I. ÎS
la nation polonoiae, qai re&toU encore attachée à son indépendance et à ses privilèges , les moyens de former une opposition paissante et respectable. Ik ne pottvoient lui être fournis qne par les coart de France et de Vieoiie, et on ne sauroit se dissioMiler Tintérél cpi'eUes avoient l'une et l'autre à s'y déterminer. Il est cerUiin qu'au moment où a éclaté la confédération de Bar> des secoars pécuniaires de la part de la France, distribués avec sagesse, économie et connoissance de cause, auroient mis les Polonois en état de se soulever de tous côtés » et d'opérer la diversion la plus incommode et la plus efficace qut pût être faite en faveur des Turcs. Elle auroit donné aux con* fédérés une considération vis-à-vis dn ministère ottoman, et même du reste de l'Europe, qui, vraisemblablement, auroit préservé ce malheureux royauniedu démembrement presque déjà exécuté , et de l'avilissement dans lequel il est plongé.
H. le duo de Choiseul a senti , à différentes reprises,, l'intérêt que la France avoit à ne pas laisser accabler un pays dont les liaisons avec la France sont aussi anciennes que naturelles, et dont l'utilité est évidente. Il a été pré* sente à ce ministre plusieurs projets par II. le général Mokranosky, qui ont tous été accueillis favorablenient , mais n'en sont pas moins restés sans exécution. La cour de Vienne, avec qui M. le duc de Choiseul vouloit les concerter, y a toujours mis des délais et des obstacles, qu'il n'auroit pas vraisemblablement éprouvés , si, avec un langage* ferme , noble et clair, il lui avoit déclaré que la France ne pouvoit voir avec indifférence ce qui se passoit en Pologne; que son éloignement ne la mettoit pas à portée d'y agir par elle-même ; mais que c'étoit le cas où une alliance aussi respectable devoit se réunir, et annoncer conjointement une volonté fixe de s'opposer à tout projet
GORK^SPDNDANGE SECRÈTE. 435
de déoiembreinent et d'envahissement. Une pareille déclaration devoit être communiquée à toutes les cours, avec ordre aux ministres respectif d'y faire connoitre le danger de prolonger une indifférence qui ne pouvoit qu'être nuisible à tout le reste de l'Europe, et d'ajouter les protestations les plus solennelles et les plus sincères du plus parfait désintéressement.
Il est indubitable qu'une telle conduite de la part des cours de France et de Vienne auroit eu le plus glorieux succès. La France, avec des secours pécuniaires portés seulement à deux cent mille livres par mois, auroit mis iù^îe la Pologne en armes ; les grands seigneurs , assurés de la protection de deux alliés aussi puissants, se seroient déclarés, et toutes les armées russes n'auroient pas suffi pour dissiper cette multitude de confédérations, qui, dispersées dàùs toute la Pologne, séparées dans leurs entreprises, mais réunies dans leur esprit, auroient en un corps représentatif de la république entiare, fait pour être respecté et écouté. Les Turcs alors en auroient agi avec les PoIoBois en alliés ; oo auroit pu même les unir par des traités 3 la confédération auroit fait recevoir ses ministres dans toutes les cours ; elle auroit été sûre d'être admise à la négociatioii de la paix, et de pouvoir elle^néme traiter ses intérêts avec succès.
Cétoit alors que la cour de Vienne devoit se décider à la contenance menaçante qu'elle a prise depuis trop tard, si elle avoit véritablement envie de s'opposer au pillage de la Pologne. On doit croire que dans les conférences tenues à Neustadt, en 1770, entre l'Empereur et le Roi de Prusse , et dont M. de Kaonits n'a fait peut-être que des demi-confidences à H. Durand, il a été question de ce démembrement, et que le ministre autrichien ne s'est occupé depuis qu'à y faire participer Leurs Majestés Impé-
tôO LOUIS XV. ^
riales avec le plus d'avantages qu'il lui seroit possible '. L'envahissement du comté de Zips, dans la même année, et l'occupation des territoires des quatre starosties de Nowilarg, Sandeck, Biecz et Pitzno, dans Je palatioat de Cracovie, où les Autrichiens se sont alors établis^ ne permet pas de douter que, dès celte époque, M. de Kaunitz n'eût formé la résolution de les réunir à la Hongrie, et de faire valoir des droits chimériques sur des possessions cédées en 1238 par Boleslas le Chasle , roi de Pologne, en faveur de Bêla IV, roi de Hongrie. Mais Boleslas , chassé par ses sujets, n'a jamais élé en droit d'aliéner des parties du royaume qui ne le reconnoissoit pas; et en effet, depuis plus de cinq cenls ans, ces quatre starosties n'ont pas même élé réclamées par les Hongrois, qui ne les ont jamais possédées.
