‹ Correspondance syphiliographiqueChapitre 1 sur 16 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Jules Cloqdet. Je ne comprends pas, mon maître, qu’une véi’i té soulève de telles répugnances, et qu’on lui fasse ainsi obstacle systématiquement.

Antoine Dubois. Sans doute, tu as raison, tu as la vérité de ton côté, d’apcord ; mais crois-moi, si tu as encore une vérité comrile telle -là à dire, garde-la pour toi, autrement tu cours grandement la chance de te compromettre.

{Union »iérf.,du 2.5 décembre 1859.)

J’ai traité dans ces lettres intimes, et jusqu’à un certain point résolu, deux questions fondamentales, la syphilisation, et — si l’on veut bien me passer un mot hybride — la deuto-contagion.

La première a suivi la marche pénible et sûre de tous les progrès. Si elle nous est revenue par l’étranger , cette restauration n’a rien de mortifiant pour ceux qui ont déploré son exil. Ils n’éprouvent donc aucun embarras à constater ce résultat. De plus, ils remercient bien sincèrement ceux qui se sont faits les apôtres de la vérité, après l’avoir longtemps méconnue.

La seconde question était moins neuve et moins radicale. Aussi a-t-elle marché très-rapidement. En la soulevant, j’ai remué des cendres qui couvraient un feu mal éteint. La scène s’est bientôt trouvée agrandie et vivement éclairée. On eût même pu croire un moment que le

lieu en était complètement changé, grâce à l’intervention plus ou moins bruyante de quelques personnages pour le moins aussi importuns qu’importants.

Deux hommes se sont tenus à l’écart depuis que le gros du débat a paru fini : celui dont le rapport de M. Gibert avait marqué l’isolement et la déchéance, et qui abdiquait au 31 mai, et celui qui a été la cause déterminante, la cause, comme on l’a dit, volontaire^ et j’ajouterai zmpéniteyite, de tous ces orages purificateurs de l’atmosphère syphiliographique.

Je m’empresse de l’exprimer. Une retraite honorable et sans éclat, en face d’événements irrésistibles, d’inexorables nécessités, était de bon goût et une marque de sagesse. Dans ces solennels moments d’épreuve où l’on n’entend plus guère résonner que la triste et salutaire sentence du poète : Donec eris felix, on se livre à un recueillement suprême, et l’on apprécie bien mieux qu’auparavant les hommes et les choses. Que le chirurgien illustre de l’Hôpital du Midi se montre donc au niveau de son destin; qu’il accepte sans arrière-pensée et sans plus d’ostentation qu’il n’en a mis dans sa défaite les faits accomplis, qu’il les groupe avec les débris épars et purifiés de sa doctrine, désormais exclusivement historique, et qu’il cimente tous ces matériaux réunis par les enseignements de sa vaste et spéciale pratique On

ne tarderait pas à voir s’élever, à la place de ruines trop vantées, un monument durable et digne de l’admiration de la postérité. M. Gibert ne s’est-il pas grandi en adorant, avec non moins d’ardeur que de courageuse franchise, ce qu’il avait d’abord dédaigneusement brûlé? C’est que les grandes idées sont un piédestal, aussi bien qu’une épreuve, pour les hommes qu’elles adoptent.

Je publierai les résultats de mon observation et de mes

vu

réflexions sur la deuto- contagion, — que j’ai appelée ailleurs et que je n’appellerai plus dorénavant que deutosyphilisation. — Le fait brut et désormais très-largement acquis de la possibilité de transmission des accidents secondaires, ne ressortira pas seul, je l’espère, des détails que je fournirai. Peut-être même le lecteur se trouvera-t-il surpris par quelques conclusions inattendues. Toutefois, je ne veux pas me hâter d’ouvrir trop largement la main. Sans laisser mes impressions s’effacer ni mes souvenirs se perdre, j’attendrai que les passions se soient un peu apaisées. On me saura quelque gré sans doute de l’intention de ne pas borner mon rôle à la production d’une oeuvre éphémère, sinon irritante, de polémique et d’actualité. Il sera d’ailleurs bien permis à celui qui a ouvert l’arène de clore le débat.

En fait de syphilis, comme en bien d’autres choses, le temps est le plus grand des maîtres; il convient d’observer les malades longtemps et souvent après les épreuves auxquelles on les a soumis. Or, dans le principe de l’expérimentation, j’ai suivi les miens jour par jour et quelquefois heure par heure. Je ne les ai jamais ensuite perdus de vue. Mes observations auront donc au moins le mérite d’une minutieuse exactitude. Ce n’est pas à ce seul point de vue que j’ai lieu de me trouver satisfait d’avoir été patient.

Ai-je besoin d’ajouter que je n’ai jamais fait la plus légère exépidermation, sans avoir préalablement instruit les malades de mon but officieux et acquis leur complète adhésion?

J attendrai donc, pour soulever le coin d’un voile qui cache quelque vérité, que les autres aient parlé. Je profiterai sans doute de leurs écrits. Peut-être me livrerai-je alors à quelque critique. Peut-être me permettrai-je aussi de reprendre quelquefois mon bien. Les idées, dont la paternité

m’était autrefois si vivement reprochée, sont à présent bienvenues presque partout ; presque partout aussi — chose plus triste que singulière! — je me trouve artificieusement désavoué par elles. Faut-il donc que je fasse affront à ceux qui les recèlent? Eh quoi! après avoir été proscrit avec elles et pour elles , n’ai-je pas droit à partager la faveur qui les accueille aujourd’hui?

Je me home à constater, pour le moment, qu’elles ont pénétré jusque dans le sanctuaire de l’Académie. Je n’en veux rapporter d’autres preuves que le succès du rapport deM. Gibert, et la courte et significative publication dont ce savant académicien n’a pas tardé à le faire suivre. Soudainement épris d’admiration pour les vertus de la sœur cadette et inexpérimentée de la syphilisation, M. Gibert s’en est fait le féal et vaillant défenseur. Personne plus que moi peut-il en savoir gré à M. Gibert? Le ciel en soit donc béni. Mais puisque nous sommes à une époque de résipiscences aussi éclatantes qu’imprévues et de conversions presque inespérées, pourquoi M. Ricord n’adopterait-il pas à son tour, bien qu’avec infiniment plus de réserve et de maturité, l’engageante et raisonnable sœur aînée ? Il aurait , à tout prendre , — et sans commettre aucune infidélité , — beaucoup moins d’avances et de démarches à risquer que M. Gibert. Il lui suffirait même de faire quelques pas en arrière pour trouver le sentier glorieux que suit honorablement son meilleur élève , M. Melchior Robert.

Ainsi soit-il !

Je sais attendre que la vérité devienne une réalité.

Février, 1860.

CORRESPONDAMCE

SYPHILIOGRAPHIOUE.

(Extrait <Ic la Rcxuo étrangère..)

Page 1