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lUl-niULniE NATIONALE.
.Vid MEIICY A KAUNITZ.
toutes lus ili'u\ cuiijointeiucnt et cliacunc d'elles s('paiément, on ne dovrait presque pas se permettre d'imaginer qu'il pût arriver que dans aucun temps, aucun di; leurs principaux ministres pût jamais méconnaître assez leurs véritables intérêts ou être un assez malhonnête liominu pour engager ou induire celui des deux Etats, qu'il se trouverait avoir l'honneur de servir, à changer de système. Mais comme dans des alTaires d'une aussi grande importance la possibilité, même la plus vraisemblable, doit suffire aux hommes chargifs par état de veiller au sort des empires et de l'humanité, pour redoubler de soins et d'attentions, je vous prie de communiquer entre quatre yeux mes justes inquiétudes à M. de Vergennes, à nulle autre fin que pour qu'il \ fasse l'attention dont elles lui paraîtront dignes ou susceptibles. Ne donnons point de prise, ni réelle, ni apparente. Je vous réponds du cabinet de Vienne et je me flatte que M. de Vergennes secondera de son côté mes soins et ma sollicitude. Assurez-le de la persévérance de ma considération très particulière pour sa personne et crovez-moi
Sfià. — MERGY A KAUNITZ.
Pitrls, le 17 janvier ij8o. — Ainsi que V. A. a bien voulu m'y autoriser, j'ai fait Ijou usage de la lettre dont Elle ma honoré du 1" de ce mois. La manière la plus simple m'a paru la meilleure; j'ai lu cette lettre à M. de Vergennes, et elle a produit sur lui une très grande impression. Je lui ai fait sentir que si, par des petites réticences déplacées, par des peurs chimériques on se refusait dans certaines occasions à parler avec franchise à son allié, il en résulterait à la longue que le système présent eu éprouverait les atteintes les plus graves, et que les deux grandes cours (jui sont si intéressées à maintenir ce système, seraient déjouées par les plates et indignes manœuvres du roi de Prusse. M. de Vergennes en est convenu, et par quelques traits énoncés dans ma dépêche, il semble qu'il m'a parlé avec vérité, (-e minisli'e, en me priant de réserver |)our V. A. seule ce qu'il allait me dire, ne dissimula pas que l'on était un peu alarini' sur la façon de penser personnelle de S. M. l'Empereur relaliveiuenl à ralliancc. ainsi (|ue sur les prétentius vastes ])rojels de ce monarcpic. Cet aveu, fait à litre de confiance, me mit dans le cas de prendre le même t(m, et j'entrai dans (|uel(jues détails dont la morale était que la prévoyance, (|uo;i|ue très recommandable eu affaiies d'Etal, n'admettait cependant pii> (|u'(>ii se livrât indistinctement à des soupçons, <piaii(l ils étaient iuviaisemblablcs oti démentis par des faits palpables;
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qu'ea s'e'caiiant de ce principe, on pourrait jalouser ses amis, leur nuire et, sous le pre'tcxte de la prévoyance, exercer contre eux les plus mauvais procéde's, ce qui très certainement ne devait jamais avoir lieu dans une liaison entre des grandes puissances. Il est incroyable combien le roi de Prusse rencontre ici et ailleurs des imbéciles disposés à croire à ses cbimères. Je dois à M. de Vergcnnes la justice qu'il y est peut-être moins trompé que personne, mais je ne puis en dire autant de M. de Maurepas, qui trouve plus commode de soupçonner que d'approfondir, et qui traite les objets les plus sérieux avec une légèreté sans exemple à son âge. Au reste il me paraît évident que dans le fond on tient ici réellement à noire alliance, et que les liens n'en sont relâchés que dans des circonstances isolées et par les causes que j'ai exposées ci-dessus.
34'i. — KAUNITZ A MERCY.
licunc, le a février ijSo. — Je vous avoue, mon cher Comte, ipic j'ai peine à accorder la contradiction manifeste, que je trouve dans l'assurance que vous me donnez que M. de Vergennes n'est pas la dupe du roi de Prusse, et dans l'aveu confidentiel que ce ministre vous a l'ait, que l'on était cependant un peu alarmé sur la façon de penser personnelle de S. M. l'Empereur relativement à l'alliance, ainsi que sur les prétendus vastes projets de ce monarque; tandis que l'une et l'autre de ces deux suppositions n'a d'autre fondement et d'autre litre pour mériter quelque croyance, (pie les assertions du roi de Prusse, qu'il voudrait faire croire pour engager la France à quelque démarche fausse ou au moins louche à noire égard et pour faire rompre par là une alliance, laquelle exactement, parce qu'elle nous convient à tous deux, ne lui convient pas. Tout le inonde sait que l'Empereur a beaucoup d'esprit et une très bonne judiciaire, et vous conviendrez qu'il faudrait qu'il n'eût ni l'une ni l'autre de ces deux qualités, pour penser que, pour la maison d'Autriche ainsi que pour la France, il pourrait y avoir un système de politique préférable à celui qui existe entre elles actuellement, et en même temps je vous demande s'il est possible de croire aux prétendus vastes projets de l'Empereur, lorsqu'on réfléchit un moment de sang-froid sur l'impossibilité de leur exécution avec la puissance du roi de Prusse à nos côte's, qui npus lient et qui nous tiendra toujours en échec, tout comme nous le lui X'endons et lui rendrons, tant que de part et d'autre nous existerons el serons en état de nous rendre réciproquement ce bon ou mauvais oftice, cela est égal. On ne devrait donc regarder en France comme des calom-
