Ihid
le frappait vivement, il s'attacliait à rendre aussi fidèlement que possible Timpression qu'il avait ressentie; il s'elTorgait, par une série de retouches, d'amener la peinture à toute la perfection quil était capable de lui donner; et si Toccasion s'en présentait, il Tinsérait successivement dans plusieurs lettres écrites à des amis divers. Nous trouvons quelques-unes des plus belles pages des lettres écrites à M. Damiron reproduites mot pour mot dans celles adressées à M. Dubois. Souvent, il faisait un brouillon pour ses lettres les plus importantes. Nous en avons plusieurs qui sont, comme ses autres manuscrits, surchargées de ratures. « Il avait, c'est encore M. Dubois qui parle, de la peine à se mettre en train ^ » Mais une fois parti, il a une verve étonnante et ne s'arrête plus; sa main court, sans un arrêt, à bride abattue, ébauchant avec une fécondité intarissable des systèmes, des rêves, des satires, et parfois, comme il le dit luimême, « de petits chefs-d'œuvre de folie ^ »,
M. de Montalembert disait, dans la préface du livre qu'il a consacré à Lacordaire : « J'ai enchâssé quelques perles dans une pauvre et modeste monture, propre tout au plus à en mettre le pur éclat à la portée du regard. «Je n"ai pas d'autre prétention dans cette étude. Je m'effacerai derrière Jouffroy, pour le laisser surtout parler lui-même.
Ce fut en août 1816 que la promotion à laquelle appartenaient Jouffroy et Damiron sortit de l'Ecole normale. Jouffroy n'en franchit pas le seuil sans une certaine tristesse : m Dieu garde de mal l'Ecole, dis-je en-
i.Ihid.
DE THEODORE .IULFFItOY 5
enfilant la rue des Postes, on y a eu de bons moments et de bien mauvais ; Tamitié adoucissait les uns et doublait le prix des autres. J'ai bien peur que nous tous qui y avons passé trois ans ne rog-rettions les jours que nous y avons vécu'. » Il partit pour les Pontets, son village nalal"^, où il passa les vacances et l'automne.
Quelques semaines plus tard, Damiron était nommé professeur de seconde au collège de Falaise ; et, au mois de novembre, Joufîroy, à son tour, était rappelé comme maître, dans cette Ecole, où la veille encore, il n'était qu'élève.
Du groupe des « philosophes « au milieu desquels il venait de passer trois années, il était le seul qui restât à Paris. Ce groupe était assez nombreux, et nous devons à M. Dubois de connaître ceux qui le composaient.
Outre Joufîroy et Damiron, « les seuls philosophes sérieux », il comprenait : u Trognon, Perreau, Mancy, Vernadé, Fourteau, Guichemerre, Navières, Maréchal, Yarney, Bloquel, Vernhagen, etc. C'était une foule de bons enfants, de rieurs, de rêveurs, de joueurs déterminés, par moments, de conteurs. Quand la petite société se fut dispersée, et que les correspondances, d'abord fiévreuses d'activité entre ces jeunes cœurs qui avaient vécu d'intimité, s'ouvrirent, Jouffroy, resté à Paris et à l'Ecole, était comme le centre où tout venait aboutir; et il recevait des paquets de tout le monde, répondant quand il pouvait, à chacun, selon le quart d'heure et les idées qui lui passaient par la tête. C'était comme une distraction qu'il se donnait, une détente des durs travaux qui pesaient sur lui^. »
Ce sont ces lettres que nous possédons, au moins pour la plupart et que nous offrons aujourd'liuiau public.
2. Petit village du département du Doubs. près de Pontarlier.