CCCXLII. — LOLIS XV AL COMTE I)K lîROGLIE
[Aulogr. Arcli. de l'Emp. K. 15" |
(^c 23 janvier 1771.
M. de Monteinar ' m'a parlé de la demande du baron de Breteuil. Vous qui êtes militaires, comment pouves vous adopter une telle demande? Je vois pourtant que vous ne la croies pas dans l'ordre des militaires et vous le lui avcs dit, et aves bien fait. Du reste, il est susceptible de toute autre grâces, mais il faut qu'il quitte toute intrigue et qu'il s'occupe uniquement des affaires de son ambassade et de me plaire.
CCCXLIII. — LOUIS XV AL ROI DESPAGXK.
[Minute. Aich. de l'Emp. K. 14-i, n" 18]
[Fin de janvier J77J .J
Monsieur mon frère et cousin, J'ai différé de répondre à la lettre de Votre Majesté, en date du 22 décembre dernier, jusqu'au retour du Courier que je lui avois expédié le 23 du même mois pour lui faire part de la nécessité des ckangemens que je m'étois déterminé de faire dans mon ministère ^. Je ne puis être
1 Ministre de la guerre.
- Ce fui le 24 décembre 1770 que M. de Choiscnl fut disgracié; on rapporte généralement la lettre suivante comme ayant été écrite par Louis XV' à celte occasion :
t Mon cousin, le mécontcnicment que me causent vos services me force
COHIJKSPOX'DAXCI': SECKKTK. 415
que pénétré du lelour de tendresse avec laquelle Voire Majesté répond dans la lellre du 2 de ce courant, à la confiance avec laquelle je lui ai exposé les embarras donmesliques que me causoient mes |)arlemenls, et lui faits les plus sincères remercîmens sur la vivacité d'intérêt qu'elle prend à l'intégrité de mon autorité et sur l'offre généreuse qu'elle me fait de son secours pour forcer, s'il étoit nécessaire, la désobéissance des malintentionnés. Je puis dès aujourd'buy assurer Votre Majesté que, sans être obligé de recourir aux moicns extrêmes, la nature des arrangemens que j'ai pris ramènera bientôt aux termes du devoir et de l'obéissance des corps qui s'en sont écartés bien moins par principes que par suggestions '.
à vous exiler à Cliantcloiip, où vous vous rendrez dans vingf-qiiatrc heures. .!c vous aurois envoyé beaucoup plus loin si ce n'étoit l'eslime partieulière que j'ai pour madame la duciiesse de Choiseul, dont la sanfé m'est fort intéressante. Prenez garde que votre conduite ne me fasse prendre un autre parti. Sur ce je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte jjarde. ;>
Le Hoi aurait écrit à îll. de Prasiin une leltre plus laconique mais encore plus dure.
a Je n'ai plus besoin de vos services et je vous exile à Prasiin, où lous vous rendrez dans vingt-quatre heures, i [lieprhée de Louis XV, t. I\ , p. 150.)
Voici, d'après M. de Flassan, la teneur véritable de l'ordre de Louis XV :
il J'ordonne à mon cousin le duc de Choiseul de remettre la démission de
sa charge de secrétaire d'Etat et de surintendant des postes entre les mains
du duc delà Vrillièrc, et de se retirer à Chantcloup jusqu'à nouvel ordre de
ma part. Lolis.
n \ersailles , le 24 décembre 1""0.
D Le duc de la Vrillière remettra les ordres ci-joints à MM. de Choiseul c! me rapportera leurs démissions. Sans madame de Choiseul, j'arrois envoyé son mari aulre part, à cause que sa ferre se trouve dans son gouvernement; mais il en usera comme s'il n'y éluit pas. Il n'y verra que sa famille et ceux que je permettrai d'y aller, n {Histoire de la diplomatie, t. \II, p. 17.) Cette dernière version est la véritable.
' Ce paragraphe fait allusion aux désordres causés par la suppression des parlements; on attribuait à l'étranger à ces événements une gravilé qu'ils n'avaient pas; l'offre faite par le Hoi d'Espagne à Louis XV est bonne à noter.
