‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier, etc., et autres documents (volume 2)Chapitre 205 sur 211 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Pour se mcHre à portée d'apprécier la situation actuelle de la France dans l'ordre des grandes puissances , il faut

1 Voir plus bas, à la date du l^^ man 1775, ie némoire où If. de Broglie fait connaître les circonstances dans lesquelles furent rédigés ces ■lémoires pour détacher ie Roi de Talliance autrichienne. Ils ont par euxmAnies «ne grande valeur ; ea outre, les iettret de Louis XV et les autres documents que nous publions permettent de conraitre la portée véritable de ces

remonter à la source , et partir d'un point fixe antérieur. Dès lors on peut tracer ]a ligne que la France a parcourue depuis dans cette sphère politique.

Ce point antérieur doit être placé à Tépoque de 1756. C'est celle de la dernière guerre et du nouveau système, suite nécessaire du traite de Versailles ^ du 1*' mai de cette année.

On voudroit en vain se dissimuler la dégradation rapide du crédit de la France dans les cours de l'Europe, de sa considération, de sa dignité même; enfin, osera-t-on le dire? par un déplacement incroyable, elle sembleroit avoir perdu son rang à la tête des grandes puissances , pour ne plus jouer sur la scène politique qu'un rôle passif ou subalterne.

Cependant point d'efiets sans causes; il faut donc chercher celles d'une si étonnante révolution. Ces causes se réduisent à trois principales, dérivées les unes des autres, depuis 1756 jusqu'à la paix.

V Le changement de système produit par le traité de Versailles ;

2*" Le faux plan de la guerre, dans lequel, en perdant de vue l'objet principal, on a pris le change, et tourné en guerre de terre une guerre maritime et de colonies, ce qui a été la suite du changement de système;

3*" Les malheurs de la guerre qui ont découlé de ce faux plan, et nécessité à une paix aussi désavantageuse qu'elle parut indispensable.

Depuis la paix, trois autres causes principales, pareillement enchaînées les unes aux autres, ont amené encore plus rapidement cette dégradation.

mémoires, qui orTrcnt un curieux résumé de la correspondance secrète. Voyet aussi l'Étude préliminaire, p. 183. Les notes de Fauteur des mémoires seront suivies de la lettre A.

GORR£SPONDA\'GE SECRÈTE. 449

]* Le défaut de système politique. L'ancien étoit détruit, et ce renversement nous avoit laissés, à la paix, sans autre allié en Allemagne que la cour de Vienne. Nous étions réduits dans le Nord à n'avoir d'autre allié que la Suède, qui, ainsi isolée, ne pouvoit nous être qu'à charge. Ceux du Midi ne pouvant avoir aucune influence dans ce système septentrional , ils étoient nuls à cet égard. On avoit appuyé et protégé la cour de Vienne; on finit par se persuades qu'elle étoit notre appui; du moins ce fut et le langage et l'opinion apparente de notre ministère.

On s'accoutuma à regarder la puissance autrichienne comme un corps avancé qui faisoit notre sûreté, et derrière lequel on pouvoit s'endormir à l'abri de toute surprise ; mais au lieu de donner l'ordre à cette avant-garde , on le reçut d'elle, et la prééminence de la cour de Vienne s'établit proportionnellement à notre subordination.

2* Cette subordination, suite du défaut de système, est devenue la cause, à son tour, des effets les plus pernicieux. Soit que le ministère d'alors ne fût pas assez éclairé, assez réfléchi pour en prévenir les suites dangereuses; soit que des motifs personnels l'eussent déterminé à suivre le penchant qui sembloit l'entraîner dans ce système subalterne, il ne s'occupU plus que d'agir de concert avec la cour de Vienne, ou plutôt sous sa direction. Point de négociations pour renouer d'anciennes alliances, en former de nouvelles, ou du moins se rapprocher décemment des cours dont on s'étoit éloigné dans la dernière guerre. Si Ton parut enfin se prêter à quelques démarches d'étiquette, ce fut si lentement, si froidement, qu'on donna à la cour de Vienne le temps de se rapprocher avant nous des puissances avec, qui elle avoit été ou en guerre ouverte ou en froideur marquée \ Il ne parut point qu'on

1 II est impossible de se rapprocher plus maledroitement, et moiosDoblc- I. »

lui eût 'df^ndé compte de^ifivance;^ qu'elle faisoil et qu'elle n^us. efdpèqb^t-delajre.* Ëlkseoibloit s'éire placée cooinle. ud "poitit ^Qterpiéd^e ^tre nous et ces cours refroidie» lou mal réconcUiée^.} pliais ce fuV.bîeii plutôt un luuri 4e/^^)afatioi]. Ou lu uit.régjar chaque pas que nous devions faire dans la route oblique qu'elle nous avoit tracée. Enfip , sous prétexte de i union intime ou de l'intérêi commun^ ella parvint à persuader que nous. n'avions aussi qu'une ,volonl4 <^iQa)Mne, nuiis to^jours suggérée par elle , et variabla au gré de la sietuiai. L'Europe fut accoutumée à regarder la France comme une puissance devenue secondaire dans Vavàr^ pplitique, en un mot, un corps de réserve aux ordrea de l'Aa^iche '•

A peine, cependant la paiiL éioit-elle conclue, que la cour de Vienne avoU réclamée à toi^te rigueur nos engagements les plus onéreux. C'était rexécution d'un traité secret^ ^igné. f^m^i j^. Viersaill^ss l^ 30. décembre 1758. On ne fera pa$ ici l'énMmération des stipulations d'une armée française de cieat «aille hMimes en Allemagne, des subsides à payer par la France aux alliés de l'Impératrice, des troupes élrangèi<es à soudoyer aussi par la France dans les armées autricbienues : tout cela n'avoit été que trop scrupuleusemenl rempli, de noire part. Mais, par l'article 111 <le ce nouveau traité , le secours de vingt-<{uatre mille hommes stipulé dans celui de 1756 avoit été évalué

fiTcnt tn mètne lenif», qii*on In Ht rfu toi de PnisM!, ao momenl de Tenvoi de M. de (juiaes : le moment de la nomination de M, de Pont a cependant été encore plus mal choisi : et il est très-apparent que c'est ce qui a donné lieu aux entrevues de \eus(ad(, où on a jelé les fondements de Tunien funeste de TËmpereur et du Roi de Prusse. (A.)

