‹ Correspondance syphiliographiqueChapitre 6 sur 16 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Au professeur W. Boëck à Christiania.

Les Zoïles de Malpighi claietit en Italie; ceux de Baglivi à Rome; et ceux de Bichat à Paris.

{Réponse de M. Sebbes à M. Tiedemank.)

Très-cher et très-houoré confrère,

Vous êtes plus à même que moi de juger, en parfaite connaissance de cause, le sentiment de votre honorable collègue, M. Faye, à l'égard de la syphilisation. Je n’ai pas été témoin, bien entendu, des faits inédits sur lesquels il s'appuie, et mon habitude n'est point d’user envers mes adversaires d'un procédé dont je n’ai eu que trop à me plaindre personnellement, et qui consiste à porter, d’après les errements du passé, un jugement sur les questions dont la solution dépend surtout de l'avenir.

Je ne chercherai pas non plus à avoir raison , dans votre esprit , sur M. Faye, touchant le résultat fort discutable, d’après lui, de mes expériences sur les animaux. Votre collègue fait sans doute allusion à la prétendue non-production, chez les animaux, de symptômes constitutionnels. Il suffit pourtant d’inoculer un certain nombre de bêtes par du pus chancreux, et de les garder pendant plusieurs mois, pour voir naître chez quelques-unes d’entre elles des symptômes évidents de syphilis constitutionnelle. Je pourrai vous raconter plus tard des expériences détaillées sur ce sujet; mais la syphilis des animaux est une question devenue secondaire, dont je ne veux pas sans à-propos et à tout propos vous entretenir.

Une chose, entre autres, a fixé mon attention dans la publication de M. Faye : c’est que, pour arriver à condamner la syphilisation, il a dû reconnaître la nécessité d’expérimenter, et l’efficacité, au moins dans certaine mesure, des inoculations successives. C’était faire assez bon marché de ce qui se pense et se passe à l’hôpital du Midi, où il n’est prétexte qui ne soit le bienvenu pour empêcher des syphilisations publiques. On paraît, en effet, y redouter singulièrement des résultats qui ne manqueraient pas de rendre très-prochain le triomphe de la syphilisation en France. N’est-il pas bien étrange que dans un lieu où ont été faites,.depuis vingt-cinq ans, des milliers d’inoculations de curiosité pure, on ne veuille pas en tenter une seule au bénéfice des malades?

Sans le savoir, peut-être, M. Faye a porté d’autres et de rudes coups à l’hôpital du Midi. Il a dû montrer notamment les inconvé-

nieiits de changer tout coup de doctrine, après a^voir tra-vaillé pendant un quart de siècle à former une armée de disciples. Ceux-ci attachés pour la plupart à leur -vieux drapeau, deviennent indisciplinés parce qu’ils ont de la peine à comprendre le rôle inattendu qu’on prétend leur faire jouer.

Connaissez-vous bien tout le dégât que l’hôpital du Midi a fait luimême dans sa propre doctrine? Celle-ci pouvait, vous en souvientil, se résumer dans une seule phrase : le chancre est seul inoculable; il peut donc seul donner la vérole. Mais voici qu’un changement à vue s’est opéré, et qu’on admet aujourd’hui deux chancres sans' aucune parenté, — ou bien peait-être deux chancres dont l’un est une espèce de bâtard. — De ces deux chancres, le premier, vraiment syphilitique, le chancre dur (on ne dit plus guère aujourd’hui chancre induré), ne s’inocule pas et infecte loujours, tandis que le second, le chancre mou, n’infecte jamais et s’inocule toujom-s, indéfiniment. Cela est précis, n’est-ce pas, comme une proposition de géométrie? Mais voici le fin mot de l’affaire. On voulait arriver à nous dire que les syphilisateurs n’inoculent que le pus de chancres mous, c’est-àdire un pus qui n’a rien de syphilitique. Ce subterfuge est un piège qu’on se tend à soi-même. Ne se crée-t-on pas, en effet, de nouveaux embarras, et notamment celui d’avoir à se justifier de crier si haut contre les dangers de nos inoculations? Bref, on a cru trouver quelque argument dans un changement de doctrine, et aujourd’hui le chancre dur est une véritable déité. Tantôt on en relègue le temple dans les régions reculées ne l’urètre, tantôt un doigté de faveur est exigé de qui veut en pénétrer les mystères. Ecoutez l’oracle avec ses ambiguités : «Il est vrai qu’au delà de l’anneau vulvaire, dans le vagin , l’induration perd de sa rénittence, de sa netteté, qu’elle peut manquer même ou devenir moins facilement appréciable. Mais si elle échappe quelquefois, elle n'en existe pas moins d’une manière générale ; elle se produit bien réellement et peut être perçue dans un certain temps et par de certains doigts. » Puis apprenez bien vite, par la bouche du même oracle, — ce qui rend parfaitement clair ce que vous auriez pu prendre d’abord pour du galimatias, — que cette induration qui peut manquer quand elle existe, ou bien qui existe quand elle manque, « est irrécusable en tant que phénomène pathologique DOCTRINAL. ))

