‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 1 sur 253 · PARIS HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR

RUE GARAACIÈRE. 10

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iNTRODUCTION.

La publication des documents que nous mettons sous les yeux du public aura pour résultat de modifier l'opinion que l'on a eue jusqu'ici de Louis XV. Nous avons essayé dans une Etude préliminaire de faire ressortir les notions nouvelles que fournit, sur le caractère et la politique personnelle de ce Roi , la correspondance secrète, jusqu'ici restée inédite et même inconnue, qu'il entretint pendant plus de vingt ans avec le comte de Broglie et avec Tercier. On apprendra, non sans étonnement, que Louis XV eut des idées politiques arrêtées; qu'il voulut fermement la liberté de la Pologne ; que l'alliance autrichienne fut son ouvrage ; qu'il s'occupa sérieusement du gouvernement, à l'insu de ses ministres et de ses maîtresses ; et qu'il eut un ministère secret, à la tête duquel était le comte de Broglie.

Aux lettres inédites de Louis XV, dont les aulcgraphcs sont déposés aux Archives de l'Empire, nous avons joint divers documents relatifs au ministère secret

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qui ont été publ it's dans cliinTonts ouvragées. Mous n'avons admis que ceux dontl'authenticité nous était démontrée; et, sauf quelques rares exceptions, le tout a été publié d'après les originaux.

Le lecteur aura donc sous les yeux l'ensemble de ce qui nous est parvenu de la Correspondance secrète. Chaque document est précédé de l'indication de sa provenance , seul moyen d'assurer à ces pièces une créance que l'on serait tenté de leur refuser autrement.

Outre les lumières nouvelles qu'elle nous donne sur Louis XV, la Correspondance secrète a une importance historique très-haute. L'ordre définitif qui doit régler l'équilibre européen n'est pas encore établi ; il était, dès la seconde moitié du dix-huitième siècle, dans l'enfantement ; et il y a entre la situation présente et l'état de choses constaté dans la Correspondance secrète des analogies qui fixeront l'attention des hommes d'Etat. On a dit que le passé était le miroir de l'avenir; si cette maxime est une vérité, c'est surtout pour l'histoire des relations des différents peuples entre eux.

Dès lors , les périls qui menacent l'avenir se dessinaient nettement: l'ambition de la Prusse, qui ne peut acquérir de consistance que par des conquêtes incessantes; la faiblesse de la Turquie; l'extension formidable de la Russie, qui s'étendait vers Constantinople; l'embarras de l'Autriche. Un instant le partage de la Pologne , qui est l'œuvre de Frédéric II , vint reculer le danger, en donnant à chacune des trois grandes puis-

INTRODUCTIOX. m

sances voisines ce que Louis XV appelait une part da gâteau ; mais ce partage devait un jour ou l'autre créer de nouvelles difficultés.

Cette situation lut vue et décrite avec la plus grande perspicacité par les hommes distingués qui prirent part à la Correspondance secrète, par MM. de Broglie, de Breteuil, Favier, de Vergennes, de Saint- Priest. Ces diplomates éminents, qui étaient animés d'un sincère amour delà France et de vues généreuses, ont cherché quels étaient les moyens de conjurer l'orage. Ce qui était pour eux l'avenir est devenu le présent, et a démontré la justesse de leurs vues. Ils ont donné franchement leur avis à Louis XV, qui n'eut pas la force d'en profiter; mais peut-être leurs lumières et leur expérience ne seront pas perdues.

Ce travail , où les intérêts actuels sont unis au charme singulier que l'on éprouve à explorer un passé inconnu, a été pour moi le délassement de travaux non pas plus sérieux, mais plus arides; il a occupé ce que j'appellerai mes loisirs, loisirs studieux, comme en sait faire aux archivistes placés sous ses ordres M. le marquis de Laborde, directeur général des Archives de l'Empire. Cet esprit élevé, qui a toutes les intelligences, a compris que les travaux officiels , tels que publications d'inventaires et de documents, classement d'archives, etc. , ne pouvaient contenter les archivistes qui vivent au milieu des richesses incroyables accumulées au palais Soubise. Il n'a pas voulu leur imposer le supplice de

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Tanlale; et conciliant ses devoirs de directeur général avec la syinpatliie que le savant accorde à ceux qui demandent à l'étude un aliment à l'activité de leur esprit ou un adoucissement à de cruels chagrins, il n'a pas voulu les traiter moins favorablement que les personnes qui viennent chaque jour consulter les Archives pour leurs études et leurs intérêts. En dehors des heures dues à l'administration , il les a conviés à profiter des trésors confiés à sa garde , non plus comme archivistes, mais comme hommes de lettres. C'est là une mesure libérale que l'on ne saurait trop signaler, qui sauvegarde tous les droits et tous les devoirs et impose silence à la malveillance, en donnant à l'archiviste vis-à-vis de tous l'assurance que sa conscience lui donne vis-à-vis de lui-même. Il n'a plus l'air de se dérober à son devoir; sous un contrôle légitime et avec toute la réserve que lui commande sa position, il use d'un droit, du droit au travail intellectuel, le plus noble , le plus désintéressé de tous.

Mais là ne se bornent pas les droits de AI. de Laborde à ma gratitude; il s'est créé des titres particuliers à ma reconnaissance, et il m'est doux de la lui témoigner publiquement , pour ces nombreuses marques de bienveillance et pour un de ces gages solennels d'estime qui élèvent un homme aux yeux de tous et le fortifient dans la voie du devoir et de l'honneur.

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