II
^yO MERCV À KAUNITZ.
l'égard de ceux que j'y ai cnvoyt's pour le même elïel. Vous voudrez bien aussi faire les avances jx^cuniaires que leur entrelien el instruction pourront exiger pendant (oui le temps qu'ils séjourneront à Paris.
Près Pans, le li janvier ijfjo. — L'inquiétude de la Reine sur la santé de S. M. l'Empereur donne lieu à l'envoi de ce courrier avant l'arrivée de celui que j'attends journellement avec impatience; d'ailleurs je crois que la lecture de ma dépêche d'oHice prouvera que je ne pouvais pas tarder plus longtemps à la mettre sous les yeux de V. A. Ce qu'Elle y verra do relatif aux affaires de ce j)a\s-ci n'en éclaircit encore ni le fond, ni les suites. Quoique la révolution se consolide de jour en jour davantage par le vœu presque unanime de la Nation, et par l'acquiescement qu'y donne le Monarque, on ne saurait préjuger les effets d'une administration si nouvelle dans ce grand royaume, et le défaut d'errements dans la pratique pourrait occasionner de violentes secousses, si les mouvements intérieurs venaient à se compliipier avec les événements étrangers. C'est cependant à quoi l'on doit s'attendre; et la révolte des Pays-Ras en devient un premier indice bien fâcheux. Ma dépêche rend compte de l'impression que cet objet fait sur le ministère de France. Depuis six semaines je suis sans nouvelles de Bruxelles, et je n'ai pu y écrire dans la persuasion que mes lettres seraient interceptées par les insurgents. L'incertitude de ce qui résultera de ce fatal incident me cause d'autant plus de peine tjue je me représente celle que V. A. en éprouve. Dans ces moments d'obscurité et de confusion générale, il n'y a de ressource que dans les grands efforts, et c'est toujours V. A. qui en fait les frais. Je La supplie d'agréer au renouvellement dii l'année l'hommage des vœux que je forme pour sa gloire et son bonheur, je ferai toujours consister le mien dans la fidélité de l'attachement el du respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.
Vienne, le 6 janvier ijQO. — M. de Montmorin dans sa lellre au président de l'Assemblée nationale '" devait dire :
«Que le roi avait jugé conséquent à son alliance avec la Maison d'Autriche, à sa justice, el à sa dignité, etc.", ou se servir d'une autre phrase quelconque équivalente, au lieu de se permettre d'en faire une abstraction totale, impardonnable vis-à-vis de la Nation, et scandaleuse vis-à-vis de toute l'Europe. Je vous avoue, mon cher ami, que j'en ai été extrêmement choqué, et d'autant plus, que cette omission a tout l'air d'un propos délibéré, le petit Montmorin, tout petit qu'il est, ne paraissant pas pouvoir être assez bête pour n'en avoir pas senti la conséquence, ou avoir imaginé que l'observation nous en échapperait.
J'attends avec quelque impatience comment l'Assemblée nationale se sera expliquée sur la teneur de celte lettre, d'autant que sa réponse éclairera plus ou moins sur ce qu'il faudra penser au sujet de la stabilité de l'alliance.
Le tableau que je vous présente par ma lettre d'olllce ne me laisse rien à ajouter. Vous y verrez que tout est au pire actuellement, et que l'avenir, malgré mes soins de toute espèce, me donne bien peu d'espérance. Il est affreux que l'olistination despotique ait mis cette
('' Le 10 décembre 1789, le Président avait fait à l'Assomblée nalionale la communication suivante :
(tj'ai reçu hier la visite de M. Tort , Brabançon, envoyé par M. Van der Mool.
Il m'a dit qu'il devait exister dans les bureaux un paquet adressé à l'Assomblée nationale. Ce paquet vient, en effet, de m'étre remis. Je reçois en même temps une lettre de M. le comte de Montmorin, conçue en ces termes :
n Monsieur le Président,
tfLe sieur Van der Noot, se disant (ragent plénipotcnliaire des Brabançons, «vient de m'adressrr pour le Roi un paquet ï qu'il m'annonce renfermer le manifeste
tfpar lequel ils se déclarent indépendants. «S. M. a jugé qu'il n'était ni de sa justice, uni de sa dignité, ni de sa prudence d'actt cueillir une semblable démarche. Elle a «pensé que le seul parti convenable à «prendre était de renvoyer ce paquet au «sieur Van der Noot, sans l'avoir ouvert, et «c'est ce que j'ai fait en exécution de ses «ordres.
