‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier, etc., et autres documents (volume 2)Chapitre 191 sur 211 · CCCXL. — LOIÏS XV AU GÉNÉRAL MOXXET · texte numérisé non relu

CCCXL. — LOIÏS XV AU GÉNÉRAL MOXXET

[Autogr. Arch. de l'Emp. R. 157.]

Je répondray sur le sieur d'Éon quand le comte de Broglie en aura écrit, mais je doutte que M. de Choiseuil me propose jamais rien pour lui. Scaves-vous que M. du Chàfelet est persuadé que d'Eon est une fille ? 11 y a vingtquatre battaillons en Corse. M. de Choiseuil prétend que huit de plus est tout ce qu'il faut pour la bien deflendre.

1 I^ soeur qu'on n avait rien de mieux à foire que 4e rejoindre est Utrie- Antoinette, mariée tu Dauphin.

Je scay pariaUenicnl l'éniigratioii qui se fait de la Lorraine allemande.

' Ce S8 octobre 1770.

CCOXLI. — LOUIS XV AU ROI D'ESPAGXE K

[Uioule. Arrb. de l'Emp. K. 144. n«18.]

[Fin de décembre 1770.]

Le traité qui nou^ unit, mon cher frère, a été scellé entre nous par le sang et l'amitié, et je me félicite trop de l'indivisibilité de gloire et dMntérét qu'il a établi entre votre couronne et la mienne, pour ne pas remplir avec le plus grand empressement tous les arrangements qu'il m'impose. C'est d'après la sincérité de ces dispositions que j'ai examiné avec une attention qui a été jusqu'au scrupule, le parfi qui nous convenoit le mieux dans la^ situation présente de nos démêlées avec l'Angleterre; et c'est aussi d'après la confiance que m'inspire le retour des mêmes sentiments de la part de Votre Majesté, que je me suis flatté du juste égard qu'elle auroit et pour les raisons que j'ai chargé mon ministre de déduire dans sa réponse à M. de Grimaldi ^, et pour les conseils que mon amitié, mon expérience et notre intérêt commun m'engagent également à lui donner dans la mienne.

Notre vraiegloire, mon cher frère, car je ne sépare pas la mienne de la vôtre, consiste bien moins dans la promesse que vous exigez aujourd'hui des Anglois que dans la certitude des moiens que nous pouvons emploier de concert pour les forcer à nous faire raison dans le temps sur^ l'injustice de leurs prétentions. Je considère que tous les

' Sur les circonsUncrs où ccKc tcUre et celle de la Go de janvier 1771 furent écrites, voyei TÉtiide préliminaire, p. 146. Côntentons-nous de rappeler que II. de Clioiseul excitait l'Kspagne à déclarer la guerre à TAngletcrre rt voulait engager la Kraoce dans ce conflit.

2 Ministre du Roi d'Espagne.

CORRESPO^DAXGE SECRÈTE. 41)

avantages du délai sont en noire faveur : il m'est surtout plus particulièrement essentiel pour consommer les opérations aux moiens desquelles j'ai déjà commencé avec succès à rétablir mes finances et me fournir par là des moiens de concourir aux vues de Voire Majesté et au bien de notre alliance avec une activité et une vigilance convenable à la dignité de ma couronne. Toutes les mesures que j'ai prises jusqu'icy dans mes ports, sur mes côtes et dans mes colonies ne sont que de pure deOensive. Je dois même vous prévenir que ces mesures seraient forcément les seules que je pourrois prendre aujourd'htiy, si contre nlon espoir Votre Majesté persi«toit dans une résolution que je' ne combats que pour mieux assurer par la suite dessuocès que je désire aussi vivéaient qa'ette,.eft quelarpifécipilation peut seulej-nous faire perdre. ( :) t. ^im ' \

La loi que vous voulez imposer» aux) Aaglois blesse trop essentiellement la vaaiié de ce^te nationopoiir^qw'ielle puisse l'aqcepter. Je vous âvojue qu'elle me» paroitrniéme en quelque foçon contradictoire à la satisfaction \qïk vodis consentez à.lui donner, etijojvoisjqiue cette laon^idérûtion toute seule.suffiroit.poûr^vfoqs^ponterà ne pasiîoaiâlerl'

•Mais le grapd-molif quîi doit âiM'tout. d6tennitteri¥iO|tro Majesté à se désister d'une cho&e àlaquelledos Angldisiaita^ chentauiflioins ponirle môrîK^iî'iprésent laconservationdb la 'pftixv (c'^sk qneJa ipreuve «qnioivoiis dpfinôDez pat: làideila sincérité de votre ébigrfement pôurda guerre /nous ;labf« sera toujours lé» aiaiir«8,iiq»cfandiinoas cmrbns potivdir'Id faire avec avantage, do'tfair^rviloirJesi: droits dont vovi vous féservereB toujours l'Int^gnitéy quoique le fond ^e là quptipn reste en compromijs. {l dépendra de n<)u$ lie choisir le nniment , et c'est de ce moment bien choisi que dépendra le succès de là guerre i^ue nous entrcpi^éndrôris- C'est à cette réflexion si décisive que Je conjure \^olre

Majesté, mon cher co»§in , de s'attacher principaianml, de la peser avec la plue grande altentioa, et ea s'y rendaol, de régler sur elle 1«8 nouvelles instructians q«e vcmis doo^ nere2 à vos œiotstres.

