XCIX. — LOUIS XV AU CHEVALIER D'ÉO\ K
[Flassan, Hisl. delà diplomatie, f. \I, p. 190]
Sieur d'Éon, des raisons particulières, jointes à la confiance que j'ai dans le zèle pour mon service et dans les talents du baron deBreteuil, mon ministre plénipotentiaire auprès de l'Impératrice de Russie, m'ont engagé à lui donner connaissance des correspondances directes que j'ai eues jusqu'à présent en Russie, inconnues à mon ministre des affaires étrangères et à mon ambassadeur. Il est
1 LcUre rédigée par Tercier et .M. de Broglie.
CORRKSPO.VDAX'CK SECRKTK. 249
iaslruil aussi que vous avez élé admis à ce secret, soil pour me faciliter la correspondance, soit pour me faire passer en droiture les particularités que vojis jujfcrez devoir être mises sous mes yeux. Votre exactitude à vous acquitter de ce devoir, aulaiil que votre situation et la distance des lieux ont pu vous le permettre, nrassure que vous me donnerez de nouvelles preuves de votre zèle pendant le séjour du baron de Breteuil à la cour de l'étersbourg. Je lui ai fait savoir que mon intention est que vous restiez auprès de lui en qualité de secrétaire pour travailler sous ses ordres seulement à celle corres|)ondance secrète. Vous aures trois mille livres d'aj)pointcments du ministre des affaires étrangères ; je vous ferai tenir tous les ans, à commencer de cette année, deux cents ducats que j'ajouterai à vos appointements ordinaires pour vous marquer ma satisiaction des services que vous m'avez rendus et que je compte que vous continuerez à me rendre.
Vous donnerez au baron de Breteuil toutes les notions que vous avez acquises sur le caractère de l'Impératrice de Russie, de ses ministres et de ceux qui sont employés dans les affaires, avec le plus d'exactitude que vous le pourrez, observant d'éviter également la partialité et la prévention. Vous y ajouterez vos réflexions sur la conduite que l'on a tenue depuis le commencement de la guerre jusqu'à présent, sur ce que vous croirez qu'on aurait pu faire pour le succès des vues de la cause commune et sur ce qui peut l'avoir retardé. Vous rassemblerez le tout dans un mémoire que vous lui remettrez et dont vous m'enverrez une copie chiffrée par la première occasion sûre ; enfin vous lui renietterez tout ce que vous jugerez, soit par le passé, soit pour l'avenir, être utile au bien de mon service. Vous attendrez cependant qu'il vous fasse part de ses instructions secrètes, afin d'en prendre copie et de lui
dire en conséquence ce que vous penserez sur les moyens les plus convenables de les suivre avec succès. Elles doivent faire votre rèj^ie dans tout ce que vous direz tant sur ce qui a été lait que sur ce qu'on doit faire.
Cette marque de confiance que je donne au baron de Breteuil est une preuve de la persuasion où je suis qu'il exécutera mes ordres avec autant de zèle que de capacité. Malgré la sincérité de ses intentions dont je ne doute nullement, il peut cependant arriver qu'il se trompe sur le choix des moyens de remplir l'objet de mes instructions secrètes, vous lui exposerez avec déférence votre sentiment.
De la main du Roi :
Approuvé, le 7 de mars 1760.