‹ Correspondance secréte avec l'Empereur Joseph II et le Prince de Kaunitz, publiéeChapitre 8 sur 37 · MERCY À L'ARCHEVÊQUE DE SENS · texte numérisé non relu

MERCY À L'ARCHEVÊQUE DE SENS

Paris, le ig août ij88, à mimiit. — Vos intentions. Monseigneur, seront remplies dans la journée de demain et dans la matinée suivante j'aurai l'honneur de vous rendre compte de l'issue de mes démarches. J'ai pensé tju'elles devaient être combinées de manière à éloigner tout soupçon que j'y sois autorisé. J'espère de réussir à faire articuler M. Necker assez clairement pour que vous puissiez juger. Monseigneur, du parti qu'il y aura à en tirer.

Flatté de la confiance dont vous m'honorez, je tâcherai de la mériter par le zèle, l'exactitude et par l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

'') Voir plus liaiil, paye gS, noie i.

Paris, Je 2 0 août iy88. — Les recherches que j'ai faites clans loiile i'après-dînée d'hier m'ont procuré des notions que je crois pouvoir exposer à V. M. comme très précises et certaines.

Les alarmes et les pi'opos qu'ils occasionnent restent jusqu'à présent concentrés dans tout ce qui compose la finance et le corps des marchands et un certain nombre de bourgeois rentiers. Mais le peuple proprement dit paraît assez tranquille. L'augmentation du prix du pain n'a produit qu'un très léger elTet. Rien n'annonce des mouvements tumultueux. Les mesures prises pour les prévenir me paraissent d'autant plus sagement combinées qu'elles n'ont rien qui puisse être remarqué par le public. Le déchaînement sans bornes et presque général porte sur M. l'Archevêque de Sens, sur M. le garde des sceaux; mais je crois m'être bien assuré que, pendant les deux dernières années, le nom de la Reine n'a presque pas été prononcé.

Cet état de choses, sans présenter un danger momentané, n'en est pas moins tellement critique qu'il convient d'y remédier promptement, parce que des délais ne manqueraient pas de faire naître de nouveaux désordres, qui aboutiraient enfin à quelque explosion fâcheuse.

Les ordres de V. M. m'ont été remis hier à onze heures du soir. Ils seront remplis dans la journée d'aujourd'hui. Mes mesures sont prises de manière que, sans être obligé de nommer la Reine, ni même le principal ministre, je me flatte de faire exprimer M. Necker assez clairement pour que l'on puisse juger s'il existe ou non des moyens raisonnables de le ramener aux alTaires.

Le maintien de M. l'Archevêque dans sa place intéresse également la gloire, la justice el le service de V. M. Il me paraît impossible de s'écarter à cet égard des principes dont Elle daigne me parler et qui caractérisent sa grandeur d'àme. Le contraire deviendrait un scandale poqr l'Europe, en même temps une victoire dont la troupe de conjurés contre l'autorilé royale ne manquerait pas d'abuser d'une étrange manière.

Si M. Necker est aussi honnête homme que je le présume, il ne peut demander que le pouvoir sullisant pour espérer le bien. Le prin-

cipal niinislre a tous les genres d'intérêt y ne pas s'y refuser. Alors l'incompalibililé cesse et l'ordre peut se rétablir. Il serait ramené difficilement par tout autre choix, nommément par celui de la personne dont V. M. daigne me faire mention. L'opinion publique ne lui serait pas favorable, et cette opinion est le mobile de tout succès en finances. Dans la matinée de demain, je rendrai compte à V. M. de l'issue de mes démarches. Ma douleur profonde des peines que la Reine éprouve, mon zèle inviolable pour son auguste personne ne me laisseront rien omettre pour tâcher de me rendre utile à son auguste service.

98". — WERCY A LA REINE.

Paris, ai août ij88. — Madame, un entretien de trois heures que j'ai eu hier avec M. Necker a donné lieu à tant de remarques intéressantes qu'elles m'obligent à supplier V. M. de daigner m'accorder quelques moments d'audience dans la matinée de demain vendredi, pour pouvoir Lui exposer des nuances qui échapperaient à l'écriture, à moins de les accompagner de détails d'une longueur que la Reine ne pourrait lire sans ennui.

Je joins ici copie de la lettre que j'écris à M. l'Archevêque de Sens. Tout ce que j'aurais à dire de plus sur la matière ne peut être exposé qu'à V. M. seule; alors Elle jugera des difl'érents moyens qui rendront plus ou moins possible un arrangement bien urgent, bien désirable, qui présente plus de difficultés que je ne me l'étais imaginé et qui cependant pourrait peut-être encore s'effectuer.

Comme je ne puis m'atlendre à aucun ordre de V. M., je me [)ropose d'aller dîner à la campagne, pour être de retour en ville ce soir et si Elle daigne nie le permettre, je me mettrai demain matin à ses pieds.

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