‹ Correspondance syphiliographiqueChapitre 8 sur 16 · SIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIÈME LETTRE

A M. le docteur F. Baleman, de NorwicH^

En toutes compaignies il y ha plus de tofr que de saiges, et la plus grande partie surmonte touiours la meilleure.

[Pantagruel, ch. x.)

Honoré confrère et cher ami.

Vous désirez, me dites-vous, puiser à leur première et véritable source les éléments de la nouvelle doctrine syphiliographique , en recevant directement de moi une exposition succincte des dogmes de la syphilisation. Que je reconnais bien là votre indulgente et délicate amitié ! Elle seule peut vous inspirer un pareil désir; car vous n’avez nul besoin de ce que vous réclamez de moi. Est-ce que les journaux d’Angleterre ne vous ont pas assez tenu au courant des progrès de la syphilisation? C’est un bien noble exemple, mon ami, qu’ont donné quelques-uns de nos confrères, vos compatriotes , lorsqu’ils ont déclaré avoir été induits en erreur dans leur réprobation de mon idée naissante!

Quoi qu’il en soit, puis-je refuser rien à celui qui le premier a fait passer dans une langue étrangère mes préludes scientifiques? Mais, en m’adressant exclusivement à vous, je craindrais de compter plus qu’il ne convient sur votre bienveillance, et décomposer un travail dont vous seriez trop facilement satisfait, tandis que d’autres, entre les mains desquels il pourrait tomber, l’accueilleraient peutêtre avec beaucoup moins d indulgence et de faveur.

Quiconque a eu l’occasion de communiquer en public sa pensée par l’enseignement, a dû éprouver que cette pensée acquérait de l’élévation et de la puissance proportionnément au nombre et à la

qualité des auditeurs. Ur, quelque uobleuieiit inspiré (|uc je puisse être en m’adressant à un homme et à un ami tel que vous, je me croirai encore plus digne de ■vous, ainsi que do ceux auxquels ■vous voudrez bien faire part de notre correspondance, en ■vous transmettant à titre de renseignements le manuscrit d’un compte rendu déjà ancien d’une séance de la Société médicale américaine de Taris Les membres de cette honorable Société avaient bien voulu m’engager h leur donner verbalement une exposition succincte de mes idées. J’ai fait alors des etforts pour n’être point trop au-dessous d'une circonstance qui était rendue encore plus solennelle par la préseiice au sein de la Société des professeurs Gb. et W. Boëck, de Christiania.

En vous expédiant ce compte rendu, je rattacherai à votre nom le souvenir d’une date qui m’est chère, en même temps que je mettrai le sceau à l’expression de ma reconnaissance pour \V. Boëck, pour nos confrères américains, et pour ceux de vos compatriotes qui se sont montrés sympathiques à mes efforts. Je joindrai quelques notes à ce travail pour le compléter ou l’expliquer. Si quelques opinions vous paraissent axenturées dans ce discours, recevez-les au moins comme des hypothèses utiles au développement de la science.

Société médicale américaine de FariM.

Séance du mardi 31 juillet 1855. — Présidence de M. W. E. JoiiasTOi».

M. Auzias-Turenne est invité à exposer sa doctrine sur la syphilis.. 11 s’exprime dans les termes suivants :

« Messieurs, avant l’année 1844, c’est-à-dire avant l’époque où j’ai commencé mes expériences sur l’inoculation du virus syphilitique, deux opinions régnaient parmi les médecins : la première, c’est qu’on n’avait point pu jusqu’alors inoculer avec succès le virus syphilitique aux animaux j la seconde, c’est qu’il serait important d’y parvenir, afin de pouvoir observer aisément sur eux ce qu’il n’était pas permis de chercher à constater sur l’homme.

« En me mettant au courant de ce qui était enseigné à cet égard, je n’ai pas tardé à acquérir la preuve que la science était bien loin d’avoir dit son dernier mot sur l’inoculation du virus syphilitique.