1 JnflÉais noire «ibflvdinatlon n a tant paru ^e dans Taflaire de Pologne, à laquelle b cour de Vienne n a jamais voulu permettre qu'on prit part par les seuls moyens qui eussent pu être efljcaccs; ce qui a éié la cause de la foibicssc de ceux qu^on a employés, qui n'ont scnri qu*à nous compromettre cruellement et à nous rendre presque ridicules. {A.)

CORRESPOXDAXGE SECRETE. 451

«n argent à 3,336,000 florins d'Emj^ire, payables tous les ans pendant h. durée de la guerre (9, 3409*000 livres). U en éCoit dû, it la paix, aux- environs de 33 'à 34 mil*» lions , pour les quatre années d'an^érages : il fallut s'ar<ranger. On prit, en 1763, des termes pour le ^payement, ^oi fut enfin achevé en 1 769.

Avec une somme si considérable, et Téconomie que la cour de Vienne pèrfectioauia dans ses finances, elle se «trouva presque en meilleur état qu'avant la guerre; elle remboursa ou fil des réductions, Farcj^t à la main; elle établit son crédit, pendant que la France aehevoitde ruiner le sien, pour en avoir abusé au gré de TAutriche; et par un effet certain de la puissance pécuniaire, oelle-ci augmenta graduellement son crédit de cdimdéraiioH , et la France, à proportion, perdoit du sien propre ce que son allié en acquéroit à ses dépens.

Cette supériorité (dont on ne ftit peint frappé alors, mais qui ne laissa pas d'être aperçue par des observateurs instruits), fut lé premier degré ée celle que rAutriche a depuis usurpée insensiblement.

Le bon état de ses finances lui permit de rester puissamment armée , tandis que le ministère firançois , réfor* mant d'un côté et prodiguant de l'autre , laissait la France désarmée , et sa frontière presque ouverte. Dès lors le crécUt de considéraHonyfùnAé sur la puissance militaire, fit pencherde plus en plus la balance politique du coté de la cour de Vienne.

Ce nouveau degré de supériorité , ou ne fut pas plus senti , ou fut dissimulé avec le même artifice. On crut, ou l'on feignit de croire, que si l'Impératrice tenoit son état militaire sîir un pied si formidable, c'éloît pour la France autant que pour elle-même; que l'union intime des deux cours tiendroit toujours les forces de l'une à la disposition

de Taulre; et que, lout devenant commun entre deux alliés qui alloient encore s'unir plus étroitement par les liens du sang, c'cloit deux cent mille hommes de plus que le Roi auroit à son service.

Les prétextes, d'ailleurs., ne manquoient point pour pallier cette espèce de connivence. « Le Roi de Prusse » restoit aussi puissamment armé; l'Impératrice ne pour> voit, sans imprudence, désarmer devant lui , ets'expo- » ser par là à de nouvelles invasions. Celles-ci auraient » fait renaître lecasus foederiSy et nos secours alors ne

V pouvoient plus être limités. Il auroit fallu alors envoyer » au fond de l'Allemagne des armées entières, et courir » encore tous les risques d'une guerre qui auroit si mal r* réussi. Il falloit donc un frein à l'ambition du Roi )) de Prusse, et qui assurât en même temps notre Iran- » quillité. Ce frein ne pouvoit être qu'un état de guerre » formidable : l'Autriche s'en chargeoit à ses propres dé- » pens. Elle prévenoit par là tontes les tentations que ce » voisin dangereux auroit pu avoir de troubler encore n l'Allemagne et de bouleverser l'Europe. La France, y> d'ailleqrs, tranquille, assurée au Midi, n'avoit rien à » craindre du Nord, tant qu'elle resteroit unie avec la cour

V de Vieune. Quelle autre puissance pouvoit l'attaquer dece 3) côté-là? Et si qu^qu'une r,eûtjosé>les États autrichiens 3) lui opposoient une barrière insurmonti^le. Qu'avions- » nous donc besoin, en temps de paçc, de tenir sur pied de n grandes armées? Celles de l'Impératrice veilloient à

V notre sûreté, et cette heureuse position nous répondoit, » au moins par terre , d'une paix étemelle ^ n

^ Tel étoit le langage de notre ministère. Mois comment pouvoit-on regarder comme un avantage la foiblesse où la France restoit, pendant que F Autriche et la Prusse demenroient puissamment armées , et comment n*a-t-on pas prévu l'avantage que cela leur donncroit sur nous? (A,)

CORRESPO^JDANCE SECRETE. 453

Ainsi, de notre aveu, la cour de Vienne se ménagcoit sur nous tous les avantages de \a puissance militaire. Il ne manquoit plus, pour nous mettre hors d'état de les lui disputer, que d'établir sa puissance fédériUive sur les ruines de la nôtre.

Le défaut de système avoit entraîné la subordination de la France aux vues, aux désirs de la cour de Vienne. Cette seconde cause avoit amené son êifet nécessaire. Ce fut pour la France de rester abîmée de dettes , sans crédit, et presque sans troupes, surtout sans autre alliance au delà du Rhin, que celle d'une cour prête à lui échapper, isolée alors, épuisée par une administrs^tion de finance monstrueuse. On la crut sans ressources; à qu6i auroit servi son alliance ?

L'Autriche cependant sebibloit acquérir toifs les jours une nouvelle vigueur, un degré de considération et de crédit. Recherchée par les Turcs,' caressée par le Roi de Prusse, ménagée par la Russie, implorée par la Pologne, elle avoit à choisir entre ces quatre allfés. De trois, elle a mis le plus riche à contribution, pour le sacififier ensuite, et s'est liguée avec les deux plus forts pour dépodiller le plus foible '.

3* Cette alliance de l'Impératrice avec la Russie , dernière cause et dérivée des deux précédentes, en a donc été l'effet nécessaire; et en démasquant le systèhie bien cobbinéde la cour de Vienne, elle a fait le complément de notre dégradation.

