INTRODUCTION
La correspondance qu'on va lire est celle qu'échangea, en 1791 et 1792, avec le cardinal secrétaire d'État du pape Pie VI, Tabbé de Saiamon, chargé des affaires du Saint-Siège en France après le départ du nonce. Les circonstances qui amenèrent cette rupture sont en partie connues; peut-être »ait-on moins celles qui la suivirent. Des documents inédits retrouvés aux archives secrètes du Vatican me permettent de combler la lacune : c^est à tout prendre d'ailleurs une histoire brève autant que poignante.
En effet, les rapports diplomatiques de la France de la Révolution avec le Saint-Siège ne furent guère, dans leur courte durée, qu'une suite d'usurpations et de violences. Dès le mois d'août 1789, les dîmes, bénéfices etannates étaient supprimés et^ le 20 décembre, tous les biens du clergé mis à la disposition de la nation ; puis les ordres religieux sont abolis ; quelques semaines plus tard, les troupes françaises envahissent Avignon et le comtat Venaissin; enfin, le 12 juillet 1790, la Constitution civile du clergé, ce « renversement de la discipline et de Forganisation générale de l'Église catholique » , comme l'écrit Bemis, est audacieusement décrétée. C'étaient là autant de coups successifs portés aux prérogatives et aux principes mêmes de l'Église, sans que rien d'ailleurs justifiât Tattaque, sans qu'aucune mesure en adoucit la rudesse. Bien au contraire, c'était quelquefois dans les seules gazettes que le Pape lisait les décrets; quand le nonce protestait au sujet d'Avignon,