« C’est donc avec confiance que j’ai entrepris d’expérimenter. J'ai fait mes premiers essais sur des singes à la ménagerie du Muséum (t). Je ne veux pas vous raconter les alternatives de succès et de revers par lesquelles j’ai dû passer, ni mes tâtonnements. Au-

(I) C’est dans le premier établissement scientificpic du monde, qu’ont été faites mes expériences; c’est dans la première académie du monde, l’Académie des sciences, que le résultat en a été proclamé... C’est à Paris que ma découverte a reçu le baptême de la persécution... I.c Capitole est près de la roche Tarpeienne.

jourd'hiii je réussis, à coup sûr, ù inoculer le \ii us syphilitique aux animaux.

«Les animaux ne sont pas seulement susceptibles de contracter les accidents primitifs, ils le sont encore d’avoir la sypliilis constitutionnelle, soit qu^on la leur donne directement par inoculation, soit qu'elle ne leur arrive qu’à la suite d'accidents primitifs.

«C'est presque toujours. Messieurs, animé par des obstacles à surmonter, des oppositions à briser, que j’ai été conduit à agrandir le champ de mes expériences et de mes découvertes. Si l’hôpital du Midi n’avait pas contesté l’inoculahilité du virus chancreux aux animaux, je n’aurais point institué sous le nom de syphilis expérimentale, les expériences d’où est sortie la syphilisation. Mes adversaires, en refusant d’admettre une première découverte, m’ont, pour ainsi dire, contraint d’en faire une seconde; puis, ils m’en ont fait faire une troisième et plusieurs autres. Quand s’arrêteront-ils dans cette voie qui m’est propice !

« Voici comment les choses se sont passées relativement à la découverte de la syphilisation.

« Je choisissais les singes pour mes démonstrations, parce que les phénomènes que je voulais montrer y sont très-apparents. Mais ces animaux sont aussi difficiles à garder qu’à se procui’er dans nos climats. Je n'en avais donc pas de rechange, et je faisais mes inoculations sur un nombre très-restreint de sujets.

« Je me suis aperçu qu’il devenait de plus en plus difficile d’inoculer avec succès les singes qui avaient été inoculés plusieurs fois, et qu’il arrivait enfin un moment où ceux-ci étaient entièrement réfractaires à mes inoculations. J’ai appelé syphilisation l’état dans lequel ils se trouvaient alors. M. Spérino a donné plus tard le même nom au procédé par lequel on obtient cet état, c’est-à-dire à l’inoculation du pus chancreux poussée jusqu’à l’épuisement de la réceptivité syphilitique des sujets.

« Les sujets qu’on inocule passent par une série d’étals gradués depuis le moment où ils sont le plus inoculables, jusqu’à celui où ils ne le sont absolument plus. J’ai créé le mot syphiUsme pour indiquer cela, et je dis qu’un sujet a autant plus de pjphilisme qu il est plus rapproché de l’état réfractaire, .soit par le foil d’inoculations réitérées, soit par sa propre nature. J’ai dressé une échelle animale de syphilisme dans laquelle l’homme tient le dernier rang, ce qui signifie qu’il est le plus complètement et le plus longtemps inoculable. L’état de syphilisme d’un sujet correspond donc, sans lui être absolument identique (1), au degré de syphilisation auquel se trouve ce sujet.

(1) Certains sujets, et notamment des cancéreux, sont diflicilemenl impressionnables par le pus syphilitique. Cette nouvelle dérogation à la charte qui proclamait l’égnlité de tous les hommes devant le chancre , emc\c uialheureusement le dernier espoir qn’on pouvait avoir conçu de soustraire l'organisme de ces sujets à la l'onction pathologique qui les dévore.

C’est une chose à quoi n’a pas pris garde un interne distingué des hôpitaux de Iaou, qui vient de présenter à la Facnllé de médecine de laris une thèse dans laquelle il nie la contagion des accidents .secondaires.