Lr liuisssince fédérative, fondée sur le notabre,'ï'riti-

1 Depuis le moment de la vacaoce du trône de Pologne, la cour de Vienne a négocié très -habilement avec tontes ces cours, pour lesquelles elle n'a cherché en même temps i nous inspirer que de la méfiance pour les unes, de rindiiïérence pour les autres. Il n*est pas maladroit d'avoir tiré , en juillet 1771 , douse millions de livres des Turcs , à compte sur un subside de trente millions, pour après cela se lier avec leurs ennemis. (A.)

45* LOLIS^XV. '

lité, la solidité dies alliances, éloit ie Iroisièine el damier avantage que rAutricbe HfoU à prendre «sar, nous. Ses nouveauid t&lltés>'«il 4e parlogeanijavec elle, ontiansai gagné chacun iiR NiYi<fdani' l'ordre poétique. •

L'Europe, en général, a vu avec surprise la Fraoce rangée tout d'^it iknip*eB quatrième 'ligne parmi le« puissances do coKtlilenti' Mais ieette-' surprise n'aélé que pour le vulgaire, pour les esprits» coorts, frivc^set inappMqnéa. Ceux qui, dans la pratique ou la spéculation dasaffiiircs^ ont réuni les avantages de PoiiBervatickn et du caicol y avoienf po iDompler chaque paa rétrograde que nous Cûr sions pour arriver au point ^ l'on vouloit nous placer* y L'affaire de Pologne et la gaerre é^ Tores (»t été ies derniers de ces pas si mal mesurés. H resterait sur tout cela de tristes réflàtions à ftûre; *

Comment les choses ont-elles pu en vmir , par degrés^ à ce point de calamité pour la Pologne et pour la Porte?

Comment une chaîne d'intrigues ou plutôt de tracasseries prolongées depuis 17€5 jttsqu'«n 1771, n'a-t*elle abouti qu'à la ruine de nos alliés, de nos protégés, et à notce propre bumiliAtion ' ?

Comment avoit-on commencé si foiblement et si tard ce qu'on auroit pu et du entamer beaucoup plus tôt avec énergie ' ?

1 La Pologne est anéantie ; la Turquie scfa au mnîns frès-ctifaixiée el fdrt abaissée; 1aSnè<lé court les plas grands risqties depmovervii poreU so?t. (A.) .2 Si OH avoit donné à la Pologne deux million» de livres de subsides au moment que Ja confédération de Bar a éclaté « Qt qu'en reconnoissant M. de IVillorusky pour ministre de cette confédération on eût envoyé auprès de ces cfael^ un ministre de France en état de bitar fairo employer cette somme , toute la Pologne eàt été confédérée en trois mois , et il y eût eu plus de cent mille Polonois sur pied , partagés e» diffiémnts eorpe , qui auroient désolé Farmée russe, miroient intercepté tontes* m« commntiiciAtonsi, pillé ses convois, ses magasins, ses liApitatix, et certaioement l'vtiiflé dont cette diversion intestine eût été aux Tnres aoroit biett mit en droit de leur

CORRËSPONDAMCE SECRÈTE. i^55

Comment s'est-oB laissé jouer si longtemps, fjt si grossièrement parla cour de VieoRe? .

Goomient cette îllosioa^ cpitraiiroitidù SMvravec le ministère de M. de Ghoieféul, s.'ëst^flkt soutenp^ Jusqu'au dernier moment? • . .j • .;, ., ,,. ,,.

Comment la France a-(«elle pu, sans le sairoir, ^ans s'en douter, servir jusqu'au bout d'indûment à l'Autriche, pour amener la Russie et le Roi de Pruese au point de s'unir avec elle? ^

Mais il n'est plus temps d'agiler ces douloureuses ques-^ lions. 11 suffit d'avoir remonlé aux causes primitives de la situation où >se trouve aofCHird'hMÎ réduite la première puissance de FEurope. Partons à présent d'un autre point iixe; c'est l'état actuel. Tà^hou^ auparavant de le bien apprécier. Il est triste au premier coupd'œil; mais il n'est peut-être pas désespéré.

SECTION PiUaflKRE.

DE LA SITI'.ITIOM AGTUELLB Ht L\ PR4NC8 D.tl»S LB SVaxibllB PÇUTlQrB DR ft'BClOpB.

On doit regarder comme une maxime fondamentale et un principe incontestable, que le crédit ou ïa considération d'un prince, d'un Etat quelconque, sa dignité même et sa prééminence, son rang enfin dans l'ordre politique, est nécessairement fondé sur la puissance ; que celle-ci pourroft être ^envisagée sous deux faces : les troupes et les alliances; puissance militaire et puissance fédératîve.

On pourroit ici ajouter un troisième article; c'est la puissance pécuniaire, la base et l'aliment des deux autres :

demnndtir do imycr ce subside. Tout cela a été propose par des mémoires quo M. do Mokranosky a préseolés à M. le duc de Gboiseul. Ce ministre , de son pfcmier mouvement, commeoçoit par adopter ces idées; mais la cour de Vienne a toujours empêché de les exécuter. (A.)

456 LOllS XV.

mais cet objet regarde radministration intérieure, dont on ne disentera pas les détails dans le présent mémoire. Peut-être sera-t-on dans le cas d'y revenir, et sera-t-il possible de prouver que nos ressources en ce genre ne sont pas épuisées au point que l'Europe le croit. La France aura toujours plus de numéraire disponible qu'aucune autre; et le crédit même, tout ruiné qu'il puisse être, renaîtra, si l'on veut, des premières mesures sages bien calculées , et surtout économiques que Ton voudra prendre.

On n'envisagera donc ici la situation actuelle de la France dans le système politique de l'Europe, que relativement à la puissance militaire et à la puissance fédérative.

ï. De la tiiwUion actuelle de la France dans le système politique de r Europe relativement à la puissance militaire.

Cette puissance n'est pas uniquement fondée sur des armées nombreuses. Les moyens d'attaque en sont, il est vrai, le nerf et le mobile; mais tous les moyens de défense entrent aussi dans sa composition.

A cet égard , la France a conservé ses avantages sur les autres puissances de l'Europe : l'ensemble et l'arrondissement de ses possessions; la défense naturelle d'une partie de ses frontières, par les montagnes et les mers; la sûreté aHificielie, par un triple cordon de places fortes^ quoique très-mal entretenues; l'esprit d'une nation toujours invincible chez elle, ou toujours renaissante même de ses défaites, pour chasser ensuite l'ennemi et recouvrer enfin son territoire.

