‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 32 sur 37 · KAllMTZ V MERGY · texte numérisé non relu

KAllMTZ V MERGY

6 août i']l8. — Mon cher Gomle, le parti que nous prenons vis-à-vis du roi de Prusse est si grand dans toutes ses catégories que, moins il pourait s'y attendre, plus il doit tomber de son baut, comme on dit, lorsrju'il l'apprendra. J'espère que, delà part de tous les gens raisonnables, il sera apprécié à sa juste valeur et je ne me permets pas surtout le moindre doute sur l'effet qu'il doit faire vis-à-vis du Roi, notre allié, et son ministère; et je compte par conséquent sur des offices proportionnés à la valeur de notre procédé, qui prouve évidemment que nous sommes bien éloignés des vues d'aj[randissement que l'on nous a prêtées et que tout ce que nous avons fait jusqu'à présent, nous ne l'avons fait que parce que l'on ne peut pas se permettre de ne pas faire valoir les droits que l'on a ou que l'on est persuadé d'avoir, ainsi qu'on ne peut pas se permettre non plus de perdre de vue le maintien de l'équilibre de puissance nécessaire à sa sûreté et à sa tranquillité.

Yimne, k 8 septembre ijjS. — Mon cher Comte, vous comprenez qu'il est bien essentiel qn'il n'y ail pas de mésentendu dans une affaire aussi importante que l'est celle dont il s'agit, et je crois devoir moyennant cela ajouter à ma lettre d'office :

1° Que nous regardons un arrangement quelconque pour garder quelque chose en Bavière, attendu les équivalents et les compensations qui en seraient inséparables, comme une besogne sujette à mille difficultés très diiliciles, sinon impossibles à lever, et qui, supposé qu'elles pussent

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l'être, cntraînei'oiil lu-cessiiii-i'inenl la nécessilu de ressioiis ol de saciilices, au moyen des(juels cela deviendra toujours un fort mauvais marché;

9° Oue par ronséquenl nous aimerions cent fois mieux que la paix pût se re'lablir sur le pied de l'ollVe de tout rendre, contre la renonciation reciprotpie du roi de Prusse à la réunion des deux marpra\iats, pour aussi lonjjtcmps (ju'il existera des princes cadets de la maison de Braudebourjf;

3° Que de celte condition nous ne pouvons pas nous en départir, parce que notre considération est attachée à ce que nous obtenions (|ue!(jue chose contre la renonciation instantanée et elléctive à nos droits cl à notre possession, et qu'il est impossible de moins demander en échange au roi de Prusse, que sa renonciation à l'idée d'une réunion à ses Klals, que manifestement il n'est pas en droit d'exécuter, et dont le cas non seulement n'existe pas dans ce moment-ci, ainsi qu'existerait le nôtre, mais qui peut même ne point exister au moins de lonjjlemps, et enfin:

li° Que si jamais par la suite on venait à Irailei- d'un arraiiyemcnl, (pii dût nous laisser quelque chose en Bavière, nous ne consentirions à réchanj;e des margraviats contre les Lusaces, pai-ce que ce ne pourrait jamais être qu'une misère incapable de servir de compensation à l'accpiisition que ferait le roi de Prusse des deux Lusaces, qui serait destructive pour nous, et qu(! nous n'eussions pu consentir à admettre qu'au cas d'un échange contre toute la Bavière, ou tout au moins de celui de la moitié par sa longueur depuis Waldmiiucheu jusqu'à Kufsteiu. Faites donc conilirendre ce que je viens de vous dire en peu de mots, aussi dislinclement que d(^ besoin, lorsque vous le jugerez à propos, à M. le comte de \ergennes, pour [)révenir tout quiproquo. Faites nous avoir, le plus tôt possible, lidèlcment la l'éponse (|ue ce ministre aura reçue ou recevra du i-hevalier de (Jaussen, sui' la (h'pêclie qu'il lui a adressée le 9o du mois dernier, et faites-lui comjilinient, je vous prie, de ma pari sur le contenu cl la tournure de ladite dépêche, (pie j'ai trouv('e de main de iiiaitru et (|iie je serais glorieux d'avoir faite.

A'atti'ibuez (pi'à l'imnicnsité de mes occupations, (pie vous imaginerez aisément, si je ne vous en dis pas davantage aujourd'hui, et conservez votre amitié à votre bon ami.

Vienne, le .•!.) novembre ijj^. — Mou chei' Comte, au moyeu de la réponse que nous venons de l'aire à la Russie, et surtout de la lettre auto-

<;raplie, par laquelle l'impe'i'atrice l'envoie au roi Très Chre'lienC, j'espère ipie nous parviendrons à |)ouvoir faire la paix encore cet liiver. Je le de'sire au moins, et il me parait presque impossible qu'elle ne se Casse, à moins que nos me'diateurs ne soient assez injustes ou assez déraisonnables pour nous proposer des choses que ou par raison d'Elat ou sans se déshonorer on ne pourrait accorder : auquel cas non seulement nous continuerons la {juerre, malgré tous les secours que la Russie pourra donner au l'oi de Prusse, mais nous sommes même très déterminés, cela supposé, à prendre les partis les plus violents, dussent-ils metire le feu aux quatre coins du monde. Il ne serait pas mal, je pense, de l'insinuer au ministère français; mais II faudrait que ce ne fût que par manière de conversation, en amenant adroitement le propos et en s'e\pli(|uant à cet égard avec le sang-froid et tout le ménagement nécessaire pour n'engager ces Messieurs qu'à en être plus empressés à nous faire des ouvertures acceptables, sans les engager h prendre peut-être dès à pn'sent des mesures capables de prévenir et d'empêcher l'effet de celles que nous pourrions être dans le cas de prendre au pis aller. Je m'en repose sur votre sagesse et votre sagacité; mais comme il importe de faire vite, ayez soin, je vous prie, d'empêcher que des considérations personnelles ou de la pédanterie

