QUATORZIÈME LETTRE
A M. Gibert, membre de U Académie de médecine , médecin de l’hôpital Saint-Louis.
Un fail est le raisonnement plus U preuve.
(Moistesoüied.)
Monsieur et très-honoré maître,
Je vous ai dit dans ma dernière lettre comment s’est établi le dogme de la non-contagiosité des accidents secondaires ;
Hunter en fut le Messie, M. Ricord s’en est fait l’apôtre.
M. Ricord a nié d’autorité que les accidents constitutionnels fussent contagieux. On peut toutefois lui accorder de s’être contenté du raisonnement suivant, après avoir décrété d’office qu’inoculer au malade son propre pus, ou l’inoculer à une personne saine, c’était absolument la même chose.
Majeure : Ce qui peut s’inoculer peut seul infecter.
Mineure : Or, le chancre peut seul s’inoculer.
Conclusion : Donc le chancre peut seul infecter.
De quelque manière d’ailleurs qu’il soit parvenu à ériger en loi la conclusion ci-dessus, voici quelques échantillons historiques des formalités draconiennes que doit essuyer toute espèce de fait dérogatoire à la charte octroyée par M. Ricord.
Une femme par exemple a été atteinte d’un chancre qui s’est bientôt cicatrisé. Quelques mois plus tard, lui sont venues des plaques muqueuses à la vulve et ailleurs. Un homme ayant ensuite des rapports avec elle, attrape la vérole. Or, les plaques muqueuses n’étant pas inoculables, ne sont pas contagieuses. Le narrateur de ce cas n’aura dès lors plus qu’à choisir — pour expliquer le fait en restant dans de bons termes avec la doctrine — entre l’une quelconque des suppositions suivantes :
1* 11 peut y avoir eu quelque erreur de diagnostic; cela est d’autant plus probable qu’aucune inoculation n’a été faite. (Dis-je vrai et n’a-t-on pas aujourd’hui répudié les services de l’inoculation?)
2'’ 11 pouvait s’agir de chancres transformés en plaques muqueuses in situ. La transformation ne devait pas être complète à l’époque du congrès sexuel. (On donnerait au besoin des exemples empruntés au temps où les chancres inoculables étaient infectants.)
3® Entre les plaques muqueuses de cette femme, se dérobait sans doute, comme un serpent sous l’herbe, quelque chancre ou quelque
partie de chancre h une période de progrès ou de statu quo spécifique (mêmes réflexions que ci-dessus).
4“ L'examen de la femme au spéculum n'ayant pas été fait immédiatement axant le congrès, — examen qui n’est pas en efl'et trèscommode à pareil moment — il pourrait y avoir eu quelque chancre caché dans les plis du vagin ou plus profondément.
5“ Cette femme a bien pu avoir, quelque temps avant le congrès infectant, des rapports avec un autre homme. Celui-ci aura déposé sans doute dans son vagin du pus de chancre à une période spécifique. Ce pus aura séjourné dans le vagin de cette femme ; puis le malheureux homme sera venu le ramasser.
6° L'homme a bien pu contracter sa maladie ailleurs, quoiqu’il affirme n'avoir eu de relations qu’avec cette femme.
7“ 11 peut y avoir eu des rapports a prœpostera venere, etc. (C'est encore une porte de derrière !)
8° Une pustule que (Æt homme avait à la nuque ou au sinciput, n’était-elle pas un chancre et l’origine de tout le mal? (M. Ricord a inoculé des chancres semblables, tout céphaliques qu’ils étaient, à l’époque où ce qui pouvait infecter pouvait et devait s’inoculer, et où le chancre céphalique n’était pas comme aujourd’hui nécessairement induré (1).)
9° Cet homme a bien pu se servir de linge ou d’un objet quelconque ayant appartenu à une personne atteinte de chancres.
A ces fins de non-recevoir, qui empêche d’en ajouter dix autres, cent autres semblables? etc.
Une nourrice a-t-elle été infectée par un nourrisson atteint de syphilis héréditaire? Comme cela ne peut pas être, voici un choix d'explications à votre service.
1® Cette femme a contracté la vérole de sou côté, tandis que le nourrisson la tenait de ses parents.
2® L'enfant a pu contracter un chancre au passage (2) (cela ne s’est peut-être jamais vu, mais qu’importe?)
3® Un commis de magasin ayant des chancres prenait souvent l’enfant sur ses genoux. Inde, etc.
4® Il y avait dans le voisinage, de l’habitation de la nourrice une garnison de dragons, ou bien de hussards, etc.
Nous passons les rabbins péritomistes , la malice du diable, l’histoire du jeune officier de cavalerie (3) et celle d’un prince russe, les candides maris des nourrices (4) et la fameuse contamination qui g’est faite entre la poire et le fromage, etc., etc.
La lecture des Lettres sur la syphilis et des discours académiques de M. Ricord pourra vous convaincre de l’exactitude et de la réserve de mon récit. L'étude de la vérole est devenue anecdoti-
(1) Traité pratique des maladies vénériennes, etc., par Ph, Ricord. 1838, pages 165 et 525.
(2) Lettres sur la syphilis, treizième lettre de la 1^» édition et 14* lettre de la 2« édition.
(3) Lettres sur la syphilis, Iv» édition, page 105. 2' édition, page 170.
(4) Ibid., treizième lettre de ta If* édition et 14* lettre de la 2» édition.
que et badine sous la plume légère et sur les lèvres enjouées de M. Ricord.
Mais on ne sait en vérité comment se défendre contre un pareil système d’argumentation. M. Hicord pose en principe ce qui est en question et se prévaut ensuite de cette subtilité pour récuser par des supposilious les faits les mieux établis. Il faut donc renoncer à convaincre M. Ricord... d’autre chose que de... contradictions et de sophismes !
On comprend pourtant diflicilement qn’il tienne bon et persiste à nier la contagiosité du produit des accidents secondaires, puisqu’il paraît avoir changé d’avis sur les propriétés et même sur la nature de l’accident qui peut infecter. Je vous ai dit tout à l’heure le syllogisme de M. Ricord. Mais aujourd’hui que la matière infectante n’a plus la propriété de s’inoculer au malade lui-mème, la majeure de son syllogisme se trouve fausse. Quel moüf peut-il donc avoir do persévérer dans sa conclusion? Après s’êtrè désisté d’une des prémisses, pourquoi ne veut-il pas se départir de la conséquence? Quel est le mobile de sa conviction, de sa résistance? Ignore-t-il combien est honorable l’aveu d’une erreur? Sera-t-il donc le dernier à reconnaître un grand principe de syphiliologie?. .. Prétend-il?...
