LES CORRESPONDANCES INTIMES
L'étude du dix-huitième siècle est à l'ordre du jour, non sans raison , car ce siècle fut une période de transition , d'enfantement, un champ de bataille entre le passé et l'avenir. II y a donc un très-grand intérêt à bien connaître les hommes qui représentèrent les éléments divers dont le choc devait amener la Révolution. A la tête de ceux qui personnifient le passé, est celui qu'on peut appeler le dernier roi de France, Louis XV, car le malheureux Louis XVI avait bien avant 1781) rompu avec l'ancienne tradition monarchique : il y avait en lui l'étoffe d'un roi constitutionnel. Louis XV , au contraire , avait reçu et conserva intacte cette vieille foi dans le droit divin de la royauté, qui plaçait le prince dans une sphère au-dessus de l'humanité et subordonnait les intérêts de la France à ce que les courtisans appelaient la gloire du Roi.
Louis XV a été sévèrement jugé, mais on a plutôt flétri l'homme que le Roi : on n'a fait attention qu'à son immoralité , au funeste exemple qu'il donna. On n'a pas recherché si le gouvernant fut aussi coupable ou aussi négli- I. i
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gcnl qu'il le |)araîl au premier abord. (îe juj^cuieul a élé porté à la fiu du siècle dernier, alors que le souvenir récent de ses vices, la faiblesse de sou successeur, la cataslrophe qui fit tomber dans le san<{ la dynastie des Hourbons, étaient autant de causes (pii empècbaient d'apporter dans l'appréciation de ce rè<rne unt; impartialité sullisanle; mais le temps semble venu de faire reprendre à la vérité ses droits. L'éloignement , la publication d'importants documents , l'élude de sources d'infonnations encore inédites, le progrès de la critique bislorique , et rcx()érience politique acquise depuis plus d'un demi-siècle, nous mettent à même de procéder avec plus d'indépendance et de sûreté à l'examen du rôle qu'a joué Louis XV.
Posons nettement l'étal de la question. S'il ne s'agissait que d'attirer de nouveau l'attention sur les boutes et les débauches de cette éj)oque, nous n'aurions point pris la plume. Il y a des images et des récits auxquels l'histoire ne saurait se complaire, même en les réprouvant, sans compromettre sa pudeur et sa dignité ; mais parmi les points obscurs que l'on peut éclairer, il en est qui sont susceptibles de donner satisfaction au désir inné dans les cœurs honnêtes d'envisager les hommes sous un jour moins défavorable et de faire en toute chose, si petite qu'elle soit, la partdu juste etdubien. Tel est le but que iiousnous proposons. LamémoiredeLouis XV gagnera certainement aux révélations qu'il nousfournira lui-même. Loin de nous toutefois la pensée de le réhabiliter : nous ne le voulons pas, nous ne le pourrions; mais, entre la réhabilitation qu'il serait téméraire d'essayer et la flétrissure dont on J'a marqué au front, il y a des degrés. Le jugement porté n'en restera pas moins acquis dans ce qu'il a de général et d'essentiel ; l'humanité serait bien à plaindre s'il en était autrement, et que pour peser un homme public à sa valeur il