Cl Mtd-ie-Thérèse à Louis XVI. — rMoiisleur mon frète et gendre. La confiance que j'ai rrii devoir témoigner à l'impéraliicc de I\iissie au moyen de la réponse cijointe sur sa représentation el l'acceptition successive de sa médiation aura, j'imagine, l'approlialion de V. M., mais je crois en devoir une plus étendue à tous les liens qui m'adaclienl à V. M. et surtout à mes sentiments pour sa personne el je n'hésite pas moyennant cela à J.ui confier pour sa seule et unique connaissance, ainsi que pour sa direction :

rQue je suis déterminée, s'il n'était alisolunieut autre moyen de mettre lin à la guerre que j'ablioire par principe d'humanité,

trA rendre à la Maison Palatine toute la partie de la succession de Bavière que je possède actuellemoiil ;

t( A renoncer même à tous mes droits et prétentions à cet égard;

ft A ne plus insister sur la condition réciproque que j'avais attachée à l'otlrede celte restitution et V. M. peut compter, dès à

présent, moyennant cela, sur le rét.iblissemenl de la paix à tout événement sur ce pied.

(tJe ne crois pas avoir besoin de lui demander le secret sur la conlideiice de cet ultimatum dont, Elle exceptée, personne n'a et n'aura connaissance, V. M. étant trop éclairée pour ne pas en sentir la nécessité. Je me crois assurée que V. M., quoiqu'EUe sache moyennant cela jusqu'où je veux et peux allei', ne s'en occupera pas moins à me procurer, s'il se peut, une paix plus coiifoime à mes intérêts, que je crois devoir regarder comme les siens, envoyant dans l'avenir.

trEt c'est dans cette conlideiice que m'inspire la haute opinion que j'ai de ses lumières , ainsi que dans celle que je crois devoir aux sentiments dont je me llatte de sa part , que je m'abandonne tout à fait à Elle dans celle occurrence en La priant de me rendre la justice d'i'lre persuadé qu'on ne saurait rien ajouter à Ions les sentiments d'eslime et de tendre amitié avec lesquels je suis n

■Si.

dans les formes ne rausent des relardemenis parrc que le eliapiire des accidents esl toujours à craindre, et que dans les adaires majeures il arrive souvent que ce qui esl possible le matin, ne Test plus le soir. Sur la lettre de rini|)éralrice il semble que le lloi et son ministère devraii'ut se piijuer d'honncui-, et jalleudrai avec impatience ce (jue vous pourrez me mander de Tellel qu'elle aura fait sur eut.

Vienne, le ii décembre ijjS, — Mon cher Comte, il me parait essentiel dans létal actuel des circonstances, de ne vous rien laisser ignorer de tout ce qui peut vous éclairer. A ce que contient ma lettre d'olTîce, je crois donc devoir ajouter dans notre intimité, que lorsque j'ai cnutié notie ultimatum au baron de Breteuil, nous étions bien eloigne's de pouvoir espérer mieux, (|ue moyennant cela la confidence ne pouvait èlrc (jue pi'oprc à accéle'rer la paix, et ne nuire dans aucun cas, |ieut-èlre même devenir utile entre autres, en piquant d'honneur le Roi et ses ministres, et (|ue ce qui pouvait eu arriver de pis, c'était ([ue la Fiance abusât de notre confiance, en mettant en avant trop promptemeut notre susdit ultimatum. Mais comme alors ce pis nous ne pouvions pas même es[)éri'r l'obtenir, il me sembla qu'il n'y avait point à lii'siter. Voici cependant ce (|ui est arrivé du depuis, et que pour votre direction je crois devoir vous apprendre sous le sceau du secret. Je sais à n'en pouvoir douter que le roi de Prusse a chargé M. de (loltz d'insinuer au ministère français l'esquisse du plan suivant d'un accommodement général , à savoir : K . . .qu'il consentirait à ce que la cour de Vienne gardât un district de la Ravière, à condition qu'il ne fasse pas un démembrement trop cansidérable de la succession Palatine, que les limites du district en question soient détei'minées dans le traité de paix, qn elles ne puissent jamais être étendues par un éekange quelconque; (|ue Leurs Majestés Impt'riales renoncent à toutes prétentions ult('rieures sur la succession de Ha\ière; et qu'au moyeu de ces conditions le Roi se (latlait qu'il pourra disposer les parties intéressées à l'aire un sacrifice à la tran(|uillité publi(|ue; (|u'il sera nécessaire de fixer' dans la paix, (jui doit se conclure, les princi|)es d'api'ès lesipuîls la satisfaction de la cour di! Saxe devra être réglée, et (]ue comme la cour de Vienne acquerrait une partie de la succession de Bavière, le Roi s'attendait (|u'ell(! ne fera p;'.s diniiMilt(' de contribuer à cette satisfaction en consenlanl à céder à la maison de Saxe ses prétentions sur la principauté de Mindelheim, cl en renonçant à ses droits sui (juel-

ques parcelles de la Saxe, et que S. M. rEmpereur voudra bien ronfe'rer conjointement avec l'Empire a la maison Palatine les fiefs devenus vacants à leinpirepar la mort de l'électeur de Bavière, pour soulager la maison Palatine et pour la mettre par là d'autant plus en e'Iat de satisfaire la maison de Saxe sur ses prétentions allodialcs par des sommes profiortionn(>'es d'argent, et par la cession île quelques districts du Haul-Palatinat; que les présentions des ducs de Mecklenbourg sur le landgraviat de Leuchtenberg pourraient être ajustées, en leur réservant quelque médiocre fief de l'Empire vacant en Bavière, que la cour de \iennc reconnaîtrait enfin formellement le droit de succession de la ligne électorale de Brandebourgdans les margraviats de Francovie et de leur réunion à la primogéniture , et qu'elle promettait de n'y mettre jamais aucune opposition, ni à rechange que cette maison pourrait en faire.