Mais pourquoi vouloir nous-mêmes troubler plus longtemps le paisible domaine de la science par des discussions irritantes quand les faits parlent un langage concluant? Qu’est-il besoin d’aventurer notre jugement dans les plis et les replis d’une logique captieuse quand l’expérimentation nous donne une solution directe du problème que nous cherchons?
Je consentirai donc à admettre comme parfaitement démontrées toutes les hypothèses que voudra imaginer M. Ricord. Je proclamerai avec lui l’ignorance et la mauvaise foi des observateurs Je ne verrai plus autour de moi que chancres larvés ou transformés. Je déclarerai bien haut que les femmes sont sans vertu et entourées de dragons qui ne sont pas de l’espèce de celui des Hespérides. Oui encore, et ce sera mille fois ma croyance, le diable et sa malice seront partout, et les commis de magasin, devenus bonnes d’enfants, auront leurs mains pleines de pus chancreux! oui!,..
J’irai plus loin. Je supprimerai d’un trait de plume toutes les observations passées, présentes et futures prouvant la contagiosité du produit des accidents secondaires. Je ne me servirai que du résultat d’expériences qui ont été pratiquées ad hoc.
Enfin, j’irai encore beaucoup plus loin et j’exclurai comme insufsantes toutes les expériences dont les résultats pourraient être contestés sous un prétexte ou sous un autre, è tort ou à raison.
Voici donc une série de récusations que j’accepte. Je frappe formellement de suspicion :
1“ Toutes les inoculations que j’ai faitis sur les animaux et une inoculation que j’ai pratiquée à une dame atteinte de cancer. Ou pourrait en effet objecter d’une part que les phénomènes constitutionnels ne sont pas aussi faciles à constater sur les animaux que sur l’homme, et d’autre part, que cette inoculation d’une personne cancéreuse, n’ayant encore été l’objet d’aucune publication, peut avoir
le caractère d’un argument d’audience improvisé tout exprès pour les besoins de la cause, et pour la circonstance.
2“ L’observation unique publiée par M. Ricord dans tout son Traité de l’inoculation (1) qu’un écrivain Ricorqraphe (il n’en manque pas) du petit journal littéraire le Gau(o(s appelle Traité de srjphüisation{2). Voici le cas : Un malide a une syphilide ecthymateuse. Avec le pus d’une pustule siégeant au dos de ce uialade, on pratique deux inoculations sur le bras d’une personne saine. On ne constate aucun résultat au bout de trois jours. (Dans tous les cas connus d’inocula-
tions de ce geure, il y a eu plusieurs semaines d’incubation.)
3° L’observation mémorable de M. Boudeville (3), élève en pharmacie. Il est certain que les choses se sont passées chez M. Boudeville autrement qu’elles ne font quand on a pratiqué l’inoculation d’un pus chancreux, et bien exactement, au contraire, comme elles arrivent à la suite des contaminations ou des inoculations secondaires. Même incubation, même évolution de l’alFection locale, et même succession de symptômes, etc. Mais on a donné de ce cas que j’ai vu deux versions — pour ne pas dire plus — qui ne sont pas absolument identiques, quoiqu’elles soient très-peu difl’érentes l’une de l’autre quant au fond et parfaitement concordantes. Laissons donc ce cas de côté, ainsi que tous les autres faits de Vidal (4).
4“ L’observation de M. Lindemann (5). Elle est presque aussi démonstrative que la précédente et pour les mêmes motifs. Mais je n’ai pas observé le fait d’un bout à l’autre. Le commencement s’en est passé avant que je ne connusse M. Lindemann, qui avait d’ailleurs eu des chancres antérieurement à sa syphilis constitutionnelle.
5® Les expériences de M. Bouley. Le talent et la loyauté de l’observateur, la loyauté et le talent du narrateur, M. Schnepf (6) ne permettent pas de révoquer en doute la moindre circonstance du récit de ces expériences. Elles ont donc été bien faites, bien rapportées, et sont évidemment très-probantes. Mais les personnes inoculées avaient déjà la syphilis tertiaire, quand on a entrepris, avec succès sans aucun doute, de faire naître chez elles par inoculation des symptômes de syphilis secondaire.
(1) Traité pratique des maladies vénériennes, etc., par Ph. Ricord, p. 490.
(2) Le Gaulois, journal hebdomadaire illustré. Dimanche, 7 novembre 18S3, p. 4, Ire colonne,
(3) Lettres sur la syphilis, quatorzième lettre de la D» édition et quinzième lettre de la 2® édition. Vidal, Traité des maladies vénériennes, 1853, pages 356 et suivantes.
(4) Vidal, Traité des maladies vénériennes.
(5) Vidal, Traité des Maladies vénériennes, 1853, pages 404 et suivantes. Rieord, dernière lettre sur la syphilis et discours académiques.
De la syphilisation et de la contagion des accidents secondaires de la syphilis, etc., 1853.
•àuzias-Turenne^ Cours de syphilisation, pages 23 et suivantes.
C. Spérino, Mémoire sur le vote adopté par l’Académie de médecine, pages 5 et suivantes, etc., etc.
(6) Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV, pages 5 et suivantes.
6“ Une des observations de Wallace, qui donne lieu a fortiori aux réflexions précédentes, observation dans laquelle ce professeur a léussi à transmettre un symptôme secondaire d’une personne à une autre personne qui était elle-même dans un autre étal secondaire (t),
7“ Enfin, trois observations ou mieux trois cas d’expériences qui ont été communiqués à Wallace par un de ses amis. Wallace, dont la conviction était faite, en a beaucoup abi'égé le récit (2).
Je ne tirerai parti en définitive pour ma démonstration que do cinq expériences de Wallace et des deux observations de Waller. Je les considère toutes les sept comme inattaquables. Je vais eu rapporter le simple résumé.
