme je sais ([ue c'est bien sincèrement que vous avez la bonté de vous intéresser à nous, je crois devoir vous informer (|u'il n'est plus (pieslion de retraite, et vous

'" Sur l'cirilrc de l'Empereur, la soiilcmi' ilii Conseil impérial AuJiipic conire la lîopiil)li(]iii^ (le (ii'iics avait clé aussi publiée et affîcliéo à Campoirecido, (pii élail un ancien fiel relevant de riimpire.

i) MARS 1767. 331

iinajjincz bien le plaisir ((iio tola me l'ail, vu tous les scntimcnls (jiii nfallaclienl à celle bonne sieur.

Je n'ai rien fait jusqu'iri pour votre boninie de confiance, qui est en Honjjrie, parce qu'il ne m'a rien demandé; mais vous ne douiez pas, j'espère, (|ue je ne fasse dans l'occasion tout ce qu'il pourra nie proposer de conforme à vos intérêts. Souvenez-vous toujours, mon cher (lomte, que je vous aime bien et comptez que je ne cesserai jamais d'êlre, mon très cher fils, voire ami et serviteur.

Paris, k i" avril ijG-j. — Monseigneur, je suis bien pe'nélre' de toutes les nouvelles marques de bonté que contiennent la lettre parliculière et les deux P. S. dont V. A. a bien voulu m'honorcr par l'occasion du courrier que je renvoie aujourd'hui. J'ai tâché de faire bon usage des ordres (]u'il m'a apportés, mais mes soins ne sont encore que préparatoires, jusqu'à ce que j'aie réussi à convertir quelques subalternes et nommément M. Gérard, qui donne lieu à tous nos embarras en matière d'affaires d'empire, tandis que je trouve M. le duc de Choiseul beaucoup plus raisonnable, quand il parle d'a|)rès lui-même et point d'après ses bureaux. Il ne m'a plus l'ail de mauvaises chicanes touchant à San Remo et, en me prévalant de la confiance cpiil marque en V. A., je parviens peu à peu à reclifier les fausses idées dont il semblait occupé sur l'Empereur et sur plusieurs objets essentiels. J'espère que la force des raisonnements et le choix des moments à les employer procureront quelque succès à mon zèle, qui se trouve encouragé de plus en plus par la bonté avec laquelle V. A. daigne l'accueillir. Elle me permettra de Lui rendre mes très humbles actions de grâce au sujet de la communication des pièces que je renvoie, ainsi qu'Elle me l'avait ordonné. J'ai bien senti l'avantage d'être à portée de m'instruire par la lecture de pareils chefs-d'œuvre, (]ui sont dignes du génie et de la grande âme de leur respectable auteur; tout bon citoyen vous en doit des remerciements. Monseigneur. J'ajoute aux miens ce que me dicte de plus mon sincère attachement à votre personne.

Il était enjoint à l'homme que j'avais envoyé en Hongrie de ne réclamer votre protection, Monseigneur, ipie dans le cas où il rencontrerait des obstacles à remplir les points essentiels de sa commission; il s'en est ac(|uitlé sans dilficultc', à l'exceplion de celle que V. A. a bien voulu faire cesser et qui regardait la vente de (juelques papiers de la banque.

L'usage des nouveiiiix ressorts n'a ])as lépondu à ce qu'on s'en c'iait promis, ils font cependant pins d'elïel qnc la ineilleure soupente lorsqu'ils sont posés sous des caisses très lourdes, mais alors ils manquent du côté de la solidilc". L'expérience en a été faite aux voilures du Roi et plusieurs de ces ressorts n'y ont pas résisté. M. le Premier, qui en est l'inventeur, se flatte encore de remédier aux défauts de cet ouvrage; j'en rendrai compte à V. A. et Elle me donnera ses ordres en consé([uence.

J'ai mandé à mon agent daller recevoir chez l'intendant de V. A. le prix du velours, qui est de -iria livres. Quant au petit modèle de voiture, je ne pourrais, Monseigneui-, vous porter en com[)te une telle bagatelle, dont j'ignore la valeur, qui est très peu de chose et s'est trouvée comprise parmi des ouvrages qui ont été faits à mon usage.

Je prends la liberté d'envoyer à V. A. deux estampes, dont l'une, qui représente un tableau de Greuze, est fort eslinn'e ici. La seconde, qui est gravée par Aliamct,est moins belle, mais je crois qu'elle n'est pas encore connue à Vienne.

M. le duc de Choiseul s'est prêté de très bonne grâce à la demande (|ue je lui ai faite de la part de V. A., au sujet de Vestris, qui pourra restei' à Vienne jusqu'au temps du voyage de Fontainebleau, c'est-à-dire jusqu'à la fin de septembre. M. de Choiseul a trouvé qu'une permission par écrit n'était point nécessaire, elle aurait dû être expédiée par les directeurs de l'Opéra, vis-à-vis desquels \estris a contracté ses engagements; mais M. le duc se charge de tout et par là cet objet est arrangé comme V. A. l'a désiré.

11 me reste, Monseigneur, à vous témoigner toute ma sensibilité au contenu du P. S. où V. A. veut bien se ressouvenir de ma prière au sujet de la Toison et oîi Elle daigne, en même temps, me parler des convenances qu'il jjourrail y avoir pour moi à songer à me marier. Ma laçon de penser, mon âge ne sont point les seuls motifs qui me retiennent de prendre ce parti et il faudrait au moins, avant de m'y déterminer, que je visse plus clair dans l'état où feu mon père m'a laissé ses affiiires; elles ne répondent pas, à bien des égards, à sa réputation d'économie et d'ordre; depuis vingt ans plusieurs seigneurs hongrois convoitent mes terres dans ce pavs-là; feu M. le Palatin'"', l'archevêque, son fils et d'autres puissants personnages avaient pensionné et pensionnent encore un |)rêlenom pour soutenir un procès, (ju'ils ont perdu à trois reprises, et (jue leur crédita fait revivie contre toutes les lois du royaume, de façon que

''' 11 s'a j; il ici ilu fomlo Louis R.illliyany, on i ■;■ 27, riait ilc-puis i^lio arcliovOinie de

né en lOgO, noninié painlin ilo lIoiij;iio Kalocza; il dovinl en 177'' aixliovàiue do

on 17.51 et mort en I7()r>. Gran et primat de lloiij;rie; il niDurnl en

Son lits, le conile Joseph Ballli\any. né '7!)<)-

|p (lan{[ur dy èlrc dépouillé subsiste encoi'c contre moi. Ces exemples no sont point rares en Hongrie, quand il s'agit d'en expulser un élranijeinaluralisé, et si je devais subir cette injustice, alors ma fortune se réduirait à si peu de ebose qu'il ne vaudrait pas la peine d'en transmetire les débris à ma postérité. Le seul moyen qui pourrait me mettre à couvert serait que, par un effet do la protection de V. A., S. M. l'Impératrice daignai faire savoir au Petsonal^'^ de Hongrie qu'Elle se fera rendre compte dans son Conseil d'Etat du jugement qui aura été prononcé dans ce procès; ce serait une grâce de plus, et très essentielle, Monseigneur, que je devrais à vos bonlés.

Je me réjouis du fond de mon âme de ce que Madame la comtesse de Queslenberg s'est détachée de ses projets de retraite; je n'espérais pas moins de sa lendie amitié pour vous. Monseigneur; on vous doit tout quand on a le bonheur de pouvoir vous être utile.

P. S. Madame Gcolfrin, ([ui est comblée des marques de voire souvenir, Monseigneur, m'a prié de me charger de la lettre ci-jointe '-'.

''' On tlésignail conimuiiéiiient sous le nom de pevsonal le présideni de lu Cliambrc basse du parlement liongiois, qui était en mrme temps président de la laide royale, tabula regiu, et, en cette (pialité, prenait dans les actes le titre suivant : Presentùp 7'ei^iœ jicrsotiahs vi jadiciis locuin lencns, d'où le nom vuljjaire do peisonal.

l'^l Comme les relations de M"" Gcoffrin avec Kaunitz sont peu connues, nous croyons devoir publier ici ceUe lettre et une autre de l'année suivante, qui, autant que nous le sacbions, sont encore inédites; les originaux sont conservés dans les arcbivcs de la famille de Kaunitz à Jarmeritz, en Moravie.

il/"" Geojfrin à Kaunitz. Paris, U au mars f/G-j. ■ — rMon cher, mon adorable prince, je vous le répéterai sans cesse, non, non, je n'oublierai jamais les bontés dont vous m'avez comblée pendant mon lieureux séjour à Vienne. Mon cher prince, quand vous ne me direz rien, je respecterai votre silence et vos occupations, mais toutes les fois que vous me ferez un petit signe, je parlerai.

ttConmicnt serait-il possible de no pas répondre à la lettre charmante que je viens

de recevoir? Quelle reconnaissance nedoisje pas à Monsieur le comte de Mercy de me l'avoir procurée !

(tVous daignez, mon prince, me remercier de penser à vous et d'en parler. Et à qui puis-jo parler, qui flatte plus mou amour-propre et qui remplisse plus mon cœur.

ttVous êtes un des hommes les plus vertueux, qui a le plus d'esprit et de principes, de talents et de mérite, et vous m'honorez de votre amitié. Que puis-jc donc faire de mieux que de parler de vous et d'en parler sans cesse ?

ttVous avez placé mon antique ligure dans votre chambre, llélas, mon prince, vous me faites plus d'honneur que je ne mérite. Si ce portrait pouvait n'ndre mon âme, mon cœur et mes sentiments, il serait digne de la place qu'il occupe ; mais il ne représente que les traits insipides d'imo vieille femme. Il n'en est pas ainsi, mon prince, de votr'e portrait; il est si ressemblant que je cr'ois non seulement vous voir, mais je crois aussi vous enlendr'e. Depuis que je suis de retour, je suis occupée à lui choisir une place digne de bri. Sa forme, sa grandeur', la forme et le peu de grau-

MERCY A KAIIMTZ.

P. S. Avant le do'pnil du couirier, il vient, d'arriver ici dcii.v piqueuis ciiai{j(?s d'acheter des chevaux en Normandie pour le service de la Cour. L'Empereur m'a écrit sur cet oi)jet; je réponds aujourd'hui à S. M. relativement à cette commission et j ai donni' ma lettre au courrier. Je suis avec un profond i-espect, etc.

deiir de ma clianihre et la fafon dont elle est décorée oie toute possibilité de l'y placer. Je l'ai mis dans nn joli caliinet, mais qui est séparé de mon appartement. Voici le parli qne je prends : je le fais copier en miniature de la jjrandeur du papier que voici, cl je mois ce périrait dans une (grande boîle dans laquelle il y a des pains à caclictei-. Celte boîte est toujours sur une pelile lable à coté de mon lauteuil; par cet arranjjenient, je jouirai à tous les instants de la vue de mon cher prince.

jrLe nom que vous me donnez me donne le droit de finir cette lellic en vous embrassant tendrement et à signer simplement voire maman GeotTrin.

it Combien je voudrais dire de choses à

Son Excellence M"" la comtesse

je

voudrais qu'elle put savoir les inquiéludes que sa maladie m'a données et la joie que j'ai eue de sa convalescence. Si elle connaissait mes sentiments pour elle, clic verrait que je suis digne des bonlés qu'elle a eues pour moi ; et !e petit comte Joseph '**', qui est si aimable, il faut qu'il soull're que je l'embrasse; les bons procédés que l'on a pour les vieilles portent bonlieur aux jeunes gens; ce sont des œuvres pies. ^

M"" Gmjfrin à Kaunilz. Paris, ay avtil ijC8. — trjlon cher, mon aimable, mon adorable et adoré ))rince, rnppclez-vous une femme que vous avez honorée de voti-c amitié et à qui vous avez donné souvent le doux et précieux nom de voire maman. Eh bien! celle femme est loujours dijpie de vos bonlés par le lendre souvenir qu'elle en conserve. Non, jamais je n'oublierai les jours délicieux que j'ai passés piès de vous

et jamais je n;^ cesserai de les regretter; mais la crainte d'importuner mon adorable prince, me lait renlérmer dans mon co'ur mes regrets. Voiii une occasion de les laisser s'exhaler; s'ils sont bien reçus, mon prince aura le bonheur de faire des heureux, moi i|uc vous aurez bien voulu écouler et une famille que vous aurez bien voulu regarder.

ffJ'ai appris qu'un noumié le petit Mozart, dit le petit prodige en miisiqrie, était à Vienne avec, son père, qui est si touché du bon traitement de la cour impériale, qu'il est résolu de s'établir à Vienne sous la protection de mon prince. Le père étant, et toute sa famille, de fort honnêtes gens, ils ont été généralement considérés à Paris, et en particulier de plusieurs personnes de mes amis qui faisaient lui très grand cas des vertus du père et des talents des enlanls.

nDaignez, mon piince, mettre cette honnête lamillo sous l'ombre de vos ailes, ils seront heureux et ils le seront bien plus que moi, à qui il ne reste plus qu'un triste souvenir de mou bonheur passé.

itMon cher prince, je vous presse contre mon cteur pour le ranimer; j'ai bien partagc> votre douleur sur la perte de ce rhai'uiant grand prieur; c'était nn ami bien aimable et nn lion)nie de bien bonne compagnie.

trJ'ai appris que le comte Philippe '***' vous avait quille; cela m'a surpris; il était non seulement votre ami, mais il vivait dans volrv inlimilé ; quelciu'uu (pii peut en jouir peut-il vous quiller?