nies, et dos suppositions absurdes et uièiiie ridicules, toutes les al)ominables insinuations du roi de Prusse; et au lieu de se laisser aller à des inquiéUides ou à des méfiances que le simple raisonnement devrait détruire, iaire ce qu'il faut pour avérer au lieu de supposer ou soupçonner; cl c'est malheureusement ce qu'on no fait pas, tandis qu'il n'y aurait rion do plus facile, comme par exemple il le serait à la France d'avérer, en Pologne, oiî elle a tant de connexions, qu'il n'y a pas un mol de vrai, pas un principe de \érilé, pas même une apparence à toutes les prétendues meni'es et inirijjues ([iie nous prèlo le roi do Prusse dans ce pays-là. Et il en sorail do même, vous pouvez en èlre 1res certain, df loul ce (|u"il nous prête ailleurs et (|ui est si fauv (pie je suis poisuadé qu'il no le croit pas lui-même. Dites un pou lout cela, je vous prie, de ma pai't à M. le comte de Vergennes, avec celle l'rancliiso {]uo l'on se doit, ce me semble, entre honnêtes gens, et ajouloz-y (pie je compte assez sur son équili' pour nie Jlatter que de sang-froid il conviendra peut-être même avec moi, que si l'une de nos deux cours était on droit d'être un pou alarmée, ce serait ou tout cas bien plutôt la mienne que la sienne, do liulimité (|ue la cour de Berlin prétend exister, ou au moins voudrait faire croire qui existe enti'e elle et la France, et à laquelle je ne crois pas encore à la vérih", quoi(pie je ne puisse pas disconvenir qu'elle ne soit accréditée beaucouj) plus (ju'il ne serait désirable, par des ménagements outrés et par des co(jucllorios dont le roi de Prusse abuse et fait parade au prt^udice de l'alliance, (pii dans tout cela réellement souvent no joue jias un Irop beau rôle.
Je ne suis pas assez injuste ou assez d('raisoniial)lo pour \ouloir qu'on rompe en visière au roi de Prusse, mais en même temps aussi, je ne vois ni la n('cessité ni même l'utilité à fomenter, par des ménagemenls ouirés, la iiianreuvre du roi de Pru^se, qui no tend (]u"à nous brouillor par la conduite ('(luivoque à laquelle il làclie (l'ongagor la cour do \ersaillcs, on lui fai-anl accroire qu'il peut lui lendre, et poul-êlre m("mo qu'il lui rond dos services essonlicls à la cour do Pélersbourg, en l'i nipêchant de prondre parti on faveur de fAiigletorre, tandis ipie \raisomhlableMiont elle n'en a jamais ou el n'en a pas l'intontion, non pas |)arce (|ue le roi de l'russe le veut ainsi, mais parce (ju'elio connaît Irop ses iiit('rêls pour ne |ias seiilir, sans avoir besoin de ses avis, ([ue cela ne peut pas lui convenir : jadanco, charlalanerio pure, que toutes les obli;;alions (pi'il voudrait l'aire croire à la France quelle lui a; j'espère qu'où ne s'y laissera pas piondro cl je le s(mliaite sincèrement.
Nous a\oiis à [résoiil ici M. de Riedoscl, que je suppose, à lili-o de nouvolliste gagé de son maître, devoir être le second lomo de M. de (Jollz, c'est-à-dire un très impudent menteur, qui veut garder sa place, qui par conséquent servira son maître comme il sait (|u"ii faut faire (juaiid on voul
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lui pliiirc, r'esl-ù-dirc on le régalant de mensonges et en donnant à tout ce qui peut regarder la cour où Ton est, les tournures les plus odieuses, et je ne serais pas étonné par conséquent que de cette nouvelle boutique il n'en sortît un fatras de toutes les nouvelles calomnies qu'il croira les plus j)ropres à ses vues.
Une façon infaillible pour avérer tout ce dont il pourra vouloir les régaler là où vous êtes, ce serait sans doute de s'adresser à moi tout uniment avec ce ton d'amitié et d'bonnèlelé qui convient entre bons amis, et en ce cas je me prêterais volontiers à tous les éclaircissements que l'on pourrait désirer. M. de Vergenncs fera cependant à cet égard comme il l'entendra, et je ne puis, quant à moi, qu'en suggérer l'idée, ainsi (|ue je viens de faire.
Je m'aperçois que j'ai été bien long aujourd'bui, et si vous le trouvez ainsi que moi, je vous en fais mes excuses. Mais je suis fort allnilié, je vous l'avoue, à l'alliance, et cela doit faire 7non excuse.
3/i5. — MERCY A KAUNITZ.
Paris, le 18 février ijSo. — .Fe suis depuis luiit jours si tourmente' d'un rliuniatisme ijui m'est remonté à la léte, que je dois réclamer l'indulgi'ucc de V. A. sur le fond ainsi que sur la forme de mes dépêcbes d'aujourd'iiui. Il me larde infiniment d'être en état d'aller à Versailles où, d'après la permission que V. A. veut bien me donner, je ferai vis-à-vis de M. de Vergennes l'usage le plus étendu de la lettre dont Elle m'honore. J'ai remarqué clairement (|ue tout ce qui portait le caractère d'ouverture plus confidentielle et plus directe de la part de V. A., flattait M. de Vergennes et lui faisait grande impression; il en résulte aussi que par là je me suis mis en mesure de le provoquer un peu plus vivement, de lui répéter des vérités, et de l'obliger de s'expliquer au delà de ce que le comporte sa grande réserve naturelle. Il n'est que trop imbu de la cbarlatanerie avec laquelle le roi de Prusse lui fait valoir la prétendue importance de ses bons offices auprès de la Russie. J'ai su un peu tard qu'au commencement de l'année M. de Goltz avait reçu un exprès, par lequel son maître lui annonçait de grands mouvements de la part du ministre britannique à Pétersbnurg, mais que finalement lui, roi de Prusse, avait réussi à décider rim|)éralrice de Russie à un refus formel des secours demandés par l'Angleterie. Il serait essentiel de faire apprécier ici à sa juste valeur de pareilles jactances et je vais y employer tous mes soins. J'userai plus modérément du contenu de la lettre de V. A. vis-à-vis de M. de Maurepas,
mais je lui en (lirai autant ([iio |>oiina pii comporter sa légèreté et son insouciance.
