‹ Correspondance secrete entre le comte A.W. Kaunitz-Rietberg, ambassadeur imperial a Paris et le baron Ignaz de Koch, secretaire de l'Imperatrice Marie Therese, 1750-1752Chapitre 3 sur 7 · LE BARON ICNAZ DE KOCH · texte numérisé non relu

LE BARON ICNAZ DE KOCH

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 21 février 1750.

J'ai eu l'honneur de voire S. M. l'Impératrice et j'avois déjà son

ordre pour aller dire à M. Blondel tout ce qui me paroitroit pouvoir

faire consentir sa cour à ce que nous désirons dans notre cérémoniel,

lorsqu'il survint S. M. l'Empereur qui m'ordonna de le suivre dans

sa chambre; autant que l'espace de quelques minutes qu'il m'a donné

a pu me le permettre, je lui ai exposé mes très humbles idées, il a

bien voulu les approuver et m'a témoigné décidé (sic) à faire parler

au dit Blondel de la façon que je le lui avois proposé, mais comme il

ne me convenoit pas de lui suggérer, que je pourrois, s'il le vouloit,

aller faire cet office tout de suite, parce qu'il importe que Blondel

puisse adoucir encore aujourd'hui ce qu'il étoit certain que sans faute

on trouveroit mauvais en France, l'Empereur m'a quitté sans rien

conclure. Je n'ai point pu parler après à S. M. l'Impératrice, et ainsi

je me suis trouvé un instant dans l'embarras vis-à-vis de moi-même;

mais à la fin j'ai crû devoir prendre sur moi d'aller tout de suite,

malgré cela, parler à Blondel, comme j'en étois convenu avec S. M.

l'Impératrice, par la considération, qu'aussi bien cela devoit se faire,

l'Empereur y ayant déjà consenti, et que si cela ne se faisoit point

par la poste de ce soir, notre raisonnement, quelque persuasif et aimable qu'il peut être, ne feroit plus le même effet, s'il rencontroit les esprits déjà prévenus en France: ce qui devoit arriver si nous ne mettions pas Blondel dans le cas de le faire valoir déz aujourd'hui vis-à-vis de tout ce que son devoir ne lui permet pas de cacher à sa Cour par les dépèches qu'il compte faire partir par cet ordinaire et que j'ai vues. Moyenant tout cela il est apparent que dans ses lettres de ce soir il y aura des choses qu'il conviendra que personne nevoye que S. M. l'Impératrice, et c'est pour cela, Monsieur, que j'ai crû devoir vous informer au plutôt de toutes ces particularités. Blondel a été charmé de ce que je lui ai dit, et dans son transport il s'est écrié que c'étoit comme cela que l'on faisoit réussir les affaires les plus difficiles par elles-mêmes. Je lui ai fait observer qu'il devoit retrouver encore dans cette affaire les meilleures qualités de l'Impératrice, il en est convenu volontiers et a conclu en me disant qu'il ne lui reste à désirer que de pouvoir rendre bien ce que je lui avois dit. Je vous prie Monsieur d'informer de tout ce détail S. M. l'Impératrice pour sa direction et j'ai l'honneur, etc.

Pardon du griffonnage.

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 22 février 1750.

Je vous fais mes remerciments, Mr, pour la communication que vous avez bien voulu me faire. La seconde lettre de Blondel ne doit assurément être vue que de S. M. l'Impératrice, comme vous le pensez très-sagement. Cet honnête homme, selon sa coutume, a altéré plusieurs de mes propos, et il a ajouté des choses de son crû, mais l'essentiel du raisonnement y est cependant. Il pense que le pas que j'ai fait hier vis-à-vis de lui, étoit le seul moyen de faire réussir ce que désirent LL. MM. S'il y en a un, et il n'y a qu'à voire la lettre A. pour sentir combien il étoit pressant et nécessaire. Touts ceux qui voiront (sic) cette pièce A. auront une belle peur et croiront, comme de raison, l'affaire manquée en tout ou en partie, mais le remède ayant été appliqué, il n'y a pas de mal à les laisser un peu dans l'inquiétude, et par conséquent qu'il (sic) ne faut plus rien faire quant à présent, cela peut servir de leçon pour l'avenir. Il ne me reste

qu'à vous prier de faire copier pour moi et de m'envoyer toute cette expédition, elle épuise cette matière, sur laquelle il est bon que je sache les moindres particularités pour ma direction. Il faudra prendre garde, quand les réponses viendront, qu'elles ne passent pas dans d'autres mains que vous ne les ayez vues (1).

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 10 mars 1750.

J'ai l'honneur de vous renvoyer cy-joint, Mr, les pièces que S. M. a bien voulu permettre que je vis. Je me servirai de ces connoissances comme de tout ce que mon imagination pourra jamais me fournir constamment pour son meilleur service. Nous avons été assemblés hier en conférence par rapport aux expéditions projettées sur l'affaire d'Aquileja(2), sur lesquelles il y avoit contestation, comme sans doute vous aurez scû d'ailleurs. Il m'a réussi d'accorder les opinions, et toutsmes collègues, Mr le Chancellier et Mr de Bartenstein même ont enfin adoptés absolument la mienne que j'avois mis par écrit en termes convenables. J'ai exposé aussi dans toutes ses faces le cas, dans lequel nous allions de nous trouver vis-à-vis des insinuations que fesoient incessament sur les affaires du Nord Mrg de Blondel et de Barck; on a bien voulu sentir sur mon exposé la délicatesse des réponses à faire, et Bartenstein a adopté la substance et teneur de celles que j'ai proposées, tant générales que particulières. Si dans l'une et l'autre de ces deux affaires, les expéditions sont conformes à ce qui a été conclu, je crois que S. M. les trouvera bien, ou moins je le souhaite. Si vous le jugez à propos, vous pourriez l'informer de ces circonstances. En attendant, je vous prie, etc.

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 18 avril 1750.

Je me suis bien douté, Mr, de tout ce que je vois à présent dans cette correspondance, qui est assurément capable de faire beaucoup

de mal en France dans le moment présent, où les soupçons et les méfiances sont sans cela à un degré eminent. J'en suis d'autant plus aisé d'avoir eu occasion de m'expliquer hier avec Mr de Barck comme je l'ai fait. Je souhaite que cela puisse avoir fait impression. Vous le voirez par ses premières dépêches.

C'est une vraie trouvaille, si vous avez déterré l'autre canal, par lequel écrit Podevils. Je n'ai jamais pu me persuader que cet homme n'écrive que ce que nous avons vus jusqu'icy. Vous vous souviendrez sans doute, Mr, que je vous ai parlé de mes soupçons là-dessus il y a quelques mois.

Kaunitz à Korh.

Vienne, le 19 avril 1750.

Vous pensez très-prudemment à notre ordinaire. Mr, sur les passages qui me regardent dans la pièce du 28. Mars et 11. Avril. Je crois qu'il vaudra mieux les retrancher pour citer autant que possible tout sujet de soupçons et de jalousie. C'est un mauvais meuble que ce Mr de Podvils, il y a mauvaise volonté manifeste dans son fait; car on voit qu'il écrit maintes faussetés, qu'il n'ignore pas être telles, uniquement parce qu'il croit que cela est agréable à son Maître. Je ne vous en dirai pas d'avantage, car je suis obligé de me rendre tout à l'heure à Schonbrunn pour choses du service de S. M.

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 21 avril 1750.

J'ai été forl fâché, Mr. d'apprendre, lorsque je suis rentré chez moi, que vous aviez pris la peine de passer à ma porte pendant que j'étois dehors, pour essayer, si un mal de tète, qui me tient depuis deux jours, se trouveroit bien d'un peu d'air. J'ai l'honneur de vous renvoyer cy-joints les papiers que S. M. a daigné me faire communiquer, et auxquels vous avez bien voulu ajouter les trois lettres de Mr de

Barck du 13 et 18 courrant. Il est certain, comme vous i'observez fort bien, que ce Ministre Suédois empoissonne nos actions les plus simples, mais il n'y a dans cela rien qui m'étonne, déz que je suppose dans son fait, ce qui existe réellement, c'est a dire prévention et un peu d'humeur, fruit des petites tracasseries qu'il a eues en dernier lieu avec Mr le Chancellier; d'ailleurs il est Suédois, tètes chaudes et soupçonneuses ordinairement; il est dans la méfiance et tout lui paroit noire moyennant cela. Il faudra attendre du tems et de nos actions ce qui seroit inutile d'espérer de la Rhétorique la plus parfaite dans le moment présent vis-à-vis d'un homme qui est dans le fort de sa prévention.

Pour ce qui est du Référât et des dépêches, qui en résultent, je vous prie, Mr, d'informer S. M. que c'est tout ce que j'ai pu faire dans la conférence de hier, de faire mitiger le passage corrigé de la main de Mr de B. n'ayant point crû devoir hazarder plusieurs autres reflexions, dont la matière étoit susceptible pour ne point aigrir ceux qui regardent comme hérétiques les personnes, qui osent attaquer leur infaillibilité. C'est aussi pour cette raison et en partie parce qu'il y a quelque chose d'aprochant pag. 14 et 15 des vorweisslichen Rescripts, et que c'est une considération que l'on a fait valoir dans des dépêches précédentes, que je n'ai point insisté sur celle que vous proposes très judicieusement dans votre billet, ce que l'on pouroit faire cependant encore, ce seroit, que S. M. chargeât le Comte d'Ulfeld de la faire entrer dans sa lettre particulière à M. de Bernes (3).

Il me reste une seule chose à vous faire observer encore et c'est, que je voudrois savoir, comment vous accordez avec la prétendue différence d'opinions de mes collègues, leurs approbations absolues des vorweisslichen Rcscripts, dont moi-même NB j'ai été obligé de demander la mitigation que vous y voyez de la main de Bartenstein, comme excédant de beaucoup mon idée, à laquelle dans la conférence précédente on avoit eu difficulté d'accéder. J'ai l'honeur...

Kaunitz à Kovh.

Vienne, le 25 avril 1750.

Je commence ce billet, M\ en vérité, sans savoir comment je m'y prendrai pour vous dire ce que je pense. Je suis véritablement en peine, car il n'est presque pas possible de pouvoir renfermer dans peu

(le lignes tout ce qu'il y a à dire, sur un écrit assez volumineux conçu dans une idée, qui n'est pas la bonne, selon moi. Toutes ces communications abondantes de papiers et surtout d'interceptés ne produisent que des confusions et des tracasseries, nous en avons déjà tant essuyé, nous en essuyons touts les jours, et nous en essuyerons toujours à l'avenir s on ne change poin Ide méthode, qu'il seroit plus que tems de se corriger. Pour ce qui est de la déclaration Danoise, il seroit à souhaiter que la Porte l'ignorât totalement, car elle met la Russie manifestement dans son tort, et par conséquent dans le doute, si elle en est informée; il n'est ni prudent ni raisonable d'ordonner positivement à Penckler, de la communiquer, et on devroit au contraire lui ordonner positivement de ne point la porter à la connoissance de la Porte, à moins qu'il ne sache qu'elle en est déjà informée (4). L'idée de faire relever particulièrement le passage sousligné en langue franchise n'est pas raisonnable, parceque en le saisissant si avidement et en appuyant si fort là-dessus, cela peut être cause, qu'en France, lorsque cela y reviendra, on s'en dédira ou l'affoiblira par quelque explication, pendant que l'on ne courriroit pas ce risque, si on l'inseroit tout uniment dans l'extrait sans en faire une affaire à part. Fol. 16, p. 1, vous trouverez un « warscheinlich » qui ne l'est guères, mais que l'on donne pour tel, pour avoir occasion d'ordonner la communication de la lettre du Comte Tessin à Barck. Il y auroit beaucoup d'autres remarques à faire, mais je me bornerai à celles-cy pour donner moins d'embarras à S. M. Je ferai très-volontiers ce que S. M. désire sur les affaires de la Barrière, mais il faut qu'elle aye la bonté de me laisser un peu de tems. M" les Hollandois travaillent et pensent depuis le mois de Décembre au mémoire qu'ils viennent de nous remettre; je ne demande ni quatre mois ni quatre semaines, mais seulement le tems, qu'il me faudra indispensablement pour l'ouvrage que je compte mettre aux pieds de S. M.

Pour ce qui est de Mr le Comte de Sternberg, je pense, que l'on peut, si on le veut absolument, informer dès à-présent ce Ministre de la découverte que nous avons faite, de ce qui se trame pour le Pce de Conti, afin qu'il puisse aussi de son coté éclairer les démarches de Mr Desissard, quoique Kayserling ne manquera pas de le faire, s'il a des ordres de sa Cour, mais je crois en même tems, que Mr de Sternberg ne peut point être chargé d'en parler à Kayserling, avant qu'on ne sache icy, que sa Cour l'a chargé de quelque chose à cet égard, et alors., quand on saura qu'il at eu des ordres là dessus et quels ils sont, on pourra donner à Mr de Sternberg les ordres que l'on jugera convenables.

Vienne, le 12 may 1750.

M. le duc de Modène a donné son accession au traité d'Aix-la- Chapelle le 23 d'Octobre 1748. Que dites-vous, mon cher Mr le Baron de Koch, de ce nouveau trait unique de notre adorable Impératrice, quelle grandeur d'àme, qu'il est beau de savoir penser aussi grandement; pour moi j'en suis pénétré et je sens beaucoup plus déplaisir dans ce que l'Impératrice va faire pour M. le Duc de Modène (5), que je n'en aurois, je crois, si sa bonté la portoit à en faire beaucoup plus pour moi; car cette petite chose vat la faire connoitre pour ce qu'elle est, comme je la connois, et comme je désirerois que toute la terre pût la connoitre. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Kaunitz à Koch,

Vienne, le 12 may 1750.

J'ai été occupé, Mr, ce matin, de la lecture de plusieurs pièces, qui sont dans la circulation sur les différends pour le Vicariat d'Aquileja, qui ne font qu'empirer de jours en jours, comme la plupart de toutes nos affaires, par la façon dont souvent on les conduit. Il se trouve entre autres parmi ces papiers un projet de décret à délivrer à l'Ambassadeur de Venise, qui ne peut pas aller, selon moi, et au moyen duquel non seulement on ne fera que reculer, mais qui pourroit même avoir de mauvaises suites. Cette affaire, en un mot, devient sérieuse, et je pense que vous feriez bien d'avertir S. M., qu'il me paroit nécessaire qu'Elle se fasse donner toutes ces pièces, qui ont circules, et qu'ensuite samedi ou lundi prochain, Elle fasse tenir sur celtes matières une conférence en sa présence. Je m'en remet neantmoins.

Kaunitz à Kovh.

Vienne, le 14 may 1750.

Je n'ai point pu répondre hier. Mr, au billet que vous aviez pris la peine de m'écrire, parce qu'il a fallu aller à Schunbrunn, et que je comptais avoir l'honneur de Vous y voir, et comme il faut que je me rende tout à l'heure en conférence, où j'apprend que l'on traitera entre autres l'affaire d'Aquileja, j'aurai l'honneur de vous dire seulement en peu de mots, que je pense, qu'au lieu de vous presser de rendre réponse à Mr de Bentinck, il vaudrait mieux de tâcher de l'éviter, et que vous exposiez à S. M., que ce qui importe, pour plus dune raison, c'est que l'on se presse, autant que faire se pourra, de remettre les réponses que l'on jugera à propos de faire tant au dit Mr de Bentinck qu'aux deux Ministres des PP. MM., et qu'avant cela il ne peut être d'aucune utilité que je parle avec M. de Bentinck, ains au contraire. J'ignore si vous avez connoissance de l'ouvrage, que j'ai eu l'honneur de faire remettre à S. M., et j'ignore de même, si S. M. a daigné l'examiner, mais je crois qu'il seroit de son service, qu'Elle daignât l'honorer de son attention; la matière est assez grave et je dois désirer, quant à mon personel, qu'il puisse ne rester, au moins, aucun doute sur la droiture de mes intentions et sur la valeur de mon raisonnement, ce qui pourra arriver, j'espère, par la lecture de l'ouvrage.

J'ouhliois de vous dire, que je n'ai rien dit à M. de Bentinck. qui m'a dit en présent hier à Schonbrunn, et en badinant, qu'il m'avoit joué un mauvois tour.

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 17 may 1750.

Vous retrouverez cy-joints, Mr, les papiers que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer au soir à 9 heures. Vous ne me dites point dans

votre billet, si S. M. ne me les fait envoyer que pro notitia, ou si son intention est de savoir avant 9 heures de ce matin mon très humble avis à cet égard. Si cela étoit. je fais réflexion, qu'en vous les renvoyant sans m' expliquer là-dessus, cela pourroit embarasser; moyennant quoi in dubio, je crois, à tout hazard, devoir vous dire, Mr, que je pense (en conformité de mon sentiment rapporté dans le Référât à fol. 7 a. in fine, usqne fol. 9 a. in principio, auquel il seroit inutile d'ajouter quelque chose, parcequ'il parle de lui-même, quoiqu'il soit rassemblé en peu de mots et avec l'omission de plusieurs autres arguments) que S. M. pouroit décréter le Référât de la manière suivante, ou à peu près : « Die Antwort an Tron Nr 3 kann hinausgegeben werden, jedoch mit Auslassung der unterstrichenen Stelle pag. la und ailes dessen,was averbis « Quœ. cum ita sint, usque ad verba : ob ea quœ in Aquilezensi causa, etc. sich enclaviert befmdet. Dem zufolge sind die ùbrige Expeditionen einzurichten. Das Postcriptum aber an Migazzi sub iN0 4 kann, als zu meinem Vergnùgen sehr wohl verfasset so wie es liegt und ohne das Geringste daran zu verândern, abgehen (6). »

Je n'en dirai pas d'avantage pour que ce paquet puisse vous parvenir avant 9 heures, mais je vous avoue, que je voudrois fort, que vous eussiez le tems de lire seulement le Référât; vous verriez, comme on bat la campagne depuis le commencement jusqu'à mon votum, auquel n'a aucun rapport tout le raisonnement qui le précède.

Kaunitz à Kocli.

Vienne, 19 may 1750.

Wann Ihro Kaiserliche Maiestat ihre allerhuchste Entschliessung einmal ertheilet haben, so sollte sich ein Diener nicht unterfangen dargegen seine Privatmeinung noch behaupten zu wollen. Noch unanstàndiger aber ist es, wenn solches durch leere und unschlùssige Generalia geschiehet, welcbe, gleichwie sie von niemandem jemals widersprochen werden, in der Application grundfalsch sein, so leichtlich zu demonstrieren wâre, falls vor dienlich befunden werden sollte, ûber dièse Angelegenheiten eine nochmalige Gonferenz zu veranlassen. Sollte dièse in Ihro Maiestat allerhôchster Ge.cenwart

gehalten werden, so wùrde der Délibération mit Freuden beiwohnen, widrigenfalls aber wollte zu Vermeidung ailes vergeblichen Wortwechsels bei derselben nicht zu erscheinen mir allerunterthanigst ausgebeten baben. Sonsten wiire meines wenigen Ermessens der Kaiserin Maiestât allerhochste Willensmeinung dem Grafen von Ulfeld dahin zu erlaûtern, dass das kleinere Rescript an Grafen Migazzi, so die dermalige Gesinnung des spanischen Hofs betrifft, ohne einzige Ab.ïnderung zu expedieren und das grôssere nur insoweit zu iindern, als es die ausgelassenen Stellen des Decreti erfordern, ailes ubrige aber in demselben beizubehalten, und wird sich zeigen, dass die Abiinderungen in diesem letzterem Rescript bei allem dem (iescbrei sich auf ein sehr weniges reducieren werden (7).

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 24 may d750

S. M. a bien voulu m'envoyer les pièces que vous trouverez cyjointes; ayez la bonté, Mr, de les Lui faire parvenir. Toute cette affaire est fort embarassante. Je sent que S. M. doit être dans l'embarras à cet égard, et que ses Ministres le seront également; il n'y a cependant, à mon avis, autre chose à faire dans le moment présent, que de tâcher de se mettre au plutôt en état de donner à M' Blondel la réponse cathégorique qu'il demande au nom de sa Cour. Pour que cela se puisse, il faudroit que S. M. ordonnât à M. le Chancellier la circulation du mémoire que Blondel a remis aujourd'hui auComtedeColleredo(§), et qu'il compte remettre demain àMr d'Ulfeld, qui est absent, dez qu'il aura eu l'honneur de lui en rendre compte, qu'EUe y ajoutât les pièces cy-jointes, et qu'Elle fit connoitre au dit Comte d'Ulfeld, qu'après que tout cela aura fait le tour entre les Ministres, son intention est de tenir hà-dessus une conférence en sa présence. Vous ferez de ceci l'usage, Mr, que vous jugerez à propos.

K a unit: à Koch.

(Vienne) le 17 juin 1751*.

La conférence de ce matin m'a empêché, Mr, de répondre tout de suite au billet, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et de vous renvoyer les deux pièces, que vous trouverez cy-jointes, dont je vous fais mes remerciments. Leur suppression est de la sagesse ordinaire de S. M., et les réflexions, que vous faites sur la dépêche de MrTron (9) en particulier, très judicieuses ; il est certain que cette nouvelle ne peut qu'allarmer beaucoup les Vénitiens, et que le Roy de Prusse, qui l'a peutêtre même inventée, ne manquera pas de mettre la puce à l'oreille là dessus à la France. Il seroit fâcheux que cela fit le mauvais effet que l'on peut appréhender, quand même cela seroit vrai, et il le seroit naturellement beaucoup d'avantage, la chose étant comme elle l'est, entièrement controuvée. Je pense par conséquent, qu'il seroit très désirable, que l'on put trouver le moyen de détromper Mr Tron par le canal de quelqu'un de ses amis icy, et que l'on prévint sur la fausseté de la chose le Sr Mareschal à Paris, pour le cas qu'on lui en parlât dans ce pays-là. J'entend cependant, que l'un et l'autre devroit se faire sans affectation, et il seroit d'autant plus utile que Mr Tron fût détrompé, que cela le mettroit en garde contre le frippon qui lui a donné cette nouvelle, et qui pourroit lui en donner d'autres dans ce gout-là par la suite. Je ne m'aperçois pas, que la nouvelle de la déposition du Sultan soit connue icy de qui que ce soit, ne se seroit-elle peutêtre pas confirmée? N'oubliez pas, je vous prie. Mr, de me faire avoir les deux exemplaires d'estampes du livre d'exercises. Je voudrais aussi une liste de touts les campements que nous faisons cette année, avec à chacun, le lieu, le tems et le nombre de régiments, qui le composent. Je vous prie aussi de me faire avoir une liste complette de touts les conseillers intimes d'état de LL. MM. avec leur rang actuel. Voilà bien des importunités ; je vous prie de les excuser.

Kaunitz à Koch.

Vienne, le 10 juillet 1750.

J'apprend, Mr, qu'il est arrivé un courrier d'Hannovre avec des dépêches relatives à ce qui a fait l'objet de la dernière conférence, dont le Référai est entre les mains de S. M. Je ne les ai point vues. mais selon ce qu'on m'en a dit en général, je ne sais pas, si ce qui a été résolu m dernier lieu, ne sera pas peutètre dans le cas de devoir être changé et accommodé à l'état du moment présent; il faut prendre garde de ne point commettre de fautes, elles ne pourroient être que sérieuses dans ces circonstances, et ainsi je crois, qu'il seroit bon de ne pas délivrer à Mr Keitb le mémoire joint au dernier Référât, avant qu'on n'aye examiné les dépêches qui viennent d'arriver. Si S. M. jugoit à propos de me faire envoyer ce Référât avec ses Reylagen et les dernières dépêches en question, je pourrois examiner tout cela et lui aller rendre compte ensuite de ce que je croirai être de son service. J'ai crû, Mr, devoir vous dire ma pensée, vous en ferez ce que vous voudrez. Tout ce que vous ferez, sera bien fait.

Kaunitz à Koch.

(Vienne) le 2 août 1750.

Il seroit impossible, Mr, que ce paquet pût parvenir à S. M. à l'heure marquée. Si j'entreprenois de répondre aux opinions, qui diffèrent de la mienne en tout ou en partie, je voudrois y avoir trouvé choses capables de me persuader, mais j'avoue ingenuement, que je n'y trouve rien, qui puisse tenir en façon quelconque, et ainsi quelque seroit le plaisir que j'aurois de pouvoir obliger Mr le Yiceehancellier et Mr son frère, je ne puis trahir ma façon de penser, et ne peut pas m'empêcher de rester de mon avis. J'ajouterai seulement une seule réflexion : Selon Mr le Yiceehancellier et Mr de Bartenstein lui même. l'Empereur, pour avoir ordonné à Mr de

Colloredo de faire la première visite à Mr de la Chetardie, n'a point fait pour cela le Regulativum, que l'on vouloit éviter. Je demande, cela étant, pourquoi l'Empereur ne pouroit pas lui ordonner tout de même de faire pareille première visite au Nonce, à l'Ambassadeur d'Espagne et à l'Ambassadeur de Naples, sans que l'ordre pour ces et autres cas particuliers fassent plus Regulativum, que ne le fait celui, qui lui a été donné par rapport à Mr de la Cbetardie. Si le premier raisonnement est vrai, celui-ci doit l'être également, et moyennant cela, comme il s'ensuit, que je crois, que Mr de Colloredo devroit faire une visite pareille à ceux, qu'il aura fait à l'Ambassadeur de France, aux trois autres Ambassadeurs, s'ils la demandent, et que peutètre il vaudrait même mieux, qu'il la leur fit le même jour, sans attendre, qu'ils la lui demandent. Il est tout simple, que je ne peux pas être d'avis, qu'il doive prendre le caractère d'Ambassadeur, et je pense ainsi, sans que pour cela je crois pouvoir être soupçonné du sentiment ridicule de disputer à l'Empereur la liberté d'attribuer à ses ministres tel caractère qu'il lui plait; jamais le sens commun pourra permettre à quelqu'un de révoquer en doute le plein droit de S. M. à cet égard, mais la question est de savoir, s'il est actuellement consilii de le mettre en œuvre.

Kaunitz à Kocli.

(Vienne) le 20 septembre 1750.

Je vous écris ce billet à la hâte, mon très cher Baron, pour vous prier de ne point vous donner la peine de venir chez moi ce matin et pour vous avertir, que je ne pourai pas non plus me rendre chez vous, parce qu'on vient d'annoncer conférence. J'ignore le sujet, mais je suppose que ce devoit être pour nous communiquer la résolution de S. M. sur le Protocol de la dernière conférence d'Aquileja, et les expéditions qui en résultent. S. M. a daigné me l'envoyer, et je ne tarderai pas à vous renvoyer tout le paquet dans une heure. S'il est possible pour le faire remettre incessamment à l'Impératrice, trèsirrégulièrement, on a fait remettre à S. M., comme il arrive fort-souvent, ces expéditions et le Référât, qui les accompagnent, notabene sans les avoir fait passer parla circulation à la censure des Ministres, auxquels il importe tout autant, de voire, si les expéditions qui

résultent du Conclusum de la conférence, sont exactes et conformes à l'esprit du Conclusum, qu'il importoit qu'ils ayent étés assemblés pour le faire. Mais je conais cette belle métbode, wann man eine kaiserliche Résolution erschleichen uill — que cela reste entre nous; cependant, je vous prie, à moins que vous ne jugiez à propos de le faire savoir à S. M. vous pourriez. Mr, prévenir S. M., que les expéditions pour autant que j'ai pu les voire à la hâte, me paroissent tournées de façon, que je serai obligé de déplaire aujourd'hui en conférence, mais comme cela ne me fait rien, pourvu que le service de LL. MM. se fasse, je déplairai sans balancer, si je ne puis pas faire autrement. Lorsque je renverrai le Référât et les pièces qui l'accompagnent, mon avis très-humble est, que S. M. l'envoyé incessament à Mr d'Ulfeld, en lui marquant par un billet, qu'Elle veut que les expéditions soient examinées en conférence, et qu'Elle donnera sa résolution après qu'on l'aura informée comment ses Ministres les auront trouvées.

Kuuuit: à Koclt.

S. d. (avant le 25 sept, ou 25 déc.) 1750.

Mr de Montecuculi m'a dit hier au soir, que s'il pouvoit dépêcher la lettre de S. M. pour les Princesses(lO) vendredi prochain25., qui est son jour d'ordinaire pour Modène, la réponse seroit icy avant sont départ, moyennant cela, et comme il me semble, qu'il seroit bon que cette affaire fût consommée plutôt que plus tard, il faudroit voire, si vous croyez, que S. 31. voudroit faire payer icy par un canal secret la valeur des 5000 zecchini à Mr Montecuculi avant vendredi, et je crois que cela vaudrait mieux, parceque Tony gagneroit le change et la provision du banquier; en ce cas il faudroit changer le passage du projet, que je vous ai laissé a verbis : dallannessa cambiale, etc. usque ad verba : pagabili a loro mani; et dire au lieu de cela: dall pagamenlo di cinque mille zecchini consegnati al Marchese Montecuculi rkeveran.no un chiaro, etc.; il faudroit en outre que vous ayez soin, que ce payement fut fait avant vendredy. ou si vous n'êtes pas de cet avis, que vous fussiez pourvu de la lettre de change avant vendredy, et que soit sur l'un ou l'autre pied, vous puissiez m'cnvoyrr la lettre expédiée, encore ce soir in forma congrua, afin

que je puisse l'emporter demain matin à Mannersdorf à la signature de S. M. Je suppose que vous vous serez déjà éclairée de ce qu'il faut faire quant à L'Altezza et Altezza serenissima tanto nello di dentro quanto nella soprascrilta ; en tout cas je suis persuadé, que vous réglerez cela, selon l'usage qui soit de règle, comme vous savez mieux que moi, pour ces sortes de choses. Montecuculi dit que l'Impératrice Bavaroise a toujours donné à ces Princesses Altezze Serenissime et que feu l'Impératrice Amélie, in soprascrilta, leurs donnoit aussi le Serenissime, mais, que c'étoit en faisant die Ubersshrift auf teutsch. J'ai crû devoir vous dire tout cela, et j'attendrai ce que vous voudrez bien me marquer en réponse.

Kaunitz à Koch

(Vienne) s. d.

Je vous suis fort obligé, Mr, de ce que vous avez bien voulu m'envoyer les pièces cy-jointes, et ne puis que louer beaucoup que vous ayez retranché de la lettre de Blondel le passage de l'extrait; pour prévenir, autant que possible, les suites des soupçons outrés, quoique injustes, dans lesquels on est sur la droiture de nos intentions par rapport aux affaires du Nord, et préparer la France à quelque nouvelle incartade du Chancellier Bestucheff, que l'on peut craindre touts les jours, il m'a paru pouvoir être très utile de témoigner à Mr Blondel, sans affectation, que non seulement l'Impératrice s'employait Elle-même directement tant en Russie qu'en Suède, mais que même tout comme Elle avoit requis jusqu'icy très-amiablement et très instamment la France d'employer son crédit et son influence en Suède, du moment que la Cour de Coppenhague lui en avoit donné l'occasion, Elle avoit saisi avec plaisir l'offre de ses bons offices, par l'impressement qu'Elle a toujours eu et qu'Elle a d'employer touts les moyens capables de contribuer au maintien de la tranquillité du Nord, que S. M., pour cet effet, en faisoit encore plus qu'Elle ne disoit, et que ses soins sincères et assidus joints aux assurances pacifiques de la Russie, lui faisoient espérer la conservation du repos, que je voudrois pouvoir lui dire de même, que S. M. a lieu de se flatter qu'Elle empêchera aussi toute démonstration à l'avenir; mais que ce seroit trop promettre, comme il le sentiroit bien lui-même, et

qu'ainsi, si par hazard il en arrive, il ne faudra point s'en étonner ni le regarder comme le signal d'une rupture prochaine.

Voilà ce que je lui ai dit, et il ne m'est pas venu dans la pensée de lui assurer, qu'il étoit impossible, que la Bussie fasse aucune démarche hostile; car je suis si éloigné d'être dans cette confiance, que même avant la dernière conférence, dans laquelle on lut le précis françois des ordres à envoyer à Mr Mareschal, et à communiquer icy à Blondel, je témoignai ouvertement que je croyois qu'il seroit plus sûre et plus prudent de ne point assurer aussi positivement, qu'on le faisoit, dans une certaine passage, que la Russie ne troubleroit pas la première le repos du Nord. J'ai l'honneur, etc.

Kaunitz à Koch.

Bruxelles, le 1G octobre 1750.

Je vous prie. Monsieur, de présenter le très-humble Raport cijoint à Sa Majesté. J'y expose la nécessité de laisser ici le Conseiller Privé Neny, au moins pendant quelques mois encore. Tout ce qui reste à faire dans la négociation sur les affaires de la Barrière, qui sont dans une situation si avantageuse pour nous, ne peut être fait qu'ici. Tout comme ce n'est que d'ici, que l'on peut m'aider, pour ce que je compte pouvoir faire en France. Mr Neny est absolument le seul homme, soit pour les notions, soit pour les qualités personnelles, que nous ayons pour l'un et l'autre de ces objets dans ce païs-ci; si on l'attire à Vienne dans le moment présent, c'est couper bras et jambes aux deux affaires importantes en question. Neny ne peut pour cela être bon à rien à Vienne; ici au contraire, il y sera fort utile, même nécessaire. Bref, si on l'enlève quant à présent, Vous pouvez prévenir de ma part Sa Majesté, qu'il faudra que j'abandonne ces deux grandes affaires dans le plus beau chemin du monde. J'en serois assurément pénétré, après tous les soins, toutes les peines, et toute l'industrie qu'il a fallu pour les amener où elles sont : mais il n'en seroit pas moins ce que je viens de dire, pareequ'il n'y auroit plus moyen d'aller en avant. Il faut que Sa Majesté sache tout cela; ainsi je vous prie d'ajouter à ce que contient mon très-humble raport, tuut ce que je viens de vous dire.

On a solemnisé hier ici l'heureux jour de nom de Sa Majesté avec

beaucoup de dignité de la part de Son Altesse Royale; cela nous a occupé tout le jour, et des deux précédents de mon séjour en cette ville, il a fallu en employer la plus considérable partie à faire, et recevoir des visites ; mais cela ne m'a pas empêché cependant de mettre à profit chaque instant pour les affaires. J'ai déjà recueilli plusieurs informations très-utiles et nécessaires, et je compte, s'il plait à Dieu, ne point partir d'ici sans rien faire quant à l'objet de nos différends vis-à-vis de la France ; et je compte aussi instruire si parfaitement Mons3r le Prince Gouverneur, Mr le Marquis de Botta, et leurs outils sur la négociation des affaires de la Barrière, que nous pourrons être tranquils sur leur conduite à venir à cet égard, de très inquiets que nous aurions eu sujet d'être, si je n'étoispas venu ici, parceque je ne les ai point trouvé au fait du tout de l'esprit dans lequel nous avons travaillé depuis dix huit mois.

Je n'ai aucune nouvelle sur le progrès du voyage de Mr d'IIautefort, de sorte que je ne puis qu'en attendre, et me conduire à l'avenant par raport à mon départ pour ne pas être attrapé, après que Mr le comte d'Ulfeld m'a mandé, que Blondel lui a insinué, que Mr d'IIautefort ne seroit à Vienne qu'à la fin de ce mois; je ne suis pas bien aise en attendant d'avoir appris le voyage du Roy Très-Ghretien à Fontainebleau, et qu'il ne sera de retour à Versailles, que vers le 15 ou 20 novembre. Pour quelqu'un, qui doit s'établir dans un païs, il est désagréable de devoir être absent dans les premiers moments; ce qui m'embarrasse, c'est, qu'il faudra tâcher de trouver à la hâte un logement à Fontainebleau, ce qui ne sera pas aisé.

Je vous dirai d'ailleurs, que sensible comme je le suis, à la bienveillance et au souvenir de Sa Majesté, je n'ai pas pu m'empecher de relire plusieurs fois vôtre lettre n° 1. — J'en suis touché avec la plus profonde vénération, et ne désire rien au monde avec plus d'empressement, que les occasions de pouvoir prouver à Sa Majesté toute l'etenduë de mon respectueux attachement.

Quant à Vous, Monsieur, je vous aurai des obligations sans bornes, si vous voulez bien être dans les occasions l'interprète et le garant de mes sentimens. Ce sera la preuve la plus flatteuse, que vous pourrez me donner de vôtre chère amitié, dont je vous prie d'être persuadé, que je ferai toujours tout le cas imaginable, tout comme je Vous prie de l'être du retour le plus parfait, avec lequel j'ai l'honneur...

Kaunitz à Koch.

Bruxelles, le 16 octobre 1750.

P. -S. Faites agréer, je vous prie, les assurances de ma reconnoissance très respectueuse à Sa Majesté, pour ce qu'Elle a bien voulu charger M. leComte d'IIaugwitz d'écrire à Mr le Baron de Blumeggen, par raport à mon Beaufrère Questenberg. Faites en aussi je vous prie, mes remercimens directement à Mr d'Haugwitz, mais ayez cependant la bonté de faire en sorte, que Mr le B. de Blumegen ne s'explique avec mon Beaufrère qu'après avoir concerté toutes choses avec ma Sœur; Nous pourrions tout gâter sans cela vis-à-vis de ce vieux bonhomme. J'ai déjà prévenu, d'ailleurs ma Sœur chemin faisant, et je la préviendrai encore d'ici. Je suis très pénétré aussi de ce que Sa Majesté a la bonté de faire pour mon Elève, le Comte de Zinzendorff, et pour mon cousin Rosenberg(ll). J'ai l'honneur d'être encore une fois ut in litcris.

Kaunitz à Koch.

Bruxelles, le 22 octobre 1750.

J'ai reçu,Mr, bien conditionné le 3e Paquet avec la lettre, dont vous avez eu la bonté de l'accompagner. Il est certain que cela dévoile des mistères, qu'il seroit impossible de pénétrer par d'autres moyens, et (jue la continuation de ces notions me sera à Paris d'une utilité infinie pour le service de Sa Mté .