!tje suis aux pieds de M"° la comtesse pour lui (leuiandcr bi uiaiu à liaiser.n

"' M"' la comlrsse do Oucstciibcri;, sœur du prince île Kaunilz.

'*•' Le oonilo de Kaunilz , fils du prince.

>•••' be conilc riiilippe SInzcndorf, oonniiandenr de l'ordre de M.illc, né eu 17-10. mort en 1788.

Paris, le 8 septembre tjG-j. — Monseigneur, les mauvaises ciiicanes que le sieur Vcstris a dû essuyer n'ont eu lieu que parce que M. de Saint- Florentin avait oublié de faire avertir les directeurs de TOpe'ra que le danseur en question était autorisé à rester à Vienne pour le service de notre cour; au reste, ce mésenlendu est actuellement redressé et je m'en remets là-dessus au contenu de la lettre ci-jointe, que M. le duc de Clioiseul écrit à V. A.

Ce ministre m'a témoigné un désir très pressant de savoir ce que vous pensiez, Monseigneur, de l'idée qu'il m'avait ])rié de vous exposer sur le plus ou moins de possibilité qu'il y aurait à songer à un mariage enln^ S. M. l'Empereur et Madame de France, petite-lille du Uoi. J'ai répondu à M. de Choiseul que, s'agissant d'un objet si délicat et même extraordinaire à bien des égards, je n'avais pu. Monseigneur, vous en faire mention que très vaguement et qu'il était très simple que vous n'ayiez rien eu à me répondre là-dessus; que, connaissant vos sentiments, il lui était facile de les interpréter, et de se persuader que V. A., en désirant tout ce qui pourrait contribuer à resserrer l'union des deux cours, ne serait arrêtée dans le choix des moyens qu'autant qu'il s'y rencontrerait des obslacles insurmontables tels, nommément, que semblaient èlre ceux de l'extrême disproportion d'âge entre l'Empereur et Madame. Il paraît, en effet, qu'on ne peut s'être attaché ici bien sérieusement à un semblable projet, et qu'on ne nous en a parlé que pour découvrir mieux et plus promptement les vues de l'Empereur, relativement au choix qu'il sera dans le cas de faire pour son futur mariage.

Je joins ici les feuilles de ï Avant-Coureur depuis le commencement dc" l'année, et V. A. en recevra la suite cha([ue semaine dc la part du bureau où elles sont imprimées; je dois Lui observer que relativement aux arts et métiers, on ne doit pas toujours s'en rapporter aux descriptions souvent exagérées que contiennent les feuilles en question, et, depuis plusieurs mois que je parcours les ateliers dans l'espoir d'y trouver quelque chose qui soit digne d'être présenté à V. A., je n'ai rien rencontré qui répondit exactement aux indications dc V Avant-Coureur, qui m'a servi de guide. Le dictionnaire des portraits et anecdotes des hommes illustres qui depuis longtemps est annoncé sous presse, n'est point encore fini et ne paraîtra qu'en novembre, fem[)s auquel j'aurai l'honneur d'en envoyer un exemplaire à V. A. Faute d'occasion plus sûre et plus prompte, j'ai dû me servir de la poste ordinaire pour faire partir la lettre adressée à M. le comte de Sinzendorf, à Lisbonne.

Le courrier que je renvoie aujouririiiii m'avait appotlé une lettre do l\l. le Prince de Starlieniberg, qui m'en envoyait une de M. le comte de Lacy, lequel me chargeait d'en remettre une troisième à W. le duc de Choiseul, le tout au sujet d'un ingénieur français que notre cour désire d'acquérir à son service; cet officier que ion dit très habile est un des quatre ingénieurs qu'on nous avait envoyés d'ici il y a deux ou trois ans; il se nomme M. de Guerlonde '"'. M. le duc de (Ihoiseul a d'abord l'ait difficulté de nous céder |inur toujours l'oflu-icr en question, mais il s'y est enfin prêté, et M. de Guerlonde sera mis incessamment en liberté de contracter l'engiigement que M. le comte de Lacy lui propose.

Je suis bien pénétré des marques de bonté que contiennent les lignes de main propre que V. A. a daigné m'écrire '->; je vous dois tout, Monseigneur, et vous ajoutez ce qu'il y a d'essentiel au boidieur de ma vie lorsque vous agréez les sentiments les plus tendres et les plus respectueux avec lesquels je serai le reste de mes jours, etc.

P. S. Lors de mon départ de Vienne, V. A. daigna m'autoriser à lui remeltie une requête à laquelle j'ai cru devoir faire des changements auxquels la mort de mon père et mon arriv('e dans ce pays-ci semblent donner lieu; je prends la liberté de joindre ici cette nouvelle requête et de la recommander à sa protection l-*'. L'Académie des sciences vient d'examiner et d'approuver uue pendule dont la mécanique m'a paru assez remarquable pour pouvoir en envoyer à V. A. la description et le plan.

KAUNIÏZ A MERCY.

Vienne, ce au mars ij68. — P. S. Vous recevez aujourd'hui, mon cher Comte, les ordres nécessaires pour pouvoir aller en avant vis-à-vis du duc de Choiseul, et sinon finir, avancer les choses '''!, ou au moins voir claii' sur

"> Le lieulenaiil-colonel du génie Louis Duli.'imci de (juorloiide entra au service de l'Autriclie en 1767 en qualité de colonel; il fut nommé général-major en 1777 et feld-inaréclial-lieutenant en 1790; il mourut à Vienne le 18 lévrier 1808.

'^' Celle lellre de Kaunilz manque.

''' Nous n'avons pas celte requête de Meroy; elle concernait probablement ses affaires de succession en Hongrie.

'*' Il s'aî;it de différends survenus entre

les cabinets de Versailles el de Vienne à l'occasion de questions de Irontiéres dans les Pays-Bas et en particulier de l'abbaye de Saint-Hubert.

Le sli mars, Kaunilz envoya au comte de Mercy, chargé de suivre les négociations avec le duc de Clioiseul, des pleins pouvoirs et des instructions pour régler les démêlés de Saint-Hubert, les prétendues terres neutres du voisln.ige, la terie de Blaimont, etc.

'2h MARS 1768. :537

les viÇritablcs intentions de ce ministre. Je ne conçois pas comment il a pu lui tomber dans l'idée d'imaginer que sous l'empressement que nous lui marquions de nous accommoder, je pouvais avoir autre vue quelconque que celle d'accommoder, s'il se peut, de vieilles contestations entre des puissances, voisines aujourd'hui, si étroitement liées, et leur ôter par là jusqucs à l'occasion de pouvoir se brouiller. Détrompez -le, je vous prie, sur ses soupçons et ses défiances, et assurez-le que, selon ma morale politique, je suis si éloigné d'être capable de tenter même de lui faire faire un mauvais marché, que je n'en voudrais pas, quand il me l'offrirait, persuadé qu'il n'est rien de bon et de solide que ce qui convient à tout le monde. Pour ce qui est de la cour de Rome ''', je crois que ce que je propose est ce qu'il y a de plus raisonnable dans li^ moment présent. Vous pourrez vous prêter, quant à la diction,;! tous les changements que l'on vous proposera, et que vous jugerez raisonnables, pourvu que quant au fond on ne prétende pas aller au delà de l'esprit du projet de déclaration, et comme vraisemblablement le pape ne se prêtera pas à la révocation qu'on lui demande, vous voudrez bien faire observer qu'il est nécessaire que Ion fasse coucher d'abord par une main habile le projet du manifeste, auquel sans doute il faudra en venir, et que vous ne tarderez pas à m'envoyer, dès que vous pourrez l'avoir. Je vous aime bien toujours, mon cher Comte, et je suis de tout mon cœur. . . .

Vienne, re 7 avril ij68. — Ce courrier vous remettra entre autres, mon cher Comte, une cassette qui contient un portrait de noire archiduchesse Thérèse'-', aussi parfaitement ressend)lant (piant à la têle, qu'il l'est peu pour la taille, qui est, comme vous verrez, celle d'une demoiselle d'au moins dix ans; et vous en trouverez un autre ci-joini, en miniature, (|ui peut faire plaisir comme un 1res joli tableau, quoique d'ailleurs peu res-

'" Le prince de Kminilz lail Ici allusion convonalile. KanniU se disait tout dispose

querelle survenue entre le pape et le à faire à la cour i\i Rome dos représenta-

a la

duc de Panne. I^e duc de Ohoisiiil désirait lions, mais il désirail qu'elles se fissent de

(pie l'ainliassadeur de la cour de Vienne à la façon la pins douce possible et qu'on

Home lût aiilorisé à se joindre aux ambas- s'abstint de tonte démarche extrême, sadeurs des cours de Bourbon pour repré- '-' L'arcliiducliesse Thérèse était fdle de

senler à la chancellerie pontificale combien l'Empereur Joseph II et de l'Infante Isabelle

sa conduite dans cette aiïair:' était pou de l'arme, pelile-fille de Louis XV.

semblant, ainsi que vous-même en jugerez d'après ce que je viens de vous dire sur le premier des deux.

L'Inipéralrice aime sa pelite-fille au delà de toute imaginatiou; elle en conclut que le Roi ne doit point l'aimer moins, et elle a imaginé moyennant cela, qu'il pourrait lui être agréable d'avoir sou portrait. C'est donc en conse'quence de cette ide'e et du plaisir que se l'ait l'Iuipératrice de regarderie Roi dans toutes les occasious comme un aussi bon [tarent (jue bon ami et allié, qu'EUe a imaginé de me charger de vous envoyer ces deux portraits et de vous ordonner de les faire passer entre 1rs mains du Roi de la façon qui, de concert avec M. le duc de Cboiseul, vous paraîtra la plus convenable, ainsi que la lettre ci-jointe de la main de l'Empereur, qui a voulu profiter de celte occasion pour écrire une lettre de bonne amitié au Roi, son grand-|)ère. Je ne doute pas que tout cela ne soit reçu de la part du Roi avec cette respectable sensibilité, que je lui connais pour les preuves de bonne et sincère amitié qu'on lui donne. Mais je vous prie cependant de ne pas manquer de me marquer jusqu'aux moindres petites anecdotes à cet égard, afin que je puisse en rendre compte à l'Empereur et à l'Impératrice, qui de leur côté sont aussi très sensibles à l'amitié personnelle.

Dites, je vous prie, mille choses de ma pari à M. le duc de Choiseul, que constamment j'aime bien et beaucoup comme vous savez, et soyez persuadé de tous mes sentiments pour vous, mais surtout de la tendre et sincère amitié, avec laquelleje ne cesserai jamais dètre, mon cher Comte, votre très bon ami et serviteur.

Fonlahieblmu , le i" novembre i-j68. — Monseigneur, je crois devoir rendre à V. A. un compte particulier de quelques circonstances survenues à cette cour, et qui me paraissent pouvoir influer sur des objets trop essentiels pour ne pas mériter son attention.

Peu de temps après mon arrivée dans ce pays-ci, j'appris j)ar la voix publique, et je crus remarquer par moi-même que ie Roi Très Chrc'tien n'était pas éloigné d'une réforme dans son genre de vie. Avançant en âge, blasé sur les plaisirs, il paraissait chercher dans l'intérieur de sa famille la tranquillité et les douceurs que le désordre ne saurait admettre; il voyait assidûment la Reine tous les soirs; il avait de longs entretiens avec Elle, et cette princesse qui depuis longtemps n'avait plus joui du moindre crédit, (iblenail alors bien des choses qui indiqunieni qu'Elle rc'cupi'rait

un certain ascendant sur l'esprit de son épou»:; dans ce même temps le IJoi parut plusieurs fois vouloir éloigner de Lui les occasions trop prochaines à une vie licencieuse; le nouii)re des habitantes du fameux Parc aux Cerfs fut diminue' jusqu'à deux, dont l'une M"' d'Eslain demanda à se retirer et se relira en effet. La maladie de la Heine survint, et dès les commencements son état fut jugé mortel; alors chacun conjeclura que le Roi, porté à une réforme dans ses mœurs, songerait pcul-èlre en cas de veuvage à s'unir à une épouse jeune et aimable qui pût Lui procurer le repos de la conscience et le bonheur du reste de ses jours. Cetle idée s'établit dans le public; le Hoi en fut informé et je sais de M. de Choiseul que ce monarque, en le questionnant un jour relativement à ce propos de public, ne donna cependant point à connaître à son minisire ce (|u'il en pensait lui-même. Dans cet état d'incertitude, il était d'un homme adroit de se mettre en position vis-à-vis de l'événement et ce fut sans doute ce f|ui d(îl('rmina M. de Choiseul à me faire envisager la possibilité dont il serait, (jue le Roi songeât à épouser l'archiduchesse Elisabeth; le ministre m'en parla avec beaucoup de circonspection, mais aussi avec de grandes assurances de ses bonnes intentions ])our nous.

