‹ Correspondance secrete entre le comte A.W. Kaunitz-Rietberg, ambassadeur imperial a Paris et le baron Ignaz de Koch, secretaire de l'Imperatrice Marie Therese, 1750-1752Chapitre 2 sur 7 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ce fut le 18 octobre 1748 que fut conclue à Aix-la-Chapelle la paix qui terminait la guerre de la succession autrichienne, guerre qui durait depuis huit ans. Pendant le cours des négociations qui précédèrent le traité, le comte Kaunitz, qui avait représenté l'Autriche, conçut l'idée que cette monarchie devait entrer en relations plus intimes avec la France, et que ce serait le moyen pour elle de regagner le terrain qu'elle avait perdu. L'année suivante, Kaunitz développait cette idée dans un mémoire lorsque, le 7 mars 1749, Marie-Thérèse, probablement à l'instigation du baron de Bartenstein (1), engagea ses ministres qui composaient la conférence d'État, à exposer par écrit leurs opinions sur le système politique que l'Autriche devait suivre, dans le Nord, dans ses rapports avec la France, l'Angleterre, la Russie et l'Empire. Les troubles qui paraissaient prêts à éclater, les agitations politiques de la Suède et la conduite de la Russie semblaient à l'Impératrice exiger une résolution décisive (2).

(1) Arneth, Bartenstein, p. 43. Le baron Jean-Christophe Bartenstein, né 1689, f le 6 août 4767, fut nommé en 1726 conseiller dans la chancellerie aulique. 11 fut ensuite chargé de tenir le procès-verbal dans la conférence secrète d'État et de rédiger selon les résolutions prises les expéditions. C'est par là qu'il exerçait beaucoup d'influence dans les affaires d'État les plus importantes. Certainement, il fut toujours un travailleur excellent, mais on pouvait lui reprocher un esprit de subtilité et de chicane. Nous ne devons pas passer sous silence que Bartenstein, pendant sa carrière politique, penchait fortement pour la France.

(2) C'est à Adolphe Béer qu'appartient le mérite d'avoir indiqué qu'il s'agissait d'abord de la décision d'une question positive. (Aufzeichnungen des Grafen William Bentinck ûber Maria Theresia, page xxvi.)

Au commencement d'avril les ministres consultés envoyèrcnl

par l'ait leurs opinions. La plupart étaient d'avis qu'il fallait s'en tenir comme par le passé à l'alliance des Puissances Maritimes (1). Cependant, Kaunitz soûl développa un programme tout à fait contraire a la politique suivie jusque-là. Il est vrai qu'il comptait aussi l'Angleterre au nombre des amies naturelles de l'Autriche, mais il faisait remarquer, en même temps, que dans le cas d'une guerre avec la Prusse, on ne devait nullement compter sur son concours ; car le peuple anglais sympathisant avec la Prusse, la jalousie et la haine que son roi ressentait pour Frédéric II ne faisaient que l'affermir dans ces sentiments. Quant à la Russie, sa politique dépendait des dispositions individuelles de quelques personnes; il serait impossible d'y appuyer un système durable. Kaunitz regardait donc comme insuffisant le système qui avait été suivi jusqu'alors, et le système nouveau qu'il proposait partait de l'idée que Frédéric TT devait être regardé comme le plus dangereux ennemi delà monarchie: il ne fallait donc pas subir tranquillement la perte de la Silésie et ne pas se borner à se tenir à la défensive contre le roi de Prusse, mais fâcher de l'affaiblir pour rentrer en possession de la province perdue. Le seul moyen d'arriver à ce but consistait, suivant lui, à décider la Fiance à s'allier avec l'Autriche et, une fois qu'on serait soutenu par cette union, à attaquer le plus tôt possible la Prusse. Après avoir exposé et appuyé de raisons dans tous ses détails le plan offensif, Kaunitz s'occupa aussi d'exposer les devoirs qui incomberaient au gouvernement pour le cas où Ton ne voudrait se résoudre qu'à la défensive. Ce qu'il proposa dans ce sens était entièrement conforme à l'exposé des autres ministres. Marie-Thérèse ordonna au conseiller aulique Bartenstein de faire des opinions courantes un extrait qui lui fût présenté et puis communiqué aux divers

