‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 165 sur 253 · CCXXXVI. — LOUIS XV AU COAITE DE IJROGLIE · texte numérisé non relu

CCXXXVI. — LOUIS XV AU COAITE DE IJROGLIE

[Autogr. Arcli. cl* l'Enip. K. 157.]

La scituation actuelle de la Pologne me faisant désirer d'être instruit précisément de tout ce qui s'y est passé depuis l'interrègne, vous dires de ma part au général Monet qu'il vous communique les instructions et les lettres qu'il a reçues du duc de Prasiin, ainsy que ces réponses, de même qge ses lettres au comte Poniatosky, et les réponses qu'il en reçoit, pour que du tout vous en composies un extrait exact que vous m'envoieres.

A Clioisy, ce 29 aonst 1764.

CCXXXVIL — LOUIS XV A TERGIER.

[Aulogr. Arcli. de l'Eniji. K. 157.]

Ce .30 aoust, au soir, 1764.

Je trouve bon que vous voies M. de loronzof : mais bien secrellement '.

CGXXXVIII. — LOUIS XV A TEUCIER.

[Autogr. Arch. de l'Erap. K. 157.]

A Clioisy, ce 30 aoust 1764.

M. le duc d'Orléans a promis formellement sa fille à M. le prince de Coudé "". Si l'Impératrice en avoit voulu

^ \on le chancelier, mais son frère.

2 Ce mariage cul en effet lieu en 1770, époque où Louis-Joseph de Bourbon épousa Louise-Maric-Thérèse-Bathilde d'Orléans. Louis-Joseph est le prince de Coudé de l'émigration, père du duc d'Enghien. On sait assez. ([u& celle union ne fut pas heureuse.

pour le Roi des Romains, j'aiirois rompu par mon aulliorité le mariage du prince de Condé ; mais, pour M. Poniatosky, je ne le fairny certainement pas. Ce dernier a un frère à qui il doit donner le chapeau. J'avois trouvé bon que le feu Roi de PoIo<]ne donne sa nomination à l'abbé de Broglie ; celui-cy n'est pas tenu à cette promesse, et ne la confirmera certainement pas. Du reste, je douttc fort que l'archevêque de Cambray l'obtienne '.

* \ons donnons ici une loUre de ^I. de Hrojjlie à madame du Dcffand*, d'abord parce (jn'ellc éclaircit ccfle lettre de Louis XV, en outre parce qu'elle fait connaître les sentiments de AL de Broglie sur l'état où se trouvait alors la France.

« Ruffc'c , li octobre 1764.

I Un voyajje de plus de quinze jours que j'ai fait, Aladamc , à Rochefort, la Rochelle et l'île de Ré, m'a empêché de répondre plus tôt à la lettre charmante dont vous m'avez honoré , du 27 septembre. Je ne mérite rien , à aur cun égard, de tout ce que vous m'y dites d'obligeant; mais je n'en suis pas moins sensible à toutes ces marques de bonté.

j Vous n'êtes pas, lladamc, dans le cas des correspondances qui ont besoin de nouvelles pour être rendues agréables. Malgré cela , vous voulez bien compatir à la curiosité provinciale, et votre lettre m'a plus appris de détails de société, qui par là deviennent intéressants, que je n'en avais su depuis mon départ. Il me paroît que tout est dans l'ordre ordinaire, et que les événements qui amusent les spectateurs et font trembler les acteurs sont extrêmement rares. On n'en peut pas dire autant de ce qui regarde les l'itats. L'Impératrice de Russie continue à donner à l'Europe des spectacles qu'on n'auroit pas dû attendre d'une j)rincesse née dans des climats plus policés que la Sibérie : elle extermine la race des vrais souverains de son empire. Elle en donne un par la force à un royaume voisin , et elle ne regarde pas qu'une couronne puisse être mieux placée que sur la tète de celui qui a eu le bonheur de lui plaire. Si elle se croit obligée de traiter de même tous ceux qui ont eu ou auront le même avantage, il n'y en aura pas assez en Europe pour remplir cet objet. Alais ce qui me charme, c'est la patience avec laquelle tout le monde voit cette conduite, sans songer que cet événement et les suites immanquables qu'il aura vont donner une nouvelle forme à tout le Nord.

» Mais de quoi m'avisé-je de poliliqucr? C'est un reste de goùl du métier. J'espère d'ailleurs que vous me pardonnerez de songer encore à la Pologne,

' Correspondance de madame du DeJJand , éiiit. de M. de Lescure, t. I, p. 319.

CCXXXI\. — LOIIS XV A M. DE RRETEL'IL <.

[Flassaii , Hist. de la diplomatie, t. VI, p. ;j-2.").J

(AniM 1764.]

Monsieur de Brolcuil, j'ai reçu volrc lettre n" 5 du mois dernier, à laquelle étoit jointe la copie de voire correspondance avec mon ministre des affaires étrangères. Trois choses contenues dans cette expédition méritent une grande attention.