Vos Paquets sont arrivés en cette ville jusques ici le vendredy et le lundi. Je n'ai eu depuis que j'y suis qu'une seule lettre familière de Mr le Chancelier, qui est arrivée aussi un vendredi; mais comme il importe, vu l'arrangement que j'ai pris avec Son Altse Royale et Mr le Marquis de Botta, que les Paquets de la Secretairie d'état arrivent ici dans les mêmes jours que les vôtres, afin que le même exprès puisse les porter à Paris, il faudroit que Sa Mt0, informée par vous

des jours, auxquels vous aurez écrit jusqu'ici et auxquels il conviendra de continuer à écrire, eût la bonté d'avertir Mr le Chancelier que c'est dans ces tels jours de la semaine qu'il devra toujours m'écrire, sans qu'il soit besoin de lui dire autre raison si ce n'est parce qu'elle s'étoit arrangée ainsi avec Mgr. le Pce Gouverneur. Mon arrangement d'ailleurs avec Mr de Botta c'est, qu'il me dépêchera un exprès par semaine, lequel partira toujours de Bruxelles le lundi, chargé des dépêches qui seront arrivées le dit lundi et le vendredi précèdent.

Cet exprès arrivera toujours à Paris le mercredi et je le redepêcherai le lundi d'après, afin qu'il se trouve à Bruxelles le mercredi, jour auquel le grand ordinaire part pour Vienne. Je suis bien aise de vous faire tout ce détail, à fin que vous puissiez me mander si vous trouvez bien, ou si vous voulez qu'on y change quelque chose.

Le dénouement de l'affaire de l'élection d'un roy des Romains paroit réellement encore fort incertain, mais au fond le roy d'Angleterre, qui a commencé toute cette besogne, est dans un beaucoup plus grand impegno, que nous. Il ne faut pas nous laisser imposer par qui que ce soit, des conditions trop onéreuses, et au cas qu'on nous en propose, répondre avec beaucoup de douceur et politesse, mais en même tems inébranlablement, que nous sommes très mortifiés de n'être pas en état, de nous prêter à ce qu'on désire.

A ce qui est arrivé avec l'électeur de Bavière, pour mille raisons nous n'en devons avoir aucun regret. 11 est certain que si nous n'y avions pas donné les mains, les puissances maritimes auraient imaginé un dessous de carte, et auroient été capables, guidées par leur soupçon de prendre quelque mauvais parti. Je me suis donné ici toutes les peines imaginables, pour être utile au service de S. Mté. J'ai mis S. Ase Rle, Mr le Marquis de Botta et ceux, qui devront ou pourront être employés dans l'affaire de la Barrière et que j'ai trouvé n'ayant et ne pouvant pas même avoir une idée de la force de cette négociation, si bien au fait que je me flatte que nous pouvons avoir à présent l'esprit en repos à cet égard et que l'on est ici préparé sur tous les evenemens.

Pour ce qui regarde les différends des Pais-Bas avec la France, ils sont d'un détail si immense, que si je n'étois pas venu ici, que bien loin de pouvoir se flatter d'avoir jamais les informations nécessaires, il n'auroit pas même été possible de s'en faire seulement une juste idée. Mais quelques jointes que nous avons tenues en présence de S. A. R., ont déjà contribué beaucoup à éclaircir la matière et j'aurai la satisfaction de ne pas partir d'ici au moins les mains totalement vuides. A quoi je travaille, c'est à débrouiller ces choses de plus en

plus pour épargner à S. Mté tous les embarras et les desagrémcns, qu'on lui auroit donnés, si ce cahos de matières importantes et indigestes avoit été mis en controverse, avant qu'elles ne fussent débrouillées.

J'ai vu ici qu'on peut y faire beaucoup de bonnes choses, et je prendrai la liberté d'en dire ma pensée à S. M16, mais il faut que nous puissions y retenir Mr de Botta et cela ne sera pas absolument impossible, comme je vous dirai une autre fois. Indépendamment de mes occupations, une des raisons qui m'a aussi retenu ici jusqu'à présent c'est, que selon toutes les nouvelles, Mr de Hautefortdevoit encore être ù Luneville et que je n'ai pas voulu être la dupe des ces messieurs. Mais comme des lettres particulières assurent à présent, queMrd'IIautefort a passé le Rhin et étoit arrivé le 9 à Ulm, je compte partir aussi samedi prochain le 24 du courant et être à Paris le 26 ou le 27. J'ai écrit en attendant à Mr Mareschal, ce qu'il devoit dire à Mr de Puyzieulx, et je conte avoir demain encore ici de vos nouvelles. Ma santé, grâce à Dieu est passable, je souhaitte de tout mon cœur, que la votre soit des meilleures. Mettez-moi, si vous en trouvez l'occasion, aux pieds de S. Mté et ayez la bonté d'être persuadé...

Fontainebleau, le 7 novembre 1750.

Les paquets n° 6 et 7 du 21 et 24 Octobre dernier, que vous avez eu la bonté de m'addresser me sont parvenus avant hier au soir par mon exprès hebdomataire de Bruxelles. Je les ai trouvé intacts et très bien conditionnés, toujours également instructifs pour moi, et ainsi après mes remercimens très sincères, que je vous prie d'agréer, je vous prie aussi, d'être persuadé une fois pour toutes, que bien loin qu'il puisse me paroitre jamais, que vous m'envoyez plus qu'il ne faut, je vous serai toujours fort obligé de tout ce que vous m'enverrez. Je ne vous dirai aujourd'hui, que ce que j'aurai le tems de vous dire et ce sera même encore fort à la hâte ; car je puis vous assurer avec vérité, que toutes les visites que je ne puis pas me dispenser de faire et de recevoir, les grands repas quotidiens et la façon dont on est obligé de faire sa cour ici, tout cela ensemble ne m'a pas laissé jusqu'à présent pour ainsi dire, le maitre d'un instant dans la journée. Il y auroit de quoi m'entretenir très amplement

avec vous sur tout ce que vous me faites l'honneur de m'écrire, mais ce sera pour une autrefois. En attendant je vous dirai seulement que ce que vous avez remarqué aux premières lettres, qui ont été addressées à Mr de Hautefort, me paroit très sérieux. Je ne doute presque pas, que le Roy de Prusse ne se serve du canal de Wurtemberg, pour être informé de tout ce qui se passera entre la cour de Versailles et la nôtre. Je n'imagine pas encore le remède, celui d'avertir cette cour ayant ses inconvéniens, que vous comprendrez aisément. Il me semble cependant, qu'avant qu'on ne l'ait trouvé, il faudra autant que possible, ne point mettre Mr d'IIautefort dans le cas, de devoir écrire à sa cour tout ce que nous aurons intérêt de laisser ignorer au Roi de Prusse.

Je suis pénétré, comme à mon ordinaire, des bontés de S. Mlé. Pour ce qui regarde la cour de Rruxelles, je vous en parlerai, lorsque un peu plus tranquils nous serons de retour de Paris.

Mr d'IIautefort a bien sujet d'être satisfait de l'accueil de bonté, que Leurs Mlis ont daigné lui faire (12). Toute sa misantropie, si tant est qu'il en a un peu, comme on dit, ne tiendra pas contre les agremens et les vertus de nos souverains. Je compte que le cœur de cet homme ne leur échapera pas.

J'ai été charmé de la façon dont S. Mlé l'Emp' s'est expliqué avec lui. Il y auroit de la témérité à porter un jugement là-dessus; mais si un de nos ministres s'étoit expliqué ainsi, je dirois, qu'il ne pouvoit pas parler plus noblement et plus convenablement. Je regarde comme très important d'ôter à cette cour les soupçon de l'inimitié et l'aversion personnelle de l'Empr pour elle, aussi bien que de nos vues secrettes.

L'Emp' a fort bien comencé la destruction de l'une et de l'autre; ces sortes de démarches ne peuvent jamais être qu'utiles. J'attens avec impatience le rapport de Mr d'IIautefort sur l'audience de l'Impératrice; je ne doute pas un moment qu'il ne pense déjà actuellement tout autrement, qu'il ne pensoit avant d'arriver à Vienne.

Je suis bien aise, que Rlondel se soutiendra jusqu'à la fin. Ce que S. Mlé a dit de lui à Mr d'IIautefort, est digne de sa bonté et de sa justice. Un silence respectueux sur ce qu'elle a eu la bienveillance de dire de moy, est tout ce qui peut m'ètre permis, persuadé d'ailleurs qu'on n'auroit pas pu donnera Mr, d'IIautefort un confident plus convenable, que Mr le Maréchal de Batthyany (13). Quant à moi, je ne manquerai pas certainement de vous indiquer confidemment tout ce que je croirai selon les circonstances, de pouvoir être insinué à Mr d'Hautefort par le canal du Maréchal de Battyany.

Actuellement je ne puis que recommander comme une maxime générale, que les bons procédés font plus d'effet sur les François, que sur d'autres nations, mais il faut cependant toujours en même tems être attentif, à ne pas se laisser prendre la main et leur parler ferme et à cœur ouvert, lorsque l'on a la raison de son coté, car sans cela ils sont sujets à prendre cette méthode, que je recommande pour faiblesse et très capables d'en abuser.

Cristiani pourra être fort utile à Venise. Je suis persuadé qu'il pourra l'être aussi beaucoup dans ses autres comissions, mais si S. Mu' veut le voir réussir, il faudra qu'Elle tienne la main, à ce qu'il ne soit pas traversé par les différents departemens par esprit de corps et jalousie de métier.

Il ne me reste qu'à vous parler encore de ce qu'il me regarde. Mes premières audiences du Roi et de la famille Royale ont été fort bien. Le Roy m'a parlé avec beaucoup de bonté, et avec un air de connoissance et de familiarité qui a étonné tout le monde. Du depuis il n'a pas manqué une occasion tous les jours de m'addresser la parole, naturellement à mesure qu'il s'accoutume plus à me voir, il est plus à son aise avec moi. Il n'y a sorte de questions, qu'il ne m'ait faites sur leurs Mlés, leur auguste famille, leurs ministres, toutes les plus petites particularités de notre cour et de notre ville de Vienne, et j'ai été même étonné de le voir si fort instruit. Hier entre autres et mercredy dernier, il m'a fait l'honneur à son grand couvert de sentretenir avec moi tout seul et d'une façon si suivie, que je n'ai pas pu trouver le moyen de m'en aller de tout le repas, qui a été fort long. Il m'a fait entre autres différentes questions sur le Maréchal de Batthyany, ce qui est naturellement déjà un effet des raports de Mr d'Hautefort à ce sujet. Ce qui m'a paru entre autres remarquable, c'est qu'il m'a parlé déjà plusieurs fois de S. Mté l'Empereur et cela sans affectation, comme de quelqu'un qu'il se ressouvenoit avec plaisir d'avoir connu personnellement. Je compte dans quelque tems d'ici, amuser l'Empr par un tableau exact de tous les êtres de ce païs-ci, en commençant par le Roi. Il y auroit de l'imprudence à le faire déjà actuellement. Je vous dirai seulement que j'ai été frappé du rapport de fisionomie que j'ai trouvé entre l'Empereur et le Roy, qui est dans sa famille et avec ses enfans comme leurs Majestés avec les leurs, et que je retrouve ici du plus et du moins, sur tout ce qu'on m'a dit, quant au personnel sur tout.

Quant à Mr Puyzieulx j'ai rencontré en lui, ce que je comptois y trouver. Une belle ame, beaucoup de noblesse, de douceur et de vérité dans le caractère. Je tache de me mettre sur un pied de cor-

dialité et de familiarité avec luy; mon projet est de traiter les affaires vis à vis de lui sur ce pied, je ne puis pas vous répondre, si je réussirai. J'ai été avec lui à la grande chasse la St. Hubert à cheval et en voiture. Mille propos diflérents à cette occasion ont avancé notre connoissance; ce n'etoit pas le moment de parler d'affaires, et d'ailleurs j'ai été bien aise de différer et de me borner à sonder le guet. Mon intention étoit d'abord en venant ici, de n'y rester que 5 ou 6 jours et de m'en retourner après cela à Paris, pour y mettre ordre à mes affaires domestiques. Mais comme je m'aperçois, que je fais ma cour au Roy en restant, je compte demeurer ici jusqu'à son départ.

Je n'ai pas oblié non plus d'avoir des attentions pour Mde de Pompadour, je sais que le Roy m'en a sçu grez, et qu'elle y a été sensible. Je ne puis que me louer en gênerai des politesses de tout le monde, et il est fort heureux, que j'aye débuté ici à Fontainebleau. La cour y est assemblée et j'ai eu au moyen de cela l'avantage de faire en peu de jours plus de connoissance que je n'en aurai fait en 6 mois à Versailles. Proxime plura.

Je suis depuis hier au soir fort incomodé d'un gros rhume, que je ne suis cependant pas étonné d'avoir pris, avec toutes les promenades par le froid qu'il fait, que la vie de courtisan m'a obligé de faire jusqu'à présent.

Mettez moi je vous prie, aux pieds de leurs Mtés et conservez moi la part, que je mérite dans votre amitié par les sentimens de cœur, avec lesquels j'ai l'honneur d'être...

Koch à Kaunitz.

Vienne, 7 novembre 1750.

Monseigneur,

Sa Majesté approuvant en tout le concert que Votre Excellence me marque avoir pris avec S. A. R. et Monsieur le Marquis de Botta pour la seureté de sa correspondance et le jour auquel les couriers seront dépêchés de Bruxelles, a ordonné à S. E. le comte d'Ulfeld que ce soit toujours les samedis qu'on aye a luy écrire d'icy et c'est en conséquence de cet ordre qu'on commence aujourd'huy a écrire

à Votre Excellence par le Secrétaire d'Etat la première fois le samedi, et qu'on en fera de même tous les samedis suivants, afin que les paquets de la cour arrivent toujours le lundi a Bruxelles pour être remis au courier qui sera expédié le Même soir.

En donnant cet ordre audit Ministre, Sa Majesté y ajoutta, que c'étoit S. A. R. qui luy avoit donné part de ce concert, et que pour ne laisser rien ignorer à Votre Excellence, Elle venoit de me charger de luy envoyer régulièrement touttes les pièces secrettes des Ministres françois et généralement touttes les autres qui me paroitroientmeritter son attention.

J'ay cru ne devoir pas vous laisser ignorer, Monseigneur, cette circonstance, pour qu'elle vous serve de Clef si dans les lettres de S. E. le Chancellier vous remarqués que ce Ministre sçait, que Votre Excellence reçoit tous les interceptes par moy, charmé, que Sa Majesté aye pris la parti de le luy dire, afin qu'elle puisse avec d'autant moins de reserve en faire mention dans ses relations dans les cas. où elle le trouvera nécessaire.

Je passe à me donner l'honneur de rendre compte à V. E. des points que S. M. m'a ordonné de luy marquer de sa part.

Le premier et le plus important regarde l'élection du roy des Romains.

L'impératrice n'est aucunement étonnée de la réponse du roy de Prusse, ne s'etant jamais attendu de luy qu'à une réponse ou négative ou dilatoire (1-4).

Ce qui la chocque de beaucoup plus, c'est la conduitte de la cour de Cologne et surtout celle de l'électeur Palatin. Elle s'aperçoit avec chagrin, que la Prusse, la France et même l'Angleterre concurrent également àroidir ce Prince, le roy de Prusse par l'ascendant qu'il a seu gagner sur l'électeur et son ministère, et parle principe qu'il s'est fait de s'opposer à tout ce qu'il suppose qui pourroit tendre à la satisfaction de l'Impératrice et ù Paggrandissement de sa maison ; la France par le point d'honneur qu'elle paroit se faire de soutenir les pretensions de l'électeur en vertu de l'article 18, du Traitté d'Aix la chapelle et par le concert que vraysemblablement elle a pris a cet égard avec la Prusse ; et l'Angleterre parla coutume qu'elle semble avoir prise de vouloir avec impétuosité ce qu'elle veut, pour venir à bout, à quel prix que ce soit, de ses idées.

Sa Majesté peu satisfaitte de ce procédé peu amiable de la France, qu'elle ne scauroit regarder que comme une marque très équivoque de la sincérité de son intention a être bien avec Nous, ne l'est guerre plus de l'Angleterre qui ne balance pas de porter la parole pour ce

Prince, sans réfléchir à notre dérangement interne et qui paroit ne pas se soucier de nous adosser une dépense après l'autre, se contentant selon toutte apparence àaccorder quelques subsides à l'électeur, et a nous laisser le soing de le satisfaire sur le reste de ses prétensions exorbitantes ; peut être y en a-t-il môme icy qui y inclinent.

L'Impératice se souvenant plus d'une fois de ce que Votre Excellence a dit dès le commencement, que par la façon dont l'Angleterre s'y prenoit, on courroit risque de manquer l'affaire, ou de nous la faire achetter ù un prix excessif, si séparément on doit contenter l'un après l'autre, souhaitte de savoir au plutôt le sentiment éclairé de Votre Excellence sur ce qu'il y a à faire dans cette crise, vous faisant prévenir, Monseigneur, qu'il y en a qui soutiennent que vous sériés du nombre de ceux, qui inclinent à contenter l'électeur le quel, à l'avis de S. M., restera toujours également attaché à la France, et par principe et par sa situation, quelques avantages qu'on luy fasse et quels subsides qu'on luy donne.

J'ay ordre d'y ajoutter que vous vous ressouviendriés, Monseigneur, à votre tour que S. M. a toujours regardé comme prématurés tous les mouvements qu'on s'est donnés pour l'élection, et que connoissant plus que personne sa façon de penser, vous n'auries gueres de peine à croire que c'est beaucoup moins le succès de l'affaire qui luy tient à cœur, queje pli qu'elle prend et la situation dans laquelle on se trouve, qu'aussi elle avoit déclarée sans détour dans la conférence qu'elle s'etoit chargée du payement de l'Electeur de Bavière' puis qu'on l'avoit voulu, qu'elle se chargeroit de même des fraix du voyage lorsque le cas existeroit que S. M. l'empereur et l'archiduc auroient à se rendre à l'Election; mais que très certainement elle n'y mettroit rien de plus au risque même de faire tomber entièrement l'affaire si elle devoit coutter 50000 fl de plus.

Le second point sur lequel j'ay ordre de vous écrire, Monseigneur, regarde Mgr le Prince Charles et c'est pour vous dire, que S. A. R. avoit témoigné à S. M. une satisfaction infinie sur votre présence à Bruxelles, que ce Prince l'avoit asseuré bien positivement, que pendant son séjour a Paris il consulteroit Votre Excellence sur touttes les affaires de conséquence, et qu'il opereroit selon leur concert, pour recourir icy le moins qu'il seroit possible. Gomme c'est précisément ce que l'impératrice avoit désiré, Elle a marqué au Prince, qu'elle etoit charmée de le savoir dans cette résolution, et qu'il ne pouvoit avoir trop de confiance dans le zèle et lumières de Votre Excellence. M. Neni restera aux Pays Bas jusqu'à la fin de l'hyver, et si avant sa fin S. A. R. et Votre Excellence trouvent que sa

présence y seroit encore nécessaire, Sa Majesté ey fera rester plus longtems encore, et quant à Monsieur le Marquis de Botta Sa Majesté apprendra avec plaisir les moyens que Votre Excellence croit pouvoir suggérer pour le déterminer à s'y arrêtter encore quelques années, ce Ministre restant jusques icy ferme à dire, que sa santé ne luy permettait plus de soutenir au delà d'un an le fardeau de son Ministère présent.

Sa Majesté attend enfin avec une vraye impatience de ses nouvelles de Paris, et que Votre Excellence soit y arrivée et à Eontaineblau aussi heureusement qu*Elle le souhaitte, et sachant la finesse de votre goût en tout, Elle souhaitte, que vous preniez, Monseigneur, la peine de luy envoyer de Mois en Mois ce qui sortira de nouveau en fait de belles lettres ou d'autres curiosités, et que vous jugeriez convenir tant à son amusement qu'à celui de son auguste famille.

L'ambassadeur continue à être goutté icy, fréquentant les assemblées et invitant du monde à soupper» sans que pour luy il aye été prié jusques icy quelque parti; apparement le diffère-t-on jusques tant que Madame sera en état de sortir et de la présenter à la cour.

Monsieur de Cristiani est parti ce matin muni de plein-pouvoir pour traitter et adjuster le différens qui subsistent avec le roy de Sardaigne, avec les ducs de Parme et de Modène et avec les républiques de Venise et de Gènes; prenant sarouttepar Veni§e Monsieur de Tron luy a donné une lettre pour le fameux procuratore Enco pour engager ce dernier à luy parler dans un lieu tiers. Ignorant si cette circonstance est à la connoissance du ministère, je supplie V. E. de ne rien en toucher dans ses relations. J'auray l'honneur de l'informer de l'effet que cela aura. Tron continue à bien penser et il me conste par Monsieur de Cristiani combien il est fâché de votre absence, Monseigneur.

A l'égard des différens qui subsistent avec les cantons Suisses et les Grisons les plein pouv irs ont été expédiés à Monsieur le comte de palavicini.

Je ne scais si je me suis donné l'honneur de marquera Votre Excellence, que M. d'IIeimerle ne seroit de retour qu'à la moitié du Mois; pour ne pas exposer ainsi l'affaire en question au hasard de devenir ou plus difficile ou de manquer entièrement si on differoit trop à y mettre la main en considération de l'âge avancé de Monsieur le comte de Questenberg, Sa Majesté m'a permis d'écrire ce soir a Monsieur le Baron de Blumegen, pour luy donner à connoitre, combien Elle souhaitte que la chose réussisse, que pour la faire réussir, il faloit bien sp garder d'en faire le moindre éclat en quelque

démarche qui pût luy être desagréable, qu'il devoit se concerter ainsi avec Madame la comtesse, la quelle informée à fond des circonstances de l'affaire, aussi bien que des intentions de Votre Excellence, scauroit luy suggérer les moyens les plus propres à le déterminer à recourrir à Sa Majesté pour la permission du fideicommis à établir. J'ay l'honneur...

Kocli à Kaunitz.

Vienne, le 14 novembre 1750.

Monseigneur,

Je commence pour la première fois de n'envoyer à Votre Excellence qu'un seul paquet sous l'addresse de Monsieur le Marquis de Botta, et je continueray à en faire de même à l'avenir en renfermant toujours sous la même enveloppe tout ce qui sera arrivé pendant le cours de la semaine à moins qu'elle n'en ordonne autrement, puisque le même courrier qui remettrait à Votre Excellence le paquet du mercredi, luy remettra aussi celui du samedi, et si dans l'intervale de la semaine il se présente quelque chose qui me paroisse d'une nature à devoir luy être connue plutôt, j'employeray le chiffre, ainsi que je le fis la poste précédente pour le luy marquer en me servant tantôt de l'allemand et tantôt du françois, avec la différence, qu'en me servant du dernier, je commenceray toujours par un Errans.

Je vous dois, Monseigneur, la clef de ce que j'eus l'honneur de vous mander par ma dernière du soupçon de Sa Majesté, que le roy de Prusse pourroit avoir gagné quelque commis du bureau des affaires étrangères; ce soupçon se fonde sur la pièce datée du 31. du passé du royà Podewils, ne luy paroissant pas vraysemblable, que Monsieur de Puisieux aye lu ou communiqué à Chambrier tout le détail de ce que S. M. et V. E. avoient dit à Mons. Blondel par rapport à l'élection du roy des Romains ou qu'il l'aye fait communiquer par mylord Tirconel à Berlin quand même on luy en auroit fait quelque ouverture en gros; point qui paroit meritter toutte l'attention de V. E., pouvant arriver des cas où il conviendroit à la France aussi peu qu'à nous, que l'on sçut à Berlin ce qui se passe entre les deux cours, outre que l'incertitude de ce qui en est ne peut que contribuer à nous tenir serrés.

Que V. E. se souvienne à cette occasion s'il luy plait, que Bedford s'est laissé échapper, il y a près de deux ans, envers la personne qu'elle seait, qu'ils étoient informés en Angleterre de tout ce qui se passoit de secret dans le cabinet de France.

Monsieur d'IIautefort doit avoir lâché à S. E. le comte Ulfeld, qu'il remarquoit que l'on étoit encore sur un pied de méfiance du coté de deux cours, et qu'il espère qu'il ne passeroit pas deux mois sans que V. E. ne mit les affaires sur un autre pied.

Je souhaitrois fort, que Blondel ne nous quittât pas si tôt, et je crois que l'Impératrice le souhaitroit de même. Les pièces ci-jointes font voir avec quelle impatience Podewils, Barck, et Beckers désirent son départ et le portrait peu avantageux que fait le premier de l'ambassadeur (15).

N'y auroit-il pas moyen de faire avertir dans quelques semaines d'icy ce dernier (sans que Votre Excellence y paroisse) de l'idée que Podewels a donné à son Maître de luy, afin qu'il soit sur ses gardes tant contre luy que contre les insinuations que le roy fera faire probablement dans peu contre luy à Paris, ainsi qu'il le fit faire contre Blondel ? Les remonstrances de Monsieur d'Hautefort et l'amitié personelle que Monsieur de Puisieux a pour luy, ne contribueroient pas peu à desiller les yeux à ce Ministre sur le caractère double et faux du roi de Prusse.

L'Infante épouse de don Philippe ayant fait faire par un de nos officiers, passé depuis peu par Parme, et qui vient d'arriver icy, de grans complimens à l'impératrice, Sa Majesté m'a chargé de mander à Monsieur de Cristiani, de se servir de l'Eau à son départ de Venise, pour avoir une occasion naturelle de se rendre à Parme, et d'y faire un compliment des plus polis de sa part à l'Infante. J'ay ordre de vous en informer, Monseigneur, pour que vous en ayes connoissance, Sa Majesté étant persuadée que Votre Excellence pense comme elle, que ces sortes des politesses ne peuvent faire que du bien.

Sa Majesté s'attend à tout instant à recevoir des nouvelles de premiers audiences de Votre Excellence et de son entrevue avec Monsieur de Puisieux, après qu'Elle scait que vous devriés, Monseigneur, vous présenter à S. M. T. Chr. le deux. Jusques à présent l'ambassadeur n'a été prié encore à aucun diner, et cela, dit-on, parceque Madame est encore malade; il rencontre d'ailleurs de plus en plus par sa douceur et bonnes manières.

Mr Kitt fait sonner fort haut leur traitté avec l'Espagne (16); il suppose qu'il y en a deux, un secret et l'autre public, et ce qu'il suppose

le plus important, c'est que la négociation s'est faitte à l'inscu de la France et par le canal de la reine régnante; il a ajoutté en me le racontant que la France seule n'étoit pas aussi formidable, qu'ils avoient un ministre sage à Madrid, qu'ils travaillèrent à faire connoitre à l'Espagne son véritable intérêt, que sa cour étoit à présent fort contente de la notre et que c'étoit V. E. à qui on devoit ce changement.

Je vous marque, Monseigneur, le peu des nouvelles que je scais, et j'en marquerois d'avantage si j'en savois de plus.

Il faut que j'aye mal compris l'Impératrice lorsque j'eus l'honneur de mander à V. E. que Mons. le comte d'Haugwitz avoit été chargé d'écrire à Monsieur de Blumegen sur l'idée en question, et c'est apparemment du référât que S. M. a voulu parler que le dl comte, comme chef du directorium luy avoit présenté à ce sujet.

V. E. verra par la réponse ci-jointe de Monsieur de Blumegen de quelle manière ce s'explique; il ne fera aucune démarche sans la compasser avec Madame la comtesse de Questenberg, et dès que j'en scauray quelque chose de plus, je me donneray l'honneur de vous en informer, Monseigneur, ayant celui d'être avec le dévouement le plus respectueux, etc.

P. S. — Les dernières dépêches de Monsieur de Puisieux à l'ambassadeur n'avoient aucune apparence 'd'avoir été ouvertes en chemin.

Kaunitz à Koch.

Paris, ce 20 novembre 1750.

Le courier Sartori aura l'honneur de vous remettre cette lettre. Je dois vous accuser dabord et en même tems le reçu des 4 paquets n° 9, 10, 11 et 12 parceque j'ai renvoyé à Bruxelles l'avant-dernier exprès sans lettres pour Vienne. J'étois sur le point de me rendre de Fontainebleau ici, et de dépêcher mon courier, avec un rapport qui étoit déjà achevé, lorsque je reçus quelques Rescripts et vos derniers paquets. Je m'en vais répondre par conséquent à tous les 4 en même tems dans l'ordre, dans lequel ils me sont parvenus, à l'exception de ce que S. Mté me demande sur le rang du roy des Romains, que je remettrai à une autre fois parcequ'aussi bien les choses ne sont pas encore au point, que cela presse.

Pour ce qui regarde Mr Neny, en conseillant qu'il falloit tâcher de le retenir encore à Bruxelles, j'ai été si éloigné de vouloir qu'il en resuite le moindre préjudice ni à sa fortune, ni à ses émolumens, que je pense encore, comme je pensois, qu'il convient absolument, parcequ'il est d'une importance infinie, qu'il reste, que S. Mté l'engage à rester de grez, en le satisfaisant du coté de l'ambition et de l'intérêt, c'est à dire, en le faisant déclarer conseiller régent, devant jouir de son rang et de ses appointemens à Bruxelles aussy longtems qu'il y sera et comme s'il étoit à Vienne. J'étois bien sûr, que S. Mté penseroit de même et j'ai appris avec plaisir par l'intérêt que je prends à tout ce qui est du service de S. Mlé , qu'elle a déterminé, qu'il resteroit à Bruxelles aussi longtems que cela nous paroiteroit nécessaire. Je vous assure, que ce n'est qu'au plus grande préjudice du service, qu'on pourroit retirer cet homme quant à présent, de Bruxelles. Pour moi, on peut m'en croire, car je n'ai certainement aucun intérêt, ni vue seconde, à ce qu'il reste, ou à ce qu'il s'en aille.

Je suis bien aise, que S. Mlé ait déclaré à Mr le Chancelier, qu'elle vous a chargé, de m'envoyer la correspondance secrette, cela nous met à l'aise vous et moi, et les choses unies sont toujours les meilleures.

L'jce verra par mes rapports, dont est chargé ce courier qu'il n'est que trop vrai, que la négociation de l'élection du roy des Romains, a tourné comme je l'ai appréhendé dès le commencement; mais que pouvoit on faire? Les Anglois ont conduit cette affaire selon leur coutume, leur idée étoit grande et conforme à la saine politique, pour prévenir les tristes evenemens que nous avoit attirés la mort de feu l'Empr Charles VI et le dernier Interrègne. L'Impce pouvoit-elle désaprouver un projet aussi louable, ou y mettre obstacles, sans étonner toute l'Europe, et sans s'attirer les reproches les plus amères ? Pour juger avec justesse, de tout ce que nous voyons actuellement, je me mets pour un moment sans prévention, à la place de ceux, auxquels nous avons à faire, et je vous avoue ingénument, que je ne suis pas étonné du tout, de la conduite du roy de Prusse, de la Cour de Manheim, et de l'électeur de Cologne.

Le premier est notre ennemi naturel, et les deux autres sont des petits Princes, dans le besoin, et avides d'argent, mais ce qui m'étonne c'est, que les ministres Hanovriens, ayent été assez sots, et assez duppes, pour ne pas convenir de leurs faits avec l'électeur de Cologne, avant de signer le traité de subside. Ils dévoient mieux connoitre l'apôtre et à l'heure qu'il est l'Angleterre, sera obligée de payer cette bevuë.

La cour Palatine ne peut guère se détacher de la France à un certain point, par raport à sa situation locale, à la garantie de Juliers et Bergue ; à cause des avantages qu'elle espère encore; à cause des subsides, dont elle jouit etc. et elle ne peut en même tems qu'être attachée au roy de Prusse, parcequ'il est un allié de la France.

Voyons ce que fait cette cour : elle se conduit selon son intérêt et son système momentané ; elle n'a d'autres alliez qu'elle ne soit pas dans le cas de devoir payer que le roy de Prusse ; elle sent toute sa force et sa grandeur; elle ne peut pas consentir, ni vis à vis de toute l'Europe, ni vis à vis de ses créatures et de ses alliez en partilier à jouer le rôle de quelqu'un, à l'exclusion du quel on fait tout ce que l'on veut, et elle ne veut point que l'Electeur Palatin soit plus mal traité, que ceux qui se sont addressés aux puissances maritimes.

J'ai trouvé dans les propos de Mr de Puyzieulx et de tous les autres ministres, des soupçons très forts, que nous sommes d'intelligence avec la Russie, pour tomber sur le corps au roy de Prusse et que c'est pour cela, que nous fomentons les troubles d,ans le nord. On pensoitainsi certainement au moment de mon arrivée ; mais j'ai lieu de croire, que l'on estdejaun peu revenu de ces préventions(17). Les soupçons, les méfiances et la jalousie sont surtout au plus haut degré contre l'Angleterre; on ne souffrira jamais, qu'elle ait seule le mérite d'un aussi grand ouvrage, que celui de l'élection d*un roy des Romains. J'ai lieu de croire, que ce n'est pas l'élection, que ce n'est pas la chose, qu'on ne veut pas ; je crois même, que l'on seroit fâché de devoir s'y opposer; mais on voudroit y être pour quelque chose, et obliger en même tems notre cour et ses propres alliez ; mais ce qu'il y a en même tems d'infaillible, c'est, que l'on se déclarera ici comme chef de parti et que l'on soutiendra ouvertement le roy de Prusse et l'électeur Palatin, si de notre coté on s'avisoit de vouloir emporter la chose d'autorité per Majora, et à l'exclusion de la France et de ces deux cours. L'Angleterre feroit fort bien par conséquent, de ne point précipiter les choses, et surtout l'ouverture du Churfûrstentag, que l'on ne soit sûr de l'unanimité ; mais il faut, que nous tachions de la faire conduire ainsi, sans lui rien conseiller, pour ne pas nous attirer des reproches et pour qu'elle ne puis pas retirer son épingle du jeu; elle est plus engagée que nous. Ce qu'il faut selon moi, c'est de lui exposer simplement les difficultés et de la laisser faire, si ce n'est pour les choses qu'elle pourroit nous proposer et auxquelles nous ne pourrions ou ne voudrions consentir.

11 ne pas aisé, de repondre à la question, que vous me faites par

ordres de S. Mté, sans tomber dans un raisonnement qui me meneroit trop loin. Ce qui ne se pourroit qu'en nous dérangeant essentiellement, il ne faut pas le faire, si l'on peut gagner l'Electorat Palatin, et que ce soit sur tout de façon que la France en partage le mérite, je crois, qu'il n'y aura guère autre difficulté insurmontable et je regarde de même l'Election comme manquée sans cela. Cet Electeur ne fera jamais un traité de subside avec les Anglois, mais il prendra les 60" £ sterlings et autres avantages, que les puissances maritimes voudront lui faire. Le gros de l'affaire se réduit par conséquent aux prétensions, que l'Electeur croit avoir à la charge de S. Mté; si elle ne consistent qu'en indemnisations pour la dernière guerre, à ce titre d'indemnisation je suis d'avis qu'il ne faut pas même entrer en aucun pourparler; cela seroit d'une trop mauvaise conséquence pour l'avenir ; mais si parmi ces pretensions il y en a de fondées et liquides, comme le suppose Mr de Puyzieulx. il sera question de savoir : Si S. Mté ne veut point en entendre parler du tout? ou, si elle seroit disposée de chercher à s'en délivrer pour toujours et de faire réussir en même tems l'ouvrage de l'Election si la cour Palatine etoit raisonable. Dans le premier des ces deux cas, le mieux de tout seroit de déclarer rondement, et une fois pour toutes à notre ministère, aux Anglois et à tout le monde, que l'on ne veut rien donner à l'Electeur Palatin, arrive ce qui veut. Dans le second cas, il faudroit également faire d'abord un peu les difficiles pour en sortir au meilleur marché, que possible. Laissons faire les Anglois; empêchons autant que nous pourrons, qu'ils ne fassent des étourderies; voyons venir, avec cette méthode; nous ne nous exposerons point au reproche, d'avoir fait manquer une chose désirable, qui peut-être auroit réussi, et nous ne courrerons aucuns risques, parceque si on nous propose par hazard ce que nous ne pourrons, ou ne voudrons faire, nous n'en ferons rien. C'est là en gros ma pensée.

Ce qui regarde Mr de Botta, je le remets à un autre exprès.

Je suis pénétré de l'extrême bienveuillance avec laquelle S. Mlé a la bénignité de penser à l'affaire que vous savez, de mon beaufrere Questemberg, comme si elle la regardoit elle môme. Je ne puis pas non plus assez, Mr, vous témoigner, combien je suis sensible auxsoins, que vous en prenez. Vous avez très bien fait, de recommander à Mr le B. de Blumeggen le plus grand secret et de s'entendre sur toutes choses avec ma sœur, nous gâterions tout sans cela. 11 faut que je vous dise seulement pour votre direction, que ma sœur sait à la vérité mon intention par raport au fideicommis sur Jarmeritz, mais qu'elle ne sait point, que je vuudrois en échange délivrer de cette

qualité ma terre de Wiese. Ce point, c'est celui dans lequel les bontés de S. Mté peuvent seules me faire réussir. M. de HeimerJ sera actuellement à Vienne, et je compte lui écrire là dessus au premier moment de loisir.

Ma santé est grâce à Dieu assez bonne à présent. Le Roy sera mardi à Versailles. Nous irons. Ayez toujours un peu d'amitié pour moi et soyez persuadé, je vous prie, de la considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être...

Koch à Kaunitz.

Vienne le 21 novembre 1730.

MONSEIGNEURE.

La journalière du Mecredi a apporté à la cour les premières dépêches de Votre Excellence, et à moy la lettre quelle m'a fait la grâce de m'écrire sub. N. 6 et que je suppose du 4 ou du 5 de ce mois. L'Impératrice qui a (sic !) en a lu le contenu avec un vray plaisir, m'ordonne de vous marquer Monseigneur que, quelque satisfaittequ'EUe aye lieu de l'être de l'accueil que vous avés reçeu, Elle ne s'étoit jamais attendu à un autre après le choix qu'Elle avoit fait. Si Monsieur de Puisieux étoit le seul à s'expliquer sur le chapitre de Votre Excellence de la façon qu'il le fait envers Monsieur d'Hautefort, on pourroit croire qu'il le faitpour qu'on vous le rende, Monseigneur, d'icy ; Messieurs d'Ardore et de Menshengen ne se trouvent pas dans le même cas, et ils ne laissent cependant pas d'écrire à peu près sur le même pied : un début si avantageux ne peut que faire espérer la même continuation pour le reste de votre ambassade, et un succès égale pour le bien des affaires (18).

