‹ Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de BroglieChapitre 38 sur 58 · CCCG. — LOUIS X\I A M. DE VERGENNES · texte numérisé non relu

CCCG. — LOUIS X\I A M. DE VERGENNES

[Autogr. Arch. de l'Emp. K. 164.]

Versailles, ce 26 janvier 1775 ^.

Je vous renvoie, Monsieur, la note de d'Eon. Je n'ai jamais vu pièce plus impedinente et plus ridicule ; s'il n'avoit pas des papiers importants, il faudroit l'envoyer promener; et, comme vous pensez, il faudra emploier bien mal douze mille livres à lui faire garder le secret, qui sera moins important plus il s'éloignera".

* L'original porte 1774: c'est un lapsus.

- La remise des papiers de d'i'lon fut négociée par Beaumarchais. On peut voir les détails de cette négociation dans les Mémoires du chevalier d'Eon , par M. Gaillardet, et par W. de Loménie dans ses Mémoires sur Beaumaj'chais. .Vous donnons l'acte officiel constatant la remise 'des papiers de la correspondance secrète qui étaient entre les mains du chevalier d'Eon. Le grand secret du chevalier n'était autre que celui de sa mission en Angleterre pour préparer un projet de débarquement dans ce pays.

(^ De par le Roi.

» Sa Majesté étant informée qu'il existe entre les inains du sieur d'Eon de Bfeaumont plusieurs papiers relatifs aux négociations et correspondances secrètes tant avec le feu Roi son très-honoré aïeul , qu'avec quelques-uns de ses ministres d^État ; et Sa Majesté voulant faire retirer lesdits papiers, elle a pour cet effet donné pouvoir et commission par ces présentes au sieur Pierre Augustin Caron de Beaumarchais de se transporter à Londres pour y traiter de la recherche de toutes les pièces et papiers dont il s'agit, les retirer des mains ou dépôts où ils pourront se trouver, s'en charger, les rapporter en France et les remettre au pouvoir de Sa Majesté. Autorise Sa Majesté le sieur Caron de Beaumarchais à prendre à ce sujet les arrangements et à passer tous actes qu'il estimera nécessaires, enfin à imposer pour l'entière exécution de sa commission toutes les conditions que sa prudence lui suggérera , Sa Majesté voulant bien à cet égard s'en rapporter à ses lumières et à sou zèle. Et pour assurance de sa volonté, Sa Majesté a signé de sa main le présent ordre, qu'elle a fait conirc-signer par moi, conseiller secrétaire d'État et de ses commandements et finances.

• A Versailles, le 25 août 17"75.

1) Loiis.

D Gravier de Verge.vxes. »

s Le 4'^ jour de novenil)re 1775, tous les papiers contenant les minutes et

Je vous envoie aussi la lettre pour le Roy d'Espagne (où j'ai joint un compliment sur les couches de la Reine de Naples et sur son indisposition qui n'a pas eu de suite), avec celle en réponse au Roy de Sardaigne. Je ne sçai pas s'il est d'usage de répondre tout de suite ; vous la garderez s'il ne le faut pas; vous pensez bien que je ne refuse pas sa demande.

Vous recevrez avec les lettres ordinaires une de M. de Bernstorf, qui n'a pas laissé tombera terre l'apostille sur les faucons; une du baron au bailly de Breteuil que je vous envoie pour que vous voyez ce qu'il dit du cardinal Albani; et une autre enfin du coadjuteur, qui m'a paru très-extraordinaire ; il y a des chiffres que vous tâcherez de trouver, et vous y reconnoîtrez toute la hauteur et la fatuité de son auteur. Louis.

CCCCI. — MÉMOIRE DE MM. DE VERGEXXES ET DU MU Y A LOUIS XVI SUR L'EX.^MEN QU'ILS AVAIEXT FAIT PAR ORDRE DU ROI DE LA COXDUITE DU COMTE DE BROGLIE RELATIVEMENT A LA

[Minute. Arch. de l'Emp. K. 164.]

3 février 1775.

Sire, En conformité des ordres de Votre Majesté , les comtes du Muy et de Vergennes ont eu deux conférences avec

originaux de la correspondance ministérielle pendant l'ambassade de M. le duc de Xivernais et pendant le ministère du chevalier d'Kon , les dépêches, lettres, mémoires, notes et instructions des ducs de Choiseul et de Praslin, des ministres de la cour d'Angleterre, plus les minutes des lettres du chevalier d'Eon avec le roi Louis XV de 1762 à 1774, m'ont été remises fidèlement.

ï Pour quittance , » Caron de Beaumarch.iis. d

Mémoires du chevalier d' Eon , t. II, p. 359, d'après l'original déposé aux Alïaiics étrangères. ,

CORRESPOXDAXCE SECRETE. 447

M. le comte de Broglie , la première le 27 du mois dernier, et la seconde le 1" de celui-ci.

Nous ne pouvons, Sire, rendre à Votre Majesté un compte plus exact des matières qui y ont été traitées, qu'en prenant la liberté de mettre sous ses yeux les mémoires que M. le comte de Broglie nous a présentés pour servir d'introduction à l'examen des matières qui ont fait l'objet de notre travail.

M. le comte de Broglie n'ayant eu d'abord part à la correspondance secrète, et n'aiant été depuis chargé de sa direction qu'en vertu des ordres secrets et bien constatés du feu Roi, il n'est pas dans le cas d'établir sa justification ; mais si Votre Majesté daigne jetter les yeux sur ses mémoires, nous sommes persuadés qu'elle y remarquera avec satisfaction que sa conduite, loin d'avoir donné lieu aux reproches et aux imputations qu'on a pu lui faire, n'est susceptible que d'éloges. En effet, autant que les vues qu'il étoit chargé de soigner étoient louables et intéressantes, autant la prévoyance, la dextérité et la science dont il a fait preuve dans l'exécution , semblent devoir lui mériter les bontés de Votre Majesté.

Xous osons suplier Votre Majesté de lire avec une attention particulière le mémoire coté numéro 2 : il renferme un plan bien combiné de débarquement en Angleterre. Xous souhaitons que Votre Majesté ne soit jamais dans le cas d'en faire usage, mais dans le besoin il pourroit être d'une grande utilité. C'est pour cet effet que, quoique Votre Majesté nous ait donné l'ordre de brûler tous les monuments delà correspondance secrète, nous la suplions trèshumblement de nous permettre d'en excepter un travail dont on ne peut se flatter que l'aplication ne deviendra pas indispensable au moment peut-être où on s'y attendra le moins.

448 LOLIS XV.

Nous suivrons successivement et le plus promtement que nos occupations pourront nous le permettre, tous les autres objets qui ont trait à la correspondance secrète, afin d'en faire raport à Votre Majesté , et de pouvoir lui annoncer que ses Ordres ont été exécutés avec tout le zèle et toute l'exactitude qui dépendent de nous. Nous ne pouvons, d'ailleurs, Sire, que nous louer des facilités que nous éprouvons de la part de M. le comte de Broglie pour l'expédition de ce travail.

Nous sommes avec le plus profond respect, etc.

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