«Le Roi, informé que la même dé- « marche a été ou doit être faite auprès «de l'Assemblée nationale, a trouvé conve- «nable de lui faire connaître le parti qu'il «a pris et il m'a ordonné. Monsieur le «Président, d'avoir l'honneur de le vous «mander.»
{Arrhii'es pm-lementnircs, I, X, p. '198.)
belle nionarcliic dans l'étal où elle est. J'en suis bien allligé comme bien vous l'imaginez, et il est fâcheux pour moi de n'être pas dans le cas de pouvoir rendre jmblici juris ma justification, consolant cependant jusqu'à un certain point, rpie tout le public est persuadé que tout ce qui est arrivé n'est dû qu'au peu de cas que l'on a fait pendant ce règne de mes avis et de mes courageuses remontrances dans toutes les occasions.
Clieiiiievièrcs, le ù 8 janvier ijfjo. — Le courrier mensuel m'a remis le 1 5 les dépêches dont il était porteur et au nombre desquelles se trouvait la lettre particulière dont V. A. m'a honoré en date du (">.
La diversité des nouvelles que l'on reçoit ici des Pays-Bas, rend très incertain le jugement que l'on doit porter sur l'issue de cette étrange révolution. Ce qu'elle a d'incompatible avec les intérêts de la France n'échappe pas au ministère du Roi; il désirerait des moyens de conciliation; il présume fjue l'on pourrait en trouver de convenables à notre cour dans la désunion des partis insurgents. Les zélateurs de la liberté forment ici des vœux contraires; cependant l'Assemblée nationale reste dans une perplexité équivoque. Sans admettre, ni rejeter la démarche qu'à fait vis-à-vis d'elle l'avocat Van der Noot, le passage de quelques aventuriers dans les provinces belgiques est jusqu'à présent le seul secours qu'elles aient tiré de ce pays-ci, et il est probable qu'elles n'en obtiendront pas de plus réels, ni de plus efTicaces. Au reste ce fatal événement qui traverse les succès si brillants de la dernière campagne contre les Turcs, me cause un profond chagrin, tant en raison de mon zèle pour l'auguste service, que par un retour sur les peines qu'un pareil malheur fait éprouver à V. A.
Je n'ai rien à ajouter à ce qu'expose ma dépêche d'ollice sur la situation accablante on l'on se trouve ici; les intrigues privées y présentent sans cesse à la Nation des fantômes qui entretiennent l'inquiétude, les soupçons et une sortt; de férocité parmi le peuple, lequel ne connaît jilus de frein depuis qu'il se trouve armé dans tout le Royaume. Ou ne prévoit pas que dans cette posture il se soumette aux imposi-
lions; le recouvrement ne s'en fait |)as, ce qui intercepte les meilleurs arrangements de finance, et tient la vie et la fortune de chaque citoyen dans un danger le plus effrayant.
Ma lettre à l'Empereur n'est à peu de chose |)rès qu'une copie de la présente*^'. Ce que S. M. daigne me mander Elle-même de l'état de sa santé, donne lieu aux plus justes alarmes; la Reine en est vivement affectée; Elle m'a expressément chargé de le témoigner à V. A., et d'y ajouter que sa confiance dans votre attachement, dans votre sagesse. Monseigneur, soutient ses espérances dans des temps aussi désaslreu.x.
Die rasende Abneigung gegen die AUianz ist hier gleichwohl nicht allgemein. Dieser Tollsinn herrscht nur unter einer Anzahl solcher Leute , die gegen die Kônigin auf das Aeusserste aufgehracht sind ; nun sind dièse Leule aher ehen diejenigen, die nunmehr am Mehresten zu bedeuten haben. Euer Fûrstlichen Gnaden Grundsàfze hat indessen niemand misskennet; ja man sagt ganz offenllich, dass wenn man Hoch<lero weise Rathschiage befolgl hiitte, man sicherlich unseren Unglûcksfâllen zuvorgekommen sein wiirde.