M. d'Hautefort continue à gagner de son coté de jour en jour plus par ses bonnes façons et par sa droiture; Monsieur le Comte de Coloredo l'accompagna hier à lâchasse du cerf qui réussit à merveille. Leurs Majestés qui s'y trouvèrent l'une et l'autre, le reçeurent, on ne scauroit mieux; aussi paroît-il très satisfait ainsi que V. E. le verra par sa lettre à madame de Beringen et à l'autre dame du palais; et de la manière, dont il s'y explique, on remarque qu'il a évité exprès d'en écrire à la cour pour ne pas s'exposer que l'on croye de

luy ce que les insinuations du roy de Prusse ont fait croire de Blondel (19).

Je suis fâché que le passage de la lettre de V. E. touchant Monsieur le maréchal de Battiani (dont S. M. l'Empereur ne scait rien) aye empêché l'Impératrice de la lui montrer, persuadé que son contenu auroit fait un excellent effet sur son esprit. Mr d'IIautefort est d'ailleurs fort bien avec M. Doyan, il est tout de mieux avec les dames de Lorraine, et il s'y prend par conséquent d'une manière à se faire des amis partout, paroissant être aussi assez bien avec le chancellier, ainsi que S. M. m'a chargé d'en informer V. E. L'ambassadrice se présentera demain pour la première fois à la cour, après quoy les diners commenceront. V. E. trouvera plusieurs notions assez importantes parmi les pièces ci-jointes. A juger par celle du roy de Prusse du quatorze, les deux cours de France et de Berlin opèrent entièrement d'accord dans l'affaire de l'élection. V. E., née pour rendre des services importans à la Monarchie parviendra, j'espère à diminuer successivement une union qui nous est si fatale. Je m'attens même que le roy de Prusse prendra bientôt l'ombrage sur le terrain qu'elle gagna et que, malicieux comme il est, il l'étudiera de faire entrer dans les mêmes soupçons les cours de Londres etdePetersburg sur les distinctions qu'on fait à Paris à Votre Excellence et icy à Mr d'Hautefort.

Peut être ne passera-t-il pas un mois que j'auroy en mains la correspondance de 638, 836, 780, 487 (20).

Les deux derniers paquets à Monsieur d'IIautefort sont arrivés en très bon état, et sans apparence qu'on y aye touché. Je commence à croire que nos propres affidés y avoient mis la main, et je ne negligeray certainement rien pour en venir au clair.

Le mal paroissant ne plus exister, je n'ay pas trouvé à propos d'en avertir S. E. le chancellier, de peur qu'au lieu d'un bon effet, nous aurions pu en avoir un mauvais, si on avoit averti l'ambassadeur.

Les mauvais chemins et le débordement des eaux sont apparement la cause que nous ne scavons rien encore comme de ce que Monsieur de Cristiani a fait à Venise. Sa Majesté commence à avoir beaucoup d'idée de luy et, ou je me trompe, ou Elle le soutiendra dans ses opér rations.

Mr de Bartenstein travaille à ce qu'il me revient, à un long écrit pour démontrer la Nullité des pretensions Palatines.

J'ay l'honneur...

Koch à Kaunitz.

Vienne, le 28 novembre 1750.

Monseigneur.

Depuis ma dernière du 21 rien n'est venu de Votre Excellence par la voye de Bruxelles ; il n'est venu qu'une petitte lettre du douze à S. E. le chancellier et une autre à moy dont elle a bien voulu m'honnorer sur la môme datte. Sa Majesté s'intéressant autant qu'elle fait à la santé de Votre Excellence, ne laisse pas d'en être un peu inquiette. Conservés vous Monseigneur, c'est le service le plus important et le plus agréable que vous puissiés luy rendre. Si le mois de novembre a été aussi mauvais en France comme icy, il n'y a pas de quoy s'étonner si Votre Excellence en a un peu souffert. J'espère qu'elle en sera remise entièrement. Touttes sortes de raisons m'engagent à le souhaitter plus que personne, et j'ose me flatter que vous me rendez, Monseigneur, la justice d'en être persuadé.^Quoyque avançant très heureusement dans sa grossesse, l'Impératrice ne laisse pas de se ressentir du peu de mouvement qu'elle fait en ville respectivement à celuy qu'EHe fait à Schonbrunn. Je crois que le roy et la reyne d'Espagne seront priés pour parrains de l'enfant dont elle accouchera. Touttes les apparences sont du moins telles.

L'ambassadrice paroit tout autant satisfaitte que son mari de l'accueil qu'on leur fait; il y vient beaucoup'de monde tous les soirs; hier elle fut de la partie de Sa Majesté à l'apartement avec les deux princesses de Lichtenstein, belle-Mère et belle-fille. On remarquât visiblement qu'elle changat de couleur, paroissant timide, mais d'un caractère d'ailleurs excellent aussi bien que son mari (21).

V. E. verra par une des pièces ci-jointes la réponse que fait le roy de Prusse à Bodewels sur ce qu'il luy avoit marqué que Mr d'Hautefort se laissoit guider par Blondel (22); ce dernier va nous quitter apparemment dans peu, ayant déjà présenté ses lettres de rappel, dont je suis bien fâché et j'aurois souhaitté qu'il fut resté du moins aussi longtems qu'il en falloit pour bien orienter l'ambassadeur et pour le mettre en garde contre les insinuations que luy feront après son départ Beckers, Barck et Bodewels (23).

Le tout sera fidèlement communiqué à V. E. Je souhaitte que nous puissions venir jusque là à bout du chiffre de monsieur d'Hautefort; mais je ne sçaurois le luy garantir, en ayant deux différens et ayant peu écrit jusques icy de l'un et de l'autre, de sorte que la matière manque pour pouvoir travailler; on ne négligera cependant rien, et en attendant les pièces de Bodewels et de Beckers ne laisseront pas do nous eclaircir sur le plus ou le moins de progrès qu'ils croiront avoir fait.

Il paroit de plus en plus que le roy de Prusse a s<;u induire la France à agir d'un parfait concert avec luy en ce qui regarde l'élection du roy des Romains, que la France roidit l'électeur palatin en l'animant de tenir ferme sur ses pretensions, et de profitter de cette occasion pour en tirer parti, et que le roy de Prusse suppose que, pour avoir son concours nous luy ferons peut-être aussi de propositions, en nous chargeant du moins en partie des dettes affectées sur la Silésie; de cette façon, l'élection paroit bien éloignée encore, Sa Majesté n'étant rien moins que disposée (à ce que je crois) à achetter la voix de l'un et de l'autre, et je ne scais ce que je dois juger d'un passage de la lettre du roy de Prusse à Bodewels ou il est fait mention d'une lettre de Braitlohn à Bossard d'une manière qui devroit mettre en doutte l'asseurance que l'on croyoit avoir de l'Electeur de Bavière.

Votre Excellence recevra par la voye ordinaire le récit de ce qui est passé à la conférence sur la matière de l'élection et nommément par rapport à la communication faitte par le roy de Prusse à touts les électeurs de sa réponse donnée à Monsieur de Puebla (24). Elle recevra de même à ce que je suppose, l'écrit fait par Monsieur de Bartenstein pour démontrer la nullité des pretensions Palatines, mais je doutte qu'elle recevra copie de la pièce ci-jointe que Mr de Bartenstein a faitte à cette occasion à l'Impératrice, et c'est ce qui m'a engagé à la supplier de me permettre de la luy envoyer.

Il n'y a rien de nouveau dans l'affaire d'Aquileja, du moins Monsieur de Tron ne fait-il aucune démarche, et il n'y a non plus des lettres de Monsieur de Cristiani, arretté apparement en chemin par le débordement des eaux; mais dans cet instant j'en vois une de Venise qui vient d'arriver par la poste, ou il est dit, qu'à l'issue du Pregadi, tenu le même jour, la république avoit fait déclarer à touts les ministres Etrangers : « che haveva condisceso per render visibile il sincero suo desiderio di un stabile accomodamento nell'affare d'Aquileja, far proporre al sommo Pontefice col mezzo del cardinale Rezzoaico per preliminare il progetto délia traslazione del patriarcato in Udine con quelle condizioni che veranno poi concertate. »

Si le fait est vray, Mr de Prié partira, je pense bientôt de Venise et l'affaire sera adjustée successivement par l'entremise de la France ensuitte de la réponse donnée icy à Mr d'Hautefort (25).

Je souhaitte que pour une vétille qu'auroit pu être accomodée si aisément de commencement, nous ne perdions pas pour toujours l'amitié de la république qui n'a pas laissé de nous être d'un avantage très considérable dans les guerres passées pour la subsistance de nos armées.

P. S. La chancellerie d'Etat ne pouvant pas être prette pour ce soir avec les expéditions à faire en vertu de la dernière conférence, S. M. m'ordonne de communiquer en attendant à V. E. la notte ci-jointe qui contient la substance de ce qu'y a été traitté et résolu jusques à ce que par la communication qui luv sera faitte de touttes les expéditions vous soyez informé, Monseigneur individuellement de l'usage différent que nos ministres à la diette. à Dresde, à Municq, à Bonn, à Mayence, à Londres et à Hannovre auront à faire de son contenu (26). Je suis ut in litteris.

Paris, 4 Décembre 1750.

Mr. J'ai reçu vôtre lettre et paquet N° 14 du 21e 9bre en bon état comme tous les précédens. Je suis pénétré de ce que Sa Majesté vous a chargé de me mander sur ma réception; mais je n'en sents pas moins, que je la dois toute entière à l'accueil qu'Elle a daigné faire à Mr d'Hautefort, avec ce précieux don de la providence, d'enlever tous les coers, qu'Elle possède d'une façon si complette. Il y auroit eu de l'ingratitude, à me recevoir moins favorablement ici.

Quant à vous, Mr vous me faites éprouver dans vôtre dernière des effets bien flatteurs de l'amitié, dont vous m'honorez. Vous avez rassemblé avec le soin le plus obligeant, tous les passages, qui peuvent être en ma faveur. J'ai été pénétré, je vous assure de la délicatesse que je retrouve en cela; comptez, que j'en ai la reconnoissance la plus vive, et que je serai trop heureux, si je pouvois jamais vous en convaincre.

Il faut que Mr d'Hautefort soit réellement un bien galant homme; la façon, dont il écrit sur le chapitre de MrBlondel,me confirme dans

cette idée; j'y vois de l'équité, de la loyauté (27). Ce que j'ai lu d'ailleurs, qui m'a fait beaucoup de plaisir, c'est le passage de sa lettre à M. Puyzieulx, que l'Empereur lui avoit dit : « Qu'il savoit, que « Blondel avoit été dénigré à sa cour; qu'on avoit cherché à le « perdre, et qu'il pourroit bien lui en arriver autant à lui Marquis « d'IIautefort, s'il rendoit justice à la vérité, etc. »

Ces sortes de choses dites à propos, comme l'a été celle-ci, font plus d'effet cent fois, que les apologies les mieux écrites. S. M. l'Empr se conduit divinement vis-à-vis de Mr d'IIautefort; j'en suis comblé, pareeque je m'apperçois déjà, que Ton commence ici à revenir de l'idée de sa haine personelle contre le Roi, et que comme on ne peut pas prévoir tous les événemens dans ce monde, il n'y a rien de plus dangereux, selon moi, que l'inimitié personelle que les grand princes ont ou croyent avoir les uns contre les autres.

Les ministres étrangers bien intentionnés ne sont pas indifférents non plus; car quoiqu'on ne puisse pas changer le sisteme politique et l'intérêt d'état de sa cour, qui seul détermine les actions des souverains, il n'y en a aucun de nous cependant, qui ne puisse faire, ou empêcher beaucoup de mal. Nous en avons une preuve récente dans la personne de M' Blondel, et il est fort prudent h M\ d'IIautefort, de ce qu'il n'écrit pas tout directement à sa cour. Les hommes pensent si différemment, que l'on est obligé de taire souvent par circonspection ce que l'on auroit grande envie de dire, pareeque l'on n'est pas toujours assuré, de la façon dont seront reçues les choses que l'on pourroit dire.

Pour les affaires de mon ministère dans ce païs-ci, je me rapelle souvent le dicton de Philippe Second : « Qu'il faut aspirer au parfait; mais savoir en même tems se contenter du bon. »

Madame d'Hautefort passe ici pour une bonne campagnarde, qui n'est occupé que de son ménage et de ses enfans, se couche avec les poulies, et n'a pas du tout le bon ton. Chez nous, comme de raison, cela voudroit dire une bonne et raisonable femme; dans ce singulier pais, cela veut dire, une femme ridicule; un quelqu'un dont on ne dit rien, quand on veut être fort charitable. J'ai, je vous assure, de quoi occuper ma philosophie parmi tous les originaux, dont on est environné ici: mais surtout ce qu'on m'a dit de Mr et Made d'Hautefort, je comprens qu'ils seront fort bien à Vienne.

Vous avez très fort raison de croire, que cette cour concerte toutes choses avec celle de Berlin sur l'article de l'élection du Roi des Romains, et il faut, qu'il arrive encore bien de changemens dans le sisteme universel, pourque Ton puisse se flatter de rompre, ou au moins de diminuer cette union.

Quant à Mr de Puyzieulx, je le trouve sensé et juste, mais un peu trop facile à se laisser séduire et prévenir. Par tout ce que je lui ai dit cependant en ami jusqu'à présent, de fausses insinuations du roy de Prusse, je crois lui avoir ouvert les yeux assez considérablement, et moyennant cela je ménagerai un peu à l'avenir cet article, et ne reviendrai à la charge, que lors qu'il s'en présentera des occasions convenables. Je crois que cette méthode fera plus d'effet, que des plaintes et des reproches continuels; ce n'est pas en précipitant les choses qu'on les avance. Je voudrois qu'on en usât de même à Vienne, et qu'insensiblement on évitât toutes démonstrations d'animosité contre le roy de Prusse; loin de faire l'effet désiré, elles ne peuvent que resserrer de plus en plus l'union de la cour de Berlin avec celle-ci, que nous avons tant intérêt de diminuer.

J'ai écrit il y a 8 jours à Mr le chancelier, que je voudrois que Mr de Loos fut déjà de retour, et que sa cour put obtenir des subsides de celle-ci; cela me paroit très désirable; il seroit trop long de vous détailler toutes mes raisons, et je vous dirai seulement, que je pense, que l'on pourra compter, que cette cour est dans une intelligence très intime avec celle de Berlin aussi longtems, qu'on lui verra négliger absolument celle de Dresde.

Je m'attens comme vous, à voir mettre en œuvre au roy de Prusse toutes sortes de finesses, pour donner lieuà de la jalousie contre moi; si je m'en apperçois, il peut compter, que je tacherai de faire retomber sur lui les effets de la mine (28).

Vous avez très prudemment fait selon moi, de n'avoir point communiqué vos soupçons sur le cas des premiers lettres de Mr de Puyzieulx à Mr l'ambassadeur d'IIautefort ; il auroit pu être très mauvais, de faire trop tôt du bruit la dessus.

Nos lettres passent, comme vous savez, par quelques bureaux de la domination Palatine; il ne seroit pas mauvais, ce me semble, de savoir sans bruit, par le canal de Mr de Lilien, si les tenantsposte ont assez de tems pour pouvoir ouvrir les paquets '? et s'il donnoit les ordres nécessaires, pour que sur cette route on eut une attention particulière sur les Stunden Zedel.

Je trouve dans le dernier paquet beaucoup des choses très remarquables; mais je ne crois pas cependant, devoir vous ennuyer de toutes mes réflexions la dessus ; a tous égards cette communication m'est très utile pour le service de Sa Maj,c.

J'attens avec impatience la déduction de Mr Bartenstein, sur les prétensions de Mr l'Electeur Palatin; il est seul en état de la faire, par ce qu'il n'y a que lui, qui puisse savoir la suite de tout cela, et c'est

ce qu'il y a de fécheux ; il importe souvent infiniment, d'éploucher et de débrouiller une affaire dès le premier moment, qu'elle se présente sur la scène.

M'Neny vient de m'envoyer encore un morceau d'ouvrage; il est bien heureux que nous ayons encore cet homme dans les Pais Bas. et je me flatte, que Sa Majlé verra toujours de plus en plus, qu'il etoit nécessaire, que je Lui représenta ce que vous savez sur son sujet.

Madame la Dauphine a quelque soupçon de grossesse depuis le 27. du mois dernier. Le roi paroit affecté de la mort du maréchal de Saxe (29) ; il en a bien sujet, je vous assure ; car je ne vois pas, qu'il ait de quoi le remplacer. Il y a des gens qui croyent, que cette mort pourra augmenter le crédit de Mr de Luwendahl (30); d'autres croyent tout le contraire; mais tout le monde s'accorde sur ce, qu'elle ne fera pas reprendre le haut du pavé à Mr le maréchal de Bellisle. On disoit ici hier le Pape mort, sans fondement je crois ; car ceux qui auroient du le savoir, l'ignorent absolument.

J'ai l'honneur d'être comme toujours, avec la considération et l'amitié la plus sincère etc.

P. Stum separatum au même de la même date.

Le capitaine Garato m'écrit une lettre lamentable, et me demande ma protection, par ce que non seulement son projet a été rejette, mais qu'on lui a même ordonné, de rétourner à son régiment comme capitaine ; vous savez Mr ce que j'ai toujours pensé de son projet in praxi : et je crois par conséquent, que l'on fera fort bien de lui ordonner de n'en plus parler, pour épargner à Sa Majté les importunités, que le zélé de cet homme pourroit encore lui attirer. Ce qu'il y a de certain au moins, c'est que ses principes en théorie ne sont pas absolument destitués de tout mérite, et quil seroit désirable pour l'avantage de Sa Majlé qu'ils puissent être mis en exécution; il me semble au moins que ce pauvre homme par sa bonne intention, toutes les peines qu'il s'est données, et plusieurs bonnes idées qu'il n'a pas laissé de mettre au jour, a mérité les grâces de Sa Majesté, et la consolation de pouvoir continuer à servir avec quelque agrément dans le militaire, qui est son métier. Je n'ose pas prendre la liberté d'intercéder pour lui auprès de Sa Majté ; mais si vous en trouvez l'occasion, je vous prie de dire un bon mot en sa faveur. Il y a mille façons de le consoler.

Vous trouverez ci-joint une ordonnance du roi, dont la lecture pourra peut être, être de quelque utilité; une comédie de Mme de Gra-

figni, qui a été extrêmement goûtée ici (31) ; et deux brochures, qui l'ont été également. Si vous trouvez tout cela digne de l'attention de Sa Majesté je vous prie de le mettre à ses pieds. Je vous prie aussi de faire remettre à Mr le B. van Swieten le paquet à son adresse; il est de l'académie des sciences. J'ai l'honneur d'être ut in litteris, etc.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 5 Décembre 1750.

Monseigneur.

Par une lettre de peu des lignes je me suis donné l'honneur d'informer Votre Excellence l'ordinaire passé de l'arrivée de courrier Sartori. Le silence de Votre Excellence avoit causé une vraye inquiétude à Sa Majesté sur l'état de sa santé, après que l'on savoit, qu'elle avoit souffert d'une forte colique, et cette même inquiétude que je luy ay remarquée dans cette occasion, m'engage à vous supplier Monseigneur de ne jamais laisser passer la huitaine sans me faire la grâce de me mander que vous vous portés bien quand même vous n'auriés rien de plus à me mander ou a m'ordonner.

Je passe aux dépèches de Votre Excellence dont Sartori étoit le porteur; Sa Majesté en a lu le contenu avec une satisfaction des plus grandes, les trouvant très instructives aussi bien que la lettre dont il a plu à Votre Excellence de m'honorer à cette occasion. Sa Majesté l'Empereur est venu luy lire sur le Champ la Sienne. Il en a paru très content et j'ay ordre de vous marquer Monseigneur, qu'Elle souhaitte que vous continuiés à luy écrire sur ce même pied en luy faisant par vos lettres particulières un abrégé de vos relations pour raffermir de cette façon la confiance que ce monarque a en vous.

Il n'y a effectivement rien de plus solide, que ce que V. E. a repondu à Monsieur de Puissieux avec cette candeur et dignité qui luy est si naturelle , sur les vues dangereuses et grandes, qu'il a affecté "de nous supposer de concert avec les Anglois; il faut du teins et toutte l'addresse de V. E. pour venir insensiblement à bout de diminuer ces sortes de soupçons, soutenus toujours par de nouvelles inventions et artifices du roy de Prusse et à les mettre peu à peu en garde

contre les insinuations fausses et doubles de ce Prince, qui ne visent qu'à maintenir une division de méfiance réciproque entre les deux cours et à donner à touttes nos démarches les plus innocentes selon la différence de tems et lieu des couleurs différentes, telles qu'il les croit les plus convenables à ses idées.

Cette vérité est si certaine que je ne doutte un instant qu'il ne travaille actuellement en Angleterre à les alarmer sur les distinctions, qu'on vous fait, Monseigneur, à Paris, et icy à Monsieur d'IIautefort, et je ne scais si c'est pour cette raison ou pour une autre qu'on croit remarquer un air plus sombre que d'ordinaire à Kitt, quoyque Monsieur de Wasner m'asseure qu'il est plusieurs semaines déjà sans avoir des lettres de sa cour; peut-être est-ce de honte que leur ministère a si mal mené l'affaire de l'Election.

Votre Excellence reçoit par les dépêches de ce soir la Notte que j'eus l'honneur de luy communiquer par ma lettre du 28 du mois passé avec les differens rescrits qu'elle a occasioné; elle reçoit de même le mémoire qui regarde les pretensions palatines avec différentes autres lumières et informations, Sa Majesté voulant qu'elle aye connoissance de tout. Je suppose que parmi touttes ces informations il luy sera communiqué aussi copie de la relation de M. de Vorster, contenant le récit d'un discours très important et remarquable que luy a tenu Munichhausen sur les affaires de religion (32). Sa Majesté m'ordonne d'y ajoutter qu'occupée tout le long du jour, comme Votre Excellence le sçait, à lire quantité des écrits, Elle se dispense de lire les rescrits expédiés à elle, se reposant sur sa prudence que, tels qu'ils puissent être, elle n'en fera jamais d'autre usage que celui qu'elle trouveroit de son service, qu'il n'en est pas de même des rescrits à ses autres ministres dans lesquels Elle avoit eu soing, et l'auroit à l'avenir de corriger et de retrancher ce qui luy paroitroit ou trop fort dans les expressions ou d'une nature à devoir être changé par des autres raisons, qu'EUe avoit défendu surtout et que très exactement Elle y tiendroit la main pour que Votre Excellence ne fut jamais citée pour autheur dans aucune dépêche, mais que non obstant cela Elle ne vous garantissoit pas, Monseigneur, que S. E. le chancellier ne s'ouvrit par fois trop sur ce que vous marqueriez, à l'ambassadeur de France, avec lequel il paroissait être fort bien.

Pour mettre V. E. entièrement au fait sur ce qui regarde les pretensions Palatines, l'Impératrice a voulu que je luy envoyé copie de la lettre de Wachtendonck à Beckers, du 3 juin avec le mémoire, contenant leur prétendues pretensions.

Monsieur d'IIautefort a dépêché un courier, raison par laquelle V. E. ne trouvera aucune pièce de luy parmi les secrettes du dernier ordinaire, il se sert de deux sortes de chiffre, tous les ministres français en ont des nouveaux et de beaucoup plus forts qu'auparavant. Je ne laisse pas d'espérer que nous en viendrons successivement à bout, et le tout sera fidèlement communiqué à V. E.

J'ay un autre point à luy marquer, qu'elle ne pourra apprendre qu'avec beaucoup de plaisir; ce point regarde MM. les comtes ses fils qui sont du nombre des acteurs de la comédie qui va être présentée par l'archiduc et l'archiduchesse ainée le huit de ce mois.

S. M. me charge de marquer à V. E. qu'elle ne scauroit luy dire combien Elle est contente de l'un et de l'autre, que tous les deux sont d'une attention et d'une politesse qui passe leur âge, que l'on ne scauroit parler le français plus finement de ce que l'ainé le parle; que ce qui augmente son penchant pour luy, c'est la ressemblance qu'Elle croit luy trouver en beaucoup des choses avec Votre Excellence, que le puisné luy paroit d'une vivacité charmante, et qu'en tirant leur horoscope, Elle destine l'un pour être à son tems un Ministre d'état, et le second un courtisan ou un gênerai des armées (33). Je n'exprime que très foiblement ce que l'Impératrice m'a chargé de luy mander à leur égard.

Monsieur d'Heimerle est de retour de Bohême. Il m'asseure d'être passé par Jaromeriz et d'avoir trouvé le seigneur de l'endroit en très bon état. S. E. Madame la comtesse ne luy a pas nommé Monsieur de Blumegen, et il m'a paru surpris lorsque je luy ay dit qu'à sa demande Sa Majesté m'avoit ordonné d'en écrire au dit baron, disant qu'il est bien dans l'esprit de Madame, mais point dans celui de Monsieur, et voulant dire à ce que je crois par là, qu'il ne seroit peut-être pas l'instrument le plus propre à y être employé. Il y a ajouté que la chose selon son avis, ne rencontreroit guerres de difficulté auprès du vieux Comte et que, pour autant qu*il scait, il incline, (si je ne me trompe), pour le troisième fils de Votre Excellenee. Apres luy avoir fort recommandé le secret, je lui ay conseillé d'avertir Madame la comtesse que Monsieur de Blumegen avoit ordre de seconder tout ce qu'elle trouveroit à propos et de ne faire aucune démarche qui ne fut entièrement de concert avec elle. Il m'a asseuré d'avoir un canal très seur pour luy faire parvenir ses lettres. J'en ai parlé sur le même pied à monsieur de Blumegen qui se trouve depuis quelques jours icy, sans luy avoir cependant rien lâché du discours d'Heimerle, et à ce dernier je luy ay fait mistère de ce qui regarde Wiese. Voilà l'état présent de l'affaire, corrigez-moi, Monseigneur, si j'ay

peut-être mal fait, prêt à obéir exactement aux ordres qu'elle voudra bien continuer à me donner. L'affaire est adjustée entièrement avec les princesses de Modene ainsi que V. E. le verra par leur lettre ci-jointe.

Nous ne scavons rien de plus de la négociation de la France avec la Saxe, de ce, que la poste passée, je luy en ay marqué en chiffre.

P. -S. — S. M. m'a ordonné encore de marquer à V. E. que, pour témoigner une sorte de confiance à M. d'Hautefort, Elle avoit permis qu'il luy seroit communiqué dans huit, ou dix jours d'icy le mémoire sur les pretensions Palatines; de même que celui qui regarde la garantie de l'empire par rapport à la Silésie; mais qu'elle avoit dit très précisément à cette occasion qu'elle vouloit absolument, que tout ce qui seroit à traitter de quelque importance, ne devoit passer que par elle.

Oserai-je supplier V. E. de faire remettre la lettre ci-jointe à monsieur le comte d'Esterhasi à son arrivée à Paris, et de me continuer surtout l'honneur de sa protection.

Idem qui in litleris.

Koch à Kaunitz.

Vienne, le 11 décember 1750.

Monseigneur.

Apprennant dans cet instant de Sa Majesté qu'un Courrier va être expédié directement à Paris avec des dépêches qui regardent l'affaire d'Aquileja, j'ay cru devoir profitter de cette occasion pour faire parvenir à Arotre Excellence les pièces ci-jointes, me réservant de faire suivre par la journalière de demain celles dont les copies ne sont pas encore prettes.

Parmi ces pièces Votre Excellence trouvera une de Blondel qui contient le détail de ce que luy a dit Sa Majesté l'Empereur à son audience de congé. Le récit en est assés juste et pour autant que je crois, l'empereur en écrira luy même par ce courrier à Votre Excellence, m'ayant ordonné de luy en faire faire une copie pour la joindre à sa lettre (34).

La franchise avec laquelle ce Monarque luy a parlé, et celle avec

laquelle Votre Excellence s'explique avec Monsieur de Puisieux, ne peut produire qu'un bon effet, et devroit diminuer peu à peu les soupçons que la malice de nos ennemis à sçu inspirer à la France sur la sincérité de nos intentions pacifiques, qui sont très certainement telles, pourvu que l'accession de l'Angleterre au traitté avec la Russie ne ràveille, à ce que je crains, ces mêmes soupçons; aussi Sa Majesté ne paroit-elle guerres avoir du plaisir de cet événement. Votre Excellence verra par la pièce de Beckers à Wachtendunck du neuf ou encore plus par celle de Bodewels au roy de la même datte, la confiance faitte à Barck par Blondel du discours de S. M. l'empereur (35). Ce n'est à la vérité qu'une confiance à demi, et je conçois, que sans donner lieu à des nouvaux ombrages contre luy, il ne pouvoit se dispenser de dire quelque chose à ces Messieurs d'une audience, qui a duré près d'une heure et demie, mais il n'a pas laissé d'en dire trop, et malin comme est le roy de Prusse, il est très apparent qu'il se servira de quelque souterrain pour tacher d'en faire quelque mauvais usage en Russie, croyant incapable Monsieur de Puisieux d'en faire autant de son coté, mais toujours en previendra-t-on, je pense, d'une manière convenable monsieur de Pretlach sans luy communiquer cependant (à ce que j'espère) la pièce de Blondel.

<Tay ordre de communiquer à V. E. la relation secrette que monsieur de Cristiani a faitte à S. M. de Venise avec la lettre qu'il a ecritte à moi, vous prévenant, Monseigneur, que ni S. E. le chancellier, ni monsieur de Bartenstein en a connoissance. Elles servent à faire connoitre la disposition dans laquelle il y a trouvé les esprits (36).

Icy on est tombé sur trois expédiens pour sortir d'affaire. S. M. croit que la république ne se prettera pas au premier, c'est a dire qu'elle ne voudra pas de l'érection de deux evechés, et de la suppression de la dignité patriarcale, après le décès du patriarche vivant. Elle doutte que le Pape donne les mains au second, savoir à l'érection de deux patriarchats et juge ainsi que le moyen le plus propre et aisé pour sortir d'affaire, seroit d'avoir un archevêque de notre coté. M. d'Hautefort en a proposé un quatrième au duc de Nivernois et ce seroit la translation du Patriarcat à Brescia moyennant l'extinction de celui d'Aquileja (37). Quelque soit la fin de l'affaire, je souhaitte qu'elle ne soit pas différée. Nous acoutumons la république à rechercher insensiblement la protection de la France; et si jamais malheureusement on en vient tôt ou tard à une guerre, et qu'elle s'étendit en Italie, nous nous en ressentirons que trop, si sans tirer l'epée la

république favorisait nos ennemis sous main autant que constamment elle nous avoit assisté dans les précédentes, si par une conduitteet de mesures sages nous ne trouvons le moyen de rameiner les esprits.

Par ma précédente, je me suis donné l'honneur de marquer à A'. E. que S. M. s'étoit déclarée de vouloir absolument que touttes les affaires a traitter avec la France, le soyent par elle, et qu'on ménage envers l'ambassadeur de cette couronne, comme envers tout autre, le contenu de ses relations. Ayant eu occasion de voir S. E. le comte de Colloredo le lendemain de ma lettre, j'ay appris par luy, qu'il avoit remarqué une espèce de mécontentement à l'ambassadeur de ce que personne ne luy avoit dit le mot sur les dépêches que V. E. avoit envoyées à Sartori tandis que monsieur de Puisieux l'avoit informé par un courier appareillent de son entretien avec elle, que Blondel le luy avoit confirmé, mais que le dinner fini qui étoit le même jour dans la maison du d. Ministre, l'ambassadeur avoit parlé longtems avec S. Excellence le G. d'Ulfeld, et qu'en partant il avoit paru plus satisfait.

Sa Majesté a trouvé nécessaire que j'informe Votre Excellence de cette circonstance, pour que vous me marquiés, Monseigneur votre sentiment de quelle manière vous croyés qu'on en ait à agir avec les communications à faire à l'ambassadeur, et jusques où peut ou doit aller le degré de confiance à luy témoigner pour éviter, de ne pas luy en dire trop d'un coté, et pour ne pas s'exposer non plus de l'autre à le dégoutter par une méfiance hors de place et à l'engager par là à diminuer les bons sentimens dans lesquels il paroit que Blondel l'a mis.

Sa Majesté qui connoit toutte la délicatesse de sa situation, m'ordonne de vous mander Monseigneur qu'Elle est entièrement d'accord avec les maximes et principes exprimés dans vôtre lettre du 27. mois passé, (38) qu'elle sera extrêmement sur ses gardes avec l'Espagne, et qu'elle est tout à fait du sentiment de Votre Excellence que sans la France il faut renoncer à tout projet, dans la situation ou se trouvent présentement les affaires de l'Europe.

P. S. Le départ du courrier s'etant trainé jusques aujourd'huy le soir, je rouvre mon paquet pour y joindre les pièces que je comptois d'envoyer à V. E. par la journalière de Bruxelles. Elle en trouvera plusieurs importantes tant parmi elles que parmi celles jointes à ma lettre d'hier. (39)

Je me trouve en état de repondre en même tems aux points conte-

nus dans le P. S. de V. E. du 28, et je crois ne pouvoir mieux m'en acquitter qu'en vous rendant, Monseigneur, les mots précis que vient de me marquer S. M. en me renvoyant votre lettre et P. S. :

« schreibt demgraff Kaunitz, daslveinworth weisvonderErlaubnuss von zwey Jahren von Esterhasi, noch weniger von seiner Tour in Italien, das sehr ùbel aufnehme, das ohne Erlaubnuss Er aus Paris gegangen. Der Printz kônne ihme zur Entschuldigung nicht dinen, dann Er wohlgwust, wohin Er sich addressiren hâtte sollen, Erauch nichts so pressantes gehabt.Er ware aber in allen Ein sehr schlechtes Sujet und von schlechter Conduitte, die Ihme mehr schand als Ehre machn wûrde, graff Kaunitz solle ihme also andeuthen, alsogleich nacher aix oder nach Niderland zuruckh zu kehren, von dannen Er umb Erlaubnuss alhier Einkommen konne wass Er zuthun gedenkhe so werde sehn was zu thuen seyn wurdt. Wegen der portraits is Es gantz Recht, auch wegen den schùhnen damen. In Migniatur fîgur so mir schier lieber, lasse dem Kaunitz aber frey nach seinen gusto Es zu machen. Er solle nicht vergessen Einen tanzmeister mir zu schikhen vor die Menuet, Contredances et Manières. Einen gesezten Mann vor mich nacher Hoff. »

S. M. m'a permis d'être du nombre des spectateurs de la petite pièce qui fut représentée au palais la veille de la fette de S. M. l'empereur. Elle a réussi à merveille. Que ne pouvois-je souhaitte V. E. un instant à ma place pour quelle eut eu la satisfaction d'être témoin de l'air aussi noble que naturel avec lequel l'ainé de Messieurs ses fils s'est acquitté de son rôle. Le cadet ne s'est acquitté pas moins bien du sien, mais il a moins brillé puisqu'il avoit beaucoup moins à dire.

Vienne, ce 42 Xbre 1750.

Kaunitz à Koeh.

Paris, le 11 Décembre 1750.

Mon exprés de Bruxelles, qui m'a apporté votre dernier paquet du 28 n° 15 n'est arrivé à cause du mauvais tems et des mauvais chemins, qu'hier à deux heures après minuit.

Il n'y a rien de plus obligeant, que l'intérêt que vous me témoignes

prendre à ma santé. Cela m'autorise à vous en parler, et à vous dire, quelle est grâce à Dieu assez bonne, et l'a été môme plus constamment, qu'à mon ordinaire, depuis Fontainebleau, malgrez le mauvais tems qu'il fait dans ce païs-ci depuis que j'y suis. Je n'y trouve pas jusqu'ici le froid aussi vif, qu'il a coutume de l'être à Vienne dans cette saison; mais il est plus humide; on est peu de jours sans pluye et sans brouillards. J'ai plus essayé le mauvais tems que personne, parce que j'ai passé jusqu'à présent la plus grande partie de mon tems dans les rues, occupé à rendre des devoirs, qui sont aussi multipliés comme vous savez, dans ce païs-ci que les distances des lieux sont considérables. Les grands diners, dont j'ai été assommé jusqu'à ce jour, m'incomodent fort aussi, mais cela est heureusement sur la fin, et j'en suis très charmé.

Madame de Hautefort fait une peinture bien naïve de sa timidité . Ce n'est pas ordinairement le vice de sa nation ; j'ai été charmé de ce qu'elle mande sur la façon dont elle a ete reçue. Le départ de Mr Blondel dépend de la volonté de Mr de Hautefort. Il est certain que le roy de Prusse a rendu de fort mauvais service à ce pauvre homme; mais il y a contribué aussi beaucoup lui-même à indisposer ici les ministres contre lui, parce qu'il a souvent voulu faire le docteur et n'a pas toujours obeï bien exactement. Je crois vous avoir dit déjà, Mr, que je suis très persuadé, et je ne doute pas un moment de l'intimité du concert sur la plupart des choses de l'Europe entre cette cour et celle de Berlin; cela meparoit si simple et si conséquent à l'état actuel des affaires et des intérêts de la France, que je n'en suis pas étonné du tout. Le roi de Prusse est son allié et nous ne le sommes pas; et quel allié encore? Un allié sans la puissance et considération duquel la France ne joueroit pas aujourd'hui dans le monde le beau rôle qu'elle y joue. Il est tout simple par conséquent, qu'elle ait plus d'égard et plus de confiance pour lui que pour nous.

La lettre dans laquelle le Roi de Prusse marque à Podewils, qu'il ne doute pas de la réussite de l'élection du Roy des Romains, est remarquable; cela est conforme aux propos de Mr de Puyzieulx; je doute fort que ce Prince ait intention de vendre sa voix pour de l'argent, mais je suis persuadé en même tems, qu'il a d'autres avantages en vue et je ne sais pas si je ne les devinerois pas peut-être. Il faudra voir, quelles seront les mesures que se proposera de prendre la cour de Londres. Quant à nous, nous n'avons rien de mieux à faire, que de nous en tenir à un juste milieu. Il ne faut ni trop d'empressement, ni trop d'indifférence; je ne crains jamais ce que l'on peut me proposer, car si ce sont des conditions, qui ne me conviennent

pas, je suis toujours le maitre de dire que je n en veus rien faire.