Quand nos adversaires veulent frapper un grand coup, ils ne manquent pas d’imaginer que c’est la vaccination qui m’a suggéré, par analogie, la première idée de la syphilisation; puis, se méprenant sur le sens réel de ce mot analogie, qui implique à la fois l’idée de ressemblances et celle de différences, ils ne tiennent aucun compte des ressemblances, et ils s’appuient exclusivement sur les données différentielles pour essayer de jeter de la défaveur sur l’origine de la syphilisation. C’est ainsi qu’a procédé M. Paye. Or, au contraire, quand j’ai trouvé la syphilisation, je comprenais très-bien la difficulté de faire un rapprochement exact (ou plutôt un rapprochement tel qu’on veut l’entendre) entre les deux virus syphilitique et vaccinal. Je savais comme tout le monde (et pourquoi ne le dirais-je pas, mieux que beaucoup de monde), que le virus vaccin épuise bien

plus vile son action sur l'organisuie que le virus syphililique. Aussi n’est-ce pas d’abord en suivant le lieu de l’analogie que je suis arrivé à la découverte de la syphilisation. Il est vrai que je me suis ensuite laissé conduire par ce lien pour parvenir à la solution de problèmes intéressants et relatifs cà l’étude des virus en général.

M. Paye commet une autre erreur, dont il avait besoin à l’appui de la thèse qu’il soutient. Cette erreur consiste à considérer comme purement locale l’action du pus chancreux, de telle façon que l’apparition du chancre ne serait jamais précédée d’incubation. Cette fausse opinion provient sans doute de ce qu’on ne veut pas établir de distinction entre une première inoculation (ou une première contamination) et celles qui viennent après. La première est suivie d’incubation , tandis que les autres ne le sont pas, parce qu’il se fait alors, pour ainsi dire, un travail continu. Elles seraient néanmoins encore suivies d’un temps d’incubation plus ou moins long, s’il s’agissait de l’inoculation d’un pus notablement plus énergique, ou bien d’un pus mieux approprié au sujet (plus fort, si vous voulez, relativement à l’idiosyncrasie de ce sujet) que le jus précédemment inoculé. Quelque chose d’analogue paraît avoir lieu pour la vaccination, sur les phénomènes de laquelle la syphilisation reflète un si grand jour, grâce précisément à ses inoculations successives et à ses lenteurs, qui en font une sorte d’analyse très-favorable à l’observation. C’est ici surtout qu’il convient de recueillir les enseignements de l’analogie.

Qu’esl-ce que cette immunité de M. Paye, laquelle serait le privilège du derme, qu’elle ne saurait dépasser? Ne vous prend-il pas envie de demander grâce pour les muqueuses, par exemple? Le virus va-t-il donc se réfugier et concentrer ses ravages dans les profondeurs organiques? M. Paye semble vouloir dire que les inoculations réitérées du virus chancreux confèrent à la peau une immunité exclusive et temporaire. J’admets pour un instant cette opinion. J’en ferai sortir... quoi? La réhabilitation de la syphilisation préventive. — Notez bien que dans la disposition d’esprit favorable où je me suppose à l’opinion de M. Paye, j’ai bien garde de m’apercevoir de cette contradiction , qui consiste à admettre la guérison d’accidents syphilitiques par une action exclusivement dermique, en même temps que la possibilité du renforcement de la diathèse par cette même action.

