‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier, etc., et autres documents (volume 2)Chapitre 202 sur 211 · CCCLX. -- MKlfOIRE DU COMTE DE BROGLÏE AU ROI · texte numérisé non relu

CCCLX. -- MKlfOIRE DU COMTE DE BROGLÏE AU ROI

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KRA.VCB. — Remis le 7 Juin 1771

[Original. Arch. de l'Emp. K. 1590

Dès le premier moment des troubles de la Pologne, dont on pourroit fixer Tépoque à la mort d'Auguste III, on a prévu que les Russes profiteroient de ces événements pour constater leur despotisme dans ce royaume, y décidera leur avantage les contestations qui existoient depuis longtemps sur Taflaire des limites entre la Russie et la république de Pologne, et s'emparer de l'Uckraîne polonoise.

Les spéculateurs, attentifs à Teflet que l'annonce de pareils projets devoit faire sur le Roi de Prusse, ont été quelque temps dans rincertilude. Elle consistoit a juger si ce prince croiroît devoir s'y opposer, ou s'il^ préféreroît de les favoriser; et si, en se joignant avec la Russie, il cbercheroit, pour prix de son concours, à s'emparer, dé son côté, des provinces de la Pomérélie et de la Warmie, qui lient et arrondissent ses Etats, et dont la richesse, la fertilité et la population les font regarder comme la meilleure partie de la Pologne.

11 est apparent que Sa Majesté Prussienne s'est déterminée, dès le commencement, à préférer ce second parti, et qu'elle ne s'est depuis occupée qu'à travailler, de con- . cert avec l'Impératrice de Russie, à en préparer le succès.

Ces deux puissances n'ont pu s'empêcher de prévoir que presque toute l'Europe verroit avec jalousie de semblables agrandissements; mais l'excès de leur ambition leur a inspiré le courage nécessaire pour surmonter les obstacles qui pourroient s'y opposer.

Ces obstacles dévoient naturellement venir de la Tur-

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quie , de la coor de Vienne, de la répnUiqne de Pologne, soulenae oo an moins dirigée par la France, et enfin dès pnissanees maritimes, qui ne poovoient voir qu^avec ombrage les établissements qoe la Russie et la Prusse alloient former sur les côtes de la Baltique , et qui assuroient, surtout à cette dernière, le commerce exclusif de la Pologne, dont la Vistule est la clef. Il étoit évident qn*ancune puissance ne pourroit plus faire ce commerce qu^avec la permission de Sa Uajesté Prussienne, puisque après cet événement, toutes les rivières qui servent au transport et à l'exportation des denrées de ce royaume couleroient à Favenir au travers des Etats prussiens, où elles auroient leurs embouchures dans la mer Baltique.

. Dans de pareilles circonstances, Tlmpératrice de Russie n'a pas craint de donner beaucoup au hasard. Informée de longue main et avec précision de la décadence du gouvernement ottoman, de son anarchie, de sa mollesse et de son impéritie en tout genre, elle s'est déterminée à attaquer les Turcs de tous côtés. On a vu les flottes russes porter leurs pavillons dans l'Archipel, et y tenter des expé* ditions qoe des intelligences secrètes avec les Grecs de ces contrées y avoient préparées, pendant que les armées de terre, entretenues de tous leurs besoins aux dépens de la Pologne, se sont avancées jusque sur le Danube.

Les succès de^ ces diflerentes entreprises et de celles qui se sont exécutées en même temps en Moldavie, dans la Valachie , la Crimée et sur le Niester, ont passé les espérances qu'en avoit pu concevoir Catherine II, et ont jeté sur les Turcs un vernis de lâcheté et d'impuissance dont ' ils ne peuvent se relever.

n n'y avoit que deux moyens , dont même la réunion étoit nécessaire, pour arrêter ce torrent de prospérités.

Le premier, de donner à la partie la plus nombreuse de

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