Depuis cette prise de possession, à laquelle H. le prince de Kaunilz a voulu donner l'air d'une simple précaution, protestant même que sa cour seroit toujours prête à tout restituer, dès que les autres puissances voisines de la Pologne voudroient en user de même, la cour de Vienne s'est mise en armes , et a toujours cherché à nous persuader qu'elle avoit des dispositions moins hostiles que paci- 6ques ; mais le moment est arrivé où la Russie et la Prusse l'ont obligée de se déclarer.
C'est dans ces circonstances que M. le comte de Mercy est venu annoncer à M. le duc d'Aiguillon , que le danger que les forces autrichiennes courroient en s'opposant seules aux armées russes et prussiennes réunies a déterminé Leurs Majestés Impériales à un démembrement de la Pologne qu'elles ne pouvoient empêcher.
Cet ambassadeur a dit que sa cour en reconnoissoit l'injustice, et que, pour la diminuer, elle a cru devoir y pai^
1 Sur ce point, voyei T Étude préliminaire, p. 153 c( suiv.
liciper, imaginaDt que c^étoit le seul moyen d'y mettre des bornes, et observant, au surplus, que la portion qui en reviendroit à ses maîtres éloit si disproporlionnée avec les acquisitions des deux autres puissances, qu'ils ne pourroient voir qu'avec douleur un événement qui faisoit pencher la balance à leur désavantage, de la manière la plus sensible.
M. le comte de Mercy a cherché à excuser le silence qui nous a été gardé , pendant le cours de cette négociation , sur celui que nous avons observé nous-mêmes; il a reproché à M. le duc d'Aiguillon ses liaisons avec les émissaires prussiens, et surtout la déclaration faite à M. de Sandoz, que nous verrions avec indifférence tout ce qui se passerait en Pologne. Il a prétendu que le Roi de Prusse avoit fait connoitre à Vienne l'envie que la France avoit de se rapprocher de lui; d'oii il a conclu que sa cour, né pouvant compter invariablement sur nous, avoit dû prendre ses précautions contre un orage auquel seule elle ne sau-. roit résister '. M. le duc d'Aiguillon a fémoigné, de son côté, de la sensibililé à la rélicence, et même à la méâance de la cour de Vienne, d'où il peut résulter un refroidissement entre les deux cours, qui, «illant, par une gradation naturelle, chaque jour en augmentant, peut mènera une dissolution entière et prochaine de toute espèce de liaisons entre les alliés.
Pour résumer le tableau qui vient d'être tracé, et constater la situation politique de l'Europe , au moment où la paix entre les Turcs et les Russes sera signée, et où le. démembrement de la Pologne ser{i effectué , il est nécessaire de 6xer l'état où se trouvera chaque puissance.
On ne peut disconvenir que la Russie ne termine cette
< Voyez r Etude prclimîjiaîre , p. 176 et Miiv., Rapporta Louis XV par II. de Vergenoes sor une communication du prince de Kauniti.
as LOUIS XV.
guerre de la manière la plus glorieuse, et qu'elle ne rem* plisse, par la paix qu'elle est prête à conelure, presque tous*les projets de Pierre le Grand. Les fruits qu'elle en retirera sont : le commerce assuré de la mer Noire ; l'affranchissement de la Crimée , de la Moldavie et de la Vala* chie sous sa protection ; le levain de révolte et de fanatisme répandu dans tous les sujets grecs de TErapire tare, même dans ceux de cette religion établis dans les pays autrichiens; la soumission des Petits-Tartares; par conséquent, les bornes de l'Empire recalées, les lignes de la nouvelle Servie devenues superflues, et les troupes qui les gardoieot libres d'agir ailleurs ; l'Uckraine polonoise soumise, assurant un point de dépôt pour la guerre sur le Danube et en Pologne; la civilisation des Cosaques, qui fournissent déjà de bonnes troupes; la remonte de toute sa cavalerie; une subsistance facile, et une influence despotique sur la Pologne. Dans une pareille position, on doit prévoir qu'elle sera prête incessamment à recommencer avec avantage, soit, pour porter les derniers coups à la Turquie, soit pour attaquer la cour de Vienne, soit pour prendre un parti, à la mort du Roi de Prusse, Contre le successeur de ce prince.