(1) Dans ce sens se prononcèrent Kônigsegg, Ulfeld, ColloredOj Klievenhiller et Harrach. Celui-ci représenta plus résolument que les autres ministres L'opinion que l'Angleterre était l'alliée naturelle de l'Autriche. (Arneth, Maria Theresia, t IV. p 269 »

ministres. On demanda a chacun d'eux de déclarer s'ils persistaient dans leur avis, et s'il était fidèlement exposé. Tous les ministres furent d'accord qu'ils n'avaient rien à reprendre au travail de Bartenstein, et même Kaunitz convint qu'il y retrouvait ses propres idées, quoiqu'elles eussent été un peu affaiblies par Bartenstein.

Alors seulement l'Impératrice prit une décision qui, à l'égard de l'alliance française et de la reprise de la Silésie, n'entrait pas dans les idées du comte Kaunitz; car Marie-Thérèse dit positivement qu'il fallait s'en tenir à la pluralité des opinions (I). Ainsi le plan offensif de Kaunitz fut mis de côté et l'extrait fait par Bartenstein accepté comme le programme positif de la politique autrichienne.

Les points principaux du système exposé par la pluralité des ministres étaient les suivants :

Il faut s'attacher à renforcer l'armée et à fortifier intérieurement la monarchie, car l'Autriche peut bien moins qu'auparavant compter sur le secours de ses alliés ; éviter toute complication et représenter à la Russie que c'est dans son propre intérêt que l'Autriche ne veut se prêter à aucune entreprise contre la Suède; les deux Puissances Maritimes et la Russie doivent être regardées comme les alliées naturelles et les traités conclus avec elles, en 1731, 1732 et 1741, consciencieusement observés; contribuer à l'accession de George II en sa qualité de roi d'Angleterre et d'électeur de Hanovre, et à la participation de la Saxe et du*Brunswick au traité austro-russe; éviter tous soupçons qui pourraient donner lieu de croire qu'il s'agissait de mesures offensives et non pas seulement défensives.

La même décision caractérisait exactement la position que l'Autriche devait observer vis-à-vis de la France : on ne devra assurément rien négliger à cet égard de ce qui pourra assurer la sûreté de l'Autriche et de l'Europe, mais il faudra aussi

(l)La résolution de l'Impératrice se trouve chez Béer (Bentinck, p. xxxiv), qui la regarde, avec raison, comme une preuve pour ce qu'il avait dit contre l'opinion d'Ameth.

essayer doter à la France l'idée que la Cour de Vienne songe à se venger. Il faudra convaincre la France des dispositions pacifiques de la Cour impériale et par là même l'empêcher de se mettre en accord plus intime avec la Prusse. II est sûr cependant qu'on ne tirera de la France aucun profit, si on ne lui accorde aucun avantage réciproque (1).

C'était donc la politique de Marie-Thérèse, de se garder contre de nouvelles attaques de Frédéric II en l'isolant autant que ce serait possible : les instructions que le comte Kaunitz reçut en septembre IT'iO. en se rendant à Paris comme ambassadeur impérial, furent rédigées en conformité parfaite avec l'extrait fait par Bartenstein (2).

Dès lors, sa mission avait un double but : convaincre la Cour de France des sentiments pacifiques de l'Impératrice ainsi que de son sincère désir d'entretenir avec la France des relations durables pour le maintien de la paix en Europe; nourrir et augmenter les soupçons contre la Prusse, pour amener la discorde entre cette puissance et la Cour de Versailles.

Tournons maintenant nos regards vers la France.