B Non-seulemeul mes rmimaux étaient devenus réfractaires à l’inoculation chancreuse et à toute autre espèce d’inoculation syphilitique, mais encore ils jouissaient d’une bonne santé. C’était un idéal à réaliser chez l’homme : être réfractaire à la syphilis et bien portant. Cependant, il n’était pas nécessaire à la rigueur que l’expérience en fût faite à l’espèce humaine. L’analogie parlait assez haut, selon moi. J’ai attendu, néanmoins, avant d’annoncer la syphilisation à l’Académie des sciences, (|ue l’occasion me fût offerte de l’observer sur l’homme. C’est à cette épreuve, deux fois réalisée sur l'homme, que je faisais discrètement allusion, en écrivant au président de cette Académie , à propos du phénomène de la syphilisation que j’avais découvert sur les animaux : « Des observations entreprises sur l’homme sont venues le confirmer. »

« Les oppositions violentes qui se sont formées contre cette découverte, bien autrement importante que ta première, ne m’ont pas non plus découragé, — elles n’avaient rien de nouveau pour moi. — Au contraire, elles ont encore excité, elles ont affermi mon esprit. Mais il a fallu, sans doute, beaucoup d’indépendance et de talent au savant italien qui a joint ses effoits aux miens pour faire triompher la vérité.

«Voici, Messieurs, la substance du dogme syphiliographique auquel je suis arrivé par mes recherches expérimentales et par la méditation.

« Pour se faire une bonne idée d’une maladie virulente, il faut la considérer comme un être abstrait dont nos organes sont en quelque sorte le théâtre d’évolution. Quand cette évolution est accomplie, l’organisme est débarrassé du principe morbide. Heureux! quand cette évolution, qui peut aller jusqu’à compromettre l’existence, n’est pas très-longue, et qu’on en est quitte sans trop de ravages !

« Prenons la petite vérole pour exemple. Cette maladie fait sou évolution en un temps assez court, après lequel l’organisme se trouve à peu près libéré.

« Quelque chose d’analogue existe à l’égard de la grosse vérole, de la syphilis. Celle-ci parcourt, en quelque sorte, une évolution qui est naturellement fort longue, mais qu’on peut réduire à quelques mois par des inoculations syphilisatrices. Plus cette évolution se fera vile , moins les organes auront .à souffrir du passage et du séjour du virus.

« Je pense que le mercure, indépendamment du dommage qu’il peut causer à nos organes ( I), entrave les manifestations de la syphilis et retarde ainsi le terme de son évolution. J’ai vu des sujets en

(f) M. Bazin croit que l’elTet du mercure est de bâter et de compliquer les manifestations de la sypliilis viscérale. Récamicr, au récit de M. Nélaton, professait cette opinion, qui est également adoptée par M. BoëcU. L action du mercure serait-elle donc, comme on l’a pensé, révulsive, mais de la plus triste manière ?

infecter d’autres par la coiniuunicatiûn directe d'accidents secondaires, longtemps après avoir suivi un traitement mercuriel, et nui auraient été bien certainement quittés plus tôt par la maladie, du moins sous certaine forme, s’ils n’avaient ajourné à contre- le*raps l’échéance de ses symptômes. Timeo mercurium et dona ferenlem, ai-je dit aüleursj cela ne m’empêchera pas de vous indiquer tout à l’heure , quand il y a lieu de recourir à l’emploi du mercure , et comment il faut l’employer.

« Les syphilisateurs ont donné, par leurs recherobes, au virus syphilitique le rang d’agent médicamenteux. Je vais commencer par vous faire connaître cet agent. C’est notre matière médicale.

a Le virus syphilitique, pas plus que les autres virus, n’a pu être isolé des liquides de l’économie. 11 se cache à nos sens sous différentes formes, dans lesquelles il ne se révèle pas à nous par des propriétés physiologiques (actîon physiologique sur l’organisme), qui soient absolument identiques. Le pus du chancre, par exemple, et le pus de l’accident dit secondaire , offrent sous ce rapport des différences fort marquées. Le virus syphilitique passe donc d’un état à un autre. 11 semble avoir dans ses transformations, véritables métamorphoses, quelque chose qui est régulier et comme instinctif à l’image de ces êtres qu’on appelle inférieurs et qui passent par différents états d’organisation,