Sa Majesté Prussienne , sans avoir essuyé la dépense ni même l'embarras de la guerre, après avoir outrageusement pillé la Pologne, enlevé hommes, chevaux, bestlhux, argent, enrichie des dépouilles de ce malheureux royaume, gagnera encore, pour son lot de médiateur, toute la Prusse polonoise, quelques démembrements de la Grande-Pologne et l'évéché de Warmie, ce qui le rend maître de Tembouchure de la Vistule, et lui assure (comme il a déjà été observé) le commerce exclusif de la Pologne, à qui il imposera la loi la plus dure pour l'exportation et le débit de ses denrées. Cette acquisition est par là de beaucoup
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supérieure à telle de la Sîlésie , el donne à la puissance prussienne une consistance et un ensemble qui ne peuvent que ia rendre formidable.
Des trois puissances copartageantes , rAutriche est la senle dont h part n'est pas proportionnée à celle des deux antres; mais enfin elle acquiert un territoire assez coosidé* rable, et cela sans coup férir, et sans rien dépenser. Le nombre 4^ s^ troupes, déjà très-important , augmente encore; et elle fait tout cela, en amassant de l'argent, en éteignant ses dettes, en acquérant un grand crédit et de grands moyens, pour se trouver, au moment de la mort du Roi de Prusse, en état de reprendre la Sîlésie, ou pour entreprendre d'ici à peu d*années telle autre guerre qui conviendra au génie martial de l'Empereur. Il n'en man* quera pas d'occasions ; la succession du Roi de Prusse et le recouvrement de la Silésie sur les héritiers de ce prince, celle de la maison de Neubourg lui en offriront en Allemagne; il en peut rencontrer d'autres, soit en Pologne, en Turquie , peut-être même en Italie.
II n'est pas possible de passer sous silence la part que le Roi de Pologne aura à ces événements, ou du moins ce qui en résultera pour lui, soit que les puissances voisines croient être intéressées à rendre cette couronne béréditaire, soit qu'elles désirent d'y laisser subsister l'anarchie qoi a fait le malheur de cette république. Stanislas-Auguste se trouvera vraisemblablement possesseur assez tranquille du trône où Catherine 11 l'a fait monter. L'abattement de la noblesse et le renversemeut des anciennes formes constitutives lui auront aplani tous les obstacles qu'il a jusqu'ici éprouvés , et s'il parvenoit à rendre la couronne héréditaire, il pourroit alors, comme puissance intermédiaire, se faire rechercher de ses voisins et des autres puis-r sauces de l'Europe.
Pendant que toutes les puissances gagnent plus ou moins / à cet arrangement général du Nord, la France seule, exclue de la médiation et du partage, ayant perdu toute* Influence en Pologne, en Suède, reste exposée à perdre encore, par les insinuations de la Russie et de l'Angleterre, son commerce du Levant et son ancien crédit sur les Turcs , qui rejetteront sur elle tous les malheurs de la guerre.
Il faut convenir que cette position, qui n'est.ici nullement exagérée, doit faire faire les plus sérieuses réflexions au ministère, et l'engager à prendre sans délai des mesures convenables pour prévenir les malheurs qui en pourroient être la suite.
Le premier de tous les remèdes, sans doute, seroit de travailler au redressement des finances. C'est le meilleur moyen de rétablir la considération, sans laquelle une grande puissance est exposée, autant qu'une petite, à éprouver le manquement de ses ennemis, et la négligence de ses propres alliés. C'est à l'état fâcheux où les à mises une mauvaise administration, qui dure surtout depuis dix à douze ans, qu'il faut attribuer la décadence sensible de notre crédit en Europe; mais c'est une matière qui n'entre point dans le plan de ce mémoire. Contentons-nous donc de jeter les yeux sur le système qu'il convient d'embrasser pour ramener notre politique égarée, et former des mesures capables de regagner l'influence et la considération dont la France est en droit de jouir en Europe.
11 est d'une sage prévoyance de chercher à lire dans l'avenir, et de supposer les événements les plus vraisemblables et les plus prochains, pour tâcher de les tournera son avantage, ou au moins s'assurer de n'être pas pris au dépourvu lorsqu'ils arriveront. Rien n'est plus humiliant que de se trouver sans alliés, si ce n'est d'en avoir sur lesquels on ne puisse pas compter, et qui ne donnent que
des marques de méfiance et d'inconsidéralion. Quand une conduite maladroite ou inattentive a mis dans cette position , rien n'est plus pressé que d'en sortir; et il faut commencer par examiner de que] côté il convient de tourner ses vues, afin de mettre dans ses démarches l'assurance^ la noblesse, et surtout la bonne foi la plus parfaite.