A la mort de la Reine on regarda comme très prochain le moment où le Roi se dc'ciderait à prendre un parti quelconque relativement à des secondes noces; alors (outes les personnes en place examinèrent jusqu'où l'atlirmative pourrait s'accorder avec leur intérêt particulier; ils trouvèrent que, le Roi n'ayant plus de maîtresse en titre et paraissant résolu à n'en plus avoir, leur position était devenue plus stable et moins exposée aux vicissitudes; ils imaginèrent qu'une reine judicieuse, aimable et qui parviendrait à se faire aimer de son époux, pourrait lui ouvrir les yeux sur le désordre et les abus énormes qui subsistent ici dans tous les départements et causer par là bien des embarras à ceux qui les dirigent, ils conclurent ainsi qu'il importait à leur sûrelé d'éloigner de l'esprit du Roi les idées de mariage, et j'ai des indices très forts que Madame de Gramont'^', plus intéressée que personne au maintien des abus présents, est parvenue à entraîner M. de Choiseul contre son propre penchant dans ce calcul politique.

Depuis ce temps on n'a plus cherché qu'à diriger l'attention du Roi sur l'établissement à venir des deux jeunes princes, ses petits-fils. Messieurs les comtes de Provence et d'Artois, et on lui représenta de si grandes difficultés à former cet établissement, ([ue le moiianjue en est dans un embarras extrême, au point que M. de Choiseul, sentretenant un jour confidemment avec M. le comte de Fuentes'-', lui dit : Quand le Roi parle

"' La ilucliesse de Grainonl, sanir' ilu duc de (ilioiseul.

(-' La comlc do Fuentes, ambassadeur d'Iîspagne près la coiif de l'iance.

MERr.y A KAUNITZ.

de SCS dni.r pclils-Jils , il paraît persuade qtCds resteraient sans pain , s'il venait à mourir. De Icllcs réflexions sufliraienl seules pour éloijpier le inoiian|uc d'un second ninriajfe; mais une scène ini|>re'vuc el de lout autre genre vient encore y apporter de nouveaux obstacles au nu)ins pour cpielipie lemps.

Un nommé du Barry C, gentilhomme breton, grand intrigant, courtier des plaisirs de M. de lUclielieu et di^ plusieurs autres, vivait depuis (|uelques années avec une créature, qu'il cédait à ses connaissances pour de i'arjfent, quand l'étal de ses finances l'obligeait d'avoir recours à pareille ressource. Ce du Barry enfin, après avoir fait ('pouscr sa concubine à un de ses l'rères, trouva moyen par le canal du premier valet de cliandjre du Roi, nommé Lebel, de la produira au monarque, peu avant le dernier voyaj;e de Compiègne, où cette femme suivit la Cour et l'ut logée dans une maison particulière; ce premier d('l>ut ne lit pas daliord grande sensation; mais peu de temps après on vit à la nouvelle favorite un écpiipagc fort éli'ganl et un pied de maison assez bien moulé. Alors (|iiel(ju('s jeunes gens de la Cour clierclièreiit à s'introduire chez elle et à lui leudre des hommages. Le sieur du Barry faisait entre l<'mps des recherches sur sa gc'iiéalogie, et il trouva (|u"il descendait de rancienne famille irlandaise de Barrimore, dont il prit les armes que l'on voit étalées sur les carrosses de Madame du Barry et sur une très belle cliaise à porteurs dont elle se sert ici dans l'intérieur du duiteau; elle y est log('e dans la cour dite des Fontaines , à côté de ra|ipartemcnt (ju'occupait Madame de Pouq)adour; elle a un nombre de domestiques; ses livrées sont brillantes et les jours de fêtes et de dimanches on la voit à la messe du Roi, dans une des chapelles au rez-de-chaussée, qui lui est réservée.

Un Irailement, si différent de celui qui se ferait à une simple lille, a augmenté de jour en jour l'attention des courtisans. De mon côté j'ai pris des mesures pour être informé du langage qui se tenait chez cette femme dans son intérieur; j'appris <|u'ellc commençait à se donner de l'importance, qu'elle parlait du gouvernement, des minisires et des grands ser-

C AF. (le Mercy roniinrl, ici une erreur : Jean lUi Barry n'élail pas Breton, mais l.anjjiiPiliiricM. (Cf. Vali'l , Histoire do M°" (lu Darry. Versailles, Bernard, iS83, in-19, l. I, ])a[jes C7 et G8.)

Mais celle Icjjùro erreur ne saurait autoriser A nier la valeur des autres renseignements fournis par le comte de Morcy, qui concordent avec ceux donnés par la police à M. de Sarlino sur ce corpn'ii (ihid., p. 78). Jean du liarry élail le |)ourvoyenr de quel-

que-s seijrneurs , au dire des a<;o]ils de police et lout porte à croire (pi'il lit de la future mailrcfso de Louis XV rusa<;e qu'il avait fait des femmes qu'il avait lancées avant elle dans le monde galant. On ne peut accepter les conclusions de l'essai do réliahililalion de M"" du Barry par M. Vatel, qui manquait d'esprit critique et se servait, sans hésiter, des sources les plus suspectes, par exemple des prétendus mémoires inédils de Clioiseul.

1" ^0VËM15nl^ 1708. 3/il

vices (juc iTMidrail à rÉliil une f;i\(iiile à porlée d'e'clairer le Uoi sur les vices de radminisliMlion acluelle; j'npiJris de plus (jut- celle feninic s'alteiidait à èlrc presenleL- publiqueuieiil à la Cour, ([u'unc cabale en sousordre, clayée de quel(|ues personuajjes plus relevés, l'aNorisail ce projet; qu'on avail même sonde là-dessus Mesdames de France, cl qu'une de Mesdames avait trouvé que, quelque inconvénient qu il y eût à une présentation si indécente, cependant il valait mieux la supporter que de s'exposer au danger d'avoir une reine.

La tournure sérieuse de cette avenluie me détermina enlin à en parler à l'ambassadeur d'iîspagnc (jui n'en était qu'imparlailcment instruit. Nous convînmes qu'il s'en expli(iuerait avec M. de Cboiseul et il s'en ac(iuilla tout de suite; mais, à notre très (>rand élonnenn-nl, le ministre parut ou voulut paraître ignorer une grande partie des circonstances de cette intrigue, et M. de Fucntes eut assez de peine à l'en persuader; il rei>résenta à M. de Cboiseul tout ce qu'un pareil (iclat avait d'indécent pour la personne du Roi; il entra en détail sur toutes les laclieuses conséquences qui résulteraient du rétablissement d'une maîtresse en litre; enfin il paivnit à fixer l'attention de M. de Cboiseul sur cet objet et ils délibérèrent sur les moyens de prévenir ce danger; M. de Fuentes proposa de concerter une lettre (|u'il écrirait à sa cour, et ipii élant inleneplée viendrait à la connaissance du lîoi Très Cbiétien; cet expédient a été adopté et sera mis en œu\re. [ndé[i('ndannnent de cela M. de Cboiseul est résolu à saisir le moment de parler au lîoi sur sa nouvelle maîtresse, d' Lui dévoiler l'état réel de celle créature et de Lui représenter c()ml)ien la dignité du monarque serait blessée aux yeux du public, s'il mellail en évidence la laveur d'une lenime, qui ne peut ou ne doit raisonnablement ser\ir (pi'à des plaisirs les plus cacliés.

Voilà, Monseigneur, à quoi en est celle étrange anecdote; je nie flatte encore (ju'elle ne sera que passagère; je tâche d'en tirer parti pai- la voie de l'ambassadeur d'Espagne pour faire comprendre à M. de Cboiseul, combien il lui con\iendrait ainsi qu'au bien de l'I'^tat et au lioi mènu', que ce prince qui tient encore à la volupté, s'en procurât des moyens légitimes et se tirât par un mariage de tous les désordres (pii sont de si mauvais exemples pour la famille royale et une source d'inlrigues aussi inquiétantes pour les ministres que nuisibles au bien des affaires. Je ne puis assez me louer de la bonne volonté et du zèle avec le(piel M. de Fuentes se prèle à faire usage de tout ce que je lui suggère là-dessus et (ju'il serait presque impossible, ou au moins bien hasardeux que j'employasse moi-même.

S. M. l'Impératrice m'a fait ordonner, il y a quelque temps par son cabinet, de chercher ici un ecclésiastique propre à remplir les fonctions de

MERCY A KAUISITZ.

confesseur aii|)rôs de r;ircliiclucliesse Antoinello, et qui lût assez versé dans la littc'iaturc IVauçaise pour èiro en même temps de quelque utilité' à l'éducation de cette jeune priiuesse. De l'aveu de M. de Clioiseul je me suis adressé pour ce ciioix à iM. ré\èque d'Orléans O qui par sa place doit connaître tout le clergé français, et sur le témoignage de ce prélat je viens d'envoyer à Vienne le sieur abbé de Vermond'-', docteur de Sorbonne, cidevant grand vicaire de l'arclie\è()ue de Toulouse et Ijibiiotliécaire du collège des (juatre-Nations. Cet abbé parait avoir toutes les qualités requises à sa destination, il est instruit, simple et modeste, cl a su mériter les suffrages des évèques les plus respectables de ce pays-ci.

Madame la comtesse de Roseuberg m'a remis au commencement de ce mois la lettre que V. A. m'a l'ait la grâce de m'écrire à son sujet; je me suis empressé à lui rendre toutes sortes de devoirs et tàclierai par mes soins de contribuer aux agréments de sou séjour en France.

Agréez, Monseijfueur, que je profile de cette occasion à me recommander plus particulièrement à vos bontés et h vous réitérer l'assurance des vœux de l'attachement et du profond respect avec lequel

P. S. Après ma lettre écrite j'ai eu une longue conférence avec Monsieur le duc de Clioiseul sur les objets dont traitent mes dépêches d'aujourd'hui, et notre conversation a pris une tournure si favorable, que j'ai fini par lui parler de M"" du Barry, sous le motif d'une amitié et d'un attachement personnel; je lui ai dit toutes les notions qui m'étaient revenues sur cette femme et il m'a témoigné beaucoup de reconnaissance de cette ouvertme; il s'est livré ensuite à me parler fort à cœur ouvert de cette intrigue dont je vois qu'il est maintenant très occu[) ■; il m'a prié inêuie de lui communiquer tout ce que j'en apprendrai tiaiis la suite, sans cependant me confier les mesures (|u"il se propose de prendi'é et que je sais par l'ambassadeur d'I^lspagiie. Je me suis entendu avec ce deiiiier, pour que nous agissions de concert, sans que M. de Choiseul puisse le remarquer et j'espère, Monseigneur, que nous parviendrons à coopérer par ce moyen au bien de la chose; j'aurai d'ailleurs grande attention à éviter toute imprudence dans une matière si délicate.

I'' Louis -St'xlius de Jnreiile «te la lîriiyère, évi'(|iio (rOrléaiis dopuis 1768, étiiit aloi's cliarj;é do la feiMlIt' des tiéiioficcs el cil celle (nudité c'clail lui qui d'vail picscnlcr au ciioix du Itoi lcsecclcsiaslii|n('s candidals aux l)ciiéfices vacanis, pour ce luolif it aurait dû counnilrc la plupart ili's membres du clei'ijé de Krauce.

'-* L'al)lié de Veriuond, né en 17H5, avait élé camarade d'études à la Sorhorine avec LcHiiénie de lirienue, i|ui en (it son j;rand vicaires lors(|u'il lut nommé arclievè(pie de Toulouse; c'est ce prélat «pii te désigna au choix de son ami l'évècpie d'Orléans.

Lo Roi nu; liiit souviMil riionneur de me parler deV. A.; il m'a dit (liiuaiiehe dernier au grand couvert,, Monseiîrneur, que vous aviez fait une partie de duisse cliez M. le prince de Collorcdo, que vous preniez {>oût à cet amusement et qu'il en citait bien aise parce qu'il croyait que cet objet d'exercice pourrait convenir à la conservation de voire saute'.