Wallace a deux procédés d’inoculation différents selon qu’il veut inoculer des condylomes (plaques muqueuses) ou des pustules d’ecthymas. Dans le premier cas, il enlève d’abord par un vésicatoire l’épiderme de l’endroit où il désire pratiquer son inoculation. Ensuite, il applique et maintient pendant plusieurs heures et même pendant plusieurs jours sur le derme ainsi dénudé de la charpie impré^ée de la matière qui exsude de plaques muqueuses. Dans le second cas, il procède simplement par piqûre, comme nous fiiisons dans l’inoculation du pus de chancre ou du vaccin.
Voici la substance de chacune des cinq observations de Wallace que j'ai choisies :
Première observation (3). — Un jeune homme sain de 19 ans subit l’inoculation de la matière de condylomes: 28 jours après surgissent des tubercules à Uendroit de l’inoculation; le 31" jour, ces tubercules s’ulcèrent; le 61® jour, ils prennent un aspect fongueux et se compliquent de mal de gorge; le 72® jour, les ganglions qui reçoivent les vaisseaux lymphatiques de l'endroit inoculé s’engorgent; le 75® jonr, apparaît une syphilide squammeuse, et le 79"=, ce que Wallace désigne par les mots de cutis anserina; enfin, le 95® jour, se font sentir des douleurs ostéocopes.
Ainsi 28 jours se passent avant l’apparition du premier symptôme. (M. Ricord a considéré la seule inoculation qu’il ait faite dans ce genre comme absolument négative, parce qn’au bout de 3 jours rien n’était encore apparu (4).) Après 30 jours, les tubercules s’ulcèrent {chancre induré de Ricord, pseudo- chancre induré d’Auzia=-'Turenne). Le 72® jour, on constate l’engorgement ganglionnaire [pléiade, etc.).
Deuxième observation (b). — Inoculation faite à un hoinine sain de la matière d’un tubercule ulcéré. Soit (Roc, f). Le 9' jour, une
(1) Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV, p. 41.
(2) Ibidem, p. 34 et 33.
(3) Ibidem, p. 36 et 37. ,ooo
(4) Traité pratique des maladies vénériennes, etc., par Ph. Uicord, ibde,
^ (5) Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV, p. 37, 38, 39 et 40.
autre iuoculatiou de la même matière nu même sujet et dans un autre endroit^ soit 2.)
Le 12® jour, tuméfoction et rougeur de (I“oc. t).
Le SO® joui-j il y a des vésicules et une suppuration au siège de ([ooc- 1), et quelques jours après un gonflement des ganglions correspondants. — 11 s'agit de ganglions inguinaux.
Le 80® jour (Inoc. a la grandeur d’un sou de cuivre et se trouve entouré d’une auréole. La base est tuméfiée; à la périphérie est une bordure relevée superficiellement et d’une couleur blanchâtre. Les ganglions inguinaux correspondants sont tuméfiés et indolents. (Inoc. 2) a suivi à peu près la même évolution, mais en diminutif.
Le 88' jour (Imc. ( qui est à la cuisse gauche, forme une proéminence de la grandeur d'un sc/ie^/fnt/, paraissant couverte par une peau calleuse d’un rouge pourpre. Au milieu de cette élévation est une plaie ulcérée. L’auréole est bien évidente. (I°oc. 2), qui est à la cuisse droite, offre une ulcération superficielle. Les ganglions inguinaux du même côté sont un peu tuméfiés. — Douleurs rhumatoïdes; faiblesse extrême; mauvaise mine; éruption squammeuse du tronc et particulièrement du dos. — Les jours sui\ants, il y a aggravation des symptômes locaux et des symptômes généraux.
Ainsi, pour ne parler que de (Inoc. dont le résultat s’est mieux accentué que celui de (Inoc. 2), ((Inoc. 2) avait-il trouvé la constitution déjà modifiée par (Inoc. ij en état d’incubation?) incubation manifeste de 12 jours. (On se rappelle que M. Ricord... — Voir la réflexion de l’observation précédente (1).) Au bO® jour, vésicules et suppuration; quelques jours après, des ganglions sont engorgés. Le 80® jour, la base de l’ulcération est tuméfiée. Les ganglions inguinaux correspondants sont tuméfiés et indolents {chancre induré de Ricord ; pseudo-chancre induré u’Auzias-Turenne, etc.; pléiade, etc.).
Troisième observation (2). — Jeune homme sain, 20 ans. Inoculation sur les deux cuisses de la matière qui a été inoculée dans l’observation précédente. — Le 25® jour, un travail commence à se faire au siège de chaque inoculation. (Comme les mêmes phénomènes à peu près se sont passés aux deux cuisses, je ne parlerai que de la cuisse droite. Ces phénomènes sont encore pi’esque semblables à ce qui s’est produit dans l’observation précédente.) Le 40® jour existe une croûte épaisse, surmontant une base saillante, indurée dans l’endroit de l’inoculation {chancre induré de Ricord, pseudo-chancre induré d’Auzias-Turenne, etc.), 36® jour, surface ulcérée d’un condylome {pseudo-chancre induré type) céphalées nocturnes. 66® jour, aspect fongueux du condylome qui est ulcéré (encore pseurfo-c/rancre induré). Syphilide papulo-tuberculeuse. Cutis anserina. 102® jour, iritiset pharyngite syphilitique.
En résumé : Vingt-cinq jours d’incubation. Chancre induré du
(.1) Traité pratique des maladies vénériennes, etc., par Pli. Iticord, 1838, page 490. ,
(2) Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV, p. 40 et 41.
Midi {pseudo-chancre induré d'Auzias-Tureiine) au bout de 40 jours et se prononçant de plus en plus jusqu'au 66' jour. ^
Quatrièrne^ observation{\ ) . — Honinie sain. Inoculation parla lancette et par 3 piqûres à chaque cuisse du pus d’une syphilide pustuleuse. Un mois^après, on constate une éruption papulo-tuberculeuse et pustulo-crouteuse à 1 endroit des piqûres. (L'incubation a été d’environ 23 jours.) 56® jour, croûtes recouvrant toutes les piqûres; ganglions très-tuméfiés et douloureux dans les régions inguinales. 58® jour, les croûtes prennent tout à fait l'aspect de tubercules ulcérés. 66® jour, syphilide squammeuse, céphalée nocturne, douleurs ostéocopes. 72* jour, pharyngite syphilitique.