Là aussi, on désirait la paix, mais ce n'était pas la Prusse qu'on accusait de vouloir la troubler. Tandis qu'à Vienne on regardait l'Angleterre comme l'amie naturelle de l'Autriche, on la croyait à Versailles l'ennemie naturelle de la France. On regardait son alliance avec l'Autriche comme suspecte et on n'ajoutait pas foi au but qu'elle paraissait se proposer : « L'équilibre de pouvoir en Europe, disait-on, est le mot.de ralliement qui réunit dans un même concert de mesures, quoique par des motifs fort différents, les cours de Vienne et de Londres, les États généraux des Provinces-Unies et la plupart des princes d'Allemagne. Quoique cet équilibre soit, à dire vrai, une chose de pure opinion

(1) L'extrail se trouve chez Béer (Bentinck, p. 129-152).

(2) Elles sont datées du 18 septembre -1750 et contiennent, outre de nombreuses annexes, l'extrail de Bartenstein que Kaunitz avait expressément demandé. Nulle pari ne se trouve l'idée d'une politique agressive aussi peu que dans les dépêches adressées à Saint-Pétersbourg.

que chacun interprète suivant ses vues et ses intérêts particuliers, il a cependant toujours servi de prétexte et de mobile aux ligues qui, depuis près de quatre-vingts ans, se sont formées et renouvelées contre la France. L'Angleterre et la Hollande, qui se croient spécialement intéressées au maintien de cet équilibre de pouvoir, regardent la Cour de Vienne comme la seule puissance qui, aidée de leurs secours, soit en état de contre-balancer les forces de la maison de Bourbon (1). » On était persuadé que les puissances qu'on vient de nommer n'aspiraient au fond à rien d'autre qu'à leur agrandissement, et que l'Angleterre et la Hollande, à l'égard de la Cour de Vienne, tendaient « à ne rien négliger pour lui conserver au moins les Élats dont elle jouit et la couronne impériale, et peut-être pour la remettre un jour en possession de ce que les malheurs de la guerre lui ont fait perdre (2) ».En conséquence de cette supposition, on ne croyait pas aux assurances pacifiques des Cours de Vienne et de Saint- James.

Telle était l'opinion des personnages influents dans les régions gouvernementales, lorsque le marquis d'Hautefort fut nommé ambassadeur à Vienne. Louis XV borna à deux points principaux les ordres dont il lui confia l'exécution : l'un était « de faire connaître les véritables dispositions de S. M. par rapport aux affaires générales de l'Europe et ses sentiments particuliers pour Leurs Majestés Impériales » ; l'autre était « de se procurer les connaissances les plus exactes et les plus précises qu'il sera possible, des intentions et des vues politiques de la Cour de Vienne et de ses moyens sur tout ce qui concerne le repos public et ses intérêts personnels (3) ».

Hautefort avait aussi la tache de convaincre la Cour auprès de laquelle il était accrédité, des sentiments pacifiques de son souverain ; seulement, on croyait qu'il y parviendrait plus faci-

(1) Recueil des instructions, Autriche, p. 310. Instructions du marquis d'Hautefort.

(2) Instructions du marquis d'Hautefort, p. 311.

(3) Ibid., p. 313.

lemenl qu'on ne le pensait à Vienne (1). Louis XV désirait s'attacher plus étroitement à l'Autriche en chargeant Hautefort « de jeter dans ses conversations avec les ministres impériaux, lorsqu'il en trouvera des occasions naturelles, que le Roy n'est nullemenl affecté des anciennes défiances qui, depuis le régne de Charles-Quint, avaient l'ait regarder la maison d'Autriche comme une rivale dangereuse et implacable de la maison de France ; <ju<' l'inimitié entre ces deux principales puissances ne doit plus être une raison d'Etat, et que S. M. est au contraire très persuadée qu'elles trouveraient leur sûreté et leur convenu nre réciproques dans une alliance sincère et dans un parfait, concerl qu'elles cimenteraient entre elles (2) ».