« C’est tomber dans une bien grande erreur que de mettre au nombre des ditférences qui distinguent le pus du chancre de celui de l’accident secondaire la non-inocu/a6î7j/é absolue de ce dernier pus. Il est vrai, entre autres différences, qu’un temps assez long sépare l’insertion du virus sous forme secondaire du moment où éclatent les premiers symptômes , tandis que la pustule initiale du chancre se montre en général bien plus tôt après l’inoculation du pus chancreux. Mais cela n’est pas une circonstance qui sépare profondément, essentiellement les deux formes virulentes.

« 11 ne faut pas non plus vouloir inoculer le pus de l’accident secondaire au malade qui le fournit et dont le sang se trouve en quelque sorte imprégné de virus sous la même forme. Cette vérole, que vous voudiiez donner au malade, il l’a déjà. Celte inoculation que vous allez lui faire, la nature s’en est chargée avant vous par un procédé qui vaut bien sans doute le vôtre. Ne venez donc pas après elle, et renoncez à donner à quelqu’un, sous la même forme et au même degré, une maladie générale qu’il a déjà. Celte différence entre le pus du chancre qui s’inocule plusieurs fois consécutives au malade, et le pus de l’accident secondaire, pour lequel il n’en est pas de même, tendrait à faire croire qu’il existe pour le chancre un élément moins expansible dans l’économie. 11 y a là un quid ignotum, une inconnue qui est depuis longtemps l’objet de mes réflexions. Voilà ce qui motive ma tolérance pour l’opinion — que je ne puis pourtant partager entièrement — de ceux qui voient dans le chancre, à son début, une maladie exclusivement locale. Le fait est

que le chancre est souvent comme la blennorragie syphilitique, la seule expression morbide d’une modification de tout le système, totius substantiœ, soit plus ou moins légère, soit plus ou moins passagère.

« H n’y a pas plus de maladie (1) exclusivement locale que de maladie exclusivement générale. Une maladie locale ne peut se développer et pei’sister qu’à la condition d’un consentement ou d’une tolérance de tout l’organisme, sur lequel elle exerce, à un degré quelconque, son influence. Toute maladie générale implique à son tour l’idée d’une manifestation quelque part, d’un retentissement dans un temps ou dans un autre, soit dans une région, soit dans un système; c’est-à-dire qu’elle suppose une disposition organique plus ou moins locale, plus ou moins élective. Les syphilistes (2) s’entendraient mieux entre eux, s’ils consentaient à n’être pas plus absolus dans leurs opinions que la nature n’est exclusive dans ses actes.

« Non-seulement le virus syphilitique revêt diverses formes, mais encore la matière de chacune de ces formes, et particulièrement le pus chancreux, présente différents degrés de force. En voici la preuve :

« Les animaux, vous ai-je dit tout à l’heure, ont généralement plus de syphüisme que l’homme, c’est-à-dire qu’ils sont moins facilement et moins longtemps inoculables que lui par le pus chancreux. Or, quand l’inoculation d’un pus chancreux est suivie de chancres chez certains hommes, et ne produit rien sur les animaux; quand elle ne produit rien non plus sur les hommes qui ont eu plusieurs fois des chancres, et dont, par conséquent, le syphilisme est augmenté, tandis qu’au contraire l’inoculation d’un autre pus réussit à divers degrés, c’est-à-dire proportionnellement à leur syphilisme sur tous les sujets, hommes et animaux, à moins, bien entendu, qu’ils ne soient complètement syphilisés, il faut bien en conclure que ce dernier pus est plus fort que le premier. Or, l’inoculahilité plus ou moins restreinte de certains pus et l’inoculabi-

(1) Je prends, comme le vulgaire, le mot maladie dans son acception la moins restreinfe, sans empêcher néanmoins, suivant l’expression de Condillac, que chacuri n'ente7ide ce qu'il veut.