Cinquième observation (2). — Homme sain. Inoculation comme dans l'observation précédente du pus de syphilide pustuleuse. 28* jour, croûte d’ecthyma couvrant les piqûres. (11 y a eu 23 jours d’incubalion.) 44® jour, tubercules ulcérés dans les points d’inoculation; douleurs articulaires. 54® jour, éruption d’une syphilide papulosquammeuse. 81* jour, tubercules de la marge de l’anus et du dos de la verge.
Première observation de Waller (3). — Garçon de 15 ans n'ayant d’autre mal qu’un lupus presque guéri. Inoculation du sang d’une femme ayant une syphilide exanthématique en voie de guérison. Le sang a été insinué à l'aide d’une spatule dans les plaies d’une scarification; de la charpie imbibée de ce sang a été ensuite appliquée sur la partie. 3® jour, les plaies des scarifications sont guéries. 34® jour, deux tubercules distincts au siège de l’inoculation. (Incubation d’environ 30 jours?) 49® jour, de la confluence de tubercules qui se sont ajoutés aux deux précédents, et de l’induration de la base de cette masse est résulté un large ulcère à base indurée et recouvert d’une croûte {pseudo-chancre induré^ etc.). On constate à l’épaule droite un tubercule isolé, dont la date d'origine n’a pas été précisée. 65® jour, roséole. 71® jour, tubercules, papules, etc.
Deuxième observation de Waller (4). — Enfant bien portant, abstraction faite d’une teigne faveuse. — Scarification à une cuisse; insinuation dans les petites plaies et dépôt de la matière de plaques muqueuses à la surface de la partie scarifiée. 4® jour, plaies guéries. 10® jour, quelques taches au siège des inoculations. 25® jour, 14 tubercules cutanés à ce siège. A partir du 32® jour, syphilide exanthématique bien caractérisée.
Ces deux expériences de Waller ont eu pour témoins a le directeur de l'hôpital, M.' Riedl, les professeurs Jaksch, Pilha, Arlt, Ha-
il) Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. IV', p. 42 et 43.
2) Ibidem, p. 43 et 44
3) Ibidem, t. III, p. 183 et l84.
4) Annales des maladies de la peau et d§ la syphilis, t. III, pages 1 84, 18S et 186.
meruik, le iiiédeciii eu chef Bohin , les docteurs Cejkr, V. Hasiier, Kraft, les professeurs Kubit, Oppolzer, Dittrich, etc. (1). »
Voilà donc la substance de sept observations qui ne laissent rien à désirer, auxquelles il n'y a rien à répondre : elles sont décisives. Comment supposer, par exemple, que les plaies d'inoculation aient pu èlre souillées de pus chancreux (2)? Outre qu'il y a eu dans chacun de ces cas un temps d’incubation beaucoup plus long qu'après l'insertion du pus chancreux, les phénomènes qui se sont produits au point contaminé ne se sont pas passés de la même manière, n’ont pas été les mêmes. Ici, ce sont des rougeurs, des papules, des tubercules qui ont ouvert généralement la scène ou se sont succédé, tandis que ce sont des papulo-pustulettes qui paraissent d’abord à la suite de l'inoculation de pus chancreux.
11 est une circonstance bien favorable à la contamination secondaire par des rapports sexuels ou autres, c'est que les accidents secondaires des muqueuses sont presque toujours cachés et ne sont pas eu général très-douloureux, notamment à leur début. Us arrivent d’ailleurs à l’improviste chez ceux qui sont syphilitiques, et sans que ceux qui ne le sont pas puissent être avertis de se mettre en garde. Lalet anguis in herba.
Voilà pourquoi le chancre céphalique est presque toujours induré. C'est qu'il est bien rarement autre chose qu’un accident constitutionnel communiqué directement {pseudo-chancre induré d’Auzias- Turenne). Un vrai chancre primitif bien ulcéré (3) ne permettrait guère à une face humaine de venir se frotter contre lui, en supposant qu'elle le voulût.
Une chose m’a frappé dans la communication directe de l'accident secondaire, non-seulement à la face, mais encore aux parties sexuelles. C'est qu’il prend aisément racine dans les téguments — cutanés ou muqueux — et peut-être sans blessure préliminaire, pourvu que le contact soit suffisamment prolongé. Témoin le prétendu chancre céphalique et celui — non moins prétendu — du fourreau de la verge, qui est aussi ordinairement induré. N’y a-t-il pas là sujet à des recherches ultérieures? Mais aujourd'hui, pas de diversion. U .s'agit du fiiit brut de la contagiosité du produit d'accidents secondaires. C’est notre delenda Carthago.
Vite donc, cher maître, en besogne. Le temps presse. Les jours de retard se comptent par des victimes. Les administrateurs, les magistrats. les médecins, tous nous attendons de vous et de l’Académie une solution. Oui! le moment est venu de l'elever le drapeau de la vérité. Si donc ma démonstration vous a paru concluante (eh ! qu’avais-je besoin de vous renseigner sur des choses que vous saviez avant moi?), si, dis-je, mon plaidoyer vous a paru de nature à frapper, à convaincre les esprits, pourquoi tarderiez-vous davantage à mettre
(Il Annales des maladiev de la peau et de la syphilis, t. III, p. 186.
(2) î.ettressiir la syphilis, If» édition, 30® lettre; 2» édition, 31« lettre.
(3) Revue étrangère médico-chirurgicale, année 1888, note de la page i 35 .
la dernière main aux éléments dont il se compose, et à demander un vote à l’Académie? Ne douiez pas un seul inslant que l’approbation de vos confrères et de la presse ne vous suive dans le svnode médical. Vous y recueillerez certainement à la fois les palmcs“de la science et la double satisfaction d’avoir accompli un devoir et voulu le bien de vos semblables.
Agréez, etc. ^ AuziAS-TuBEiN.VE.
28 novembre 1838.
Longe- Post scriptum.
A son visage boutonné.
Je reconnais le mal immonde,
Mat qu’à sa femme il a donne,
Et qu'elle rend à tout le monde.
J. -B. Rousseau (1).
Vous souvient-11, cher maître, d’une malade qui s’est présentée à votre consultation d’hôpital, le 20 décembre dernier, avec un gros bouton placé sous la lèvre inférieure, et à laquelle j’ai donné rendezvous chez moi?