Le baron de Breleuil a obtenu une gratification de cent soixante mille livres; je crois qu'il obtiendra de même l'assurance du premier commandement qui viendra à >aquer en pays d'I'Ltal. 11 s'est constamment refusé aux agaceries de M. de Gollz ; il est assez uni et tranquille dans sa conduite et dans ses propos; il retournera à son ambassade vers la fin du mois d'avril.
3'i(). — JOSEPH II A MERGY.
Ce ù mars ij8o. — Je vous sais incommodé, mon cber Comte, et il y a si longtemps que je n'ai eu le plaisir de vous dire combien toutes les relations que vous faites me font plaisir, que je prcîids la plume pour vous prier de me donner des nouvelles un peu plus détaillées de votre santé (|ui m'intéresse infiniment.
Vous allez faire un tour à Brest; le mouvement y doit être considérable pour le moment. Vous verrez une belle flotte à laquelle rien ne manque par les soins du Roi et surtout par l'intelligence et le courage du mémorable directeur des finances, Neckcr. Je suis encliauté qu'après trois visites en blanc je ne me sois pas découragé et que j'ai eu le ])laisir de voir et de parler à cet bomine qui dès lors me laissa l'idée la plus avaii- Ingeuse de son esprit et conforme ù celle de son caractère au sujet (lui|ui'l il n'y a ([u'une voix. Voudriez-vous bien, si vous en avez l'occasion, lui ra|)peler de ma part l'instant que je l'ai vu, et l'assurer du cas i\iw je fais d'iiommes et de génies comme le sien, dont malbeureusement on trouve ou emploie si peu par le monde. Si M. Necker et .Mylord North pouvaient décider par un coml)at d(! finance le sort des mers, je ne serais aucunement en peine poiu' la France, mais les moyens incroyables que l'un procui-e sont parfois mal emj)loyés, et l'autre ce n'est que par des cbarges en tout genre qu'il supplée assez difficilement au nécessaire. Envoyez-nous bientôt de bonnes nouvelles, car je voudrais que l'impertinence anglaise soit un peu abaiss('e,el j'avoue que, sans être enthousiaste, je suis Fi-ançais de cœur, quoi (ju'eu dise l'ami et cher voisin Frédéric qui peut-être fait l'enlliousiasle et ne l'est, ni en a tant de raisons (|ue moi.
3'i7. — KAIINITZ À MERCY.
Vienne, le â mars ij8o. — Nous sommes bien afiecté.s, mou cher Comte, du fâcheux de'hut de la nouvelle campagne maritime, qu'il faut regarder comme commencée, par ce qui vient de se passer entre l'amiral Rodney et M. de Langara. Il semble que, moyennant les suites que cela ne peut guère manquer d'avoir tant en Europe qu'en Ame'rique, prévenu de toutes paris par l'activité singulière qu'ont su mettre les Anglais aux réparations de leurs Hottes, on aura bien de la peine à pouvoir reprendre le haut du pavé vis-à-vis d'eux dans aucune des parties du tliéàlre de la guerre, et si tant est que cela soit encore possible, comme ce ne sera en tout cas qu'au moyen des plans concertés avec autant de capacité que de parlait accord entre les cours de Versailles et de Madrid, il est désirable, que bien loin de prendre de l'humeur l'une à l'égard de l'autre, elles concourent au même but avec l'unanimité la plus parfaite, parce que sans cela il sera fort à craindre que la fin de cette guerre ne soit diamétralement opposée au but au(juel elle était destinée; ce qui serait assurément fâcheux et très fâcheux.
Le sentiment de l'intérêt le plus vif et le plus sincère me fait désirer, par conséquent, que l'on puisse prendre les meilleurs partis possibles là où vous êtes, et vous me ferez plaisir de ne pas me laisser ignorer tout ce que vous pourrez en apprendre de source.
Quant à moi, je pense que, s'il est encore un moyen de faire une bonne campagne, ce ne peut être que celui de tâcher de repiendre la supériorité quelque part, et je persiste à croire que si cela est possible encore, ce pourrait être de préférence en Amérique, supposé toutefois que l'Espagne puisse être déterminée à tirer, comme on dit, à la même corde avec la France. Je sais de science certaine que l'Angleterre compte beaucoup dans ce moment-ci sur l'humeur qu'elle prétend savoir exister actuellement entre les cours de Versailles et de Madrid. On cherche et doit chercher à les diviser, cela n'est pas douteux , et elles ne sauraient être par conséquent trop attentives à ne pas donner dans le piège.
Ce sont les vœux d'un ami sincère, c'est à-dire les miens et ceux de ma cour, et je vous laisse le maître d'en dire à M. le comte de Vergennes ce que vous jugerez à propos.