Il n'est pas douteux sans doute que dans ce plan il y aura plusieurs articles à rectifier, mais on ne peut pas disconvenir cependant, que l'on ne devait pas s'attendre à trouver le roi de Prusse aussi raisonnable dans le moment de toute la confiance que paraissait devoir lui inspirer la représentation qu'il était parvenu à engager la Russie à nous faire, et celte modération de sa part peut faire penser qu'il ne croit pas devoir compter beaucoup sur ses effets, et qu'il a plus qu'on ne pense besoin ou envie de la paix. C'est ce qui m'a engagé à m'expliqucr vis-à-vis du baron de Breleuil, ainsi que je l'ai fait dans mon dernier entretien avec lui, en lui cacbant néanmoins soigneusement que j'avais connaissance de tout ce que je vous confie dans celte lettre, et que naturellement il faudra avoir l'air d'avoir ignoré, s'il arrivait contre mon attente que M. de Vergenncs vous en fil la confidence; en niêoie temps que cette secrète notion pourrait vous être de la plus grande ulililé, s'il arrivait que le ministère français fût capable de nous proposer des choses calquées plutôt sur l'envie qu'il a de nous faire obtenir le moins que possible, que sur les facilités que l'on peut espérer actuellement de la part du roi de Prusse, en parlant des intentions qu'annonce celte nouvelle esquisse d'un plan d'arrangement.

De l'expression : à condition qu'il ne fasse pas un démembrement trop considérable, il semble qu'on pourrait en conclure qu'il ne trouverait peutêtre pas tel celui que Tliugut a proposé en dernier lieu, si nous en retranchions toute celle partie du bailliage de Bourghausen, qui contient les salines, sur laquelle il s'est tant récrié.

I^a condition que la cour de Vienne reconnaîtrait enfin formellement /(' droit de surcession de la ligne électorale de Brandebourg, n'est point raisonnable, parce qu'elle serait inutile, au cas que ce droit n'existât point, et superflue s'il existe, et il conviendra par conséquent, attendu (pie ce n'est pointa elle seule à prononcer sur le droit, de ne lui demander que

la prninosso de n'y inelti'e jaiiuiis auciiiK' opposilioii. 11 csl di'raisnnnalilo de iiHMiu! de lui deinandor la pminesse de ne \uc[{ic jamais aucune opposition à re'chanjfc <[ue la maison de Brandebourg pourrait en faire, parce qu'à celui (|ui tôt ou tard pourrait avoir lieu contre les deux Lusaces, elle ne pourrait y consentir et n'y consentira jamais, el que d'ailleurs il n'y aurait aucune rëiiprocilé entre cet engajjement et celui de ne ])Ouvoir jV(Mi«i« étendre ses limites en Bavière par un échange quelconque. Voilà en {[ros les observations (jue je puis vous confier dans le moment préseul. Quant à la façon de néjjocier, je pens? qu'aux ternies où en sont leschoses, la \oie de la correspondance littéraire entre Versailles, Vienne, Pétersbourg et Berlin ou Breslau, et en conséquence entre Ilepnin el Breleuil, el ce derniei' avec de Pons et Corberon pourra suffire, et que moyennant l'envoi de deux ou trois courriers tout pourra s'arranger, si on a soin de faire parvenir au baron de Breteuil des instructions sulfisantes et assez élendues pour le metlre à même de pouvoir acc('l('rer les clioses. Moyennant tout cela je ne pourrai iju'allendre, comme vous pensez bien, avec beaucoup d'impatience tout ce que vous seicz dans le cas de pouvoir me mander relativement à cet important objet, .le vous prie par conséquent de ne pas vous borner au renvoi du courrier ordinaire, s'il vous semblait qu'il pût èlre ni'cessaire ou utile que les notions que vous auriez à me donner me parvlussenl plus promplement. Je m'en rapporte cependant à cet égard ainsi (|u'en général à votre zèle et à votre sagesse, el je suis comme toujours, mou cher (jomie, votre bon ami.

Lo i" janvier f/jg. — Mon cher (lomte, enfin ma sœur est accoucln-e beureusement, mais rincommoditi' des nerfs dont elle a été altacjuée ensuite, m'a inliniment iii(|uiélé. Le second courrier nous a rassurés, mais je ne serai content (|ue ([uand je la saurai enlièreinent sans fièvre. Les nouvelles sont un |)eu rares, voici six jours que nous n'en avons |)oint, el ("est avec imj)atience (|n'on les attend.

.le puis facilement imaginer tout ce (pie vous avez fail de mauvais sang depuis une année avec ces messieurs qui sont inébranlables daus leur faiblesse, petitesse et même mauvaise volonté cachée. Mais laissons cela; peu de jours feront voir si S. M. aura efl'ectivemeni une bonteiise paix, ou si, malgié liile, Klle devra néanmoins courir les hasards de la guerre dans la(juclle la chance pourrait peut-être néanmoins Lui (îlre favorable.

Je ne dois pas parler de lout cela, mais tout ce (|ue je puis vous assurer c'est (|ae le baron important de Breteuil ne se cache pas sur sa mauvaise volonté en tout ce qui a rapport à cette affaire.

Vienne, le la janvier ijjg. — En vous communiquant ma lettre à mon fils avec tous ses aUegala, je me mets dans le cas de n'avoir presque plus rien à vous dire, mon cher Comte, et moyennant cela ce que je puis y ajouter se réduit à vous confier que, quoique le temps de le témoigner ne soit pas venu, nous n'en sentons pas moins qu'ainsi que dans tous les événements relatifs à la succession de Bavière nous avons eu sujet d'être très mécontents de la conduite de notre allié, et surtout de la mauvaise volonté à notre égard qui en a toujours été et en est encore le principe. Il est abominable d'avoir abusé de notre confiance au point oi!i le ministère de Versailles se l'est permis dès le premier pas que la France lait comme médiatrice. Il y a de l'impudence à nous avoir demandé notre consentement à ce que l'on j)îit proposer tout de suite noire ultimatum pour première ouverture; de la gaucherie à n'avoir pas voulu se l'aire un mérite vis-à-vis de nous d'un peu mieux au moins, qu'elle eût pu proposer et désirant accélérer le succès de la négociation; de la bêtise à n'avoir pas senti qu'en lâchant tout de suite notre dernier mot, sans avoir même le courage d'avertir le roi de Prusse, que c'était notre ultimatum, ce prince, qui ne pouvait ni ne devait imaginer qu'une première ouverture pût l'être, devait nécessairement vouloir marchander encore, et que moyennant cela le parti qu'elle prenait, ne pouvait que retarder le létablissement de la paix au lieu de l'accélérer, qu'il ferait peut-être même rompre encore une fois la négociation, et que par conséquent le moindre mal qui pouvait en résulter pour elle, c'était le désagrément d'avoir joué un très mauvais rôle comme médiatrice.

