‹ Correspondance secrète de l'abbé de Salamon chargé des affaires du Saint-Siège pendant la révolution avec le cardinal de ZeladaChapitre 27 sur 41 · LETTRE DE M. DE CONDOBCET A M. D'ARANDA · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE CONDOBCET A M. D'ARANDA

De Paris, 17 mars 1792.

Monsieur le comte.

C'est au moment où les amis de la Constitution menaçaient l'Espagne de leur courage et de leurs armes, c'est au moment où le flambeau de la guerre s'allumait sur les frontières des deux empires que Sa Majesté Catholique, en vous élevant au ministère, nous a présenté l'olivier de paix.

La philosophie va régner sur l'Europe. Ses ministres deviennent ceux des Rois, et la liberté française, après avoir trouvé en vous son admirateur pendant vos disgrâces, va reconnaître un de ses défenseurs contre la superstition et le despotisme.

Le destructeur des Jésuites sera l'ennemi de tous les genres de tyrannie. Le voilà armé de la massue d'Hercule dans le pays le plus infecté des préjugés les plus honteux. Il me semble voir Hercule luimême nettoyant l'étable d'Augias, en vous voyant écraser cette vile canaille qui sous le nom de prêtres et de nobles est l'ulcère des États.

J'envie votre sort et je l'envierais davantage si je n'étais occupé dans ma patrie au même ouvrage, si, comme représentant de la pre-

inièredes nations, je n'étais occupé à Télever à la hauteur qui lui est due et à faire ployer le sceptre des Rois devant les organes des lois.

Vous êtes maintenant l'exécuteur testamentaire des philosophes avec lesquels vous avez vécu, et l'ombre de d'Alembert plane sur les lieux que vous habitez.

Premier ministre d'une Cour où Tabandon à un ministre est une habitude, et où il devient maintenant un devoir, vous allez apprendre à l'Europe que le plus grand service que l'on pourra rendre aux Rois, c'est de briser le sceptre du despotisme et de les laisser armés de celui d'une sag^e constitution qui, les rendant les premiers serviteurs du peuple, les remette à la place qu'ils doivent toujours occuper pour leur bonheur et pour le nôtre.

Je suis, avec tous les sentiments de la plus parfaite estime. . .

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