On tentera éternellement de définir le mot maladie', tout au plus pourrait-on en marquer le sens précis, et le distinguer nettement de*celui des mots affection et lésion, en suivant la méthode que l’abbé Girard a adoptée dans ses Synonymes français.

Un travail de ce genre, appliqué à la médecine , serait un beau monument lexicologique. -Exemple : Organe , viscère. Infirmité , difformité. Constitution, tempérament. Disposition, diathèse, cachexie. Nosographie, pathologie. Signes, sijmptùmes. Syphilis, vérole. Virus, miasmes, venins, poisons. Diète, l'égime. Matière médicale, pharmacie, pharmacologie.

(2) Nous ne savons pas d’où Frascator a tiré le mot syphilis, qui a donné carrière à la fécondité des étymologistes. Est-ce du grec? est-ce du latin? ou bien n’y a-t-il là qu’une, fantaisie de poète? üaiis le doute , comment devons-nous former nos dérivés? Qu’on me permette d'essayer de parler ma langue, et de dire quelquefois syphilide, comme on dil publiciste, botaniste, aliéniste, etc.

lité à peu près générale de certains autres est un fait d'observation journalière parmi les syphilisateurs.

« En établissant, comme je l'ai lait, une échelle animale de syphilisme, on trouve des pus qu'on ne parvient à inoculer que jusqu'à un certain degré de cette échelle, tandis que d'autres s'inoculent, pour ainsi dire, sur toute la ligne. 11 me semble donc qu'on ne peut se refuser d'admettre l'existence d'une série de pus dont la force décroît graduellement.

« Mais ces pus, de forces graduées, n'ont pas une existence isolée, indépendante. Ils sont au contraire la transformation, la dérivation les uns des autres.

« Voici la cause de ces transformations, c'est-à-dire de l'affaiblissement et du renforcement graduels et alternatifs des pus.

« Le pus d'un chancre qui marche vers la cicatrisation est un pus déjà affaibli. Il ne s'inocule plus au sujet qui le fournit, bien que, contrairement à ce qu'on enseigne dans l'hôpital du Midi, il puisse s'inoculer encore à d'autres sujets. A plus forte raison, les inoculations d'un même pus, faites successivement au même individu, affaiblissent graduellement ce pus, à dater d'un certain moment du moins, jusqu'à l'absence complète de virulence. Un chancre ne se cicatrise que par cette concordance, dont l'ahsence explique par V conséquent certain phagédénisme, de l’affaiblissement du pus avec l'augmentation du syphilisme du sujet, et on peut dire que le pus chancreux disparaîtrait de la scène pathologique, s’il n'était pas sans cesse régénéré.

« La régénération du pus est le résultat d'un phénomène tout à fait inverse. Que le pus faible d un sujet soit transporté sur un autre organisme et produise une pustule, il pourra être régénéré tout de suite ou du moins après un certain nombre de générations, principalement si ce dernier sujet a moins de syphilisme que le premier. On peut fabriquer en quelque sorte d'excellent pus à volonté, en faisant changer souvent de terrain aux générations successives du même pus. De cette manière, celui-ci s'améliore graduellement. M. le professeur Boëck a donné à cet égard des détails pleins d'intérêt et très-précis.

« Ce n'est pas là sans doute la seule source de régénération du pus, mais les autres ne sont pas rigoureusement démontrées (1).

« Bref, voici les lois de renforcement et d’affaiblissement du pus chancreux.

(1) .l'ai plusieurs observations qui semblent prouver que des individus, syphilitiques constitutionnellement, peuvent— dans certaines circonstances très- indéterminées, et en l’absence de toute contamination chancreusc récente qui en donne la raison — produire, sécréter du pus clwncreux, comme un animal ou un végétal produit des germes. Il est même douteux que, sans ces poussées ckancreuses , le pus chancreux — qui s’épuise spontanément dans certains pays — ait pu se conserver jusqu’à présent dans le monde. Mais que ceux qui pensent que la syphilis est un frein providen-

1“ LOI Dli REÎSl'ORCEMEM DU RUS CIIANCREUX.