C'est de ces choses incroyables et qui n'en sont pas moins vraies pour cela, et ce qu'il y a de pire, c'est que cette conduite met dans tout son jour les intentions de la France relativement à nos intérêts et ce qu'il faut en attendre, ou plutôt n'en pas attendre dans toutes les occasions à venir, mais manet alta mente repostum, quoiqu'il ne puisse pas convenir quant à présent de faire sentir à ces messieurs, qu'avec beaucoup de ménagement, qu'ils sont démasqués vis-à-vis de nous.

Je n'ai garde de parler si clair que cela à nos chers maîtres, pai'ce que je persiste à désirer !e bien, et que cela ferait beaucoup de mal.

comme vous comprenez Lion; mais vis-à-vis de vous, je n'ai pu me i-efuser ce petit épanrlieinenl de bile, juslœ irœ, et si vous pouvez, avec beaucoup de ménagement cependant, laire sentir à ces Messieurs dans l'occasion, qu'au moins nous ne sommes jias leurs dupes, et surtout combien est fausse et mal raisonne'e leur politique, appuyée sur le principe récbaull'é de leur ancienne jalousie contre la maison d'Autriche, laquelle est sans objet depuis bien lonj;t<'mps, et surtout depuis (ju'elle est l'alliée de la France, non seulement il n'y aura pas de mal, mais cela ne pourra même que bien faire. Sapienti pauca.

Paris, If 1-3 jaiH'iei- l'j'jf)- — I-^es très gracieux oi-dres de V. M. 1. en date du i" de ce mois m'ont été remis le 8 par le courrier que je renvoie aujourd'hui et qui porte la confirmation de l'entier rétablissement de la santé de la Reine. Dans les premiers moments je n'ai pu parer au retard des nouvelles sur un objet si intéressant, parce que la voie des estafettes n'ayant pas lieu en France, il a dû en résulter un intervalle assez long entre l'arriNoe du courrier expédié le 20 décembre et celle de mes lettres écrites par la poste le 21, le 22 et le 23 décembre.

Les couches de la Reine ont |)roduit un grand effet et très avantageux à cette princesse, soit par un surcroît dallachcnienl de la part de son auguste époux, soit par la sensation générale qui s'est manifestée dans le ]»ublic. J'espère (pie la Relue s'en prévaudra pour sa gloire et son bonheur; Elle est plus que jamais en mesure de tout crédit et de tout pouvoir. Le bon emploi de l'un et de l'autre va dépendre de sa volonté.

C'est avec sa clémence ordinaiiv (jue V. M. daigne lendre justice à mon zèle, en faisant mention des très fâcheux moments ()ue j'ai passés ici depuis une année; plusieurs motifs me les ont rendus bien amers: entre autres celui de ne pouvoir rendre un compte assez exact et précis tant des choses que des personnes auxquelles j'avais à faire et qui sont bien connues de V. M.

Le comte de Maurepas est l'auteur de tout le mal; le comte de Vergennes aurait été plus traitable, s'il ne s'était pas trouvé asservi sous la dictature de son vieux collègue. Je viens de porter plainte contre le baron de Breteuil, en faisant voir que le langage (ju'il tient à Vienne ne n-pond pas à celui (pie l'on me tient ici.

Quelles (pie soient les circonstances, .s'il était possible de ne rien précipiter,je crois qu'il y aurait encore moven dans les moments décisifs de

porter cette cour-ci à leuir une conduite moins mise'rable, ne fût-ce que du côté du lanjjage. Les hautes lumières de V. M. me dispensent de tout commentaire à ce sujet.

La seule consolation quej'ai eue depuis trois mois a consiste' dans r(»|)iniou que l'on a et dans les propos que l'on tient sur la glorieuse campagne que V. M. vient de terminer, et je puis affirmer que ce langage est général ici.

KAUÎNITZ A MERGY.

Vienne, le So jan-ner l'j'jg- — Le baron de Breteuil m'a communiqué la lettre (ju'il se proposait d'écrire au prince Repnin en réponse à celle (ju'ii en avait reçue et dont la copie est jointe à ma lettre d'office. Je la lui ai fait rectifier dans plusieurs endroits et elle ne s'en ressent pas moins de la mollesse, pour ne pas dire bassesse, à laquelle on a accoutumé de ce côté-là le roi de Prusse. La vérité est que ce sont des grands misérables que ces Messieurs, le vieux Mentor surtout. L'Espagne nous venge un peu, mais c'est un faible dédommagement. Heureusement notre allié nous est utile par tout le mal qu'il ne nous fait pas, et qu'il nous ferait peutêtre s'il ne l'était pas; car sans cela je vous avoue qu'il y aurait fortement de quoi se fâcher. Dans ti'ois ou quaire semaines, d'ici au retour du courrier que de Breslau on a dépêché à Pétersbourg le 19 du courant, et sur lequel doit s'ensuivre la réponse décisive du roi de Prusse, nous serons, comme on dit, dehors ou dedans; car certainement nous ne nous dépaitirons pas du Aul, Aut que j'ai déclaré dans ma note pour le baron de Breteuil. Je serais très fâché assurément s'il fallait continuer la guerre, mais, s'il le faut, nous la continuerons comme des enragés en ce cas et déterminés à la faire jusqu'à extinction.