Dans la circonstance délicate oii se trouve la France , il seroit peut-être naturel, mais il n'en seroit pas moins dangereux, de laisser établir un refroidissement avec la cour de Vienne qui ne tarderoit pas à dégénérer en brouillerie. Il est beaucoup plus à propos de s'expliquer confidemment avec cette cour. On peut ne lui pas dissimuler qu'on a lieu de se plaindre , que la délicatesse et l'amitié du Roi sont blessées; mais qu'il faut renouer des liens auxquels Sa Majesté est attachée, et qu'ainsi on désire reconnoitre la nature et l'étendue des vues du ministère autrichien, avec la résolution de coopérer à leurs succès, et l'espérance que Leurs Majestés Impériales se prêteront, de leur côté, à ce qui peut être de la convenance du Roi.
II ne semble pas qu'il y ait de temps à perdre pour prendre des mesures à cet' égard. Mais, soit qu'elles réussissent ou non, vis-à-vis de la cour de Vienne, il ne faut pas moins se former un plan de conduite avec les autres puissances, nommément avec le Roi de Prusse, si l'éloignement de la cour de Vienne nous obligeoit à nous rapprocher de ce prince.
Jamais partage ne s'est fait sans être l'occasion de querelles entre les copartageants : il convient de se tenir à portée d'en profiter. Si le Roi de Prusse avoit la bonne foi et la fidélité dans ses engagements qui mettroient le comble à ses autres grandes qualités, on pourroit croire qu'il ne se trouveroit pas de difficultés à se rapprocher de ce prince, et^ qu'il sentiroit l'avantage que notre alliance
lui procoreroit et à son guceesseur, pour la garantie des possessions qa'il loi laissera; et cette liaison seroit pentêtre le moyen le plus propre à assurer, à cette époque , la tranquillité de TEorope.
, La même réflexion peut avoir lieu pour la Russie : mais les mêmes difficultés peuvent s'y trouver, et elles doivent encore être augmentées par ramour^propre et Torgueil de Catherine II. 11 faut cependant s'occuper avec soin de }a ramener. La cour de Vienne n'aura que plus d'attention pour nous, lorsqu'elle nous verra dans une posture honnête avec les autres puissances. L'établissement du commerce sur la mer Noire amènera des objets de négociations entre la France et la Russie. Ce motif pourroit servir de prétexte à revenir à un traité de commerce qui a souvent été ébauché, et qui pourroit nous être utile pour tirer du pays les bois de construction et les matières premières de
' la marine, au préjudice de l'Anglelerrew
On ne doit pas oublier d'observer ici que l'Angleterre est, après la France, la puissance à qui la révolution qui
1 s'opère dans le Nord doit être la plus désagréable et la plus contraire. Seroit-ce un motif suffisant d'espérer qu'elle voulût se joindre à nous, pour eu imposer aux paissances qui veulent s'enrichir du démembrement de la Pologne ? C'est ce dont il est difficile de se flatter; et, malgré la répugnance avec laquelle les Anglois doivent voir Sa Majesté Prussienne devenir avec avantage une puissance maritime sur la Baltique, et la Russie en possession de tout le commerce de la mer Noire, comment seroit-il possible de former un concert solide avec l'Angleterre pour s'y opposer? Dans l'ignorance où l'on est des moyens qn'oo pourroit y employer,, on se contentera de dire qu'il n'y auroit nul inconvénient à traiter cet objet avec le ministère anglais, ne fùl-ee que pour pénétrer
l'effet que ces événemeDts ont pu faire, tant sur Sa Majesté que sur la nation britannique.
Nous o^avons jiisqn'iei traité que tes objets relatifs à la politique du Nord, sur lesquels les solutions que nous avons cherchées ne sont p^^ pins solides que satisfaisantes. En jetttil les yeux sor le Midi , on apercevra encore des sujeta d'inquiétude, dignes de beaucoup d'attention. Le principal, sans doute, est l'établissement précaire de dent branches de la noaison de Bourbon en Italie. On doit s'attendre que si le refroidissement actuel avec Vienne avoit des suites» une de ses premières démarches seroit d'enva-^ hir toutes les possessions de ces deux branches; et rien ne seroît plus facile dans l'état actuel des choses. On doit croire aussi que la république de Gènes, qui a des que» relies subsistantes avec l'Empereur au sujet de San-Remo, saps parler des anciennes dont le souvenir ne doit pas être effacé, seroit une des premières victimes de notre dés* union. Pour parer à ces deux inconvénients, il seroit à propos de faire sentir à la cour d'Espagne la nécessité de mettre Sa Majesté Sicilienne assez en forces pour résister aux premières entreprises qu'elle auroit à essuyer, et pouvoir attendre les secours que la France et l'Espagne lui enverroient
La même prévoyance doit engager à fournir aux Génois les moyens de se précautionner également contre un premier coup de main. On connoit ceux qui ont été employés avec succès pendant la guerre finie en 1748, et combien l'animosité de ce peuple contre les Autrichiens fournit de ressources en pareille circonstance ; mais encore faut^il la prévoir et les préparer.