Vienne, le i3 J'êvner JJQO. — Mon cher comte de Mercy, j'ai rc(;u votre lettre par le dernier courrier; je vous envoie celle-ci par estafette pour vous faire part que ma maladie s'est empirée au point que j'ai pris la résolution de me faire administrer les Saints Sacrements aujourd'hui, et d'appeler ici, quelques jours passés, mon frère le grandduc.
Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe à la Reine, en ^'assurant du tendre attachement et de l'amitié inviolable que je lui conserve jusqu'à la fin de mes jours '-'.
Soyez de même bien persuadé, mon cher Comte, des sentiments d'eslime et de reconnaissance que je ne cesserai d'avoir pour vous, auxquels vous avez le droit de prétendre à si juste titre tant nour les services signalés rendus comme homme d'Etat, que pour l'amitié et
'" (^ello letlre manque. — '■'''' Ci>lle ieUre manquo
KAUiSITZ À MERCY.
rinlc'rcl (juf vous avez toujours lénioigiK^'s [)crsonnelleinent pour moi, et que je vous paye cerlaineaient d'un bien parlait retour. Adieu, et je serai toujours votre très affectionné.
KAUxMTZ A MERCY.
Vienne, le i y février lygo. — Mon bon ami, tout ce que je |)uis vous dire de positif sur l'état de notre pauvre maître, c'est qu'il est absolument désespéré, qu'il peut passer d'un moment à l'autre, mais qu'il n'est pas tout à fait im[)ossible néanmoins qu'il ne puisse traîner encore un peu plus, ou un peu moins, mais peu probable cependant. J'en suis très douloureusement affecté, parce (ju'il faut convenir qu'il réunissait en lui de très grandes qualités, et qu'avec les sentiments qu'il m'a témoignés depuis quelque temps surtout, et le degré de confiance cju'il m'accordait, j'ai lieu de croire qu'il eut été peut-être à l'avenir très différent de ce qu'il a été jusqu'ici. Reste à voir comment nous serons par la suite. L'Empereur m'en ayant conjuré, je resterai au cas qu'on me témoigne le désirer et qu'on m'écoute, jusqu'à ce que j'aie remis le bâtiment à flot. Mais dans le cas contraire, je donnerai tout de suite la démission de tous mes emplois, et c'est ce que je vous confie, comme à mon ami dans toute l'étendue de l'expression , pour vous tout seul et sous le sceau du secret.
Sur tout ce dont vous êtes cbargé par cette expédition '", je n'ai
''' Dans sa dépèche (Foftice du 17 février 1790 le prince de Kaunilz donnait au comie de Mercy des explicalions sur les niolil's qui avaient enjjagé le cabinet de Vienne à se rapprocher de rAnjjlelerre.
kNous venons, disait-il, d'achever la seconde campagne d'une guerre ausù ruineuse en hommes qu'en argent. Malgré les suciès éclatants remportés par nos armées sur l'ennemi, nous sommes hien éloignée de nourrir de dangereuses idées de couquéles; au contraire nous sommes tout prêts à donner les mains à toute paix convenable el nous ne demandons rien autre qu'une plus grande sécurité pour nos
frontières si étendues du coté de l'Empire ottoman. Mais la cour de Berlin se met en travers. Elle remue à Constanliuople ciel et terre pour entraîner les Turcs dans une alliance offensive avec elle. Si elle y réussit, elle tombera sur nous avec toutes ses forces. Les Polonais suivent aveuglément les conseils qui leur viennent de Berlin. Tout est combiné pour nous enlever la Galicie, que cependant la l'russe ellemême nous a garantie. Elle vent rendre cette province à la République pour se faire céder d'auti'e part dfs territoires considérables. Mais l'avidité el Tambllion de la l'russe ut- s'en contentent pas. Elle a