Suivez bien mon raisonnement.

D’après M. Paye, la syphilisation ne guérit pas radicalement. Donc il n’est pas très-utile de l’employer comme méthode curative. Elle confère, d’après lui, une immunité purement dermique (c’est-à-dire dont l’action ne dépasse pas le derme), qui n’est que temporaire. Mais cette immunité durera bien une année ou au moins quelques mois. Or, un jeune homme qui se ferait syphiliser une bonne fois, et auquel on pratiquerait tous les ans, — ou après un autre intervalle de temps jugé convenable, — quelques Inoculations complémentaires, se trouverait donc comme enveloppé d’une cuirasse contre la syphilis, et cela par une action purement dermique, une action sans retentissement dans l’organisme, par une action enfin

bornée à la peau et sans doute aux orifices des membranes muqueuses, c’est-à-dire bornée aux seules portes d’entrée de la syphilis.

Je fais abstraction ici de la syphilis congénitale. — Quel père ne bénirait pas, à ce compte, le syphilisateur de son fils? Quel gouvernement hésiterait à rendre la syphilisation obligatoire pour tous?

Mais nous n’en sommes pas là. J’ai voulu seulement donner à M. Faye une démonstration par l'absurde, et lui montrer qu’il lui suffirait de raisonner un peu juste, dans cette circonstance, pour devenir plus syphilisateur que nous, à l’instar de ceux qui étaient autrefois plus royalistes que le roi.

Je suis donc loin, en réalité, de vouloir emprunter un argument à M. Faye, qui paraît avoir l’idée fixe de décréditer la syphilisation. A peine tient-il à ce qu’il dit. Il n’est pas sûr de son fait. On voit qu’il cherche et tâtonne. Ici les chancres syphilisants sont des exutoires; là, ils ne produisent plus qu’uue immunité dermique, sans qu’on sache trop s’il s’agit pour lui d’un seul ou de deux arguments.

Une seule chose est avouée très-catégoriquement par lui : c’est que les symptômes syphilitiques disparaissent sous l’influence de la syphilisation. Aveu précieux, — non pas précisément pour M. Ricord, — et qui prouve le degré d’évidence où vous avez porté la démonstration de ce fait dans un pays où la syphilis s’exprime par des symptômes aussi tenaces que graves. C’est parce que cet aveu forcé de M. Faye était peu du goût de nos intolérants adversaires parisiens, qu’ils ont mieux aimé laisser passer inaperçu son mémoire que de nous faire la plus mince concession. M. Faye, dans sa croisade solitaire contre la syphilisation , devait au moins s’attendre à une mention honorable de leur part. Quoi! sans les syphilisateurs, il n’aurait pas même été question de lui! Je signale avec désintéressement le mécompte de M. Faye aux journaux qui reçoivent le mot d’ordre de l’hôpital du Midi.

Bref, si j’étais en droit de questionner M. Faye, je lui demanderais pourquoi le virus syphilisateur, curatif, n’étendrait pas aussi profondément son action que lè virus quand il infecte l’économie.

Pourquoi, très-cher et très-honoré confrère, oraindriez-vous, dans l’occasion, de réinoculer vos syphilisés? Vos scrupules n’ont rien de fondé en théorie (je me félicite de ne les avoir jamais partagés en pratique). Supposons, en effet, qu’il existe au bout d’un certain temps un déchet notable d’immunité; hésiteriez-vous, un mois après la syphilisation , à pratiquer des inoculations réparatrices de ce déchet? Pourquoi donc hésiteriez-vous davantage après une année? Vos malades, croyez-le, n’ont pas été guéris par suite d’une modification passagère de l’organisme ni d’une destruction pure et simple du virus. Ils ont acquis, au contraire, de par le virus syphilitique, une constitution particulière et incompatible avec de nouveaux accidents dus à l’action ou au développement du virus. Si ce fonds constitutionnel nouveau semble s’épuiser, c’est par suite d’un échange de propriétés ou de syphüisme qui s’opère entre des organes atteints complètement par le bénéfice de la syphilisation, et d’autres organes plus difficilement, plus lentement accessibles. Rendez donc aux premiers, par un nouveau versement de virus, ce qu ils ont abandonné