Quant à la Silésie. on restait convaincu que l'Impératrice nourrissait la pensée de reconquérir cette province. Louis XV pensait qu'il était incompatible avec sa dignité et avec son intérêt de livrer Frédéric II à la vengeance de l'Autriche et de ses alliées. En son nom Hautefort devait déclarer « qu'il sera encore bien moins disposé dans la suite à laisser enlever cette province, après en avoir solennellement promis la garantie par l'article XXII du traité d'Aix-la-Chapelle, conjointement avec les autres puissances contractantes. Au reste, à l'exécution près de cet article, la Cour de Vienne peut être assurée que le Roy n'est entré avec la Cour de Berlin dans aucune liaison qui doive causer ni ombrage, ni soupçon à Leurs Majestés Impériales (3). »

Telle étail la position des deux puissances, l'Autriche et la France, vis-à-vis l'une et l'autre. Ici et là on s'appliquait à maintenir et à assurer la paix ; des deux côtés on désirait faire naître des relations amicales. Tout dépendait de l'influence prépondérante qui l'emporterait à la Cour de Versailles, des assurances de Kaunitz ou des insinuations de Frédéric II.

il» II ne devroil pas être difficile de persuader que le Roi désire sincèrement la conservation de la paix. » (Instructions du marquis d'Haute fort, p. '313. I) lbid.s p. 315.

(3) Ibid., p. 316.

Malheureusement ce furent les dernières qui prévalurent, et les espérances qui à Vienne se rattachaient à la mission du comte de Kaunitz ne se réalisèrent pas. Lui-même comprit qu'il avait échoué ; après un séjour de plus de six mois à Paris, l'alliance de la France avec la Prusse lui parut si indissoluble qu'il renonça à l'idée de la rompre. C'est pourquoi il s'en rapporta à l'Impératrice, lui représentant qu'il serait peut-être plus avantageux, dans ces circonstances, d'oublier entièrement la perte de la Silésie, d'en enlever au roi de Prusse tous les soucis, et de cette manière l'attirer, un jour, dans l'alliance de l'Autriche avec les Puissances Maritimes. Kaunitz motivait cette proposition d'une manière détaillée dans un rapport du 3 mai 1751, qu'il n'envoya à Vienne que le 14 juin (1). La résolution que fait Marie-Thérèse doit bien être considérée comme la preuve la plus convaincante qu'elle ne pensait pas, le moins du monde, à amener une guerre, mais qu'elle était tout aussi peu disposée à s'allier avec la Prusse. Elle fit comprendre à Kaunitz que mieux que personne il connaissait ses intentions ; qu'à la vérité elle n'avait aucune prédilection pour la France, mais cependant que rien ne lui coûterait autant que de s'unir avec le roi de Prusse, et de renoncer par là à tout espoir de regagner jamais la Silésie. « Certainement je ne la souhaite pas par vue d'ambition ou d'agrandissement — ce sont ses propres paroles — mais parce que je suis convaincue de plus en plus que le bien-être de ma maison en dépend et que cette perte est la source de tous les embarras qui sont et seront et dans l'Empire et dans le Nord ; que je ne me flatte à la vérité pas de la ravoir dans mes jours, que je souhaite la continuation de la paix plus qu'aucun, mais que je ne voudrais pas. en embrassant ce système, barrer le chemin à mes successeurs à y parvenir (2). »

Plus tard, Kaunitz déclara même qu'il n'avait jamais pensé et ne penserait jamais à une alliance réelle de l'Autriche avec la

(1) Le brouillon de ce rapport, joint à un volumineux mémoire, est déjà daté du 12 avril. (Arneth, t. IV. p. 543, note 415.)

(2) Koch à Kaunitz, 14 novembre 1751.

Prusse il). On voit combien il avait peine à se former une opinion fixe sur le système politique que l'Autriche devail suivre.