17 FEVRlElî 17'JO.
qu'une chose à ajouter, et c'est que , si on vous témoignait (|uel(jue étonnenient sur la préférence que nous avons donnée à la médiation de l'Angleterre sur celle de la France, relativement aux affaires des Pays-Bas, il me semble qu'il faut en témoigner de votre côté sur cet étonnement, en faisant sentir que, le Roi malheureusement ne pouvant plus rien sans le consentement de la Nation, et cette Nation, par ses principes et son exemple au moins, n'ayant eu que trop de part à la révolution des Pays-Bas, on ne pouvait pas naturellement s'adresser à elle, ni lui accorder aucune confiance dans une affaire sur laquelle elle était manifestement dans des principes diamétralement opposés à ceux que devait avoir un médiateur ou que l'on devait [)Ouvoir lui supposer au moins, sur l'objet dont il s'agissait. Au reste nulle conmie l'est aujourd'hui la France, et Dieu sait pour combien, si ce n'est pas pour toujours, il me semble qu'elle devrait me savoir gré d'avoir imaginé un moyen, et le seul peut-être des imaginables, pour empêcher l'extension du feu de la guerre et rapprocher le moment désirable du rétablissement de la paix; et il faut bien vous garder par conséquent de donner le moins du monde à la counnunication (jue vous ferez du parti que nous avons pris vis-à-vis de l'Angleterre, l'air d'une justification, dont il n'est pas dans le cas d'avoir besoin.
J'espère que vous trouverez ma réponse à la note du duc de Leeds telle qu'elle me paraît être '".
Je vous embrasse de tout mon cœur, et suis comme toujours tout à vous.
noué (l'élroites relations avec les révoltes dos Pajs-Bas autrichiens et elle met tout en oMivre pour amener l'Anjflelerre et la Hollande à reronnaitre leur indépendance. En même temps elle fomente la rébellion en Galicie et clierclie à l'étendre en Hongrie.
«De nos deux alliés l'im a déjà sans cela deux (guerres sur les bras; l'autre est si incapable de nous aider que son gouvernement n'ose même pas parler ouvertement <l« notre alliance devant l'Assemblée nationale. 11 ne nous reste donc rien autre chose à faire que do nous rapprocher de l'Angleterre pour empêcher par son inllucnce, autant ipie cela sera possible, la
Prusse d'en venir à une rupture ouverte avec nous."
W Dès le G décembre 1789, l'envoyé impérial à Londres, le comte Revilzky, avait clé chargé par le prince de Kaunitz de faire les démarches nécessaires pour engager l'Angleterre à accéder à l'alliance austro-russe. Dans ce rescril du 6 décembre, on trouve notamment ce passage:
trLes intrigues du duc d'Orléans nous sont parfaitement connues, ainsi que l'espoir chimérique dont s'est bercé ce prince de les faire goûter et appu\er par l'Angleterre. Pareillement nous n'ignorons pas que deux émissaires se trouvent en ce moment-ci à Berlin de la part des révoltés; qu'ils y sont
JOSEPH II À MEllCV.
JOSEPH II A MEHCV.
Viowe^ le ig fêrrier l'jgo. — Mon cher conile de Mcrcy. je vous
soiilTerls el lours propositions écoulées, lesquelles ne visent à rien moins qu'à obtenir de S. JF. Prussienne la rcconnaissanoe de leur prétendue indépendance et ie soutien de leur révolte. Quand même S. M. 1. ne serait pas pénétrée comme elle l'est d'une conliance sans réserve dans la justice et l'équité de S. M. Britannique, la considération des propres intérêts politiques de la cour de Londres ne lui pennellndt pas de douter que cette cour, loin do nouriir les espérances que ie duc d'Orléans n'a pu concevoir que dans un parfait délire sur la réussite d'un projet dont relTct nalurel serait d; placer par son moyen les Pays-Bas sous la domination française, ne s'emploie plutôt de tonte façon possible pour le faire échouer. <>
Le plan du cnliinet de Beilin était, d'après le prince de Kaunilz, beaucoup plus dangereux. Cette cour désirait faire céder à l'Empereur par la Porte la Moldavie et la Valachie en échange de la Galicie que la cour de Vienne rendrait à la .Pologne qui, moyennant cela, céderait à la i'russc Danizig el Tliorn ol plusieurs pnlatinals limitrophes de ses Etals. Le niinislre prussien à Constanlinnple mettait tout en mouvement pour déconseiller la paix à la Porte et pour l'exciter à continuer la guerre par l'offre formelle de l'alliance. On espérait à Vienne que, sur ces deux points, le cabinet de Saint-James ne serait pas d'accord avec celui de Bi-rliii. Et comme les liens qui unissaient ces deux cours étaient d'une nature purement défensive, ils ne seraient pas lésés par la conclusion d'iuie alliance défensive entre l'Autriche el l'Angleterre. A l'ouveituie que lui fit en ce sens le comte de Revitzky, le duc de Leeds répondit le 1 1 janvier 1790 que, selon sa façon de penser, les obstacles (pii empêchaient raccnui|prsspmeiil d'un tel système dans le