Il est vrai, que la lettre du Roy de Prusse, dans laquelle il fait mention de celle de Braidlon à Bossard, peut faire soupçonner l'Electeur de Bavière de mauvaise foy. Ce Prince voudroit se conserver la France avec l'argent des Anglois et le notre. En attendant nous sommes toujours assurés à bon compte de sa voix, à moins qu'on n'en vienne dans le collège électoral à une collision et scission dans les formes, chose à laquelle non seulement il ne faut pas donner occasion, mais qu'il faut même tâcher d'empêcher par tous les moyens imaginables, cela pourroit avoir des suites épouvantables.

Vous aurez observé dans la lettre du roy de Prusse à Podewils, combien ce Prince compte sur l'amitié de la France. Il en juge d'après le sisteme présent de cette monarchie et parcequ'il sait qu'elle n'est pas sujette à varier facilement. J'imagine, que sur bien des choses on obtiendroit des complaisances de la France, si elle n'avoit pas le roy de Prusse, le meilleur de ses alliez à ménager, et si elle n'étoit pas dans l'appréhension continuelle, de lui donner du soupçon. C'est ce qui est cause que les ministres de cette cour n'osent rien, qui pourroit paroitre tant soit peu contraire à leur sisteme présent.

Je suis déjà avec Mr de Puyzieulx sur un assez bon pied de cordialité et de franchise, mais comme il me croit plus habile que je ne suis, et que d'ailleurs il s'appercoit que je ne suis pas homme à me laisser payer de paroles, il ne laisse pas d'être un peu embarassé vis à vis de moi, entre le désir de ne point manquer à ce ton de cordialité, et la crainte que je ne entraine au delà de ce qu'il peut et doit aller. J'espère cependant, que je le mettrai successivement toujours plus à son aise et j'aurai toujours grand soin, de tenir un juste milieu et de ne rien précipiter. Le reste dépend du tems et des événements.

Je trouve plusieurs bonnes choses dans les papiers de Mr de Bartenstein du 24 novembre, qui doit contenir le résultat d'une conférence; il me semble cependant, que si ce doit être une réponse à la déclaration, que le roy de Prusse a fait faire à Mr de Puebla, elle n'épuise pas la matière; mais je ne puis pas trop en juger cependant que je n'aye eu toutes les pièces que doivent m'être communiquées et que je n'aye vu par là, à quoi doit servir ce papier, et dans quel esprit il a été fait.

Mde de Pompadour a été ces jours passés dans des nouvelles allarmes, que le Roy ne lui échappe. Il a repris à ce Prince un de ses accès de dévotion, qui lui prennent assez souvent, mais elle en a été quitte pour la peur. On a soin d'employer dans ces occasions tous les

moyens imaginables pour le distraire. Cela a réussi jusqu'ici, mais je suis persuadé du caractère dont il est, que tôt ou tard il finira dans la plus grande dévotion. (40)

A mesure que je vois de plus près cette cour et le gouvernement intime de cette monarchie, j'y découvre plus de défectuosités. C'est une charrue assez mal attelée et la plupart des choses ne se font que par intrigues et cabales. Nous avons de quoi nous consoler de ce que cela n'est pas mieux; il est certain, que c'est un corps, qui ne se soutient que par son immensité. Dieu veuille conserver longtems nos respectables souverains, je n'en vois pas qui leur ressemblent. Si ces vœux, que je fais de toute mon àme. pour leur conservation sont exaucés comme je l'espère, la France a certainement plus sujet que jamais de nous regarder avec des yeux d'envie et de jalousie.

J'ai l'honneur etc. etc.

P. S. separatum lmum

de eodem.

Je vous suis très obligé, Mr, de ce que vous avez obtenu de S. Mté la permission, de m'envoyer la note dont Mr de Bartenstein a accompagné sa déduction sur l'insubsistance despretensions Palatins. Il n'y a rien à dire sur les maximes générales qu'elle contient, elles sont très justes, mais il ne faut pas les oublier dans l'exécution et envisager toutes choses sans préjugés et sans préventions; chaque cour se conduit selon ses intérêts, c'est là dessus et point sur les faits particuliers ou des paroles qu'il faut tabler.

Je suis etc. etc.

P. S. separatum 2dai"

De eodem 11 Decembris 1750.

Nous venons d'apprendre, que le Sr Amraon cidevant ministre de Prusse à la Haye, et en dernier lieu aux conférences d'Aix la Chapelle petit intriguant, aussi méprisable par ses qualités personnelles que connu dailleurs de tout le monde par les gazettes, devoit partir le 28. novembre de Berlin pour se rendre ici, chargé sans doute de la conduite de quelque nouvelle manigance de la façon de sonmaitre. (41) Si on peut savoir dans la suite, ce que c'est, j'aurai soin de vous le mander. Il n'est pas possible d'être plus alerte et plus attentif sur tout ce qui peut humainement plaire ici, que ne l'est le roy de Prusse. Il vient d'envoyer tout récemment un présent de 6 pièces de vin de Tockay au Roy et à Mr le Marquis de Puyzieulx, qui l'aiment beaucoup l'un et l'autre.

Si S. Majté jugeoit à propos de faire pareil présent, je pense que cela seroit fort bien ; mais il faudroit que ce fut du parfait et si jamais cela se faisoit, je vous prierai bien instamment en ce cas, comme je sais que vous vous y connoissez, de m'envoyer par la même occasion 2 ou 3 pièces pour mon compte. Ne dites cependant rien de mon idée, si elle ne vous paroit pas bonne.

Kaunit: à Koch.

Paris le 18 Décembre 1750.

J'ai reçu hier après midi Mr le paquet N° 17 avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'ecrire du 5. du courant. J'ai été plus mortifié, que vous ne scaurois le croire, d'avoir dû laisser passer la première huitaine de mon séjour dans ce pays-ci, sans donner de mes nouvelles. Mais tout comme je ne l'ai pas pu dans les premiers momens, j'espère que cela n'arrivera plus.

Je suis pénétré dailleurs de la plus respectueuse reconnoissance pour l'intérêt que Sa Mlé veut bien avoir la bonté de prendre à ma pauvre santé, les marques de son inestimable bienveuillance augmenteroient mon attachement, si cela etoit possible. Je suis bien aise que S. Mté l'Empr ait trouvé bon, que j'aye pris la liberté de lui écrire, je la prendrai à l'avenir lorsqu'il y aura choses qui me paroitront dignes de son attention particulière.

Je vous ai déjà parlé quelques fois de la source des soupçons et méfiance de cette cour, leur vraye origine pour vous parler clair, c'est le vilain tripotage du Sr Kauderbach pendant les conférences D'Aix la Chapelle. S. Mté se ressouviendra que je m'y suis opposé, par zèle pour son service, sans aucun ménagement pour son ministère. Je sentois les conséquences de cet empressement prématuré, avec lequel contre vents et marée, on a voulu que je suive l'amorce chimérique des propos vrais ou prétendus de Mr de St. Severin, quoique avec beaucoup de témérité de ma part, je ne me sois pas avanturé à beaucoup près, autant qu'on me l'ordonnoit en me répétant toujours très sérieusement, que c'etoit l'intention de S. Mlé zufolge eines dreyfachen Conferenzial Schlusses ; c'étoit la phrase. Le peu que je n'ai pu me dispenser de dire, a cependant beaucoup trop fait sentir à la France notre façon de penser sur le roy de Prusse, et il en

est résulté tout uniment, que tout ce qui est arrivé du depuis, la France l'a rapporté à celte idée et l'a regardé comme des finesses relatives à ce beau projet duSr. Kauderbach. Voilà ce que l'on gagne, lorsque l'on veut précipiter les choses, se faire illusion sur les circonstances et ne pas se mettre à la place des gens. Cela a engagé la France à s'unir plus étroitement avec le roy de Prusse, cela lui a fait resserrer les liens de son alliance avec ce Prince; cela a mis enfin toutes les choses dans l'état, ou elles sont actuellement et dont il est beaucoup plus difficile naturellement de les tirer. J'ai dit déjà bien des choses à Mr de Puyzieulx, pas à beaucoup près cependant tout ce que j'ai envie de lui dire et que je lui dirai peut être bientôt, peut être pas de longtems, peut être même pas du tout. Jamais rien que in tempôre opportuno; c'est ma façon de penser; je ne crois pas qu'elle soit fausse, ou au moins je n'ai pas eu occasion encore de me persuader qu'elle l'étoit.

Je ne crains plus ici les suggestions du roy de Prusse, le ministère de cette cour se conduit selon son système, cela me paroit tout simple et nous ne pouvons mieux faire que d'en faire autant. Point de petites jalousies, point d'entêtement et un seul point de vue, qui doit être l'intérêt de notre maitre. On a bon dire ce que l'on voudra, cette petite cour de Mannheim je la trouve plus dangereuse qu'une autre, parce qu'elle se conduit ainsi, ses ministres s'entendent à demi mots. Toute la différence que nous devrions mettre entre notre conduite et la leur, c'est que nous devons surpasser en bonne foy les procédés de cette cour et de toutes celles de l'Europe. Ce sera toujours la meilleure politique de la maison d'Autriche.

Keith sera peiné du plis qu'a pris l'affaire de l'élection. Son succès pourroit lui faire espérer une situation assurée et plus favorable à notre cour. Je ne doute pas dailleurs, que les Puissces Maritimes ne soient un peu jalouses de moi, je ne dissimulerai pourtant pas pour cela, que je tacherai d'être bien ici, cela n'a rien de commun avec les principes.

Il me semble par la lettre du roy de Prusse à Podewils, qu'on l'a déjà préparé d'ici sur ce qui me regarde. Mr de Puyzieulx m'a dit lui même, parlant aimablement, qu'il avoit sur ma personne des ménagemens à garder pour ne pas allarmer ce Prince, cela m'a paru juste et raisonnable ; aussi sentant qu'il n'en auroit été ni plus ni moins, et que même Mr de Puyzieulx vraisemblablement m'auroit témoigné moins de confiance dans la suite, si j'avois voulu le trouver mauvais et crier contre, je m'en suis bien gardé.

On m'a envoyé toutes les pièces que vous m'aviez annoncées, je ne

vois pas trop encore ou nous en voulons venir, mais je comprens aussi, qu'on n'a pas trop pu se décider sur rien, ne sachant pas encore comment on pense en Angleterre ; nous allons voir plus clair dans peu. J'ai lu quelques uns des ouvrages de Mr de Bartenstein avec plaisir, il y a plusieurs reflexions très sensées, son mémoire sur les prétensions de la cour de Mannhein est assez fort et je crois comprendre ce qu'il a voulu dire dans certains endroits enveloppés. Je me suis attendu cependant à plus de détail sur l'article des arrérages de subside, notamment sur la période depuis 4726 jusqu'au commencement de la guerre. Son grand argument, que la cour Palatine n'a point rempli les traités, ne paroit quadrer qu'au dernier tems. Je pense, qu'on auroit dû ajouter qu'elle s'étoit déjà opposée à la diète à la sanction Pragmatique dès l'année 1731.

Je suis très sensible à la confiance de S. Mté , je n'en abuserai pas et elle peut en toute surêté s'épargner la peine de lire des rescripts, que l'on m'addresse. L'ordre de S. Mlé de ne pas me citer, est une affaire essentielle; cela n'est jamais bon à rien, et le moindre mal qui en puisse arriver, c'est que l'on rend ses ministres odieux et inutiles.

Je comprends à présent au moyen du mémoire sur les prétensions Palatines, ce que Mr de Puyzieulx a voulu dire en peu de mots, aussi bien que Mr de Beckers dans ses dernières lettres à Wachtendonck. (42) Il faudraprendre garde, de ne pas se laisser embarquer lorsqu'il voudra liquider avec le commissariat, ce seroit tout gâter que de sepreter àtraiter par pièces et par morceaux; cela n'arrive qu'à ceux, qui par paresse, ou faute de courage et de lumières ne savent pas se décider.

J'ai lieu de croire, que M'd'Hautefort n'a mandé par courier, ce qu'on lui a dit à Vienne, ensuite de mes premiers raports sur l'élection d'un Roi des Romains, que pour tâcher de s'emparer de cette négociation.

Vous m'avez mis fort à mon aise par ce que vous avez la bonté de me marquer par ordre de S. Mlé sur mes deux fils; j"avois bien peur, qu'on ne s'apperçut du peu de soin que j'ai pu donner jusqu'à présent à leur éducation, je vous avoue même, que je n'attribue qu'à la bienveuillance de S. Malé, ce que vous me dites en leur faveur. Dieu veuille, qu'ils puissent devenir d'aussi bons citoyens et d'aussi utiles sujets que je le désire, ils feroient tout mon bonheur. Je leur transmettrai au moins mon attachement pour S. Mté, si je ne puis pas en faire davantage. Vous avez bien de la bonté de vouloir bien vous intéresser autant que vous faites à mon affaire; il faudra que Mr de

Hairaerl et Mr de Blumeggen ne fassent rien au monde sans l'avis de ma sœur.

Je vous renvoyé l'original de la lettre des Princesses de Modène ; Mr de Montecucoli m'écrit qu'elles ont été pénétrées de la bienveuillance de S. Mlé et que si elles avoient osé s'écarter de la teneur de la lettre concertée avant mon départ, elles en auroient écrit une bien plus forte pour témoigner leur reconnoissance.

S. Mté a donné une nouvelle preuve de sa bonté pour moi et de sa sagesse ordinaire en même tems dans l'ordre que vous me marquez qu'elle à donné de ne communiquer que dans 8 ou 10 jours à Mr d'IIautefort le mémoire sur les pretensions Palatines et celui de la garantie de l'Empire du traité de Dresde. J'y suis aussi sensible que je le dois, mais je vous proteste cependant bien sincèrement, que je ne serois bien aise que les choses aillent par mes mains, que parceque je crois, qu'il ne seroit pas du service de l'Impératrice et de l'Empereur, que cela allât autrement.

Je ne fais point aujourd'hui de raport à S. Mté parceque je ne veux pas arrêter mon exprès, mais j'écris en peu de mots à Mr le C. d'Ulfeld, tout ce que je puis dire. Je suis fort sensible à la peine qu'il se donne, de m'ecrire toujours fort au long. Je n'ai point vu la lettre de Mr de Vorster, qui contient le propos de Mr de Munchhausen sur les affaires de religion ; on a oublié apparement de me l'envoyer. Si vous l'avez, vous me ferez plaisir de me la communiquer.

J'ai l'honneur d'être avec la considération et l'amitié la plus sincère etc..

P. S. separatum au même.

Je vous envoyé ci-joint un edit du Roy portant création d'une noblesse militaire, je vous enverrai dès que je pourrai l'avoir un poème que l'on vient de faire sur ce sujet à la louange de ce Prince; il y a du beau, je l'ai entendu reciter par l'auteur. Le Roi vient de donner son consentement aussi à un établissement très vaste et qui ne pourra être que d'une très grande utilité, c'est une école ou Académie militaire de 500 gentilshommes qui seront élevés gratis dans un immense bâtiment que l'on va faire dans la plaine de Grenelle à coté de l'IIotel des Invalides, depuis l'âge de 8 ans jusqu'à celui auquel ils seront en état d'entrer dans le service; si je puis avoir le plan de cet établissement je vous l'enverrai. Il est de l'invention du fameux Mr Paris du Vernay (43), et son exécution est même confiée à ses soins; vous trouverez dans l'une et l'autre de ces deux choses beaucoup debon. Tout cela seroit également utile et désirable chez nous et quoique nous ne

soyons pas riches, je ne le crois pas impossible; qui sait, ce que l'on pourra faire encore un jour; quand même nous ne devrions pas en jouir, il faut travailler un peu pour la postérité. Nous n'aurions pas mille choses très utiles et très agréables, si nos ancêtres ne les auroient pas faites.

Je suis ut in literis etc.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 19 Décembre 1750.

Monseigneur.

J'o père que ma précédente du onze sera parvenue à Votre Excellence avec le P. S. du douze par le courrier qui luy fut dépêché le même soir. J'ay eu la précaution d'en avertir le même jour Monsieur le Marquis de Botta, pour luy indiquer la raison pour la quelle rien ne luy fut addressé alors.

Rien ne s'est présenté du depuis que je sache qui meritte d'être rapporté à Votre Excellence, et sa lettre du quatre ne contient non plus rien qui exige une réponse.

Tout ce que je puis avoir l'honneur de vous marquer, Monseigneur, se réduit à ce que Sa Majesté reconnoit, comme d'ordinaire toutte la solidité de vos reflexions, et qu*Elle a soing que l'on se conduise icy selon icelles.

Monsieur d'Hautefort continue à recevoir touttes les distinctions possibles, il enparoittrès content, et il auroittortdene pas l'être, fetté comme il est présentement à un grand repas après l'autre ; il devoit être admis ce soir à la représentation de la petitte pièce des archiducs, et c'est principalement à cause de luy et de Madame que les ambassadeurs y furent priés, Monsieur de Bestuchef, jaloux et bizare comme Votre Excellence le connoit, ayant lâché l'autre jour au vicechancellier d'empire qu'il luy paroissoit qu'on distinguoit beaucoup celui de France; une indisposition de l'impératrice douairière a obligé de la différer, quoyque sans danger du moins prochain; elle se porte depuis quelques jours plus mal, mais aussi la saison est si singulière et si mauvaise que la pluspart de monde s'en ressente.

V. E. verra d'ailleurs dans les pièces secrettes un passage assez

remarquable du dit Bestuchef d'un discours qu'il a tenu à Bodewels et elle trouvera dans les autres des faits et circonstances dignes de son attention (44).

Le trop de facilité avec laquelle Blondel s'est expliqué envers Barck sur une partie de ce que S. M. l'Empereur luy a dit à son audience de congé, a engagé l'Impératrice d'en user avec plus de réserve de ce qu'elle auroit fait sans cela. Elle n'a cependant pas laissé de luy en dire assez, et elle a lâché tout exprès le passage, qui regarde V. E.

Ce que le roy de Prusse mande à Bodewels du discours secq que Puissieux auroit tenu à V. E. sur l'élection, ne revient pas avec vos rapports, Monseigneur. Je le regarde plutôt pour un bon signe, et pour une marque, que la France ne s'attache pas à celuy confier ce que le dit entre V. E. et ce ministre (sic!) et qu'elle luy parle sur ce ton pour luy faire croire qu'elle est entièrement éloignée de le pretter à nos vues afin de luy donner d'autant moins des soupçons.

Nous allons avoir icy Klingraff, l'homme le plus fin qu'il aye, et à Paris il envoyé ce qu'il a de plus fourbe, savoir Mr Amon, caractère très mauvais, et qui ressemble entièrement à son maître (45).

Monsieur le Comte de Wurmbrand mourut avanthier d'une attaque d'apoplexie ; selon touttes les apparences il sera remplacé par Monsieur le comte d'Harrach.

Votre Excellence fut d'abord mis sur le rang, Monsieur le Prince de Ditrichstein le fut aussi, mais Sa Majesté persiste inébranlablement dans l'intention que vous savés, Monseigneur, en vous destinant pour ce qu'Elle a de plus important et de plus délicat. Mr Cavalo sera placé d'une façon ou d'autre, et bien. Sa Majesté compte de luy donner un cmploy dans la carière des finances ou du commerce, et en attendant il continuera à jouir de ses appointemens présens jusques à ce qu'il soit placé, ce qui sera, j'espère, dans peu.

Vous avés fait un vray plaisir, Monseigneur, à Sa Majesté en luy mvoyant les pièces imprimées qui luy serviront d'amusement dans le peu des instans qu'elle a à elie.

On ne scauroit être plus pénétré que je le suis des bontés et grâces que Votre Excellence veut bien me témoigner par sa lettre du quatre, je ne les meritte que par la sincérité de mon dévouement qu'elle trouvera en toutte occasion le même et à toutte épreuve, ayant l'honneur, etc.

P. S. Je me donne l'honneur de luy envoyer une autre relation du comte de Cristiani.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 24 Décembre 1750.

Monseigneur.

Apprennant dans cet instant qu'il va partir un courrier pour Paris, je profitte de cette occasion pour faire parvenir à Votre Excellence les pièces ci jointes, me reservant de faire suivre par la journalière d'après demain les autres qui ne sont pas encore prettes.

Sa Majesté se porte grâce au Seigneur, aussi bien qu'il se puisse après le triste événement de la mort de sa très auguste mère. La tendresse de fille, jointe à la bonté incomparable de son cœur luy a fait verser un torrent des larmes qui l'ont beaucoup soulagée.

Le traitté entre la France et la Saxe n'est pas encore conclu, il n'est pas Même aussi seur encore que par touttes les circonstances on auroit de supposer.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 26 Décembre 1750.

Monseigneur.

Je fait suivre par la journalière d'aujourd'huy les pièces ci jointes qui n'étoient pas encore prettes au départ du courrier dépêché avant hier, en y ajouttant celles qui me sont parvenues du depuis. Le sens quoyque obscur de celle de Monsieur d'Hautefort à Monsieur de Puisieux ne paroit pas de meilleurs. J'augure par son contenu et par l'indifférence qu'il paroit affecter sur le départ de Blondel, qu'il doit avoir reçeu par Puisieux ou Tiquet une espèce de reproche de s'être pretté trop facilement à ses insinuations, et qu'il s'excuse sur luy sur une démarche que Sa Cour paroit ne pas approuver. Il a écrit jusques

icy extrement peu en chiffre ce qui fait qu'on n'a pas encore pu commencer à y mettre la main (46).

Par un hazard des plus fâcheux tout le monde paroit s'être donné le mot à changer près qu'à la fois de chiffre, et actuellement nous en avons près de trente de nouveaux sans ceux de Messieurs de Klingraff et d'Aslor, qui n'ont pas encore parus, de façon qu'on ne scait presque plus par lequel il faudroit commencer.

Je n'ay d'ailleurs rien à marquer aujourd'huy à Votre Excellence qui puisse meritter son attention, le triste événement du lundi n'ayant guerres laissé du teins à Sa Majesté de s'appliquer aux affaires. Son affliction est toujours la même., sa résignation aussi, et c'est un bonheur de plus grand que sa santé n'en aye pas plus souffert, ayant eu un accès assez fort de colique et des meaux de reins dans le tems que le médecin s'apperceut que l'impératrice-mère alloit s'approcher de sa fin. On n'a jamais trouvé un corps plus sain ni plus robuste que celui de la défunte qui avoit touttes les parties nobles dans l'état le plus fraiche. Elle est morte d'une rétention d'urine, et une pierre aussi grosse qui avoit l'air d'une orange, etoit sur la matrice. S. M. héritière de ses vertus, l'est aussi de ses biens d'Hongrie et de tout le reste qu'elle a laissé. Elle a pourvu des pensions ses domestiques et on est occupé d'aranger ses dettes pour les payer le plutôt possible.

J'av l'honneur...

Ktniiiit: à Koch.

Paris, le 26 Dezembre 1750.

Monsieur! Le courier Lamontagne avec les autres paquets, dont il étuit chargé, m'a remis aussi Mr, le vôtre N° 18, avec votre lettre et P. S. du 41 et 12 de ce mois.

S. Mlé l*Empr paroit avoir prévu, quelle seroit la situation des esprits à cette cour, lorsque la dépêche de Blondelpourroity arriver. On a été touché ici de la sagesse et de la noble candeur, qui régnent dans tout ce que S. Mté lui a dit. Cette bienheureuse accession cependant le rappel inopiné de Mr Gross(47), enfin mille combinaisons que l'on fait lorsque l'on est prévenu, comme le sont ces gens-ci, n'ont l»as laissé de les allarmer beaucoup. Ils sont soupçonneux au delà de l'imagination, et il est en vérité bienheureux, avec la fermentation

qu'il y a dans les esprits, que je sois ici actuellement. M. de Puyzieulx paroit prendre quelque confiance en moi ; je ferai ce que je pourrai pour l'augmenter et je me flatte toujours, que la vérité aura enfin le triomphe qui lui est dû, et que S: M: Prusienne s'embrouillera si bien dans ses propres finesses qu'à la fin elle ne saura plus en sortir lui même.

Pour ce que l'Empereur a dit à Blondel sur le chapitre de la Russie je repondrai que l'on n'en fera aucun mauvais usage ici.

S. Mté L'Impce raisonne comme un ange à son ordinaire, sur les trois expédients, que nous proposons par raports au patriarchat d'Aquilée; s'il y en a un qui puisse réussir, c'est celui de laisser à la république un patriarche, où elle voudra, pourvu qu'il |ne s'apelle plus d'Aquileja et d'avoir un archevêque pour nous; pour les deux autres, il faut être juste. Le premier ne peut pas convenir aux Vénitiens et le second ne peut pas convenir à la cour de Rome qui ne doit pas être curieuse de multiplier les Patriarchats ; mais j'ai de la peine à croire, que les Vénitiens voudront même le 3e expédient. Qu'est-ce qui doit les déterminer à renoncer à leur prétension ? Rien, à envisager la chose sans prévention ; je suis étonné qu'ils ne prennent pas le parti de rappeller le nonce et de renvoyer un ambassadeur à Rome; par ce moyen tout seroit fini et ils garderoient leurs droits, tels qu'ils sont. En attendant comme les 3 mois vont expirer, j'ai couru au plus pressé et je me flatte que le pape nous priera de différer encore l'interruption de la correspondance (48).

Faites agréer, je vous prie, à S. M,é mes très humbles remercimens pour la relation secrette du chancelier Cristiani, je suis d'avis avec vous qu'il faut tacher de finir cette misère, et j'y ferai démon mieux.

Pour ce qui est des communications à faire à Mr d'Hautefort, ici et par tout ailleurs, ou on fait les choses convenablement, on ne dit jamais aux ministres étrangers des relations des siens, que les choses qui peuvent les rendre agréables à la cour, ou ils sont, et on ne leur en dit jamais d'autres parceque sans cela on fait des tracasseries à ses ministres, qui les rendent odieux et inutiles au préjudice des affaires de leur maitre. On m'en a même dejafaitune surmon premier rapport. Car j'ai vu Mr de Puyzieulx dans l'idée, que j'avois mandé à ma cour qu'on ne vouloit pas ici l'élection. Or j'ai mandé positivement le contraire, et je ne puis attribuer ce raport de Mr d'Hautefort qu'a un mesentendu ; ou, on n'a pas entendu ce que j'ai mandé, ou Mr d'Hautefort a mal compris. Mais quand même je l'aurois écrit, on ne devoit jamais m'attribuer cette notion. On a tant d'autres communications à faire à un ministre étranger, auquel on veut témoigner de la con-

fiance qu'on n'a pas besoin de les aller puiser dans les relations des siens, au moins ne faut-il pas dire que c'est de là qu'on les a tiré quand on veut en faire usage.

J'ai relu le mémoire de Mr deBartenstein sur les pretensions de l'électeur palatin, je suis bien aise, qu'il l'ait fait, et j'y trouve réellement tout plein de bonnes choses, mais je dois pourtant vous anoncer, que vous pouvez compter l'élection au Roy des Romains manquée, à moins qu'on ne trouve un moyen de s'accomoder avec la cour de Manheim etN. B.par le canal de la France. Quand on aime ses maitres, on ne les flatte point et moyennant cela je crois devoir dire les choses, telles qu'elles sont et j'en userai toujours ainsi jusqu'à ce que je sache, que cette façon d'agir déplait à S: Mté , ce que je n'imagine pas.

Je reponds aujourd'hui à la lettre, que l'Empereur a eu la bonté de m'écrire, je fais des vœux pour l'heureuse délivrance de S: Mté, mandez moi quel est son terme et souvenez vous toujours que j'ai l'honeur d'être inviolablement...

P. S. au même.

J'ai dit à Mr le Cte d'Esterhasy, ce que vous me mandés par ordres de S. Mlé. Il m'a paru extrêmement peiné et pénétré de l'idée d'avoir pu lui déplaire. Il s'est déterminé de son propre mouvement a retourner à Vienne, imaginant qu'il ne seroit peut être pas agréable à S. Mté qu'il lui demande quelque autre permission. Dans notre intimité je vous dirai, que je souhaiterois que S. Mté voulut bien ne pas lui faire sentir trop amèrement qu'elle est mécontente de lui. Il est pourtant un seigneur hongrois et il a servi avec beaucoup de zèle pendant la dernière guerre. Ce sont des circonstances qui me paroissent mériter quelque considération. Je ne dirois cela à autre qu'à vous, mais que cela reste entre nous cependant; et si ma réflexion vous paroit sensée et que vous jugiez à propos d'en faire usage, ne le faites que de vous même. Je voudrois que l'Impce qui est née pour être adorée de tout le monde, ne fasse jamais rien qui ne répond à cette aimable humanité qui est de bon caractère.

Il me reste encore à vous prier de vous intéresser pour quelqu'un qui le mérite supérieurement à tous égards. C'est le Sr de Weyrother, qui a été en dernier lieu premier piqueur du manège de l'académie de Savoye à Vienne, et que S. Mté a pris pour l'être du collège Theresien ; on ne pouvoit pas faire assurément un meilleur choix; il est sans contredit le plus habile homme qu'il y ait aujourd'hui en Europe pour son art et pense avec cela qu'on ne peut pas plus respectablement. Mon témoignage sur ce métier peut servir de texte. Or cet honnête

homme, qui est au service de S: Mté depuis le lr mai de l'année courante meurt de faim, et n'a pas touché une obole de ses appointemens jusqu'à présent, parcequepersonnen'a pris lapeine, d'en faire souvenir S. Mté, qui auroit sans doute d'abord donné les ordres nécessaires pour que le payement se fasse selon ses intentions pour le passé et dans la suite avec la règle que nous savons que l'Impce aime en toutes choses. J'ai fait écrire à ce galant homme par son frère qui est à mon service, qu'il aille vous faire la révérence et que je vous le recommanderois. Accordez lui je vous prie votre protection, je vous reponds qu'on ne peut pas en être plus digne.

S. Mté sera obéïe pour les portraits, je commence toujours aujourd'hui à lui envoyer celui du Roy, que vous trouverez ci-joint et qui est parfaitement ressemblant. Je voudrois pouvoir aussi bien réussir pour la commission du maitre à danser; mais je dois vous dire qu'il sera très difficile de trouver quelqu'un dans ce genre, qui mérite la peine d'être envoyé et qui veuille se depaïser. La danse est si prodigieusement déchue dans ce païs-ci, que cela ne se conçoit pas. Je suis tombé de mon haut, lorsque j'ai vu les ballets de l'opéra. Non seulement il n'y a plus de parfait mais même très peu de médiocre. Pour le menuet il n'y a plus de bal, où on en danse. La mode en reviendra peut-être un jour, mais actuellement elle est entièrement passée, on ne danse que de contredanses et il n'y a presque plus personnes ni en hommes, ni en femmes, qui dansent un peu honnêtement le menuet. Jugez ou on en est réduit. On ne connoit pour maitre en hommes, que Mr Marseille, qui a, je crois 80 ans, et est tout perdus de goûte, et en femmes, qu'une petite fille del'opera quel'on appelleMad1IePuvignée fille de 45 ans, un vrai enfant. Je vous fait tout ce détail pour vous faire sentir combien il sera difficile de trouver ce que S: Mté désire; j'y ferai de mon mieux cependant et si quelqu'un qui puisse nous convenir existe je tacherai de l'avoir.

Ce que vous me mandés, mon cher Baron, de mes deux garçons, me fait le plaisir le plus sensible. Je suis bien content d'eux, s'ils ont tâché déplaire à S. Mté , je les renoncerois s'ils n'avoient été ainsi occupés de ce soin, que tout ce qu'il m'appartient doit l'être. Je les recommande aussi bien que moi à votre précieuse amitié. J'ai l'honneur d'être ut inliteris etc..

P. S. IIdum au même du 28 Dez.

, Je comptois dépêcher le courier Lamontagne déjà le 26. mais un violent accès de fièvre qui m'attaqua le même soir m'en a empêché. Elle est actuellement continue et accompagnée de très sensibles maux

de tête, de sorte qu'on m'a tiré déjà deux fois du sang du pied. Gela m'a soulagé un peu et je me suis efforcé à signer les dépêches qui partent aujourdhui avec le dit courier; mais je me trouve hors d'état, de vous envoyer le portrait, parceque l'ouvrier qui devroit faire l'étuit et me l'envoyer pour l'y mettre, m'a manqué de parole (49). Je tacherai cependant de vous l'envoyer par la première occasion.

Koch à Kaunitz,

Vienne le 2 Janvier 1751.

Monseigneur.

Je ne scaurois mieux commencer l'année qu'en faisant les vœux les plus ardens pour la conservation de la santé précieuse de Votre Excellence, et pour l'accomplissement le plus parfait de ses désirs. C'est un homage que je ne cesse de vous rendre, Monseigneur, à tout instant, et que je ne discontinueray de vous rendre tant que je vivray.

Les lettres de Votre Excellence nous manquent depuis dix jours. Aussi la première question que me fit ce matin Sa Majesté en entrant, étoit si je n'avois pas à luy donner de ses nouvelles. J'espère qu'aucune indisposition n'aura part à ce délai, mais je ne puis me dispenser de supplier Votre Excellence de nouveau de ne jamais laisser passer la huitaine sans marquer qu'elle se porte bien, quand même elle n'auroit rien d'autre à écrire. Non obstant que les paquets de Bruxelles passent par le pays de Juliers, il n'y a rien à craindre pour la seureté de la correspondance, les mailles ne s'y arrettant nulle part à moins que quelques personnes masquées ne dévalisent un jour le courrier de Bruxelles, la correspondance de Votre Excellence ne court aucune risque. Je crois le cabinet de France incapable d'une telle violence; il n'y a que le cabinet de Russie qui se soit avisé autrefois de le faire, et ce n'est que le souvenir de cet attentat qui m'a fait venir cette idée.

Il y a plusieurs pièces assés instructives parmi les ci-jointes, et il en suivra des plus importantes à mesure que l'on parviendra à déchiffrer successivement les nouveaux chiffres. Non obstant que Monsieur d'Ilautefort ne s'explique qu'en termes vagues et obscurs,

il paroit que Monsieur de Puisieulx doit l'avoir averti de témoigner plus de confiance aux ministres de Prusse, de Suède et Palatin, et de se pretter moins à nos insinuations et à celles de Blondel. KlingrUff qui est arrivé, passe pour l'homme le plus fin et délié du roy de Prusse. Nous verrons dans peu, si par ses manières insinuantes et douces il parviendra à s'emparer de l'esprit de l'ambassadeur.

Monsieur de Widmann est en mille peines que les mal intentionnés ne trouvent moyen de changer l'électeur de Cologne durant son séjour à Munie, et que ce changement ne puisse influer successivement sur celui de Bavière. La ténacité mal placée du ministère anglais en sera la cause si cela arrive.

Le roy de Prusse a reçeu en apparence très bien mon frère (50), mais il s'avise de demander que l'on finisse à la fois l'objet des dettes de Silesie avec celui du commerce. S'il continue à persister dans cette idée, je crois qu'on tâchera de tirer la négociation ici, étant à remarquer, que c'est lui qui a fait le premier les innovations en fait du commerce, et que les choses se remettant sur le pied de ci devant, il y gagneroit de beaucoup plus que nous. J'ay fait tirer copie des lettres ecrittes en dernier lieu par Monsieur le comte de Cristiani pour les envoyer à Votre Excellence. II y en a deux à Monsieur le comte de Taroca avec la copie de celle qu'il a écritte au Cardinal Doria et trois à moy, ayant ordre de m'ecrire sur les matières les plus réservés qui ne doivent être que pour Sa Majesté seule. Son caractère est si peu lisible que pour vous en faciliter. Monseigneur, la lecture, j'ày cru mieux faire de vous en remettre les copies, et je continueray à en faire de même touttes les fois qu'il se présentera quelque matière qui meritte Votre attention.

11 y a plusieurs traits assés remarquables dans le récit qu'il fait à son président des entretiens qu'il a eus avec Carpintero à Parme et avec l'ambassadeur d'Espagne à A'enise, ce qui sert d'éclaircissement au passage qui le regarde dans la lettre de Chavigni à Monsieur de Puisieux (51).

Votre Excellence en trouvera un plus remarquable encore dans les lettres à moy sur les ouvertures que luya faitte l'Infante et Serati son secrétaire de confiance. 11 s'en est tiré en homme d'esprit, mais la chose ne laisse pas d'être de conséquence, n'étant pas à présumer, que l'Infante se seroit avancée à luy parler de la sorte à l'insçu du roy son Père (52).

L'âge de l'archiduc sauroit un prétexte tout naturel à éluder de s'expliquer sur un objet si éloigné, sans paroitre qu'on ne pourroit

pas y penser à son tems. Le dauphin sans succession maie, la tendresse décidée et extrême du roy pour l'Infante sa fille, le dessein qu'on luy suppose de luy destiner le Throne de France en cas que le dauphin vint à manquer sans succession, ce peu d'union qui paroit suhsister entre le roy de Naples et l'Infante Philippe, la resolution que l'on attribue au premier de ne vouloir pas céder à l'autre ses deux royaumes s'il vient au Throne d'Espagne et plusieurs, autres reflexions de cette nature ne laissent pas de présenter une perspective assés riante pour les intérêts de Sa Majesté, en s'y prenant avec précaution et sagesse, en cas surtout que la paix se conserve.

Je dois avoir l'honneur de vous prévenir, Monseigneur, qu'aucun ministre ne scait rien du contenu des lettres à Monsieur le C. de Taroca, Sa Majesté n'ayant pas trouvé à propos de les communiquer à S. E. le chancelier pour ne pas donner lieu à des jalousis; que personne non plus et Monsieur de. Taroca tout aussi peu, a connoissance de ce que Monsieur de Cristiani m'écrit, et que le pièce de Chavigni n'a pas circulé non plus.

Il n'y a que Votre Excellence qui le scait à laquelle Sa Majesté veut comme de raison, que rien ne soit caché.

La cave de la cour est très mal pourvue des vins de Tockay, et la récolte de cette année a été de plus chétives. Sa Majesté ordonnera cependant que l'on en cherche pour voir s'il s'en trouve qui méritte de luy être envoyé, et j'auray soing de l'en faire ressouvenir. Voici une lettre de la reine de Pologne à celle de Portugal. S. M. souhaitte que Votre Excellence la remette au ministre de cette couronne à Paris.