Mais de ces avantages, tout précieux qu'ils sont, il ne résulte véritablement qu'une force d^ifiertie, c'est-à-dîrc la difiiculté d'être attaquée, la facilité de se défendre, la

GORRESPONDAMCK SECRÈTE. 457

possibilité de recouvrer enfin ce qu'on a perdu. C'est, à proprement parler, Isl partie passive de la puissance militaire. Elle ne suffit point pour élever un prince, un Etat quelconque, au premier rang dans l'ordre politique, ni pour l'y maintenir, s'il néglige trop longtemps là partie active de la puissance militaire.

C'est donc par l'entretien constant, soolenu et perfectionné d'un état de guerre formidable, qu^oa prince ou un État quelconque peut,. op. S''élevei(t QU^ se maintenir au premier rang entre les grandes puissances. La Russie, la Prusse, l'Autcicbe elle-même, n^. sont parvenues que par ce moyen à, la place qu'eU^Bf pccupifnL aujourd'hui; et «'est par le contraire que Ja F^ran^^p^v. paroît déchue. Il faut d'ailleurs observer, en passant, que ce n'est que pendant la paix qu'on peut former une bonne armée , et que ce seroit lé temps où il serolt le plus essentiel que les troupes fussent entre les mains dé gens capables de décider de leur coiifittfutiimieti^rlQS iwntrwifcc ppilFriM Suc^'re.

Il est triste(.s#9p4o.Ul^^p^mii|iUÇMV/&|'MQ fiM", humain, bienfaisant, d'e«l?|(«r;iftir)jigR4flplWMt,ftïr4p<J^qU'ÎSrau arts utiles, la fleur de sa pQpu|atÀ9PiM'9nMS^,jrau^U l'avouer? ee n'est point èiJ^'j^raf>peÀ<^jplAi44r® 4^ ce4|e. nécessité. Louis XIV a fait {|q< q^/^heur, d^.ijbffiu|irpp^ et a porté de rudes atteinte&aMitbQnbm)r'4Q;$esrpqiif>les en établissant le premier l'us^^i d^s igr^wd^p^ari^s-, S^ojft exemple et ses enirepjrisies en ont^fail'it^obesl^^niçap^MLnt pour tous les autres )pote9tat3;{l''£n^pp^if)^)tnoiii^ie «iir ce ton : c'est une maladie épidémique, et laffrfiiliQsopbie m^ême n'en guérira point les. prînfl^> qu'ell^i con^pte parmi ses sectateurs et ses prosélytes. . ,\

Toute .forcet étant relative, comme tout^ grandeur, la^ puissance militaire d'un j^tat quelconque existe plus ou moins, en proportion de celle des autres États qui figurent

avec lui sur la scène politique. Tant qu'il peut ou sait conserver ce genre de supériorité, il y joue les premiers rôles. Réduil à l'égalité, il né les a plus qu'en partage; s'il tombe au-dessous de cette proportion, il ne doit plus prétendre qu'aux rôles subaUemes.

C'est à quoi la France devroit désormais s'attendre, si elle persistoit à rester désarmée; car on ne peut pas dire que, ne voulant point jouer de ces rôles subordonnés, elle en seroit quitte pour n'en jouer aucun.

P Ce seroit une triste et humiliante situation, qui répugneroit à la dignité et à la supériorité primitive de cette monarchie. La maison régnante est la plus illustre comme la plus ancienne de l'univers. La nation a régné jadis sur toute l'Europe connue, et, même après avoir perdu l'empire d'Allemi^e, elle a toujours eu dans la masse générale une prépondérance qui est devenue en quelque sorte le patrimoine de la couronne.

Cette opinion , reçue depnis tant de siècles, ce dogme consacré par une prescription plus que millénaire, n'avott jamais souffert aucune altération jusqu'à l'époque trop célèbre du pacte de famille *. Alors, pour la première fois, la France admit à l'égalité une autre monarchie; et

* On ne préfciid pas blâmer Talliancc avec TEspagnc, qu'on rrgardc comme la plus easeotielle et la plus naturelle qtt« la France paiaao jamais former : mais on croit qu'il seroit facile de prouver que le moment où elle A été faite a été mal choisi ; que , faute de connoitrc la mauvaise administration intérieure de celte couronne & Tcpoquc de ce traité, et combien elle étoit peu préparée aux efforts qu'on attendoit d'elle, son concours n*a pas servi à diminuer les désatantages de la paix polir la France, et qu'elle les a seulement fait parlacjer à TEspa^jne. II eût donc été plus utile de faire craindre cette alliance & l'Anfilcterre, pour la déterminer à la paix, et d'attendre que la tranquillité fût rétablie en Europe , pour contracter des liaisons indisso^ Ittbles avec l'Espagne, il aoroit anHout falln ne jamais admettra à Taltemative de la préséance cette moaarcliie; et c'est une faute irréparable, beaucoup plus à regretter que la perte de plusieurs provinces dont on peut tôt ou tard se remparer. {A,) — Le pacte de famille fut conclu en 1761.

CORRRSPOVDANGB ST^CRÈTR. 459

de ce ptéjogé qu'elle forma contre eUe-oiéme résulta peoUétre la première idée du déplacement qu'elle éprouve aujourd'hui. Le8 puissances ^ en assee ^rand norabre , qui ne cédoieni pointa l'Espagne, commencèrent alors à révoquer en doute notre préséance; et comme, pour toute ambition, l'égalité, une fois obtenue, n'est qu'un pas de plus vers la supériorité, mi crut bientôt qu'il ne seroit pas. impossible de l'usurper sur nous ; tant il est dangereux de se laisser entamer snr l'opiaion dans tout ce qui tient à la prééminence I

Mais, on ne sauroit trop le répéter, cette supériorité de droit ne s'acquiert et ne se maintient qtie par la supé* riorité de fait, c'est-à-dire par la réalité d'une puissance prépondérante.

Ensuite il iaut bien observer que tout 'prince ou Etat déchu du premier rôle n'est, pas toujours le maître de n'en jouer aucun.