Vienne, ce ti novembre i-jGti. — J'ai reçu, mon cher Comte, votre lettre de main propre par le courrier Kleincr, et j'y ai vu avec bien de la satisfaction, en tous lieux, des traits de la bonne tète et de riiounète cœur, que j'ai toujours reconnu en vous, et qui depuis si longtemps vous ont acf|uis ma tendre amitié. Vous témoignez désirer mon approbation et vous l'avez tout entière. Je vous connais assez pour savoir que je puis m'en rapporter à votre prudence, et moyennant cela je ne vous recommande rien que d'avoir grand soin de votre santé, de me conseiver votre amitié, qui m'est cbèrc et de vous dire souvent à vous-même, si cela peut vous être agréable : qu entre vous et moi, c'est pour la vie. Vous me reconnaîtrez, j'espère, dans le conseil que contient mon post-scripimn allemand >'', et je vous exhorte encore une fois à vous y conformer.

Je vous envoie ci-joint une misère au fond, qui s'est passée entre .M. de Durforl et moi, uniquement afin que vous en ayez connaissance pour le cas, que je ne su])pose pas cependant, (|u'il se fût avisé d'en écrire à sa cour. Je ne me souviens pas si je vous ai informé, il y a un an environ, de ce qui s'est passé alors à peu près de pareil entre des valets de ce bon honune, les miens et plusieurs autres; mais je crois devoir vous confier qu'en général il règne le plus mauvais ton possible dans sa maison et parmi ses domestiques; leur insolence, parce qu'il ne sait pas ou ne veut

(') Ce post-scripluin en allemand, Je Kauiiilz à Mercy, du il novembre 1768, se Iroiive puljlié 111 e.rtenso dans Yllistuire de Marie-Thérhe , de M. Alfiect d'Arnelli, 1. VU, p. 563, note GiO.

Le Cliancclier écrit au comte do Morcy (pi'il sait sans doute que i'Impénalrice, non par iiiéliance, mais uniquement pour son plaisir, a l'iiaititude d'enlrelenir une correspondance secrèl.e avec ses ministres à l'étranger par l'inlermédiaire de l'un de ses secrétaires du calnuel. 11 n'y voit pas le

moindre inconvénient et il pense que c'est un plaisir innocent que sa maîtresse peut se donner. Il enijage le comte do Mercy à lii'otiler do la circonslance que lui oITre le niaiiajro projeté de l'archiduchesso Marie- AnUiinelte avec le Uau[il)in pour enlrelenir une correspondance de celte nature avec le baron de Neny; il va jusqu'à dire ([uo cela lui semble nécessaire; il demande seulement au comte de Mercy de lui envoyer un court extrait de ce que contiendront ses rapports secrets à l'Impératrice.

Paris, le y dirembir ijC8. — Monseigaour, je suis si péne'lré du coiilenu de ia lettre pnrliculière, di)iil V. A. ma honore' en date du i i novembre, que je ne puis assez lui en exprimer ma vive reconnaissance. Kn dai{jnant approuver ma conduitL', et en ni'assuranl la continuation de

(" Marie-Thérèse à kntimlz. — n Voilà celle somme et ne s'en iiiélc |>as autrement

mes commissions jioiir Paris; le petit pa- dans toute celte besojjne (pie de pajer les

quel poui- Barré el lu note pour iMcrcy. Je argents à Clioisoul et de m'onvoyer les

desliiie pour le trousseau de la Daupliine écliantillons pour le linf[e. 4oo,ooo livres que vous ferez payer par la wje suis aussi impalii-nlo de connaître

Neltinc '*' après les ordonnances de Mercy. où reste le confesseur de ma fdic el qui

Je m'entendrai pour le remboursement de sera choisi; je voudrais aussi avoir un fri-

celle somme avec voi's ici; vous me ferez seur, s'il pouvait m'en envoyer, mais tout

l'i-dessus une idée; que Mercy n'outrepasse du clioix de Clioiseul.n

'*' M"' de Netliïic dirij^cait la plus imporlaiitc niaisoii de bniic|uc de llruxclies; clic avait m;irié l'une (le ses filles à M. de Walkicrs i|ni lui succéda à la tèlc de sa maison du l>ani|ue, et les trois autres en France à Joseph de Laborde, le |;raii(l baïKpûer, à Micault d'Harvelay, le j;arde du Trésor royal, et à rintroducteur des ambassadeurs, I.a bivc. A|)rès la mort de S()n m^iri M"" d'Harvelay se remaria en 17S8 avec l'ancien ministre Caluunc, (pii vivait alors, coiiune en exil, en Anj;lcleiTe; elle sacrifia pour lai la plus grande partie de sa fortune ijui élail tri's considérable.

344 MEHCY A K.VUNITZ.

pas la réprimer, a lait naître jusqu'ici des scènes et des plaintes continuelles. IVVn faites pas mention cependant, à moins que le duc deClioiseul ne vous en parle le premier.

Je joins ici aussi, mon cher Comte, en orijjinal, cl tel que je l'ai reçu, ce que rimptiratrice vient de m'eiivoyer '''. Il l'audra vous y conformer, et je suis bien aise que vous soyez chargé de ces commissions, parce que ce sera un petit objet do correspondance de plus et que ces petits objets-là valent souvent mieux que les grands. L'Impératrice dans sou billet parle ^

du confesseur, parce qu'Elle n'en snit rien encore, mais j'aurai soin de L'en informer.

Je suis bien sensible an souvenir dont h; Roi m'honore, et vous me feriez plaisir de le témoigner à ce prince, si jamais vous en trouviez l'occasion.

Faites-moi, je vous prie, les petites commissions contenues au mémoire ci-joint, et chargez-en, s'il se peut, le premier courrier que vous me renverrez. Je vous embrasse de tout mon cœur, et je suis bien tendrement el bien sincèrement, mon cher (ils, votre bon père et ami.

9 DÉGEMBIU': 17G8. Uâ

vos bonlés, Monseigneur, vous coufirmoz II' bonheur d'une vie qui depuis longtemps vous est consacrée, par devoir, par inclination et par tous les sentiments les plus tendres et les plus respectueux.

Je sens bien, en cflet, le motif do l'ordre que me donne V. A. d'entretenir avec le cabinet une correspondance, à laiiuelle je m'étais en (|uel(]ue faijon refusé jusqu'à présent, parce (lue je n'y voyais rien d'utile au service et que d'ailleurs ma li-ton do penser m'éloigne de tous ces petits moyens indiscrets de chercher à me faire valoir. Ce fut peu de temps après mon arrivée à Paris que M. de Neny m'écrivit de lui adresser pour rimpératrirc des feuilles p;'riodi(iues et ([uantilé d'autres brochures dont il m'envoya successivement les titres; je fus charge de même en différents temps de remettre des lettres de S. M. à M""' de Brionne, à M. le duc de Penthièvre, et surtout à la religieuse de Beauveau. Je m'en acquittai exactement ainsi que de queltiues commissions de toilettes et de plusieurs petites gratihcations, que S. M. destinait à gens qui Lui avaient dédié leurs ouvrages; mais mes réponses sur ces objets ne passaient pas les bornes de la matière.

M. de Neny m'insinua dans la suite, qu'il serait agréable à S. M. de trouver dans mes lettres des particularités amusantes et propres à satisfaire sa curiosité sur ce (pii se passe dans ce pays-ci. Je gardai le silence sur cette pro])osition et n'ajoutai rien à ma correspondance; dorénavant je serai moins réservé sur les anecdotes de la Cour et de la Ville, et V. A. recevra toujours un précis de mes lettres, ainsi que de celles (lue pourra m'écrire le secrétaire du cabinet. Je commence aujourd'hui à lui mander tout ce qui a rap[)ort au trousseau de la future Dauphine; j'y ajoute les particularités connues de tout le public touchant M'"" du Barry; V. A. en trouvera ci-après la copie, que j'ai rédigée en forme d'extrait, afin qu'EUesoit moins ennuyée de la lecture de ces rapsodies.

Quant à cette iM""^ du Barry, j'ai cru devoir déduire la suite de son aventure dans mes dépêches, pour qu'il reste dans les actes des notions sur l'origine de tous les événements que pourrait peut-être produire une si petite cause. Toute la France en est occupée et en gémit; il n'y a pas d'honnêtes gens dans ce pays-ci, qui ne s'empressent, chacun suivant sa position et ses forces, à donner un coup de collier pour tâcher d'arrêter les progrès de cette intrigue, hupielle serait probablement mamiuée, si l'on réussissait à retarder encore pendant quelques semaines la présentation de cette femme. Entre temps le succès a justifié la démarche (|ue j'ai faite à Fontainebleau, de m'ouvrir sur cette matière à M. de Choiseul, qui depuis ce moment-là m'a donné journellement des marques de confiance et du gré ([u'il me sait d'avoir pris cet objet à cœur. Madame de Gramont de son côté ne m'a plus rien laissé ignorer de ce ([ui se passe, et je

?/i6 MERGY A KAUNITZ.

me trouve admis, au moins à cel éjjanl, dans le conseil le plus inliiiii' de IcT famille. J ai eu le bonheur de découvrir bien des pailicularites, que M. de Choiscul ijjiiorail, el dont il a tiré quelque parti. Il s'en est peu l'allu qu'un preuiioi' mouvement de vivacité n'ait porté ce minisire à faire un éclat qui aurait tout gâté. L'ambassadeur d'Espagne a le plus contribué à le retenir et Madauie de Gramont est entièrement de noire avis sur les représentations que nous avons faites à son frère.

A en juger par le cri général de la nation et par l'espèce vile el abjecte des gens qui composent cette intrigue, ou doit se flatter encore que le Roi rentrera en lui-même et se déterminera enfin ;\ éloigner des entours si honteux et si dangereux. Mesdames de France sont maiiilenaul au désespoir de s'être laissé surprendre dans les commencements. Elles cherchent à revenii' sur leurs pas, mais aucune n'a le courage de ])arler au Roi. II s'alliclic journellement dans Paris des placards, (jui font trembler, et oiî parmi les épithètcs les plus affreuses on pronostique que la France |)eut encore produire des Ravaillac et des Damiens. Enfin dans les théâtres, dans les rues mèuie, on ne cesse de parler de l'infamie de ces du Rarry et du malheur de voir le royaume en danger d'être gouverné par de telles espèces.

J'ai prié M. de Choiscul de ne point se mêler à ces propos, el mon avis a été fortement appuyé par sa sœur et par M. do Fueutes. Ce conseil m'a paru d'autant plus nécessaire, que le ministre no se gênait pas sur le langage trop libre qu'il tenait aux premiers venus. Je lui ai repi-ésenté que les clameurs étaient assez générales pour parvenir sûrement aux oreilles du Roi, qu'il fallait laisser augmenter son embarras, sans paraître y contribuer, ni s'exposer à être enveloppé dans le ressentiment du monarque.

J'ai eu riionneur de rendre compte successivement à V. A. des particularités relatives à la Corse. Il est constant et bien avéré que cette expédition a tourné de la façon la plus honteuse et la plus dommageable pour la France, qu'elle y a perdu cin(| mille hommes de bonnes troupes et plus de douze millions, que cette entreprise excite les murmures du public et (jue le blâme en lelombe sur le ministre, qui en est fort embarrassé. Il suit de là que ce serait rendie un important service à cette cour et pei-sonnellement à I\I. de Choiseul, en lui indiquant des moyens de se tirer avec honneur d une si mauvaise afi'aire, et il me semble, Monseigneur, que votre projet lenl'erme tout ce qu'on peut imaginer de mieux pour y parvenir. Ce projet l'éunit plusieurs giands objets, celui de sauver la dignité de cette cour, de la mettre en même déformer un arrangement utile pour une république ({u'elle protège, de procurer un sort honorable à l'Infant, de le mettre à couvert de cet ('loignement et de celte attention

y UECEMBUE 1768. ;{67

i;ilous(! ([uc iiii iiinniiie l'Espagne el enfin de prévenir fous les enil)arras possibles leliilivenienl à la succession au Irône de Naples*''. Dans ce moment de double el d intrigue, oiî toutes les ailaires restent suspendues ici, je n'ai pas cru devoir encore agiter vis-à-vis de M. de Choiseul la matière du projet en ijucstiiin; je \oudrais même lui en insinuer les idées d'une façon à lui l'aire croire ({u'elles pai'tcnt de lui-même. Cela exige (inelques précautions, un peu de temps et des moments favorables; je les épierai avec soin cl me conduirai en ceci comme en toute chose bien exactement comme nie le piescrit V. A. J'ai copié moi-même le projet susdit, dont je joins ici Toi'iginal, ainsi (pie celui du P. S. touchant ma correspondance avec le cabinet.

Le courrier remettra à V. A. les livres qu'Elle a ordonniîs, ainsi (|ue les houssoirs; ib ont été faits avec la plus grande attention; ils sont plus garnis, mais plus chers (|uc les premiers; Les ouvriers en ce genre m'ont l'ait observer (pi'il s'engendie dans ces iioussoirs une grande quantité de vers qui les rongent, et que, pour les en préserver, il faut les faire secouer de temps en temps et les tenir dans des endroits froids et secs.