Les nouveaux ordres (juc Votre Majeslé m'annonce avoir donné à son ambassadeur pour faciliter le succès de la négotiation avec la cour de Londres est sa marque la plus essentielle de son amitié persoimelle pour moi et de l'al- 4acliemcnt qu'elle conserve [)Our la France. C'est avec la conformilé de ces senlinu'iis du j)lus tendre intérêt que je renouvelle à Votre Majesté les assurances cordiales d'un attachement plus lorl que toutes les obligations respectives que nous imposent les traités. Votre Majesté n'avoit pas besoin d'entrer avec moi comme elle l'a fait [dans sa lettre] du 22 dans une espèce de justification des démarches (jue nous avons faits de concert depuis la dernière paix jusqu'à l'époque des discussions présentes de l'Espagne avec l'Angleterre.
L'indivisibilité de notre gloire, ainsi quede notre intérêt, ne permetpasde mettre laplus petite différence entre voire cause et la mienne. C'est j)ar ce motif d'intérêt parfaitement commun (jue j'ai donné à l'otre Majesté le conseil que je ne halancerois pas à prendre poui- moi-même, en l'invitant à donner à l'Angleterre sa déclaration pure et simple sans exiger de cette couronne l'engagement d'une renonciation à terme fixé, comme elle s'étoit proposé de la faire demander par son ambassadeur à Londres. Ce seroit perdre le fruit de la prudence avec laquelle Votre Majesté a dissimulé jusqu'à présent tant de démarches et de prétentions injustes de la part des Anglois, que de ne pas encore remettre à s'en faire raison jusqu'au temps où on pourra se flatter de le faire avec sûreté et avantage. C'est à nous ménager cette vengeance éclatante et utile que nous devons mettre notre véritable gloire, et si qselque chose peut nous faire manquer cet objet, ce seroit de l'entreprendre avec précipitation.
J'adopte entièrement les idées très vraisemblables de
COIIHESPOMDAX'CE SKCRKTK. 417
Voire Majesté sur la possibilité (rime combinaison concertée entre l'Anj^leterre et la Russie, et je ne doute pas que les vues réelles de cette nation ennemie ne se porte sur le commerce cl les affaires du Levant; mais celte même considération qui fait le plus grand honneur à la perspicacité de Votre Majesté est à mes yeux un motif de plus pour vous engager à ôter à l'Angleterre le prétexte qu'elle cherche à nous donner par cet acte de condescendance politique le lemps nécessaire pour la consommalion des opérations navales de la Russie dans la Méditerranée, la retraite que les escadres russiennes feront alors de ces mers devant nous mettre à couvert d'une union dangereuse que nous ne pourrions pas empêcher aujourd'huy. Le Roi d'Angleterre s'est engagé à son Parlement de continuer ses armements même après le succès de la négotiation des îles Malouines : de notre côté nous continuerons les nôtres, et ce sera avec d'autant plus d'avantage de la part de la France, que la consommation des arrangemens que j'ai déjà fait pour le rétablissement de mes finances, me mettra à porter d'agir avec l'efficacité qui me convient et que je désire. Les cliangemens que je viens de faire dans mon ministère me meltronl audessus des obstacles que l'intérêt particulier d'ambition et de jalousie personnelle pouvoit élever contre le succès de celte importante opération. «
J'ai ordonné au marquis d'Ossun ' de mettre sous les yeux de Votre Majesté l'état actuel de ma marine et celui des mesures que je prends pour mettre mes escadres à porter de concourir efficacement avec celles de Votre Majesté quand le temps des opérations sera venu. J'empêcherai l'impression que pouroil faire dans les cours étrangères, et surtout dans les ennemies, le parti que j'ai pris
' Anibassadeiir de France à Madrid.
contre le duc de Clioiseul , non-seiilemenl en cliarfrcaiit mes an)l)assadeurs de déclarer dans toutes ces cours et dans loiilcs les occasions canibien les cngageniens du pacte de famille ' me sont chers et sacrés, mais j'ordonnerai de plus ici à mon ministre des affaires étrangères de le donner publiquement h connoîlre à tous les ambassadeurs et ministres résidant à ma cour. Ce sera surtout à la nature des forces et des moiens par lesquels je concourrai aux vues et aux j)rojets de notre alliance que Votre Majesté sera convaincue avec toute l'Europe de la sincérité et de la vivacité d'une union que je regarde avec Votre Alajesté comme faisant aujourd'huy notre sûreté mutuelle, et avec le temps fera notre gloire et le bien de nos roiaumes. Ces sentiments et ces espérances se réunissent et se confondent dans mon cœur avec ceux de la plus tendre et de la plus cordiale amitié.