‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 227 sur 253 · CCCVLI. — LOUIS XV .AU ROI DESl'Ar.XK · texte numérisé non relu

CCCVLI. — LOUIS XV .AU ROI DESl'Ar.XK

[Minute. .Artii. de l'Kriip. K. lii, n"18.]

|Kin (le décembre 1770.,

Le traité qui nou.s unit, mon cher frère, a été scellé entre nous ()ar le sang et l'amitié, et je me félicite trop de l'indivisibilité de gloire et d'intérêt qu'il a établi entre votre couronne et la mienne, pour ne j)as remplir avec le plus grand empressement tous les arrangements qu'il m'impose. C'est d'après la sincérité de ces dispositions que j'ai examiné avec une attention qui a été jusqu'au scrupule, le parli qui nous convenoit le mieux dans la situation présente de nos démêlées avec l'.^ngleterre; et c'est aussi d'après la confiance que m'inspire le retour des mêmes sentiments de la part de Votre Majesté, que je me suis flatté du juste égard qu'elle auroit et |)our les raisons que j'ai chargé mon ministre de déduire dans sa réponse à \l. de Grirnaldi '^, et |)our les conseils que mon amitié, mon expérience et notre intérêt comnnin m'engagent également à lui donner dans la mienne.

Notre vraie gloire, mon cher frè:e, car je ne sépare pas la mienne de la vôtre, consiste bien moins dans la promesse que vous exigez aujourd'hui des Anglois que dans la certitude des moiens que nous pouvons emploier de concert pour les forcer à nous faire raison dans le temps sur l'injustice de leurs, prétentions. Je considère que tous les

' Sur les circonslancos où celle leUrc et celle de la fin de janvier 177J furent écrites, inyez l'Etude préliminaire, p. 146. Contentons-nous de rappeler que M. de (^lioiseul excitait l'Kspagne à déclarer la guerre à 1' .Angleterre et voulait engager la i<'rance dans ce conflit.

- Alinislre du Itoi d'Espagne.

CORRKSPOMDAXCK Slir.HKTR. 41:)

avantages du délai sont on notre laveur : il m'est surtout ])lus particulièrement essentiel pour consommer les opérations aux nioiens desquelles j'ai déjà commencé avec succès à rétablir mes finances et me fournir par là des moiens de concourir aux vues de Votre Majesté et au bien de notre alliance avec une activité et une vigilance convenable à la dignité de ma couronne. Toutes les mesures que j'ai prises jnsqu'icy dans mes j)orts, sur mes côtes et dans mes colonies ne sont que de pure deffensive. Je dois même vous prévenir que ces mesures seroient forcément les seules que je pourrois prendre aujourd'buy, si contre mon espoir Votre iMajesté persistoit dans une résolution que je ne combats que j)our mieux assurer par la suite des succès que je désire aussi vivement qu'elle, et que la précipitation peut seule nous faire perdi'c.

La loi fjue vous voulez imposer aux Anglois blesse trop essentiellement la vanité de cette nation pour qu'elle puisse l'accepter. Je vous avoue qu'elle me paroît même en quelque façon contradictoire à la satisfaction que vous consentez à lui donner, et je vois que cette considération toute seule suffiroit pour vous porter à ne pas insister.

Mais le grand motif qui doit surtout déterminer Votre Majeslé à se désisterd'une cbose àlaquelle les Angloisattacbent au moins pour le moment présent la conservation de la paix, c'est que la preuve que vous donnerez par là de la sincérité de votre éloignement pour la guerre, nous laissera toujours les maîtres, quand nous croirons pouvoir la faire avec avantage , de faire valoir les droits dont vous vous réserverez toujours l'intégrité , quoique le fond de la question reste en compromis. Il dépendra de nous de choisir le moment, et c'est de ce moment bien choisi que dépendra le succès de la guerre que nous entre|)rendrons. C'est à celte réflexion si décisive que je conjure Votre

Majesté, mon cher cousin, de s'allacher j)rincipalemcnt, de la peser avec la plus jjrande allenlion, et en s'y rendant, de régler sur elle les nouvelles instructions que vous donnerez à vos ministres.

Les conseils que je vous donne sont ceux d'un parent, d'un ami, et d'un allié qui ne met aucune distinction entre ses intérêts et les vôtres.

Page 1