‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 16 sur 253 · VI. — LE COMTE DE BROGLIE A M. JAKOBOWSKI · texte numérisé non relu

VI. — LE COMTE DE BROGLIE A M. JAKOBOWSKI

[Minute auiogr. Arch. de l'Emp. K. 1364.]

(Vers la fin de janvier 1755 '.)

Instruction pour diriger la conduitte de M. Jakubouski dans la mission dont il est chargé auprès de M. le comte Braniky.

L'ambassadeur du Roi à Dresden ayant reçu ordre de faire savoir à M. le grand général de la couronne les nouvelles marques d'attention que Sa Majesté vient de

1 Cette pièce, qui ne porte pas de date dans la minute qui est sous nos yeux, a été écrite à propos de l'envoi de M. de Vergcnncs àConstantinoplo, c'està-dire en janvier 1775. Nous lisons en effet dans les Mémoires du duc de Luijîies : i M. de Vergennes, neveu de M. de Cbavigny, a fait aujourd'hui son remerciement : il vient d'être nommé ministre plénipotentiaire à la Porte. Il remplacera avec un caractère différent M. des Alleurs. M. de Vergcnncs est encore jeune, mais il a beaucoup d'esprit, de mérite et même d'acquit : il a été forme par M. de Cbavigny, son oncle. Il était actuellement employé auprès de l'Electeur de Trêves, et avait été chargé des affaires de Erancc auprès du Roi d'Angleterre dans le dernier voyage que ce prince fit i Hanovre. D (T. XIV, p. 16.)

donner à ce qui peut intéresser la Pologne, il ne croit ne pouvoir charger personne qui soil j)lus capable de s'acquitter de cette commission que M. Jakubouski, connoissant son zèle pour le service du Iloi '. En conséquence, il le charge de partir le plustùt qu'il lui sera possible pour se rendre auprès de AI. le grand général, et de luy dire qu'au moment que Sa Majesté a été informée de la perte qu'elle vient de faire par la mort de M. le comte des Alleurs, craignant que ce fâcheux événement ne pijt diminuer l'utilité qu'on s'esloit proposé pour les intérêts de la république, à l'envoy d'un émissaire de la part de M. le grand général à la Porte, elle s'est déterminée sur le champ à nommer un ministre du second ordre pour se rendre sans délay à Constantinople et y attendre le nouvel ambassadeur qu'elle nommera, qui, à cause du cérémonial, ne peut s'y rendre sans des préparatifs, lesquels nécessairement prendront beaucoup de temps ; on laisse à M. Jakubousky, pour luy seul, et M, le grand général, que ce ministre est M, le chevalier de Vergennes, nepvcu de M. de Chavigny, qui est depuis longtemps employé dans différentes cours avec beaucoup de succès. Ce choix doit faire connaître à M. le grand général l'attention que Sa Majesté donne aux affaires du Levant, auxquelles celles de la Pologne sont si intimement liées, et qu'elle a eu principalement en veue les intérêts de cette république dans la prompte nomination d'un ministre à la forte, de qui M. Malsensky, qu'on suppose à la Cour déjà en chemin pour se rendre à Constantinople, puisse recevoir tout l'appuy et tous les secours qu'il auroit trouvés dans M. le comte des Alleurs. On marque positivement à l'ambassadeur que cet article est un des principaux points des instructions de M. de Vergennes, et que, par conséquent,

1 Sur M. Jacobovvslti, voyez ce nom à la Table.

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il doit rassurer M. le grand général sur les inquiétudes qu'on craint que la nouvelle de la mort de .AI. des Alleurs ail pu luy causer sur la direction de son envoyé. M. Jakubousky verra par cet exposé, qui n'est mot pour mol que l'extrait de la lettre de M, Rouillé, combien on avoit cru pouvoir compter sur les engagements de M. le comte Braniky, et l'attention qu'on donne à tout ce qui a rapport à la Pologne. Il est bien à désirer que des précautions aussy sages ne deviennent j)as inutiles, comme celaarriveroit si AI. le grand général négligeant ses propres intérêts et ceux de sa patrie, ne se déterminoit pas à imc démarche promise depuis bien longtemps, mais en dernier lieu de la manière la plus authentique, elle ne permet pas de douter que la petite incertitude dont on a esté instruit par AI. Buk, sera entièrement levée dès que M. le comte Braniky aura connoissance de cette nouvelle marque d'amitié du Roy pour la république et pour luy personnellement. Il paroît inutile d'exposer ici tous les justes motifs que Aï. Jakubouski a à alléguer à ce seigneur; il est mieux instruit que personne de touites les obligations récentes que les patriottes ont à Sa Alajesté. Il scait que, non contente d'avoir employé publiquement tous ses bons offices, et de s'être servi d'autres puissants moyens, quoique cachés, pour leur procurer l'advantage qu'ils ont remporté sur leurs adversaires, la confiance que le Roy a particulièrement dans M. le grand général l'a déterminé à faire passer par ses mains des marques de sa générosité pour captiver l'amitié du ministre distributeur des grâces; et quoy que les offres qui ont esté faites à ce sujet n'ayent pas été acceptées jusqu'à présent, il n'en exigent pas moins de reconnoissance. Ou croit ne pouvoir trop compter sur celle de M, le comte Braniky, pour qu'il soit nécessaire de l'animer en luy rappelant, ce qu'il scait