Voici sa déplorable et trop véridique histoire :
Madame S, ., piqueuse de bottines, âgée de 26 ans, est d’un tempérament lymphatique. Sa sauté et sa constitution ne sont pas des meilleures. Une auréole de plomb cerne ses yeux; elle se plaint d’un échauffement dans le corps. Elle est bien réglée, quoique peu abondamment. Son mariage date d’un mois et demi, et son mari, marchand de couleurs, a déjà, — sans qu'ils s’eu soient douté ni l’un ni l’autre jusqu’ici, — broyé du noir sur sa robe nuptiale.
Son bouton est situé un peu à droite de la ligne médiane, entre la lèvre inférieure et le menton, mais plu.« près de celle-là, dont il ne touche pourtant pas la semi-muqueuse. Ce bouton régulièrement arrondi offre le diamètre d’une pièce de 20 centimes. La base en est dure et la circonférence médiocrement rouge. Il est à peu près indolent, même quand on le presse. Une croûte plate qui le couvre adhère aux tissus voisins, et imite d’une manière assez exacte, surtout dans l'examen à la loupe, la couleur et le brillant du caramel. L’humeur peu abondante qu’on parvient à en extraire pîir la pression, ressemble à une forte solution de gomme. En faisant porter
(1) De la Mettrie, Œuvres de médecine. In-4®, Berlin, 1735, p. 143. — Giberl, Manuel des Maladies vénériennes. 1836, p. 689.
l’exaiuen au-dessous du menton, on perçoit au milieu et en haut de la région sus-hyoïdienne, un noyau ganglionnaire gros comme une noisette, très-dur et indolent. — C’est en vain ((u’on chercherait ailleurs la moindi e trace, le moindre symptôme de vérole. — Les parties sexuelles ne sont le siège d’aucune atTeclion.
Il résulte de l’em]uête la plus minutieuse et la plus sévère, — les conjoints ayant été plusieurs fois questionnés et examinés séparément et à huis clos, — que le susdit bouton a commencé à poin dre comme un nuage dans le second quartier de la lune de miel, c’est-à-dire dix jours environ après les premiers embrassements conjugaux. Il était d’abord rouge et plein. Ce n’est que plus tard, et précisément vers l’époque où s’est montrée la tumeur ganglionnaire, qu’il a commencé à fournir par la .surface de la sanie et du<pus; qu’il a percé blanc, suivant une expj'ession de la malade que je me suis bien fait traduire. Depuis lors, jusqu’à aujourd’hui, le bouton et son satellite ganglionnaire n’ont fait que croître et embellir, jusqu’au point de donner l’éveil et du souci à un mari vigilant. C’est aux tendres sollicitations de celui-ci qu’a cédé madame S... en venant prendre un'e consultation, bien qu’elle fût sans inquiétude pour sou compte. Ainsi avons-nous pu observer ce bouton qu’elle n’avait pas, hélas ! cueilli sans épines.
La moitié masculine de ce couple malheureux jouissait personnellement de la douce quiétude d’une conscience sans tache. C’est pourquoi S... s’est bénévolement présenté à mon examen sans peur et sans reproche. Plus âgé que sa femme d’un seul printemps, il offre une taille un peu trapue. Sa large encolure que surmonte une tête presque sessile, témoigne de la vigueur de sa constitution. — Une acné simplex est parsemée aux alentours de ses angles maxillaires, et se répand un peu dans d’autres régions.
Sa verge indique par son volume et sa disposition en massue, qu’elle n’est point habituellement engourdie. Je découvre sur la muqueuse, à gauche du frein, une excoriation étroite, superficielle, pâle, semi-lunaire, non chancreuse [[) , à base un peu dure, et que je ne crois pas indépendante du virus syphilitique. Mais l’absence de ganglions indurés dans l’aine et de tout autre 'symptôme voisin, éloigne absolument de l’esprit l’idée d’une contamination récente dans cet endroit. Il s’agit donc sans doute d’une poussée secondaire fugace, d’une ex-intussusception, si je puis ainsi parler.
La voûte, le voile et les piliers du palais, ainsi que les amygdales sont littéralement couverts de plaques opalines arrondies, confluentes, légèrement élevées, à l’instar de papules muqueuses et variant d’étendue. Un symptôme semblable existait, paraît-il, U y a trois semaines, au côté droit de la muqueuse de la lèvre supérieure; S... en a badigeonné la superficie proprio motu avec de l'eau seconde.
Il ne m’a pas été possible d’obtenir le moindre renseignement sur l’origine et l’évolution de ces symptômes. S..., quoique grand fu-
(l)^Mes études spéciales m’autorisent à émettre cette assertion formelle, qui n’est guère compatible, je le sais, avec les opinions de riiôpital du Midi, où l’on a constamment méconnu les caractères objectifs du chancre.
meur, n'avait rien senti à sa gorge qu'il croyait saine. J'ai pour preuve de sa sincérité l'assurance avec laquelle il s’est montré à moi, et la stupéfaction dont il a été saisi en apprenant par ma bouche ce qu’il y avait de vérolique dans la sienne. C’est tout au plus si, évoquant le souvenir d’un passé lointain, il a pu remonter à la source obscure d’une coulante, aussitôt oubliée que tarie. Sa prétendue iinmaculation est telle, que pendant les trois mois qui ont précédé son mariage, il n’a pas vu de femme, réservant ainsi ses faveurs secondaires pour celle à laquelle il devait s’unir et les faii'e payer si cher!
J’ai tourné et retourné dans tous les sens ce double fait, ainsi que les deux conjoints, sans trouver une porte légitimement ouverte aux hypothèses que vous savez.
Voici donc la morale :
Madame S... a sur la face un psEuno-CHANCaE induré {chancre induré du Midi) escorté d’une adénopathie génienne indurée. Elle doit l’un et l’autre aux caresses d’un époux p acé dans un état secondaire.
Votre collègue, M Bazin — dont vous connaissez la sévérité d’observation et la rectitude de jugement — auquel j’ai montré le mari et la
femme, n’a pas rejeté mon interprétation Mais ne sommes-nous
pas convenus que les observations proprement dites ne sont rien, ou qu’elles doivent au moins céder le pas à l’expérimentation pure? Sans cela je vous dirais : Âb uno disce omnes.
