‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie (volume 3)Chapitre 237 sur 253 · CCCLIII. — LE COMTE DE BROGLIE A LOUIS XV · texte numérisé non relu

CCCLIII. — LE COMTE DE BROGLIE A LOUIS XV

[Aùtojjr. Arcli. de l'Enij). Iv. 157.]

A Paris, le 12 juillet 1771 K

Sire, J'ay l'honneur d'envoyer cy-joint à Votre Majesté l'extrait des dépêches de M. le chevalier de Saint-Priest avec le projet d'une réponse à cet ambassadeur, ainsy que d'une pour M. Durand. Je désire qu'elle daigne y donner son approbation et je la suplie de vouloir bien me les renvoyer. J'ay vu, Sire, au dernier voyage de Choisy, M. d'Usson," qui m'a dit que M. le duc d'Aiguillon lui offrait l'ambassade de Pologne lorsque la paix seroit faille, et en attendant, de luy donner la place de ministre à la cour de Saxe. Cette destination me paroît rendre nécessaire d'admettre M. d'Usson à la correspondance secrette ; car il ne sauroit aller en Pologne sans trouver différentes traces de cette correspondance ; je ne pense pas , d'ailleurs, qu'il y ait aucun danger à la luy confier, car il n'a

' L'origiual porte 1761; mais c'est im lapsus.

- M. d'Usson n'alla ni en Pologne, ni en Saxe : le seul représentant officiel de la France en Pologne était M. Gérard à Dantzick.

plus de liaisons particulières avec aucuns des minisires, et je le crois d'ailleurs capable de lidélité ; mais comme dans tous les cas il ne sera nécessaire de luy faire connoitre les intentions de Votre Majesté qu'au moment de son départ , j'attendray qu'il soit prochain pour lui demander ses ordres à cet égard.

La manière dont il luy a plu de me parler déjà plusieurs fois de mon voyage à Ruffec ne me permet })as, Sire , de douter que Vostre Majesté ne l'approuve. Je compte m'y rendre aussytost après son départ pour Compiègne; je suis convenu avec M. le baron de Breteuil qu'il me donneroit advis du temps qu'il sera dans le cas de partir, affm que je puisse luy préparer ses instructions. Je seray même toujours prest à revenir les concerter icy avec luy si les circonstances l'exigent, ou si ses ordres me le prescrivent. J'ose me flatter qu'elle me rend la justice d'estre persuadée de mon empressement à les exécuter.

Je n'ay pas pu apprendre encore si elle avoit eu la bonté de se décider sur la place que la retrailte de madame la duchesse de Boufflers rend vacante ' ; je la suplie de se rappeller que je ne l'ay demandée qu'après en avoir obtenu la permission. Je me doutois bien que madame la Dauphine^ voudroit en disposer elle-même; j'ay pris, Sire, la liberté de vous proposer le moyen de lever l'obstacle que cette princesse met à la nomination de madame de Broglie. Si Vostre Majesté daigne l'accepter, elle comblera de ses bienfaits un sujet qui désire avec passion de les mériter, et qui voudroit connoitre les moyens de luy plaire pour s'en occuper sans cesse. Je laisse avec la plus respectueuse confiance la décision de cette alfaire entre ses mains, sans vouloir la fatiguer par aucune importu-

* Voyez la lettre du Roi du 23 avril précédeut. - Maric-Antoinctle.

nité. S'il lui |)laît d'alUicher madame de Broglie à madame la Daiipliine, elle se rendra sur-le-champ à son devoir, et j'ose l'assurer qu'elle n'aura jamais à se repenlir de ce ciioix, dont nous aurons l'un et l'autre une éternelle reconnoissance.

Je suis avec la plus |)arrailte soumission et le plus ])ro- Ibnd respect, Sire, de Vostre Majesté, le très- humble, très-obéissant et très-Odèle serviteur et sujet.

Le comte de Broglie.

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