J'aurai sûrement bientôt l'occasion de dire au Roi ce que V. A. me charge de Lui témoigner de sa part. Au moment oiî nous approchons de la nouvelle année, je vous supplie. Monseigneur, d'agréer les vœux bien sincères, que je forme pour votre conservation et votre bonheur; je ferai toujours consister le mien dans vo-i bontés et je tâcherai de les mériter, en cultivant dans tous les temps de ma vie l'attachement inviolable et le profond re-pecl, avec le(picl j'ai Ihonneur d'êlre, etc.

Paris, le ag décembre i-jGH. — Monseigneur, il est survenu depuis peu des circonstances fort intéressantes, relativement aux objets dont j'avais eu l'honneur de rendre compte à V. A. par ma lettre du i" noveuihre. Je lui mandais dans ce tenq)s-là les premiers détails de l'intrigue de M'"" du Barry, et j'ajoutais (jue je tâcherais de tirer parti de cette conjoncture pour faire comprendre combien il importerait au repos des ministres et à la gloiie du Roi, (pie ce prince se tii'àl ])ar un second mariage de tous les désordres où il ne cessait de se livrci'. Autant (jne cela se pouvait sans inconvénient, j'insinuais mes réflexions partout où il me

<" Le piincc de Kiiiiiiilz iivall iiiiii|[iiié ilo luire donner par la l''iance sa nouvelle con- (Hiéle de rite de (Imse à l'Infant de l'arme, ]>elil-fds de Louis XV el (;endre de Marie- Tliérése.

.•5'iH MEUGY A KAUNITZ.

seniblail quelles ilusseiil produiic (|iK'iqiie elFut, et je lrou\ai ociiisioii d'en ciitrclenir entre autres M"'° deDurforl, datiie d'atours de Madame de France; cette dame me parla avec assez de IVauchiBe sur M"" du Barry; elle nie confia que, dans les commencements, Mesdames n'avaient pas imagine' que cette aventure ]nlt avoir des suites aussi sérieuses, mais qu'ellrayécs des clameurs publiques et lamene'es par les conséquences qui ne sont cpic trop à prévoir, elles en étaient au désespoir et à imajjincr des expédients propi'cs à détruire cette inlri;;ue. Huit jours après celte première ouverture de M"'° de Dui-fort, elle me dit que Mesdames, toujours remplies de leur objet, étaient enfin convaincues qu'il n'existait pas d'autre nio\en à rétablir la liauijuillité à la coui- et dans la l'amille royale, c[u'cllcs allaient y employer to;itcs les voies de persuasion et lâcher (jue le choix du lioi tond)àt sur l'arcliiduchcsse Elisabeth; M'"" de Durlbrt ajouta qu'en appuyant sur ce |)rojel elle avait sujjgéré en même temps le lanjfajje ([ue Mesdames pourraient employer vis-à-vis du monarque pour le disposer à consentir à leurs vœux. Je n'omis rien de ce qu'il v avait à répondre en pareil cas; j'entrai en détail sui' les avanta{jes personnels que trouveraient Mesdames à se procurer dans la personne de l'Archiduchesse une amie sùie et (|ui, constamment unie à elles, se verrait en même d'assurer le bonheur de la l'amille royale par l'inlluence naturelle qu'elle aurait sur l'esprit du Roi et sur celui du Dauphin et de la future Dauphine; je n'oubliai j)as ce (ju'il y avait à dire d'intéressant à M"'° de Durforl sur son j)ropre compte et je la quittai persuadée à ce (ju'il me parut et très contente du laujfajje que je lui avais tenu.

Enfin le mardi, 20 de ce mois, M™" de DurfoTt me déclara que peu de jours auparavant Mesdames s'étaient formellement expliquées vis-à-vis du Roi et avaient réuni leurs instances les plus pressantes pour (pie ce monarque leur donnât une reine et que son choix tombât sur l'Archiduchesse; qu'au premier abord les réponses du Roi avaient été incertaines et mêlées d'un peu d'embarras, mais que s'étant ensuite livré à un langage plus afl'eclueux il leur avait dit qu'à son âge et vu l'ensemble de sa position des secondes noces n'étaient pas sans inconvcsnienis, que cependant il avouait d'y avoir sonjjé, et que d'après le vif désir ijue lui marquaient Mesdames à cet égard il pourrait s'y déterminer; (jue depuis cet instant Mesdames avaient réitéré chaque jour leurs prièiTS et représentations, avec tant de succès, (jue le Roi leur avait dit posiliveiiu-nl, qu'il demanderait l'Archiduchesse en niaria;>c, ;w((r»« que la figure se li-oiwàt telle quelle ne Lui lUpli'it pas; ([ue, sur-le-chaiii]), Mesdames avaient jiroposé d'envoyer un peintre à Vienne pour y faire le portrait de S. A. R.; que ce peintre, du consentement du Roi, devait partir incessjimmenl et était UD nommé Drouel.

Quoique les convcrsalions préce'denles m eussent donne des espérances, je fus bien ajjreablomcnl, sur[)ris des détails aussi posilifs et aussi concluanls que Télaient feux que nie communiquait M""' de Durforl; elle m'en affirma l'exaclilude, en exigeant le plus «ji-and secret el ma parole (|uc je ne la coraproniellraispas. Elle observa que le Roi en tenant le propos que j'ai souligné semblait borner ses condilions à trouver dans rArchiduclicsse une figure qui ne lui fùL pas dé[)laisanle sans prétendre qu'elle l'ùl belle; malgré des apparences si favorables, M"'° de Durfort ne me caclia pas (|u"il lui restait encore des doutes, qu'elle avait même craint cpie la conduite du Roi ne fût un leurre employé pour tranquilliser sur M"" du lîarry et engager Mesdames à se prêter à la présentation de cette femme. La réilexion ne me paraît en effet que trop fondée, puisqu'il est constant que le Roi tient encore infiniment à sa nouvelle maîtresse et que juscju'au temps où le portrait de l'Arcliiducliesse parviendra à ce nionar<pu>, il peut survenir tant d'é\énements qu'on ne saurait s'assurer de rien; on préférerait maintenant une reine à une maîtresse; mais si cette dernière était éloignée avant que le Roi n'eût fait quelques démarches décidées de mariage, il est probable (|u'oii travaillerait alors à nouveaux frais pour l'en détourner. Je soumets au jugement de V. A. les combinaisons qui déi'ivent de cette circonstance, et s'il convient ou non que S. M. l'Impératrice en soit informée, attendu l'incertitude de l'événement.

Les choses en étaient dans cet état lorsque je me suis rendu mardi dernier à Versailles où j'ai trouvé M. de Choiseul beaucoup |)lus tranquille sur le chapitre de M"" du Rarry, sans qu'à mon avis il en ait des motifs trop fondés. Il m'a dit (|ue depuis quelques jours le Roi ne cessait d'entretenir Mesdames du projet oi'i il était de se remarier, que Madame Adélaïde venait de lui confier celle particularité à lui, Choiseul, en lui demandant s'il avait fait naître cette idée au Roi, à quoi il avait répondu que le monarque ne lui en avait jamais parlé. M. de Choiseul ajouta à cela (pielques réllexions c|ui n'annoncent pas de sa part beaucoup de dispositions à appuyer sur les intentions de mariage que pourrait avoir le Roi, el je me bornai à lappeler au ministre avec beaucoup de précaution tous les motifs intéressants à l'I^tat et à lui personnellement qui devraient lui rendre un tel projet très agréable et désirable.

Il me parla de l'iiiqialiL'ncc où était le Roi de recevoir le portrait de la future Dauphine; (pi'à cet elfet on allait envoyer un peintre à Vienne; que le nommé Drouct avail demandé (piatre-vingl mille livres pour se charger de cette commission, mais que d'après cette demande énorme on cherchait un autre peintre qui pût remplir le même objet à moins de frais.

Les détails que purement cl simplement je viens d'exposer h V. A.,

350 KAUINITZ A MERCV.

ne peuvent tarder à s'e'claircir, mais jusqu'à pn'sent je n'y xois encore que (le 1 inconséquence, soil par rapport à la conduite du lloi , soit en ce qui concerne les démarches de Mesdames, leur langage, leurs intentions que je ne crois ni assez décidées, ni de nature à pouvoir s'y fier, non plus qu'à celles de M. de Clioiseui, auquel je n'ai pas communique! les confidences que m'a faites M"'° de Durfort.

Je joins ici l'extrait de mes lettr-es aux deux secrétaires du cabinet et supplie V. A. d'agréer les assurances du prol'ond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

Vienne, ce à janvier ijGg. — Vous m'avez fait un bien grand plaisir, mon cher Comte, en me témoignant par votre dernière lettre de main propre du f) décembie dernier la sensibilité de votre belle àme sur mon procède' relativement à la correspondance, que je vous avais conseillé de cultiver, parce que je m'intéresse à vous vivement et avec tendresse, il m'a été bien agréable de voir que vous le sentez, et que vous en êtes persuadé, et je n'ai pas pris moins de plaisir, comme vous pensez bien, aux assurances de votre amitié pour moi. Je vous remercie donc bien cordialement de tout cela, et il ne me reste, en vous priant de compter toujours sur moi, qu'à vous prier en même temps de me conserver des sentiments «équivalents à ceux que je vous promets pour la vie.

C'est une abominable chose assurément que toute celte intrigue, dans laquelle l'envie cl la jalousie arrivent à ne plus rien ménager, pas même son maître, et je vous avoue que lorsque je vois de ces horreurs, je me félicite d'être plutôt ici quoiqu'on s'ennuie, (pie là où vous êtes, quoiqu'on s'y amuse. Ce qui nous étonne et nous inquiète même un peu, c'est que depuis vos lettres du g décembre nous n'avons ])lus eulendu parler de toute celte affaire, quoiqu'elle parût être alors dans une crise qui avait l'air de devoir être décisive M. de Durfort d'ailleurs n'a pas un m«l de lettre, ni de sa cour, ni même de Madame de Durfort depuis un temps considérable, et l'on serait moyennant tout cela réellement en droit d'être inquiet, si on pouvait calculer sur ks événements avec les gens parmi k'S(jiiels vous vivez, comme on le pourrait, et ])resque avec certitude de deviner, vis-à-vis de toute autre nation. Mais comme ordinairement rien ne va là comme ailleurs et que partant il n'y a gin'-res plus (h; raison pour craindre (|ue pour espérer, je me llatl(! encore (pie nous en serons (|uiltes jieul-êlre ])our la peur.

à JANVIEH 1769. 351

Je vous avouerai même qu'il m'est venu différcnles idi-es sue la dernière en chiffres, par laquelle vous nous mandez le singulier empressement pour les portraits de toute [a l'amille iinpe'riale, le projet de nous envoyer un peintre sur la fidélité duquel on puisse compter, et enfin la galanterie inattendue de l'article à insérer dans le contrat de mariage sur la partie de l'établissement de l'Infant, qui dépend de la France. Tous ces accès de tendresse, qui ont pris si subilemenl, m'ont paru si singuliers, que j'ai été tenté un moment de les regarder comme pouvant signifier quelque chose; je n'y compte pas beaucoup cependant, mais l'état actuel des choses dans le pays où vous êtes me l'ait désirer néanmoins beaucoup d'avoir bientôt des nouvelles circonstanciées de votre jiart sur tout ce qui s'y |)asse, et c'est principalement pour vous mettre en état de m'en donner avec sécurité, rpie je vous envoie ce courriel". Je voudrais qu'à cette occasion vous m'envoyassiez quelques-uns de ces placards scandaleux et séditieux, que vous me dites avoir été allichés dans Paris, si vous pouvez en avoir. Continuez à cultiver la confiance du duc de Choiseul, sans toutefois mettre la clique qui lui est opposée, dans le cas de pouvoir se plaindre de vous, comme je suis très persuadé que votre prudence ordinaire \ous engagera à faire. Je vous remercie d'avoir bien voulu laire mes commissions et je vous embrasse de tout mon cœur.

Paris, le au janvier ijGfj. — Monseigneur, je renvoie aujourd'hui le courrier qui m'a apporté les dépêches du 3 janvier, et les deux lettres particulières ''' dont V. A. a bien voulu in honorer en date du li. J'avais prévu, Monseigneur, que vous attendriez avec quelque empressement la suite des djétails sur ce qui se passe actuellement ici; mais faute de matières je n'ai rien pu mander avant le 3o de décembre, date de mes dernières dépêches expédiées par Bruxelles. V. A. y aura trouvé des particularités, qui seraient très significatives, si comme Elle le dit fort bien, on pouvait calculer sur les événements avec les gens de ce pays; mais par une suite de leur inconséquence naturelle en tout, les apparences comptent pour rien et ne peuvent être soumises aux lois du calcul.