La santé de Sa Majesté est au mieux. Dans cet instant arrive la lettre de V. E. du 18.

J'ay l'honneur, etc.

Koclt à Kaunitz.

Vienne le 9 Janvier 1751.

Monseigneur.

Votre Excellence aura vu par ma précédente du deux, que sa lettre du 18 du passé ne m'est parvenue qu'au départ de la poste,

desorte qu'elle a été treize jours en chemin, ce qui me paroit un peu long. Le courrier la Montagne a fait plus de diligence, étant arrivé lundi le quatre au matin avec les dépêches de Votre Excellence du 26 et du 28. Je ne scaurois assés vous exprimer, Monseigneur, combien Sa Majesté a été frappée en apprennant par Votre Ps. du 28. qu'au départ du courrier vous ne vous étiez pas mieux porté encore, non obstant les saignées qui vous avoient été faittes. Elle attend avec un empressement des plus grans vos premières lettres espérant autant qu'elle le souhaitte, que leur contenu. La rasscurera sur un point qui luy tient si fort à cœur, et que le tems "s'étant remis depuis quelques jours au froid, Votre Excellence en aura senti du soulagement.

La Protection Divine se manifeste en toutte occasion trop évidemment en faveur de Sa Majesté pour que nous n'ayons pas tout lieu de nous flatter, que le Seigneur conservera pendant une longue suitte des années et à Elle et à l'Etat ce qu'Ellc a de plus habile, ïouttes nos craintes se réduisent à l'incertitude, si la santé de Votre Excellence se trouve en de bonnes mains, les médecins n'étant pas ce qu'ils ont de mieux en France.

Deux mots de Monsieur le comte de Zinzendorff et de Monsieur Maréchal suffiront pour nous tranquilliser sans que vous vous donnies la peine, Monseigneur, d'écrire vous même tant que vous ne serès pas entièrement rétabli.

Je n'ay pas vu la lettre de Votre Excellence à Sa Majesté l'Empereur, mais je scais par Sa Majesté qu'il en a été infiniment satisfait; vous connoissés trop nos circonstances, Monseigneur, pour ne pas savoir combien il importe au bien du service, et combien Sa Majesté souhaitte que vous ayés toujours plus toutte la confiance de ce monarque, et que le moyen d'y parvenir est de luy écrire de tems en tems.

Avanthier il y eut conférence en présence de leurs Majestés sur différents objets de vos relations et des autres, du résultat de la quelle Votre Excellence sera amplement instruit par les dépêches delà cour.

Je suis fâché de remarquer que l'absence de Votre Excellence fait perdre de Nouveau le goût à l'Impératrice d'assister aux conférences; vous en devinerez, Monseigneur, les raisons sans que je les dise. J'ay pris la liberté de la supplier d'y assister d'autant plus souvent pour ces mêmes raisons et pour le même motif de Votre absence, et si Votre Excellence est du même sentiment, je la supplie d'en toucher quelque chose dans une des lettres quelle me faira la graçe de m'écrire.

L'affaire de l'élection va de mal en pire, l'électeur de Cologne s'etant déclaré qu'il trouvoit le raisonnement du roy de Prusse trop solide pour ne pas l'adopter en entier; si ce changement est un effet du caractère volage de ce Prince et de l'ascendant de la duchesse Clémentine sur son esprit, il ne l'est pas moins de la ténacité hors de saison du ministère anglois.

Que Sa Majesté est à plaindre d'avoir à faire à des alliés qui n'opèrent pour la pluspart que par des boutades et sans sistème,qui s'arrettent aux moindres difficultés sans se servir des moyens qu'ils pourroient employer et pour les prévenir ou pour les surmonter et qui, par leur manière inconsidérée d'agir, ne font que nous exciter d'embarras et reveiller la jalousie des nos envieux a dessein peut être pour troubler qu'ils ne soyent bien avec nous. Il est seur que Messieurs les Anglois se sont conduits d'une façon qu'ils n'auroient pu faire pire s'ils l'avoient fait tout exprès pour faire échouer l'idée et qu'ils auroient rendus nos efforts méprisables avec les leurs, si nous n'avions agi avec plus de précaution; aussi suis-je persuadé que le ministère aura de furieux débats à essuyer au parlement, qu'on luy demandera compte de l'argent employé aux subsides sans être parvenu au but qu'il s'etoit proposé, et qu'il aura de la peine peut être à se soutenir.

Du moins en reviendra-t-il l'avantage que plus d'un reconnoitra une vérité qu'on n'a pas voulu connoitrejusques icy, en croyant qu'il suffit de l'Angleterre pour arriver à ce qu'on voudroit, sans réfléchir au changement des circonstances qui ont changé si notablement les affaires.

Sa Majesté paroit entièrement de l'avis de Votre Excellence que sans la France on ne fera rien avec la cour Palatine, mais Elle souhaitroit de savoir plus individuellement son sentiment sur la manière à s'y prendre et sur les conditions qu'on auroit à luy faire; quand même de sa pretension exorbitante de 18 Millions l'électeur en rabattroit dix sept, il s'en faudroit de beaucoup que l'état de nos finances nous permit de luy donner le Million restant, pour lequel nous sommes sans fons; peut-être se determineroit-on à une couple de cent mille fl. mais ce n'est qu'un peut-être et l'Impératrice ne se déterminera à rien sans savoir ce que Votre Excellence en pense ; qu'ils seroient bien employés ces couples de 100 si on pourroit détacher par là la cour palatine de celle de Berlin, mais c'est un point qui ne paroit n'être guerre à espérer.

Je ne scais ce qui a été déterminé dans la conférence par rapport à l'affaire d'Aquileja, et si je ne me trompe, elle va s'embrouiller de

plus en plus, le Pape me paroissant tout aussi éloigné de demander a l'Impératrice de suspendre le rappel de Monsieur de Prié et la république peu disposée a renvoyer à Rome un ambassadeur et à recevoir le Nonce, ce qui seroit à tous égards le parti le plus sage pour la republique même.

Je crois devoir rapporter à Votre Excellence en racourci un discours que Blondel a tenu au Maréchal Battiani ces jours passés, étant venu chez luy pour luy demander une heure à prendre congé de l'archiduc.

Il luy lâcha à cette occasion qu'il quittoit Vienne à regret, mais que son départ etoit très nécessaire pour desabuser sa cour des préjugés dansles quels elle étoit; que sans réfléchir au changement si considérable dans lequel se trouvoient les affaires de l'Europe vis à vis des tems passés, la plupart du monde considéroit en France la cour dïcy comme leur ennemi naturel, et qu'on y prenoit ombrage de la grosse armée que Sa Majesté tenoit sur pied, que ces préjugés tiroient leur source de cette ancienne jalousie entre les deux maisons d'Autriche et de Bourbon, qui avoit été très naturelle dans le tems ou elles s'étoient disputées la moitié du monde (pour ainsi dire) l'une à l'autre, mais qu'autant qu'elle avoit été en place alors, autant elle luy paroissoit déplacée après touttes les pertes faittes par cette cour. Qu'il ne pouvoit pas disconvenir d'avoir été imbu de ce même principe à son arrivée icy, que la même chose étoit arrivée à Monsieur d'IIautefort, qu'il en étoit revenu de même, et qu'il ne douttoit pas que l'ambassadeur auroit quelques réprimandes à essuyer encore de sa cour, mais qu'il se flatte qu'on luy écrira sur un autre pied après que luy Blondel auroit eu l'occasion de s'expliquer envers Monsieur de Puisieulx à son retour à Paris : qu'il comprenoit parfaitement que ce n'est pas par vue d'agrandissement mais pour la seureté de la monarchie que Sa Majesté se trouvoit dans la nécessité d'être si fortement armée, entourréé comme elle est de puissans voisins et ayant ses frontières ouvertes de tous cotés; que loing que la France eut à en concevoir de l'ombrage qu'il croit qu'à bien considérer touttes choses, Elle devroit souhaitter plutôt que l'Impératrice fut plus que moins puissantte de ce qu'elle est, qu'au bout du compte l'Angleterre étoit leur ennemi vray et principal, mais que cette même Angleterre ne pouvoit jamais faire la guerre à la France sans le concours de l'Impératrice, etc.

Monsieur le maréchal de Battiani l'ayant interrompu dans cette occasion par la demande s'il croyoit donc qu'il conviendroit mieux au Roy si les Anglois étoient liés avec la Prusse en place de l'être avec nous, et qu'à son sentiment il etoit de l'intérêt de la France même que

nous soyons bien avec l'Angleterre dans les principes ou nous sommes, Blondel y repondit, qu'il pensoit de même, pourvu (pue nous soyons bien avec l'Angleterre de façon à ne pas chocqer la France; il conclut son discours par dire qu'il avoit remarqué plus d'une fois par ceux que luy avoienttenu les Ministres d'icy, qu'en savoit icy ce qu'il avoit écrit à sa cour, qu'il ne s'en soucioit guerre puis qu'il avoit toujours marqué la vérité en honnette homme et qu'il diroit bien plus à son retour en yajouttant par deux fois de suitte qu'il etoitprêt si Sa Majesté vouloit le savoir, de confier à Elle ce qu'il compte de dire, mais que ce seroit aussi à l'Impératrice seule qu'il le diroit et à personne d'autre. J'ignore si Sa Majesté se déterminera de parler encore une fois à Blondel pour savoir s'il a peut être réellement quelque chose de secret à luy confier. En cas qu'elle luy parle, Votre Excellence en sera avertie et en attendant j'ay cru ne pas mal faire de vous informer, Mrg. de ce qu'il a dit à l'ayo. Votre Excellence s'appercevra dans peu de l'impression que feront sur l'esprit de Monsieur de Puisieulx ses insinuations et nous nous appercevrons icy à notre tour du plus ou du moins de terrain que gagneront après son départ auprès de Monsieur d'Hautefort celles des Ministres de Suéde, de Prusse et du Palatin.

En moins de quinze jours ou dans la quinzaine, ou plus tard, j'espère d'être en état de luy en marquer quelque chose déplus précis. Sa Majesté se porte, on ne scauroit mieux non obstant l'affliction extrême qu'elle sentit de la mort de sa très auguste mère, affliction qu'elle a cependant souffert avec cette résignation et vertu chrétienne digne de ce grand cœur que Votre Excellence luy connoit, quoyque s'occupant plus que jamais, et portant un enfant après l'autre, il paroit que tout contribue à rendre sa santé plus robuste. Je crois ne pouvoir mieux vous faire ma cour, Monseigneur, qu'en vous donnant une nouvelle qui est la plus intéressante de touttes à ceux qui luy sont autant attachés quejVotre Excellence : Elle compte son terme d'accouchement vers le 24 de mars, d'autres le comptent après le dix ou vers la Moitié du mois.

Votre Excellence va avoir bientôt un autre Comte EsterhaziàParis, et c'est le frère de celui qui va Ministre en Espagne et le même qu'on appelle icy quinquins; il solicite depuis longtems la permission d'y faire un tour, et Sa Majesté vient de la luy donner à condition qu'il soit de retour près le tems de la diette, de sorte qu'il ne tardera pas de se mettre en voyage pour y arriver ce mois encore, comptante ce qu'il m'a dit d'y trouver encore Monsieur son frère.

Le tcms me manque de repondre ce soir à quelques points de la dernière lettre de Votre Excellence, je m'en acquitteray par la première

et j'espère que jusques là nous aurons des nouvelles plus consolantes sur l'état de sa santé.

J'ose me flatter que vous voudrez bien être persuadé. Monseigneur, que personne ne le souhaitte plus passionnément que moy, puisque personne ne scauroit vous être plus dévoué que je le suis, ni être avec des sentimens plus respectueux...

P. S. Je reçois dans cet instant la pièce ci jointe, avec ordre de l'envoyer ce soir encore à Votre Excellence. Elle contient le sentiment de Monsieur de Bartenstein sur les points qui ont été traittés dans la dernière conférence (53) et qui vous seront communiqués, Monseigneur, par la dépêche de la cour. Idem <jni in littems.

Koch à Kaunitz.

Vienne ce 19 janvier 1751.

Monseigneur.

Sa Majesté vient de m'envoyer le billet ci-joint pour Votre Excellence. Son contenu vous fera voir, Monseigneur, que je n'ay rien exagéré dans ce que je vous ay marqué de l'inquiétude que luy avoit causée votre maladie, de la satisfaction qu'Elle sent de vous savoir hors de danger et du désir qu'Elle a que Votre Excellence s'applique le moins qu'il sera possible tant qu'elle ne se sera bien remis en force.

Contentés La,, Monseigneur, sur un point qui luy tient tant à cœur, par la justice qu'elle rend à votre attachement pour sa personne sacrée et à la nécessité que votre conservation est pour le bien de l'état.

Par ma lettre du neuf, je me suis donné l'honneur d'informer Votre Excellence du discours que Monsieur Blondel avoit tenu à Monsieur le comte de Battiani. Non obstant qu'il avoit dit alors qu'il ne s'ouvriroit qu'envers Sa Majesté seule de ce qu'à son retour à Paris il diroit à Monsieur de Puisieulx, il y est revenu le lendemain pour luy lire une longue pièce qu'il a faitte à dessein à ce qu'il a dit, de la remettre aud. ministre et à Monsieur de St. Severin, les quels seuls devroient en avoir connoissance du ministère de France.

Comme la chose ne laisse pas d'être d'importance, que je n'ay pas vu l'écrit et que personne ne scauroit rendre un compte plus exact

et de son contenu et des eclaircissemens qu'il y a ajouttés de bouche en le lisant, que Monsieur le comte de Battiani, Sa Majesté a trouvé à propos de luy ordonner qu'il en informe luy même Votre Excellence, et c'est ce qu'il fera je pense, par le même courrier qui est le porteur de la présente : du moins son intention etoit-elle telle hier, et peut être m'envoyera-t-il sa lettre pour la faire passer sur mon enveloppe. Pour ne pas faire perdre à Votre Excellence le tems qui luy est si précieux par des repétitions inutiles de ce qu'elle en apprendra de source, je me borneroy à me donner l'honneur de luy dire en peu de mots que la substance de cette longue pièce doit se réduire à faire une description détaillée de notre situation intérieure, du dérangement dans lequel nous nous trouvons et de la fermentation que causoient dans nos entrailles les differens nouveaux arranucmens que l'Impératrice a faits. Il en tire la conséquence que c'est sans fondement qu'on prend jalousie de notre puissance, et que notre propre intérêt exige que nous nous tenions éloignés de tout ce qui pourroit nous entraîner dans une nouvelle guerre, que nous nous ressentons de reste de tout ce que nous a coutté l'alliance de l'Angleterre par la quelle nous fumes tant et tant des fois sacrifiés, que nous ne pouvions à la vérité pas nous passer ni de son alliance ni de celle de la Russie, mais qu'il ne s'en suivroit pas que nous nous laisserions entraîner par ces deux Puissances à touttes les démarches qu'elles voudroient : la conclusion doit en être que la France devoit conserver son alliance avec la Prusse, puisque nous devions conserver la nôtre avec la Russie et l'Angleterre, mais qu'il etoit de l'intérêt des deux cours de se concerter en secret sur les mesures que chacune auroit à prendre avec et auprès de ses alliés respectifs pour consolider la paix et pour prévenir ou empêcher tout ce qui pourroit la troubler; j'y ajouteray de ces particularités que Monsieur le comte de Battianipourroit oublier peut-être de vous marquer, Monseigneur, l'une qu'en lisant la pièce il est échappé à Blondel qu'à son avis nous étions trop faibles pour les intérêts de la France même, que les Pays-bas nous etoient à charge, et qu'il pense que nous ne ferions pas les difficiles à nous en défaire moyenant qu'on nous fit avoir en échange la Silesie, la deuxième, qu'en parlant de l'élection du roy des Romains il a lâché sous les dents que c'étoit à Sa Majesté l'Empereur à voir si cette élection luy convenoit; un autre point que je doutte que Monsieur le comte de Battiani marquera à Votre Excellence, est que dans la pièce Blondel a mis un passage du ministère, disant ou voulant dire que l'Impératrice n'avoit aucun ministre que Votre Excellence; il eut cependant la politesse d'y ajoutter en luy lisant ce passage,

qu'il avoit commence à travailler depuis longtems a la pièce et que lorsqu'il avoit fait cet article, Monsieur le maréchal n'avoit pas encore été de la conférence.

Sa Majesté n'ayant pas trouvé à propos de se la faire lire Elle même par Blondel, Elle prit le prétexte du grand deuil pour s'excuser de l'admettre une autre fois à son audience qui ne pourroit causer d'ailleurs que de l'ombrage après que la coutume étoit de ne plus admettre un ministre étranger à une audience particulière après avoir eu l'audience de congé, que Sa Majesté, convaincue de ses bonnes intentions luy savoit beaucoup de gré de cette nouvelle marque qu'il en donnoit, qu'Elle en feroit avertir Votre Excellence, dans la quelle Elle avoit, comme il scavoit, une entière confiance, et qu'il n'avoit qu'à s'en ouvrir avec elle avec cette même confiance à son retour à Paris avec la quelle il s'etoit ouvert envers Votre Excellence durant son séjour d'icy.

Je dois vous prévenir, Monseigneur, pour votre direction que de tout ceci personne n'en a connoissance à la reserve de leurs Majestés, de monsieur le comte Battiani, et de Moy, et pour ne rien laisser ignorer à Votre Excellence, je dois y ajoutter que peut-être Monsieur le comte de Battiani se sera abstenu par un effet de sa prudence d'informer S. M. l'empereur du passage qui regarde le ministère et surtout de ce que Blondel a lâché sous les dents ou par inconsidération, de l'article du roy des Romains (54). Trois jours après il se fit insinuer à diner chez Monsieur de Bartenstein avec le quel il resta tête à tête trois heures après le repos ; je ne scais ce qui y est passé, et si Blondel luy a fait les mêmes ouvertures en entier ou en partie, l'hasard voulant qu'il est arrivé à Monsieur d'Hautefort une nouveau chiffre par le courrier qui luy a porté le cordon bleu, et qu'il s'en est servi dans la lettre qu'il écrivit le 16. àMonsieurde Puisieulx(55), lettre qui est corrélative au récit qu'il auroit pu luy faire du discours de Blondel avec Monsieur de Bartenstein, si tant est qu'il luy en a écrit. Il paroit d'ailleurs assez évidemment par les pièces déchiffrées cijointes de Monsieur d'Hautefort, et surtout par celle du 16. de décembre que Blondel a tenu parole en luy donnant sur la droiture de nossentimens les insinuations que nous méritons, que ce ministre adopte ses principes, et qu'il va d'une certaine façon plus loing encore, en plaidant notre cause contre les préjugés que l'on a conçus à sa cour (56). Quel bonheur pour Sa Majesté que dans des circonstances si critiques et scabreuses vous vous trouvés. Monseigneur, à Paris, pour dissiper à tems l'orage que l'élection auroit pu faire noitre et encore plus celui que pourroit occasionner l'événement qui peut arriver d'un jour à

l'autre do la mort du roy de Suède ou celui du roy de Pologne. Une autre circonstance secrette que je dois marquer à Votre Excellence regarde Monsieur d'Aslor, le nouveau ministre d'Espagne, lequel s'est laissé échapper combien on souhaittoit en Espagne de remettre les affaires de deux cours sur le pied de l'union étroite qui avoit subsisté autrefois, que ce qui nous manquoit souvent étoit l'argent, qu'ils en avoientpour nous en donner, que la reine régnante nepromettoitrien moins qu'une longue vie. que l'archiduchesse ainée avoit douze ans,'que le roy ne voudroit point d'une princesse Françoise, que le ministère de son coté ne voudroit pas d'une Piemontoise de peur qu'elle et par son canal la cour de Turin ne voulussent trop se mêler de leur interne, que rien ne seroit enfin plus convenable à tous égards, que le Mariage avec l'archiduchesse. Je doutte, Monseigneur, que le ministère soit informé de cette circonstance, je vous supplie ainsi de la ménager pour votre connoissance seule.

Je crois ne devoir rien toucher de l'affaire d'Aquileja dont Votre Excellence sera informée apparement par la voye de la chancellerie d*Etat aussi bien que de tout ce qui s'est passé à la conférence qui fut à la cour, il y a dix jours; on fait à présent un crime au pauvre Cristiani d'un discours qu'il a tenu au résident de Venise sur les différens qui subsistent. Monsieur le comte de Taroca au quel il adresse la relation qu'il en fit, la communiqua à S.E. le chancellier; cette communication fit naitre de la jalousie, et c'est à présent luy qui doit être la cause que l'affaire est ou embrouillée ou pas encore terminée; je n'ay pas vu la relation sans quoy j'en aurois fait tirer une copie pour l'envoyer à Votre Excellence. Elle est à ce qu'on m'asseure très sage et très bien écritte, et vous, quiètes un juge équitable, Monseigneur, vous aurés je pense de la peine à croire que Cristiani soit homme à brouiller ou gatter une affaire. Monsieur le comte de Taroca en aura fait la communication innocemment et à bonne fin. Mais il ne l'a certainement pas fait en homme qui connoit ou qui devroit du moins connoitre le terrain de la cour. Tron étant très bien porté, j'apprens que la conférence est du sentiment de former des points en latin pour servir de base à l'adjustement de l'affaire, et qu'on les luy communiquera en secret pour savoir ce qu'il en pense. Je passe des affaires plus grandes à celles qui le sont moins. Sa Majesté attend les portraits que Votre Excellence doit luy envoyer. Elle les recevra avec plaisir, et surtout recevra-t-elle avec plaisir les nouvelles pièces qui vous croiriez dignes, Monseigneur, à luy être envoyées. Le nouvel établissement des'eadets fait honneur au Roy et luy sera avec le tems très utile; c'est une pensée, si j'ose le dire qui m'est venue il y a longtems

et sur la quelle j'ay pris la liberté de parler plus d'une fois à Sa Majesté. Ce seroit une pépinière pour former successivement des excellens officiers; la bravoure n'a jamais manqué dans notre service, c'est la théorie qui y a manqué et qui y manque encore, y ayant très peu des officiers qui ayent connoissance du génie, de la mécanique ou de l'artillerie et moins encore de ceux qui ayent la moindre lecture des autheurs les plus fameux tant anciens que modernes, qui ont écrit sur l'art militaire. L'impératrice a été fort étonnée que l'on est si mal en maitre à danse à Paris; Sa Majesté l'Empereur qui l'a toujours dit, en a été fort rejoui ; la conclusion est que Votre Excellence en envoyé si Elle croit pouvoir en envoyer un bien bon, et que sans cela Elle n'en envoyé pas. Monsieur le General Esterhazi sera reçeu moins mal de ce qu'il l'auroit été sans la lettre de Votre Excellence. Sa Majesté luy fera même un accueil assés bon, mais il s'en faut beaucoup que l'idée, qu'elle a de sa conduite, soit telle. J'ay ordre de vous dire, Monseigneur, qu'à son occasion vous avés touché un point de morale allusif à la personne de Sa Majesté dont elle a témoigné vous être fort obligée.

Je demande mille pardons à Votre Excellence de mon mauvais griffonage, écrivant à la hatte et j'ay l'honneur d'être...

Monseigneur.

J'avois presque oublié de marquer à Votre Excellence que Monsieur le comte d'Ulfeld asseure Sa Majesté qu'il a soing de l'informer de tout, qu'il se loue infiniment de la confiance que vous luy montras. Monseigneur, dans vos lettres et de ce que vous y ajouttés de main propre, et que pour continuer cette harmonie et intelligence réciproques, Sa Majesté souhaitte que vous contînmes à vous donner la peine d'y ajoutter toujours quelque chose de votre main.

Je suis...

P. S. 2. Dans cet instant je reçois le billet ci jointe de Monsieur le comte de Battiani, qui me fait craindre que Votre Excellence ne recevra plus son paquet par ce courrier.

Je luy envoyé ainsi la copie du rapport succinct que malade il avoit fait à l'Empereur de ce que Blondel luy a dit.

Je suis très respectueux.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 19 Janvier 1751.

Monseigneur.

Je recois dans' Cet instant la lettre ci-jointe de Monsieur le comte de Battiani et je ne -tarde pas d'un instant à tenter fortune pour voir si le courrier est encore icy. La pièce dont il y est fait mention, est celle qui est jointe en Copie ou brouillon à mon second P. S. (57). J'ay l'honneur d'être...

Koch, à Kaunitz.

Vienne le 23 Janvier 1751.

Monseigneur.

Si Votre Excellence nous a fait passer une dixaine des jours dans des allarmes avant l'arrivée du courier Nagel, elle nous en fait passer dix autres à languir après ses nouvelles qui nous manquent depuis le huit du matin, avec moins de crainte à la vérité, mais toujours avec beaucoup d'inquiétude, tant que nous ne serons pas pleinement rasseurés sur le rétablissement entière d'une santé si précieuse. Il n'y a qu'une lettre particulière qui porte qu'elle avoit eu un nouvel accès de fièvre la nuit du neuf au dix, quoyque très léger et dont les médecins n'avoient fait aucun cas, mais comme nous n'en scavons rien, ni de Monsieur le Comte de Zinzendorff, ni de Monsieur d'IIochstetter, et que Sa Majesté voudroit toujours savoir au plus juste ce qui en est, je reviens pour la troisième fois à la supplier de charger ou l'un ou l'autre du soing de m'informer par peu de lignes d'un jour à l'autre de l'état dans laquelle elle se trouve jusques à tant qu'elle soit entièrement remise.

J'espère qu'elle aura reçeu par le courier qui fut dépêché le 19, les

deux paquets dont je l'ay chargé pour Votre Excellence; rien n'est arrivé du depuis que je sache qui meritte de luy être marqué, à la reserve qu'on a remis à Monsieur le comte de Puebla et à mon frère une réponse assés sèche et fière à Berlin sur le mémoire qui leur fut envoyé d'icy pour y être présenté (58).

Le tout vous sera naturellement communiqué, Monseigneur, après qu'on aura délibéré sur la matière dans la conférence de demain.

Votre Excellence trouvera des pièces assés importantes parmi les ci jointes.

Si les Puissances Maritimes n'y prennent bien garde, elle courrent risque de perdre l'électeur de Cologne par les intrigues de la cour palatine, et successivement peut être aussi celuy de Bavière. L'affaire de l'élection paroit aller en rétrogradant de plus en plus, et à mon avis il n'y a que par la France qu'on puisse espérer d'en venir à bout, pourvu que ce ne soit pas à des conditions trop onéreuses.

Je suis avec les sentimens etc..

Koch à Kaunitz.

Vienne le 30 Janvier 1751.

Monseigneur.

Nous n'avons receu pendant tout le cours de la semaine que de nouvelles consolleantes sur la santé de Votre Excellence, à la grande satisfaction de l'impératrice, Monsieur d'Aslor venant de recevoir, à ce que Sa Majesté m'a dit. un courier qui etoit chargé d'une lettre pour Monsieur d'Hautefort du 21 par laquelle Monsieur de Puisieulx luy marque que vous avanciés, Monseigneur, de plus en plus dans votre rétablissement (59). J'espère que celles de la semaine prochaine seront plus agréables encore, et que le mois ne sera pas passé sans que Votre Excellence se soit trouvée en état d'en donner elle même à Sa Majesté.

Parmi les pièces ci jointes il y en a une de Monsieur d'Hautefort sur l'audience qu'il a eue de Sa Majesté l'Empereur. C'est une pièce très importante, et qui fera j'espère un bon effet (60).

Non obstant que les deux passages soubvurgulées ayent été retranchées dans la copie qui en est parvenue à S. E. le chancellier, j'ay

ordre de vous la communiquer, Monseigneur, dans son entier, mot pour mot telle qu'elle a été.

J'ay deux remarques à y ajoutter, l'une que Sa Majesté l'Empereur ne se souvient pas d'avoir lâché l'expression : qu'en tout cas il ne ser oit jamais de moitié si cela lui arrivoit, qu'il en avoit donné les assurances les plus fortes à Votre .]/., qu'il avoit la vanité de penser, qu'il démit en être cru sur sa parole, et que l'ambassadeur doit l'avoir mal compris; l'autre que l'ambassadeur a oublié ou n'a pas trouvé à propos de rendre une période que l'Empereur luy toucha, savoir qu'il constoit à Sa Majesté qu'il y avoit des gens dans l'empire qui travailloient en France de faire mettre Blondel pour quelque tems à la Bastille, à moins qu'il ne l'aye touché dans le paragraphe qu'il a ajoutté en chiffre. Mais vif. comme il est, il y a répliqué avec une espèce d'emportement, « ah parbleu, on m'y mettra donc aussi, puisque je feray certainement tout ce que je pourray pour le soutenir. »

Je crois Monsieur de Puisieulx trop honnête homme pour abuser de la franchise avec la quelle ce monarque s'est expliqué envers leur ambassadeur. Il y auroit peut-être quelque autre reflexion à faire sur le contenu de cette pièce que je passe sous silence, et dont Votre Excellence jugera de beaucoup mieux par ses lumières supérieures.

L'alfaire d'Aquileja est autant que terminée ensuitte de .la réponse donnée par le sénat au dernier mémoire de Monsieur de Chavigni. C'est ainsi à la France que touttes les parties intéressés doivent en avoir l'obligation, la quelle, sans en avoir le nom, a fait le médiateur en effet.

Je suis chargé de confier à cette occasion une circonstance assés singulière à Votre Excellence dans le dernier secret, en éclaircissement de ce qu'il luy sera communiqué par les dépêches de la cour, savoir (pie Tron. homme sage et bien intentionné comme elle sait, en remerciant l'Impératrice des points latins en question qui luy furent communiqués, s'est laissé échapper qu'il etoit très sensible à cette confiance, mais qu'il nepouvoit s'empêcher de luy dire combien il etoit surpris de leur contenu, en ce qu'à son avis ils blessoient sa grandeur et dignité; c'est une particularité que ne doit savoir que Votre Excellence, pour qu'il n'en arrive pas du chagrin à cet honnête homme que je ne connois pas de personne, mais que je révère depuis longtems, ayant connu sa façon de penser dès le tems qu'il fut ambassadeur en France.

Nous allons perdre dans la personne de MrdeBeckers un meuble de beaucoup moins bon, il me revient cependant qu'il est très mortifié

de nous quitter ; c'est un tour que luy joue apparement quelqu'un de sa cour, et Votre Excellence aura remarqué sans doutte une très grand différence de la façon dont Mr de Wachtendonck luy écrivit ci devant d'avec celle dont il luy écrit depuis quelque tems.

Je ne vous marque rien, Monseigneur, sur la négociation que nous avons avec le roy de Prusse par rapport aux dettes de Silesie et du Commerce, puisque vous apprendrés le tout individuellement par son canal ordinaire; on m'asseure que Monsieur de Bartenstein a fait une réplique très sage et modérée et qu'elle est tournée d'une manière à devoir être approuvée partout.

J'av l'honneur etc..

Koch à Kaunitz.

Vienne., le 6 et 9 février 1751.

Monseigneur.

Non obstant que nous n'ayons pas encore des lettres de Votre Excellence, nous n'en sçavons pas moins que sa reconvalescance alloit de mieux en mieux, qu'elle dormoit d'un someil suivi et tranquille, qu'elle mangoit avec appétit, et qu'en un mot touttes les apparences étoient pour un rétablissement prompt et solide. Jugés, Monseigneur, de la satisfaction que cela doit causer à Sa Majesté par l'empressement avec le quel Elle s'est informée de vos nouvelles auprès de Monsieur d'IIautefort, et par les expressions qu'Elle y a ajouttées à votre égard.

Pour ne pas donner lieu à des jalousies préjudiciables au bien de service, j'ay pris la liberté de supplier Sa Majesté de me permettre de changer quelques unes de ces expressions dans la copie qui s'en est faitte pour la circulation du ministère, changement que Votre Excellence trouvera marqué de ma main dans la pièce de Monsieur d'IIautefort au Roy (61). Connoissant votre façon de penser, Monseigneur, je me flatte que vous voudrés bien ne pas desapprouver ce petit changement que j'ay fait à une vérité dont je suis d'ailleurs convaincu plus que personne.

J'en ay fait deux autres par ordre de Sa Majesté, l'une dans cette même pièce au roy, et l'autre dans une de celles ;ï Monsieur de

Puissieux; Votre Kxcellence s'en apperçevra aux lignes subvurgulées qui ont été retranchées dans les copies communiquées au ministère (G2). Il n'y a qu'Elle qui les reçoit toujours en entier, Sa Majesté voulant que tout soit à son connoissance. Le passage qui regarde Bestuchef n'est cependant pas entièrement dans sa place, et Monsieur d'IIautefort met dans la bouche de l'impératrice ce qui d'une certaine façon est sorti de la sienne, ayant lâché que Monsieur le comte d'Ulfeld luy en avoit glissé quelque chose, et qu'il venoit demander Sa Majesté, si elle approuve qu'il écrive cette circonstance à sa cour.

Le caractère de probité dont Monsieur de Puisieux fait profession, doit nous rasseurer qu'il ne fera aucun mauvais usage ni de cette particularité ni des autres qui ont été confiées ci devant déjà à Monsieur d'IIautefort.

Cet ambassadeur a serré d'assés près l'Impératrice sur le point des seuretés à donner sur la conservation de la tranquillité dans le Nord, et deux jours avant l'audience il avoit donné à connoitre à Monsieur le Maréchal Battiani combien il souhaittoit que l'on [donnât quelque chose par écrit; on ne pouvoit je crois, luy répondre avec plus de dignité ni avec plus de prudence que Sa Majesté a fait, et ce qu'elle a touché par rapport à la cour de Saxe, doit servir à faire connoitre et admirer encore plus son caractère. C'est cette malheureuse accession de l'Angleterre au traitté de l'année 1746 dont le roy de Prusse a sçu se servir si adroittement, beaucoup plus encore que de l'élection du roy des Romains, pour reveiller les inquiétudes la France sur les vues secrettes qu'il nous suppose et pour l'engager par là à insister d'autant plus sur les seuretés à donner de notre part par rapport aux affaires du Nord.

Votre Excellence recevra apparemment par la dépêche d'aujourd'huy les copies de tout ce qui vient d'être écrit à Monsieur de Pretlach. On se flatte beaucoup à ce que je remarque, du succès de sa négociation, et de l'addresse qu'il aura de rectifier Monsieur de Bestuchef. Je souhaitte du fond de mon ame qu'il réussisse, mais il est bien difficile de se promettre quelque chose de solide d'un génie tel que Bestuchef, et je regarde pourune vraye bénédiction du Seigneur, si la paix se conserve dans le Nord à la mort du roy de Suède, ou si nous avons du moins le bonheur d'éviter à y être entrainé sans perdre l'amitié de la Russie; peut être même ce même roy de Prusse qui affecte tant de crainte que nous pourrions y prendre part, tâchera-t-il d'y animer sous main ou la Suède ou la Russie, uniquement 'pour nous voir dans l'embarras de perdre la czarine, si nous n'y prenons pas part, ou de nous attirer les forces de la France sur le bras, si nous y

fussions entrainés. C'est une perspective bien triste qui ne me vient que trop souvent en tête, ne pouvant songer qu'en tremblant aux suittes que pourroient et devroient avoir l'un ou l'autre dans la fermentation où se trouve notre intérieur, et je pense plus d'une fois que, quelque indispensable que seroit à Sa Majesté pour une infinité des raisons votre présence icy, Monseigneur, que dans ce moment vous luy êtes beaucoup plus nécessaire encore là où vousètesjusques àtantque ce caos soit débrouillé, que notre sort soit plus constatté, et que Votre Excellence parvienne à faire bien connoitre à la France la différence de notre façon d'agir, droite et sincère, avec celle du roy de Prusse guidée par un fond inépuisable de duplicité et de fourberie qui accompagne tout ce qu'il fait, mais aussi en fera-t-il peut-être tant, qu'il sera le premier à tomber dans les filets qu"iltend.

Que dit Votre Excellence à la belle pièce que ce prince a fait remettre en dernier lieu à Monsieur de Puebla ? peut-on la lire sans émotion et mépris ? ne diroit-on pas qu'il entreprend de se moquer de nous (63) ?

Les Vénitiens ont nom mé un ambassadeur auprès du Pape. C'estMonsieur deMorosini amb. en France sur le quel le choix est tombé (04).

J'ay l'honneur etc.

P. S. Voici une pièce secrette que Monsieur de Bartenstein vient de présenter à Sa Majesté; elle contient plusieurs vérités assés intéressantes, le tout s'agit de leur application (65).

P. S. La lettre ci jointe étoit déjà prette le six dans l'intention de l'envoyer à Votre Excellence par la journalière de Bruxelles.

Je l'ay retenue sur l'avis que me donna S. E. le Comte d'Ulfeld qu'il alloit dépêcher un courrier à Paris, et j'ay cru devoir vous en avertir, Monseigneur, pour que vous sachiés la raison pour laquelle vous n'avés rien reçeu cette fois par l'exprès hebdomadaire.

En partant hier de Sa Majesté, Elle m'ordonna de marquer à Votre Excellence qu'Elle venoit de signer une dépêche bien délicate pour Votre Excellence au sujet de la seureté à donner sur les affaires du Nord, qu'Elle auroit balancé de la signer pour tout autre ministre de crainte qu'il ne soit fait un pas qui puisse faire un mauvais effet en Russie'mais que, connoissanttoutte l'étendue de votre prudence Monseigneur, Elle s'etoit déterminée à y mettre son nom, dans la certitude que vous ne feriez dans uneoccassion si glissante que ce qu'en combinant touttes les circonstances vous trouveriés le plus convenable pour le bien de son service.

J'ay l'honneur etc..

Koch à Kaunitz.

Vienne le 13 février 1751.

Monseigneur.