Il me reste à vous donner une idée nette de la façon dont je désire que vous vous acquittiez de l'ordre que je vous adresse aujourd'hui d'office. Vous direz en conséquence à M. le comte de Vergennes, qu'il nous était parvenu des notions détaillées sur les suites qu'avaient eues les menées du roi de Prusse à Gonstantinople, relativement au traité délensif qu'il
avait proposé à la Porte, et auquel, comme nous ne l'avons pas ignoré, il avait sollicité la France et la Russie de prendre part. Vous ajouterez que vous èles autorisé à faire parvenir au Roi Très Chrt'tien par le canal du comte de Verjjenncs tout ce que nous savons à cet éjjard, supposé qu'il n'en soit pas déjà informé , et en ce cas sous le sceau du secret; cependant vous confierez à ce ministre une copie do la réponse que la Porte a fait remettre à M. GallVon, résideul du roi de Prusse à (ionslanlinople. Mais s'il arrivait que M. de Vergennes vous di'daràt que la France est déjà informée de ce (juo nous vous autorisons à lui conlier, vous vous abstiendrez de la connnunication susdite, en ajoutant seulement que Leurs Majestés Impériales se flattent que le Roi Très (.hrélien ne leur en saura pas moins gré du sentiment de bonne amitié qui les avait engagées à ne pas vouloir laisser ignoi'er au Roi un fait (jui leur a paru très digne d'attention, autant par les vues qui l'ont dicté, (jue par les suites (ju'il peut avoir. El vous pourrez ajouter enfin que, persuadé qu'aucune des réflexions dont il peut être susceptible n'échappera ])as au\ lumières du ministère français, vous aviez été charge? de vous en rappoiier à cet égard entièrement à la sensation qu'il pourra lui faire, et au degré d'attention qu'il pourra lui paraître mériter. Je ne veux pas \ous laisser ignorer cependant, à vous, mon cher Comte, celle <|u"ii m'a faite à moi, et pour cet effet je vous en communique ci-joini le précis, dont vous ferez l'usage que vous voudrez, bien entendu cependant ([ue ce ne serait qu'en stipulant le jjIus parfait secret sur le contenu, ainsi que sur l'auteur de ces considérations informes et jetées sur le papier dans quelques minutes, et pour vous seulement.
J'attends avec bien de limpatienco toutes les nouvelles qui pourront avoir quelque rapport aux intérêts de notre allié, et s'il arrivait chose un peu inl('iessante, vous me feriez plaisir de me le mander par la poste ordinaire dans l'intervalle entre vos couniers mensuels.
Pnvls, k 18 mars fjSo. — La très gracieuse lettre de V. M. I. est une nouvelle mar(|ue de ch'mence cl de grâce dont je suis pénétré jusipiau fond de l'àme. Depuis six mois ma santé est très mauvaise par un elVel des mêmes causes <pii m'ont ('lé si fatales, en lu'enipêchanl de faire mon service auprès de \. M. dans les premiers momenis de son séjour ici. On m'anniiiiic pour lenne à ces misères la goutle (bml j(^ commence à ressenhr des alteinics. Il fallait un ordre de V. M. |)our (pie j'osasse entrer
dans ce détail que sa bonté daigne admettre, quoiqu'il soit trop au-dessous de son attention.
Mes très humbles relations sur la Reine deviendraient fort intéressantes, si S. M. voulait appliquer aux grandes choses toute l'étendue de son crédit qui n'a cessé d'augmenter, niais qui jusqu'à présent n'est utile qu'à des alentours trop avides de bienfaits, souvent peu mérités. Pour le pi'ésent le bien essentiel consiste dans une parfaite union entre les deux augustes époux, dans une bonne harmonie parmi la famille royale et dans les sentiments constants et bien décidés que la Reine marque on toute occasion pour V. M.
Le directeur général des finances, Necker, est présentement à Versailles où je n'ai pu le voir; immédiatement après le départ du courrier j'irai lui dire que V. M. daigne se ressouvenir de lui. Si le génie de cet homme avait eu ici tout son effet, le degré de force qu'il aurait donné à la Monarchie pouvait mériter Taltention politique des autres puissances de l'Kurope, mais la durée de l'ouviage du sieur Necker est incompatible avec l'esprit de désordre, naturalisé en FiMuce. Ce directeui' a déjà donné de l'ombrage au comte de Maurepas (jui le hait et le contrarie, et finira peul-èlre par réussir à l'expulser.
Toutes les opérations présentes sont fixées et décidées par un comité composé du principal ministre, de celui des affaires étrangères, de la marine et de la guerre; le sieur Necker n'y est point admis. Le comte de Maurepas n'apporte à ce comité qu'une autorité jalouse et une grande insouciance sur tout le reste. Le comte de Vergennes plus capable, mais très timoré, propose ce qu'il croit de mieux, sans insister sur son o[)inion, ni la soutenir. Le sieur de Sartine donne preuve manifeste d'une entière incapacité en matière d'opérations maritimes, et le ministre de la guerre ne songe qu'à s'enrichir, de manière qu'à moins de ces hasards heureux que l'on ne peut ni prévoir ni calculer, il est moralement impossible qu'une guerre conduite par de tels ressorts ne devienne pas très fâcheuse pour la France.
Il est bien vrai que le roi de Prusse a étrangement abusé ici des assertions qu'il se permet sur la façon de penser de V. AL Je vois cependant que l'on commence à être honteux d'avoir hésité quelquefois sur le jugement à porter des insinuations prussiennes qui révoltent par leur acharnement autant que par leur déraison. J'ai toujours eu granfl soin de tenir la Reine au courant de cette matière, et d'exciter l'indignation de S. M. qui souvent en donne des marques utiles, soit vis-à-vis du Roi, soit vis-àvis de ses ministres.
