TOME II
626 CORRESPONDANGH SECRÈTE.
On craint que les malades prussiens <|!:i restent m France ce communiquent leur maladie : c'est, dit-on, une dyssenterie d'une espèce contagieuse.
On projette de grandes économies. On simplifiera les frais d'administration; peut-être supprimcra-l-on les frais du culte et ceux de la justice, en exceptant seulement la justice criminelle.
LETTRE TJIEXTE-SEI TIÈAIE.
De Paris, le 2 novembre 17(.)2.
Un orateur, en voulant remonter à la source des agitations, a proposé hier de s'occuper du procès de Louis XVI. Cette grande affaire est ajournée à mercredi prochain. L'opinion publique est que ce jugement se terminera d'une manière sanglante. Aï lis la discussion peut faire changer la disposition des esprits. C'est toujours mon espérance. « Suivant la loi, nous n'avons pas plus le droit de le bannir que de le conduire à l'échafaud » , disoil dernièrement un député, et Eh bien, lui répondis-je, eondamnez-le à être simple citoyen, avec la liberté d'aller où il voudra, et so\ ez sûr qu'il s'expatriera de lui-même, et vous lui donnerez me une garde pour le conduire aux frontières, lorsqu'il aura fait ce choix. »
Marie-Antoinette présente une question bien différente. Elle n'est pas hors la loi, mais d'un autre coté elle est moins coupable, au jugement de ceux qui ont vu bien des pièces, et il est possible qu'il n'y ait pas assez de preuves pour la convaincre de conspiration, d'autant plus qu'il paroit qu'elle n'étoit pas d'accord avec les frères du Roi , qu'elle les craignoit, et qu'elle ne voiiîoil pas une révolution telle que ces princes françois la méditoient. Si la Convention se constitue en jury, comme il y a assez d'apparence, il faudra que Louis XVI, sa femme, peut-être sa sœur; comparoissent à la barre. J'ai déjà entendu dire à bien des gens qu'ils ne resteront pas à Paris lors du jugement : ils sont persuadés qu'il excitera bien des troubles.
Je crois avoir dit qu'on avoit arraché le ci-devant prince royal des bras de sa mère et de sa tante, pour le remettre avec son père. Si on en juge par le rapport du citoyen Charbonnier, un
des commissaires du Temple, les motifs de celte séparation sont que ces deux femmes sont très-méchantes , et ne pouvoient inspirer à cet enfant que de mauvais principes.
Les Jacobins veulent culbuter Roland, qu'ils appellent le ce ministre pleureur » , et disent qu'il rentrera bientôt dans la nullité dont sa femme l'a fait sortir. Si sa femme étoit son conseil, comme le prétendent ses ennemis, elle ne lui donneroit pas celui de s'exposer au poignard des agitateurs.
Les frères moraves de Hollande et d'Allemagne , une société angloise de quakers, doivent s'établir en France. Les premiers sont adressés à Clooiz, et les derniers à Grégoire, évèque de Blois.
La crainte d'une troisième révolution a déjà fait partir de Paris beaucoup de citoyens depuis huit jours. On estime ce nombre à deux mille personnes. Cette révolution n'est cependant pas aisée. Les agitateurs paroissent le sentir, ils savent que dans Paris et les environs il y après de quarante mille militaires, dont une majeure partie à la disposition du conseil exécutif et de la Convention. Les quinze cents à deux mille Marseillais imposent, et donnent beaucoup d'énergie à leurs députés Rebecqui et Barbaroux. Ce dernier travaille de concert avec le ministre Roland depuis près de huit jours. Marat est caché. On pense que c'est par la crainte du décret d'accusation. Mais ne seroit-ce pas aussi dans l'espérance d'exciter le peuple, sous prétexte qu'on le prive d'un de ses meilleurs défenseurs?
LETTRE TRENTE-HUITIÈME
De Paris, le 9 novembre 1792.