'" Celle seconde ietirc du pi-ince de voe à propos des formalilés à remplir par

Kaunilz du 4 janvier 17O9, que nous ne les ambassadeurs de France et d'Espagne

croyons pas devoir publier, traite unique- à Vienne à l'occasion du mariage de l'arclii-

nipiil d'une petite ditTicullé qui s'était éle- dncbosse Amélie avec l'Infant dur de Parme.

Au conimencement du mois, M. de Clioiscnl noyait (|ue M""' du Barry serait prôscnti'e immédiatement apirs la tenue du lit de justice, et ce ministre s'était tellement échaufle la tète, que nous avons eu bien de la peine, M. de Fuentcs et moi, de l'arrêter sur les démarches inconsidérées et violentes auxquelles il paraissait déterminé. Coinnic il s'ajjissail de le persuader par la voie de M"" de Grauiont, il ua pas été facile de faire entendre raison à celte dernière; cependant nous y avons réussi, et M. do Clioiseul nous a promis formellement de se désister du projet d'avoir avec le Roi une explication dont les suites étaient à craindre. 11 est convenu d'ailleurs de rester tranquille, d'être circonspect dans ses propos et de faire tète à l'orage, sans donner prise sur .sa conduite. Depuis que ce plan est suivi, la cabale contraire en paraît déconcertée, parce qu'elle comptait beaucoup sur les effets que pourrait produire l'impatience de M. de Clioiseul. J'ai eu grand soin. Monseigneur, de ne me compromettre vis-à-vis de jiersonnc dans toute cette vilaine histoire; mais j'ai tâché d'en tirer parti pour me concilier l'amitii' et la contiance du ministre, et à en juger par les marques journalières qu'il me donne de l'une et de l'autre, j'ose me flatter d'avoir en (pielquc façon rempli mou objet.

Quoique les habits de cour de M""" du Barry soient prêts depuis plusieurs jours, sa présentation n'a pas eu lieu et si elle ne s'elTectue ])as avant la lin du mois, on pourrait croire que cette inti'igue est manquée. Le Roi continue cependant à passer la plus grande partie des journées avec sa favorites; h public en murmure hautement et se permet les propos les plus libres; les financiers, surtout iM. de la Borde, menacent retraite, et le Contrôleur général déclare au moyen de cela, qu'il est à bout de voie. Aux 3i2 millions qui forment les revenus du Roi, il se trouve un déficit de 38 millions pour subvenir à la despense courante. Les mêmes inq>ôts suhsibtenl ainsi qu'en temps de guerre; les provinces sont écrasées et l'intérêt particulier absorbe tout; enfin du côté des mœurs et du côté des finances le gouvernement présont a ruiné le royaume et il sera dillicile (jiiil s'en relève, au moins de très lougtenq)s.

Au sortir de chez sa maîtresse, le Roi passe chez Mesdames de France et les entretient continuellement du projet de se remarier. M'"" de Durfort, que je vois toutes les semaines, m'assure que Mesdames persistent à tàciier d'y délerminer le Roi et que ce monarepie y paraît très décidé. Je ne vois rependant pas les moindres mesures, qui r('|Kmdenl à un semblable projet; le peintre Di'ouet a été refusé sur la dcmanile de quatre-vingts mille livres, cl (|uoii|iii' M. de (^Jioiscul m'a assuré mardi dernier qu'il allait envoyer un autre |)cinlre h Vienne, celle lenteur, jointe à tant de circonstances rontratiictoires les unes aux autres, rendent les intentions du

24 JANVIER 17(i'J. 353

Roi si douteuses que je ne puis me livrer à en espe'rer une issue favorable.

Quelques semaines doivent eclaircir entièrement cet objet intéressant, el je redoublerai d'attention sur tout ce qui pourra y influer. M. de Cboiseul, qui passe aisément de la crainte à la plus grande se'curilé, croit depuis trois jours, et à mon avis saus la moindre raison, que M""' du Barry ne sera pas présentée; dans cette persuasion on ne doit pas espérer qu'il contribue à décider le Roi à se remarier. Autant que cela se pouvait sans imprudence, je n'ai sûrement rien omis de ce qui était propre à émouvoir l'esprit du minisire sur cet àrlicle; el je suis sans cesse à épier les occasions de faire valoir tout ce qu'il y a de mieux à lui dire relativement à lui-même, ainsi qu'au plus grand bien de la chose.

Il m'a chargé de témoigner de sa part à V. A., qu'il regardait comme une marque de son amitié et de sa complaisance l'expédient qu'Elle a imaginé pour dispenser M. de Durfort d'une entrée à l'occasion des fiançailles de l'archiduchesse Amélie. Il m'a ajouté en même temps, qu'en cela, comme en tout, il s'en remettrait à ce que V. A. jugera à propos d'arranger.

Je joins ici l'extrait d'une lettre que M. de Neny m'a écrite depuis peu, avec le pi'écis de la réponse que je lui envoie par le courrier d'aujourd'hui, et le cœur bien pénétré de toutes les bontés (pie V. A. daigne me témoigner, j'ai l'honneur d'être, etc.

P. S. Les placards séditieux, dont j'ai eu l'honneur de faire mention à V. A., ne sont restés afïich('s que peu de moments et en petit nombre, par une suite de l'attention de la police à les enlever. Le danger qu'il y aurait eu à les détacher des murs ou à marquer trop de curiosité en pareil cas, a fait que personne n'a été en même de s'en procurer des exemplaires; ils étaient écrits à la main, et je suis assuré de leur existence par gens qui les ont lus sans oser s'en emparer.

Paiis, le i février i-]6q. — Monseigneur, je suis plus que jamais dans le cas de réclamer l'indulgence de V. A. relativement au contenu de mes dépêches d'aujourd'hui. Elles exposent des circonstances si bizarres, qu'il m'a été impossible de les déduire avec ordre et clarté; dans le chaos d'intrigues ou on se trouve ici, ce qui m'y parait le moius douteux, est que le Roi n'a jamais été de bonne foi, en parlant du projet de se remarier, et que, d'un autre côté, M. de Choiseul, (jui se voit dans l'embarras, ne

35^ MERCY A k VIJNITZ.

se ferait i>oint sniipiilo de coinpromolliv les rouis on loulcs pcrsoiiiies qnolroïKiues iiu'il prevoirnil pouvoir ('m])loycr ulilciiienl à se lircr (l'alfiiire el c'est sous cet aspect que jenvisajjc lidee <]ui lui est venue de l'aire espérer au Roi une entrevue avec rarchiducliesse Elisabeth. Dans une conjoncture si critique je serai plus ijue jamais sur mes gardes, aGn qu'à tout événement je ne me trouve en prise d'aui-un côté, ni exposé nu ressentiment d'aucun des ])artis.

Il me semble, au reste, qu'on ne peut presque plus douter de la prochaine présenlalion de Madame du lîarr\ ; le Hoi sait tout ce que l'on |)eut sa\oir sur le chapitre de cette l'avorite; il sait (pielle est fille bàtai-dc d'un aumônier de réjjiment, que sa mère eile-mème était fille de joie, que la demoiselle a exercé son métier en commençant jiar la livrée el que les gens d'un plus haut étage ont longtenqis joui de ses faveiu's au prix d'un louis, jusipi'à ce qu'enfin le sieur du Barry en a lait un commerce plus renchéri. Tout le public sait ces circonstances, le Roi n'en ignore aucune; mais sa passion l'emporte sur la honte de produire dans sa famille et de mettre de niveau avec toute la noblesse de France une cn'aturc de celte espèce. Après une (elle dc'marche, si elle a lieu, rien ne devra plus paraître surprenant; dans ce moment-ci. Monseigneur, je ne puis vous en dire davantage, parce que quand il n'y a ni principes, ni raison aux choses, on ne peut en calculer les elfets, (jui restent subordonnés à ceux du hasard.

(lelte ci'ise ne tardera pas longtemps à se décider, elle est corlainemeni très menaçante pour M. de Choiseul; elle ne Test pas moins pour l'I^lat, parle dégoût el le découragement qu'elle r('pand dans les esprits; il suit de là (pie le discri'dit augmente journellemeni, que les nouveaux emprunts ne se remplissent point, et que la Caisse d'escompte, ainsi que h- Trésor roval sont au moment de devoir suspendre tout pavement.

Le sieur Saiinille " ma remis la lettre (juc V. A. ma lait l'honneur de m'écrire à son sujet, je lâcherai de lui faciliter les moyens de remplir l'objet de son voyage. Je ne crois pas qu'il trouvera des difilcultés à déterminer le comédien Bursay '-' à s'engager pour Vienne, il vient de tenter au Théâtre Français un début qui ne lui a pas réussi, de façon (pi'il doit être fort aise de ti'ouver à se placer el d'obtenir des conditions (|u'il ne peut cspéi'cr en France.

'■' Sainville débuta à In Coiiiédio l'Van- iiblij'oance de M. Monval. aicliivisle cl l)i-

çaise le aa octobre 1773. Ijliolliocaire de la Ooiiiodie l'^rançaise.

Nous devons ro ron<oij;riOÈiien( l'I ceux '-' lîursay avait débuté dans les jeunes

qui suivout siu' les couiédicns à la (fracieiisc premiers loi. 3 janvier 1769.

l'i MARS 1709. 355

Paris, le t/i mars ijOq. — Monseigneur, depuis longtemps il ne sVst présenté aucune occasion sûre, dont j'eusse pu me prévaloir pour faire parvenir h V. A. la suite de nouvelles de ce pays-ci. 11 n'y est même rien survenu de bien remarquable depuis mes dernières lettres, et la présentation de Madame du Ban-y, si souvent prévue et annoncée par des apparences les moins équivoques, ne s'est cependant [)oiut elVectuée jusqu'à aujourd'bui. On en conclut assez généralement que cette présentation n'aui'a pas lieu, mais je ne puis être de celte opinion.

11 semble à la véiité que le premier engouement du Roi pour cette femme a un peu perdu de sa ferveur aveugle, mais l'babitude, l'ennui, le désœuvrement tiennent le monarque atlacbé à un objet de dissipation et de plaisir, aucjuel malheureusement il croit ne pouvoir suppléer. Ses sentiments de religion auxquels il n'a jamais renoncé, le tourmentent sans le décider. Depuis quelque temps, et surtout depuis que sa chute de cheval l'a obligé à une vie plus sédentaire et privé de tout exercice, on remarque dans le Roi une humeur sombre et des accès de mélancolie, qui pourraient avoir des suites très fâcheuses. Je sais ])osilivemcnt (pie son premier médecin, le sieur Sénac, en est fort en peine, et ([u'il a dit en grande confidence à un de ses amis, que si le Roi restait longtemps hors d'état de re])rendre des exercices violents, et nommément celui du cheval, il courrait grand risque de tomber dans un afiaiblissenicnt d'esprit, dont il est sérieusement menacé. V. A. trouvera dans ma dépèche allemande ce qui en est sur ie projet de mariage, dont ce monarque ne cesse de parler. Il vient d'ordonner depuis peu qu'on arrangeât un appartement voisin au sien, et qu'il destine, dit-il, pour la future Reine.

Dans le temps oii M. le duc de Choiseul paraissait le plus occupé et embarrassé de son plan de campagne en Corse pour cette année, je pris ce moment pour m'enli'etenir avec l'ambassadeur d'Espagne des grands inconvénients qui résultent de cette expédition, et je lui dis qu'il m'élait venu des idées dont ou pourrait peut-être tirer parti, et qu'en vertu de notre ancienne amitié je ne voulais pas les lui cacher. Sur (pmi je lui communiquai verbalement la substance du projet que V. A. a bien voulu me confier par sa lettre particulière eu date du 1 1 novembre de l'année dernière"). M. Fuentes me [laïut saisir et goûter ce projet; il m'assura qu'il en parlerait à M. de Choiseul, et peu de jours après je saisis une occasion

'■' Voir plus liau(, p. 3/17, 11. 1.

qui sp [jii'si'iilii lorl iialinM'Ilomcnl , de lui on |i.iil('i iiioi-mènic, lonjoiirs comme d'une idée (|ni mi'lnil propre, el sur la(|iiclle je ne voudrais pas être elle, dans rincerlilndc! de savoir si elle sérail avou('e pni' ma rour. M. de (ilioispiil, après nùnoiiécouh' lorl atlenlivenienl , me l'épondil. que Ton pourrait loimer deux projets sur la (lorse, (pie celui dont je lui parlais en elail un, que le sec(uid serait de donner In (lorse au Pape, eu dédoniniageuient du couilal d'Avitjnou. Je lui fis (juehjues objeclions (pii lendaienl à appuyer le |)reuiier projel, mais m'apercevanl que M. de Clioiseul ne voulait pas s'ouvrir là-dessus, je laissai tomber ce propos. Je sais positivement qu'il en a parlé avec M. de Fuentes; cependant ni l'un ni L'autre ne m'en ayant plus l'ail menlion depuis, j'ai imajfiné ipi'ils étaient retenus par (juchpies soupçons el (pie je courrais risque de les augmenter, si je me pressais liop à reparler du projet eu question.