moment présent lui paraissaient invincibles. Celte proposition, adressée à l'Angleterre seule, était par le fait ah.soliiment inacceptable, car les alliances que le Boi avait heureusement contractées avec la Prusse et la Hollande avaient stipulé une conimunicalion et même un concert entre lesdites puissances alliées sur tous les points importants; ce qui comprenait assurément une alliance défensive entre l'Autriche et l'Angleterre. Il ajoutait cette phrase : «Je regrette infiniment le moment où une telle proposition vient de nous être adressée, proposition qui a été si souvent mise en avant, sinon faite directement de notre part, depuis la guerre de Sept ans, sans avoir produit le moindre elTet sur le cabinet de Vienn?.i Jlais il déclarait que rien ne saurait être plus à désirer, ni même plus praticable que rétablissement d'un concert direct entre l'Empereur et les puissances alliées pour concourir au rétablissement de la tranquillité générale. De même que l'Euipereuravaitdéjà déclaré que les progrès rapides de ses armes ne changeraient rien à la modération de ses vues et que son objet n'était que de voir terminée la guerre actuelle par une paix juste, le cabinet de Sainl-James, lui aussi, ne désirait (pie le rétablissement de la paix en Europe par un traité par lequel les puissances belligérantes se trouveraient dans une telle situation que le système général ne lut d'aucune façon ébranlé.
Le prince de Kaunitz ne répondit pas directement au duc de Leeds; mais, le la lévrier 1790, il envoja au comte de Uevit7.ky un rescrit dans lequel il s'cITorçait de réfuter b's arguments du minisire anglais; il prétendait que le moment présent était le plus favorable pour la conclusion de l'alliance proposée, n Néanmoins, disaitil, comme on témoigne désirer de prélé-
10 FEVRIEli 1790.
envoie ci-joint une lettre pour la Reine'", piir laquelle je lui donne part de l'événement fatal, dont je viens d'être accablé par la mort de l'Archiduchesse, épouse de mon neveu, l'archiduc François, qui est décédée hier à la suite de ses couches. Réduit à la dernière extrémité et pour ainsi dire au dernier moment de ma vie, je n'ai pu m'acquitter moi-même de ce triste devoir et il m'a fallu me servir d'une main tierce. Adieu, mon cher Comte!
Paris, le lo mars lyQo. — J'ai reçu le i" du mois la lettre particulière dont V. A. m'a honoré en date du 17 février; elle m'annonçait comme très prochaine une catastrophe, dont la nouvelle m'est arrivée le lendemain par le garde-noble dé|)êché en Espagne'-*. Quoique préparé à ce triste événement, j'en ai été frappé et vivement affligé sous tous les rapports; ma fidélité pour la mémoire de la grande Marie-Thérèse et les bontés que son auguste fils m'avait toujours
rence rétablissemenl d'un concoi l tlirecl enlre S. M. I. et les puissances alliéi's sur l'imporlanl obji'l ilii rélalilissenienl de ta tianquillilL' f[énérale, Elle ne fait aucune diificullé d'adopter ce moyen, bien entendu cependant que ce ne peut élie que vis-àvis de S. M. Britannique exclusivement, à moins que la cour de Berlin, — laquelle, comme on le sait de science certaine, a olFert actuellement à la Porte un traité par lequel elle s'engage à attaquer les deux cours impériales de toutes ses forces d^s l'entrée de la campagne prochaine, pourvu qu'elle veuille prendre de son colé l'engaijement de continuer la guerre, de ne point faire do paix sans elle et de concourir à lui faire obtenir les avantages qu'elle s'y destine, — n'adopte d'autres sentiments à l'égard de l'Empereur et que les Etats généraux n'en témoignent de leur part d'assez, développés pour que l'on puisse asseoir une opinion fondée siu' le degré de confiance qu'on pourrait y mettre." Pour confirmer son vif désir du rélabli^senicnt de la paix.
l'Empereur, malgré les progrès éclatants de ses armées, se contenterait di'S stipulations du traité de Passarowitz.