Cette semaine, les patrouilles ont marché pendant le jour. Cependant Paris est assez Iranquille; l'agitation n'evisie que dans les Maratisles, les Robespierrets, enfin les anarchistes, qui vouloient donner une nouvelle secousse à celle ville, dont la masse énorme ne peut être soulevée par une poignée d'agitateurs, ou, si elle l'étoit, ce seroil pour les émiser par son poids. Ils cherchent un levier assez long qui touche tous les citoyens, et leur point d'appui est le jugement de Louis \V 1. Ouel qu'il soit, ils se proposent d'en tirer parti. Si le glaive de la loi ne peut Fal-
teindre, voilà un grand moyen d'insurrection. S'il est condamné, ces factieux chercheront à apitoyer le peuple et à vouloir sauver- Louis Capet. Si vous douiez de celle dernière assertion, je vous citerai l'autorité de Péthion, celui (jui connoit le mieux la capitale et les ressorts que Ton fait jouer pour la mettre en mouvement. Dans son discours qu'il vient de faire imprimer sur l'accusation intentée contre Robespierre, il en prévient la Convention, et prétend qu'il n'y a plus à présent qu'une cause aussi majeure que celle du jugement de Louis XVI qui puisse occasionner un mouvement général.
Un Anglois, arrivé hier à Paris, m'a dit avoir été arrêté à Douvres pendant trois semaines par ses parents et ses amis, parce que les lettres de France annonçaient qu'on s'égorgeoit à Paris. Voilà comme on est instruit en pays étranger de la situation de Paris. Les étrangers peuvent y venir sans aucune crainte. Je ne puis en donner une meilleure preuve, c'est que Marat luimême désespère de faire renaître les scènes des 2 et 3 septembre; il a abandonné ce moyen. Il est vrai qu'il a dressé d'autres batteries : il veut dépouiller les riches pour enrichir les pauvres, et prétend que la Fiance ne sera heureuse que lorsque les propriétés auront changé de maîtres.
La Convention nationale n'est pas plus épargnée que Roland, et dans les placards qu'on affiche journellement, Hébert, commissaire du Temple , s'exprime ainsi : « Cette Convention si vantée marche comme les écrevisses; une poignée de fripons y jette le désordre, au lieu de faire le bonheur de la nation. Elle va lui donner le coup de grâce , si la nation ne se redresse encore une fois pour exterminer tous les traîtres. Le plus difficile à écorcher, c'est la queue. Maintenant qu'il n'y a plus à reculer et qu'il faut faire sauter le pas à l'ivrogne Capet, tous les capons saignent du nez. Quoi! disent-ils, nous jugerions un roi! Que diront de nous les autres nations, si Louis le traître est raccourci ? »
On débite déjà que Linguet, dont on ne parle plus depuis longtemps, sera le défenseur de Louis Capet : peut-être ce bruit tient- il à l'opinion qu'on a des talents de Linguet, ou à celle que c'est un avocat de mauvaises causes.
Quelques royalistes disent qu'on a contrefait avec une griffe la signature de Louis XVI dans les pièces qui sont contre lui ; mais cette absurdité ne mérite pas de réfutation.
Le Comité de sûreté générale a nommé des commissaires pour visiter les prisonniers et voir s'il ne leur manquoit rien. Ceux-ci ont répondu aux questions des commissaires qu'ils n'avoient rien à désirer du côté de la nourriture et du logement. Mais ils ont demandé que la quotité des dépenses qu'ils peuvent faire par mois fût fixée, afin qu'ils pussent calculer là-dessus; un médecin, un apothicaire qui connoissent leur tempérament; un fonds de 2,000 livres pour les petites dépenses journalières de meubles et de linge à leur usage. Les commissaires et le ministre ont trouvé ces demandes justes, avec la seule observation cependant que les 2,000 livres seront confiées au chargé de l'administration du Temple, qui fourniroit en détail les petites dépenses des prisonniers sur les bons du Conseil de la garde du Temple. Le rapport de ces demandes a été porté au Conseil général de la commune, et après une courte discussion, il a passé à l'ordre du jour, motivé sur ce que les prisonniers ne doivent manquer de rien.
Indépendamment des gens soudoyés par les puissances étrangères, on est persuadé qu'Egalité répand toujours de l'argent, qu'enfin les excitateurs ne sont rien autre chose que le parti orléaniste. On suppose qu'Egalité vise toujours à être chef, n'importe sous quel titre, mais qu'étant trop méprisé par ceux qui reçoivent son argent, il ne sera jamais rien, quand même ces agitateurs parviendroient à leur but d'avoir un dictateur.