Grâces au Seigneur, que Votre Excellence se trouve quitté de la fièvre intermittente qui luy étoit survenue. C'est dans cet instant que je l'apprens par les lettres du premier qui viennent d'arriver, et je n'ay pas tardé d'un instant d'en informer Sa Majesté, sachant que je ne pouvois luy donner une nouvelle plus agréable et qu'Elle attendoit avec une impatience des plus grandes l'arrivée de la poste. Ce qui rend ma consolation complette, c'est la circonstance que la fièvre a cessé de soy même sans que l'on aye donné des remèdes fébrifuges à Votre Excellence, marque la plus évidente qu'elle a cessé pour n'avoir plus trouvé dans le corps des matières peccantes. Je parle en maitre expérimenté d'un mal dontj'ay souffert autant que personne à plusieurs reprises entre trente et quarante ans; ce mal passé, Votre Excellence se trouvera en vigueur plus qu'elle n'a jamais été, et quand même il luy faudra quelque tems pour se remettre en force, elle jouira pendant très longtems d'une santé stabile et robuste. Que ne puis-je vous exprimer, Monseigneur, toutte l'étendue de ma joye égale au respect infini que je vous porte! Depuis ma précédente que- Votre Excellence aura reçeu parle courier qui fut dépêché le neuf; rien n'est s'est présenté que je sache qui meritte de luy être marqué. Je dois me borner ainsi à l'honneur de luy envoyer les pièces ci jointes avec un paquet à part de la correspondance qui vient d'être déchiffrée de Mr de Puissieux à Desissart et à Boyer ; quoyque ce ne soit pas la correspondance la plus intéressante, elle ne laisse pas de donner beaucoup de jour par rapport au sisteme de la France sur les affaires du nord.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 20 février 1751.

Monseigneur.

Les nouvelles que nous recevons sur la santé de Votre Excellence continuent à'être des plus favorables; elles portent qu'elle mange son poulet avec appétit, qu'il n'y a plus la moindre apparence de fièvre, qu'elle dort d'un someil tranquille, et qu'elle avoit commencé à faire un peu de mouvement. Tout nous annonce enfin un rétablissement prompt et parfait; une couple des lignes de votre main, Monseigneur, feroient je crois grand plaisir à Sa Majesté, sans que vous ayez besoin d'écrire sur des affaires.

Enfin on a rompu la glace avec Monsieur d'Hautefort par la conférence à laquelle il fut invité, il y a trois jours, du résultat de la quelle Votre Excellence sera informée amplement par les dépèches de la cour aussi bien que des ordres expédiés à Monsieur de Richecourt sur les différentes affaires dont il s'agit; quelque bien intentionné que soit Monsieur d'Hautefort, je souhaitterois infiniment que la négociation reste entre les mains de Votre Excellence ou pour mieux dire, que la santé de Votre Excellence luy permette d'y vacquer, Monsieur d'Hautefort paroissant n'avoir pas encore assés de crédit à sa cour, pour qu'on puisse se promettre de ses insinuations les mêmes impressions que celles que Votre Excellence, soutenues de sa grande prudence et de son éloquence, produiroient vraysemblablement sur Monsieur de Puissieux. Jamais maladie ne pouvoit venir plus mal à propos que la sienne dans une crise aussi délicate que la présente, et je suis persuadé que le roy de Prusse en aura été d'autant plus alert pour profitter d'un événement qui luy a été si favorable. Nous verrons dans peu si après l'arrivée de Blondel on changera de ton à Versailles, ou si on y sera du moins plus sur ses gardes sur ce qui leur viendra du roy de Prusse contre nous.

Deux jours avant la conférence Monsieur d'Hautefort (piqué personnellement à ce qui paroit contre ce Prince) est venu chez le vice chancellier de l'Empire pour luy demander des éclaircissemens par rapport aux campemens que nous allons faire cet été, en y ajouttant

qu'il les luy demandoit pas de ministre à ministre, mais d'ami à ami, puisqu'on luy marquent que l'on prétend que nous ne les faisions que dans l'intention de tomber en Silesie, qu'il promettoit d'en faire le meilleur usage, et qu'il tâcheroit, disoit-il de confondre les mensonges (66). S. E. le vice chancellier eut la permission de luy remettre par écrit la spécification des regimens destinés à camper, et en les luy remettant il fut chargé de luy dire que, par un effet de la juste confiance que l'on avoit dans ses bonnes intentions, Sa Majesté n'avoit aucune difficulté de la luy faire donner, non obstant que ce soit une disposition dans son interne de la quelle elle croyoit n'avoir à rendre compte à personne, qu'à la réserve du campement de la cavallerie en Hongrie on feroit camper le reste des regimens la plus part dans leur numéro à un, deux et trois, pour les rendre plus forts dansle nouvel exercice ; que ne faisant aucun magasin, ne complettant pas même les regimens des chevaux qui leur manquent, ne faisant enfin aucune des autres dispositions qui étoient indispensablement nécessaires pour faire entrer une armée en campagne, tout le monde pouvoit juger s'il pouvoit y avoir de notre côté la moindre apparence à une guerre que nous songerions de commencer; qu'il paroissoit étrange, pour ne pas dire ridicule, que le roy de Prusse affecte de prendre de l'ombrage de nos dispositions militaires dans un tems où il en fait de beaucoup plus considérables de son côté, amassant des magasins, augmentant ses regimens, faisant payer un florin de plus sur chacque portion aux officiers, et ayant révoqué tous les absens sous peine de cassation; que non obstant touttes ces démonstrations, qui etoient d'une nature bien différent, Sa Majesté n'avoit jamais songé, ni à s'en plaindre ni à en demander des explications, dans le principe où Elle est, qu'il est permis à chacque souverain de faire dans son intérieur tels arrangemens, qu'il luy plait, pourvu que ce ne soit pas pour inquietter ses voisins; qu'on devoit enfin reconnoitre de ce nouveau trait en France la foy qu'il y avoit à ajoutter à tant des autres insinuations qui venoient de la même source. Monsieur d'Hautefort parut fort sensible à cette confiance et il en aura sans doutte écrit à sa cour. Je dois avoir l'honneur de prévenir Votre Excellence que S. E. le Comte d'Ulfeld ne scait rien de cette démarche de l'ambassadeur.

Parmi les différentes pièces secrettes ci jointes Votre Excellence en trouvera une de Monsieur de Puissieux à Monsieur d'Hautefort, du (sic !) de ce mois, où il est fait mention de la première audience que ce ministre eut à Schonbrunn, et d'un passage que doit luy avoir lâché l'Impératrice touchant le roy de Prusse qui doit n'être pas tel ; l'ambassadeur doit avoir alors mal compris Sa Majesté,

n'étant pas à présumer aussi honnête homme qu'il est, qu'il auroit voulu y ajoutter du sien sur une matière si intéressante (67).

On ne scauroit naturellement faire semblant d'avoir connoissance de cette circonstance qui ne laisse pas de méritter de l'attention, ainsi que tout le reste de la pièce, à l'égard de la quelle il m'est venu une réflexion que je ne puis me dispenser de communiquer à Votre Excellence.

Vous vous souviendrés, Monseigneur, que Monsieur d'Hautefort a reçeu il y a environ six semaines, un nouveau chiffre; depuis ce tems et luy et Monsieur dePuissieuxne se sont plus servis du chiffre vieux, écrivant l'un et l'autre, le peu de fois qu'ils en firent usage du nouveau ; d'où vient-il donc que Monsieur de Puissieux s'est servi cette fois du vieux chiffre, et cela dans une pièce si importante ? La chose pourroit être faitte sans dessein, je l'avoue, mais aussi ne seroit-il pas impossible que par le canal de Monsieur d'Hautefort ou par quelque autre il aye découvert par hazard que nous sommes venus à bout de déchiffrer le chiffre d'alors, et qu'il l'a fait employer expressément dans cette pièce pour que nous sachions ce qu'il écrit?

Je tremble bien souvent, Monseigneur, en songeant au peu de précaution que l'on a icv avec les pièces interceptées, et à la facilité avec laquelle on parle quelques fois sur une matière qui devroitètre la plus réservée de touttes; aussi en arrive-t-il que les chiffres deviennent de jour en jour plus difficiles, et qu'il faut à présent plus des mois qu'autrefois des semaines pour arriver à en déchiffrer un.

J'ay eu occasion de parcourir à la hâte les mémoires instructifs dressés pour Monsieur de Itichecourt, les mêmes dont Votre Excellence reçoit les copies; pour autant que j'ay compris, il est glissé ou dans celui qui regarde l'élection ou dans l'autre qui concerne l'accession des Etats généraux à notre traitté avec la Russie, un passage combien il seroit à souhaitter que l'Angleterre voulut donner des subsides à la czarine, pour être d'autant plustôt fortement armée vis-àvis du roy de Prusse. L'idée en elle même seroit peut-être fort bonne, si elle pouvoit s'effectuer sans que nous y paroissions. Mais je ne scais s'il conviendroit que les ministres de Sa Majesté tiennent ce langage dans ces circonstances : ce pas seul pourroit reveiller tous les soupçons, et mettre plus que jamais en doutte notre bonne foy qui est cependant très réelle. Excusés, Monseigneur, cette remarque, qui peut-être est mal fondée, en faveur du zèle que vous me connoissés pour le bien du service et de la confiance respectueuse que vous me permettes avoir dans vos bontés.

Monsieur le Comte de Goloredo va être rappelle de Turin pour

sortir de l'ambarras dans le quel on s'y trouve avec l'ambassadeur d'Espagne. On songe a n"y avoir désormais qu'un ministre plénipotentiaire (68).

J'ay l'honneur, etc.

Koch à Kaunit:

Vienne le 27 février 1751.

Monseigneur.

Je dois me borner aujourd'huy à l'honneur de remettre à Votre Excellence les pièces ci-jointes, rien ne s'etant présenté depuis ma précédente qui meritte de luy être rapporté.

Le récit que fait Monsieur de Hautefort de la conférence à laquelle il fut appelle, est une nouvelle marque de ses bonnes intentions et de son peu de penchant pour le roy de Prusse; je souhaitrois Monsieur de Puissieux dans les mêmes dispositions, mais il parle encore trop le langage de ce Prince dans sa lettre du onze pour pouvoir nous en flatter (69).

Monsieur de Pretlach a été reçeu avec les démonstrations les plus distinguées. Sa première audience a été de trois heures; je souhaitte que le succès de sa négociation réponde à un débit si heureux, et je souhaitte surtout que celle avec la France ne sorte pas de vos mains, Monseigneur, c'est à dire que l'état de votre santé vous permette de la diriger.

Monsieur dllautefort a pris un équivoque en mandant que c'étoit dans la conférence que S. E. le comte de Coloredo luy avoit remis la spécification de nos trouppes destinées à camper, ce dernier m'ayant asseuré hier encore qu'il ne s'en etoit dit le mot dans la conférence, et qu'il la luy avoit remis dans sa maison à un dinner où l'ambassadeur se trouva.

J'ay remarqué déjà par plus d'un trait qu'il luy est arrivé, fauttede mesécrire apparement, de ne pas être trop exact dans ses relations, étant d'ailleurs trop honnête homme pour le faire à dessein.

Touttes les lettres de Paris annoncent que Votre Excellence continue à donner touttes les marques d'une parfaitte reconvalescence; quel bonheur pour le service dans une crise si délicate et quel sujet de satis-

faction pour ceux qui luy sont autant dévoués que je me fais gloire de l'être, ayant l'honneur d'être, etc.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 8 mars 1751.

Monseigneur.

Je me suis acquitté des ordres de V. E. exprimés dans la lettre qif Elle a bien voulu me faire écrire en datte du 23 du mois passé par monsieur Ilochstetter en informant exactement S. M. des points y contenus.

Ces mêmes points revenant en substance à ceux que sous la même datte Monsieur Maréchal marqua de sa part, quoyque plus au long, à S. E. le chancellier, S. M. m'a fait la grâce de me communiquer sa lettre en l'accompagnant d'un billet de sa main conçeu dans les termes suivans : « ich fange an zu respirirennur ùber diepunclen die Graf Kaunitz dictirt, die ganz anders lauthen, Iland und Fûss haben. Sa tête chancellant m'est plus chère et prétieuse que les nôtres dans leurs forces et perfection. Je puis dire que depuis le mois de décembre je n'etois si animée qu'aujourd'huy en lisant le scu de ses idées, mais je ne suis pas trop tranquille encore sur sa situation : qu'il se ménage toujours, cette altération m'allarme pour tout. (S. M. entendoit sous cette expression le rhume qui vous est survenu Monseigneur) . Quoyque je ne sois pas contre l'affaire de l'Espagne, je crois que tout est prématuré, et que nous allons trop la poste dans les affaires du monde. Schickhet mir die relation von Maréchal gleich zuruckh. »

Je vous rend, Monseigneur mot pour mot tout le contenu du billet pour que vous sachiés d'autant mieux la façon dépenser de l'impératrice, et j'y ajouteray quelques remarques pour en éclaircir d'autant plus les sens.

Le même jour de l'arrivée de la lettre de Monsieur Maréchal, ou un ou deuxjours plutôt, on reçeut les deux pièces que Monsieur de Puisieux écrivoit à Monsieur d'Hautefort le 18 en réponse à sa dépêche du trois après l'entretien qu'il avoit eu avec Blondel (70).

Ces deux pièces allarmérent le ministère, paroissant par leur contenu que le roy de Prusse gagne toujours plus de terrain à Paris,

que l'on y parle le même langage que luy, qu'on y incline à. nous demander une garantie formelle par rapport à la tranquillité du Nord, et cela depuis que le roy de Prusse s'est avisé de la mettre en avant dans l'écrit remis à Monsieur de Puebla : que les insinuations de Blondel ont opéré aussi peu sur l'esprit de Monsieur de Puisieux que celles de Monsieur d'Hautefort, que Puisieux avoue même à ce dernier, que le roy a pris de nouveaux engagemens avec la Prusse. Ceci joint à l'idée que Monsieur de Bartenstein a conçeue de la disposition favorable dans laquelle il suppose par les pièces interceptées la cour d'Espagne à notre égard, et de son éloignement pour la France, au discours tenu ou par hasard ou à dessein par Monsieur de Camporeale au chancellier et aux insinuations du cardinal Poptocarero. a fortifié ce secrétaire d'etatdans l'idée qu'il falloit profitter de ces dispositions pour nous unir plus étroitement avec elle et l'a engagé consequemment à former les deux rescrits sub n° 1 et 2 au comte de Esterhazi que V. E. trouvera joints en copie aux dépêches de la cour.

Ces rescrits furent leus dans la conférence à la cour en présence de S. M. l'Empereur, l'idée y fut gouttée généralement par tous, pour autant qu'elle regarde le traitté d'amitié à faire, les expéditions furent approuvées, et on approuva de même celle qui concerne les discours de Camporeale; on y releva cependant le doutte si Monsieur le comte d'Esterhasi avoit l'addresse et expérience requise pour une négociation aussi délicate, et il fut conclu par l'empereur que par un rescrit fait en forme de P. S. il fut ordonné au dit comte d'en agir avec toutte la circonspection possible, et de lâcher simplement l'idée d'un traitté à faire — Einen Anwurffmachen — sans entrer dans les conditions dont il devroit être composé. Et c'est à cette idée du traitté d'amitié que sont allusives les paroles du billet de S. M. qu'elle n'est pas contre l'affaire de l'Espagne, qu'elle croit que tout est prématuré et qu'on va trop la poste dan* les affaires du monde.

Elle corrigea de plus quelques mots qui luy paroissoient trop expressifs dans le rescrit du double mariage avec la cour de Naples. Bartenstein croit qu'ayant la cour d'Espagne on retiendra par son canal celle de France de ne pas s'opposer armata manu contre l'élection, et qu'on la retiendra surtout de ne pas trop se livrer à celle de Berlin., et son idée est de tacher à tirer la négociation icy.

Sur ces entrefaits arriva la pièce du comte de Kollowrat dans la quelle il fait mention de l'état dangereux de la reyne. de différentes épouses qu'on destine après sa mort au roy et que la plus part inclinent en Espagne pour l'archiduchesse ainée, et cette pièce

occasiona le rescrit qui y a du rapport, sans dire cependant au comte d'Esterhasi le canal par le quel cet avis nous est parvenu.

«Tay oublié de demander S. M. si les autres ministres en ont connoissance ou S. E. le chancellier seul. S. M. qui n'a rien de caché pourV. E. m'ordonne en attendant de luy dire dans le dernier secret que le cas arrivant, elle seroit très fâchée de la mort de la reyne, mais que jusques à présent elle n'incline ni pour ni contre ce mariage, qu'elle souhaittede savoir au plutôt le sentiment de V. E. tant sur ce sujet, que sur le traitté d'amitié, sur la manière à s'y prendre, et sur les conditions à demander ou à proposer, et pour ne rien vous laisser ignorer, Monseigneur, elle me charge d'écrire pour la première occasion seure au secrétaire d'ambassade que nous avons à Madrid de luy envoyer par mon canal, sans que rien en transpire à ame vii.mte, l'information la plus circonstanciée et seure qu'il luy pourroit reu&Hr d'avoir du génie du roy, de son caractère, de sa conduitte et tempérament.

J'auruis confié cette lettre au courrier porteur de la présente, sans la crainte que par hazard Monsieur le comte d"Esterhazi pourroit découvrir que j'ay écrit à son secrétaire, j'ay cru ainsi mieux faire de la remettre au chambellan comte de Wurm, destiné à porter à Madrid la nouvelle du prochain accouchement de l'impératrice.

V. E. sera informée à son tems de la réponse que je recevray, et pour autant que je me souviens, je luy ay rendu compte, il y a près de deux mois, du propos qu'a lâché Aslor dans le dernier secret peu après son arrivée icy, que la reyne ne promettoit guerres plus une longue vie, que tous les bons Espagnols souhaittoient de la voir remplacée par notre archiduchesse; cette circonstance n'est connue à aucun du ministère, il n'y a que V. E. qui le scait, et Bartenstein en scait quelque chose en gros sans en savoir le détail. S'asseurer de l'Espagne seroit toujours un grand coup, mais il faudroit à mon avis que cela fut d'une façon que nous puissions nous servir de son amitié en avançant nos vues et intérêts, soit auprès de la France soit auprès de l'Angleterre, que la négociation de Y. E. ne fût pas rendue plus difficile par là, s'il se peut, et qu'informée exactement de tout V. E. pût d'une certaine manière donner le ton à l'un et à l'autre pour qu'elles ne se croisent pas.

Le double mariage avec Naples produiroit l'effet que nous aurions pour amie la reyne douairière, et que l'amitié avec l'Espagne fut consolidée pour l'avenir quand même le roy régnant venoit àmanquer sans enfans. Hautefort n'a pas encore desserré les dents sur la dépêche du 18, de honte apparement que ses remontrances produisent

si peu d'effet et qu'il a si peu de crédit à sa cour; peut-être celles de Votre Excellence seront elles plus heureuses; mais aussi faut-il un ministre d'une réputation telle que la vôtre, Monseigneur, pour faire ouvrir les yeux à Monsieur de Puisieux sur les faux pas que leur fait faire le roy de Prusse, et sur l'ascendant que mal à propos ils luy ont laissé prendre sur eux.

La garantie qu'ils paroissent vouloir demander a beaucoup chocqué icy, mais je ne sçais si nous ne devrions pas l'être moins de la facilité avec la quelle le ministère anglois paroit s'y pretter.

On convient qu'il nous faudroit à Londres un ministre plus actif et plus expérimenté dans les affaires de l'Empire dans des circonstances aussi délicates que les présentes, pour prévenir et remédier par son addresse à tant de faux pas qu'on ne discontinue d'y faire par foiblesse; ignorance ou malice, mais on ne scait qui choisir pour relever Richecourt. V. E. feroit plaisir à Sa Majesté de luy en proposer un et un autre à Turin pour succéder au comte de Goloredo.

Monsieur de Pretlach donne à espérer qu'il ne passeroit pas quinze jours sans que nous recevions par luy des nouvelles quiserviroient à tranquilliser la France.

Je le souhaitte du fond de mon ame, mais S. M. en espère ou peu ou rien tant que V. E. ne se trouvera pas en état et force [de pouvoir agir, bien éloignée cependant de vouloir qu'elle s'applique tant que sa santé ne le permette pas.

Voyant qu'on a peu de confiance ou aucune dans la personne de M' Maréchal, elle m'ordonne de vous demander, Monseigneur, si vous souhaittés un autre secrétaire d'ambassade en sa place, et qui; si vous trouvés à propos que ce soit Monsieur Ilochstatter ou tel autre sujet de confiance que vous voudriés et si vous ne trouvés pas à propos de dresser successivement quelqu'un, qui sous votre direction et ordres puisse se former dans les affaires et y être employé dans le cas que la santé de V. E. ne luy permit pas d'opérer elle même, ou qu'elle ne trouvât pas à propos d'y paroitre, et qui après son départ de Paris pourroit y rester chargé des affaires.

S. M. ne fera rien que ce queV. E. jugera à propos de luy suggérer, et de la façon qu'elle le voudra.

Monsieur Senac recevra au premier jour un compliment de S. M. par Mr van Suitten, il le meritte par les soings qu'il s'est donné de luy conserver un ministre qui luy est si nécessaire.

Parmi les différentes pièces secrettes, que V. E. recevra ci-jointes, elle en trouvera une de Schpoff, dattée du premier, le contenu de la

quelle devroit faire croire qu'il y a déjà quelque chose de signé entre l'électeur de Cologne et la France (71).

Cette pièce arrive dans cet instant, et personne ne l'a encore vue.

Non obstant qu'il n'y aye rien de fort intéressant dans les pièces du chiffre circulaire qui vient d'être déchiffré, j'ay cru ne pas mal faire de les envoyer à V. E. pour qu'elle aye la suitte de tout; il nous reste tant de différens clefs encore à déchiffrer, que nous ne savons pas où commencer.

S. M. souhaitte que V. E. fasse parvenir sa lettre ci jointe à la reyne douairière de Portugal par le canal de l'envoyé de cette couronne. J'abuse de la patience de V. E. par mon mauvais griffonage, et je finis par les asseurances du dévouement le plus respectueux et inviolables etc.

P. S. Monsieur d'IIautefort continue par bonheur aussi bien que Monsieur de Puisieux de se servir du chiffre que nous avons.

Sa Majesté s'approche de son terme. Elle se sent plus incomodée cette fois que les fois précédentes., travaillant cependant sans relâche. Nous espérons un archiduc la huitaine...

Koch à Kaunitz.

Vienne le 14 Mars 1751.

Monseigneur.

V. E. trouvera ci jointes les pièces secrettes qui nous sont parvenues depuis ma précédente du sept, elle y trouvera entre autres copies d'une lettre de Wachtendonck à Bodewel en vertu de la quelle le traitté entre la France et l'électeur de Cologne a été signé le dernier du mois passé à Municqpar l'entremise de la cour palatine moyennant un subside annuel de 270000 f. durant quatre ans, l'électeur s'engageant de son côté à avoir prêt un corps de six mille hommes à la disposition du roy pour être employés dans le cercle de bas rhin ou de Westphalie, c'est à dire ou contre les Pays bas ou contre l'Hollande, et surtout contre les états d'Hannovre, s'engageant de plus à agir de concert avec l'électeur palatin sur l'affaire de l'élection, à éloigner Meternich du ministère et à luy subsister Asseburg(72).

La différence est malheureusement trop marquée entre la solidité

avec la quelle le cabinet de France conduit ses négociations d'avec les mesures fausses que ne cesse de prendre le ministère anglois, et malheur à nous si notre conservation et bien être devoit dépendre des gens qui ne savent, ni former un sistème ni le soutenir.

Monsieur d'Hautefort n'a plus écrit à sa cour depuis ma précédente, et il n'a nous plus parlé au [ministère, que je sache du moins, du contenu des dépêches de Monsieur de Puisieux du 18 (73).

Je souhaitrois que l'envie luy prit de profitter de l'offre que ce secrétaire d'état luy fait de luy envoyer un secrétaire affidé. Naturellement le choix tomberoit sur une personne de confiance, et peut être pourroit-on par le canal de cette même personne faire parvenir à ce ministre des insinuations qui luy feroientplus d'impression que celles de l'ambassadeur.

Rien de si fatal que votre indisposition, Monseigneur, qui a laissé le tems au roy de Prusse de s'emparer par touttes sortes de ruses et des faussetés de l'esprit du ministère françoisetà mener ces Messieurs à des démarches aux quelles je doutteextremement qu'ils en seroient venues si V. E. avoit pu les combattre; il craignoit, Monseigneur, vos lumières, il voyoit l'ascendant que dans peu de tems vous aviés commencé à gagner, et il en a profitté avec d'autant plus d'ardeur de cet intervale pour lier sa partie.

Je ne laisse pas d'espérer encore leur conversion après que V. E. sera en état de reparoitre, mais ce sera toujours une conversion lente et infiniment plus difficile après les nouveaux engagemens pris par la France et après une infinité des soupçons pris de part et d'autre qui ne sçauroient à moins d'aigrir les 'esprits et d'éloigner cette candeur et confiance si nécessaire quand on veut et doit s'entendre. Je souhaitte que Monsieur de Pretlack tienne parole sur l'espérance qu'il a donnée et qu'il facilite par là la négociation de V. E.

Je n'ay rien à ajoutter à ma précédente, si ce n'est <jue S. M. attend votre réponse, Monseigneur, sur les différens points y contenus avec l'impatience que vous pouvez croire; elle paroit perdre d'ailleurs de plus en plus le goût pour les affaires du dehors depuis votre départ, n'assistant presque plus à aucune des conférences qui se tiennent à la cour.

Que Y. E. réfléchisse, je la conjure, sur les suittes que cela peut avoir, et si elle est de mon sentiment, je la supplie très instament de toucher cette corde, mais avec efficace dans une de ses lettres à moy; assistant aux conférences elle reste dans la suitte des affaires, elle entend parler un chacun et avec sa pénétration supérieure elle sçaura différencier le bon du moins bon et faire usage en tems et

lieu de ce que V. E. trouvera à propos de luy suggérer pour le bien de son service.

Nous touchons au terme de sa délivrance que l'on a compté à la moitié du mois; il y a huit jours qu'elle etoit agitée d'un gros rhume et qu'elle avoit des nuits fort inquiettes, elle se porte de beaucoup mieux depuis mardi.

J'espère que par ma première je pourray avoir la satisfaction d'annoncer àV. E. la naissance d'un archiduc, et quand même ce ne seroit qu'une archiduchesse, nous en rendrons milles grâce au Seigneur pour qu'elle se porte bien.

Voici une lettre qu'elle vient de m'envoyer avec ordre de la remettre à V. E. pour qu'elle la faisse parvenir en Portugal par le canal du ministre de cette couronne. Nous n'avons plus des inquiétudes sur la santé de V. E., touttes les lettres confirmantsa reconvalescence et qu'elle augmente de jour en jour en force; que ce soit, Monseigneur, pour autant des années que je vous le souhaitte du fond de mon ame.

J'ay l'honneur etc..

Koch à Kaunitz.

Vienne le 20 Mars 1751.

Monseigneur.

S. M. est accouchée le plus heureusement du monde d'une princesse (74), elle est accouchée dans l'espace detrois minutes, etse porte, on ne scauroit mieux pour l'état où elle se trouve ; de la façon que je scais que vous pensés, Monseigneur, à son égard, je scais ne pouvoir vous donner une nouvelle ni plus agréable, ni plus importante. Remercions en mille fois le Seigneur ; quelque heureuse qu'elle soit à accoucher, on ne scauroit se dispenser d'être en mille peines avant qu'elle le soit.

V. E. en aura eu le premier avis par Monsieur le comte Wurra s'il a fait deligence; c'est une finesse des plus grandes qu'on fait à la cour d'Espagne à luy envoyer un chambellan à cette occasion, lorsque la coutume est de n'en envoyer qu'aux naissances des archiducs, ce qui est si vray, qu'on n'en a pas envoyé non plus l'année passée en

Angleterre; aussi ne l'auroit-on pas fait non plus, je crois, dans des autres circonstances, et on prend pour prétexte de ne l'avoir pas fait l'année passée puisqu'on n'avoit prié que le roy d'Angleterre pour parrain, tandis qu'on avoit prié cette fois et le roy et la reyne d'Espagne.

Prétexte qui paroit fort naturel, mais en effet c'est un démonstration inusitée jusques icy, et qui produira un bon effet, j'espère, en Espagne où on aime ces sortes des distinctions.

Je n'ay rien d'intéressant d'ailleurs à marquer pour aujourd'huy à V. E. espérant de pouvoir luy envoyer d'aujourd'huy en huit copies de la correspondance secrette du roy avec Klingraff.

Je n'entens pas le mot de l'idée en question touchant Monsieur le comte son puisné, ce qui me fait supposer que S. E. Madame la comtesse de Questenberg n'a pas encore trouvé à propos de l'entamer.

J'ay l'honneur etc..

Koch à Kaunitz.

Vienne le 27 mars 1751.

Monseigneur.

Dévoué a V. E. plus que personne, je ne scaurois jamais assés luy exprimer lajoye dontj'ayété pénétré en recevant la lettre qu'elle m'a fait la grâce de m'ecrire en datte du quatorze (75), après un intervalle aussi long pendant lequel j'etois privé de ce bonheur. Il n'y avoit pas moyen de parler ce matin à S. M. Ayant admis les dames pour la première fois à son lit, elle me demanda hier encore avec empressesement, si je n'avois pas des nouvelles de Monsieur Hochstatter, et d'avance je scais que je luy en porteray une très agréable en luy lisant demain sa lettre.

Je ne connois rien de si heureux, Monseigneur dans ces circonstances que votre rétablissement, convaincu comme je suis que sans votre maladie les affaires n'en seroient point venues dans l'état où elles sont à présent. La pièce de Monsieur de Puisieux du 8 est fort importante (76) et V.E. sera informée, je pense, par les dépêches de ce soir, du contenu de ce qui a été traitté à cette occasion dans la con-

férence; le passage qui regarde l'électeur palatin, a fait surtout bien du mauvais sang.

Non obstant que Monsieur d'Hautefort l'aye depuis sept jours, il n'en a fait jusqu'icy le moindre usage que je sache, et nous n'avons non plus depuis ce tems aucune de ses lettres à Monsieur de Puisieux, silence que je regarde comme un effet ou de son mécontentement ou de sa honte de voir que ses représentations et celles de Blondel ont fait si peu d'impression à sa cour.

Une partie des nuages présents se dissipera en attendant dans peu dès que V. E. sera en état d'agir, et on verra du moins si les soupçons de la France sont réels ou affectés, et quels sont les vrays sentimens et de la France et de l'Angleterre sur le point de la garantie ou des asseurances à donner par rapport aux affaires du Nord.

J'avois cru pouvoir envoyer aujourd'huy à V. E. copies de la correspondance secrette du roy de Prusse avec Klingraff (77), mais il nous est survenu tant d'occupation à la secretairie des chiffres, qu*il a été impossible d'y mettre la main, ce sera un délay tout au plus de huit ou quinze jours, elle trouvera cependant ci jointe la pièce la plus fraiche du roy.

S. M. n'a jamais eu ni une délivrance si promte, ni des couches si heureuses que cette fois; il paroit que sa santé augmente en portant un enfant après l'autre, et en travaillant plus que jamais, elle attend avec une vraye impatience le sentiment de V. E. sur la situation présente, aussi bien que sur plusieurs points qu'Elle m'ovait ordonné de luy écrire.

La lettre ci jointe est pour S. M. la reyne de Portugal. Elle contient le récit de la santé de l'Impératrice la quelle souhaitte que V. E. la fasse remettre à l'envoyé de Portugal.

J'ay l'honneur etc..

P. S. J'avois tort de marquer à V. E. que Monsieur d'Hautefort n'a pas écrit cette semaine à Monsieur de Puisieux, il luy a écrit, mais dans le chiffre non déchiffré, et une lettre assés courte (78) ; le bonheur veut que Monsieur de Puissieux continue à se servir de celuy que nous avons, sans quoy nous ne scaurions rien de leur correspondance.

Le mémoire ci jointe regarde le jeune homme qui est parti d'ici pour se perfectionner dans le métier de sculpteur (79).

L'Impératrice a résolu de ne luy passer que deux cent florins par an. Je le luy ay dit moy-meme, et je doutte fort qu'elle luy en passe plus.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 5 avril 1751.

Monseigneur.

Je m'acquitte d'une commission qui m'est des plus douloureuses à tous égards et c'est pour vous témoigner, Monseigneur, de la part de S. M. à quel point elle est sensible à la perte que vous venés de faire(80).Etantelle même une mère des plus tendres, et sachant l'amour que V.E. avoit pour ce digne fils, elle s'imagine sans peine l'affliction que doit luy causer une nouvelle si triste; c'est dans ces sortes des cas où la nature souffre le plus, que l'héros chrétien a l'occasion de rendre l'hommage le plus agréable au Seigneur en se soumettant à Sa volonté; aussi S. M. ne doutte-t-elle un instant, connoissant, Monseigneur, votre fond de religion, que vous ne balancerés pas à luy faire cet hommage ; « qu'il se souvienne — a-t-elle dit — qu'il luy reste quelques fils encore qui ne promettent pas moins que le défunt et qui ont tous besoin de sa conservation; qu'il se souvienne qu'il est moins à luy qu'au publicq que mon service exige qu'il ayetout lesoing possible de sa santé, et que l'intérêt que j'y prens doit luy être un motif de plus pour l'avoir à cœur. »

Je passe d'une matière si triste à une agréable. S. M. continue à jouir de la santé la plus robuste, elle est telle qu'elle travaille déjà tout le long de jour, qu'elle fera,quoyque dans la chapelle de la cour, touttes les fonctions d'église de cette semaine, l'empereur les faisant aux augustins, et qu'en un mot personne ne diroit qu'elle est accouchée.

Ce n'est pas elle seule qui regarde la longue maladie de V. E. pour un contretems des plus grands, il paroit par la lettre de Tiquet, qu'il la regarde sur le même pied, marque qu'il croit tout comme nous le croyons que sans cet incident fâcheux sa cour n'auroit jamais fait les pas qu'elle a fait, ni pris les engagemens que le roy de Prusse a sçu luy faire prendre dans cet intervale (81).

Monsieur d'Hautefort continue à rester boutonné sur ce qui luy fut marqué en dernier lieu sur les affaires du Nord par Monsieur de Puissieux.

— ssii sera communiqué sans doutte à V. E. par ce courier copie des relations de messieurs de Richecourt et de Vorster ; on paroit fort satisfait des unes et des autres, et surtout delà dernière; quelque bien vu que soit le Prince Louis en Hollande, je doutte qu'il ose parler des subsides à donner à la Russie, les finances y étant trop dérangées encore pour qu'on puisse se flatter que la République se porte à en donner; il y a même apparence selon les avis les plus secrets qu'on y viendra encore à une autre reforme, que le crédit de Monsieur de Bentinck, quoyque uni avec le pensionaire et avec Larey, n'est pas des plus grands auprès du stadhouder, qu'il est surtout très mal avec la princesse, et qu'il n'y a pas cette union intime que le public suppose, entre le stadhouder et le roy d'Angleterre, circonstance qui empêchera peut-être le premier à faire la proposition à Londres quand même le prince Louis luy en parloit.

La correspondance secrette du roy avec Klingraff est moins intéressante de ce que l'on devoit supposer ; elle ne laisse cependant pas de meritter que V. E. se donne la peine de lire les pièces qu'elle trouvera ci jointes; la plus part de ces pièces sont du roy, Klingraff ne se servant que très rarement de ce chiffre mais d'un autre qui n'est pas encore déchiffré.

S. M. souhaitte que V. E. fasse remettre de ses deux lettres ci jointes, Tune à l'ambassadeur d'Espagne et l'autre au ministre de Portugal.

J'ay l'honneur etc.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 10 avril 1751.

Monseigneur.

Rien ne nous est parvenu que je sache, de V. E. depuis ma précédente, silence que je prens pour un très bon augure, le regardant pour une marque que V. E. a commencé à lire tous les paquets arriérés, et qu'accoutumée comme elle est à ne rien faire à demi, elle aura différé à écrire jusques à ce qu'après avoir parlé aux ministres, elle se trouvera en état de faire une relation circonstanciée sur les matières les plus importantes.

S. M. est en retraitte depuis quatre jours, assistant avec la piété qui luy est si ordinaire, aux fonctions de la semaine santé dans la chapelle de chambre — Gamer Gapellen — l'empereur étant présent à celles des Augustins.

Monsieur de Puisieulx commence à se servir du chiffre non déchiffré; par bonheur Monsieur d'Hautefort y a repondu dans celui que nous avons, sans quoy nous ne scaurions rien du contenu de leur correspondance tant que le nouveau chiffre ne sera pas au clair. J'y fais travailler actuellement et j'espère que nous en viendrons à bout avant le voyage de Pressburg, fixé au cinq du May.

J'ay l'honneur etc.

Koch à Kaunitz.

Vienne le 17 avril 4751 .

Monseigneur.

Je satisfais aux ordres contenus dans la lettre de V. E. du trois de ce mois (82)enTasseurant de lapartdeS. M. de son entière approbation sur tout ce que sous la même datte elle a écrit au long à S. E. le chancellier, et je suis chargé d'y ajoutter que S. M. l'empereur l'a goutté également. Il n'y a rien de plus fort effectivement ni de plus solide de ce qu'elle se propose de dire à Monsieur de Puisieux, et pour peu que ce ministre entre en matière, il ne pourra pas à moins d'être convaincu de la peureté de notre façon de penser et de s'expliquer à son tour, si tant est qu'il ne l'évite pas exprès.

La relation que V. E. promet par le premier courrier, nous eclaircira vraysemblablement sur ce qui sera passé dans cette entrevue; autant que S. M. avoit lieu d'être inquiette durant sa maladie, autant est elle rasseurée à présent qu'elle vous scait, Monseigneur, en état d'agir par vous même, et nous ne tarderons du moins pas à voir plus clair dans les vrayes intentions de la France.

Il est venu une longue relation de Monsieur de Pretlach que je n'ay point vu. La substance en doit être, que le comte de Bestuchew doit l'avoir asseuré sous le sceau du plus profond secret, que la czarinne n'entreprendroit rien contre la Suède dans le cas même que Ton y l'ait quelque changement dans la forme du gouvernement, sans avoir

consulté préalablement ses alliés, mais qu'en attendant elle tacherait de se concerter avec le Dannemark pour empêcher que ce changement ne se fasse.

Il fait sonner cette asseurancc forthaut, et réellement elle seroit de conséquence, s'il nous étoit permis d'en faire le moindre usage, et si Bestuchef l'avoit donnée par écrit. Se reposer sur la seule parole d'un homme tel que luy, est une chose bien difficile, capable comme il est, de nier avec le tems de l'avoir dit, ou d'avancer du moins que Monsieur de Pretlach l'a mal compris; aussi si j'avois été à la place de ce dernier, aurois-je pris le parti d'envoyer à Bestuchef l'extrait de ma relation, en le priant de marquer à côté, si je rendois fidèlement à ma cour le sens de ce qu'il m'avoit dit, ou si j'avois quelque chose à y changer.