Vienne, le 1" mars ijjQ. — Vous verrez, mon cher Comte, par tout ce que je vous envoie aujourd'hui, que nous nous rapprochons de plus en plus du dénouement de la tragicomédie dont notre maudit voisin a été le mauvais auteur, et que heureusement, entre nous dit, je suis pourtant parvenu à faire finir honorablement et même encore assez utilement pour nous, et très peu au fond quant à l'honneur et quant au profil pour le vieux renard, tout rusé qu'il est. Je serais fâché qu'on s'en apej'çùt avant

que lout ne soit fait cl parfait. Mais je iio floiilc point que tous ips jjens sensés ne le sentent après coup, et ioisquil-; auront eu le temps de la réflexion, et il faut bien nous {jarder moyennant cela de ténioijfuer <jue nous sommes conlenis et que nous croyons avoir fait assez passablement nos alïaires.

Nous avons lieu d'ailleurs d'être assez satisfaits depuis quelque temps de M. de Vergennes, surtout relativement à la Saxe et au duc des Deux- Ponls, et j'ima'fine (ju'à ce qu'il peut y avoir encore à appréhender de ce côté-là à l'assemblée de Tcschen , li; ton très haut, et même insolent de M. de Breleuil, lorsqu'il croit pouvoir oser le prendre, viendra fort à point.

l'ii'iiiic. k i" juin i-jjr)- — Mon dier Comte, je n'ai nltendu que l'occasion du |iremi('r courrier' (jue je vous dépêcherais pour vous informer d'un l'ail (pii ne peut parafiriî {[lie très ('traiijfc à des hoiumes vrais et lioiiiiêl<'s tels (|ue vous et moi , et qui cependant, tout incroyable qu'il est, n'en est p;is moins vrai. Poui' m'éparifrier le (b-sagrément du récit d'une chose odieuse à un homme de mon caraclère, je vous confie la copie ci-joinle sous liltera A et sous B le factum (|ue j'ai chargé le comte de Cobenzl de melire jinr (Viil. \près ipie vous aurez lu le dernier de ces deux papieis '1,

(') Vienne, le a3 mai fj-jQ. — Vers la fin (lu coDjjrès de Tesrlien, le comte Co- Ijonzl, ayant eu ordre (le M. lo Cliancelier de CiiiM' ol d'Klal, de s'ird'oriiier sons main finelli' es|H'>ce de pi'ésenl on de favoiir S. M. riin|iéralnce-lîeiiie [lonirail faire aux Pléni|)otcnliaires des puissances médialrices qni li'ui- fùl agréable, entreprit nn soir M. le liaron de ttrelenil pour le sonder sur re point, en lui faisant îles ollVos de SL^rvicc en cas que M. l'Ainha^sadeur eut quelque grâce à demander. Mais il n'oljlinl pour réponse (pie di'S |iroleslalions ([i'mh'rales de dévouement el de reconnaissance, auxquelles M. de liielenil ajouta que, dans sa situation actuelle, il ne loi lestait rien an monde i désirer, el ipn'. pm- conséqiienl le moindre souvenir de la part de S. M., la inoinilre mar(|ue de satisfaction sur la nianiéii' dont il s'est conduit dans celte né-

gociation serait pour lui d'un piix inestimable et le |diis grand et seul plaisir qu'il puisse goûter à cette occasion.

On en resta là ce jour, mais le lendeinani, M. de Breleuil s'étani rendu dans la matinée chez le comte (".oln'uzl, lui dit avoir réilécin sur rouverline (pii lui avait été faite la veille, et que quelques gazettes ayant répandu la fausse nouvelle de son élévation à la dignité de prince d'Empire, il conjeclnrait que n' hrnit pouvait en avoir lait naître l'idée à S. M. rinipératricelieine, (pi'en ce cas, sa reconnaissance pour l'S inleiilioiis gracieuses de S. M. serait aussi vive que lespecliieuse , mais ipi'il devait me représenter que dans sa situation lin titre étranger ne pouvait guère lui ronvciiir el lui serait d'autant plus inutile ipiil n'avait point d'enfant mâli', à ipii il pi'il le transiriettre apivs sa mort; (pie cependant

vous serez frappé sans doule (|iruii homme puisse se permelire de mcnlir aussi enVonlémonI, mais vous le serez bien davantage encore en apprenant qu'il a poussé l'impudence jusqu'à me requérir de vouloir bien vous cliarjjer d'attester cette fable vis-à-vis de Messieurs de Maurepas et de Vergennes.

Je n'ai pu m'enipècher de lui répondre tout de suite que je n'en avais aucune connaissance, mais que je lui promettais cependant d'en parler à l'Empereur et de faire ensuite tout ce que je pourrais pour lui être utile et seconder ses vues dans cette occasion. Vous comprenez bien (pie jamais liomme n'eût mieux mérité un démenti solennel , mais comme il ne faut jamais se laisser aller à faire rien ])ar humeur, et que d'ailleurs en prenant ce parti on se ferait de cet homme à pure perte un ennemi irréconciliaide, voici à quoi je me suis fait autoriser. Vous pouvez dire aux deux ministres de la façon qui vous paraîtra lapins convenable, qu'effectivement l'Empereur aurait accordé au baron de Bi'cteuil la dignité' de prince d'Empire, s'il avait témoigné qu'elle put lui être agréable, que cet ambassadeur ne s'était point trompé par conséquent en supposant cette intention à S. M. I. et qu'au reste l'Empereur et l'Impératrice verraient toujours avec ])laisir toutes les marques de bonté (ju'il pourrait plaire au Hoi Très Chrétien de donner à ce minisire. Ce canevas vous suffit pour vous faire connaître mon intention, et je vous abandonne comme de raison d'assaisonner cela comme vous le jugerez à propos.