Un troisième moyen de parer aux échecs que l'on peut avoir à craindre en Italie, est de ménager la cour de Turin, dont l'alliance, en pareil cas, peut être aussi utile
à la France qu'elle est désirable pour elle. Le Roi de Sardaigoc n'ignore pas Fintérét qu'il a à se joindre aux puissances à qui Tagrandissement de la maison d'Autriche en Italie peut faire ombrage^ ainsi il sera facile de s'en assurer.
De ce mémoire, dont l'étendue quoique grande n'est pas proportionnée à celle des matières qui y sont traitées , il résulte :
V Que y dans les circonstances actuelles, il n'y a rien de si pressé que de sortir de la léthargie politique où l'on est, et de chercher à remédier au mal que cette même léthargie a occasionné ;
2'^ Qu'on doit faire l'impossible pour ramener la confiance de la cour de Vienne, et dissiper le refroidissement existant avec elle, dont la suite pourroit être une liaison intime de sa part avec la Russie et la Prusse, qui nous deviendroit funeste , surtout si elle était mise en activité par le génie bouillant et martial qu'on suppose à l'Empereur;
3"* Que, malgré le désir sincère de resserrer les nœuds avec la cour de Vienne, il faut s'occuper de ce qui se passe à Berlin, et se mettre en mesure avec dextérité et sagesse vis-à-vis du Roi de Prusse ; de sorte que , si l'éloignement de Vienne devenoit invincible, on pût parer aux effets dangereux qu'on auroit à en craindre, en renouvelant nos anciennes alliances avec Sa Majesté Prussienne ou du moins avec son successeur, que, par cette raison, il convient d'avance de ménager avec suite et avec tout le soin possible;
4* Qu'une conséquence de cette possibilité de rupture avec la cour de Vienne doit être de mettre, par le moyen de l'Espagne, le Roi de Naples en état de résister aux premiers efforts des Autrichiens et d'attendre nos secours;
d'en user de même, de noire part, avec les Génois; et enfin de se ménager la possibilité, même la facilité, de former une alliance avec le Roi de Sardaigne, si les circonstances Texigeoient
CGCLXI. — LOUIS W AU COMTE DE BROGLIE. [Autogr. Arch. de l'Emp. K. 157.]
A Versailles, ce i«' may 1771.
Vous pouves remettre h Durand la lettre dont vous me parles. A Pégard de l'aventure de l'autre paquet, j'escrivis sur-le-champ à d'Oigny, et je vous envoie la réponse qu'il m'a faites que vous me renvoieres par la première occasion. Je vous envoie ce roois-cy 12,000 livres au lieu de 9,000 : sur quoi vous prendres les frais du voiage du sieur Drouet ainsy que vous l'aves désiré.
CCClXn. — LOUIS XV au comte de BROGLIE. [Autogr. Arch. de l'Emp. K. 157.J
M. d'Aiguillon a proposé au Conseil d'envoier Durand à Pétersbourg, ce qui cadre avec ce que vous m'avies mandé sur son bureau icy qu'il veut donner à un autre. Ce 3 juillet 1772.
CCCLXin. — LOUIS XV AU COMTE DE BROGLIE. [Autour. Arch. de l'Emp. K. 157.]
Ce 27 juillet 1772.
H. d'Ogny ' m'a remis une liste des adresses qu'il a pour réformer celles qui ne servent plus où d'y en adjouter de nouvelles, s'il ne les a pas. Je vous l'envoie et vous me la renvoieres avec une liste d'une main inconnue , pour que je puisse la lui remettre.
^ Intendant des postes, neveu et successeur de JeanneL
GGCLXIV. •- LOUIS XV AU COMTE DE BROGLIE. [Aologr. Areh. de l'Emp. K. 157.]
Ce 29 mars 1773.
M. d'Aiguillon a lu hier, au Conseil des lettres du chevalier de Saint-Priest ^ , et ne m'a parlé de rien ; elles m'onis paru signé de lui , mais d'une autre écriture que celle de coutume; aussy je croy que vous aves reçu l'original et lui la copie. Reste à scavoir si elle étoit accompagnée d'une lettre pour vous et pour moy. Rien de cela n'étoil dans la liasse de ces papiers que j*ay examinée. Voilà tout ce que je scay pour le présent.