25 décembre 1858.
Rapport présenté par M. Gibert « l’Académie impériale de médecine, dans la séance du 24 7nai 18S9, — au nom d’une commission composée de MM. Velpeau, Ricard, Devergie , Depaul et Gibert, — et adopté dans la séance du 31 mai.
Par une lettre en date du 25 octobre 18S8, M. le ministre de l'agriculture, du commerce et des tra-vaux publics consultait l'Académie pour obtenir la solution des deux questions suivantes, dans l'intérêt de la pratique médicale et de la médecine légale.
1° Les accidents syphilitiques constitutionnels sont-ils contagieux?
2“ Au point de vue de la contagion, le produit de ces accidents a-t-il chez les enfants à la mamelle des propriétés différentes que chez l'adulte ?
Dans la lettre de M. le D'' Auzias-Tdrenne qui avait été l'occasion de la missive ministérielle, et qui y était jointe, on lit cette phrase plus explicite :
« Il s'agit de la contagion possible des accidents secondaires, autrement dits constitutionnels, de la syphilis. »
Ces questions, depuis longtemps résolues pour le praticien, dans le sens de l'affii'mative, avaient été obscurcies par les expériences et les dénégations de Hunter, dans le siècle dernier, et plus encore à notre époque, par un système expérimental nouveau qui tendait à réformer les doctrines généralement reçues sur la syphilis, d'après les résultats obtenus de l'inoculation artificielle.
La contagion des accidents secondaires avait fini par être révoquée en doute ou même complètement niée par plusieurs médecins de cette nouvelle école, bien que les partisans des anciennes doctrines, s'appuyant, à la vérité, presque exclusivement sur l'observation clinique, continuassent de chercher à faire prévaloir rautorifé des faits cliniques sur les lois posées par la doctrine nouvelle.
Moi-même, dans mon Manuel des maladies vénériennes, publié en 1838, j'avais réuni un certain nombre d’observations prouvant la transmissibilité des accidents consécutifs de la syphilis, d’un sujet infecté à un sujet sain, de l’enfant à la nourrice, et réciproquement. Depuis cette époque, de nouveaux faits se sont produits dans la science et sont venus surabondamment démontrer que non-seulement les accidents secondaires ou consécutifs de la syphilis sont contagieux, du moins dans certaines conditions, mais encore, contrairement à une des lois nouvellement établies, que l’inoculation
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artificielle soit par la lancette, soit au moyen du vésicatoire, soit par d’autres procédés encore, peut reproduire ces accidents, non-seulement sur une région saine du sujet déjà infecté, mais encore sur un sujet tout à fait sain. Ainsi, les papules muqueuses ou tubercules plats, l’ecthyma syphilitique, l’ulcère du gosier lui-même, ont pu être inoculés par des expérimentateurs dont il n’est possible de contester ni les lumières ni la bonne foi, et dans des circonstances qui ne pouvaient laisser matière à aucun doute. Le détail de ces nouvelles expériences nous entraînerait trop loin : on en trouvera d’ailleurs le résumé dans les lettres publiées par M. le D'' Auzias-Tl'Renne, dans les numéros du 16 décembre 1858 et 1'^*' janvier 1859 de la Revue étrangère médico-chirurgicale.
Ces expériences dues h des médecins français et étrangers, parmi lesquels il me suffira de citer les noms bien connus de Wallace, Waller, Rinecker, Velpeau, Vidal (de Cassis), Bouley, etc., devaientelles être répétées par nous , ou bien devions-nous nous contenter de relater les faits déjà acquis à la science ?
Quelle que fût notre répugnance profonde pour toute tentative d’inoculation (répugnance tellement accrue par le succès de plusieurs de nos expériences, que nous nous refuserions aujourd’hui formellement à toute nouTelle tentative de ce genre), quelque confusion qu’ait apportée, à notre sens et à celui de bien d’autres, dans les faits et dans leur légitime interprétation , cette prétendue base donnée comme fondement nouveau et nécessaire à la doctrine de la syphilis... nous avons cru, en présence des dénégations obstinées que l’on opposait aux observations cliniques les plus probantes, devoir constater par l’inoculation opérée sous nos yeux la transmissibilité des accidents secondaires de la syphilis.
Disons tout d’abord que nous sommes arrivé, comme il était facile de le prévoir, à des résultats absolument identiques à ceux obtenus par les autres expérimentateurs, partisans comme nous de la contagion, et que nous avons constaté de visu la certitude des conclusions que le D' Rinecker tirait, en 1852, de ses expériences. Nous les empruntons au mémoire récemment publié par M. Rollet dans les Archives générales de médecine (n°® de février, mars et avril 1859).
« 1“ Les lésions locales consécutives à l’inoculation des accidents secondaires n’apparaissent jamais avant la fin de la deuxième semaine, et, en général, elles n’ont lieu qu’après la quatrième semaine; la longueur de l’incubation est un fait caractéristique.
2“ La première altération consécutive à l’inoculation se fait toujours au point où l’inoculation a eu lieu; elle reste pendant longtemps limitée dans le même siège; elle a une marche essentiellement chronique, à ce point que, lorsqu’il n’y a point eu de traitement, l’accident local persiste encore à l’époque où surviennent les symptômes généraux. . ,
3“ L’affection locale se produit sous forme de tubercules (jui s ulcèrent au bout de quelque temps, peuvent devenir fongueux, et entraînent le plus souvent le gonflement des ganglions lymphatiques.
4” Les symptômes généraux ne débutent guère qu’au bout d un
mois, souvent beaucoup plus tard, après les premières manifestations locales. ))
Or, tous ces caractères qui appartiennent à la syphilis consécutive ou secondaire, diffèrent essentiellement de ceux qui ont été assignés à la syphilis primitive, soit spontanée, soit inoculée, et suffiraient seuls à prouver le caractère contagieux des accidents consécutifs auxquels on avait formellement refusé ce caractère.