Dans V ordre politique, ainsi que dans Y état social. Tinfiériorité a toujours entraîné de fait la dépendance. La chimère, d'un Etat plus foible qui resteroit indépendant vis-à-vis des plus forts, est démentie par l'histoire et par l'expérience. S'il n'est pas conquis, il est subjugué, et, en attendant d'être englouti à son tour, il est souvent forcé de creiYser l'abîme où les autres disparoissent \

Tel seroit cependant le sort de là France même, si elle ponvoit adopter l'idée peu glorieuse de rester, seule dans

1 Le peu d'ioâueacc que nous avons eu dans tout ce quj s'est passé dass le Xord, rciclusion formelle que In Russie avoit donnée précédemment k la France dans les né<focia(ions entre elle et les Turcs, enfin la demande qu'on nous a faite dcVatificrle démembrement de la Pologne, sur la promesse tie renoncer à cotte condition à Tagression de la Suède, sont «utant de preuves d'infériorité bien humiliantes; et la dernière surtout ne seroit propre qu'à déshonorer la France, sans même préserver la Suéde do sort dont elle est menacée , et qui ne seroit loot au pJns que différé de peu de temps. {A.)

son coirij tranqailie spectatrice des grands événements prêts à bouleverser l'Europe. Une ou deux révolutions dans Tordre politique pourroient bien ne pas l'affecter encore directement; mais ia troisième au plus lard, qui seroit très-prochaine, transporteroit trop près de chez elle le lieu de la scène.

Alors il faudroit bien, de force ou de gré, choisir entre deux partis , car il n'en resterait pas un troisième : ou de consentir aux projets des puissances armées et prépondérantes contre les princes ou États foibles qui seroient attaqués, et de confirmer, par des accessions et des garanties, les usurpations des plus forts; dans ce premier cas, que pourroit-on espérer de plus favorable que d'être dévoré le dernier, ou de s'opposer hautement aux mesures prises de concert par les puissances armées et prépondérantes contre les États foibles et désarmés qu'elles voudroient envahir? Alais alors quelle apparence de s'y opposer avec succès , désarmé soi-même et abâtardi par une longue paix ; forcé de prendre en un instant des mesures offensives, sans avoir préparé d'avance les moyens d'attaque, ou même de défense, si l'attaque ne réussissoit point, ce qui ne seroit que trop vraisemblable dans des circonstances «i désavantageuses?

Ce n'est pas qu'on prétende ici suggérer des idées guerrières et ambitieuses. La paix est, sans doute, l'avantage le plus précieux pour un prince ou un État quelconque, et la postérité bénira toujours la mémoire d'un roi pacifique. Les lumières et la réflexion ont perfectionné, surtout dans ce siècle, la théorie des gouvernements sages. La. guerre est à craindre pour les petits États, attendu qu'ils peuvent tout perdre; et pour les grands aussi, parce que leur degré d'action et de cqnsommation , tant d'hommes que d'argent, étant toujours en raison de leurs

moyens, il n'y a aucune proporlion entrece que leur coûtent ces efforts dispendieux, et ce qu'ils pourroient gagner par le succès même le plus complet.

C'est donc dans un esprit de paix, de conservation et d'humanilé, qu'on ose répéter ici cet axiome si connu : Si vis pacem, para bellum. Ce n'est, en effet, qu'en se tenant toujours préparé pour la guerre, qu'on peut s'assurer pour longtemps les avantages inestimables d'une solide paix.

On pourroit même retourner ainsi la phrase : Si vis bellum, para pacem; et véritablement le moyen le plus sûr d'avoir bientôt la guerre, c'est de se réduire à ce qu'on appelle improprement Yélai de paix; c'est de rester avec un pied de troupes si bas, qu'il sufiBse à peine pour la défensive.

L'expérience de tous les temps a prouvé cette vérité : on cbercheroit vainement quelque exemple du contraire, il n'en existe point. On a vu* une fois la France vingt ans de suite en paix (du côté du Nord et derAHemagne), sans être précisément armée; mais quel étoit alors l'état des puissances rivales? Epuisées toutes pour le moins autant que la France par la guerre de succession ' , aucune d'elles, a]irès la paix , n'étoit restée avec un état militaire plus fort que le nôtre.

La Prusse, à cet égard, cloit encore au berceau; la Russie, àl'école ; etnousn'avions encore avec l'une ni l'autre aucun de ces rapports directs ou indirects d'où peutnaitrela guerre. Si l'Autriche avoit déjà fait une grande figure, c'étoit au moyen des subsides qu'elle a toujours reçus. Ceux-ci avoieiit cessé à l'époque de la paix d'Utrecht; et réduite à ses propres revenus, alors si mal administrés, on sait à quel état son militaire étoit réduit, lorsqu'en 1733 elle força la France à une rupture.

» Il s'agit de la jjucrrc de la succession d'Espagne sous Louis XIV.

Il n'esl pas surprenant qvte dans de telles drciHi* stances la France, qu'on pouvoit re^rder alors comme la première puissance de FEurope, ait pu si longtemps cm* server la paix avec ses voisins , tous plus désarmés, plus épuisés qu'eile*ménie.

On ne doit pas plus s'étonner qu'elle n'ait eu , à cette époque, rien à démêler avec la Prusse et la Russie. Cet exemple unique est-il applicable à l'espèce présente? Jetons autour de nous un coup d'oeil rapide. Acommeocer par l'Allemagne, nous y trouverons l'Autriche et la Prnsse, qui n'ont pas désarmé à la paix, et dont les deux états militaires, réunis ensemble parla nouvelle alliance, forment une masse de quatre à cinq cent mille hommes/

Dans le Nord, un empire qui véritablement avoit toujours pu mettre sur pied des armées aussi nombreuses que mal disciplinées, mais qui réunit aujourd'hui le double avantage du nombre etde la discipline. Ses forces, ajoutées à celles des deux autres copartageants, donqent dqà un total de sept à huit cent mille hommes. Ce nombre n'est pas exagéré : mais si les trois puissances continuent d'augmenter leurs forces par des enrôlements forcés dans leurs nouvelles possessions, ce total pourroit sans éi£Bculté se porter , en fort peu de temps , jusqu'à un miUioa d'hommes.