Quant aux Pays-Bas, l'Empereur élait décidé ^à y faire cesser jusqu'au moindre sujet de griefs ou de plainte fondée et à y rétablir en tout et sans exception la Constitution telle qu'elle élait dans le moment de son inauguration. L'Empereur croit pouvoir requérir avec instance S. M. Britannique de vouloir bien y employer à cet elTet toute i'ellicacilé de sa médiation par tous les moyens et le langage qu'Elle croira les plus convenables aux circonstances et 11 se propose d'en requérir aussi MM. les Etats généraux si S. M. Biilannique le juge à propos, n
i'' Cette lettre manque.
'^' D'après ses divers biographes , Joseph 11 serait mort le 30 février, à cinq heures et quatre minutes; mais dans sa dépêche d'ollice du 3 0 février au comte de Mercy, le prince de Kaunitz écrit que cette moi I survint à six heures.
marquées, ra'allachaient à sa personne. Quelques erreurs passées et reconnues auraient sans doute donné tout l'essor à bien des qualités rares dont il était doué; il a fini au moment oii V. A. lui en aurait fait recueillir le fruit.
Les circonstances du moment sont bien critiques; elles seraient irrémédiables, Monseigneur, sans le secours de vos lumières; le nouveau souverain en sentira tout le |)rix et le besoin; mais si par une raison quelconque V. A. se décidait à ([uitter les affaires, je La supplie alors, et Lui demande comme dernière grâce, celle de m'obtenir daus le même instant ma démission. Elle daignera se rappeler que, passé quelques années, je Lui adressai à ce sujet des instances, dont je justifiai les motifs; depuis ce temps ils n'ont cessé de devenir plus pressants pour moi, et ils n'ont pu céder qu'au dévouement sans bornes, que je me suis fait une loi. Monseigneur, de vous consacrer jusqu'au dernier moment de ma vie.
Ma dépêche d'office expose avec quelle loyauté, au moins apparente, M. de Montmorin a lépondu aux ouvertures que j'élais chargé de lui faire. La situation de la France est si effroyable, que son ministère ne peut pas même s'attribuer le mérite de la bonne foi. puisqu'il est dans l'impuissance de faire illusion à personne. Cette cour sent trop bien l'abandon dans Icipiel elle va se trouver; elle voit les progrès rapides de sa destruction, le défaut absolu de moyens d'y parer; elle comprend enfin que cette vérité est si [)alpable que vainement elle chercherait à la soustraire aux yeux des autres puissances.
La France par sa position géographique, par sa population et les avantages de son sol, conservera sans doute une force intrinsèque, mais aussi longtemps que cette force ne sera ni organisée, ni adaptable au système général de l'Europe, elle y restera un hors-d'(cuvre, et il n'est guère probable que la génération présente voie un changement à cet égard. Il s'ensuit que l'ambassade en France sera bien longtemps pour notre cour sans objet et sans intérêt. Celui que feu l'Empereur prenait personnellement à sa sœur, deviendra selon toute apparence un motif bien faible pour le nouveau monarque; Lui et la Reine ne se connaissent presque [)as '". et ils ont toujours marqué assez peu de
'■' Mario-Aiiloinello n'avoil pns encore iniirioj;n, on aoi'il 17110, el do là cm Toscane dix ans loiS]ue son Irèio Léopold siMcndit poni' picndie li' (jouvonienn'nt de ce pa\s;
de Vienne à Innsbruck pour y céléhrcr son depuis relie époque elle ne l'avait plus revu.
penchant l'un pour l'aulrc. Ces considérations sont aussi fâcheuses pour la chose publique que pour moi en particulier; elles ajoutent à la répugnance que doit inspirer le séjour d'un pays qui est devenu un théâtre d'horreurs. Cependant, si ma santé n'y succombe pas tout à fait, s'il reste encore la possibilité d'y opérer au bien, dont je sois jugé capable, je lâcherai de le remplir, pourvu que ce soit sous vos ordres, Monseigneur, parce que sans cela je ne trouverais plus ni forces physiques ni morales pour rester un instant dans ma place.