H n'y a lien, Monseigneur, sur les intrigues de cour, (pii uiérile de vous être rapporté. La cabale de Madame du Barry a depuis quei(iu(' lenqis très visiblement du dessous; M. de la Vauguyon qui en est le cliel', se trouve couvert d'ignominie; M. de Glioiseul marcbe t(5te levée et est fort bien traité par le Roi.

Je joins ici co[)ie en extrait des lettres de M. de Neny, ainsi (jue de mes réponses avec un P. S. in extenso que j'écris à ce secrétaire du cabinet, en vue de l'engager à ne point liivoriser, comme il a fait jusqu'à présent, les projets peu sensés démon oncle, le(|uei, s'il l'a mérit(', ne doit solliciter, ni obtenir de récompense (|ue de S. M. l'Impératrice ^''.

Paris, le H mai ijO(). — Monseigneur, les dépèches que j'ai l'Iiouneur d'adresser aujourd'hui à V. A. lui exposent la situation critique où l'on se trouve ici, et je n'y ajouterai t\in', peu de reMiar(pies, dont une (b^s ]iliis essentielles est ipie, si M. de Glioiseul se conduit aussi prudemment (jifil se l'est proposé, il paraît vraisemblable qu'il se soutiendra encore longtemps contre les attaques de ses ennemis, à moins (pie quelipie ('véne-

(') Il s'agit ici lin fièiv piiîiu' du pù:e Louis W une ol)l):iye ou tvrcini]ionso <lps

lie notre auil)assactcur, ('.li.iilos-Josepli- services (]u'il disait avnir icudns à la j'^raiire

Dieudonné, comte de Méliaigne, né eu dans les alVaiies de I-iège. Dans une de ses

170a, moct en 1781, chanoine de l'église leltres au baron Neny, dont il parle ici, le

cathédrale de Liège. Il était entré dans ce conile de Mercy écrivait (pie xon imcte elail

chapitre en 172(). En 1709, il sollicitait toujours tourmenté d'ambition et de projets

l'appui de l'Impéralrice |)Our obtenir de cliiméri(j}ies.

:î mai 1769. :557

mi'iil pioJiiil |)ai' la (léd'osse des alTaires de rintérieur, ne foiir-iiisse de iiouvolles armes contre le ministre en question. Les finances se Ironvent eu ellel dans un tel «îlat, que d'une semaine à i'autie on ne sait où se [irocurer les Tonds nécessaires aux dépenses courantes, et ([uoiqu'on ne puisse pas en attribuer la l'auto uniquement à M. de Clioiscul, il n'est cependant que trop vrai que ses profusions en tout genre, jointes aux mauvaises opéialions qui! a proposées et lait exécuter par l'ancien contrôleur général, ont le plus contribué au discrédit et au danger d'une banqueroute, (|u'il reste peu de moyens d'éviter.

Ik'lalivemeiit à la présentation de Madame du lîarry, je n'ai pas cru. Monseigneur, devoir entrer dans tous les petits détails qui ont accompagné cette scène lionleuse. V. A. voudra bien se rappeler ce ([ue précédemment j'ai eu l'Iionneur de lui mander sur l'oi'igino et l'histoire de ladite créature; moyennant cela il est facile déjuger de l'opprobre ([u'elle répand sur celle cour, et de la douleur (jui en résulte, soit pour la lamille royale, soit [)our la noblesse française, qui voit à ses côtés une lillc (pu peu d'années auparavant s'est prostituée à des !a([uais, dont plusieurs servent aujourd'liui à Versailles. Il n'est |ias moins scandaleux de voir un maiéclial de lîiclielieu, un gouverneur et une gouvernante des enfants de France, se constituer les agents d'une si vilaine intrigue, et d'entendre dire [)ui)li(|uement à Madame de Marsan et à M. de la Vauguyon, (pii alllcbent la dévotion, que c'est Dieu qui permet un mal, pour remédier à un plus grand mal, et ce plus grand mal, selon eux, est l'existence de leur ennemi M. de Clioiseul.

Le lendemain de la présentation de Madame du Harry, le Uoi dit à son capitaine des gardes, M. le prince deBeauveau, qu'il s"im|>atienLait de ne pas recevoir les portraits de la famille impériale, particulièrement celui de rai'cliidu(diesse Elisabeth sa J'uUire épouse. Ce propos joint à tous ceux qu'il avait tenus précédemment à Mesdames, et surtout sa conversation avec l'évèque d'Orléans, rendent la conduite de ce prince inconcevable. Uien des gens cioient qu'on est parvenu à le faire douter de la vérité de tout ce (|ui lui a été rapporté sur l'histoire de sa maîtresse, d'autres attribuent l'événement présent à un affaiblissement d'esprit, dont le Roi paraît menacé depuis longicmps. Quelle (pi'en soit la cause, les elïets en seront sans doute les mêmes, et de nature à déterminer la décadence de cette monarchie, (|ui ne pourrait se relever ([u'autant (pie le successeur du uionanpie actuel réparerait par ses (pialités et ses talents l'extrême désordre où il liouvera le royauuie. Mais si on peut s'en lapporler aux apparences, il v a bien jx'u à (Oiiq)lcr sur cette ressomce, moins par la raison que l'InMilier piésonqitif est élevé par un iiommc inepte et vicieux, ipie parce (pic la nature semble avoir toutrefus(! à iMonsienr le Daupiiiii.

;558 MERCY À KAUMTZ.

Ce prince par sa conlenance el ses propos n'iiiinoncc (prun sens 1res borné, beaucoup de disgrâce cl nulle sensibililé; il parnil enclin à l'avarice, ce qui par quelques personnes est inler])r(;l(; connue amour do l'ordre. Ce n'est qu'à V. A. seule que je puis exposer un pareil d('tail et il m'a [)aru ne'cessaire qu'Elle en fût informée.

Votre Altesse recevra par ce courrier la continuation du dictionnaire des arts et métiers, nommément lart du menuisier. .le joins ici une note de ce qui m'a paru le plus intéressant en livres nouveaux; je voudrais bien, Monseigneur, ne vous annoncer que des ouvrages qui lussent reconnus pour bons, mais dans le nombre très considérable que nous en fournit la presse, il en est peu de ce genre, et les autres ne méritent pas d'être cités. Voici pareillement un extrait de deux lettres de AI. de Neny, avec celui de la réponse que je lui adresse par ce courrier.

Je la supplie de me conserver toujours ses bontés et d'agréer le très respectueux attachement, avec lequel j'ai l'honneur d'cire, etc.

P. S. M. le comte de Zinzendorf '*', avant de partir pour la Hollande, a laissé ici un paquet que V. A. recevra par l'occasion d'aujourd'hui. J'ai ét(î témoin de la bonne conduite que lAl. de Zinzendorf a tenue à Paris et des peines qu'il s'est données pour tirer parti de son séjour en France.

Paris, le 3() juin lyOg. — Monseigneur, il me reste peu de chose à ajouter au contenu de mes dépèches d'aujourd'hui, et je n'ennuierais pas V. A. par trop de petits détails sur une vilaine intrigue, dont on ne peut encore prévoir tous les ellels. Ceux du moment n'en sont pas moins fâcheux, et je me sens véritablement peiné de l'idée que notre archiduchesse, future Dauphine, doive avoir un pai-eil spectacle sous les yeux. Je me ])répare dès à présent les voies à pouvoir, dans tous les temps et dans tous les cas, faire parvenir à cette princesse les petits avis qui lui seront utiles, et qu'elle recevrait dilHcilement par les entours qui l'environneront el qui font trembler.

L'on ne peut disconvenir que dans les occasions M. de Choiseul ne se .soit expliqué assez adroitement vis-à-vis de son maître; mais ses impru-

<•' Le comte Charles <le Ziiaeiulorf, né d'État cl de lorifércnco. L'niiloliioj;ra|iliic île à Dresde le 5 janvier 17.'!;); iors de sa ccl liniiinie d'Elal dislinj;iié a élé [iiililiée à

niiiil en j.Mivier 181 A, il élail iniiiislie Vienne en 1 iS7() par !'■ ((inilo de l'eUenegj;.

2'.) JUIN I7G'J. 35y

clcnces ilaiis les [jiopos parliciiliers, la mauvaise tèlc dosa sœur el l'osprit 1111 pou r()maiK'S(|ii(! do sa rciiinio sont aillant dV'cncils conlio Icsifiiols il c'sl sans ixsse en dangoi' dVclioucr. Cependant l'appui du roi d'Kspaijnc conlre-balancc ces mconvéuienls et ])ouna le soulcuir encore lonjjleni|)s. M. de Clioiscul lâche de faire oulilier à son niailrc cpic les succès en Corse coulent près do trente millions; mais l'état des linances en l'ait ressouvenir tous les jours, cl quoiqu'on ait couvert les dépenses de cette année, et peut-être d'inio partie de la suivante, cela n'a lieu que |)ar des moyens si forcés, (ju'ils ajoutent an danger d'une ban(|ueroute un cas de guerre.

Par un article des extraits ci-joints vous remarquerez, Monseigneur, ce (|ui vient de m'ètre insinué relativement à rinicntion où parait ètie S. M. l'Impératrice, de m'Iionorer de l'ordre de Saint-Etienne à l'occasion du prochain mai'iage de Monsieur le Dauphin. J'ai gardé le silence sur cet article dans ma réponse, mais par une suite de l'entière et respectueuse confiance que je dois aux hontes île V. A. je vais lui ouvrir mon cœur, un peu oppressé par les réllexions qui l'agitent dans cette occurrence.

Je ne suis, ni ne serai jamais un sujet essentiel, ni assez utile à l'Iilal pour me trouver dans le cas d'aspirer aux deux ordres ensenihle, mais V. A. a daigné m'auloriser à en solliciter un, et nonmiément celui de la Toison. Doux de mes |iarcnts, le prince de (îavro''' et le marijuis de Dcynze'-', jouissent de celle marque iriionneur; deux ramilles alliées à la mienne, celle de Ligne et de Croy, en ont joui jusqu'à ces derniers temps. Les |)arents <|ue je cite n'ont point couru avec moi une mênie carrière, mais la leur ne paraissait pas devoir les conduire plus direclemenl aux distinctions; ainsi une dill'érence entre celles qu'ils ont obtenues et celles (|ui me seraient destinées, m'assignerait dans ma propre parenté une iiilériorilé, conire laquelle j'implore la protection de V. A.

La cour de France a toujours donné l'ordre le plus distingué du io\ aume à ses ambassadeurs à noire cour; cette grâce est assurée à M. ili' Durlort, (|ui cependant ne peut en jouir aussi longleuips qu'existeront M. le maréchal de Lorge ou M. de Duras, et cela par une suite de la règle (ilablie dans l'ordre du Saint-Esprit, do n'y adniellrc jamais en même temps trois sujets de la même raniillc.

Il n'en est pas moins vrai que le cordon bleu est constamment destiné aux ambassadeurs de France à Vienne, et il semble qu'une sorle de réciprocité dans le degré de laveur que les deux cours allachiint à leurs ambassades respectives, devrait être très agréable à cette cour-ci, hupielle

''' Le priiico ik' (javn', jpnivoriicur Jo Naimir. — I-' Le comlc Ji'an dr Alrrnilc iiiiirquis (lo Deyiizo.

sernil indiiitc à croire avec tout lo public, (jiic si api'ùs |)lusieurs ambassades, el dans une occasion aussi solennelle que le sera celle du mai'iage du Dauphin, S. M. me décore de l'ordr(! de Saint-Ktienno, il en n'sultc une preuve que je ne suis pas susceptible d'obleuir celui de la Toison, et cette idée, on diminuant la considération si nécessaire à bien remplir le poste qui m'est confié, deviendrait peut-être nuisible au bien du service. Je conçois que, par ménajjement pour des sujets plus intéressants que je ne le suis, S. M. peut trouver des inconvénients à m'accorder la grâce que je demande. Mais dans ce cas, en redoublant de zèle et d'ardeur à tâcher de La bien servir, j'attendrais avec soumission et sans impatience, que l'Impératrice lut disposée à me l'aire éprouver les cllets de sa clémence en m'honorant de la seule marque de distinction qui puisse me satisfaire, et à laquelle V. A. ma permis d'aspirer. Je mets donc entre ses mains généreuses et bienfaisantes ma très humble requête à ce sujet, et j'espère de ses bontés un surcroît si essentiel d'agrément à mon existence, qui est son ouvrage.