aux seconds, jusqu’à ce que ceux-ci aient acquis, pour ainsi dire, leur part d’iiuiuunité, et que ceux-là, que tous enün, puissent jouir d’une exemption aussi durable que le comportent les mouvements de composition et de décomposition de l’organisme. Il n’est pas surprenant que ceux d’entre les organes qui ne se montrent que fort tard, tertiairemenl J par exemple, affectés par le virus, soient un peu retardataires h en recevoir le double effet curatif et préservatif.

Mais je suis loin de vous conseiller de pousser, comme M. Faye, du pus virulent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Qu’est-ce, eu effet, que du pus virulent? C’est du virus dont le pus est le véhicule, ou du pus, si vous aimez mieux, additionné de virus. Or, le virus ne détruit ni la composition ni les propriétés générales de ce pus, auquel il ajoute lei siennes (celles-ci sont non avenues pour les syphilisés). Eh bien! qui oserait injecter ou insinuer du pus, même louable, dans le tissu cellulaire sous-cutané? M. Faye fait-il autre chose, quand il pousse du pus virulent dans le tissu cellulaire souscutané des syphilisés?

— Un journal de Montpellier qui se distingue par l’indépendance et par le choix de sa rédaction, la Revue thérapeutique du, Midi ^ publie, d’aprhsVEdinhurgh medical Journal;, la discussion qui a suivi la lecture d’un de vos mémoires, faite par le professeur Simpson à la Société médico-chirurgicale d’Edimbourg. Je vous envoie cette traduction correcte du D'' R. Gordon, qui la fait suivre de quelques lignes dont j’ai profondément senti la délicate et généreuse intention.

« Le D'' J.-D. Gillespie déclare avoir écouté avec beaucoup d’intérêt la lecture que vient de faire le professeur Simpson du mémoire du D’ Bœck. Ayant eu l’occasion d’entendre, chez le professeur Simpson, le D' Bœck émettre ses opinions sur la syphilisation, il l’a trouvé complètement convaincu de la vérité de ses assertions ; mais il ne pense pas que leur exactitude puisse être jamais vérifiée , en Angleterre, sur une grande échelle. M. Gillespie suppose que les médecins anglais n’ont pas une crainte aussi exagérée de la syphilis constitutionnelle que ceux du continent. En général, cette affection peut être amenée à une terminaison satisfaisante sans recourir à une méthode de traitement aussi repoussante que la syphilisation; parfois même , elle semble disparaître graduellement sans l’intervention du médecin, et après avoir résisté à toutes les médications employées. Le D*' Bœck a trouvé que la syphilisation ne réussissait pas également chez les malades qui avaient été mercurialisés, et il attribuait, dans ces cas, la difficulté du traitement à l’emploi antérieur du mercure; mais celle-ci ne pouvait-elle pas dépendre de la constitution vicieuse du sujet? Il est juste de dire aussi que le mercure avait été mis en usage dans les formes les plus rebelles de la syphilis. Le D'^ Bœck émet une assertion trop générale, quand il dit qu’à Edimbourg le mercure n’est pas appliqué au traitement de la syphilis constitutionnelle. Le mercure, employé judicieusement, comme on le fait aujourd’hui, est un agent précieux contre

cette affection. Le D' Gillespic conclut en exprimant au professeur Simpson combien la société lui sait gré de cette communication.