La réponse de V. A. au duc de Leeds, ce chef-d'œuvre de justesse et de raison, devrait naturellement conduire à de nouveaux et grands objets politiques; puissent-ils être. Monseigneur, un nouveau succès dû à votre glorieux ministère, qui en tant d'occasions a sauvé la monarchie des désastres dont elle était menacée.
/*. S. Mes dépèches étant cachetées, et le courrier au moment de partir, la Reine m'a fait venir pour me charger très expressément de vous dire de sa part, Monseigneur. qu'Elle trouvait quelque soulagement h ses peines en pensant que vous les partagiez. Elle a ajouté à cette expression celle de toute l'estime, do l'amitié et de la confiance (pi'Ellc conservera toujours à V. A.
Ui6. — KAUNITZ À MERCY.
Vienne, le i6 avril lygo. — Mon cher Comte, une immensité d'occupations de toute espèce dans les premiers moments de ce nouveau règne, naturellement plus pressantes les unes que les autres, ont occasionné le retardement de cette expédition, que vous voudrez bien, SI cela est néce.ssaire, excuser par cette considération. Je fais, comme vous pensez bien, tout ce que prudence humaine peut imaginer pour tirer la monarchie de la situation critique dans laquelle elle se trouve et remettre, s'il se peut, le bâtiment à flot; et si je ne réussis pas, vous pourrez en conclure que c'était la chose impossible; plus ou moins, j'ose m'en flatter cependant. J'espère, entre autres, d'avoir convaincu celui qui doit l'être de l'utilité et même de la nécessité de persister dans le système politique de ses deux alliances qui ont nn
KAUNITZ A MERCV.
mérite d'autant plus essentiel, que bien loin d'en exclure aucune autre de ce genre, elles peuvent en retirer de très grands avantages toutes les deux, et celle de la France en particulier dans son ('(at de nullité actuelle.
Je suis actuellement dans l'attente des démarches que j'ai fuites et des mesures que j'ai prises, tant à Berlin qu'à Londres'", et si elles
'■' Par un rescrit en date du 3 avril 1790, rédigé par le prince de Kaunitz et signé par Léopold 11 , le comle de Revitzky était chargé de faire remarquer au cabinet de Saiiit-Janies que l'Autriche était liien fondée à garder ses conquêtes comme un dédomniagenient de la guerre ruineuse dans laquelle la Porte lavait entraînée.
Quant aux Pays-Bas, Léopold croyait avoir donné, par ia déclaration qu'il avait fait publier, les preuves du plus grand désintéressement et do la plus généreuse niagnaniniilé. Pour en augmenter l'eflct, il accepterait la médiation de S. M. Britannique comme le plus précieux témoignage de son amitié. Toutdois ii devait protester formellement contre un passage de la dernière communication du duc de Leeds, où il était formellement parlé d'une médiation demandée par l'une et l'autre dei parties. En prenant en mains le gouvernement de ses Klals hérédilaires, Léopold ne voudrait pas se déshonorer et donner dans une cause commune à tous les souverains le mauvais exemple de se laisser placer sur un pied d'égalité avec ses sujets, lis n'ont pas d'ailleurs à demander la médiation du roi d'Angleterre. Leur loi fondamentale, ta Joyeuse entrée, les oblige à l'obéissance envers le souverain dès que celui-ci a renonce à tout ce qui aurait pu être fait contre leurs privilèges et contre leurs libertés. Cela est d'autant plus leur devoir que, personnellement, Léopold n'a pas pris la moindre pail à tout ce qui est arrive. Mais pour tranquilliser ses sujets, il est tout prêt à leur accorder la garantie de leur Constitution par le roi d'Ang!eten-e, car il veut loyalement tenir sa parole. D'autre part, le af) mars 1790, Léo-
pold II adressa au roi de Prusse une longue lettre autographe qui commençait ainsi : trJe ne crois pas pouvoir faire un meilleur usage des premiers moments de mon règne qu'en les employant à témoigner à V. .M. le prix que je mets à son estime, à sou amitié, au maintien du bon voisinage entre nos Ktats et à l'établissement d'une confiance entre Elle et moi, qui me parait être de notre intérêt commun.» Il veut, dit-il, s'expliquer avec lui à cœur ouvert. Les armements en Bohème, Moravie et Galicie ont été motivés par le bruit que le roi de Prusse voulait, avec les Polonais, prendre une part active à la guerre engagée entre la Porte et les deux cours impériales. Il assure qu'il ne nourrit aucun désir d'agrandissement mais qu'il veut conserver ce qu'il a et il ajoute : ttJ'ai, toute ma vie, fait profession de loyauté, de justice et de modération. Je viens de donner une preuve non équivoque de ces sentiments par la démarche à laquelle je me suis déterminé vis-à-vis de mes sujets. îi
.\ celte lettre était joint un Mémoire confidentiel sur la conduite et tes dispositions de la cour de Vienne relativement à la guerre actuelle avec la Porte. On y insistait sur ce point que les cours de Vienne et de Pétersbourg se montraient disposées à faire la paix, mais que la Porte, par contre, n'en voulait pas entendre parler. La victoire du prince de Cubourg à Martinesli el la prise de Belgrade par Loudon n'avaient pas fait changer les intentions du cabinet de Vienne; Léopold priait le roi de Prusse d'agir activement à Constanlinoplc en vue d'amener la conclusion de la paix et il se déclarait prêt à se contenter des stipulations du liaité de Passaro«itz.