Je suis. . .
3A9. — KAllMTZ \ MERCY.
Vienni'.lf -i maiijSo. — Mou clicr (^oiiile, vous ètc» si digne de loule notre confiance, que j'ai jugé devoir vous informer dès à présent de l'état actuel (lesclioses relativement à l'alïaire bien imjiortaute des coadjutoreries eu laveur de notre Archiduc Maxiuiilien, sui' laquelle, comme vous verrez, j'ai eu le bonheur de surmonter déjà la majeure de toutes les dillicuUés. Mais il reste cependant encore des préalables à arranger, soit vis- ' à-vis de M. l'Électeur, soit vis-à-vis des chapitres, et comme movennant cela on ne peut pas dire encore que cela est tout fait, non seulement on est en droit de ne pas en parler encore, mais il semble même qu'on ne le devrait pas avant qu'on ne soit plus certain de l'événement que l'on ne l'est dans ce moment-ci. Je ne sais que trop d'ailleurs l'envie et la jalousie sur tous nos avantages, que malheureusement se permet encore ia cour où vous êtes, maigre' le svstème de notre alliance. Je craindrais fort par conséquent, qu'en lui confiant celte affaire, avant (ju'elle ne soit dans le cas de ne plus pouvoir être traversée, elle ne fût capable de travailler à y mettre des obstacles, directement ou indirectement, ou au moins (pi'elle ne nous lit une réponse désobligeante et qui choquerait prodigieusement l'Empereur, qui, comme vous savez, n'aime pas plus qu'il ne faut les Français, quoique j'oserais répondre d'ailleurs de ses sentiments sur ralliaucc. Je sens bien néanmoins en même temps qu'il peut y avoir (piel((ue inconvénient à s'exposer aux reproches de cachotteries, au cas que la notion positive de celte alTaire leur parvînt là-bas par d'autres, avant que nous ne les en eussions prévenus, et moyennant cela je crois devoir abandonner à votre sagesse le choix du moment convenable, pour (|ii'il ne soit témoigné de notre part ni manque de confiance ni dépendance, dans laquelle il ne convient pas de nous mettre vis-à-vis de gens aussi disposés à en abuser cjue les ministres français. S'il était possible d'attendre sans inconvénient (pi'ils vous en donnassent l'occasion, ce serait sans doute le plus sur, et en ce cas vous pourriez vous borner (piant à présent à leur dire : que tout ce que vous en savez, c'est (pie comme ce n'est que la n-pugnance (|ue l'Archiduc a témoignée jusqu'ici pour l'élat eccl('siasli(pie, qui a airèti- Leurs .Majeste's dans la |)0ursuite de celte allaire, qui d'ailleurs sans doute a dû leur j)arailre di-sirabh; pour son établissemenl, il se pourrait fori bien et qu'il vous paraîtrai! même li-ès simjile, (pu- Leurs Majestés en reprissent l'idée, si la répugnance de l'Archiduc venait à cesser, ('vénenient (|ue peul-être ipielques changements dans l'étal de la santé de l'Archiduc, ou des |)lus
mûres r(?flexions ou pourraient avoir déjà occasionné ou pourraient peut- (•Ire opérer par la suite.
Pour ce qui est de la campagne maritime française et espagnole, je vous avoue que la lenteur et la négligence que je vois constamment dans l'euiploi des moyens me feraient trembler, quand même j'aurais de leurs plans meilleure opinion que je n'en ai, et je meurs de peur, entre autres, (ju'il n'arrive malheur à M. de Ternay, que l'on me paraît avoir aventuré avec la plus grande inconsidération.
La Reine a eu la bonté d'écrire à l'Impératrice les choses du monde les plus obligeantes sui' mon compte, et je lui écris aujourd'hui, encouragé par l'Impératrice, pour lui en témoigner ma reconnaissance. L'Impéralrice s'est chargée de ma lettre, et je ne doute pas que la Reine ne vous la comniuni([ue. A tout événement cependant je vous en envoie cijoint la copie.
P. S. Vienne, les mai ij8o. — Vous me demandez mon avis, mon cher Comte, sur le genre de conduite à tenir par la Reine vis-à-vis de M. le prince de Prusse, s'il ari'ivait eflectivcment ([u'il vînt à paraître à la cour de France. Le voici :
1° Il me semble qu'il faudra que la conduite de la Reine soit moulée sur celle que le Roi jugera à propos d'adopter à l'égard de ce prince.
u" Que la meilleure sera, ce me semble, la moins dill'éreute de celle que l'on adopterait vis-à-vis de tout autre prince royal, qui ne serait comme lui ni parent ni allié de la cour de France.
3° Que, quant aux politesses, aux soins de lui rendre son séjour agréable, aux attentions indifFéientes de toute espèce, tout ce qu'on fera sera bien fait, mais qu'en échange il conviendra et de la part de Leui's Majestés Très Chrétiennes et de leurs ministres, de s'abstenir soigneusement non seulement de toute réalité, mais même de toute apparence de confidence et d'intimité et surtout de ne lui laisser entrevoir aucune ti'ace de relâchement dans les liens de l'alliance. En un mot, de garder un juste milieu entre le trop el le tiop peu, et particulièrement non seulement de ne pas traiter ce prince avec l'intimité, ([u'à juste titre on a accordi'e à l'Empereur et à l'Arcliiduc Maximilien, mais en faisant sentir même d'une façon aussi marquée qu'il convient, la juste dilïérence (pi'il doit y avoir en France entre des princes de la maison d'Autriche et un prince de Prusse. Salvo meliuri.
