‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de BroglieChapitre 25 sur 58 · CCCLXXVII. — LE COMTE DE BROGLIE A LOUIS XV · texte numérisé non relu

CCCLXXVII. — LE COMTE DE BROGLIE A LOUIS XV

[Autogr. Arch. delEmp. 1\. 157.]

A Riiffec , le 2 mars 1774.

Sire, Je supplie Vostre Xfajesté de me permettre d'avoir l'honneur de l'entretenir un moment au sujet du sieur Dubois-Martin'. Elle n'ignore pas que, dans le courant

• Favier était encore détenu à la Bastille.

- Secrélaire du comte de Droglie chargé de la réception et de l'expédition de la correspondance secrète, ainsi que de la niuiiuteution des fonds affectés à cet objet.

(le riiisfiuclion l\h procès des personnes mises à la Bastille, il a souvent esté question de laive arresler cl décréter le sieur Dubois-Martin, qui s'est trouvé compromis dans cette procédure, pour avoir reçu les minuties du sieur Favier ' des mains de son laquais. Il a eu Tlionneur dans le premier moment d'en rendre compte à \ oslre Majesté, ainsy que des motifs qui l'avoient engagé à les recevoir, affin d'empescher qu'ils ne tombassent entre les mains des commissaires et ne dévoilassent le secret de Votre Alajesté.

I)ej)uis ce moment. Sire, le sieur Dubois-Martin a eu le glaive de la justice et, ce qui est j)is, celuy de l'animosité et de la prévention suspendu sur sa tète, et il n'a pu estrc préservé des plus cruelles inquiétudes. De cent secrétaires qui se seroienl trouvés dans cette situation qui pouvoit luy faire craindre d'cstre à tout moment enfermé pour le reste de ses jours, il n'y en a peut-être pas deux qui eussent résisté à la tentation de se mettre à l'abry de l'orage et ])eut-être de s'asscurcr des récompenses et la bienveillance de ceux dont au contraire il avoit tout à craindre : au lieu de céder à des sentiments de foiblesse qne tous les exemples qu'il voyoit devant luy, à commencer par le mien, pouvoient lui ins|)irer, il a redoublé. Sire, de zèle et d'activité. Il s'est trouvé seul chargé de ton lie la besogne des chiffrements et déchiffrements dont il est accablé : il ne s'est occupé qne de donner des marques de courage et de fidélité, et quoyque privé du soutien qu'il auroit trouvé dans ma présence, et accablé des coups qui m'estoienl portés, il ne cesse de donner l'exemple d'une fermeté et d'un attachement à ces devoirs à ton lie espreuve.

Je crois remplir le mien , Sire, en siipliant Vostre Ma-

' Ces mémoires de Fiuier, ce sont les fameux mémoires intitulés Conjectures, (|u'on a lus plus haut.

GORRESPOXDAXCE SECRÈTE. 375

jeslé de me pernietde de luy dire qu'elle est inslriiitle de cette conduitte, qu'elle daigne en est: e salistailtc, et qu'elle veut bien lui asseurer un traillemenl de si\ mille livres ])ar an, à commencer du premier de ce mois. J'ose esp;'rer qu'Elle ne désap])rouvera pas que j'aye rompu le respectueux silence que je ga -de depuis longtemps en faveur de touttes les personnes opprimées, pour offrir à son cœur bienfaisant l'occasion de récompenser une conduitte qui dans toutes les classes de ses sujets doit également luy estre agréable. Je suis, etc. Le comte de Bboolie.

CCGLXXVIII. — LOUIS XV A M. DIRAM).

[Autogr. Arcli. de l'Emp. K. 15".]

Monsieur Durand, tout ce qui est arrivé au comte de Broglie ne doit pas vous effraier : il m'a envoie les lettics que vous lui aves escrite les 1 1 et 14 décembre dernier, contenant, comme par Je passé, tout ce dont je vous ay chargé. Ce billet vous sera envoie en chiffre par lui. \ os services me sonts toujours agréables. Louis.

A Versailles, ce 20 mars 1774.

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