‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 236 sur 253 · CCCLII. — LE COAITE DE BROGIJE A LOUIS XV · texte numérisé non relu

CCCLII. — LE COAITE DE BROGIJE A LOUIS XV

• [Aulogr. Arcli. de l'Emp. K. 157.]

Paris, 25 juin 1771.

J'ay l'honneur d'envoyer cy-jointesà Voslre Majesté trois expéditions de Vienne et trois de Varsovie qui sont arrivées presque en même temps; quoyque les unes et les autres contiennent des détails intéressants, elles n'annoncent encore rien de décidé sur la tournure que les affaires doivent prendre incessamment tant en Pologne que du costé de la Hongrie. J'y ai seulement veu avec peine la

confirmation des désaslrcs arrivés aux j)auvics conCédcrcs, dont je sonpeonne que l'ardeur du sieur Duniourier aura bien pu estrela véritable cause. Cet échec arrive bien mal à propos dans le début du ministère de M. le duc d'Aiguillon, qui m'en a paru un peu effarouclié; et j'ai bien peur qu'il n'en résulte l'abandon total de ces malheureux Polonois. J'ose cependant suplier Vostre Majesté de considérer les efforts qu'ils ont fait depuis trois ans sans estre secourus de personne, et le bon usage (ju'ils avoient fait du p»u de secours qu'ils ont reçu. Le sieur Duniourier cherche à rejeter son imprudence sur leur lâcheté, même, dit-il, sur la trahison de quelques-uns des chefs Quelqu'un qui connoîtroit mieux et les hommes et les affaires se seroit attendu à trouver de tout cela dans une multitude rassenir blée au hasard, et en conséquence, il ne se seroit pas commis vis-à-vis une milice nationale et enrégimentée. Le remède à tout cela ne seroit peut-être pas si difficile, si la cour de Vienne désiroit le bien de cette malheureuse nation, mais je soupçonne qu'elle l'aime mieux debellée que victorieuse; elle sera plus dans le cas de subir la loi qu'on voudra luy faire, et c'est là l'altitude oii ses ambibitieux voisins la désirent. C'est dans Vostre ALijesté, Sire, qu'est leur unique ressource. Le nouveau ministère ne sauroit connoître encore combien le sort de celte république est politiquement intéressant pour la France, et le nouvel ambassadeur qu'on nomme j)our Vienne le connoîtra encore bien moins; c'est ainsi que la Providence réunit toultes les circonstances pour la destruction de nos intérests et de nosfre sislème dans cette partie de l'Europe, etc. Le comte de Broglie.

J'ay eu l'honneur. Sire, de demander il y a quelque temps les ordres de Vostre Majesté au sujet du sieur Rossignol et de luy proposer de luy continuer le traittement

qu'il a sur la caisse secrette en considération des malheurs qu'il a éprouvés lorsque M. le duc de Choiseul l'a retiré de Russie, et à condition d'aider au travail de la correspondance lorsque les circonstances l'exi'jeront; je la suplie de vouloir bien me faire connoître sa volonté à cet égard, affin que je l'en instruise et qu'il puisse former son cstablisseracnt à Paris si sa présence y est nécessaire. Je suis, etc. Le comte de Broglie.

Au bas de la lettre, de la main du Roi. J'approuve ce que vous proposes pour le sieur Rossignol.

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