/*. S. Je joins ici le P. S. secret (jue V, A. a eu la bonté de me communiquer. Jamais je n'ai fait grand cas des propos de mariage du Roi, et je les ai toujours regardés comme un persilllage fort déplacé et très peu amical envers notre aui'uste souveraine.

Vionie, ce 3o octobre ijOq. — Voici, num cher (lomte, ma réponse à la lettre confidentielle de M. le duc de Choiseul, (|ui m'est parvenue par votre dernier courrier, et aous pouvez répéter à ce ministre, de bouche, ainsi que je lui inaiule par écrit, que très certainement l'Impératrice se serait fait un plaisir de complaire au Roi dans celte occasion, si cela avait ét(! encore [)ossible dans 1 état où étaient les choses, lors(jue sa lettre me j)arvint. Eu gi'os on m'assure tpie c'est à tort tpie l'on accuse Madame de l'aar des tracasseries de Paime, mais à mon avis on a bien plus jp-and tort encore d'attribuer à Mesdames les archiduchesses tout ce qui peut s'être passé soit à Naples, soit à Parme. C'est à leurs maris, ce me semble, <]ui sont les souverains el les maîtres dans leurs Etats et dans lem's cours, et sans la volonté desquels ])ar conséquent ni leurs femmes, ni qui que ce soit, ne peut ni ne doit être censé avoir fait chose quelconque, et non à elles (ju'il faut s'en prendre. Et il n'est pas raisonnable de laire un crime à des jeunes j)rincesses sans expérience, de se laisser aller à ce que

30 OCTODRK 1709. 361

leurs maris leur (umoigiieiU désirer, cl voiilciil ([u'eUcs fassent. Selon moi, les épouses des souverains ne peuvent jamais être que ce que l'on veut bien qu'elles soient; c'est à leurs maris, qui seuls ont l'aulorilé en main, à les contenir dans ies bornes qu'il leur plait de leur prescrire, et, si elles vont au delà, c'est leur faute. Dites un peu tout cela de ma part à M. le duc de Choiseul, si vous en trouvez l'occasion, et ajoutez-y que je le prie de l'aire en sorte qu'il n'arrive plus cjue l'on lasse tant de bruit ponr quelques petites imprudences que pourraient commettre ces jeunes princesses, et qui ne sauraient jamais mériter qu'ainsi qu'on la fait jusqu'ici, on les fasse passer dans le monde pour des petites diablesses.

Adieu, mon cbcr enfant, je me fais une très jjrande fêle de vous voir ici, votre serviteur et bon ami

Vienne, le j mars ijjo. — Bréa, le cadet, ([ui est ici actuellement et à qui j'avais donne' commission il y a quelque temps d'écrire à Paris pour nous trouver, s'il était possible, le sujet qu'il nous faut, comme vous savez, pour renq)lacer Neuville ''', vient de recevoir la leltre ci-jointe, en copie, et que je vous envoie, mon clier et bien-aimé, sans perdre un moment de temps, pour vous meltre à même de ne pas manquer ce hasard (|ui me parait très beureux, parce ipie tout le mondeconvientque ce d'Alainville'-' est sans contredit le meilleur premier rôle qu'il y ait hors de Paris. S'il vaut Neuville que vous avez vu ici, je vous autorise à lui accorder tout de suite, par un engagement que vous lui ferez signer vis-à-vis de vous, les appointements de Neuville, qui étaient de 8,ooo francs, même i,ooo francs de plus et au delà, si vous le jugez à propos, car entre nous soit dit, il nous ie faut absolument, attendu (jue nous ne pouirions pas jouer la comédie sans lui. Nous sonmies mémo dans le cas d'avoir absolument besoin ausfi d'un bon second rôle en homme. Vous venez pai' la leltre ci-jointe ([ue Madame Dugazon Vestris'^', de qui elle eet, nous en olfre un, et nous

'" Neuville avait déliulé le 3o décembre vrler 1770. lljoua siiccessiveiiienl à Cadix,

1767 à la Comédie Française et y avait été à lîouen, à Toulouse, elc. Il mourut en

silUé. Il fit un second délmt le ai août 1818.

1769. ''' M"'° Vestiis, sa'ur de Dii;;azon, avait

'■-' LVAlaimille elait le t'rèrc aine de débuté à la Comédie Française le lo dc-

Molé; il avait débulé le 3 juillet 1709. cembre 17G8. Iteçue sociétaire le 4 février

Victime d'une cabale, il s'était retiré volon- i7()(),elle iirit sa retraite en avril )8o.'5

tairement de la Comédie Française le 1 .') fé- et mourut le (j octobre 1 8o't.

vous prions inoycnnnnt cela de nous rengajjcr égaleuienl, si vous le liouvcz bon, aux appointements (jue vous jugerez convenables et sur lescjuels, ainsi que sur ceux de d'Alainvilie, nous vous laisserons le maître d'accorder ce que vous voudrez. Vous voudi'cz bien aussi laire avancer à ces messieurs ce que vous jugerez à propos, pour l'aire leur voyage, et surtout avoir soin de les l'aire partir l'un et l'aulre iucessainment pour si! rendre ici. Il ne faudra Faire les engagements ijue pour un au, niiiis ces messieurs peuvent être sûrs d'en rester plusieurs autres, s'ils sont bons.

Excusez celte importunid-; ap|)rcuez-moi bientôt (pie vous èles benreusenicnt arrive, et souvenez-vous souvent, mou très l'ber et bien-aimé, lU: ma tendre et inviolable amitié.

Votre ami qui vous aime bien.

Vienne, ce 3 avril ijjo. — J'ai reçu votre iellrc lainilière du 23 mars''' dernier, mon cher Comte, et je profile de l'occasion de ce courrier, que dépêche à sa cour M. de Durl'ort, pour vous en remercier. Ouels monstres abominables (jue tous ces co(piins, qui, pour assouvir leur haine et leur basse jalousie contre le duc de Choiseul, n'ont pas hésité d'entreprendre tout ce qu'il fallait pour bouleverser l'Ktal. Cela lait des gens à neyer {sic), el je ne conçois pas (jue l'on puisse laisser en |)lare d'aussi dangereux et d'aussi indignes c()(juiiis. Témoignez un peu, je vous prie, de ma part, au duc de Choiseul, que j'ai pris le plus grand plaisir à le voir triompher d(! toute cette canaille.

.le vous remercie de la peine (jue vous avez bien voulu prendre jxnir nous trouver le comédien (ju'il nous faut, quoique mallieureusemeiit elle ail été infructueuse. Vous sentez combien cela est l'àclieux pour nous, qui avons besoin d'un bon premier r()le comme de pain, el je me flalle moyennant cela, que vous ferez tout ce (jue vous pourrez pour nous le trouver.

On m'a remis les ressorts (pic vous avez ])ien voulu m'acheler; je vous serais bien obligé, si vous vouliez bien m'en envoyer (piatre, tels (pi'il les faut pour les soupentes d'une voiture à (pialre places; mais il faudrait les faire faire jiar le bon faiseur en ce genre et recomniander (piils soient des mieux conditionnés. Je vous remercie aussi d'avoir si bien placé mon

C (leUii leUrc iiiaïKjue.

niaréc'lial l'errant; ayez la bonlô de suivre de près ses [)ro|[rès cl sa conduite.

Pour les chevaux navarrins, je m'en rapporte à vous et à la bonté' de MM. de Briifcs, de Tourdonay et de Neuiliy; mais je vous répète qu'il ne faut pas me les envoyer, et que je n'en veux point, s'ils ne sont pas bien bons et d'une jolie figure; il nie Caut l'un et l'aulre, parce que sans cela il ne vaut pas la peine de lairc venir des chevaux de si loin. Je vous préviens aussi que je ne les veux pas en présent, et vous prie, moyennant cela, de vouloir bien en faire payer le prix, que M. le prince de Lambesc, auquel je présente mes hommages, aura la boulé de vous faire savoir qu'auront coiité. Aimez-moi toujours un peu, et souvenez-vous quelquefois que je vous aime bien.

Paris, le iG avril i^jo. — Monseigneur, après bien de recherches que j'ai faites conjointement avec M. Bréa, nous nous sommes enfin procuré un comédien, letjucl, sans être en état de remplir les premiers rôles, pourra cependant être employé utilement au théâtre de Vienne. C'est un jeune homme nommé de la Rive'''; il joue les jeunes premiers, il est d'une ligure agréable. Mademoiselle Clairon '-l et plusieurs comédiens de Paris témoignent en sa faveur, mais je ne puis parler de son talent que sur parole, et j'avoue àV. A. que j'aurais hésité à l'engager, si la grande disette où l'on est de ces gens-là, et le besoin ([ue je sais que l'on en a à Vienne, ne m'avaient décidé à consentir que M. Bréa lui fit des conditions, dont il rendra compte. J'ai écrit la semaine passée à Cadix, pour tâcher d'en faire revenir le sieur d'Alainville, et s'il se trouve quelque bon sujet dans les provinces, j'en serai averti. Enfin je ne négligerai rien de ce qui pourra me procurer quelques moyens de remplir les ordres dont V. A. m'a honoré à cet égard.

J'ai dit à M. le duc de Choiscul ce que V. A. m'a enjoint de lui témoi-

l'> J. MauJuit de la Hive (1747-1827) (=> M"' Clairon (172. S-i8o3), la célèhrc

était un élève de M"* Clairon. Il débiila le tragédienne, était retirée do fait de la Co-

3 déccmlire 1770 à la (Comédie Française médic Française depuis 17(55, à la suite de

qu'il quilla peu après; il y rentra le ag avril ralïaire du Siég'c de Cad»»; mais elle ne

1775 et lut leru sociétaire le mois suivant; l'avait quittée oITiciclleraent ([ue le 3i mars

cependant il la (piilla encore en 1788 pour 1766. y rentrer en i7(jo comme acteur libre.

3Gi MEKCY A KAUN[TZ.

fjnei' lie sa |)ail,i'l il v a paiii oxliciiicinciil sensible, .ronlierai tiaii; plu . do détails là-ilcssus, ([iiarid une opca^^ioii sùie mon procurera les inoyciis.

M. le prince de i^uiidjesc avait ti-oii\é un clieval «pi'il vous ileslinait, Monseigiu'ur, mais je n'en ai pas été conleni , et de concert avec M. de IJoistel, nous avons résolu de cliarj[er un des écuyers du Roi, M. de Neuilly, (|ui va prendre les eaux en .\avarre, d"y dioisir sur les lieux deux chevaux, et de s'assurer ainsi de la meilleure eniplelle possildc. (le Neuilly, que je connais particulièrement, est sans contredit le meilleur écuyer et connaisseur en chevaux (|u'il y ait en Fi-ance. Je lui ai bien expli(pié ce que V. A. désire, et il se l'ait un honneur d'être charjjé de celte cnni mission, dont l'exécution se trouve à la vérité retardée, mais que j'espère qui sera bien l'aile.

Votre inai'échal, Monseigneur, se cimduiL bien et travaille assitlùuienl. J'ai commandé les gras de jambes postiches. On est à la recherche de la Rcquèle au Pavlcmenl, allrihuée à Voltaire, et par la première occasion, je compte (pie V. A. recevra ces deux objets. Je La supplie d'agréer le |)rol'ond respect, etc.

Comiiit'ijiic, le ih mai ij'jo. — Monseigneur, j'espère ipie le sieur liaudot sera arrivé à Vienne, et y aui'a pr('sent(! à V. A. la Icllie (pie j'ai eu l'honneur de lui écrire jtar la voie de ce couu'dieu; depuis ce lemps-là mon vovage à Strasbourg et les courses à Couipiègiie el à Soissons, m'ont tenu dans un si grand mouvement, (pie je n'ai pu suivie les démarches nécessaires à procurer iiii théâtre de Vienne les sujels (pie l'on y d('sircrait; à mon passage par Paris, je me suis encore concerté là-dessus avec M. Bréa et j'espère que de façon ou d'autre nous parviendrons à remplir les intentions de V. A.

J'ai laissé à M. le jirince de Slarhendierg h; champ libre sur ce qui concerne le début de Madame îa Dauphin(i dans ce pays-ci; il a suivi celle princesse et s'est chai'gé d(^ rendre compte de tout ce qui La regarde; il m'a signifié que la volont(; de riiupéralrice élait (pie j'adresse à Bruxelles et à lui, prince de Starhemberg, les journaux (pie S. xM. m'a ordonné d'écrire sur tout ce qui se passera dans la suite, relativement à l'Archiduciiessc Dauphine; j'ignore si M. de Slarhemberg enverra ces nn^uies journaux dans leur enlier, ou s'il en l'oiineia des exlrails pour les melire sous les veux de S. M.; (|uel (jue soit le parli iju'il prciiiie, cela importe fort peu à resscnlicl de la chose, mes journaux ne conlicndrunl (pie des dé-

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