Vienne, le i" juin ij8o. — Af;i lettre dOflice vous apprend, iiion clier Comte, le moyeu que jai iniajfiud et exécuta pour mettre le liaron tie Breteuil dans rimpossihilité de quelques propos sinon impertinent-;, an moins de'sobli[fcaMts sur l'objet di; la coadjutorerie, et en même temps sa cour dans le cas de ne pas pouvoir nous reprocher de ne pas lui avoir l'ait assez tôt la comiiiunicalion de nos démarches à cet éjjard, en lui in li(|unnt que nous la lui faisons le jour même auquel nous de'pêchons nos lettres réipiisitoriales aux deux chapitres, ainsi que dans Timpossiliililé de pouvoir se refuser à une demande aussi simple (jue l'est celle de vouloir bien concourir à empêcher, au besoin, que personne ne s'avise de {fèner la liberté des sulfrages qui a]i|)arlic!it à MM. les capiliilaires des deux évêchés.
Au cas que, sur la lettre de M. de Melternich, vous ayez fait quelques démarches de votre coté, je désire fort qu'on vous ait répondu de la façon dont n'a guère pu s'empêcher de me répondre le baron de Breteuil, el supposé le contraire, je ne vois pas trop coninienl on pourrait se dispenser de raccommoder à présent ce (|u'on pourrait vous avoir dit : ce qui pourrait être désirable cependant serait ([ue M. de Verjjennes s'expliquât vis-à-vis du roi de Prusse d'une façon non équivoque sur les intentions d(> sa cour au sujet de cette affaire, et s'il ne le fait pas, je vous avoue (ju'il aura tort, selon moi, el (ju'une conduite dilférente lui fera peu d'honneur et peu de prolit en même temps, moyennant les mesures que je vous confie avoir ])rises vis-à-vis de la Hussie , de i'Anjjletene et des Etats-Généraux, et qui opéreront, j'espère, qu'en tout cas le roi de Prusse restera seul dans les de'marches (pi'il pourra faire el n'y gagnera que d'avoir joué un mauvais rôle et de nous a\oir donné une nouvelle preuve de sa mauvaise volonté à la face de toute l'Europe. Je suis convenu avec rini[)ératrice (|u'Elle se bornerait dans sa lettre à la Reine à s'en rapporter au contenu de la mienne au baron de Breteuil, que vous auriez l'honneur de mettre sous ses yeux, ainsi (jue sa réponse. Il me parait (piil conviendra de s'en tenir à celle lournure de participation el à ce genre de demande, parce que l'une et l'autre coupent court à toute n'plicpiee! à toute dissertation uilérieure sur cetol)jel, el je pense moyennanl cela (|u'il faut (|iie \()us lâchiez de le faire com|ireiulrc à la Reine et de l'engager à s'e\pli(]uei- en cons('(pience, alin ([lie la France ne puisse pas nous faire valoir, au delà de sa juste valeui-, ce ipu^ nous la prions de vouloir ))ien faire à l'éjjaid des autres, ou plutôt de ne point taire ellemême, comme au moins indirectement le ministère français eût été ca-
pable de faire, si par le genre de ma demande je ne i'avais pas mis dans la ne'cc'ssitô de devoir s'en abstenir.
La Roine a eu la bonté' de répondre par un billet plein de bontés à la petite lettre que je Lui avais écrite, et vous me ferez plaisir si vous voulez bien saisir le moment de Lui en témoigner ma rcspecineuse reconnaissance. Quant à vous, vous ne m'en devez aucune, mon bon ami, sur ce que je Lui ai écrit à votre sujet, attendu qu'en homme vrai et votre ami je ne devais pas en mantjuer l'occasion.
Pour ce qui est de la campagne maritime, je fais sincèrement des vœux pour que la France ait des succès qui puissent lui fournir des moyens honnêtes de faire la paix, car je ne suis point tranquille du tout ni sur les mesures ni peutèlre même sur la persévérance de l'Espagne.
\icniie, le i" juillet ijSo. — Mon cher Comte, c'est quelque chose sans doute de ne pas nous traveiser dans lalTaire de la coadjutorerie, mais il faut convenir que c'est le moins possible de la part d'un allié, d'un gendre de rimj)ératrice et du beau-frèi'c de l'Archiduc. J'avais dit dans mon Iiillct au baron de Breteuil que nous nous llattions que le Roi voudrait liien concourir à empêcher que quelqu'un s'avisât de vouloir mettre obstacle à la liberté des élections. Au lieu de cela, on se contente de n'en [)oint nictti'c de son côté, et Dieu sait encore, si ce n'est qu'ouvertement seulement que l'on a la bonté de s'en abstenir; car, au fond, c'est conniver à l'odieuse manœuvre du roi de Prusse que de ne pas même se mettre en frais d'une parole pour en détruire les effets. Mais patience, il faut tirer ce que l'on peut, dit-on, d'un mauvais payeur. Je ne vous cacherai pas, cependant, que je suis peu édifié de cette conduite, qui décèle la persévérance d'une petite jalousie qui fait [)eu d'honneur à la France. Je me garde bien de relever ici pareils procédés , comme vous pensez bien; mais je ne puis pas m'euipêcher den être très peiné. Je ne comprends rien du tout d'ailleurs à la contenance et aux propos embarrassés du baron de Breteuil depuis son retour. Je ne sais si cela tient à des choses qui ne sont relatives qu'à son individu ou à quelque changement dans la façon de penser de sa cour. Aidez-moi un pou à déchiffrer tout cela, si vous le pouvez.