LETTRE TRENTE-NEUVIÈME
De Paris, le 15 novembre 1792.
Louis XVI a demandé aux commissaires du Temple deux exemplaires de la Constitution, d'où l'on pourroit conclure qu'il veut préparer sa défense. Il semble qu'il voudroit se concerter aussi avec son épouse, d'après le fait suivant, assuré par un commissaire. Louis XVI leur a dit qu'il voudroit être seul avec sa femme, que leur présence le gênoit, qu'il avoit besoin de la
voir, qu'il éloit persuadé qu'elle en avoit encore plus besoin qu< lui. Si on en croit le même commissaire, Marie-Antoinette, présente à relie demande, eu a témoigné de l'indignation à son mari; elle lui a reproché d'oublier la dignité, la décence : la
querelle a élé fort vive entre les deux éjx»
Les députés de la Gironde et des iJouehes-du-Khùne son! du nombre de ceux qui ne veulent pas la mort de Louis AVI.
Les Jacobins veulent enfermer son fils jusqu'à ce qu'il nîj I '; plus de tyrans. Il y en a même d'assez forcenés pour dire bâillement qu'il faut exterminer toute la race, donner un bouillon a cet enfant innocent. C'est ce qu'ils appellent jeter un voile sur la statue de la Loi, et c'est ainsi qu'ils justifient les atrocités d< es 2 et 3 septembre.
Je tiens d'un des guichetiers que Louis XII et sa femme ne sont pas malades, comme on i'avoit dit. Il convient cependant qu'ils sont maigris et tristes, mais il a ajouté qu'ils sont gais depuis quelques jours, ce Comment, lui ai-je dit, Louis XVI peut-il être gai, lui qui lit les journaux et qui a vu le rapport pour commencer son procès? » Il m'a répondu qu'il est trompé par les commissaires qui l'accompagnent ; quant aux journaux , on ne lui en donne que lorsque le Conseil de la garde du Temple le permet.
Les deux hommes, revêtus de l'écharpe, qui présidoient aux massacres des prisonniers et que Péthion ne nomme pas dans son discours sur Robespierre, sont Panis et Bilîaud de larennes, députés de la Convention. Ceux. qui a voient les meilleurs portefeuilles obtenoient moins d'indulgence de ces deux ministres, qui ont fait grâce à des scélérats reconnus pour tels.
Piron , adjudant général de Dumouriez, a dit dans un aveu confidentiel que la perte que nous avons faite près de Mous approche de trois mille hommes; qu'il faut toujours compter sur deux tiers déplus dans les relations, parce que l'ennemi diminue ses pertes encore avec plus de proportion.
On avoit dit que Linguet et même Burke seroient les défenseurs de Louis XVI. D'autres prétendent à présent que ce seront Target et Thouret. Le bruit s'est aussi répandu que Louis avoil écrit au président de la Convention qu'il ne prendroit point
de défenseurs officieux, mais qu'il pîaideroit lui-même sa cause.
On a crié une lettre de Louis XVI à la Convention, par laquelle il s'avouoit coupable et demandoit grâce pour ses enfants innocents. J'ai vu de bonnes gens attendris jusqu'aux larmes à la lecture de cette prétendue lettre.
LETTRE QUARANTIÈME
De Paris, le 23 novembre 1792.
L'indisposition de Louis XVI, de sa femme et de sa sœur provient du chagrin : la bile et la jaunisse l'indiquent assez. Ceux qui couchent auprès de Louis XVI ont rapporté que pendant les premières nuits qui ont suivi la connoissance de la discussion de son procès, il a eu une grande insomnie, des rêves désagréables et fatigants : il parloit à son fils des rois malheureux, de la mort de Charles Stuart, etc.
Par quelques mots qu'il a lâchés aux commissaires, il paroît vouloir se défendre sur son inviolabilité. Il n'a pas tort; il feroit bien de se défendre lui-même : il feroit plus d'impression sur ses juges et la multitude. Le parti des Jacobins est toujours de le faire condamner à mort, et ils citent ce vieux proverbe : Morte la bête > mort le venin.