Toutefois il continua à s'efforcer d'agir dans le sens des instructions qu'il avait reçues. Elles n'aboutirent cependant au succès que sur un point : se mettre sur un bon pied avec le Roi et ses ministres, ainsi qu'avec la marquise de Pompadour. Il put ne rien atteindre de plus. « Je suis — écrivait-il à Vienne le 12 février \T.V2 — trop heureux d'avoir fait en sorte que l'on ne nous hait pas (2). »

De même que Kaunitz à Paris, Hautefort s'efforçait à Vienne de persuader le ministère français que l'Impératrice ne songeait pas à troubler la tranquillité de l'Europe. Il regrettait que la Fiance et l'Autriche se défiassent l'une et l'autre, et il exprimait l'espérance que Kaunitz pourrait changer ces dispositions (3). « Si l'on me trompe — écrivait-il à Puisicux — il faut avouer que jamais tromperie n'a été cachée sous plus d'apparence de vérité, sans que je puisse, quelque réflexion que j'y fasse, en deviner ni le motif ni la nécessité (4). »

Néanmoins on ne pouvait ôter au gouvernement français l'idée que l'Autriche n'était pas de bonne foi^ et qu'en coalition avec la Russie, elle ne voulait attaquer la Prusse.

On rappelait au marquis d'Hautefort qu'un jour Marie-Thérèse lui avait dit. par rapport à la Silésie, les paroles suivantes : « Je ne dis pas que je ne la regrette. Je ne dis pas que, si la suite des temps ameneroit des circonstances favorables, je ne pensasse peut-être à la ravoir. Mais je vous répète, je n'y pense pas dans le moment présent (5) ».

Ces mots, que l'Impératrice n'avait jamais articulés (0), pas-

il) Arneth, t IV. |, 334. Kaunitz à koch, 5 décembre 1751.

(2) Page 167 de cet ouvrage.

(3) Koch à Kaunitz, 14 novembre 1751.

i ii Broglie, L'alliance autrichienne, p. 35.

(5) Huschberg-Wuttke, Die Drei Kriegsjahre 1756, 1757,175s. in Deutschland, page xi.vi.

(6) Koch a Kaunitz, Vienne, le 20 février 1751, page 82.

saient pour la preuve la plus frappante de son ressentiment (1). Le 14 octobre 1752, Kaimitz fut rappelé de Paris, pour être placé, comme successeur du comte d'Ulfeld, à la tète de la chancellerie de la Cour et de l'État, charge que Marie-Thérèse lui avait destinée depuis longtemps. Elle fit connaître au marquis d'Hautefort le rappel du comte Kaunitz et lui dit ensuite avec un mouvement de vivacité, et après avoir gardé un moment le silence, les paroles suivantes : « Je veux tacher de m'arranger avec tous mes voisins, je ne demande que paix et tranquillité. Vous serez en état de rendre compte au Roy votre maître de la pureté de mes intentions. L'Empereur et moi vous avons toujours parlé vrai. Nous vous avons regardé comme un honnête homme et nous nous sommes plus ouverts avec vous que nous n'aurions fait avec tout autre. Je ne suis rien moins que fausse, je n'ai pas même d'ambition, quoique j'aie une grande famille. Je sais tout ce que peut coûter une guerre; j'envisage avec horreur tous les maux qu'elle entraîne, je n'ignore pas qu'on sait quand on la commence, mais non quand on la finit. Le succès est toujours douteux, et quand même il serait favorable, on achète souvent beaucoup trop cher ce qu'il nous procure (2). »

Vraiment les paroles que Marie-Thérèse adressa au représentant de la France, qui partait, ne pouvaient être plus énergiques, ni plus propres à l'aire comprendre à Louis XV et à ses ministres qu'elle était en effet sans perfidie et qu'elle ne demandait uniquement qu'à vivre en paix avec ses voisins.

Non seulement les dépêches officielles, mais aussi la correspondance secrète que le baron de Koch entretenait avec le comte de Kaunitz, prouvent la sincérité des paroles de Marie-Thérèse (3) .

(J) V. note G7. page 335.

(2) Ilautefort à Saint-Contest. Vienne, le 13 octobre 1752. (Koch à Kaunitz. 21 octobre 1752.)