Il y a peu à espérer d'ailleurs, à ce qu'il me semble, non seulement de la campagne, mais même de l'avenir, d'après toutes les mesures que l'on a prises ou que l'on n'a pas prises jusqu'à présent, et il fiiut convenir
558 KAUNITZ À MERGV.
(|iie cos (lial)l('s d'Aiifjlais ont bien dn bonliour. Cliarl(!s.town [)ris cl In IranquillilL' rélablie dans Londres i)res(iue en même lemps en sonl des ])reuves nouvelles.
Je snis curieux d'apprendre relFc»! (pTaura prcxhiil en France le voyajp; de lEmpereur ju.s(ju";i IVUersbourg. Dieu veuille que celte connaissance ))ersonnelle beaucoup trop prolonffée, selon moi, ne produise pas beaucou[) de mal, au lieu du bien qui auiait ])u en résulter si Ton sélait conduit d'apiès mes directions sans y rien ajouter et sans j rien ôler.
Je vous remercie du petit meuble que vous m'avez envoyé; la construction en est ingénieuse et l'ide'e de l'envoi aussi obligeante de votre part qu'agréable à votre bon ami.
Ln.renhnurg, le i" août ij8o. — Mon cher Comte, je ne me suis jamais promis coopération du ministère français pour nos coadjutoreries. Moyennant ma lettre au baron de Brcleuil à ce sujet, nous obtenons tout ce que l'on pouvait attendre, comme on dit, d'un mauvais payeur. Cela doit nous suffire, et je me sais toujours plus de gré de la tournure que j'ai donnée à ladite lettre, parce que si je ne m'étais pas borné à ne demander ([ue ce qu'il e'Iait ini[)ossible de nous refuseï', très certainement non seulement nous ne l'eussions pas obtenu, mais on nous aurait peutêtre même régalé d'une réponse très désobligeante. Pour ce ([ui est du propos prêté à M. de Melternicb, il n'était croyable ([n'en nous supposant des imbéciles, et moyennant cela je suis bien aise, pour l'amour de M. de Vergcnnes, qu'il en ait jugé ainsi qu'il vous l'a dit. Et pour ce qui est enfin en général de la prétendue propension de rEm])ereur pour l'ancien système, ainsi que des vues et des propos y relatifs, ({u'à cet égard lui a prêtés le roi de Prusse, ils sont également aussi faux qu'incroyables, à moins qu'on ne se permette de croire que l'Empereur n'a pas le sens commun et ne connaît pas la valeur récipro(|uc de notre système actui'l. Je me flatte que i\I. de Vérac, qu'on dit être un bonuêtc bomme, mandera peut-être au ministère français de quoi le détromper à cet égard, supposé (jue les insinuations du roi de Prusse, aussi abominables (|ue ridicules, aient pu fiiire (|uel(pic impi'ession sur lui; et vous pouvez assurer ipie dans le petit nombre de propos rompus, en matière de politicpic, dont au fond il n'a pas éti' ([uestion, l'Empereur n'a lien laissé à désirer sur ses sentiments pour l'alliance. Votre opinion sur le baron de Breteuil me paraît bien vraisemblable.
Je vous remercie de la peine que vous a\oz bien voulu prendre au sujet des équipages de mon fils Dominique, ainsi que des marques de bonté' qu'à ma conside'ralion vous donnez à AI. Scluoeder, el je vous prie de te'moiguer à la Reine ma vive reconnaissance pour la marque de souvenir qu'Elie a la bonle de me donner en m'envoyant un exemplaire de la nouvelle édition des Œuvres de MciasUisio, dont je ne la remercie pas par pure discre'tion.
Je suis comme toujours tout à vous.
Paris, le i6 août ij8o. — Le garde-noble mensuel m'a remis le i2 au soir la lettre dont V. A. m'honore du i^'' de ce mois. La ligne de direction que i'on tenait ici dans l'affaire des coadjutoreries commençait à devenir embarrassante par la difficulté' de ne lien faire pour nous ni d'utile ni de trop niallionnèle. Enfin cet état de contraste est au moment de finir, et M. de Vergennes en paraît fort soulage'. La réussite de cet objet important est le fruit de la grande sagesse de V. A., et à ce titre je m'en réjouis doublement du fond de mon cœur. J'exhorte vivement la Reine à donner quelque marque publique de satisfaction à M. de Chàlons, et je désirerais qu'EUe voulût sévir contre les petits brouillons de ministres français dans les coui-s d'Allemagne, quand ils s'avisent de s'y conduire d'une nuinière choquante envers nous.
J'ai fait à la Reine vos remerciements, Monseigneur, au sujet de l'exemplaire des œuvres de Metastasio. S. M. m'a chargé d'assurer V. A. du très grand plaisir qu'EUe trouvera toujours à Lui marquer son estime et son amitié. Elle a parfaitement bien traité Monsieur le comte Domini((ue, je regrette que son court séjour ici me laisse si peu de moyens à lui marquer tout mon attachement.
Ainsi que f annonce ma dépèche d'office, M. de Vergennes parait bien revenu sur les propos attribués à M. le comte de Metlernich, ainsi que sur la prétendue propension de lEuipereur pour l'ancien système. Le voyage de ce monarque en Russie a fort déplu ici, mais on ne se permet pas de le témoigner.
35'i. — JOSEPH II À MERCY.