Je me Halle, mon bon ami, que le choix du vice-chanceliei' que je me suis fait donner, aura mérité votre approbation; je ne pouvais me déterminer à rester encore qu'à cette condition.

il serait exlièmcmonl ilallé si LL. MM. It. ot Rlî. voulaient faire coniiaitre an Hoi sou mailre, ainsi qu'à la Heine, Finlention do le gratilier ite cotte iiianiore, si rola avait pu lui convenir, jiarce ([u'alors il ferait valoir cette gracieuse application pour obtenir lin Hoi la ilignilé de duc et pair, dont il sonliaitait fort tl'olro cctiHu en récompense do SOS services.

Lo coniloColioiizl lui répondit ([u"il ignorait parlailcnient les iiilonlions do l'Inipératrice-Roine à cet égard, qu'il n'avait eu aucun ordre sur ce point , qu'il savait au reste parl'aitenient bien que la qualité de prince d'Enqjiie ne pouvait pas être d'un

grand avantage pour M. de Bretcuil et que, par conséquent, il ne croyait pas que l'Impéralrice-Reine ail jamais pensé à la lui proposer.

Siu' cela, M. l'Anibassadour répliqua ijue cependant il voudrait bien qu'on y eût pensé et qu'il aurait des obligations infinies au comte do Cobonzl s'il pouvait engager LL. MM. II. et RR. à s'expliquer ainsi. Le comte de Cobonzl finit par protester à M. l'Andjassadeur que, ne désirant rien tant que de l'obliger, il ne nian(|uerait pas de faire conuailre à LL. MM. II. el RH. l'objet de ses soubaits, dos (pi'il serait do retour à Vienne.

Laj enbourg , le 3 août lyjg. — Les laiMUis (jui ont dc'lcriiiinc' la marclie que j'ai leiuin reliitivcincnt à loll'rc de bons olfices de ma cour, n'échapperonl pas sans doule à ia sagacité du comte de Vergennes; mais ce fjalant homme mérite bien (]uon iui éparjjne la peines de deviner, et je suis l)ien aise moyennant cela de vous mellre en état de lui rendre ce petit service, si vous le jugez à propos.

Je savais que, lorsque l'Impératrice offrit ses bons ofllces au Roi Très Clir.'tien cl au Roi d'Espagne |)ar les lellres qu'Elle leur a adressées, eu leui- notitiant la signature de la jiaix de Tescben, ce n'était pas un simple compliment, une l'açon de parler, mais l'olFre d'une intention bien positive de s'employer à ce qui pouvait leur être utile ou agréable. Je ne me suis [loinl dissimulé en même temps, que celte ofFie ne pouvait mener à rien, si les bous offices de ma cour n'étaient pas également acceptés par la Grande-Bretagne, et c'est ce (|ui m'a engag(' à les lui faire ofl'rir, le hasard en ayant amené l'occasion par le canal du cbevalier Keilli, mais de bouche cependant seulement. J'ai jugé devoir lui laisser ignoier que nous avions fait la même démarche en France et en Espagne, pour ne pas mettre sa cour dans le cas de chercher à prohter peut-être de celle notion pour dillérer sa réponse, ou n'en faire qu'une vague ou inconcluante, jusqu'à ce (jue celle qui devait nous parvenir de Versailles et de Madrid ne fût arrivée et qu'elle n'en eût connaissance. J'ai juge' devoir laisser ignorer de même aux cours de Versailles et de Madrid l'offre d'office que nous avions fait en Angleterre, pour les mettre parfaitement à l'aise sur la réponse quelcomjue qu'elles jugeraient à propos de l'aire à l'Impératrice, et parce que, avant l'acceptation delà cour de Londres, cette notion prématurée était non seulement superflue, mais pouvait même devenir préjudiciable par l'augmentation d'aigreur qu'aurait pu produire une réponse anglaise (jui eût été désobligeante el (ju'en ce cas il eût cependant fallu communiquer; bien déterminé en échange d'avance à ne pas larder à la leur comnuinii[uer au cas qu'elle ne fût pas de ce genre, el (ju'elle me parût ])ouvoir mener à quelque chose. Et c'est en couséipieiice que nous nous empressons à leur en faire |Kirt nu moyen des ordres (|ue je vous adiesse d'office.

Nous comprenez bien que ncuis ne pouvcuis avoir en aucune autre raison pour faire ainsi. Je ne veux pas douter que M. de Vergi'unes ne le sente de même et que, comme je l'ai ()bserv(' ci-dessus, il ne l'eût pensé de lui-même; mais j'ai cru nonobstant devoir vous mellre à portée de ne pas même lui laisser ignorer ce qui m'a décidé sur le fait dont il s'agit,

3 AOUT 1779. 5/rl

avec la confiance que je crois devoir et que je suis bien aise de témoigner à un homme duquel vous savez que j'ai si bonne opinion dans toutes les cale'gorics. Je de'sire bien vivement qu'il puisse ri'sulter de cet e'Iat des choses, avant qu'il n'arrive quelque catastrophe ou pour les uns ou pour les autres, ou en Europe ou en Amérique, une reconciliation ipii ne peut èlre que plus facile et plus possible, tant et aussi longtemps qu'on est au pair que dans le cas contraire. L'Angleterre fonde son acceptation des bons offices offerts sur la supposition que tioiis voyons jour à pouvoir les employer encore avec quelque probabilité de succt-s.

La France pensera de même vraisemblablement, mais les cabinets de Versailles et de Madrid sentiront sans doute en même temps que nous ne serons dans le cas de voir et de pouvoir juger des possibilite's, qu'aprèe que de part et d'autre on nous aura confié sans réserve jusqu'où on veut et croit pouvoir aller, et cela tout de suite et en une fois, à moins qu'on ne croie qu'il n'y a aucun risque et aucun inconvénient à perdre du temps, ce ([uc je ne saurais vous cacher que je ne crois pas, tant s'en faut. Nous ne pouvons que nous en rapporter cependant à cet égard qu'aux parties intéressées. C'est à elles à savoir, mieux qu'à nous n'appartient, ce qui peut leur convenir ou ne leur convenir pas.