En effet, dans la doctrine des anti-contagionnistes, on admet que te chancre est toujours le seul symptôme caractéristique de la syphilis à son début; que le chancre vénérien type, le chancre induré, le chancre infectant, comme on dit aujourd’hui, est un ulcère ordinairement précédé d’une pustule qui débute sans période d’incubation ; ulcère qui s’indure plus ou moins rapidement, mais toujours dans le premier septénaire qui suit le coït infectant, en sorte que : défaut d'incubation, forme élémentaire pustuleuse, ulcération, induration toujours consécutive à l’ulcération, tels sont les caractères imposés au chancre primitif.
Tandis que : période d’incubation de 18 à 20 jours et plus, forme
papuleuse primitive, puis tuberculeuse, eufiu, ulcéro-croûteuse
tels sont les caractères du phénomène consécutif ou secondaire ; il est vrai que le chirurgien distingué que nous avons cité plus haut (M. Rollet, de Lyon), s’éloignant complètement de l’opinion de M. Hicord, sur ce point, veut que l’accideut secondaire soit regardé, de même que le primitif, comme un chancre induré... ; mais notre opinion, conforme à celle de M. le docteur Adzias-Tubenne, est que, dans tous les cas où l’on a cru trouver dans la marche et les phénomènes de l’accident local, une complète analogie entre le chancre induré primitif et l’ulcère secondaire, on s’en est laisié imposer par des idées préconçues, et que l’on a pris pour des accidents primitifs des lésions locales dues à une véritable communication d’accidents secondaires ou consécutifs, accidents dont l’expérimentation directe a démontré le caractère contagieux.
Voici, en peu de mots, les nouveaux faits que nous pouvons citer à l’appui de cette doctrine :
i° N® 1 . Saint-Charles. — Adulte affecté d’un lupus ou dartre rongeante de la face, dont le début date de l’enfance. Inoculation au bras gauche sur une surface excoriée par un vésicatoire à l’ammoniaque, à l’aide d’une application de charpie imbibée de matière purulente recueillie sur des papules muqueuses secondaires de l’anus.
Ce dernier sujet, couché dans le service de M. Bazin (pavillon Saint-Mathieu) présentait autour de l’anus une couronne de pustules plates datant d’une quinzaine de jours, consécutives à un chancre du prépuce contracté quinze mois auparavant, chancre dont la cicatrice est restée apparente.
Le 30 janvier 1859, cinq jours écoulés depuis l’inoculation, celleci n’avait laissé d’autre trace que la maculature du vésicatoire, de la largeur environ d’une pièce de cinquante centimes. Neuf jours plus tard, la maculature elfacée, un peu de rougeur apparaît au même lieu. Le 12 février, dix-huitième jour de l’inoculation, appa-
rition d'une papule cuivrée, saillante. Le IG, vingt-deuxième jour, un peu de suintement s’opère è la surface de cette papule, qui a grossi et s'est étalée. Ce suintement devient purulent et se concrète en croûte légère; le 23, vingt-neuvième jour, un ganglion existe dans l’aisselle correspondante Le 26, trente-deuxième jour, la croûte, détachée par un bain de vapeur, laisse voir une excoriation encore trèi-superlicielle. Le 21 mars, cinquante-cinquième jour, une ulcération toujours superficielle, s'est un peu creusée dans le centre de la papule devenue de plus en plus saillante, indurée, et constituant un véritable tubercule; de plus, quelques taches et quelques papules rougeâtres se sont montrées sur le tronc; plus tard, elles se sont changées en pustules acnéiques qui se sont généralisées sur la face palmaire des membres supérieurs, sur le ventre, sur la face interne des cuisses et sur les régions inguinales, etc. Le 31 mars, on met le malade tà l’usage du sirop de deuto-iodure-ioduré et des bains de sublimé; aujourd’hui, 16 mai, après six semaines de traitement, le tubercule ulcéré du bras est résolu, offrant, à son centre, une ci- • catrice blanche, superficielle, un peu déprimée. Les ganglions axillaires persistent : La syphilide générale commence à entrer en résolution.
2» N“ il. Saint-Charles. — Adulte vigoureux affecté d'un lupus papulo-tuberculeux invétéré qui couvre toute la face et s’accompagne d'hypertrophie. Plusieurs inoculations successives, par le même procédé et avec la même matière que le précédent. Deux de ces inoculations ont réussi, donnant lieu aux mêmes phénomènes locaux, mais précédés d'une période d’incubation encore plus longue, et qui n'a guère été moindre de 25 jours de silence, après lesquels un peu de rougeur a commencé à se montrer, ultérieurement suivie du développement d’une papule sèche d'abord, puis humide, excoriée, croûleuse et indurée, constituant, en un mot, un véritable tubercule plat. Un ganglion du volume d’une noisette s’est développé concurremment dans la région axillaire. Une roséole a commencé à se montrer sur le tronc le 5 mars, c'est-à-dire le trenteseptième jour qui a suivi l'inoculation. Peu après, un traitement spécifique a été commencé; la guérison paraissait entière le 17 mai suivant.
Les sujets de ces deux expériences ont été inoculés sous mes yeux par M. le D' Auzias-ïdrenne, dont je ne saurais trop louer le zèle et l’assiduité. Les deux suivants ont été inoculés par moi-même, et par le procédé vulgaire, c’est-à-dire au moyen de la lancette.
3“ Le premier de ces deux cas offre une grande analogie avec les précédents, seulement la papule a été beaucoup moins volumineuse, l'induration tuberculeuse moins prononcée, moins étendue, et s est résolue moins rapidement, laissant une ulcération arrondie, superficielle, un peu fongueuse. Le traitement spécifique a été institué avant l’apparition de la roséole. Aujourd’hui, 17 mai, ce sujet est en voie de guérison. On s’est servi pour l'inoculation de 1 espèce de lymphe sécrétée par la surface papuleuse du n® 1, cité en premier lieu. Celte inoculation a été pratii|uée le 28 février 1859, le phénomène local nyaant aloi s seize a dix-sept jours de date.
4” La seconde observation est beaucoup plus curieuse, à cause du siège où a été puisé le virus (papule squammeuse du front), des apparences de celui-ci (la lancette n’était chargée que de sérosité sanglante), de la longue durée de l’incubation (trente-cinq jours environ), enfin de la forme du phénomène initial, qui n’a, pendant -toute sa durée, offert d’antre lésion apparente qu’une papule étalée en plaque squammeuse, sans aucune exhalation ni excoriation ; il n’y a pas moyen, par conséquent, d’admettre ici le sentiment de M. Rollet, et de confondre une pareille lésion avec le chancre induré.