La majorité de la Convention est persuadée que M. Egalité est à la tète du parti qui veut l'anéantissement de cette famille prisonnière, qu'il vise à être le chef du gouvernement ou à y mettre son fils.
Lundi, le bruit a été général dans Paris que Louis XVI étoit mort. Un saignement de nez pendant la nuit a été le prétexte de cette nouvelle, répandue exprès pour tàter l'opinion publique. Le peuple s'est porté en foule au Temple pour s'assurer de la vérité du fait.
Les Jacobins regardent avec raison le Tribunal redoutable , pièce jouée au théâtre du Marais , comme une satire contre la journée du 2 septembre, qu'ils s'obstinent à vouloir confondre avec celle du 10 août, et ils aeeusent h; ministre Roland de payer cette pièce des deniers de la nation.
LETTRE QUARANTE ET UNIÈME
De Paris, le 30 novembre 1792.
Plusieurs circonstances décèlent le projet des agitateurs, qui
veulent faire une insurrection et assassiner les prisonniers du Temple pour amener une troisième révolution. Des émissaires de Marat prêchent hautement la loi agraire dans plusieurs départements, et cette proposition a été faite dans la section du Théâtre-Français par un nommé Chaumette. Le club des Cordeliers a juré d'assassiner Louis XVI, si la Convention ne le condamne pas. On a proposé aux Jacobins, et les tribunes ont applaudi à la proposition , de promener encore la faux du 2 septembre. Hier et aujourd'hui on a crié sur la terrasse des Feuillants : a Rendez-nous nos dix-huit francs et f. .. le camp » , moyen déjà usité sous les deux autres législatures pour les avilir. Enfin, ces jours derniers, il y a eu au palais d'Egalité, entre lui, Danton et Robespierre, un dîner aux flambeaux, où on présume qu'on a agité les moyens de faire proclamer le premier chef du gouvernement. Mais d'autres pensent qu'il seroit assassiné lui-même à son tour, et que ce seroit un autre qui recueilleroit le fruit de l'anarchie.
Des Anglois disent que le prince de Galles est à la tête de la révolution qui se prépare en Angleterre ; qu'il a dû dire à quelques-uns qu'il se contentera de l'autorité qu'on voudra lui donner; qu'il n'en demande toutefois aucune, qu'il sera assez honoré du titre de citoyen; mais la seule grâce qu'il pourroit espérer, ce seroit de payer ses dettes, qui montent à un million et demi de livres sterling.
LETTRE QUARANTE-DEUXIÈME
De Paris, le 7 décembre 1792.
On peut distinguer trois opinions dans la Convention sur le jugement de Louis XVI : celle du parti qui voudroit assassiner juridiquement, comme l'a proposé Robespierre ; celle de beaucoup de députés qui opinent à la mort, mais en voulant observer les
formes; celle d'autres députés qui ne voudraient pas prononcer la peine de mort. Mais il échappera difficilement à cette peine, si l'inviolabilité et la Constitution ne lui servent d'égide. Il reste encore à ceux qui ne veulent pas sa mort un rayon d'espérance. Dès lors que la Convention juge Louis XVI, elle doit être considérée comme un jury criminel, et selon la loi, il ne faut qu'un tiers de voix à l'accusé pour être acquitté. La Convention peutelle se dispenser de lui accorder la même faveur qu'aux plus grands scélérats?... Il seroit encore possible que la peine de mort prononcée, on renvoyât aux assemblées primaires, pour savoir si elles veulent faire grâce de la vie au coupable.
Quoi qu'il en soit, on prend les plus grandes précautions comme s'il devoit périr, et on ne veut pas lui laisser les moyens, ainsi qu'à sa femme, de terminer leur ignominie. Le Conseil général a arrêté : 1° Qu'il sera enlevé aux prisonniers du Temple toute espèce d'instrument tranchant, ainsi qu'à ceux qui les servent ou en approchent; 2° que les comestibles seront dégustés par les préposés; 3° tout ce qui entre dans la Tour sera examiné par les commissaires du Temple; -4° les servants ne peuvent coucher dans la Tour.