Le RENFüucEJiENT du piis ckancreux est généralement en raison directe du nombre de sujets auxquels on l’inocule successivement et en raison inverse du syphilisme de ces sujets, et du nombre d’inoculations qu’on leur pratique.

2° LOI d'affaiblissement du RUS CHANCREUX.

L'affaiblissement du pus chancreux est généralement en raison inverse du nombre de sujets et en raison directe de leur syphilisme et du nombre d’inoculations qu’on leur pratique.

a Ces deux lois sont implicites l’une de l’autre.

« Ils ont donc commis plus d’une erreur ceux qui ont emprunté dans ces derniers temps, au dogme de la dégénération des pus, l’idée que les sujets qui ont la syphilis constitutionnelle (ces sujets ont plus de syphilisme que ceux qui n’ont jamais subi aucune atteinte du xirus syphilitique) ne peuvent plus rendre qu’un pus non infectant par suite d’une contamination chancreuse.

« Voici ce qui est vrai et ce qui est faux dans cette opinion — et pourquoi ne pas le dire — dans ce lambeau mal déchiré de ma doctrine (1)?

« Il est vrai que quand un pus chancreux est inoculé par la lancette (ou par le coït, n’importe) à une personne affligée de syphilis constitutionnelle, celte personne rend à la suite de cette inoculation et d’une courte incubation (je vous parlerai tout à l’heure en détail de l’incubation (un pus chancreux moins énergique, toutes choses égales d’ailleurs, qu’un individu qui serait pour la première fois soumis à une atteinte syphilitique. Rien de plus, rien de moins.

« Il est faux que ce pus rendu par un terrain constitutionnel (per-

tiel de nos passions, se rassurent, car elle pourrait très-bien survivre au chancre, et se propager parl'ailement sans lui , s’il venait — ce qui n’est guère vraisemblable — à disparaître complètement de la terre. 11 y a plus, c’est que le pus chancreux est la meilleure barrière que nous puissions" opposer à la vérole.

Et fais du même lieu d’où sa peine est venue

Venir sa guérison. (Maluerbe.)

(1) Un médecin, qui suivait assidûment mon cours de syphilisation, ne manquait pas, après chaque séance, de m’assiéger de questions relatives aux propriétés, aux formes, au temps d’incubation du pus chancreux, etc... Quelque temps après, paraissait, dans divers journaux de médecine, un mémoire où la plupart de mes idées se trouvaient reproduites, sans qu’il fût aucunement question de la source où elles avaient été puisées. L’auteur de ce mémoire avait sans doute pensé qu’il devait agir ainsi, avec modestie pour moi, parce qu’il était arrivé à des conclusions différentes des miennes. 11 avait, en effet, conclu à faux. Je le remercie, néanmoins, d’avoir daigné faire attention à mes travaux. 11 y a donc quelque chose à prem/re dans les visées d’uu syphilisateur ?

111 ettcz-111 01 cette expression) ne puisse jamais donner la -vérole dès le premier chancre, dès la première génération chancreuse. 11 est encore Lien plus faux quhl ne puisse pas se régénérer à la suite de plusieurs inoculations ou contaminations, de manière à devenir infectant.

« Si le pus est rendu plus faible, toutes choses égales d’ailleurs, par une personne qui a la syphilis constitutionnelle, ce n’est qu’eu vertu du syphilisme acquis de cette personne par le fait même de la vérole. C’est pourquoi des contaminations chancreuses successives, circonscrites à un même individu, conduisent bien mieux encore à la dégénérescence du pus. C’est encore pourquoi, à plus forte raison, ces inoculations empêchent souvent que le pus de chancres ainsi produits, transporté sur un autre organisme, ne soit infectant du premier coup.

« En tout cas, il n’y a pas dans le pus chancreux deux degrés de force nettement tranchés et dont il soit opportun de consacrer les rapports et les différences par deux expressions (1) presque homonymes, c’est-à-dire deux expressions qui ne diffèrent entre elles que par la désinence. Ce serait vouloir consacrer l’erreur, ou donner du poids à une idée incomplète, c’est-à-dire fausse. 11 n’y a pas, dis-je, deux degrés de force dans le pus chancreux, il y en a cent, il y en a mille depuis la matière la moins forte jusqu’à celle qui est le plus énergique (2).