Tout ce que je puis assurer c'est qu'elles peuvent être bien persuadées que nous remplirons les devoirs de l'emploi dont nous nous serons chaigés, avec tout le zèle et toute la loyauté qu'elles peuvent se promettre d'une cour qui n'a d'autre vue dans tout ceci que celle de leur être utile et de rendre service à trois grandes puissances, lesquelles toutes les trois, à ce qu'il me semble, ne peuvent que plus perdre que gagner à la prolongation d'une guerre, tout au moins très ruineuse pour chacune d'elles.

Dites de tout cela, mon cher Comte, ce que vous jugerez convenir à M. le comte de Vergennes. Je pense qu'il ne pourra que me savoir gré de ma franchise et de ma confiance personnelle en lui. Ce sera pour moi une bien grande satisfaction, si je puis encore être utile dans une circonstance si importante : je désire fort par conséquent que ce que vous aurez à me demander, me mette à même de fètre; et c'est avec ce sentiment joint à tous ceux (jue vous me connaissez pour vous, que je suis toujours invariablement, mon cher Comte, votre bon ami (jui vous aime bien.

Lttxenbourg, le i'^ septembre lyjy- — J ai vu avec grand plaisir, mon

5/i2 MEllCY A KAUNITZ.

cher (ioiiile, que ma ieltic ostensil)le ne vous a pas été tout à fait inutile. Ce (|u'il y a de certain, c'est que, à bon compte, celte première ranipa{jnc au moins est mauquee pour les deux flottes combinées, et comme elles ne peuvent {jiière se flatter d'avoir aussi beau jeu par la suite vis-à-vis de leur ennemi, iiuie'pL'ndaniment de tous les inconvénients qui peuvent résulter de l'union de deux puissances, qui ont des vues si difl"érentes, je ne vois pas trop (ju'elles ])uissent raisonnablement préférer le parti de la continuation de la guerre, s'il leur était possible d'y mettre iin plus tôt (|ue plus tard, supposé que cela pût se faire d'une façon honnête et raisonnable; chose sans doute bien éloignée d'être aisée, mais (pii ce])endant me parait toujours d'un succès plus vraisemblable, tant et aussi longtemps que personne n'aura encore eu sur les oreilles, ipi'après. En tout cas, ce sont leurs affaires à tous les trois, mais il me jKiralt toutefois très désirable que la France el l'Kspagne ne se flattent pas plus (|ue de raison, ne fût-ce que parce qu'il me semble qui ;-i la guerre prend la tournure du Cki la dura la imce, j'ai bien peur (jue de ce côté-là au moins l'Angleterre pourrait l'emporter sur elles.

Paris, le ly octobre ijy y. — Le courrier mensuel m'a lemis le 1 1 de ce mois les ordres de V. A., en date du 3o septembie, mais je n'ai reçu ([lie liior parla poste ordinaire la lettre dont Elle m'honore du h octobre, a\t'c une note qui y était jointe, el dont je crains de ne pouvoir pas, faute (le temps, rassembler tous les objets pour les faire partir par le courrier d'aujourd'hui , mais dans ce cas il y sera suppléé par la première occasion.

J'expose dans ma dépêche d'oflice les raisons (jui m'ont poilé à ne pas rendre trop pressantes les démarches tendant à nous assurer la médiation entre les ]niissan('es belligérantes. Il me sera aisé de serrer la mesure si V. A. le juge à piopos, mais il m'est évident que l'on tentera ici le possible pour se passer de toute médiation. Après le peu de succès i|ue l'on a eu celle année, on ne de\ail pas s'attendre au projet d'une nouvelle campagne, cependant on paraît très cb-cidi' à la tenter; la bonne administration de M. Necker y pourvoira en forçant un peu les moyens. Ce ministre des finances iei;rclte beaucoup tie |)areils eflorts; il en espère peu de fruit, et vraisemblablement il ne se trompera pas sur cette prévoyance.

11 n'est pas douteux que M. de Breleuil retournera à son ambassade au moins de bonne foi; sa conduite en est devenue plus unie, et elle

17 OGTOBr.E 1779. 5/i3

lui concilie un moilieur accueil de la pari de Messieurs les comtes de iMaurepas et de Vergcnnes, lesquels d'ailleurs raireclionuent très peu. Jus([u à présent il ma paru sage et circonspect sur ce qui a trait à son ambassade; M. de (joltz Ta beaucoup lechercbe et lui a même attribue' des propos que j'ai vérifiés n'être qu'une fausseté de la part de ce ministre prussien; malgré cela je n'ai plus la même opinion de l'attachement que j'avais supposé à M. de Breteuil pour notre cour, et conséquemment js l'observe ici un peu de plus près.

Paris, le i6 novembre JJ'/f)- — On continue ici à être peu disposé à la paix, et je crois (piécette fermeté n'est poiul simulée, elle lient sans doute à un espoir exagéré de succès, et à une idée également exagérée de la détresse de l'Angleterre. L'incident des troubles en Irlande pourrait en effet devenir fatal à cette dernière puissance, mais à cet article près, qui n'est point encore assez éclairci, on pourrait peut-être supposer que dans cette guerre les avantages les plus marqués de part ou d'autre n'aboutiraient vraisemblablement qu'à établir à la paix ou l'indépendance absolue ou la dépendance plus ou moins modifiée des colonies américaines. 11 me paraît plus probable que dans la campagne prochaine les cours de Versailles et de Madrid reprennent le projet dans lequel elles ont échoué cette année, de porter la guerre sur le continent de la Grande-Bretagne. Il est plus apparent ([uc les puissances belligérantes s'occuperont à défendre leurs possessions d'outre-mer contre leur ennemi, et de faire le plus qu'elles pourront de nouvelles conquêtes, sans s'exposer de perdre à la fois la totalité de leurs flottes qu'elles diviseront sans doute en plusieurs escadres, qui auront des destinations séparées. S'il en est ainsi, le plus habile eu manonivres maritimes devrait l'emporter, et il est notoire que la marine anglaise, tant pour la théorie que pour la pratique, est bien supérieure à celle des deux cours de Bourbon. Il reste à voir s'il en est de même du côté du crédit et des moyens de dépense, et laquelle des puissances belligérantes sera le plus tôt épuisée, et je serais fort tenté de croire que ce sera la France. Dans tous les cas possibles j'épierai avec la plus grande attention les moments favorables à remplir les vues et les ordres de V. A.