Quelle parité y a-t-il donc entre les circonstances oii la France, du même côté, a joui de vingt années de paix, et celles où l'Europe se trouve depuis les traités de Paris et d'Hubertsbourg?

Encore, dans des circonstances alors si favorables, n'au* roit*-elle pu la conserver si longtemps, au défaut de la puissance militaire , si elle n'en eût trouvé les moyens dans sa puissance fédérative. La France avoit à cette époque, et vers le Nord et dans l'Empire, des alliés

puissants, et d'autant plus utiles, que, ne s'étant livrée exclusivement k aucun , elle les balançoit sans cesse les uns par les autres : mais ceci nous ramène à l'objet de * l'article suivant , et nous n'anticiperons point ici sur les détails et les discussions dont cette partie essentielle est nécessairement susceptible.

Concluons qu'aujourd'hui la France se trouve réduite à l'état le plus foible, relativement à la puissance militaire, et proportionnellement avec les autres cours , dont les entreprises et les projets, ou formés ou éventuels, doivent le plus exciter son attention et ses précautions.

Que de cet état d'infériorité il résulte pour elle : P la possibilité d'être engagée de force -ou de gré à des accès* siens et des garanties d'oii naitroient forcément des mesures offensives et ruineuses, et par conséquent l'impossibilité de conserver la paix ; 2'' la même impossibilité, si elle refusoit de se prêter à ces accessions et garanties , puisque la foiblesse de son état militaire présent pourroit tôt ou tard tenter ces mêmes cours de s'en prévaloir, ainsi que de leur supériorité à cet égard, pour exiger de la France, à main armée, ces démarobes qu'elle n'auroit pas voulu (aire.*i

Donc la situation actuelle de la France dans le système politique de l'Europe, relativement à la puissance militaire, est désavantageux, précaire, et même dangereux.

Son crédit, sa considération, sa dignité même, tout y est compromis, et en y restant elle ne sauroit espérer de recouvrer son rang à la tête des grandes puissances. Elle ne pourroit pas même se flatter de conserver l'égalité, et soit pour s'y maintenir, soit pour la rétablir, elle seroit forcée enfin de faire ou de soutenir la guerre. Donc, bien loin de lui assurer la durée et l'affermissement de la paixdont eUe jouit encore, cette situation l'expose à tous les

inconvénients d'une guerre entreprise ou soutenue par force et sans préparation. Donc, enfin, l'amour nuéme de la paix et ie besoin de raffermir imposent à la France la nécessité de faire un effort pour sortir de cette situation, et se remettre de niveau avec les autres grandes cours, relativement à la puissance militaire.

II. De la situation actuelU de la France dans le système politique , relativement à la puissance fédérative.

On croit avoir prouvé dansj'article précédent que la situation actuelle de la France relativement à la puissance militaire ne sauroit subsister encore quelque temps sans entraîner pour elle les malheurs d'une guerre directe ou indirecte, offensive ou défensive, et que, dans tous les cas,, elle la feroit ou la soutiendrait avec désavantage, parce qu'elle n'y auroit pas été préparée.

Prouvons à présent que la situation de la France relativement à la puissance fédérative ne l'expose pas moins aux mêmes inconvénients et aux mêmes désavantages; mais parcourons auparavant ses alliances existantes, et suivant l'ordre topographique.

A commencer par le Nord, nous n'en trouvons qu'une avec l'État le plus foible de cette partie de l'Europe, la plus onéreuse de toutes et la plus susceptible de compromettre notre tranquillité : c'est l'alliance de la Suède.

Jamais le danger n'en a été si prochain ni même si inévitable. Les mesures prises depuis longtemps pour donnera la Suède quelque degré d'activité et d'utilité ont été souvent mal conduites , mal dirigées. L'aberration de notre système politique, en 1756, les rompit pour un temps, et en fît prendre d'opposées. On y revint depuis avec plus de chaleur et de prodigalité que de combinai-

sons et de calculs. On fit beaucoup d'éolat, aucun progrès réel j enfin l'instant est arrivé.

Le projet de favoriser la révolution étoit sans doute noble, grand et digne du Roi; l'exécution a fait honneur autant à ses lumières qu'à sa générosité , et l'importance du succès ne peut pas être contestée*

Mais les premiers fruits de cette révolution seront nécessairement tardifs. Loin de songer sitôt à les cueillir, il faudra semer et cultiver encore longtemps. Il faut à présent conjurer l'orage tout formé et tout prêt d'éclater; ainsi le succès même a fait naître, pour le moment, un embarras de plus.

Il ne doit cependant pas nous rebuter : le premier pas est fait, et, dans cette carrière, on ne recule pas impunément. La gloire du Roi seroit compromise, non-seulen^ent à abandonner le nouveau monarque qu'il a honoré d'une amitié personnelle et paternelle, mais encore à le secourir foiblement.

Les, moyens indirects seroient sans doute préférables, et leur succès plus certain , si la France n'avoit pas laissé déchoir dans le Nord et en Allemagne sa puissance fédérative. La voie des négociations auroit suppléé à la force des armes, et du moins la médiation, l'intervention de notre unique alliée en Allemagne auroit dû nous tenir lieu de tous ces moyens. L'a-t-on demandée, exigée à temps? auroit-on osé nous la refuser* ?

Des conjectures là-dessus seroient trop vagues et trop incertaines. Nous traiterons dans la troisième section des moyens qui pourroient nous restera cet égard, ou de ceux

1 On ne sanroit se dissimuler qa'nprès le mystère que la cour de Vienne nous Bvoit fait de son alliance avec la Russie et la Prusse , elle a comblé la mesure de sa négligence pour la France , en ne s*occupant pas d'éloigner forage qui menace la Suède, quand même nous ne Taurions pas sollicitée de le faire : que seroit-ce si elle nous Tavoit refusé? (A,)

J^m LOUIS XV.

qui devroienl bientôt résulter des nouveiles combinaisons du syslème politique : suivons à présent l'ordre que nous nous sommes prescrit.

En Allemagne, nous avions (nous avons encore, si I^on veut) la cour de Vienne. Ce seroit aussi un sujet de conjectures où Ton ne peut que s'égarer, lorsque l'on n'est pas au courant des affaires. C'est à ceux qui en tiennent le fil, à juger si désormais nos liaisons les plus intimes avec cette cour pourront s'appeler une alliance.