« En général, le temps à’incubation d’un pus chancreux est d’autant plus long, que ce pus est plus fort, et que le sujet auquel on l’inocule a moins de syphilisme. Mais il y a toujours une incubation.

(1) Chancre et cJiancroide. Le mot chancrdide ne restera pas, et fort heureusement, car c’est un barbarisme.

(2) Une circonstance qui a induit en erreur la plupart des néo-dualistes, c’est qu’ils ne tiennent pas compte de la contagion des accidents secondaires. A la suite de cette contagion se passent des phénomènes fort différents de ceux qui succèdent à la contagion chancreuse. Ainsi, par exemple, le temps d’incubation est plus long, l’ulcération qui suit moins manifeste, l’induration mieux accusée, et enfin l’apparition des phénomènes généraux plus constante, plus précoce et plus régulière. Dans l’opinion où l’on est que les accidents secondaires ne sont pas contagieux, on s’imagine qu’il s’agit là d’un chancre, et qui plus est, du seul chancre infectant. Ce •pseudo-chancre est quelquefois peu apparent et à peine douloureux. Il inspire moins de répugnance et moins d'inquiétude que le véritable ulcère chancreux. C’est, entre autres raisons, parce qu’il ne met pas obstacle aux plus infâmes contacts, qu’il peut être comuniqué aux lèvres et même à d’autres parties de la face. Ainsi, a-t-on pu dire que le chancre céphalique est toujours un chancre dur ou infectant. Mais il est hors (le doute que l’autre chancre, c’est-à-dire le seul vrai chancre, peut très-bien s’inoculer à la face. tVoir une brochure, ayant pour titre : Discussion sur la si/philis, et publiée par la Société médicale du Panthéon.)

Dans l’erreur qu’on cherche à accréditer, on donne le nom de chancroïde au vrai chancre, et celui de chancre au pseudo-chancre. On pèche en eau trouble.

quelque courte qu’elle soit. Voici la loi : Le temps d'incubation d’un pus chancreux est ordinairement en raison directe de la force de ce pus et en raison inverse du syphilisme du sujet inoculé.

« Je suppose, bien entendu, que ce sujet ne soit pas sous l’influence d’une incubation consécutive à une inoculation ou à une contamination récente. Autrement, il faudrait tenir compte du temps de cette incubation, c’est-à-dire en faire déduction.

« Ainsi le temps d’incubation semblera nul, si le pus qu'on inocule actuellement, n’occupe pas dans l’échelle de force un rang supérieur à celui du pus dont l’incubation vient de se faire. C’est pourquoi il n’y a généralement pas d’incubation, quand on inocule à un sujet son propre pus.

« Mais si le pus qu’on inocule actuellement occupe, dans l’échelle de force, un rang supérieur à celui du pus récemment inoculé, on évaluera le temps de l’incubation qui devra avoir lieu, en défalquant, comme je viens de le dire, le temps de l’incubation déjà révolue, d’où est résultée une modiücation dans le syphilisme du sujet, du temps, qui devrait appartenir à l’incubation de ce pus récemment inoculé.

« On ne peut donc prévoir le temps d’incubation d’un pus qu’eu tenant bien exactement compte du syphilisme précis, actuel du sujet, et de la force également précise de ce pus. 11 faudrait probablement encore tenir compte de certaines aptitudes des pus pour les individus. Je vous parlerai tout à l’heure de ces aptitudes.

« Je fais abstraction dans ces considérations de l’incubation qui appartient aux accidents secondaires, ainsi qu’à certaines blennorragies que je considère comme rentrant dans la catégorie de ces accidents. Cette incubation est plus longue que celle qui suit l’inoculation du pus chancreux le plus fort. »

A bientôt la suite... Adieu!

25 août 1858.

Auzias Tckennü:.

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