sans doiiKc mieux que |)crsonne, que son courage el son zèle pour sa pairie seroienl devenus des vertus inutiles, si la seureté de la protection et du secours d'un grand Roy ne luy avoit pas donné le moyen de les mettre dans tout leur jour et de jouer le j)lus beau rôle qu'aucun grand général ait jamais joué. Ce qui s'est passé celte année doit aussy détruire la crainte que AI. le grand général j)eut avoir de déplaire à Sa Majesté Polonoise en se servant de toulles les prérogatives de sa charge. Ce prince a dû connoîlre la droiture de ses intentions et de ses démarches, et si les minislrcs osoienl encore hasarder quelques reproches dans le genre de ceux qu'ils se sont quelquefois permis, il seroit facile d'y répondre de la façon la plus simple et la plus satisfaisante. D'ailleurs, M. le comte lîraiiiky doit cire certain que les ministres du Roy ne luy proposeront jamais rien de contraire à ce qu'il doit au Roy de Pologne, et qui sera utile et honorable à sa patrie et à sa charge. Il scait aussy combien les vues du Roy sont éloignées d'exciter le trouble dans aucun pays, et qu'elles ne tendent qu'à entretenir la paix et à procurer à ses amis et alliés la tranquille jouissance de leurs droits et privilèges. D'après ces principes connus et invariables, M. Jakubouski doit trouver beaucoup de facilité dans la réussitte de la commission dont il est chargé. Il n'en parlera qu'à madame la princesse Bolimoska avant son départ, à madame la grande chambclane, AI. le prince de Belli, M. Alokranousky et AI. de Buk , qui sont tous témoins des paroles réitérées qui ont esté données, et qui, estant extrêmement attachés à AI. le comte Braniky, ne peuvent que l'exciter, s'il en avoit besoin, ce qu'on ne croit pas, à donner une prompte satisfaction sur un article si dénié et avec tant de raisons.

On n'envoyé point de nouvelles lettres pour AI, de

ità

COlUlESl'OiXDAXCK SKCRKTK. 201

Vergenncs, dont M. Malsensky doive cstre porteur; celles qu'il a pour M. des Alleurs seront ouvertes par ee nouveau ministre, à qui, d'ailleurs, par la voyc de Vienne, on en récrit qui sont encore plus détaillées. Il ne paroîl pas non j)lus qu'il y ait rien à changer aux instructions de cet envoyé. La mort du Grand Seigneur exige seulement qu'en faisant mention dans la lettre au visir de la reconnoissance que les patriotles ont pour la Porte, on demande au nouveau Sultan la continuation d'une attention si utile à la réj)ublique.

Il ne reste plus qu'à recommander à M. Jakubousky de prendre les précautions nécessaires pour donner à son voyage tout autre prétexte que le véritable ; ses liaisons avec la princesse maréchale Sangusco luy en fourniront de très-vraysemblables ; le principal est qu'il parte sans perte de temps, et qu'après avoir exécuté sa commission, il revienne à Varsovie, où il trouvera M. Durand, à qui il en fera le raport. Il est aussy convenable qu'il rapporte le plus de connoissance qu'il luy sera possible sur tout ce qui se passe à Dubno, où il ne manquera pas de prêcher beaucoup de ménagements pour les ordinats et beaucoup de réflexion sur l'exécution de tous les ordres qui, directement ou indirectement, tendroient à la diminution des droits de la noblesse et de la liberté polonaises.

II ne doit pas non plus négliger de découvrir s'il est question de dietle extraordinaire, et les projets qu'on pourroit y avoir sur l'ordination. Il n'oubliera pas de répéter à nos amys qu'une dietle tenue sous le lien de la confédération est dangereuse pour le moment, et encore plus pour l'avenir par les conséquences, puisqu'elle tend à faire prévaloir la pluralité.

M. Jakubousky joindra à ces instructions générales tout ce que sa connoissance de la Pologne, son habitude des

affaires et son zèle pour le service du Roy pourront luy dicter.

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