« Le D’’ Andrew Wood dit qu’il avait eu le plaisir d’entendre les remarques du D'' Bœck, lorsque ce médecin était à Edimbourg; il le tenait pour un homme consciencieux et intelligent, mais trop exclusivement dominé peut-être par l’importance de l’application de la syphilisation. Plusieurs opinions contenues dans le mémoire qui venait d’être lu étaient de nature à le conlirmer dans cette manière de voir, entr e autres celle que le traitement n’avait rien de désagréable. Il avait de la peine à se persuader qu’il ne fût pas très-désagréable, pour le malade, d’être inoculé de trois à six chancres tous les trois jours, pendant deux, trois ou même six mois. 11 n’était pas au courant de la médecine en Norvège; mais il pouvait parler en connaissance de cause de la grande amélioration introduite dans le traitement de la syphilis par les médecins anglais, civils et militaires. Cette amélioration consiste à remplacer, grâce aux efforts du D'' J. Thomson de cette université, par un emploi judicieux du mercure, l’usage inintelligent qui en était fait dans tous les cas de la maladie. Si la supériorité de la méthode du D'' Bœck nous était suffisamment démontrée, nous n’hésiterions pas à l’adopter exclusivement à toute autre; mais, d’après les preuves mêmes fournies par son défenseur enthousiaste, la syphilisation était non-seulement pénible, mais encore repoussante. C’est certes un fait curieux, s’il est exact, que de guérir la syphilis constitutionnelle par les inoculations du virus chancreux. Cependant le D'' Wood ne pensait pas qu’à raison des inconvénients dont nous venons de parler la syphilisation pût être adoptée dans la pratique par les médecins d’Edimbourg, de préférence aux méthodes de traitement dont nous sommes redevables aux progrès de la science moderne.

« Le D'^ Lister fait remarquer que le professeur Paye, pendant son séjour à Edimbourg, l’année dernière, déclara, de la manière la plus formelle, que les ulcères produits par la pommade stibiée sont aussi efficaces que ceux qui résultent des inoculations syphilitiques. Les deux professeurs Paye et Bœck étaient donc en désaccord, et il serait désirable de savoir lequel des deux est dans le vrai.

« Le professeur Alison dit que, d’après tout ce qu’il a entendu, il pensait que le D'' Bœck finirait par établir la vérité de sa théorie, mais qu’il aurait besoin, pour cela, d’un temps considérable, car les effets du remède sur les malades ne pouvaient être appréciés qu’à la longue. L’analogie curieuse qui existe entre la syphilisation et la vaccination rend probable l’efficacité de cette médication. Nous voyons que la maladie se trouve modifiée après un laps de temps considérable, et il y a tout lieu de croire qu’on peut lavoir disparaître entièrement. 11 faut, toutefois, tenir compte de certains points importants, tels que les effets produits sur les différents tissus du corps, les idiosyncrasies des sujets, les résultats de la syphilisation dans les cas où le périoste a été affecté et ceux où le mercure, l’iode, etc., ont été employés, et déterminer enfin jusqu’à quel point la diathèse strumeuse était modifiée par la syphilisation.