Il semble, du moins au premier coup d'œil, que ce seroit un abus des termes. Une alliance suppose une com-> munautc d'intérêts, ou du moins de rapports entre eux, qui les concilie, les unit et les rend les mêmes. Les objets, il est vrai, peuvent en être différents, relativement à chacun des. alliés, mais non pas séparés, encore moins contradictoires. On laisse à penser si, du moins à présent, tel est le cas de notre alliance avec la cour de Vienne. Elle auroit beau nous protester^ « que ses sentiments sont toujours y> les mêmes à notre égard ; que sa ligue atroce avec la » Russie et le Roi de Prusse n'est qu'une déviation passan gère , où elle a été entraînée par les circonstances , un p courant qui l'emporte , mais qui nous la ramènera , pour n se livrer désormais uniquement à l'amitié, à la confiance )» qu'elle nous a vouée; que cette union forcée n'a eu » d'autre objet que de prévenir une guerre générale, dans » laquelle nous aurions été entraînés nous-méme nécesp sairement ; que si nous eussions voulu nous engager plus » avant et plus ouvertement dans les affaires de Pologne , p elle n'y auroit agi que de concert avec nous; mais qu'elle

< Tel est le langage de M. le prince de Kaunitz et celui de M. le comte de Mercy; mais il faut convenir que ces raisonnements sont plus spécieux que fondés en raisons, et il n'y auroit rien de plus aisé que de les détruire. — Voyez r Étude préliminaire, p. 176.

7T ne pouvoît s'en mêler toute seule sans se mettre à dos r> deux grandes puissances déjà pour ainsi dire en posses- » sion de ce royaume^; que voyant éclore les projets n d'agrandissement formés par le Roi de Prusse, elle » n'avoit eu d'autre parti à prendre que d'accepter les » offres qu'on lui faisoit pour le sien propre ; ^e c'étoit n l'unique moyen de maintenir l'équilibre , de conserver D la paix et de gagner du temps , pour remettre à loisir » toutes choses sur l'ancien pied d'mie communauté d'inj> téréts et de volontés entre les deux familles si étroitement 1» unies par les liens du sang. » Enfin tontes les autres phrases de protocole et d'étiquette, lorsque après avoir trompé un allié on veut se ménager les moyens de le tromper encore. U n'en seroit pas moins vrai que, par celte nouvelle alliance, la Pologne resteroit démembrée, l'Empire ottoman écrasé, le Roi de Suède peut-être détrôné; toute T Allemagne n'existeroit plus qu'à la dis* crétion et sons le bon plaisir de l'Empereur et du Roi de Prusse, en attendant les occasions de dépouiller chacun de ces princes l'un après l'autre.

L'Italie menacée et de l'oppression et de la tyrannie , sous le prétexte spécieux des droits de V Empire remain,

( M. le comte de Mercy a répandu dans le public que tout ce que sa cour a lût avec la Rossie et la Prnase avoit été communiqué d'avance à notre ministère, et que ce n'est qu'à notre refus de nous mêler des alTaires de Po» logne, que la cour de Vienne a été obligée de céder aux propositions de deux autres puissances, auxquelles elfe n'étoit pas en état de résister. Il a dit plue , ear il a prétendu que le Roi de Pmsso avoit communiqué au ministère autrichien des réponses de M. le dac d'Aiguillon, par leaqueUea ce ministre assuroit Sa Majesté Prussienne que la France étoit indifférente à tout ce qui se faisoit en Pologne, et ne regarderoit même pas comme le castu /œderis tout ce qui ponrroit arriver k ce sujet entre les cours de Vienne et de Ber-. lin. On né sauroit regarder ces allégations de M. de Mercy que comme une manière de disculper sa cour, étant impossible que M. le doc d'Aiguillon ait comnns des fautes aussi capitales , et d'où proviendroit tout l'embarras où il se trouve aujourd'hui. (A.)

et l'Europe entière soumise à l'influence de trois potentats réunis pour la subjuguer ou la bouleverser, on demande si c'est pour la France cette perspective d'intérêts communs, sans laquelle y nous l'avons dit, il ne peut exister d'alliance solide et durable.

La France, il est vrai, conserve au Midi ses alliés naturels, le Roi d'Espagne, et, du moins encore, le Roi des Deux-Siciles. Les mêmes liens du sang et d'intérêt com* mun peuvent lui acquérir un jour le Roi de Sardaigne : Venise, Gènes, et peut-être les Suisses, pourroient égalelemcnt être jetés dans ses bras par la crainte de l'Empereur; mais cette même crainte pourroit aussi les retenir (c'est le génie des républiques). EnGn tous ces alliés du Midi, présents ou futurs, ne sauroient influer, du moins de sitôt, dans le système du Nord. Nous parlerons ailleurs des motifs qui pourroient un jour et les y entraîner et les y rendre utiles. Mais dans la crise actuelle, on Ta déjà dit, ces alliés sont nuls. Ils sont pour le Nord et pour l'Allemagne comme s'ils n'existoient pas.

Le seul donc de nos alliés méridionaux qui se trouve engagé dans la querelle du Nord, et qui auroit pu nous y aider à y tenir la balance, c'est la Porte. On sait où elle en est réduite; et à cet égard, elle' s'est presque mise au même point que la Suède, c'est-à-dire de nous embarrasser pour le moment, et de ne pouvoir nous être utile.

La France cependant n'en est pas moins obligée, engagée d'honneur à soutenir le Roi de Suède, à favoriser les Turcs, au moins indirectement, et dans la négociation de la paix, puisque la guerre leur a si mal réussi; enfin à éviter, s'il se peut, qu'on ose exiger d'elle de ratifier*

1 On a répanda dans le public que la Prusse et la Rossio avoient déclaré quau prix de ceUe houleuse accession elles cousentiroient à assurer la Iranquillité de la Suède. 11 est fort à désirer que la proposition n*cn ait pas

par son accession et sa garantie la deslruclion de la Pologne ; et dans cette crise qui ne souffre plus de relard, elle n'a plus d'allié que l'Autriche. Quel fond pour tout cela nous reste*t-il à faire sur la couronne de Vienne, liguée comme elle l'est avec la Russie, connivente avec elle contre la Porte, et copartageante de la Pologne?