Voici les détails de cette intéressante observation :
Le malade qui a fourni la matière de l’inoculation avait été traité à l’hôpital du Midi (service de M. Puclie), d’un chancre induré de la face externe du prépuce (un peu phimosique), qui, lors de sou entrée dans nos salles, le 7 février 1859, avait laissé une cicatrice indurée, encore un peu rougeâtre, en forme de tubercule plat lenticulaire, avec engorgement indolent et léger des ganglions inguinaux. Sur la verge, le scrotum, la partie interne correspondante des cuisses, à l’anus..., s’étaient développées des papules muqueuses secondaires, qui, de là, s’étaient répandues sur d’autres régions. 11 existait, notamment au front, une large papule squammeuse, d’un rouge cuivré, tout à fait sèche, et ayant environ l’étendue d'une pièce de cinquante centimes. Le 9 février, la pointe d’une lancette fut enfoncée dans la circonférence de cette papule, et se chargea d’un sang un peu séreux, qui fut immédiatement inoculé à la partie supérieure de la face palmaire de l’avant-bras droit, près du pli du coude, d’un sujet affecté, comme les précédents, de lupus du visage. Comme nous n’avions aucunement la pensée que cette inoculation pût réussir, nous laissâmes sortir ce jeune homme une quinzaine de jours plus tard; la trace de la piqûre de la lancette était alors complètement effacée.
Le l®’’ avril suivant, ce jeune homme rentra au pavillon Saint- Mathieu dans le service de M. Bazin. Alors, c’est-à-dire cinquante jour.' écoulés depuis l’inoculation, on vit avec surprise qu’au point où elle avait eu lieu, s’était développée une papule rougeâtre, étalée et irrégulière, légèrement squammeuse, tout âfait sèche, de la largeur d’une pièce de cinquante centimes environ..., rappelant trèsbien, par conséquent, la papule squammeuse frontale qui avait servi à l’inoculation.
Au dire du malade, le début de cette papule remontait à quinze jours environ; elle n’aurait donc commencé à se montrer que trente-cinq jours après l’inoculation. Au-dessus et autour de cette plaque, on découvrait quelques taches cuivrées un peu saillantes, commencement de la syphilide squammeuse consécutive, qui, plus tard, s’est étendue aux autres régions du corps. Un ganglion douloureux, plus gros qu’une noisette, s’était développé dans l’aisselle correspondante.
Le 23 avril, le sujet se place comme infirmier dans une autre division du service de M. Bazin; il était alors dans l’état suivant : tache!; de roséole sur le tronc, quelques rares papules squammeuses sur la face palmaire des membres siniérie\irs; pci’siitancc à l’avant-
bras droit de la papule cuivrée initiale ; papules squummo-croûteuses abondamment répandues dans le cuir chevelu ; engorgement des ganglions cervicaux postérieurs; papules muqueuses commençantes à l’ombilic et au pourtour de l'anus : rien à la bouche, au gosier, ni aux parties génitales.-
Peu après on institue le traitement spécifique, et déjà le 18 mai suivant tous les symptômes notablement amendés annonçaient une guérison prochaine.
Tous ces sujets, vierges d’ailleurs de toute syphilis avant nos expériences, étaient, comme on Ta vu, affect 5s de lupus invétéré du visage, sans offrir d’autre indice de scrofules. Il nous a semblé que ce genre d’expérimentation offrait moins d’inconvénient sur eux que sur d’autres : peut-être même était-il permis d’espérer que le traitement spécifique institué en vue de la diathèse syphilitique pourrait modifier avantageusement la maladie ancienne de la peau, et que cette double modification morbide et thérapeutique ne serait pas sans quelque heureuse influence sur le lupus, que Ton n’avait pu jusque-là amener à guérison. L’avenir nous apprendra si cet espoir pourra se réaliser !
En attendant, nous croyons que ces expériences, dont les résultats ont été constatés par plusieurs membres de la Commission et par troismédecins de l’hôpital Saint-Louis, MM. Bazin, Devergie etHardy, ne permettent plus d’élever aucun doute sur le caractère contagieux de la syphilis consécutive ou secondaire.
Si Ton y joint les inoculations pratiquées par d’autres médecin', tant en France qu’à l’Etranger, et surtout les faits cliniques nombreux qui militent en faveur de notre opinion, nous pensons que toute tentative nouvelle d’inoculation artificielle devient superflue, et peut même être regardée comme blâmable.
Nous n’hésiterons donc point à répondre par l’affirmative à la première question posée par M. le D'' Aüzias- Turenne, et soumise à la Compagnie par M. le Ministre.
Quant à la seconde question, outre qu’elle se trouve implicitement résolue par la solution de la première, les faits cliniques ne sont là ni moins nombreux ni moins probants que dans le premier cas.
Tous les praticiens ont vu, tous les auteurs ont rapporté des exemples d’iufection de la nourrice par le nourrisson, et de la propagation ultérieure de la maladie à d’autres sujets par 1 un ou par
Tautre et il n’y a aucune raison de supposer que dans ce cas le
virus syphilitique ait des propriétés différentes de celles observées chez l’adulte.
Les exemples d’infection du nourrisson par la nourrice sont moins nombreux et moins authentiques... ce qui se comprend facilement, puisqu’une nourrice malade ne trouve guère de personnes disposées à lui confier un nourrisson; cependant il en existe aussi dans la science, et un médecin de Paris, M. le D'' Caron, a récemment comniunif|ué ud6 observation l'oi’t intéressante sur ce sujets a la Société médicale du deuxième arrondissement.
En résumé donc, nous proposons à la Compagnie de repondre
aux deux questions posées dans la lettre ministérielle de la niuuière suivante :
1® Il y a des accidents secondaires ou constitutionnels de la syphilis manifestement contagieux. En tête de ces accidents, il faut placer la papule muqueuse ou tubercule plat.
2° Cette règle s’applique à la nourrice et au nourrisson comme aux autres sujets, et il n’y a aucune raison de supposer que, chez les enfants à la mamelle, le produit de ces accidents ait des propriétés différentes de celles qu’on lui connaît chez l’adulte.