LeSj conseUs que je vous donne sont ceux d'an farent, d'un ami, et d'un allié qui ne met aacuAe distsactÎMi ealre ses intérêts et les vôtres.

CCCXLH. — LOUIS XV AL œMTE DE BROGLIE,

(Aulogr. Arcb. de lEmp. K. 157 J

Ce 23 jauiicr 1771,

' Ai de Monteioar ^ m'a parlé de la demande du baron de Breteuil. Vous qui êtes militaires, comment pouves vous adopter une telle demande? Je vols pourtant que vous ne la croies pas dans l'ordre des militaires et vous le lui aves dit, et aves bien fait. Du reste^ il est susceptible de toute autre grâces, mais il faut qu'il quitte toute Intrigue et qu'il s'occupe uniquement dfis affaires de son ambassade et de me plaire.

ca:xLiii. — LOUIS xv au roi d kspagxe.

[Mioute. Arch. de l'Emp. K. U4. n» 18]

[Fin de janvier 177J.J

Monsieur mon frère et cousin , J'ai différé de répondre à la lettre de Votre Majesté, en date du 22 décembre dernier,. jusqu'au retour du Courier que je lui avois expédié te 23 du même mois pour lui faire part de la nécessité des changeraens que je m'étois déterminé die faire dans mon ministère ^ Je ne puis être

^ Ministre de la goerre.

' Ce fut le 24 décembre 1770 que M. de Cboiseul fut xiUgracië; on ri^porte ({énéralcincut la lettre suivante comme ayant été écrite par Louis XV à cette occasion :

• Mon cousin , le mécontentement que me causent vos services me force

COJIRESPONDANGE SECRÈTE. 415

que pénéirc du retour de tendresse avec laquelle Votre Majesté répond dans la lettre du 2 de ce courant j à la confiance avec laquelle je lui attexposé les embarras dpmestiqueç que me causoient mes parlements^ et lui faits les pins sincères i^roercimens sur la vivacité d'intérêt qu'elle prend à l'intégrité de mon autorité et sur l'offre généreuse qu'elle me fait de son secours pour forcer, s'il étoit nécessaire, la désobéissance des malintentionnés. Je puis dès aujourd'huy assurer l^otre Majesté que, sans être obligé de recourir aux moiens extrêmes, la nature desarrangemens que j'ai pris ramènera bientôt aux termes du devoir et de Tobéissance des corps qui s'en sont écartés bien moins par principes que par suggestions ^

à vous exiler à Chantrloup, où vous vous rendrez clans vingt-quatre heures. Je vous aurois envoyé beaunoiip plus loin si co nVloit l'oaliine. particulière que j'ai pour madaofie la duchesse de Choiscul, dont la santé m*est fort intéressante. Prenez garde que votre conduite ne me fasse prendre un autre parti. Sur ce je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte garde, s

Le Roi aurait écrit & II. de Praslin une lettre plus laconique mtais encore plus dure.

c Je n*ai plus besoin de vos services et je vous exile à Praslin, où vous vous rendrez dans vingt-quatre heures.* (Vie privée de Louis XV, t. IV, p. 150.)

Voici, d* après M. de Flassan, la teneur véritable de Tordre de Louis XV :

• J'ordonne à mon cousin le duc de Choiscul de remettre la démission de

sa charge de secrétaire d'Klat et de surintendant des postes entre tes mainn

do duc de la VriHièrc, et de se retirer à Chanteloup jusqu'à nouvel ordre de

ma part. .Loms.

• Versailles , le 24 décembre H'O.

1 Le duc de la Vrillière remettra tes ordres ci-joints à MM. de Choiseul et me rapportera leurs démif»sions. Sons madame de Choiseul , j'aurois envoyé son mari autre part, à cause que sa terre se trouve daas son* gouvernement; mais il en usera comme s*>l n'j étuitpas. Il n'y verra que sa famille et ceux que' je permettrai d'y aller, j {Histoire de la diplomatie, t. III, p. 47.) Cette dernière version est la véritable.

1 Ce paragraphe faii allusion aux déscn^res caoaés par la suppression des parlements; on attribuait à l'étranger à ces éienements une 'gravité qu'ils n'aiaient pas; l'oiTre faite par le Koi d'Espagne à Louis XV est bonne à noter.