M. de Breteuil est assez bien traité par le Boi et par la Beine; cette princesse est même décidée à protéger ses vues sur l'obtention de l'assurance d'un des premiers commandements de province, ce à quoi M. de

bh'i MKKCY A kAl iMTZ.

BiTleuil |)aniît horner toute son ambition. 11 a compris i'inulililo de suivre de [ilus vastes projets et il semble y avoir renoncé pour une anne'e. Quand il s'agira de le remplacer, le marquis de Noailles sera à coup sur un (les jjrcniiers pre'tcndanis à celte place; on lui attribue un [)eu de l'ansseté (le caractère, mnis il est fort doux et le plus modeste de ceux ipie je connais ici. Quand il en sera temps, je veillerai à ce (jue les intentions de V. A. soient remplies le mieux possible.

3'iO. — kALMTZ \ MEllCV.

Vinme, le a décembre '77,9. — Mon cher (Jointe, tous vos raisonnements sur le présent et l'avenir vraisemblable ndaliveinent à la «juerrc maritime actuelle sont très justes, mais selon moi le meilleur plan de campagne jtour rann('e procliaine que pourraient l'aire la France et l'Espagne, ce serait d'avoir une assez bonne flotte combinf-e à l'entrée de la Manclie pour empècber l'Angleîerre de faire un détacbement considérable de la sienne en Amérique, et mettre en écbange M. d'Estaing ou un autre en état d'y enlever à l'Angleterre la Jamaïque et ses autres |)ossessions les plus considéiables dans cette partie du monde, en soutenant et en aidant en même temps les Américains autant qu'elles le pourront l'une et l'auli'e. Des entreprises de'cisives de flottes à flottes en Europe aui aient pu réussir peut-être celte année; mais (dles seraient bien basardées, ce me semble, dans la campagne procliaine.

.le suis fort content d'ailleurs de la francbise avec laquelle paraît s'être expli(|ué vis-à-vis de vous M. de ^ Crgennes, et comme \ous dites fort bien, c'est beaucoup pour lui de s'être déboutonné à ce point. Du rétablissement de la paix, je ])ense comme vous, qu'il n'en sera guères question d'ici à cinq ou six mois peut-être, et si ces messieurs peuvent attendre, nous le pouvons l)ii'u plus qu'eux.

Je vous remercie des de'tails (pie vous me mandez sur le cbapitre du baron de Breteuil, et je suis bien aise que vous vous [iroposie/, de le suivre d'un peu plus près; car j'ai tout lieu de penser qu'il en a besoin, ne fûtce (juc par danger pour les cajoleries prussiennes.

',\'\\. — MEKGY A KALIS'ITZ.

Paris, le 17 décembre tyjr). — Jai icimi par le courrier iiieii>iiel la

17 DECEMBRE 1779. 5/i5

lellre dont V. A. m'honore du 2 de ce mois, et j'espe'rais, Monseigneur, par celle même voie de pouvoir mcltre sous vos yeux quelques détails inleressnnls, mais ce ne sera (|u'à l'arrivée de M. d'Eslainjj qu'il y aura moyen d'e'claircir les fails relatifs à la longue campagne, dont il me paraît e'vident que les objets essentiels ont éle' manques. Cependant ce ge'néral est assez intrigant et adroit pour l'aire valoir ici outre mesure ses prétendus succès, et pour se procurer dans la campagne prochaine le commandement de terre et de mer en Europe. Il passe pour èlre plus audacieux que capable, et ce sera peul-êlre jouer gros jeu que de remettre entre ses mains le sort de cette guerre.

M. de Breleuil vient d'invoquer la protection de la Heine, pour obtenir la promesse évenluelle d'un commandement de province en pays d'Etat. Cela devient une sorte de renonciation formelle au minislère, et il est probable que sa demande sera accueillie sous la condition de remplir encore quelque temps son ambassade. Je sais de toute certitude (pi'il a repoussé assez froidement les avances de M. de Goltz,et qu'il n'a pas voulu recevoir M. de Kniephausen, qui est passé plusieurs fois à sa porte, (juoiquc ce Prussien ne se montre nulle part.

] ieiwe, le jour de l'un ij8o. — Mon cher Comte, je crois ne pas devoir vous laisser ignorer par cette occasion qui y est propre, qu'il me revient de plus d'un lieu ([ue le roi de Prusse emploie tous les moyens, qui lui sont ba])ituels, poui' tâcher de brouiller insensiblement et par degrés les cours de Vienne et de Versailles, en faisant insinuer alternativement à l'une et à l'autre tout ce qui lui paraît propre à exciter ou à fomenter des soupçons, de la méfiance et de la jalousie. Je sais qu'il a l'impudence et la mauvaise foi de nous pièter des vues plus ou moins l'approchées, ainsi que des manœuvres actuelles au dehors, et des dispositions au dedans, auxquelles je vous proteste en galant homme qu'il n'y a pas un mot de vérité. Il veut nous faire accroire d'un autre côté, que la France est en secret avec lui dans la plus grande intimité, et <jue c'est tout au plus la vie durant de l'Impératrice que la maison d'Autriche doit compter sur la durée de son alliance avec elle. Enfin il n'y a point de noirceurs, point de sorte de calomnies, qu'il ne se permette. Vous ([ui me connaissez, vous pouvez vous imaginer à quel point mon àme vraie et honnête doit être indignée de pareilles abominations. Je sens iiien qu'après l'expérience palpable (ju'ont faite les deux cours de futilité récipro(iue de leur alliance,

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