1" Les soins que la Russie se donne pour faire entrer \â Suède dans ses vues sur les affaires de Pologne ;

parce qu'il y a un cei'tain cliapcau que j'ai de la peine ù perdre de vue. Je ne sais si vous aurez appris que le Roi a bien voulu pcrinelfre à mon (Vèrc de solliciter la confirnialion de celte ;{ràce, et qu'en conséquence il a envojé son petit ambassadeur à Varsovie. Nous ignorons le succès de cette importante négocialion : nous avons la justice pour nous, mais c'est un faible avocat dans tout pays.

)i Je ne vous dirai rien de mou voyage sur les côtes; je n'y ai rien vu que d'affligeant pour une ànie françoisc et patriotique, ce détail ne pourroit cpic vous ennuyer; mais ce sera avec plaisir que je vous ferai le tableau de l'île de Ré, qui a l'air d'être un pays d'une autre domination. Pendant (pie la France se dépeuple presque partout, et que les campagnes y deviennent incultes et désertes, ce petit pays augmente à vue d'œil d'habitants; il n'y a pas grand comme la main de terrain qui n'y soit cultivé : tout le monde y est riche et content, il n'y a ni taille ni commis, et, pour coriible de bonheur, elle est gouvernée par le plus aimable et le plus respectable des hommes; il y est adoré; il est le jnge, le père, en vérité le souverain de l'île : il est obéi sans examen sur tout ce qu'il ordnmic ; enfin c'est un pays de délices, et où j'ai passé, ainsi que madame de iîroglie, une journée avec la plus grande satisfaction, l^e chevalier d'Aulan nous a reçus cent fois mieux que nuus ne le iiuiritions, si ce n'est par l'empressement que nous avions de l'aller voir. Xous avons beaucoup parle de vous, pour que rien ne manquât à notre comnnuic satisfaction. L'abbé porteur de celte lettre, et qui a été de notre voyage, vous fera un plus long détail, et il me promet de ne pas oublier de vous présenter les assurances de la rcconnoissance de madame de Rroglic, et celles de mon tendre et respectueux allacbcment. »

* Dépèche rédigée par le comte de Droglie. M. de Breleuil était ambassadeur de France à Stockholm, mais de ce poste il surveillait les l'îtats du Xord, surtout la Russie.

2° La manière dont le Sfolnick ' s'explique dans la lettre qu'il vous a écrite ;

3" La fernientation qui subsiste toujours en Russie.

Sur le premier article, je ne puis qu'approuver la réserve dans laquelle se lient le ministre suédois, en répondant au comte d'Ostermann -. Ce n'est point à une nation libre qu'on doit proposer de contribuer à l'asservissement d'une autre qui jouit du même avantage. Ces propositions doivent être encore moins favorablement écoutées quand elles viennent de la part d'une puissance qui a déjà fait connoître combien la liberté de la Suède la gène ; et les ministres suédois sont trop éclairés pour ne pas voir jusqu'oii tendent les vues de l'Impératrice de Russie : ainsi je ne doute pas qu'ils ne rejettent toutes les propositions qu'on pourra leur faire à cet égard. Je m'en rapporte à votre zèle et à la connoissance que vous avez de mes intentions pour leur faire sentir le danger que la Pologne court, et combien toutes les puissances voisines doivent s'y intéresser. Si j'ai rappelé de Varsovie mon ambassadeur, c'est qu'il n'étoit plus possible qu'il y restât témoin d'une assemblée aussi irrégulière et aussi illégitime que celle à laquelle le parti russe donne le nom de diète. Je ne continue pas moins à m'intéresser à ce qui regarde cette république ; ainsi la retraite de mon ambassadeur n'est point un abandon des affaires de Pologne : c'est, au contraire, une marque que je désapprouve publiquement tout ce qui s'y est fait. Le Stolnick a parfaitement justilié ce qu'il vous faisoit entendre sur les projets de changer. la forme du gouvernement, et les résolutions de la prétendue diète l'ont assez prouvé. Ce doit être un nouveau motif pour toutes les puissances de

1 Le comte l'oiiiatovvski.

- Ambassadeur de Russie en Suède.

CORRESPOXDAXCE SECRKTE. 331

s'inlcM'esser au sort des patriotes qui défendent leur liberté et leur conslitulion, qui ne peut être changée que par le concours unanime de la nation, et non parla seule volonté d'une puissance voisine, qui, dans ce moment-ci, n'a en vue que d'opprimer la république de Polojj[nc , afin d'étendre son despotisme dans le Nord.

Les circonstances présentes ne me permettent pas de faire encore partir le ministre que j'ai nommé pour résider à Pétersbourg '. Il seroit à désirer que la fermentation qui y règne produisît l'avantage d'arrêter les projets de rim])ératrice ; mais le temps est bien court, puisque nous touchons au mois où doit commencer la diète d'élection. Si cependant le parti russe entreprend de la faire contre les lois, et parce qu'il verra une partie des citoyens sans armes pour défendre leur liberté, cette élection, si elle a lieu, ne pourra jamais être qu'illégilime.

CGXL. — LOUIS XV A TICRGIER.

[Autogr. Arcb. de l'Emp. K. l.j".]

A Fontainebleau , ce 12 octobre 1764.

Hénin a ordre de venir icy, et il doit être parti : aiusy il est inutile de lui écrire la lettre dont je vous renvoie le projet que vous m'aves envoie.

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