Le secret des agitateurs est maintenant bien dévoilé. Ils accusoient de royalisme la majorité de la Convention, et celle-ci, sur la proposition de l'intrépide Buzot, par un mouvement spontané, s'est levée pour prononcer la peine de mort contre quiconque voudroit rétablir la royauté. Le bouquet de la Montagne ne s'est pas levé pour ce décret et a paru déconcerté dans ses vues. Par une indiscrétion singulière, Merlin a cru devoir ajouter un amendement : a A moins, dit -il, que les assemblées primaires ne jugent à propos de se soumettre à un nouveau despote. » L'un d'eux, mécontent, veut faire rappeler Merlin à l'ordre. Guadet s'y oppose, en motivant la liberté des opinions et le service rendu par Merlin en découvrant le fil d'une trame liberticide. Cette aventure a dessillé les yeux de bien des gens qui ne pouvoient voir le projet de rétablir un autre despote dans ceux qui vouloient tant précipiter la perte de l'ancien. Des Jacobins même qui n'avoient d'autre défaut que l'exubérance du républicanisme, se sont séparés de cette poignée de factieux.
On ignore quel est précisément eelui qu'ils veulent mettre sur le trône, si c'est Égalité ou son fils. Ou ne doute pus que la promesse n'en soit faite au père on pour l'un ou pour l'antre; mais ou est également persuadé qu'aucun des i eux ne réussiroil, et que ce seroit un des eliei's de la l'action qui s-' emparerait des i-ènes (in gouvernement.
Dimanche, Taille des Césars a été conduite dans les rues : elle éloit précédée par des militaires et une musique guerrière. Cette figure colossale étoit traînée sur un char, et un enfant à cheval sur son cou, lui plongcoit un poignard dans la gorge.
On avoit cru d'abord que ce seroit l'Espagne qui reconnoîtroit la première la République Françoise, mais il paraît que ce aéra la Suède. On assure que cette puissance envoie à cet effet à Paris un ministre qui doit arriver incessamment.
LETTRE QUARAXTE-TROISIÈME.
De Paris, le 10 décembre 1792.
Le bruit général est que Louis ne veut pas paraître à la barre. Il s'y fera donc traîner : quel spectacle ! On rapporte même qu'il a dit : « Qu'on fasse dresser un éehafaud dans la cour du Temple , j'y monterai, mais jamais je n'irai à la barre. » On vient de me dire qu'on a dépensé 1500 livres pour doubler de tôle la voiture dans laquelle il doit être conduit. Quelques députés sont d'avis de le garder dans l'enceinte de la Convention jusqu'au jugement définitif.
Quoique le citoyen Egalité renouvelle sa déclaration de 1791, qu'il ne veut avoir d'autre qualité que celle de citoyen, et qu'il ait ajouté que ses enfants sont prêts à signer la même déclaration, malgré cela, dis-je, on continue de penser que son parti veut le faire proclamer chcf«sous quelque dénomination. Egalité a peut-être voulu prévenir l'ostracisme dont il est menacé.
Depuis que la grande question du jugement de Louis \ll est agitée à la Convention, on ne peut ((n'admirer l'habileté des membres les plus éclairés, qui sont parvenus à faire rendre deux décrets importants : que le prévenu seroit jugé, et qu'il auroit un conseil, malgré les efforts de la minorité, appuyât des tribunes,
pour le faire guillotiner par acclamation comme le proposoit Robespierre, qui prétendoit qu'il étoit jugé par la journée du 10.
On a loué le choix de Louis, qui avoit désigné pour ses défenseurs Target et Tronchet, deux députés constituants du coté gauche. Mais on blâme ces deux avocats de n'avoir pas accepté. Target s'étoit toujours chargé de grandes causes où il y avoit des milliers de louis à gagner. Mais la cause de Louis sans le sou ne pouvoit lui faire espérer le même avantage. On voit, par sa lettre équivoque au président de la Convention, qu'il veut encore gagner la faveur populaire. Mais c'est une lâcheté aux yeux des clairvoyants.
Louis XVI travaille jour et nuit à sa défense, et prépare la besogne à ses conseils, qui sont étonnés d'en trouver tant de faite à leur arrivée...