« Le professeur Simpson dit que, connaissant le D'' Bœck person-

iiellemeul, connue un observateur très-soigneux, hnparlitil et exact, et professant la plus grande estime pour lui, il ne peut s'empêcher de considérer ses remarques sur la syphilisation comme formant un sujet de la plus haute importance en chirurgie pratique. Ailleurs, le D'^ Bceck avait déclaré qu'è ses yeux la curabilité de la syphilis constitutionnelle par la syphilisation avait une certitude mathématique. Naturellement la syphilisation, comme toutes les nouvelles méthodes de traitement, devait soulever des préventions et des oppositions. Le D'' Wood a dit que c'était une chose pénible, que d’avoir à subir trois inoculations tous les trois jours; mais il est tout aussi désagréable d’avoir h prendre trois doses de pilules bleues tous les jours. IjO genre de vie des malades du Bœck n’est pas changé pendant la durée du traitement; ils ne prennent aucun médicament, à moins qu’ils «'aient subi déjà un traitement par le mercure; l’apparition de nouveaux accidents, tels que le mal de gorge et l’iritis, n’exige aucune médication spéciale. M. Bœck assure n’avoir pas rencontré un seul cas qui ait été aggravé ou qui ait résisté à ce mode de traitement. Peu de médications soumises au public médical présentent autant de garanties. On a objecté que les deux cents à trois cents cas de syphilis constitutionnelle, traités par le D'' Bœck, auraient guéri peut-être sans aucun traitement; mais un grand nombre des malades avaient été soumis, sans succès, à tous les agents antisyphilitiques, et n’ont guéti ensuite que par la syphilisation. Le D'' Simpson n’a pas d’expérience personnelle à cet égard; mais, lorsque le D'^ Bœck était à Edimbourg, il lui avait montré un malade atteint, depuis treize ans, de syphilis constitutionnelle, et qui avait consulté plusieurs de nos plus grandes célébrités chiiurgicales; il n’était pas encore guéri et présentait une hypertrophie et des ulcères de la langue, etc. Le professeur de Christiania lui a promis une guérison radicale, par la syphilisation, au bout de quelques mois; il avait vu, dit-il, plusieurs cas aussi graves céder à celte médication. Le D'' Bœck avait trouvé que la meilleure manière de syphiliser consistait à pratiquer six ou trois nouvelles inoculations tous les trois jours; mais assurément, à en juger par l’analogie, une seule inoculation suffirait; et, s’il en élait ainsi, cette circonstance dissiperait quelques-uns des préjugés qui existent contre la syphilisation. Le D'' Bœck ne prétend pas expliquer le mode d’agir du remède : peut-être faisait-il traverser plus rapidement cà la maladie ses différentes phases, car la syphilis constitutionnelle consistait probablement en une succession d’attaques fébriles distindes et d’iuflammations locales spécifiques. M. Lister a dit que les pustules produites par la pommade stibiée sont aussi efficaces que celles qui résultent des inoculations syphilitiques; pourquoi les D” Gillespie et Lister n’en font-ils pas'l’essai au Lock Hospital? »

— Un fait important vient de se produire en France. Vous savez qu’on pratique des revaccinations générales dans l’armée. Sur 60 artilleurs revaccinés à Toulouse, 9 ont éprouvé des accidents typhiques ou érysipélateux plus ou moins graves. Le baron Larrey, envoyé à Touloufe à cette occasion par M. le ministre de la guerre, a fait à

rAcadémie de médecine, daiis,la séance du 22 juillet, un petit rapport de ce qu'il a\ait vu ou appris, et il y a joint le détail des précautions qu’il a conseillé de prendre pour prévenir le retour de semblables ou d’autres accidents. Au nombre de ces précautions est celle de bien prendre garde que les sujots.qui l'ournissent le vaccin ne soient atteints de syphilis. Rien n’est plus .sage, assurément, que ce conseil. Je connais des faits qni prouvent, — je sais que vous en avez aussi par devers vous, — qu’on peut gratifier de la grosse vérole d’innocents petits êtres daüs le but, d’ailleurs fort louable, de les préserver de la petite.

Ce ne serait certes pas sur 60 syphilisés qu’on verrait survenir 9 exemples d’accidents graves. La syphilisation n’offre pas même les dangers généralement très-minimes de la vaccination. Le L... et moi savons bien ce qu’il en est, par suite de syphilisations que nous avons pratiquées sur des personnes qui se trouvaient placées dans une situation très-analogue, pour ne pas dire plus, à celle des artilleurs de Toulouse.

— A propos du D'' L..., je viens d’en avoir des nouvelles, en recevant la visite de son fils, âgé de cinq ans. Ce fils d’un sypbilisé est à la fois le portrait de son père et très-bien portant. Quant au père, il n’est pas d’écueil qu’il n’ait traversé depuis sa syphilisation. Fièvre typhoïde grave à Paris, habilement surveillée et combattue par M. Aranj typhus eu Crimée ; mort (à moins qu’un chirurgien militaire ne se soit trompé en publiant son autopsie)... S’adresser, pour le complément et la précision des détails, au D'' Laval, à A'alona, en Albanie. — J’ai envie de soutenir que la syphilisation empêche bien un peu de mourir.

— M. Bazin vient de terminer, à l’hôpital Saint-Louis, une série de remarquables leçons sur les syphilides. Je ne crains pas de démenti en disant que cet habile dermatologiste professe autant de sympathie pour la syphilisation que de défiance à l’égard du mercure. Ces leçons seront publiées par l’interne de M. Bazin, M. Louis Fournier, jeune homme aussi distingué par son savoir précoce que par la franchise et par l’aménité de son caractère.