La mort du Prince de Galles (83) est un événement bien fâcheux, si on considère les années du roy, l'âge tendre de l'héritier présomptif, et le caractère du duc de Cumbcrland, livré à Milord Sandwich et. beaucoup plus porté pour la Prusse que son frère, qui paroissoit sincèrement de nos amis. Il faut avoir (sic !)quela fatalité des circonstances ne contribue pas moins que la conduite bizarre du ministère anglois à rendre leur parti moins fort de jour en jour, et à relever celui de la France: peut-être la Bavière suivra-t-elle bientôt l'exemple de la cour de Cologne, du moins ne tiendra-t-il pas à Monsieur de Preising que cela n'arrive, à ce qu'il paroit par les pièces ci jointes.

On continue à attendre avec impatience les nouvelles de Monsieur le comte d'Esterhazi et à espérer beaucoup de l'Espagne.

Le cardinal Portocarero au quel Monsieur de Migazzi a été chargé de communiquer les ordres donnés au dit comte, a promis d'en écrire à Madrid, et de faire de son mieux pour faire tomber le choix sur l'archiducbesse ainée en cas de mort de la reyne. Il paroit être en moins de liaison avec Caravajal mais il asseure d'avoir eu depuis peu encore des lettres d'Ensenada qui doit luy avoir marqué qu'il falloit ne pas connoitre l'intérêt de la monarchie pour ne pas comprendre que notre alliance leur est la plus naturelle. Le cardinal asseure que le roy de Naples a une aversion décidée pour la France.

Le Prince de Piombino, ci devant ambassadeur de ce Prince en Espagne, a lâché envers le même Migazzi que du vivant du feu roy catholique l'intention de la France doit avoir été d'y faire succéder après la mort du roy présent l'Infant Don Philippe à l'exclusion du H. de Naples, qu'à l'heure qu'il est, l'idée de la France doit être de faire monter sur le thrône d'Espagne le Cardinal Infant en luy donnant pour femme une dame de France.

Idée qui pouroit avoir de la vraysemblance en cas que le dauphin restât sans héritiers mâles pour mettre l'infant don Philippe sur le throne de France.

S. M. a cru ces particularités, vrays ou fausses, trop importantes, pour ne pas les faire communiquer à V. E.

Mardi le 20 l'Impératrice sort en publicq, se portant comme elle ne s'est jamais portée.

Je ne scaurois assés vous exprimer, Monseigneur, à quel point elle est ravie de vous savoir enfin entièrement rétabli.

J'av l'honneur etc.

1'. S. Le départ du courrier, porteur de la présente, s'etant différé jusquesaujourd'huy 49. je rouvre le paquet pour y ajoutter les pièces qui me sont parvenues durant ces deux jours ; dans celle de Monsieur d'IIautefort du il, il y a quelque lignes subvurgulées qui ont été retranchées dans la copie faitte pour la circulation (84)...

J'av l'honneur...

Koch à Kaunitz.

Vienne le 1 may 1751.

Je reviens dans cet instant d'une petitte excursion que j'ai faitte à Presburg pour y voir le logement qu'on m'a assigné, et je suis pressé d'envoyer mon paquet à la poste pour ne pas manquer la journalière qui va partir; que V. E. me permette ainsi de me borner aujourd'huy à accompagner les pièces ci-jointes et à l'asseurer du dévouement aussi respectueux... (85).

Koch à Kaunitz.

Presburg le 7 mayl751.

Monseigneur .

Je commence par anticiper d'un jour l'envoy des pièces ci jointes, et je continueray à en user ainsi durant tout le tems que la cour

restera à Presburg, pour ne pas manquer celui qui est fixé à Druxelles pour le départ du courrier hebdomadaire. Leurs Majestés y arrivent.avanthier, elles furent suivies hier par les deux archiduchesses ainées, et ce soir on attend les trois archiducs. L'ouverture de la diette se fera lundi par la proposition que fait le chancellier au nom de la reine, précédée d'une courte harangue que fait S. M. assise sur le thrône, et le lendemain le chancellier se rendra- à l'assemblée des états pour y porter la candidation des sujets que leur propose

M. pour le Palatinat. La demande de S. M. se réduit à l'unique point de l'augmentation de la contribution, et les candidats seront Messieurs le comte Erdodi et Battiani ci devant chancellier, le troisième étant toujours un acatholique qui n'est proposé que pro forma (86). Selon les apparences, la pluralité sera pour le dernier; l'élection du palatin faitte, on passera à la délibération du postulatum regium, et il y a tout lieu de se flatter de la disposition dans la quelle les esprits paroissent être, que S. M. parviendra à son but et de bonne grâce.

Nous sommes dans l'attente d'un instant à l'autre de l'arrivée du courrier que V. A. a annoncé par sa lettre du 22 du mois passé (87).

M. le comte de Rosenberg a été fait conseiller de la représentation en Stirie.

Kaunitz à Koch

Paris le 19 juin 1751.

Caironi est arrivé ici hier de Madrid. J'ai lu ses dépèches avec attention ; le pauvre homme étoit si harrassé des fatigues de sa course, qu'il a fallu lui accorder quelque tems pour se refaire un peu. Pour ne pas l'arrêter cependant au delà du nécessaire, je vous dirai en peu de mots seulement ce que je pense de la réponse de la cour de Madrid.

Selon les propos de Mr. d'Azlor et selon quelques uns de nos avis secrets, on auroit presque du supposer que l'Espagne ne se borneroit pas au simple renouvellement du traité de l'année 1738 et celui d'Aix la Chapelle, et qu'elle pourroit avoir des plus vastes idées. Mais à en juger par sa réponse, ses projets sont très bornés, plus favorables pour l'Angleterre que pour la France et pas même tout à fait conformes aux idées de la cour de Naples.

Les difficultés sur le traité d'amitié ne seront pas difficiles à lever. 11 conviendra, je pense, de finir cette affaire et même le plutôt possible. Cela ne peut produire aucun mauvais effet, pendant que nous ne laissons pas d'y gagner pour notre sûreté et beaucoup d'autres raisons. Il seroit bon neantmoinsje crois, d'avertir Mr. le Cte d'Estcrhasy de ne pas trop se livrer et encore moins de s'abandonner à Mr. Keene; mais il faudroit de la circonspection, qui ne sentit pas la méfiance. Dailleurs ce traité d'amitié me paroit bon, parce qu'il ne nous lie pas les mains, et que peut être même selon les tems et les circonstances on pourra en tirer plus d'utilité, qu'il ne paroit en promettre actuellement. Ce qu'il y a d'essentiel pour nous selon moi, c'est que nous ne donnions les mains à rien d'irrégulier, que nous ne nous ouvrions pas hors de propos et que nous n'allions pas trop vite en besogne. La situation des affaires d'état est assurément des plus délicates, et il est désirable moyennant cela plus que jamais, que S. Mté ne les perde point de vue (88).

Une autre idée, que je crois ne pas devoir vous laisser ignorer, c'est que, selon moi, il seroit très bon qu'à Vienne par manière de conversation et sans affectation, on fit comprendre à Mr. d'IIautefort que l'on regarde comme illusion ce que je crois devoir espérer encore de la façon de penser de sa cour; qu'à Vienne on n'espère presque plus rien de sa rectification, et que l'on n'a pas encore changé de sistéme à la vérité, mais que cela pourroit arriver. J'ai déjà de mon coté laissé echaper d'une façon envelopée dans mes conversations avec Mr. de Puyzieulx des paroles entrecoupées, capables de faire imaginer et espérer à ce ministre, que je m'occupe du soin de donner à ma cour meilleure opinion de la sienne. Ce sont de ces petites choses qui ne coûtent rien et que je crois que l'on peut tenter, parceque l'on en peut espérer quelque chose sans courrir aucun risque.

Il me reste encore à vous dire que depuis ma dernière convalescence, que je puis appeller la première, pareeque les précédentes n'ont été que du plâtrage, j'ai commencé à penser aux arrangemens de mon entrée solemnelle; pendant 5 mois de maladie, je ne puis naturellement pas avoir été en état d'y songer. Cela fait un détail immense et exige tant de soins, de peines et de tems que, malgrez tout ce que je pourrois faire, il faudra au moins 6 mois pour que tout puisse être achevé. C'est à dire, que je tomberois dans le cœur de l'hiver, tems peu propre à pareille fonction pour une santé comme la mienne et même pour les équipages. J'ai dit tout cela à Mr. de Puyzieulx à dessein par manière de conversation, la dernière fois (pie je l'ai vu, et je ne doute pas, qu'il ne s'en prévale pour accorder

à Mr. d'IIautefort la permission de différer son entrée jusqu'au mois d'avril. Il m'a dit lui même que cet ambassadeur l'avoit demandée et j'ai pu voir aisément, qu'elle lui auroit toujours été accordée. L'ambassadeur n'a demandé aussi bien cette grâce, que par raison d'économie, mais je crois cependant qu'il ne seroit peut être pas mal, de lui faire entrevoir que l'on n'est pas bien aise du délai de mon entrée, parcequ'il reculoit mon retour, qui pourra malgrez cela avoir lieu toutes et quantes fois Leurs Mtés le jugeront être de leur service.

Pour ce qui est de notre négociation en Espagne, ce que je puis vous en dire aujourd'hui c'est, que tout ce que cette cour peut en savoir, elle ne sait assurément pas par qui que ce soit de ma maison ; j'en réponds, mais je vous parlerai de cela une autre fois.

Je vous dois aussi encore réponse par raport à Mr. Mareschal et quelques uns de nos ministres dans les cours étrangères à remplacer; mais il faut que vous me donniez du tcms, ma tète étant encore fort éloignée de pouvoir tout ce que je voudrois. Je vous promets cependant tout ce que je pourrai et vous pouvez y compter.

Le départ du Roy pour Gompiegne reste encore fixé au 25. Je compte s'il plait à Dieu, le suivre les derniers jours du mois. Voici une lettre de Mr. le Prince Charles d'Armagnac pour Mr. le B. de Pfitschner que je vous prie de lui faire remettre.

Je vous prie aussi de le faire prévenir qu'elle sera suivie dans quelques jours de la personne de l'écuyer, que S. M é l'Empereur a demandé aud' Prince.

Je vous demande en attendant la continuation de votre chére amitié et j'ai l'honneur d'être avec celle que vous me connoissez pour vous....

Koch à Kaunitz.

Presbourg le 23 juillet 1751.

Monseigneur.

Le voyage de Compiègne est apparemment la causedu silence de V. E. Loing de l'attribuer à un autre motif, j'espère que le changement d'air vous fera, Monseigneur, un bien infini, et que votre santé va être raffermie pour une longue suitte des années.

Vi E. verra par les pièces cijointes que Monsieur d'IIautefort est venu faire un tour icy (89). S. M; l'ayant demandé, si sa cour étoit contente de nous, il luy repondit, de votre personne. Madame, ouy, mais je conseille à V. M. de faire ses affaires à Compiegne. Apparemment qu'il croit, qu'elles se traitteront avec moins de vivacité entre V. K. et Monsieur de Puisieux, qu'entre luy et S. E. le chancellier.

31. de Cristiani a terminé heureusement les affaires dont il etoit chargé à Turin, moyennant quoy on a mis fin à tous les différens qui subsistoient entre les Milanoiset ladite cour; on s'y est pretté de fort bonne grâce à Turin et surtout le roy et le prince royal; c'est tout ce que je puis avoir l'honneur de marquer pour aujourd'huy à V. E.

J'ay celui d'être constamment avec les sentimens...

Koch à Kaunitz.

Presbourg le 30 Juillet 1751.

Monseigneur.

Au défaut d'autres nouvelles je dois me borner ce soir à l'envoy des pièces ci-jointes. V. E. y trouvera entre autres la correspondanccde Klingraff avec le ministère et du ministère avec luy durant les moi& de may et de juin, le reste des mois précédens suivra dès qu'il sera déchiffré et au net.

Touttes ces pièces ne laissent pas de donner beaucoup des lumières, soit pour notre direction soit pour en faire un bon usage en Russie. Le malheur veut que nous serons une couple de mois tout au moins avant que de savoir la suitte des manigeances et intrigues du roy, Klingraff ayant reçeu ces jours passés un courier avec les nouveaux chiffres qu'il avoit demandés, ainsi que V. E. l'aura remarqué par une de ses précédentes, à cause, disoit-il, que l'on prétend être plus habile à déchiffrer icy qu'ailleurs (90). J'ignore ce qui luy a donné lieu d'écrire ceci, mais je ne scaurois m'empècher de craindre que notre peu de circonspection nous fera perdre un jour ce trésor au préjudice infini du service, et ce ne sera qu'alors que nous reconnoitrons le prix de ce que nous avions.

Il est arrivé de nouvelles lettres du prince Louis que je n'ay point vues sans quoy je me serois donné l'honneur d'en remettre à V. E.

des copies; vous ne laissiez pas de les recevoir, Monseigneur, par le canal ordinaire, S. M. m'ayant dit de les avoir envoyées à S. E. le chancellier. L'Impératrice a été ravie d'apprendre par la lettre que V. E. m'a fait la grâce de m'ecrire le 18. qu'elle se trouve si bien de l'air de Compiégne (91).

Le départ pour Pest reste fixé au trois. L. L. M. M. en seront de retour le 14. Elles comptent de rester icy jusques au 20 et partir tout de suitte pour Hollich pour ne plus revenir icy.

On espère que vers le retour de la cour le tout sera prêt pour mettre fin à la diette. Aujourd'huy on a publié les promotions, l'archevêque de Colosa a été fait Primat, et KIobusiczky à sa place archevêque de Colosa ; Klimo evêque de cinque églises, Tauzy evèque de Bosnie, evèque d'Agram, et Chiolnich luy succède dans l'evèché qu'il avoit; le chancellier aura héréditairement pour sa famille l'Obergespahnschaft du comitat de Comorn, Nicl Erdôdi celle de Zole, KIobusiczky celle de Semblin, le président de la chambre celle de Ncograd, le personal celle d'Arad et le général baron Barkoczi celle de Marmarosch, l'evêque de Segna et Etienne Esterhazi auront le brevet de conseiller d'Etat et il y aura douze chambellans hongrois. J'ay fait ressouvenir S. M. à cette occasion de Mr le comte de Waldstein et j'espère qu'il aura le brevet ou ce qu'on appelle decretist.

La révolte en Croatie n'est pas encore appaisée, on y fait marcher des troupes pour les dissiper (92).

Les lettres de Silcsie ne parlent que des préparatifs extraordinaires, qui s'y font et cela d'une façon qu'on devroit croire que nous sommes à la veille delaguerre, le roy faisant meine (sic) jusques aux pontons à l'armée qui sera rassemblée vers le 25 du mois prochain entre Bricg et Neiss; on ne peut jamais être assés sur ses gardes contre un voisin de cette nature, mais plus qu'il en fait de bruit, moins je crois que nous avons à en craindre pour le moment présent.

Comme je suis du voyage de Pest, je ne scais si je seray en état d'écrire à V. E. la semaine prochaine, je m'en acquitteray cependant si je le puis.

S. M. étoittellement affairée icy des matières de la diette, qu'elle n'a pas pu donner tout le tems qu'elle auroit voulu, aux autres affaires. Ce ne sera ainsi qu'après son retour de Hollich qu'il sera répondu eà ce qu'elle vient de me dire, aux relations secrettes de V. E. du 25 juin.

Il est arrivé un courrier d'Espagne avec des présens magnifiques pour la jeune archiduchesse.

J'ay l'honneur...

Kaunitz à Koch.

Compiègne le 3 août 1751.

Vos deux lettres N° 47 et 48 du 10. et 19. Juillet, dernier me sont parvenues en même tems. J'ai senti comme je le dois, tout le prix de la nouvelle marque de la précieuse confiance de S. Mté dont je fais tout mon honneur (93).

Rien de plus sérieux assurément que les quatre lettres, que vous m'envoyez; la plus secrette surtout. Plût à Dieu que leur contenu put être entièrement ignoré de nos ennemis. L'état des choses dans la république est des plus violent ; une révolution est possible à chaque instant et la situation du Prince est moyennant cela des plus fâcheuses et très dangereuse. Ce qui m'allarmc le plus, ce sont les partis et cabales, qui subsistent entre ceux qui sont au timon des affaires. C'est un des plus grands malheurs qui puisse arriver à un Etat, et si le Prince ne travaille avec un esprit de conciliation à les détruire, les conseils les plus salutaires ne produiront que des mauvais effets. La cour de Londres pourroit le plus aisément remédier à ce mal; mais je crainds que l'esprit de parti et des vues particulières ne l'empêchent de s'employer aussi efficacement qu'il seroit désirable. Je ne pardonne pas surtout à Mr de Bentinck son excès d'attachement et de prévention pour la façon de penser des Anglois. Le Prince Louis est fort à plaindre dans ces circonstances; j'ai été charmé de la prudence et de la noblesse qui régnent dans ses lettres. On ne conçoit pas trop d'ailleurs les vues et le but du Pro Memoria et des lettres, que ce Prince a addressées à S. Mlé sur les instances de Mr le Statthouder. L'on est d'avis d'une part qu'il ne faut donner de méfiance à la cour de Versailles, et de l'autre on nous propose de faire un nouveau régiment Suisse. Quelle que soit l'intention de ce conseil, je pense que le parti le plus sage sera toujours celui, de ne nous charger d'aucune odiosité, d'autant plus que nous ne sommes pas toujours trop sûrs que nos propres alliez n'abusent de ce qu'ils nous auroient fait faire eux mêmes.

Ce qu'il y a de mieux, c'est l'idée de travailler de bonheur à l'élévation de sujets bien intentionnés aux archevêchés et evèchés de l'Empire; cela est très sage, nous le savons bien et je suis persuadé

— iOo —

que nous ferons tout ce que nous pourrons pour cela; mais pour réussir, il faudroit que ces Mes" fassent aussi de leur part ce qu'ils pourroient s'ils vouloient.

Vous dites très bien que la correspondance nouvellement déchiffrée du Roi de Prusse avec Klinggraeve est une nouvelle preuve de la malice avec laquelle ce prince sait mettre toute chose à profit. #II connoit bien les replis du cœur humain; mais malgréz sa manœuvre et tout son savoir faire, je suis persuadé qu'on lui auroit ôté le masque il y a longtems, si les circonstances dans presque toutes les cours de l'Europe ne l'avoient pas si bien servi. 11 aura beau jeu tant qu'elles ne changeront pas. Ce prince et cette cour ne connoissent que trop l'état des affaires de nos alliez et leur façon de penser à notre égard; ils n'ignorent pas plus l'embarassante situation dans laquelle cela nous met; c'est là la vraye raison pour laquelle on s'en prend toujours à nous ; c'est pour cela que c'est toujours nous, que l'on presse, parceque l'on imagine que c'est le moyen de nous forcer à nous employer avec vivacité en Russie pour que l'on y prenne d'autres mesures.

Vu ces circonstances, un de mes premiers soins a été jusqu'à présent de ne témoigner ni crainte ni embarras, mais d'accompagner en même tems cet air d'assurance avec une modération convenable. J'ai crû qu'il convenoit de ne rien précipiter, mais en même tems je n'ai pas laissé échapper aucune des occasions propres à ces espèces d'insinuations, que je crois pouvoir faire sans un ordre positif.

Dans ce point de vue j'ai été par degrés dans les différentes conversations que j'ai eues avec les ministres depuis un mois, que je suis ici. J'ai trouvé l'occasion de leur mettre sous les yeux différentes considérations très importantes et de leur démontrer que S. Mté n'a jamais eu autre projet, que celui de maintenir le repos et d'établir une parfaite intelligence avec cette cour, dans l'idée que c'etoit là le moyen le plus sûr de contenir toutes les autres Puissances de l'Europe.

Voici en substance ce que l'on m'a répondu: on ne me parle plus de soupçons; on nous croit de bonne foy, mais on prétend en même tems que l'on n'a pas pu se dispenser de prendre les mesures que l'on a prises, sans vouloir abandonner à l'Angleterre et à la Russie le moyen de trancher du maitre dans l'affaire de l'élection d'un roy des Romains et toutes autres quelconques ; que le Roy ne pouvant prendre ce parti, sans se rendre méprisable à ses amis et à ses ennemis, on n'avoit pas pu rester plus longtems les bras croisés, mais que pour cela il ne falloit pas croire que le Roy ait changé de prin-

cipes: que toutes les mesures que l'on avoit prises, ne regardoient pas directement la maison d'Autriche et n'avoicnt pour objet que le maintien de la paix; que le Roy conservoit constamment le désir le plus sincère, de vivre avec S. Mté dans la meilleure intelligence; que c'etoit le maintien du repos qui lui tenoit à cœur, et qu'il ctoit si éloigné de desseins contraires que S. W6 pouvoit compter que, si le roy de Prusse s'avisoitde l'attaquer, il prendroitles armes contre lui, comme contre tout autre, qui voudroit troubler la tranquillité; que l'on me parloit vrai ; que se scroit vouloir nous tromper, que de nous en promettre davantage quant à présent, mais que les tems pouvoient changer.

Le Roy retourne à Versailles le 40. La plupart des ministres étrangers sont déjà retournés à Paris, mais pour moi je compte rester ici encore jusqu'au 5. à cause d'une affaire fâcheuse, arrivée entre cette cour et le gouvernement des Païs-Bas, qui regarde les bureaux dans les terres prétendues neutres, sur le chemin neufde Sedan à Liège, et qui pourroit peut-être me donner encore occasion, de m'expliquer avec les ministres sur différentes choses.

J'ai l'honneur d'être avec les sentimens les plus distingués...

Koch à Kaunitz.

PestleS. août 1751.

Monseigneur.

Quelque peu importantes que soyent la plus part des pièces ci jointes, celle de Monsieur Puissieux au marquis d'IIautefort du 21. du passé me le paroit tant, quej'ay cru ne devoir pas différer à l'envoyer à V. E. (94). Elle a été ecritte dans ce qu'ils appellent le chiffre à quadro qu'ils croyent indéchiffrable, et dont ils ne se servent que pour les affaires les plus secrettes; marque évidente, que Monsieur de Puissieux s'explique comme il le pense, qu'ils sont remplis plus que jamais des soupçons contre nous et l'Angleterre, qu'ils croyent avoir découvert que l'Angleterre songe à leur faire la guerre et que, quoyque joués par l'Angleterre, nous pourrions nous y laisser entrainer. Les conséquences de cette idée, vraye ou fausse, qu'ils attribuent aux Anglois, peuvent mener les choses à des extrémités plus grandes qu'on ne

pense et le roy de Prusse est trop habile pour ne pas en profitter.

Leurs Majestés se trouvent icy depuis hier au soir, ayant fait le voyage par eau dans une chaleur étouffante, et dans une chaleur beaucoup plus grande encore aujourd'huy elles ont été voir au plus grand soleil ce matin les trouppes campées icy avec leur différentes révolutions et mouvemens...

J'av l'honneur...

Koch à Kaunitz.

Test le 12 août 1751.

Monseigneur.

S. M. retourne demain de grand matin à Presbourg après avoir été dans des mouvemens continuels durant les huit jours qu'elle a passés icy, s'etant trouvée tous les matins et soirs au camp, spectatrice de differens mouvemens que les trouppes ont faittes, on peut dire, à la satisfaction réciproque de S. M. et des regimens : de S. M. pour avoir vu des corps si bien composés et si adroits, et des regimens pour avoir eu pour témoin de leur application et addresse la souveraine adorable qu'ils ont le bonheur de servir. Elle a cependant fait une course d'un jour et demi à Gudele, maison de plaisance de monsieur le comte de Grassalkovich,où elle futreçeue avec la magnificence que V. E. peut s'imaginer, et où il y eut un concours de tout ce qu'il y avoit de Noblesse dans les comitats d'alentour.

V. E. trouvera parmi les pièces ci jointes deux qui merittent son attention : la lettre de Linar à Bachof et la réponse de Monsieur d'Hautefort à celle de Monsieur de Puissieux que j'eus l'honneur de luy communiquer par ma précédente (95). Ce digne sujet soutient constamment son caractère de probité qui luy fait d'autant plus d'honneur, étant livré présentement à soy même durant l'absence de sa cour. Il nous connoit et nous rend par conséquent justice. Le nom du maréchal de Battiani a été retranché dans la copie qui a passé à S. E. le chancellier.

Je pense que c'est l'abbé de la Ville qui est désigné sur l'expression de phrasier dans sa lettre àTiquet (96). Scavez vous Monseigneur, ou ne scavez vous pas, que vous recevrez peut être dans moins de huit

semaines une visite du Prince de Lichlenstein ? Son intention de se rendre vers la fin du mois à Spaa pour y prendre les eaux et pour passer de là pour une couple des semaines à Paris (sic!). J'ay l'honneur...

Kaunitz à Koch.

Paris le 17 août 1751

Depuis ma dernière je me suis aperçu quej'avois oublié d'accuser votre lettre du 23 juillet n° 49. Elle m'est pourtant parvenue, de même que du depuis celle du 30 n° 50.

Vous vous souvenez sans doute, combien j'ai été charmé dans son tems du choix, que S. M té avoit fait de la personne de Mr. de Cristiani, pour l'arrangement de nos différends d'Italie, nommément vis à vis de la cour de Turin (97). Les effets prouvent, à quel point ce choix a été sage et judicieux. Vous voyez par les informations secrettes le cas que l'on fait de cet habile homme, et l'utilité de la façon en toutes choses. Dans le siècle où nous sommes, on fait ordinairement plus de chemin par ce moyen que par la plus belle logique du monde. Le Roy deSardaigne est content de nous, pendant que nous avons lieu d'être assez content de lui. N'est ce pas un phénomène? Cela n'est il pas digne d'admiration? Et à qui devons nous le rétablissement de cette heureuse intelligence, que je crois non seulement utile, mais même nécessaire dans les conjonctures présentes, c'est à la sagesse sans exemple de notre incomparable Maitresse. Accoutumé à en voire les effets, je ne devrois point être étonné à chaque nouvelle occasion, mais je m'apperçois, que l'habitude, qui dailleurs fait trouver simples les choses même les plus étonnantes, perd ses droits vis à vis de moi lorsqu'il est question de l'Impératrice. Elle est toujours nouvelle pour moi : il me semble que la dernière de ses actions est toujours la plus admirable.

Je suis toujours bien content de Mr. d'IIautefort ; le plaisir que je sents à retrouver dans quelqu'un de mes concitoyens de l'univers ce noble courage, que donne la probité, surtout quand il est accompagné de prudence, est quelque chose dont je ne saurois vous donner une idée. 11 n'y a pas d'expression pour cela; il y a tout ce que je viens de dire dans Mr. d'IIautefort et je vous avoue que je trouve

cela admirable. Il y a des traits de caractère estimable dans toutes ses lettres, mais surtout dans celles du 17. 21. 23 et 28 juillet. Il est tout simple que cet homme fasse ce qu'on lui ordonne. Mais vous verrez pourtant toujours que cela ne l'empêche pas, de dire net ce qu'il en pense à Mr. de Puyzieulx; non seulement il n'y a pas de mal, qui témoigne quelque confiance à Mr. de Barck et Klinggraefe, mais je serois fâché, s'il ne leur en temoignoit nulle, il est clair cependant qu'il ne les aime pas au fond.

La correspondance de Klinggraff, récemment déchiffrée, débrouille effectivement bien des choses. On voit pourquoy il demande un nouveau chiffre par la lettre de Diest, mais il n'est pas impossible non plus, que quelqu'un puisse avoir vanté imprudemment l'habilité de nos déchiffreurs. Je pense bien comme vous que l'usage indiscret de nos informations secrettes pourroit nous en faire perdre un jour le fruit; vous savez ce que je pense sur cet article et bien d'autres. Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de la diette de Hongrie; la voilà pourtant finie de façon à faire taire les nouvellistes; ils ne pourront pas s'empêcher de convenir, ou de sentir au moins que S. Mté sait prendre les affaires par le bon bout ; j'en suis, on ne peut pas plus aise.

Pour ce qui est des affaires générales, il semble que cette cour est toute occupée actuellement du sort de la prochaine diette en Suède; elle l'est même peut être du soin de faire faire aux états à cette occasion une déclaration ferme et hardie, qui pourroit déplaire très fort à la Russie. Je crois que l'on est fâché ici, que la cour de Petersbourg ait su saisir adroitement l'occasion, de se tirer honorablement d'embaras, en se conservant sain et sauf, au moyen de sa déclaration ses prétendus droits, fondés sur la paix de Neustatt. C'est pour cette raison que l'on n'en a pas été satisfait ici; et ce qui me fait encore envisager mes conjectures comme vraisemblables, c'est le transport des 8000 Suédois en Finlande, Thonnête refus de retirer les trouppes à pas égaux des frontières et les ostentations guerrières du roy de Prusse, imaginées aparemment pour nous faire peur, pour encourager son parti en Suède et pour reveiller l'attention de la France sur la prétendue utilité de son alliance. Quant à nous, nous ne devons et ne pouvons point paroitre dans tout cela. Je suis toujours d'avis, qu'il faut nous tenir dehors, tant que nous pourrons; mais il seroit désirable que la Russie put trouver moyen, d'empêcher tout parti d'éclat de la part de la Suède, parceque quel qu'il soit, il rebrouillera de nouveau cette mauvaise querelle, et le roy de Prusse y retrouvera le fâcheux moyen de se faire envisager de plus en plus comme très

— no —

nécessaire à la France, ce qui est certainement son principal objet.

Pour nos différends des Païs-Bas mon avis est, et je crois qu'il n'y en a pas d'autre, que de se faire donner à Vienne de bouche par Mr. Neny tous les éclaircissemens relatifs à l'idée d'un accommodement à l'amiable. Si entre nous autres, qui servons l'Impératrice, il nous falloit plaider par écrit, nous n'en sortirions jamais ; il est question de se décider sur le principe ; dès que je saurai d'où il faut partir et où nous voulons arriver, je tâcherai de conduire la barque du mieux qu'il me sera possible. En général je pense qu'il faudra tâcher de ne pas tomber dans les deux extrémités, que je me représente dans cette affaire, c'est à dire point de chicanes, mais aussy point de sacrifices à pure perte. La première de ces voyes gateroit tout, et nous serions la duppe de notre action par la seconde; on nous en sauroit aussi peu de grez que de la fatale convention de 1738. C'est elle qui nous casse le cou actuellement et je ne sais d'honneur pas trop encore, comment nous nous y prendrons, pour faire une réponse raisonnable au dernier mémoire de Mr. de Puyzieulx.

Je suis très flatté de la marque de souvenir et d'amitié, que vous m'avez donnée, en vous intéressant pour le jeune comte de Wallenstein; je vous demande la continuation de vos sentimens pour moi, j'y suis, on ne peut pas plus sensible. Vous savez sans doute que j'ai actuellement ici le jeune C. de Wirben ; il demeure chez moi avec mes autres enfans; je suis toujours bien content de ce garçon là et je me sais bon grés de l'avoir si bien deviné, lorsque j'ai commencé à le connoitre à Vienne ; il a tout plein de bon. Je tâcherai de lui rendre son séjour dans ce païs-ci utile dans les matières qui sont de son goût.

Faites je vous prie des complimens de ma part à Mr. son père et soyez persuadé des sentimens avec lesquels vous me connoissez...

Kovh à Kaunitz.

Presbourg le 20 août 1751.

Monseigneur.

J'ay reçeu à mon retour de Pest la lettre que V. E. m'a fait la grâce de m'ecrire le 3 du courant. S. M. en a lu le contenu avec cette satis-

faction que luy donne tout ce qui luy vient de V. E. Los différentes reflexions que vous y faittes, Monseigneur à l'occasion de la lettre secrette du Prince Louis, ne sont malheureusement que trop solides. Ce sort de la république est bien à plaindre dans une telle situation, mais le nôtre le seroit, je crois de beaucoup plus, si tout notre bien être devoit dépendre du soutien de tels alliés.

Voici une autre lettre secrette du même prince qui roule sur un sujet tout à fait différent; elle est arrivée avec une autre moins secrette qui regarde le discours tenu par Milord Holderness sur notre négociation avec l'Espagne. Cette dernière est passée à la circulation et vous recevrez, Monseigneur par ce même canal la réponse qui y a été faitte. S. M. a fait mistère de l'autre au reste du ministère, et V. E. est la seule qui en a connoissance.

L'Impératrice revint le 14 vers le midi de Pest, et le même après dinnerellese rendit à Vienne sur la nouvelle qu'elle meut de la maladie de l'archiduc aine et du cadet; l'un et l'autre se trouvent, grâce au Seigneur, parfaittement remis, le premier du mal de gorge qui etoit cependant sans conséquence, et l'autre d'une colique qui paroissoit beaucoup plus sérieuse, et qui donnoit à craindre une inflammation des intestins. Ces deux malades précieux sont remis, mais il y en a une autre qui ne laisse pas d'inquietter beaucoup S. M., c'est Madame la princesse de Trautsohn, à la quelle on a été obligé de faire tout de suite trois saignées, et de luy appliquer deux visicatoires qui ont produit un effet si bon qu'on commence à se flatter que le plus fort du danger est passé.

La diette d'icy va dessus dessous; la jalousie et défiance s'est emparée des esprits durant le tems de l'absence de L. L. M. M. à Pest; ils vont donner de nouvelles représentations ou, pour mieux dire, ils vont repéter leurs premiers postulata; comme ils sont généralement mécontens du stile dont etoit conçeu la première réponse de la cour, on tâchera, j'espère, de rendre plus agréable celui de la deuxième, et ce ne sera que par première que je pourroy luy en dire quelque chose de plus. Le guignon s'est mêlé de cette diette qui a commencé avec les plus belles apparences.

Kaunitz à Koch

Paris le 22 août 1751.

Je me représente ce que vous me mandez du camp de Pest, par votre lettre du 5 de ce mois n° 50. Rien ne doit être plus beau qu'une assemblée aussy nombreuse de cavallerie et surtout de cavallerie Autrichienne, laquelle a toujours eu selon moi un genre de beauté supérieure à toutes les autres de l'Europe. Mais vous me faites trembler avec ce que vous me dites des chaleurs, que Leurs Mtés ont essuyées pendant leur navigation et leur séjour au camp. Dieu veuille que leur précieuse santé n'en ait point été altérée; j'en suis dans une très grande inquiétude et je m'en vais attendre avec bien de l'impatience les premières nouvelles que vous me donnerez sur ce sujet.

Les trois lettres de Mr. de Puyzieulx du 21 juillet dernier à Mrs. d'Hautefort, Castera et Boyer sont assurément très remarquables. La première prouve que Ton n'étoit pas ici aussy exactement au fait de notre négociation à Madrid, qu'on croyoit l'être, et ce que j'y ai remarqué encore avec un vrai plaisir, c'est qu'il semble, que l'on commence enfin à entendre la politique du ministère anglois. Vous vous ressouviendrez sans doute, de ce que je vous ai mandé dans quelques unes des mes lettres, le 10 du courant entre autres (98), au sujet de plusieurs entretiens amicales que j'avois eu avec Mr. de Puyzieulx, dans lesquels j'ai taché de lui faire sentir, qu'il y avoit des gens dans le monde, qui étudioient et savoient les moyens de faire prendre des fausses mesures à la vivacité françoise, trop promte à prendre des partis sur les moindres apparences. J'ai voulu, comme vous sentez bien, ouvrir les yeux à ces Messieurs sur les conséquences de leurs étourderies politiques.

J'ai voulu leur faire entrevoir la nécessité d'être à l'avenir moins duppesetplus sur leur garde visa vis des autres et visa vis d'eux mêmes. Il n'est pas impossible, que dans ce que Mr. de Puyzieulx écrit à Mr. d'Hautefort à peu près dans le même tems (99), il ne puisse avoir eu l'intention de nous rendre à peu près le même service sur la manœuvre de la cour de Londres. Par l'expression des menées sourdes, il entend vraisemblablement notre négociation avec la cour de Madrid et

il nous suppose la dessus d'intelligence avec celle de Londres. Je suis constamment persuadé que ce n'est qu'en faisant sentir adroitement à ces gens-ci, que nous pourrions à la fin nous jetter entre les bras des Anglois et entrer dans toutes leurs idées, qu'on les retiendra et qu'on les empêchera d'entasser à notre préjudice faux pas sur faux pas, qu'ils regarderoient comme autant de mesures nécessaires. Peut-être que Mr. d'Hautefort mettra le ministère à Vienne dans le cas de pouvoir lui parler dans le goût de ce que j'ai dit ici à ce sujet par manière de conversation à Mr. de Puyzieulx'; mais pourque cela fasse effet, il faudra avoir attention à ne mettre aucune affectation dans ce qu'on lui dira et surtout rien qui sente la menace ni de près, ni de loin, ou de l'humeur. D'un pareil langage de notre part, conditionné comme je viens de le dire, je crois qu'on pourroit en espérer beaucoup raisonablement. Il seroit je crois hors de place de se conduire de façon à laisser imaginer, que nous sommes embarassés de notre figure, ou de s'obstiner à vouloir insister sur des choses que l'on se persuade ici n'être pas de saison dans le moment présent. Il me semble qu'il convient de rester un peu comme nous sommes et d'attendre le reste du tems.

Ce que Mr de Puyzieulx dit de la cour de Madrid, "me confirme dans ma façon de penser sur ce sujet; vous pourriez la dessus, si vous le jugiez à propos, revoir mes relations secrettes.

Je vous ai parlé il y a quelque tems de ce qui s'est passé entre Mr de Puyzieulx et moi à l'occasion de l'intérêt que j'ai crû devoir prendre à sa santé ; ce que je lui ai dit, lui a fait tant d'impression, qu'il s'est fait consulter par plusieurs médecins et chirurgiens. Il m'a rendu exactemt leurs raisonnemens et sa sentence. Ces M" après lui avoir déclaré qu'il n'avoit aucun mal fixe et aucune partie réellement attaquée, n'ont pas laissé de lui faire sentir qu'il n'y avoit point de remède pour lui et en conclusion lui ont ordonné des palliatifs, du remède miton mitaine en un mot. Il m'a demandé mon avis sur tout cela, et mon amitié pour lui aparemment m'a rendu si éloquent et si persuasif, qu'en dépit de la consultation il m'a prié de lui envoyer le Professeur Ferrein, dont je lui avois parlé. Il l'a vu, Mr Ferrein lui a trouvé une obstruction formée dans le foix, point assez avancée cependant pour n'être plus guérissable. La difficulté est de trouver des remèdes que sa situation puisse lui permettre de faire; Mr Ferrein doit le revoir, je me flatte qu'il en trouvera et je le désire encore plus par l'intérêt que je prens comme citoyen de l'univers et comme ami, à la conservation de ce galant homme.