(3) L'illustre bistorien de Marie-Thérèse, Alfred d'Arneth, n'avait counaissance et ne pouvait se servir que des lettres de Kaunitz à Koch. Malheureusement, il chercha en vain les lettres de ce dernier. Lorsqu'elles furent retrouvées, il exprima l'intention de les publier, aussitôt qu'il aurait achevé son livre sur le ministre Wessenberg. Mais la mort, qui le surprit, l'empêcha d'exécuter son projet. En prenant possession de l'héritage du défunt, nous

Si. à la Cour de Vienne, on avait sérieusement pensé à une alliance offensive contre la Prusse, on aurait dû en trouver une allusion quelconque dans ces lettres intimes qui étaient restées secrètes pour chacun.

Koch était, à vrai dire, l'homme de confiance de l'Impératrice, qui aussitôt après son avènement l'avait nommé son secrétaire intime. Dans un mémoire qu'elle rédigea en 1751, elle insiste avec doge sur ses mérites. Rien n'égalait sa discrétion, ce sont ses propres paroles. Elle le compte, à côté de Bartenstein, de Haugwitz et de Tarouca, parmi les hommes qui l'ont fidèlement assistée dans des circonstances difficiles, pendant les premières années de son règne (1). Koch écrivait, au nom de l'Impératrice, à Kaunitz, et les lettres particulièrement importantes n'étaient pas expédiées a Paris, avant que Marie-Thérèse les eût lues. Le fait est prouvé par des corrections et des intercalations, dans lesquelles nous reconnaissons la main de l'Impératrice. De plus, aucune affaire d'importance ne devait être entreprise avant que le comte Kaunitz eût donné son avis. ('/est à son jugement que l'on attachait le plus de prix, tandis que le comte d'Ulfeld était, de plus en plus, remis au second plan. Ainsi, bien qu'il ne fût pas encore investi des attributions de chancelier d'Etat, Kaunitz les exerçait déjà comme ambassadeur. Car l'amitié personnelle que Marie-Thérèse avait pour son favori étail aussi grande que son estime pour ses talents d'homme d'État. Par un coup d'oeil très juste — ce fut une de ses plus grandes vertus de souveraine — elle reconnut sa valeur et comprit que par son importance il étail au-dessus de tous les autres ministres. Aussi, depuis son départ pour Paris, avait-elle perdu tout goût d'assister elle-même aux conférences. Dans plusieurs des lettres de Koch à Kaunitz, il exprime le désir de voir

avons conservé dans l'édition de cette correspondance toutes les particularités de la manière d'écrire de Koch et de Kaunitz. Ou ne s'étonnera donc pas de trouver par exemple dans une lettre le même nom propre écrit différemment.

(h Akm.tii. Zwei Denkschriften <h<r Kaiser in Maria Theresia. {Archiv, XLVJI. 307 if.) Allgemeine Deutsche Biographie, t. XVI, p. :tSi-;i8G.

l'Impératrice participer de nouveau aux délibérations de ses ministres. De plus, cette correspondance montre comme on était bien renseigné à Vienne sur les dispositions dominantes de l'étranger ; car les nombreuses pièces ajoutées étaient, pour la plupart, des lettres interceptées. On savait souvent, le même jour, les informations que l'un ou l'autre ambassadeur avait envoyées chez lui (1).

Du fait que cette correspondance ait été tenue cachée à Ulfeld, il ne faudrait pas conclure qu'il eût fini de jouer son rôle de chancelier. Car même on cacha à Kaunitz, lorsqu'il eut repris la direction des affaires, sur l'ordre de l'Impératrice, la correspondance que Koch avait entretenue, de 1733 à 1755, avec le comte Cristiani. grand chancelier de Milan (2).

Tels écrits permettent plus facilement de jeter un profond coup d'œil dans le mouvement politique que des dépêches officielles, qui sont souvent surpassées en importance par les échanges d'idées des différents ministres et ambassadeurs entre eux.

(1) Le duc de Broglie a déjà trouvé cette circonstance très remarquable (V. L'alliance autrichienne , p. 60. note 1.)

(2) Les archives de la Cour et de l'État à Vienne conservent cette correspondance.

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