Les nouveaux ordres que Votre Majesté m'annonce avoir donné à son ambassadeur pour faciliter le succès de la négotialion avec la cour de Londres est la marque la plus essentielle de son amitié personnelle pour moi et de rattachement qu'elle conserve pour la France. C'est avec la conformité de ces sentimens du plus tendre intérêt que je renouvelle à Votre Majesté les assurances cordiales d'un attachement plus fort que toutes les obligations respectives que nous imposent les traités. Votre Majesté n'avoit pas besoin d'entrer avec moi comme elle l'a fait [dans sa lettre] du 22 dans une espèce de justification des démarches que nous avons* faits de concert depuis la dernière paix jusqu'à l'époque des discussions présentes de l'Espagne avec l'Angleterre.

L'indivisibilité de notre gloire, ainsi quede notre intérêt, ne permetpasde metire la plus petite dînercncc entre votre cause et la mienne. C'est par ce motif d'intérêt parfaitement commun que j'ai> donné à Votre Majesté le conseil que je ne balancerois pas à prendre pour moi-même, en l'invitant à donner à l'Angleterre sa déclaration pure et simple sans exiger de cette couronne l'engagement d'une renonciation à terme fixé, comme elle j'étoit proposé de la faire demander par son ambassadeur à Londres. Ce seroit perdre le fruit de la prudence avec laquelle Votre Majesté a dissimulé jusqu'à présent tant de démarches et de prétentions injustes de la part des Anglois, que de ne pas encore remettre à s'en faire raison jusqu'au temps où on pourra se flatter de le faire avec sûreté et avantage. C'est à nous ménager cette vengeance éclatante et utile que nous devons mettre notre véritable gloire, et si quelque chose peut nous faire manquer cet objet, ce seroit de l'entreprendre avec précipitation.

J'adopte entièrement les idées très vraisemblables de

CORRESPONDANCE SFXRÈTE. . 417

;Vo(re Majesté sur la possibilité d'une combinaison conxcrtée entre l'Angleterre et la Russie , et je ne doute pas x|ue les vues réelles de cette nation ennemie ne se porte sur le commerce et les affaires du Levant; mais cette .même considération qui fait le plus grand honneur à la perspicacité de Votre Majesté est à mes yeux un motif de j>lus pour vous engager à ôter à l'Angleterre le prétexte ,qu'elle cherche à nous donner par cet acte de condes- .cendance politique le temps nécessaire pour la consom- .malion des opérations navales de la Russie dans la Méditerranée, la retraite que les escadres russiennes feront alors de ces mers devant nous mettre à couvert d'une «union dangereuse que nous ne pourrions pas empêcher aujourd'huy. Le Roi d'Angleterre s'est engagé à son Par- .Icment de continuer ses armements même après le succès de la négotiation des iles Malouines : de notre côté nous continuerons les nôtres, et ce sera avec d'autant plus d'avantage de la part de la France, que la consommation des arrangemens que j'ai déjà fait pour le rétablissement de mes finances, me mettra à porter d'agir avec l'effica- .cité qui me convient et que je désire. Les changemens -que je viens de faire dans mon ministère me mettront audessus des obstacles que l'intérêt particulier d'ambition et de jalousie personnelle pouvoit élever contre le succès de cette importante opération.

J'ai ordonné au marquis d'Ossun * de mettre sous les yeux de Votre Majesté l'état actuel de ma marine et celui des mesures que je prends pour mettre -mes escadres à porter de concourir efficacement avec celles de Votre Majesté quand le temps des opérations sera venu. J'empé- .^herai l'impression que pouroit faire dans les cours étrangères, et surtout dans les ennemies, le parli que j'ai pris

1 Ambassadeur de France ù Madrid.

♦f« . LOIIS XV.

oonlre le duc de Choiscul, non- seulement en chargeant mes ambassadeurs de déclarer dans toutes ces cours et dans toutes les occasions combien les engagemens du pacte de famille^ me sont chers et sacrés, mais j'ordonnerai de plus ici à mon ministre des affaires étrangères de le donner publiquement à connoitre à tous les ambassadeurs et ministres résidant à ma cour. Ce sera surtout à la nature des forces et des moiens par lesquels je concourrai aux vues et aux projets de notre alliance quo Votre Majesté sera convaincue avec toute l'Europe de la sincérité et de la vivacité d'une union que je regarde avec Votre Majesté comme faisant aujourd'btr)' notre sûreté •mutuelle, et avec le temps fera notre gloire et le bien de nos roiaumes. Ces sentiments et ces espérances se réunissent et se confondent dans mon cœur avec ceux de la plus tendre et de la plus cordiale amitié.

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