Qu'est-ce d'ailleurs qu'un allié unique, exclusif, exigeant, et qu'on ne peut pas contre-balancer par d'autres alliances ? Veut-il la guerre, il vous y entraine contre ceux qu'il opprime; ou il vous la fera, si vous osez vous refuser à ses projets les plus despotiques. Il faut opter alors entre l'offensive ou la défensive.

Nous l'avons avancé dans l'article précédent : si la France a joui une fois dans ce siècle d'une paix de vingt ans avec le Nord et l'Allemagne, c'est en partie à sa puissance fédérative qu'elle a dû ce rare avantage. Elle n'étoit pas alors réduite à un seul allié. Ménagée et recherchée par toutes les puissances, elle ne se livroit qu'autant et pour aussi longtemps qu'elle l'éprou voit Adèle à son amitié, surtout à Vintérêt commun. Ce lien (on l'a dit ailleurs, on ne peut trop le répéter) est le seul qui doive unir ou réunir deux puissances. S'il se relâche ou s'il se rompt, l'alliance ne subsiste plus de fait, quand même elle subsisterait encore de nom. Ce n'est plus alors qu'un contrat insidieux, frauduleux, dans lequel tous les avantages se trouvent d*un côté et toutes les charges de l'autre. Ajoutons que

été faite, de peur qu*elle n'eât été acceptée pour sortir momentanément d'embarras. Rien oe se roi t pins affligeant que d*étre réduit au point qu'on ose faire une pareille proposition à la France. Outre la honte qui en résulteroit enTacceptanï, n'est-il pas facile de prévoir que ce ne scroit qu'une suspension d'hostilités que la Russie accorderoit à la Suède ; qu'en attendant elle fomenteroit dans l'inlérieur de ce royaume des divisions qui lui foumîroient le prétexte de s'en mêler par la voie des armes , et de remplir le même objet du renversement de la constitution actuelle, et peut-être du démembrement de la Livonie et de la Poméranie, par des voies encore plos odieuses? {A,)

l^honneur, la dignité, la gloire, la sûrelé même de FuDje des deux puissances alliées souffriroîeni trop de la dépendance où elle se trouverolt par là des voloolés de Taulre; que celle-ci garderoit pour elle-même le profit, l'agrandissement, la domination, et ne laisserait à celle-là que l'épuisement, Tavilissement et la servitude.

Le traité de Londres (171G), la quadruple alliance (1718), avoient assuré à la France la paix et la tranquillité dont elle jouit pendant les premières années du règne du Roi. L'influence prépondérante de TAngleterre dans celte alliance fut le lien qui tint si longtemps* ensemble la France et l'Autriche. Dès que celle-ci entreprit de le rompre par le traité de Vienne (1725), celui de Hanovre (1726) en fit aussitôt la balance. Le traité de Séville ^1729) fut un nouveau contre-poids : mais enfin tous ces balancements soutenoient l'équilibre, et conservoient la paix. La France, réduite et livrée à l'alliance exclusive de l'Autriche, 'a-t*elle aujourd'hui de pareils moyens d'assurer sa propre tranquillité ?

Au contraire, il paroît que, depuis la ligue copartagéante^ cette alliance ne peut plus qu'entraîner la France dans des guerres directes ou indirectes, offensives ou défensives, mais toujours désavantageuses pour sa sûreté, parce qu'elle n'y seroit point préparée , et pour sa dignité, parce qu'elle n'y joueroit qu'un rôle ou forcé , ou passif, ou subalterne.

Donc la situation actuelle de la France dans le système politique de l'Europe relativement à la puissance fédérativc est désavantageuse, précaire, et même dangereuse.

Donc le crédit de celte première puissance de l'Europe, sa considération, sa dignité, sa tranquillité, sa sûreté même, y sont compromis.

Donc, loin de pouvoir conserver la paix en restant davan-

CORRESPOMDANGK SECRÈTE. 471

tage dans cette situation, elle s'y trouveroit de plus en j^ns exposée au nialheor de faire la guerre ou au cas forcé de la soutenir.

Donc enfin, l'amour de la paix et le besoin de l'affermir par des alliances puissantes, solides, et réciproquement utiles, impose à la France la nécessité d'un nouveau sys^ tème politique. C'est l'unique moyen de sortir enfin de la situation désavantageuse, périlleuse et critique où elle se trouve réduite relativement à la puissance fédérative.

11 est à peu près démontré que si la France a éprouvé, \ surtout depuis la dernière paix, une dégradation rapide de son crédit dans les cours de l'Europe , de sa considéralion, de sa dignité même; si, par un déplacement inouï, elle semble avoir perdu son rang à la tête des grandes puissances, pour ne plus jouer sur la scène politique qu'un rôle passif et subalterne , cette dégradation , ce déplace- y ment a été l'effet de deux causes principales :

L'affoiblissement de la puissance militaire;

La réduction de sa puissance fédérative en Allemagne et dans le \ord à deux alliances, l'une ancienne et l'autre nouvelle, dont la première lui est à charge, et la seconde, après lui avoir été longtemps onéreuse et ruineuse, lui est enfin devenue dangereuse.

Que pour sortir de ce danger actuel imminent, pour se mettre en état de conserver la paix et de l'affermir, pour rétablir son crédit dans les cours de l'Europe, sa considération , sa dignité même et sa prééminence, il ne reste à la France qu'un seul moyen :

Ce seroit de former et réduire en pratique on autre système de puissance militaire et de puissance fédérative.

On se propose de chercher, d'indiquer et de discuter, dans la suite de ce travail, les mesures à prendre pour ce nouveau plan. Mais , pour y procéder avec ordre et

méthode, il faut premièrement jeter un coup d'œil sur la position respective des autres puissances à l'égard de la France. De leurs différents rapports avec nous et entre ellesmêmes doivent nécessairement résulter de nouvelles combinaisons; et de celles-ci, les possibilités et les facilités dans la formation ou du moins dans le rétablissement de notre système politique. Suivons toujours Tordre topograpbique, et commençons par le Nord, pour faire de là le tour de l'Europe.

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