avaient les succès que raisonnablement elles devraient avoir, je pense qu'elles devraient ne nous rien laisser à désirer; quels qu'ils soient cependant, je ne manquerai pas de vous en informer, et s'ils sont heureux, ce sera avec d'autant plus de satisfaction, queje suis certain que votre amitié pour moi vous les fera partager.
Une autre fois je pourrai, dans notre intimité, vous confier quelques anecdotes de ce pays-ci, qui me paraîtront pouvoir vous intéresser, et en attendant, comme je n'ai pas le temps de vous en dire davantage aujourd'hui, je me borne à vous renouveler les assurances de mon ancienne et tendre amitié.
Paris, le ag mai ijQO. — Monseigneur, quoique je n'aie rien de bien pressant à mander, il m'a paru indispensable de dépécher le présent courrier, ne fût-ce que pour ne pas laisser trop accumuler les détails multipliés et si divers dont il est essentiel que V. A. ait sous les yeux un ensemble qui puisse Lui représenter l'état des choses tel qu'il se trouve ici. Il est bien incroyable, cet état, et encore plus funeste; tout conspire à la dissolution de cette monarchie; de nouvelles insurrections s'annoncent dans les provinces méridionales et s'étendent jusque dans l'Alsace; on ne parle que de massacres; les alarmes, les haines se propagent avec plus d'acharnement; on fomente de plus en plus dans Paris la fureur du peuple par des chimères de contrerévolution. Les deux ordres du Clergé et de la Noblesse, anéantis, réduits au désespoir, sont par cette raison d'autant plus suspectés de projets violents, et quoique le Roi et son ministère ne s'occupent qu'à tâcher de calmer les esprits, ce système de douceur et de sagesse n'empêche pas que la Nation ne soit décidée à rendre la Cour responsable des événements qu'il lui est également impossible de faire naître ou d'écarter. Dans cette disposition des esprits, on n'est point à l'abri du danger d'une guerre civile; si elle éclate, elle sera cruelle et très embarrassante dans toutes les mesures à prendre pour la sûreté de la Cour. Je n'ajouterai rien sur cette matière à ce que présente ma dépêche d'office, il semble que la crise approche du terme où elle se déridera de
manière ou d'autre, et que l'on ne restera plus longtemps dans l'incertitude de son issue.
A l'exception des courriers ou des négociants qui, par l'exiguïté de leurs équipages, ne sont [las remarqués, les autres voyageurs de plus d'apparence, toujours soupçonnés d'être des aristocrates, ne peuvent atteindre les frontières du royaume, sans risque évident d'être arrêtés et très maltraités dans chaque bourg ou ville de leur passage, sans qu'aucun passeport puisse les en garantir. Cette raison, jointe à celle des troubles (jui existent dans le pays de Liège , m'empêche d'user de la permission d'aller prendre les eaux à Spa; j'en profiterai cependant dans la saison d'automne , si le calme se rétablit d'ici à ce temps-là et si les routes deviennent praticables.