Viniue, k 3i août l'jSo. — Mon cher comte Mcrcy, de retour d'un pnys où l'on vous a connu et dans lo(]uel par conséquent on vous rend encore toute la justice (|ue vous mérile/., je piofite du premier courrier pour vous en donner pari, .lai été fort content des quatre mois que j'ai presque employés pour faire cette tournée. La vue du local de la Russie, les beaux établissements qui s'y trouvent, la pntmplitude des créations, la connaissance personnelle enfin de l'Impératrice, de Leurs Altesses et de ceux qui composent la Cour, m'a fait beaucoup de jdaisir, el suiMoui de celle de l'Impératrice je suis extrêmement satisfait. Son esprit, l'élévation de son àine, son courage, et avec cela l'aménité et l'agrément de sa conversation, doivent être connus et é|)rouvés pour (|u'on en puisse croire à Téleudue. Je vous avoue que j'en ai été étonné, mais bien plus encore de ce (pie dans les six semaines que j'ai passé la plus grande partie de la journée avec Elle, je l'ai toujours trouvée consé(|uente et d'une égalité parfaite de caractère. En général on ne rend pas assez de justice dans l'étranger à ce pays, ni à ses ressources, ni à ses moyens, tout comme la réaliti! et l'utilité des établissements qu'on y a faits y est prise en doute; et le (irand- Duc et la Grande-Duchesse n)ériteraient aussi qu'on en dise davantage.
Je n'avais piojol quelconque dans ce voyage que de voir ces dilTérents objets; la politique n'y entrait pour rien, et si le roi de Prusse ne s'était j)lu à forger cent contes bleus à mon sujet, je n'aurais pas même pensé à lui; mais de celle façon les faits lui (uil donni? des démentis d'eux-mêmes. Je ne doute point que vous aurez appris des contes pareils aussi à Paris, et vous me ferez, plaisir de me faire connaître, mon cher Comte, si l'on a été assez bon en général d'y croire, et suiloul je serais curieux de savoir si l'on a été content de ma façon d'agir vis-à-vis de AI. deVéracà Pétcrsbourg, ou si l'on s'imagine encore que je suis Anglais |)ar anglomanie i>ure, sans savoir en vérité pourquoi. Je désire bien sincèrement que la sup('riorité des armes du Roi, tant en Amérique qu'en Europe, soit cette campagne emplovi'e plus décisivemeni que la cam|)agne passée.
Comme il se pourrait bien (jue le printenq)s prochain je vienne voir les Pays-Bas, rintervalle entre la mort du prince et entre l'arrivée de la nouvelle gouvernante me paraît le temps le plus propice ])our y prendre, avec la lram|uillité requise, les notions nécessaires et très intéressantes de ces provinces. J'en ferais alors naturellement le tour, et je tacherai d'aller voir aussi les parties essentielles el surtout les forteresses qui se trouvent dans la Flandre française et dans l'Artois; la proximité de la Reine sera alors bien tentante et je ne pouri'ai mempêcher de venir embrasser la Reine cl
31 AOllT 17.S0.
](• Roi. Si j'exérulais ce iipojol, voilà couinn' jf complcinis lairo : j(( no nrnnêlerais poiiil à Paris ol j'irais ciroil à Versailles pour y rester quelques jours avec uia sœur et la l'aniillc, cl j'en |)arliiais de mèuie sans me faire voir autre part qu'à la Cour. Diles-iuoi, je vous prie, mon cher Comlc, ce que vous pensez de celle ide'e; elle me sera d'autant [dus agiéabic à exe'cuter, qu'elle me procurerait l'occasion de vous assurer de Ijouche de l'eslime et amitié que je vous ai voue'es pour la vie.
KAy.MTZ A MEROV.
Vieuiic, k i" soplcmhvc ij8o. — .l'ai reçu votre dernière du i (î , mon cher Comte, et le courrier que je vous envoie aujourd'hui, comme vous verrez moyennant le peu do chose que je suis dans le cas de pouvoir vous mander, ne vaut pas assurément les frais de la course. Au sujet de toutes les bourdes dont le roi de Prusse continue à régaler le ministère français sur notre compte, je ne puis cependant pas m'empècher, pour l'usage que vous jugerez à propos d'en faire, la rétiexion suivante, à savoir : qu'il est inconcevable que ce prince puisse avoir 1 iuq)udcuce de vouloir leur laire accroire des choses sur lesquelles les ministres français, résidant sur les lieux dont il parle, doivent leur mander tout le contraire, à moins (jn'ils ne soient des fripons et des menteurs du premier ordre, comme le sont les siens. 11 faut être un enragé comme lui, pour se laisser aller à des démarches aussi ridicules qu'elles sont absurdes, et (jui ne peuvent tourner (|u'à la honte et au préjudice de leur auteui'.
Viemip, ne ii septembre ij8o. — Mon cher comte de Mercy, je prends lro|) de jiart à la nouvelle de la victoire remportée par M. de Guiclien sur l'amiral Roduey pour larder un moment de féliciter le Roi et la Reine sur un événement dont les suites ne peuvent que donner des avantages réels et même une supériorité décidée aux armes de la nation française en Améri(|ue. C'est pour leur témoigner les vœux sincères que je renouvelle à cette occasion pour tout ce (jui les intéresse que je vous piie de |)résenter au'sitùt l'incluse à la Reine fini conlieul celle pour le Roi. C'est bien dans
5G± KAli.MTZ À MI.IICV.
uno paicilli" occasion iiu'oii [(ciil me juger si je suis, coiiiine on le l'orge dans la caserne de Polsdani, un Anglais de cœur et sans motif ni raison; si ce que je lais à ce que je sens nVsl pas analogue, je dois cerlainemenl être supérieur à (iarrirk, et vous savez coudiii'u cela est loin de mon raraclèrc.