— M. Baerensprung, m’écrit-on de Berlin, renonce h l’emploi du mercure, et s’imagine triompher complètement de la syphilis par la diète. La syphilisation a décidément un peu troublé les cerveaux syphiliograph-iques. C’est à qui expliquera les succès de la nouvelle méthode' autrement que par l’action du virus. Chacun donc invente à ^on tour à peu près le même moyen (renouvelé du quinzième et du seizième siècle), de se passer du mercure ou d’en restreindre l’emploi. On dirait d’une recrudescence ou d’une nouvelle invasion de la doctrine physiologique. M. Ricord paraît avoir échappé jus- ([u’ici à cette épidémie, qui a pourtant éclaté bien près de lui.

— Je vous remercie beaucoup de m’avoir envoyé le travail de M. Daniclssen sur le traitement de la syphilis et de la spedalskhed

par la sypliilisalLou. Eiivoyez-inoi maiiiteiiuut im Norvégien, pour m’aider à. ü-adnire cet ouvrage en français,

— iM. Gjôr a été très-apprécié à Paris. La modestie de ce confrère est au niveau de son savoir. Is professor, talis discipulus.

— Le D'^ Fucecchio, de Luglio, en Toscane, envoie à l’Académie de médecine (séance du 3 août) une note sur l’usage du gciiac dans la vérole. M. Ricord est nommé commissaire. Or, M. Ricord u’ayant pas fait, que Je sache, un seul rapport à l’Académie, ne rapportera vraisemblablement pas la note de M. Fucecchio, qui fera mieux de la publier que de la laisser enfouie dans les oubliettes de la rue des Saints-Pères.

— M. Cazeaux nous apprend, dans la même séance, au nom de M. le D'' Bertherand, de Lille, qu’on obtient un résultat identique avec du vaccin conservé sur verre qu’avec du vaccin pris de bras à bras. Je nie cela au nom de l’observation directe et de l’analogie, c’est-à-dire de par le fait et de par la syphilisation.

— Je m’occupe à dresser les épbémérides de la syphilisation. Le mois d’août est un des mieux remplis. Exemples :

1° C’est le 22 août 1831 que j’accepte, par une lettre rendue publique, le défi qui m’est jeté par M. Ricord de lui présenter « un individu syphilisé et réfractaire. » M. Ricord avait mis pour condition que les épreuves auraient lieu dans son service, « avec des armes de son choix. » Je termine ainsi ma lettre : « M. Ricord demande « instamment un syphilisé en. cluimp clos. Ses vœux seront plus que « comblés, car le syphilisé que je veux lui opposer sera, en outre, a syphilisateur. Que M. Ricord se mette donc en garde; il verra s’il «■ a affaire à des convictions qui faiblissent ! — Et qu’il le sache « bien , il n’est pas simplement question , comme il le croit, d^’une « révision de la constitution syphilitique, mais bien d’une révolu- (t lion radicale-. » Laval se présenta à M. Ricord, et les épreuves eurent lieu publiquement sm’ sa personne pendant quinze jours; à l’hôpital du Midi. Il fallut enfin que M. Ricord s’avouât vaincu. Une devait plus, dès lors, attaquer la syphilisation en face; il la livrait, quelques jours- plus tard, à l’Académie de médecine.

2“ 22 août 1832. L’Académie de médecine condamne sans preuves la syphilisation , après plus d’un mois de discussions passionnées, et malgré les courageuses et éloquentes protestations de MM;. Depaul et Malgaigne. La parole de Montesquieu devait se réaliser : « Il semble que les têtes des plus grands hommes s’étrécissent» lorsqu’elles sont assemblées, et que là où il y a plus de sages il y a aussi moins de sagesse. »

.3“ 18 août 1856. Le journal le Siècle publie la note suivante ; « On lit dans le Morgenbladet , feuille politique de Christiania', du lo juillet : « Au congrès scientifique Scandinave de Christiania, « àl. W. Bœck a prononcé un discours sur la syphilisation , et a été « écoulé avec beaucoup de salisfartion. M. le professeur Carlson, de

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