Si Made dePompadour se mèloit des affaires étrangères, j'ai lieu de

croire qu'elle ne nous rendroit pas des mauvais offices. Elle a beaucoup de bonté et quelque confiance en moi. A Gompiègne j'ai eu occasion par l'état de ma maison, que j'y ai tenu, de fairejies politesses aux principaux courtisans, qui sont de ses amis et de la cotterie du Roy; je sais que ce Prince y a été sensible et que plusieurs des ces Mr* sont fort des mes amis ; on m'a môme fait entendre, mais que cela reste entre nous, je vous prie, que s'il etoit possible, de mettre un ambassadeur de la cotterie du Roy, j'en serois; mais cela ne se peut pas. Bref, je ne sais pas comment cela s'est fait, mais il est vrai, que le Roy et Made de Pompadour, et ceux qui l'environnent, ont beaucoup de bonté pour moi. Tout cela ne fait rien assurément au fond des affaires, mais ces sortes d'affections personnelles ne gâtent rien cependant et peuvent être d'un grand conséquence dans les occasions.

J'écris aujourd'hui à Mr le C. d'Ulfeld sur nos affaires des Païs- Bas et je lui dis ce que je pense sur ce que je crois, qu'il convient de faire actuellement ; je ne suis point empressé du tout de la conduite de cette négociation et beaucoup moins, qu'elle le soit selon mes idées ; je me réglerai bien plus volontiers sur ce qu'il plaira à S. Mlé de me faire ordonner sur ce sujet.

J'ai l'honneur d'être avec l'amitié la plus tendre...

Koch à Kauiiit:.

Presbourg le 27 août 1751.

Monseigneur.

Nous voici à la fin, grâces au Seigneur, au bout de la diette, terminée, il y a un quart d'heure par l'échange des articles, signés les uns par S. M. et les autres par le Palatin et le Primat, par une harangue faitte en langue hongroise par le chancellier, par une courte allocution de S. M. aux états, et par le remerciment fait au nom des états par le Primat, l'une et l'autre de deux dernières en langue latine. La substance de l'allocution de S. M. aété, qu'après avoir distingué la nation en toutte occasion par des grâces et bienfaits, elle s'étoit attendue à plus de confiance et de promptitude de leur part, qu'elle espéroit, qu'ils auroient soing de donner une exécution prompte et équitable aux résolutions dietales et qu'ils se déferoient à l'avenir de toutte

méfiance envers leur roy et mère, pour que S. M. aye motif de leur rendre son ancienne bienveillance et confiance. Les états furent admis après cela albacciamano et dans une demie heure d'icy S. M. se mettra en voiture pour se rendre à Hollich pour où l'Empereur a pris le devant avanthier et l'archiduc ainée hier. Jamais diette n'avoit commencé avec de plus belles apparences, il s'en faut de beaucoup que la suitte y aye repondu ; la chambre hautte a marqué trop de déférence à la basse, remplie des crieurs aux quels personne n'imposa, les jalousies et factions partagèrent les magnats, les promotions causèrent du mécontentement dans quelques uns, l'animosité contre la personne du chancellier devint presque générale, et les affaires en un mot à un point, que les états, mecontens de la première résolution, parlèrent publiquement que, n'ayant pas la moindre satisfaction sur leurs griefs, il ne leur restoit d'autre parti à prendre que de supplier S. M. qu'il leur soit permis de se retirer sans qu'il fut fait d'article. La pluspart de ces menées se firent durant l'absence de la cour à Pest; on trouva cependant le moyen de les ramcincr, et on peut dire, quec'estl'ouvrage de la fermeté et prudence de S. M. On leur donna une réponse conçeuc dans les expressions plus gracieuses que la première sur leur deuxième représentation, le tems ne fut pas laissé aux esprits mutins de rembrouiller les cartes, les bien intentionnés, qui sont cependant en grand nombre, agirent avec plus de vigueur, et on parvint à former des articles sans leur avoir rien accordé pour cela qui auroit pu être au préjudice du service et de l'autorité souveraine, les grâces que la cour leur fit, consistant à rectifier le règlement militaire, à fixer le nombre et le payement des Gspahn corvées et à y faciliter le transit de leurs produits vers la mer et les pays étrangers, de sorte qu'il revient à S. M. deux avantages de cette diette, l*un l'augmentation de 700.000 f. que l'on doit compter en realité pour 500,000, et l'autre les connoissances qu'elle s'est acquise du génie et intérieur du royaume, connoissances qui luy serviront de lumière pour l'avenir(lOO).

Parmi les pièces ci jointes, il y en a deux qui merittent l'attention de V. E. preferablement aux autres, c'est la lettre de Monsieur de Puissieux à Guebriant et celle d'Assebourg à Wachtendunck avec le projet du traitté qui l'accompagne (101).

V. E. en recevra quelques autres au premier jour par la chancellerie de cour qui ne sont pas importantes, savoir quelques relations de monsieur de Richecourt avec une couple des lettres du Prince Louis.

Je n'ay rien vu de ces pièces, et je n'en scais que ce que S. M. m'a fait la grâce de m'en dire m'ordonnant de vous prévenir Monseigneur,

qu'elle ne scauroit se décider à croire, que c'est par malice que le ministère anglois fait tant d'éclat de notre negotiation avec l'Espagne, et qu'on affecte déparier à Londres d'une alliance entre S. M., le roy d'Espagne, les Puissances Maritimes, le roy de Sardaigne et la czarine, mais que ce même éclat ne laisse pas de luy faire craindre les mauvaises impressions que cela fera en France, et que peut être cela même fera échouer la negotiation à Madrid.

J'ay ordre d'y ajoutter une autre pièce qui est le mémoire ci joint, présenté par le comte de Bcntinck au prince Louis; ce dernier l'a communiqué dans le dernier secret, aussi n'y a-t-il que V. E. qui en aye connoissance, aucun du ministère ne l'ayant vu (102).

Je me trouve depuis dix jours sans les ordres de Y. E,

Je suis...

Kcch à Kaunitz.

Vienne le 4 septembre 1751 Monseigneur.

S. M. sera de retour ce soir de Hollich ou elle a passé huit jours à se délasser un peu des occupations immenses que luy a données la diette jointe à son travail ordinaire dont Elle n'a certainement rien négligé pendant tout son séjour de Presbourg; la vie qu'elle meinc devient de jour en jour plus pénible, elle est telle qu'à la longue le tempérement le plus robuste doit y succomber; revenez, Monseigneur bientôt pour luy rendre plus aisée une partie de son travail, c'est à cette fin qu'Ellc soubaitte de savoir, s'il ne ser'oit pas possible que V. E. fit son entrée vers Noël ou plutôt encore s'il se pouvoit, son intention étant de ne la laisser tout au plus que deux ans à Paris, et de faire presser Monsieur d'Jlaulefortsur la sienne, dès qu'elle scaura par la réponse de V. E. le letns au quel elle sera en état de la faire; Elle m'a ordonné bien précisément à Hollich encore de ne pas oublier cet article dans ma première lettre. Vous connoissés, Monseigneur toute la confiance que S. M. a en vous, et cette connoissance ne doit pas vous surprendre sur l'empressement qu'elle a de vous avoir bientôt de retour.

Dévoué au point où je les suis au bien du service, je souhaitte bien

passionément de mon coté ce même retour, dans le cas surtout, si les circonstances ne permettoientpasque V. E.pùt faire tout le bien qui seroit à souhaitter en France, au lieu qu'icy elle pourra en faire et en fera infiniment. La pièce confidente du 16 d'août ecritte dans le chiffre le plus secret par Monsieur de Puisicux à Monsieur d'Hautefort que V. E. trouvera ci jointe, fait voir de plus en plus les principes qui dirigent le cabinet de France, en la combinant avec la pièce confidente que trois semaines avant Monsieur d'Hautefort avoit reçue de ce ministre (103). Dans la précédente il étoit dit, que l'Angleterre jouoit rimpératrice, que son intention etoit de détruire les colonies françoises en leur faisant la guerre par mer, tandis qu'elle tacheroit de se servir des forces de S. M. pour la luy faire par terre. Il y avoit du bon et du mauvais dans cette pièce puisqu'on pouvoit en tirer la conséquence que la France, non obstant le concert secret qu"elle nous suppose avec l'Angleterre, ne laissoit pas de croire que l'Angleterre luy veut bien plus de mal que nous, et qu'elle n'agit pas même sincèrement avec S. M. Une telle idée auroit du, ce me semble, engager la France à nous ménager d'autant plus, pour éviter que nous ne rejettions pas entièrement entre les mains des Anglois, et à nous faire connoitre les indices sur lesquels ils jugent que l'Angleterre en agit doublement avec nous. Mais la pièce ci jointe me paroit infiniment plus mauvaise ; on y met pour base, que les circonstances peuvent faire changer quelques fois de conduitte, mais jamais des maximes dans le sistème, que nous ne voulons ni ne pouvons nous détacher de l'Angleterre et que, secrettement d'accord avec les Anglois, nous ne faisons des avances à la France que pour l'amuser. La France dirigeant ainsi ses opérations sur ces trois principes, l'un que l'Angleterre veut luy faire la guerre et nous y entrainer, lesecond que notre intérêt nous oblige à ne pas nous séparer de l'Angleterre, et le troisième que tout ce que nous leur disons, n'est qu'un jeu concerté avec l'Angleterre, il s'ensuit de soy même que la France, imbue de ces principes scauroit ne chercher qu'à nous amuser à son tour par de belles paroles et par des espérances éloignées, tandis qu'elle ne vise qu'à nous contrecarrer en tout, qu'à nous susciter un ennemi et un embarras après l'autre, à s'unir enfin de plus en plus avec le roy de Prusse, qui a trouvé le moyen de leur faire croire tout ce qu'il veut, et de se faire considérer par la France comme un allié aussi utile qu'indispensable. Dans une telle situation que peut- il y avoir à espérer de la France, ou plutôt que peut-il n'y avoir pas à craindre à moins que la grande prudence de V. E. ne trouve moyen de leur ôter des soupçons et préjugés si profondément enracinés ? Chose

aussi difficile à espérer qu'a exécuter. La réponse de Monsieur d'IIautefort à celle même pièce, est une nouvelle preuve de son caractère. Sans oser combattre directement les principes de Monsieur de Puissieux, il tache de luy insinuer indirectement, que tout ce que nous f aisons est un effet des menées du Roy de Prusse qui nous y obligent, que ce prince songe de ralleumerla guerre et d'y entrainer la France. Quel domage que ce digne galant homme n'a pas plus de crédit à sa cour! Une autre marque de beaucoup plus convaincante encore de sa droiture est, qu'il n'a pas discontinué d'écrire sur le même ton pendant toutte l'absence de la cour, quoyque environné alors constamment de tout ce que nous avons icy des envoyés les plus mal intentionnés.

V. E. y trouvera un autre passage ou il est dit, qu'en cas de guerre L. L. M. M. laisseroient aux P. P. M. M. le soing de garder la Flandre. J'ignore d'où il tire cette conjecture, mais je scais qu'il y en a dans la conférence du sentiment, qu'au lieu d'avoir à craindre la neutralité à stipuler par les Ilollandois pour les Pays bas, qu'on voudroit nous faire appréhender par les lettres du Prince Louis, ce seroit ce qui pourroit nous arriver déplus heureux, puisque la France songeroitplus d'une fois à faire rentrer ses armées dans l'Allemagne pour ne pas s'attirer l'Empire sur les bras et que, dégagés par conséquent de tout danger du coté des Pays bas, dégagés aussi de l'autre de tout danger du coté de l'Italie en cas que la négotiation avec l'Espagne finisse heureusement, nous serions à même de réunir touttes nos forces contre le roy de Prusse. Raisonnement qui paroit avoir beaucoup de solide, quoyque je doutte que la France se prette jamais à la neutralité des Pays bas, pour aussi longtems que durera la trop grande influence que la cour de Berlin a dans ses resolutions. Je passe de mon raisonnement particulier à l'ordre que m'a donné S. M. de marquer à V. E. de sa part, qu'elle va luy envoyer Monsieur de Neni, avec un plein pouvoir d'ajuster les différens que nous avons avec la France du coté des Pays bas, de la manière queV. E. le trouveroitle mieux: que vous comprendriez sans peine, Monseigneur, qu'un sacrifice de ce coté là seroit beaucoup moins sensible à S. M. si la France pouvoit être engagée par la à changer réellement de ton, mais que s'il n'y avoit pas un changement solide à en espérer pourlaseuretéet l'avantage du reste de la Monarchie, qu'il vaudroit peut être mieux de différer cet ajustement à des tems et circonstances plus favorables pour ne pas donner à pure perte, et que S. M. attend sur cela son avis; qu'elle l'attend de même par rapport au successeur à nommer à Monsieur le comte d'Esterhazi en cas que ses indispositions ne luy

permissent pas de continuer son séjour en Espagne; que l'on diffère la réponse à la grande relation secrette de V. E. jusques à tant que l'on sache l'issue bonne ou mauvaise de notre négotiation en Espagne et que par les raisons détaillées dans ma précédente S. M. commence à en espérer peu.

Je vous ay prévenu, Monseigneur, par ma précédente que vos lettres me manquoient alors depuis dix jours. J'en ay reçeu du depuis celles du N. 24 et 25 à mon arrivée à Hollich et avant hier celle du N. 26. C'est le secrétaire de Monsieur le marquis de Botta qui est la cause que la première ne m'est pas parvenue plutôt, ayant mis dans le paquet de Monsieur le baron de Bartenstein la lettre de V. E. à moy, et à sa place dans la mienne celle de Mr de maréchal aud. Baron, Monsieur de Bartenstein s'étant aperçu de cet équivoque m'envoyât incessammant celle de V. E. sans y avoir touché (104). Bien de plus vray que l'éloge que vous faittes Monseigneur de Monsieur le comte de Cristiani. C'est un homage que se doivent les grans hommes les uns aux autres; aussi ne l'ay je jamais entendu parler de V. E. qu'avec un respet infini et avec une connoissance entière de ses qualités éminentes de cœur et d'esprit.

J'av l'honneur...

Knunitz à Koch.

Paris le 10 septembre 1751.

J'ai bien reçu votre lettre du 27 août dernier n° 53, mais elle m'inquiète sur le sort de celle que je vous écrivis le 10 n° 24, Mr. le C. d'Ulfeld ayant reçu celle de la même date pendant que vous êtes à ce que vous me mandez, depuis 10 jours sans avoir de mes nouvelles.

Vous m'avez fait grand plaisir par l'histoire secrette de la diette d'Hongrie, que contient votre lettre. Après tous les changemens qui étoient arrivés pendant l'absence de Leurs Mtés, je n'en espérois pas, qu'elle finiroit encore d'une façon aussi passable. Il auroit été fâcheux d'échouer par rapport aux mauvais effets, que cela auroit fait vis à vis de toutes les cours étrangères, et même de la nation; et il est bien heureux moyennant cela, qu'il n'y a rien dont la sagesse, la patience, la fermeté et l'équité de l'Impératrice ne vienne à bout. Il

n'est pas douteux non plus que sans tout ce qui vient d'arriver presque sous les yeux de Sa Mté, Elle n'auroit encore de longtems été à portée, de connoitre parfaitement le génie de la nation et l'intérieur du royaume; on ne lui en auroit peut être pas donné une idée aussi juste et ce n'est pourtant qu'à présent, qu'avec confiance vis à vis de soi même, on peut commencer à un sisteme politique solide et aux moyens d'amener de loin les remèdes nécessaires à la guérison des maux politiques de ce grand royaume.

Nous perdons enfin Mr. de Puyzieulx; je crois, que nous ne le verrons plus mardi prochain dans la qualité de secrétaire d'état; Mr. de St-Contest qu'on a rappelle de son ambassade de la Haye et qui est déjà arrivé, va lui succéder; je suis très fâché de ce changement, je traitois d'affaires avec Mr. de Puyzieulx d'une façon fort agréable et j'avois fait quelque progrès dans sa confiance. C'est à recommencera présent avec le nouveau ministre. On ne peut pas savoir à quel point nous nous conviendrons; au moins est-il certain, que cette familiarité (jui fait tout l'agrément du commerce entre les hommes, ne pourra pas y être d'abord. J'ai eu en attendant deux conversations fort intéressantes avec Mr. de St. Séverin, que j'ai été voir deux fois à sa maison de campagne. Je rends compte aujourd'hui à S. Mté. de l'essentiel (105). Ce que je crois avoir vu d'ailleurs assez distinctement c'est, que l'on n'est plus tant en défiance contre nous, et que l'on seroit bien aise que nous voulussions nous entendre avec la France sur l'élection du roy des Romains; on m'a lâché des propos là dessus, mais je ne me suis guères expliqué à cet égard, ne pouvant ni ne devant le faire sans ordres exprès.

Le courier Kleiner est enfin arrivé de Madrit. J'ai vu par ses dépêches, qu'on n'y avoit rien conclu encore et par conséquent après y avoir bien pensé et repensé, j'ai renvoyé hier un autre courier à Mr. le C. d'Esterhasy avec le rescript, que j'avois en main pour lui depuis quelque tems. J'ai pris la liberté à cette occasion, de lui communiquer mes idées sur différentes choses, sans excéder cependant les bornes convenables (106). Si nous pouvons parvenir à conclure sans attendre la réponse de Vienne, ce sera selon moi, un coup d'Etat puisque outre qu'il ne pourroit nous être que très honorable d'avoir terminé une affaire aussi importante avec l'Espagne, sans en avoir l'obligation à aucune autre Puissance, il est apparent en même tems, qu'elle donneroit moins d'ombrage à cette cour, qu'un traité dans lequel paroitroient d'abord et en même tems quatre ou cinq des principales Puissances de l'Europe.

La lettre de Mr. de Bentinck pour la communication de laquelle je

fais mes remercimens très respectueux à S. Mté., me paroit dans le vrai. Je crois en effet, qu'a plusieurs égards on fait tort au ministère anglois, lorsqu'on attribue à malice des choses, qui ont réellement leur source dans la constitution du gouvernement intérieur, dans le génie de la nation, et dans la façon de penser personnelle du roy. Ce que je trouve de plus mauvais dans le ministère anglois, c'est premièrement qu'on n'y songe jamais qu'à ses convenances, sans faire la moindre attention aux nôtres, et sans se mettre jamais à notre place, et en second lieu, que ces Mrs. employent constamment tous les moyens directes et indirectes, capables de nous retenir dans leur dépendance. Il y auroit bien des choses à dire la dessus, mais je ne puis pas quant à présent arrêter pluslongtems ce courier. Je suis fort fâché en attendant de la façon imprudente, dont on se conduit en Angleterre au sujet de notre négociation avec la cour de Madrid et je n'ai pas oublié que S. Mté a dit dès le commencement, qu'il Lui paroissoit que l'on couroit un peu la poste en traitant les affaires. Je pense cependant encore toujours, que le parti que nous avons pris, est bon quant au fond; on ne peut pas savoir ce qui peut arriver dans la suite.

J'ai l'honneur d'être constamment...

P. S. au même du 11 septembre 1751.

Pour satisfaire aux ordres de S. Mté. l'Empereur, je lui rends compte en racourci du contenu des dépèches, dont est chargé le courier Kleiner et je crois avoir bien fait de ne point m'embarquer, plus que je n'ai fait, sur la proposition de M. de St. Severin. S. Mté reste moyennant cela la Maitresse, de me donner tels ordres qu'il lui plaira à cet égard. Mr. le C. d'Ulfeld me mande l'ordinaire dernier qu'on avoit eu intention à Vienne, de presser Mr. d'IIautefort sur son entrée. Je n'ai pu faire jusqu'à présent aucune disposition sur la mienne, pour les raisons que j'ai eu l'honneur de vous écrire et que vous savez. Je vous prie par conséquent de me faire connoitre le plutôt que vous pourrez quelles sont les intentions de S. Mté sur ce sujet.

Je suis ut in literis...

Koch à Kaunitz,

Vienne le 12 septembre 1751.

Monseigneur.

Rien ne m'est parvenu de V. E. depuis ma précédente, sa dernière ayant été dattéc du 22 du mois passé. Accoutumé a être honoré tous les huit jours de ses ordres, j'ay cru ne pouvoir me dispenser de l'en avertir, afin qu'elle fasse rechercher dans le protocole de sa chancellerie, s'il me manque une de ses lettres, très éloigné d'ailleurs à îiiYmanciper de prétendre de Y. E. une exactitude que je ne -dois qu'à une excès de ses bontés, qui me sont comme elle scait, d'un prix infini.

J'ay oublié de marquer à V. E. par ma précédente, combien S. M. approuve la finesse qu'elle a fait à Monsieur de Puisicux en luy parlant sur l'état de sa santé, finesse qui ne peut qu'augmenter son attachement et amitié personelle pour elle. L'exemple de ce qui est arrivé à V. E. et le cas tragique de l'ambassadeur d'Espagne devroient le convaincre de l'utilité de ses conseils. Il est à souhaitter qu'il le fasse et qu'il le fasse à tems avant que son mal devienne ou incurable, ou luy dans un état qui l'oblige de se retirer du travail. Ce seroit une perte pour le public, non obstant que dans le fond il paroisse imbu des mêmes préjugés contre nous comme les autres, et dans le principe que le bien de la Erance exige l'amitié et union la plus ctroitte avec la Prusse. J'avoue, Monseigneur, que sa lettre du 16 à Monsieur d'Hautefort m'a fait perdre toutte l'espérance que j'avois de luy: il s'y explique trop clair et naivement, et l'on voit que c'est le coeur qui parle; peut-être le convertirés vous Monseigneur, mais ce miracle n'est réservé que pour vous seul, et quel fond pourra-t-on faire sur la durée de leur conversion après que vous n'y serés plus! Il faut que les engagemens secrets entre les deux cours aillent, à mon avis, beaucoup plus loing que nous ne savons, qui ne scauroient que rejaillir sur nous indirectement quand même du côté de la France on les a contractés principalement en haine de l'Angleterre et de la Russie.

J'ignore si le fait contenu dans la lettre du nonce Archinto est vray,

ou s'il a été inventé en Angleterre pour déterminer d'autant plus la Saxe à signer avec eux ; mais tant y est, que le roy de Prusse se seroit, ce me semble, bien gardé d'envoyer à Paris en qualité de son ministre un Anglois bani de sa patrie pour avoir été un adhérent déclaré du prétendant, s'il n'avoit cru les affaires dans un état à n'avoir plus rien à ménager avec l'Angleterre (107).

Les dépêches que V. E. recevra par le courrier porteur de laprésente, la mettront au fait de tout ce qui passe dans les différentes matières dont il s'agit.

S. M. m'a ordonné d'y ajoutter les copies ci jointes de la relation que luy a faite le comte Gristiani sur le sistème présent de la cour de Turin, et d'une lettre qu'elle vient de recevoir du Prince Louis.

La première restera secrette envers tous les ministres, il n'y a que V. E. qui en aura connoissance, S. M. la trouvant écritte si bien qu'elle a cru ne pouvoir se dispenser de vous la communiquer, Monseigneur; il faut dire que ce Cristiani est un grand homme à tous égards.

S. M. ne me paroissoit pas encore déterminée avanthier qu'elle me remit la lettre du prince Louis, si elle la communiqueroit au reste du ministère ou non; elle ne laisse pas d'être importante, et de servir de clef à plusieurs autres démarches et notions.

Le prince nous est entièrement attaché et n'a certainement pas des vues secondes dans ce'qu'il écrit. Je ne garantirais pas la même chose du comte de Bentinck et peut-être le prince ajoutte-t-il trop de croyance à ce qu'il luy dit; aussi y en a-t-il icy qui souhaitroient que l'on put faire cesser de bonne grâce la correspondance du Prince.

On est sur le point de déchiffrer la correspondance de Monsieur de S. Contest qui ne laissera pas d'eclaircir plusieurs faits; V. E. la recevra dès qu'on en sera venu à bout.

Elle trouvera ci jointes des pièces nouvellement déchiffrées entre Messieurs de Puissieux et llautefort(108). C'est le sixième chiffre dont ils se servent. C'étoit même celui duquel Monsieur d'Hautefort s'etoit servi du commencement, il eut ordre peu à près de discontinuer à en écrire, mais insensiblement Monsieur de Puissieux a commencé à le reprendre luy même.

J'ay l'honneur...

Koch à Kaunitz.

Vienne le 18 septembre 1751, Monseigneur.

J'ay annoncé à V. E. par ma précédente la correspondance de Monsieur de S. Contest prette à luy être envoyée ; on vient de la mettre au net, et j'ay cru ne devoir pas différer à la luy remettre, le contenu ne laissant pas d'être important, surtout des pièces des premiers mois de cette année où Monsieur de S. Contest fait la description de la situation présente de la république, de la fermentation entre les partis qu'il appelle anglois et hollandois, des maximes et vues de l'un et de l'autre, du caractère et génie du prince stadhouderet de la princesse son épouse, de l'influence des personnes qu'il suppose avoir le plus de part à leur confiance, de l'ascendant de la princesse sur son époux, des efforts que font les deux partis, l'un pour engager la république à l'accession au traitté de Petersbourg et l'autre pour l'en retenir, des insinuations que fait la France sur le même sujet et pour leur inspirer de la jalousie contre l'Angleterre, enfin plusieurs faits et anectodes dont la connoissancenepeut qu'être aussi instructive qu'utile (109).

On y voit entre autres, que la France a cru la guerre presque seure au commencement de l'année, que les rapports qui luy sont venus par le canal de S. Contest ne peuvent qu'avoir augmenté les soupçons sur l'etendue]des vues secrettes qu'on attribue à l'Angleterre, à la Russie et à nous, et que vers les derniers mois la France paroit avoir été beaucoup plusindifférente sur le sujet de la république dans la supposition à ce que je crois, que c'etoit l'Angleterre qui y donnoit le ton et qu'entrainé par son épouse, par les Bentinck et Fagel, le stadbouder se preteroit à la fin à tout ce que voudroient les Anglois.

V. E. scaura en tirer des conséquences beaucoup plus justes et les combiner avec le contenu de la lettre ci jointe du prince Louis, accompagnée de la copie d'une lettre du duc de Neucastle à Bentinck. L'intérieur de la république me paroit en attendant dans une crise des plus violentes et telle que je la crois inutile à ses alliés pour une longue suitte des années, que si jamais la guerre venoit à s'allumer,

le parti que S. Contest appelle l'IIollandois, prévaudra et que, si contre toutte attente elle y prenoit part, le stadhouder courrcroit grande risque au premier échecq.

Saint Contest a reçeu ordre de se rendre à Paris. V.E. jugera dans peu des motifs qui peuvent avoir engagés la cour à l'y appeller.

11 n'est venu qu'une seule pièce encore de la correspondance de Monsieur de Looss avec Brûhl depuis son retour à Paris ; j'y ferai mettre la main dès qu'il y aura suffisamment de l'étoffe pour l'entamer; dans quinze jours ou plus tard je seray en état d'envoyer à V. E. la correspondance de Bezold avec Brûhl. C'est le dixhuitième chiffre dont on est venu au hout dans le courrant de l'année; avoués je vous supplie, Monseigneur, que l'impératrice est servie au mieux à cet égard; nous passons malheureusement pour être trop habiles dans cette art, et cette idée fait qu'à tout instant les cours qui appréhendent que nous pourrions avoir leur correspondance, changent pour ainsi dire des clefs, et en envoyent chacque fois des plus difficiles et pénibles à déchiffrer.

V. E. a touché une corde bien importante dans sa lettre du premier n° 27 par rapport à la santé de Monsieur de Puisieux (110). 11 y a longtems que l'on scait qu'il est extrêmement valétudinaire, et qu'il songe à uneretraitte. S. M. souhailte que cela n'arrive pas, ayant beaucoup de bonne idée de sa probité, et étant charmée surtout de savoir la confiance qu'il a en V. E. non obstant que dans le fond il soit, je crois, prévenu contre nous autant que tout autre le pourroit être.

Si nos souhaits suffisoient pour luy donner un successeur, vous devinerez sans peine, Monseigneur que S. M. seroit entièrement d'accord avec vous; elle l'est tellement qu'elle m'a dit qu'elle voudroit qu'il luy en coûtât cent mille llorins, s'il le falloit pour l'effectuer.

Gare que personne n'en sache rien; au moindre vent qu'en auroit le roy de Prusse, il remucroit ciel et terre pour l'empêcher; il a raison, il luy faut des gens du caractère dont il est luy même, au lieu que l'Impératrice n'estime Monsieur d'IIautefort que par sagrande droiture, et parce qu'il sert son maître avec cette probité que devroient avoir tous les ministres qui ont le bonheur d'approcher les grans princes.

J'ay l'honneur...

Kaunitz à Koch.

Paris le 22 septembre 1751.

J'ai reçu par la voye de Bruxelles le 16 du courant votre lettre du 4 N° 54 et celle du 12 N° 55, ce 19 par le Courier Lamontagne. Il y

auroit de quoy m'étendre sur leur contenu ; mais je tacherai de vous épargner autant que je pourrai la peine, de lire une longue lettre.

Tout ce que vous observez sur celle de Mr. de Puyzieulx à Mr. d'IIautefort du 16 Août, n'est que trop vrai et confirme tout ce que mon zèle m'a fait prendre la liberté, de dire dans ma Relation du 14 Juillet. Aussi je ne me suis jamais flatté, et ne me flatte point encore, que nos représentations les plus solides, feront changer cette Cour de Principes et de Système. Cela ne peut arriver, qu'au moyen de quelqu'un de ces evénemens dans lesquels la France verroit son avantage réel; mais jusqu'ici il ne s'en est pas présenté de cette espèce, tous les evénemens ains au contraire, et toutes les circonstances ont été contre moi. Je puis même imaginer sans peine l'effet, que fera ici notre négociation avec l'Espagne, surtout si on pénètre, comme il pourra bien arriver, toute l'étendue des vues et projets de la Cour de Londres sur ce Sujet.

Je ne me repent pas cependant, de tout ce que j'ai dit jusqu'ici amicalement à Mrs. de Puyzieulx et de St. Séverin. Mes représentations ont été innocentes et pourtant capables de faire voir un peu plus clair à ces Messieurs, qui ne sont pas plus aigles que d'autres. On en recueillira peut être les fruits dans les tems à venir. Il en résultera j'espère, que cette Cour ne dirigera pas éternellement contre nous seuls tous ses coups politiques, comme il est arrivé jusqu'à présent, et je crois que ce sera toujours beaucoup, si nous pouvons parvenir au moins à partager l'attention de la France, et à l'engager, à ne plus envisager désormais comme le principal objet de ses soins, celui de nous pincer et de nous susciter des embaras en tout et par tout.

Il n'est que trop vrai assurément, que la précieuse santé de Sa Majesté court des grands risques, au moyen du travail prodigieux, dont Elle est accablée. Je vous avoue, que je ne conçois pas, comment Elle a pu y résister jusqu'à présent. Nous avons mille raisons de souhaiter, qu'un présent du Ciel aussi rare puisse nous être conservé jusques dans l'âge le plus avancé. Et ce seroit assurément un ouvrage digne de votre profond attachement, que de profiter de cette occasion, pour conjurer Sa Majesté, de ne pas oublier l'attention qu'EIle doit à sa conservation. Lorsqu'EIIe aura l'oeil en gros sur les affaires et restera moyennant cela l'Ame du Corps politique, Elle aura fait tout ce que Dieu et les hommes peuvent désirer. Les détails ne sont faits que pour ses Ministres et tous ceux qui ont l'honneur de La servir, chacun dans sa classe.

Quant à moi, je suis dans la résignation la plus parfaite, sur ce qu'il Lui plaira de décider au Sujet de mon séjour dans ce pais-ci. Il

me suffira d'en être informé à tems, et ce sera mon devoir alors d'imaginer les moyens d'exécuter ses volontés de la façon la plus convenable. Mais ce dont, selon notre intimité, quoique en même tems avec douleur, je ne puis pas m'empêcher de vous prévenir d'avance, c'est, qu'il faut compter, que je ne serai que très peu en état de soulager Sa Majesté dans son travail. Je sents depuis ma grande maladie, apparement par l'ébranlement qu'a essuyé toute la machine, que mes forces ne me permettent plus d'entreprendre nulle sorte d'ouvrage un peu considérable; et je crois, qu'il est du devoir d'un honnête homme, et d'un serviteur zélé, de ne pas promettre plus, qu'il ne prévoit pouvoir tenir, de ne pas même le laisser espérer.

Pour ce qui est de mon Entrée, je n'ai rien fait du tout encore ; ces sortes de soins comme tous autres, ont été impossible pendant ma maladie. Ils n'auroient pas même été raisonables, pendant qu'on a été fort longtems en doute, si j'en reviendrois, et du depuis je n'ai rien voulu faire sans les ordres de Sa Majesté, parce qu'Elle a eu la bonté de me promettre qu'Elle en ferait les fraix, qui seront considérables. Il est impossible de faire en moins de 6 ou 7 mois quatre nouvelles voitures, harnois et tout ce qu'il faut, moyennant quoy je ne pourrais jamais faire mon Entrée avant le mois d'Avril ou May prochain. Il est question de savoir si cela doit se faire dans ce tems là? Et c'est surquoi j'attendrai les ordres de Sa Majesté; ou bien, si Elle juge à propos, de supprimer pour cette fois et sans conséquence pour l'avenir les Entrées réciproques? Et en ce cas, il faudroit mettre cela sur le compte de ma maladie et faire entendre à Mr. d'Hautefort que je desirerois ne point faire cette dépense considérable. Il sera peut être bien aise lui-même, de trouver l'occasion de s'épargner celles qui lui restent encore à faire, et je pourrais conduire cette affaire-ici de façon, à n'y point faire paroi tre notre Cour, et comme si c'étoit moi, qui desirerois une exception à la règle.

Je ne connois à la vérité pas encore assez le Comte George deStarhemberg pour pouvoir être sa caution; En gros il me paroit cependant, qu'il pourrait être propre à me servir de successeur; mais ce que j'y trouve d'embarassant, c'est la qualification, parceque nous ne sommes pas dans l'usage d'avoir à cette Cour autres espèces de Ministres, que des Ambassadeurs ou des Chargés d'affaires, et qu'il ne serait pas décent qu'un homme de nom, ayant l'honneur de servir la Cour Impériale, fut dans le cas de devoir céder le pas à un envoyé du Prince de Liège ou autre de cette espèce. Je crois aussy que le Comte George de Starhemberg pourrait être utile à la Cour de Madrid, s'il étoit

question de relever le comte d'Esterhazy. Je vous parlerai une autre fois des qualités du Comte de Zinzendorff.

Pour ici, si les affaires y avoient pris une tournure plus favorable, il y a long tems, que j'aurois demandé un autre Secrétaire d'ambassade; le pauvre Mr. de Maréschal n'y étant point aimé, comme vous savez, mais dans l'état ou elles sont, bien loin qu'il y ait du mal, il peut être bon, que Ton me croye ici dans des sentimens plus favorables que lui, et bon aussi, de ce que l'on srait en même tems, qu'il n'a pas toute ma confiance; il est d'ailleurs un honnête homme, zélé et point mal adroit; mais il a la phrase et les manières un peu trop dures pour ce païs-ci (111).

Revenons à la Politique. Vous savez que la France a proposé cidevant une neutralité pour les Pays-Bas; elle seroit en effet contraire à ses intérêts, s'il n'etoit pas très apparent qu'elle seroit bien aise de diviser le lien qui nous unit aux Puissances Maritimes, et de les entrainer par ce moyen dans une parfaite léthargie; quitte à rompre dans la suite cette neutralité lorsque cela lui conviendroit.

La retraite de Mr. de Puisieulx est toujours fâcheuse; il étoit au moins un honnête homme, incapable de perfidie.

La dernière dépêche, qui m'est parvenue avec toutes les pièces dont elle étoit accompagnée, est une des plus belles que j'aye eu jusqu'à présent. Tout est clair, net et conséquent; j'aurois voulu seulement qu'en disant des vérités aux Anglois, que l'on a fort bien fait de leur dire, on leur eût un peu plus doré la pillule; il ne faut pas être trop endurant, quand on ne veut pas être méprisé; il n'y a pas de mal à dire la vérité, et à faire sentir que l'on ne veut point être duppe; mais il ne faut pas non plus par trop de roideur donner occasion à des soupçons.

Je remercie très humblement S. M. pour la communication de la relation du Comte Cristiani et de la lettre du Prince Louis; cette relation est bien marquée au coin de la vérité, et digne de considération particulièrement sur l'article des vues sur un Electorat; projet qui a déjà existé, lorsque j'étois à Turin. Ce que dit la relation à la fin, je le regarde comme l'effet d'un bon cœur; c'est à nous à savoir faire un bon usage de ces sortes de notions.

Je désire fort qu'on parvienne à déchiffrer la correspondance de Mr St-Contest; elle nous le fera connoitre; je ne l'ai vu jusqu'ici qu'une fois tout seul et en particulier, il m'a paru un bon homme; c'est tout ce que j'ai pu voir jusqu'à présent; je verrai ce qu'il peut être de plus dans la suite.

Mad. la Dauphine et Mr. le Duc de Bourgogne se portent au mieux.

J'avois illuminé mon hôtel comme tout le monde pendant 4 jours à l'occasion de la naissance de ce Prince, et comme il n'auroit pas convenu de me singulariser, je n'avois pas compté avoir fait grande chose; cela a plû cependant, a été fort approuvé par tout le monde, qui m'en a fait compliment, le Roy même en a beaucoup parlé et m'en a sçu fort bon grèz.

Je vous embrasse de tout mon cœur, et j'ai l'honneur d'être...

Koclt à Kaunitz.

Vienne le 25 septembre 1751.

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